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Lorenzo Devilla

La langue des cités à l’affiche : pratiques langagières des jeunes urbains dans le cinéma français sur la banlieue

Lorenzo Devilla
Université de Sassari – Lidilem, Université Stendhal-Grenoble3 ldevilla@uniss.it


Mots-clés : cinéma, banlieue, parlers jeunes, contacts de langues

Résumé
Cet article se penche sur la mise en scène cinématographique des pratiques langagières des jeunes urbains, caractérisées par leur divergence par rapport au français « standard », ce qui explique pourquoi elles sont parfois qualifiées d’« argot » ou considérées plutôt comme une évolution du français « populaire ». Or, la langue utilisée par les jeunes des cités, dont certains traits sont pourtant également présents, comme le rappelle Trimaille (2003), dans certains quartiers de centre-ville, évolue. L’observation des films, au-delà d’une certaine stylisation et stéréotypisation dont fait l’objet la variabilité linguistique de ces pratiques langagières, permet tout de même de se rendre compte de l’évolution de celles-ci. Nous remarquons une atténuation du phénomène du verlan dans les films les plus récents, où ne persistent que des formes lexicalisées : meuf, ouf… En revanche, on assiste à l’apport toujours plus important d’emprunts aux langues de l’immigration, dont l’arabe : kiffer, mais aussi d’interjections (Inchallah, Woullah, Hendek, etc.). Enfin, l’objectif de cette réflexion est aussi de se demander si, grâce à leur diffusion à travers le cinéma, ces pratiques langagières sont en train de devenir « branchées » 1.

Introduction

Comme l’a fait remarquer Cyril Trimaille lors d’une rencontre qui s’est déroulée à Paris en 20122, le parler jeune est un thème « dans l’air ». On observe une forte présence médiatique, les hommes politiques aussi s’emparant, à certaines occasions, de ce sujet. La langue des jeunes est vue, toujours selon Trimaille, à travers un double prisme : celui du rejet, notamment de la part des « puristes » de la langue, et celui de la fascination. Dans ce dernier cas, la fascination relève de tout ce qui est nouveau et jeune. On assiste ainsi à l’élaboration et à la transmission de discours et de représentations sociales qui relèvent d’un véritable mythe contemporain, au sens où Barthes emploie ce terme dans son ouvrage de 1957 (AUZANNEAU 2009). Force est de constater donc le succès des parlers en bas de l’échelle sociale (GADET 2013a), à l’instar de la fascination pour l’argot, la « langue verte », mise en scène surtout par la littérature et rarement par le cinéma (à l’exception du célèbre film Fric-Frac) (cf. REY 2007: 1238). Or, des phénomènes commerciaux (publicité, cinéma, humoristes, etc.) reprennent certains traits considérés comme caractéristiques de ces parlers jeunes. C’est notamment le cas du cinéma, qui va nous occuper dans cet article.

Corpus

Du Thé au harem d’Archimède (1985) au succès de La Haine (1995) (désormais H), aux plus récents Intouchables (2011) (désormais I) et Les Kaïra (2012) (désormais K), en passant par L’Esquive (2004) (désormais ES) et Banlieue 13 (2004) (désormais B), les films sur la banlieue, parfois appelés injustement « de banlieue » (PLANCHENAULT 2008) – comme on parle aussi d’une littérature « de banlieue » –, sont constamment à l’affiche du cinéma français. Ils constitueraient même désormais un « genre » à part entière (MEVEL 2008 ; MILLELIRI 2011), reconnu du moins comme tel par les célèbres Cahiers du cinéma, qui ont consacré un numéro spécial de 1995 à ce qu’ils ont appelé le « banlieue-film »3. Même s’il faut préciser que la vague des films sur la banlieue, aussi bien dans les années 1990 que dans les années 2000, n’a représenté que 5% de la production française (cf. CHIBANE, CHIBANE 2003).

Certains films, comme Camping à la ferme (2004) (désormais C), Sheitan (2006) (désormais SH) ou le très récent Intouchables (2011), se déroulent hors des cités des banlieues françaises. C’est pourquoi ces films sont considérés par la presse à la périphérie du genre « cinéma de banlieue » proprement dit, dont ils alimentent pourtant « le discours sur les difficultés sociales et culturelles rencontrées par la population des cités » (MILLELIRI 2011 : 9). En effet, la banlieue reste toujours en arrière-plan : Booba, un des jeunes de banlieue dans Camping à la ferme, dit que c’est son pays ; dans ce même film, Amar, l’éducateur, menace les jeunes de les renvoyer dans leur cité s’ils continuent à l’énerver ; dans Intouchables, on voit Driss, le jeune protagoniste, se rendre dans sa cité pour rencontrer ses amis et sa mère. Avec les films ayant pour cadre la banlieue ils partagent pourtant l’exploitation d’un élément sémantique du genre : les personnages de « jeunes de banlieue » (ibid.), montrés hors de banlieue. Dans ces films aussi les jeunes protagonistes portent donc « des marqueurs discursifs propres aux jeunes issus des quartiers défavorisés et pluriethniques français » (FIEVET, PODHORNÁ-POLICKÁ 2008 : 212). C’est à ce titre que nous les avons inclus dans notre corpus, qui comprend donc les films les plus récents ayant remporté le plus de succès, à partir de L’Esquive (2004), les films précédents ayant déjà fait l’objet de plusieurs études (cf. entre autres, MEVEL 2008, FIEVET, PODHORNÁ-POLICKÁ 2008). Ces traits langagiers sont également présents chez les collégiens protagonistes d’un autre film qui fera l’objet de cette étude, à savoir Entre les murs (2008) (désormais E), qui se passe, rappelons-le, dans le vingtième arrondissement de Paris.

Cadre théorique et questions de recherche

Nous allons en effet nous pencher dans cet article sur la mise en scène cinématographique des pratiques langagières des jeunes urbains (TRIMAILLE, BILLIEZ 2007), caractérisées par leur divergence par rapport au français « standard » (GADET 2007), ce qui explique pourquoi elles sont parfois qualifiées d’« argot » (LIOGIER 2002) ou considérées comme une évolution du français « populaire » (CONEIN, GADET 1998). Or, la langue utilisée par les jeunes des cités, dont certains traits sont pourtant également présents, comme l’a rappelé Trimaille (2004), dans certains quartiers de centre-ville, évolue. L’observation des films, au-delà de la stylisation (« styling » au sens de Coupland) (PLANCHENAULT 2012 : 254) et stéréotypisation dont fait l’objet la variabilité linguistique de ces pratiques langagières, permet tout de même de se rendre compte de l’évolution de celles-ci (MEVEL 2008). C’est ce que nous allons essayer de mettre en évidence dans cette étude, qui s’inscrit dans la lignée des travaux de la sociolinguistique urbaine s’intéressant aux phénomènes dits « de banlieue » (cf. GASQUET-CYRUS 2002), tout en ayant bien à l’esprit le fait que les représentations cinématographiques ne sauraient être prises telles quelles sans regard critique sur leur genre discursif particulier.

Les médias ont sélectionné, de façon plus ou moins consciente mais systématique, certains aspects langagiers saillants, surtout lexicaux, pour les présenter comme les composantes d’une variété langagière indépendante attribuée à la jeunesse multiethnique des banlieues des grandes villes (FAGYAL 2004, PLANCHENAULT 2008 : 194). Nous allons nous concentrer ici sur certains aspects lexicaux et discursifs, les limites du présent article ne nous permettant pas d’approfondir l’étude des phénomènes syntaxiques, qui sont pourtant présents dans notre corpus, comme le changement de catégorie grammaticale, par exemple, à l’instar des adjectifs « grave » et « direct » employés comme des adverbes, dans des énoncés du type « je le kiffe grave ». Ni d’aborder des phénomènes phonétiques : nous avons en l’occurrence relevé la palatalisation et/ou l’affrication des consonnes occlusives dentales (/t/ et /d/) chez bon nombre des jeunes protagonistes des films analysés. L’approche adoptée dans cette étude sera qualitative. Nous allons pourtant effectuer également une analyse quantitative (comptage manuel) des items en verlan relevés dans les différents films.

Le « parler jeune » : mise au point terminologique

Plusieurs désignations utilisées pour décrire ces pratiques langagières mettent tour à tour l’accent sur des aspects particuliers des réalités étudiées : « parler véhiculaire interethnique », « sociolecte (urbain) générationnel », « français contemporain des cités », « parlers urbains ». Or, un fragile consensus s’est établi, au fil des publications, autour de l’expression « parler jeune » (BILLIEZ, TRIMAILLE 2007 : 103 ; SINGY, BOURQUIN 2012 : 100), où « parler » est préféré à « langue » ou « langage ». Cette étiquette, dont le but est de catégoriser une « variété » de français, demeure pourtant problématique à certains égards (BILLIEZ, TRIMAILLE 2007 ; GADET 2013). Par exemple, le concept même de « jeunesse » est mouvant (LAMIZET 2004 : 97). De plus, il n’y a pas une seule « jeunesse » mais plusieurs « jeunesses » dans une société donnée (DE FÉRAL 2012 : 22). Toujours dans le cadre de ce questionnement concernant la catégorie « jeune », l’association directe entre des groupes et des traits langagiers a été également mise en discussion. L’étude récente d’Auzanneau, Leclère-Messebel et Juillard (2012) analysant une interaction entre jeunes de 17 à 19 ans lors d’un atelier de formation montre en effet « comment cette association se construit dans le fil de l’interaction et comment elle fait sens dans l’espace sociolinguistique concerné » (ibid. : 63). Mais qu’est-ce qu’on entend par « parlers jeunes » (le pluriel est dans ce cas plus adapté pour dire le caractère hétérogène et mouvant de ces pratiques, comme le fait remarquer Bulot dans un article de 2004) ? C’est au milieu des années 1990 que le caractère « banlieusard » de ces parlers semble être systématiquement mis en avant (TRIMAILLE 2004 : 174). D’une vision essentiellement générationnelle, on a donc assisté à un glissement par une territorialisation, « parler jeune » étant par ailleurs remplacé par « langue des cités ». Ce processus de catégorisation met l’espace au cœur de la définition du groupe, faisant de la banlieue un espace socialement et linguistiquement homogène, ce qui ne correspond pourtant pas à la réalité (HAMBYE 2008). Puis, corollairement, à un glissement par une ethnicisation (cf. SOURDOT 1997, cité par TRIMAILLE 2004). La dimension de l’ethnicité fait en effet son apparition dans les années 1990 dans les discours médiatiques sur le français de banlieue (FAGYAL 2004, PLANCHENAULT 2008 : 197). Le mot « jeunes » s’inscrit donc ici dans le même paradigme que le mot « quartier », les deux étant utilisés dans les journaux français par euphémisme avec la signification respectivement de « jeunes issus de l’immigration » et de « quartiers en difficulté, difficiles, défavorisés » (cf. BRANCA-ROSOFF 2001 : 68). Ainsi, aujourd’hui en France « jeune », dans « parler jeune », veut dire issu de l’immigration et habitant dans des cités, des quartiers défavorisés (BERTUCCI 2012 ; DE FÉRAL 2012 : 22). Les « parlers jeunes » sont des phénomènes langagiers urbains (DE FÉRAL 2012 : 32), la ville étant « par définition un lieu de variation et de contacts de langues » (CALVET 2002, cité par DE FÉRAL 2012 : 32). D’où la précision apportée par l’adjectif « urbain » que nous avons inséré dans le titre de notre article.

Analyse

5.1 Aspects lexicaux

5.1.1 Argot traditionnel, abréviations et anglicismes

Concernant les traits sémantiques, nous avons relevé la présence de certains mots de l’argot traditionnel, dont « daron/ne » et « baltringue », qui reviennent dans plusieurs films :

Je vais voir mon daron (ES)

C’est ma daronne (E)

Elle est au courant la daronne ? (I)

J’ai pas de taf (SH)

Espèce de petite baltringue (H)

Ils nous prennent pour des baltringues (ES)

Une baltringue (SH)

Moi, ça fait 20 piges que je galère (SH)

Qui a de la maille ? (SH)

J’ai plus de thunes (SH)

Des abréviations sont également présentes :

Ton impro (B)

J’appelle la just (C)

Le truc de prostit (ES)

C’est une pro, la prof (ES)

A chaque répet(ES)

Discuter de quoi, du biz (ES)

Alors, je suis mytho? (ES)

La collec de papa (SH)

Tu me prends pour un dèb ou quoi (SH)

Il me fait que des trucs de psycho (SH)

Ainsi que des anglicismes :

J’ai fait un deal avec lui (B)

On a un deal à te proposer (B)

Je te le dis cash (E)

C’est la chance de ta life (K)

Salut Miss (ES)

Comme le gars et la Miss (ES)

5.1.2 Verlan

Un des aspects lexicaux les plus créatifs, mais aussi la forme la plus emblématique (FAGYAL 2004, PLANCHENAULT 2008 : 189) et la plus repérable (BERTUCCI 2003 : 25) de ces parlers jeunes est assurément le verlan. On sait que les adolescents qui parlent mieux le verlan sont les plus déviants par rapport aux normes sociales et scolaires en particulier. Ils sont aussi les mieux intégrés au groupe des pairs et à sa culture (BERTUCCI 2003 : 28). Pour Gadet (2003), qui s’appuie sur plusieurs études du parler jeune dans plusieurs villes de l’Hexagone, l’hybridation et le verlan représentent la vraie rupture par rapport aux formes héréditaires (cf. DE FÉRAL 2012 : 39). Dans notre corpus, ce phénomène est bien présent. Dans un film comme Entre les murs, le verlan fait son entrée même à l’école. Or, force est de constater, en effectuant une analyse longitudinale de La Haine, premier film culte du genre, jusqu’au récent Intouchables, que les mots en verlan sont en baisse dans les films sur la banlieue, tant du point de vue quantitatif que du point de vue qualitatif, à savoir de la variété des mots employés :

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La Haine

Les autres films du corpus

Techi (shit), pefli (fliper), oinj (joint), téma (mater), vénère (enervé), keufs (flics), péta (taper), genar (argent), caillera (racaille), relou (lourd), demer (merde), meuf (femme), pécho (choper), téco (coté), méfilm (filmer), aç (ça), vetro (trouvé), béflam (flamber), tebé (bête), zarbi (bizarre), rebeu (beur: arabe), goleri (rigoler), roeus (soeur), cepla (place), àl (là), guélar (larguer), ouf (fou), s’credi (discret), turvoi (voiture), keum (mec), téci (cité)

rebeu, kémé (mec), tiéquart (quartier), cheum (moche), keuf (flic), renoi (noir), uam (moi), chanmé (méchant), pécho, veuches (cheveux), diquesa (sadique), iench (chien), téma, kène (nique), tebé, vésqui (esquive), péta, noiche (chinois), babtou (toubab), secla (classe), guedin (dingue), caillera

Meuf, ouf (tous les films, plus de 20 occurrences)

Chelou (ES, I, K) 8 occurrences

Relou (K, SH) 5 occurrences

Vénère (ES, I, K) 4 occurrences

De plus, les mots qui persistent depuis La Haine et qui totalisent le plus d’occurrences sont des mots désormais lexicalisés : « meuf » (femme) et « ouf » (fou) reviennent dans tous les films, avec plus de vingt occurrences. Suivent « chelou » (louche) (dans ES, I, K), qui vient d’intégrer l’édition 2014 du Petit Robert, « relou » (lourd) (dans K, SH), attesté depuis 2001, ainsi que « vénère » (énervé) (K, SH), qui fait son apparition dans le célèbre dictionnaire en 2008. Cela confirme un premier constat effectué par Fiévet et Podhorná-Polická (2008) à partir d’un corpus constitué de trois films sur la banlieue : Raï (1995), La Squale (2000) et Sheitan (2006). Ces auteurs ont en effet remarqué un « recul assez marqué des verlanisations qui ne sont pas lexicalisées » (ibid. : 216). Or, dans La Haine, le verlan des protagonistes masculins, Vinz, Saïd et Hubert, domine le film d’un bout à l’autre, alors que dans L’Esquive on ne compte qu’une vingtaine de mots verlanisés. En revanche, le verlan n’est plus ici l’apanage des garçons mais il est aussi à la disposition des filles, qui y ont recours dans leurs échanges. Cette baisse par rapport à La Haine, où le verlan devient une véritable « marque indicielle » des jeunes des cités parisiennes (BLACK, SLOUTSKY 2010), relève pourtant d’une stylisation, d’un choix précis du metteur en scène. Kechiche explique en effet lui-même, dans une interview accordée à Jean-Marc Lalanne en 20044, avoir voulu limiter l’emploi du verlan pour ne pas nuire à la compréhension du film (cf. PLANCHENAULT 2012 : 265). Il s’agit d’un aspect que l’on ne peut pas négliger ici, la présence plus ou moins importante de mots verlanisés dans le scénario d’un film pouvant donc tenir à différents facteurs, dont le choix du metteur en scène mais aussi, par exemple, la connaissance de ce procédé de codage formel de la part du scénariste, qui va intégrer des termes en verlan dans le script du film. On ne saurait non plus passer sous silence le rôle des acteurs, certains metteurs en scène pouvant limiter le texte à jouer et leur donner libre cours, surtout dans le cas d’acteurs non professionnels. Ce qui ne semble pas avoir été le cas, en revanche, dans L’Esquive, si l’on en croit toujours Kechiche dans l’interview citée plus haut. En effet, malgré la présence d’une seule actrice professionnelle, Sara Forestier (Lydia dans le film), « [l]es dialogues étaient effectivement très écrits, à part une ou deux scènes un peu libres ». Ainsi, selon Kechiche, même si la langue utilisée était pour les adolescents plus familière que celle de Marivaux, « elle restait un texte, qu’ils devaient apprendre et répéter, donc tout aussi dur à jouer pour eux que Marivaux ».

5.1.3 Emprunts aux « langues d’héritage »

Nous avons relevé aussi des phénomènes dus aux contacts de langues, des emprunts aux « langues d’héritage », pour employer une expression qui n’est pas d’usage courant en France - où l’on parle plutôt de « langues d’origine » - et que Gadet (2012, 2013b) emprunte à la tradition américaine (« heritage language ») pour indiquer qu’il s’agit de jeunes nés en France qui connaissent très peu le pays et la langue de leurs parents. Dans ce contexte « héritage » est donc peut-être plus adapté, car on peut juger et refuser un héritage, alors qu’on ne peut pas le faire avec son « origine ». Ces jeunes urbains vivent avec ces langues mais de façon indirecte. Dans notre corpus nous avons relevé des mots en romani, ces emprunts se trouvant principalement dans le film Sheitan : « marave » (frapper, casser la gueule), « pillave » (boire), « minch » (sexe féminin, fille) ; alors que deux autres occurrences, « poucave » (délateur, balance) et « bouillave » (faire l’amour, copuler), figurent respectivement dans Entre les murs et dans Kaïra :

Quand tu la bouillaves (K)

Bart, tu t’es fait marave… [Thai à Bart blessé lors d’une bagarre en boîte de nuit] (SH)

Tu veux que je te marave ? [Bart à son chien qui ne veut pas sortir de la voiture] (SH)

Je la fais pillave grave [Bart à propos d’une fille] (SH)

T’es une poucave [Suleyman à Boubacar] (E)

Mais ce sont les emprunts à l’arabe maghrébin, à la « darja », comme l’appellent ses locuteurs (cf. CAUBET 2004), qui foisonnent dans les films analysés. On dénombre 38 occurrences du verbe « kiffer », présent dans tous les films du corpus à l’exception de Banlieue 13. Il s’agit d’un verbe arabe intégré dans le français (CAUBET 2002 : 128) et recensé dans Le Petit Robert avec la mention « fam. ». Une preuve de l’intégration réussie de ce terme est fournie par sa vigueur dérivationnelle : « Elle est kiffante » (ES) [Lydia à propos de sa robe de théâtre]. Mais on trouve aussi « kiffeur » et « kiffeuse ». Même discours pour « bled » (= pays d’origine), lui aussi lexicalisé et donnant lieu à des dérivés, à l’instar de « blédard » pour indiquer une personne habitant le « bled » :

J’aime mon bled, la Kabylie, et j’aime y aller tous les ans (E) [Rabah dans son autoportrait]

Ladj, tu t’es cru au bled ? (SH)

Nous avons relevé aussi des mots présents exclusivement dans les dictionnaires spécialisés (entre autres, Lexik des cités, Dictionnaire de la Zone et Keskiladi ?, ces deux derniers étant des dictionnaires en ligne) :

C’est un bâtard, ce gars-là, ah le sheitan, t’es folle ou quoi ? (ES) [Nanou à Lydia qui porte une robe de théâtre ; le sheitan = le diable]

Le sheitan est en train de te manger le cerveau (SH) [Ladj à Bart qui s’en prend à la religion]

Mais je continue à manger du Hallouf (SH) [Bart qui s’est converti à l’Islam : hallouf=porc]

C’est Haram, ce que tu dis ! Faut respecter là, qu’est-ce qui te prend (SH) [Ladj à Thaï qui s’en prend à la religion ; haram=péché]

La h’chouma, t’es folle, devant tout le monde (ES) [Nanou à Frida qui a traversé la cité avec sa robe de théâtre]

Vous avez le seum contre moi ! (E) [Khoumba à M. Marin, son prof. ; le seum=la haine, de l’arabe sèmm=vénin]

Selon Calvet, dans un article paru en 1997 dans Le Français dans le monde, l’inclusion des arabismes dans le parler des jeunes « banlieusards » est une sorte de marquage identitaire qui constitue un fait quasiment universel. Ces jeunes parlent tout simplement leur français, comme les Provençaux et les Bretons ou les pieds-noirs parlent le leur (cf. BLACK, SLOUTSKY 2010 : 7). Dominique Caubet souligne, pour sa part, que « l’apport maghrébin est là pour marquer une appartenance, une complicité, une intimité que le français ne peut pas assurer » (2002 : 129). Ce phénomène est peut-être en lien avec l’évolution qui a caractérisé ces dernières années la représentation des acteurs d’origine maghrébine dans le paysage cinématographique contemporain. Même si les discours de réception présentent le cinéma sur la banlieue comme un cinéma métissé (ou « black-blanc-beur »), ils se concentrent finalement beaucoup sur la communauté maghrébine (MILLELIRI 2011). On est ainsi passé des rôles convenus de l’épicier ou du délinquant dans les films des années 1980, y compris dans les films du cinéma dit « beur »5, aux rôles conséquents et entiers de protagonistes joués par ces mêmes acteurs dans les films sur la banlieue, qui de ce point de vue marquent une cassure dans la représentation du personnage de l’Arabe (cf. GAERTNER 2005 : 191).

5.2 Niveau pragmatico-interactionnel

Les influences arabes se font ressentir aussi au niveau pragmatico-interactionnel, qui est moins souvent décrit dans les travaux sur les « parlers jeunes », comme le rappellent Trimaille et Billiez (2007). À cet égard, on a relevé plusieurs interjections pouvant endosser des fonctions variées dans les échanges : phatique, interactionnelle (prise de tour de parole, par exemple) ou expressive (surprise, admiration, etc.). Certaines sont réalisées au moyen d’expressions à caractère sacré désémantisées et ritualisées (cf. TRIMAILLE 2004) : « Hamdullâh » (C, K), « Mabrouk » (ES), « Psartek! » (ES), « Starfallah » (ES), « Wesh » (ES), qui foisonnent notamment dans L’Esquive.

Parmi celles-ci, les interjections « Inchallah » (« Si Dieu le veut ») et surtout « woullah » (« je te jure »), dont l’importance dans les parlers des jeunes de banlieue avait déjà été soulignée par l’ethnologue Lepoutre (1997), sont présentes dans plus d’un film et totalisent le plus d’occurrences dans notre corpus (respectivement 7 et 13). Ces interjections deviennent « de véritables marqueurs discursifs identitaires » s’intercalant « rituellement » dans le discours, comme le signalent les principaux dictionnaires recensant les mots des cités à travers des données narratives insérées dans la microstructure (CELOTTI 2008 : 217) :

Psartek/Selmek formule de félicitations. Selmek réponse d’usage. Étymo d’où ? : Les jeunes de cité, d’esprit partageur, empruntent à l’arabe des formules de félicitations telles que psartek, « que tu puisses en profiter pleinement », par extension « compliments ». Pour être dans le coup, répondez selmek, de salam « que la paix soit avec toi » (Lexik)

Starforlah ! exclamation qui exprime le remords. « Starforlah ! J’ai été méchante avec lui ! l’étonnement ou l’indignation. « Starforlah ! Ce chauffard a failli écraser les enfants qui traversaient. Étymo d’où ? L’expression « je demande pardon à Allah », astaghfiroullah ! en arabe classique, est très usuelle dans le monde musulman, où la tradition rapporte que le prophète avait pour habitude de demander pardon plus de cent fois par jour. (Lexik)

Wesh formule de salutation et interjection pour dire mise en garde. « Wesh, qu’est-ce que t’as à me regarder ? » (Lexik)

Or, il est intéressant de souligner que dans L’Esquive c’est Lydia, la jeune fille française blanche et blonde jouée par Sara Forestier, seule actrice professionnelle du film, qui les emploie le plus souvent. Ainsi, même si on sait que dans les banlieues il y a aussi des Françaises « de souche » et des filles non issues de l’immigration maghrébine ou noire africaine, c’est comme si Kechiche avait voulu renverser ici le stéréotype du jeune de banlieue en concentrant tous ces traits chez ce personnage :

Je suis contente, franchement, elle est belle, Psartek ! (Lydia à propos de sa robe)

Vas-y, beh, une autre fois Inchallah

Starfallah, mais…(Lydia à Frida qui ne veut pas que Krimo assiste à la répétition de la pièce)
Franchement, woullah, ça fait trop (Lydia à Frida)

Ces interjections peuvent être créées à partir de formules véridictoires faisant elles aussi l’objet d’une désémantisation :

Sur le Coran, on n’a rien fait (C)
Sur le Coran de la Mecque que je le dis pas, vas-y (ES)
La tête de ma mère, tu déchires (C)
La tête de ma mère, elle est grave belle (ES)

On sait combien dans les banlieues le maniement de l’insulte est chose banale (LEPOUTRE 1997). Les insultes adressées à la mère, invoquée par les jeunes locuteurs des cités pour accentuer la force de sentiments ou d’insultes, s’inscrivent notamment dans un contexte caractérisé par l’absence des pères (JOHNSTON 2008). C’est le fils qui protège sa mère et sa famille. Cet aspect est bien présent dans les films analysés : dans L’Esquive, par exemple, le père de Krimo est en prison et celui-ci vit seul avec sa mère. Dans Camping à la ferme et plus récemment dans Intouchables, on voit respectivement la mère de Booba confier son fils à Amar, l’éducateur, et la mère de Driss travailler dur pour ses enfants. Le garçon qui réagit à ces insultes « se conduit [donc] bel et bien en responsable et en garant de l’honneur des femmes de son groupe » (LEPOUTRE1997 : 285). Or, ces insultes tiennent également au statut symbolique de la mère dans la culture maghrébine. Elle est en effet vue comme une figure pure, sacrée. Les insultes attaquent donc l’autre par la femme (MOÏSE 2002 : 48), par la mère, objet de louanges mais aussi d’invectives : « Je vais te farcir ta mère » dit Bart aux jeunes du village qui lui ont volé une mobylette, dans Sheitan. Dans certaines situations d’énonciation les expressions avec « ta mère » ou « sa mère » peuvent perdre leur force sémantique et acquérir chez les jeunes une valeur de figement, au même titre que par exemple le mot « putain ». Il s’agit dans ce cas de formulations sans offense, comme dans ces exemples : « comme il pleuvait sa mère, c’était trop » ; « je me suis fait piquer sa mère ». « Sa mère » devient ici simple phatique, ponctuant du discours (cf. MOÏSE 2002: 50). C’est le cas dans La Haine : « En fait, il les a vus. Le mec il flippe sa mère » ; et plus récemment dans Intouchables où Driss, faisant du parapente pour la première fois, s’adresse à Philippe et s’exclame : « Oh, sa mère ! ». Il ne s’agit pas en l’occurrence d’insulter une personne, mais de maudire une situation.

De la pureté de la mère on passe à la pureté de la race, qui est elle aussi dénigrée :

Nique ta race (K)

Je vais défoncer ta race (ES)

Ta race ! (ES)

Caubet (2001 : 746, cité par BLACK, SLOUTSKY 2010 : 7) avance l’hypothèse selon laquelle les expressions avec « sa mère » et « sa race », notamment dans les injures et les menaces, présentent des calques sémantiques des expressions marocaines avec « baba » (papa) : « Sans vouloir trouver l’origine de ces expressions dans l’arabe maghrébin, je pense qu’il n’est pas impossible qu’il y ait eu une influence, puisqu’elles sont nées dans les banlieues chez les jeunes familiers de l’arabe maghrébin ».

Parmi les marqueurs discursifs, il y a l’expression « mon frère », dont on dénombre 21 occurrences dans L’Esquive. Frère, cousin, neveu ont déjà été relevés comme particularités du français d’Afrique (ANZORGUE 2006 : 64). Il s’agit plus précisément d’un calque de l’arabe maghrébin où le terme « khûya » signifie à la fois « mon frère » au sens familial du terme mais également plus généralement « mon compatriote, mon ami, mon cher ». Dans son étude sur l’influence des langues africaines et des français d’Afrique dans le parler urbain des jeunes lycéens de Vitry-sur-Seine, Anzorgue a remarqué qu’il n’est pas rare que les filles se saluent à travers un « salut mon frère ». Cette neutralisation des genres révèle sans doute, selon elle, « une stratégie verbale qui leur permet de se faire respecter dans un monde dominé par les garçons et les valeurs machistes » (ibid. : 63). Une « neutralisation » de la référence, une perte de la pertinence référentielle du trait sexué apparaissent également dans les emplois de « frère » émanant de L’Esquive (cf. DEVRIENDT 2010), à l’instar de ces échanges où Nanou et Lydia s’adressent à leur copine Frida : « Il s’en prend aux filles, c’est pas un mec, mon frère » ; « J’ai pas peur, mon frère ». La désémantisation est encore plus frappante lorsque « mon frère » est utilisé dans un polylogue, en présence de plusieurs allocutaires de sexe féminin (cf. Ibid.). Dans les interactions tirées de ce film l’interpellatif « mon frère » devient donc un simple ponctuant du discours.

Comme le souligne Moïse (2002, cité par HAMBYE 2008 : 35), le « français des banlieues », tel qu’il est décrit habituellement, est essentiellement un usage propre aux garçons, que les filles n’adoptent que de façon limitée et sous certaines conditions. C’est peut-être une des raisons qui expliquent que les descriptions linguistiques des « parlers jeunes » se basent, pour la plupart, sur les usages langagiers des garçons « des banlieues » et passent sous silence le rôle des filles (BILLIEZ, TRIMAILLE 2007 : 104). Ainsi dans de nombreux travaux et dans les articles de presse, « jeune », dans « parler jeune », ne renvoie, à l’évidence, qu’au sexe masculin (ibid. : 103).Dans son ouvrage pionnier dans le domaine des études de genre (« gender studies » en anglais), Robin Lakoff a observé que les femmes tendent à utiliser des formes standard plus fréquemment que les hommes. C’est également une constante des travaux de sociolinguistique (voir par exemple Labov ou Trudgill) que de montrer que les femmes passent plus facilement au standard, sauf dans les cultures où elles n’ont aucune chance d’améliorer leur statut, alors que les hommes s’identifient davantage avec les formes populaires et stigmatisées. Pour Trudgill (1972), le choix de la variété de prestige serait dû à la position d’infériorité de la femme dans la société (cf. Eckert 1989 : 249). Or, dans le cas de L’Esquive on remarque en revanche une valorisation de la parole masculine et une reprise de celle-ci de la part des adolescentes (DEVRIENDT 2010). Mais comme le suggère Claudine Moïse, les jeunes filles des cités s’approprient le langage rude des garçons pour se débarrasser de toute soumission sociale et langagière : « cette variété, si elles en usent, c’est pour mieux s’en défaire » (MOÏSE 2002 : 58).

Conclusions

Le succès des films comme L’Esquive (2004) ou Intouchables (2011) montre que la banlieue occupe désormais une place importante dans l’imaginaire de la majorité des Français. On mesure au fil des films l’importance acquise par les variétés stigmatisées dans le marché linguistique du discours cinématographique (PLANCHENAULT 2012 : 271). Même si dans le cinéma les pratiques langagières des jeunes urbains font l’objet d’une théâtralisation, au sens de Goffman, et qu’un film ne peut montrer qu’une « stylisation » linguistique (ibid. : 254), notre corpus laisse cependant émerger certaines tendances, comme l’abandon de la verlanisation systématique (typique en revanche dans les films des années 80 et 90) et l’essor de phénomènes liés aux contacts de langues. Or, si l’on en croit Alain Rey6, ces mêmes tendances seraient en cours dans les pratiques réelles des parlers jeunes, le verlan s’étant aujourd’hui essoufflé, complété par les langues d’héritage. Des enquêtes de terrain récentes, comme celle menée dans le cadre du projet « Multicultural Paris French » par une équipe dirigée par Françoise Gadet7 semblent aller dans cette même direction.

Du Thé au Harem d’Archimède (1985) jusqu’à L’Esquive (2004) en passant par La Haine (1995), qui illustrent, selon les sociologues Kokoreff et Lapeyronnie (2013 : 17), trois configurations successives, trois âges de la banlieue, on constate donc le recul du verlan et la place importante faite à l’arabe maghrébin, que le cinéma français sur la banlieue semble avoir choisi comme trait stéréotypé caractérisant les parlers des jeunes urbains. Et ce en dépit de la présence en banlieue d’autres langues d’héritage, dont les langues africaines, par exemple. Or, on sait qu’aujourd’hui en France à travers les immigrés, rapatriés, harkis, et leurs descendants, près de 10% de la population française a, dans son histoire familiale, un attachement avec l’autre coté de la Méditerranée et un lien avec la darja ou le berbère  (CAUBET 2006, cité par BARONTINI 2007 : 26), même si cela ne veut pas dire que ces gens parlent ces langues. Mais il est intéressant de souligner que l’arabe maghrébin exerce désormais des influences sur les parlers des jeunes quelle que soit l’origine de leurs parents et dans tous les quartiers (BARONTINI 2009 : 6). Il a en effet débordé le cadre familial ou communautaire où on le cantonnait pour laisser des empreintes sur la scène culturelle française, qui en sort ainsi modifiée. Il a gagné visibilité et légitimité et semble jouer un rôle fédérateur (CAUBET 2004). L’arabe maghrébin s’est installé sur le devant de la scène culturelle française à un tel point qu’on assiste aujourd’hui à un dépassement même des clichés de l’« entre deux cultures » ou du « métissage culturel » (BARONTINI 2007). À cet égard, la notion de « crossing » élaborée par Ben Rampton (2005) pourrait être mobilisée, nous semble-t-il8, pour décrire ce phénomène qui caractérise les parlers des jeunes urbains et qui consiste à adopter une variante normalement associée à une autre communauté, comme l’illustre ce témoignage recueilli par Cécile Ladjali, écrivaine et professeure de lettres dans un lycée de Seine-Saint-Denis, dans son essai Mauvaise langue (Seuil, 2007). Il s’agit des propos d’une de ses élèves, une « française en l’occurrence » (sic) (cité par ARDITTY, BLANCHET 2008) :

… dans la cité il y a trois clans. En haut de la pyramide, il y a les Blacks, ils sont les plus forts. Au milieu il y a les Beurs. Ils suivent le mouvement. En bas il y a les Blancs, ceux qui ne peuvent pas habiter le quartier pavillonnaire. Pour eux c’est très dur. Moi je parle avec cet “accent black”, pour ne pas passer pour une “boufonne de Blanche”. Et puis les garçons me respectent quand je parle comme eux, de façon virile, et pas comme une fille. Alors ils me laissent tranquille.

Or, l’inconvénient du terme « crossing », comme nous l’a fait remarquer Françoise Gadet, c’est qu’il semble supposer que les communautés sont propriétaires de leurs langues ou de leurs traits. En revanche, les langues, on le sait, se moquent des frontières. Cela circule toujours.

Références

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http://www.prefics.org/credilif/CahiersdeSociolinguistique9.pdf

1
Nous tenons ici à remercier Françoise Gadet pour sa lecture critique d’une première version de cet article. Le point de vue que nous présentons, et les imperfections qui demeurent, sont évidemment de notre seule responsabilité.

2
La rencontre autour du thème « Le Parler des jeunes : un danger pour la langue française ? » s’est tenue à la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Georges Pompidou (Paris) le 19 mars 2012. http://www.franceculture.fr/le-parler-des-jeunes-un-danger-pour-la-langue-francaise.

3
Pour un recensement complet de ces films voir le dossier « Banlieue & cinéma » du site « allociné »: http://www.allocine.fr/article/dossiers/cinema/dossier-18463658/

4
L’Esquive, entretien avec Abdellatif Kechiche par Jean-Marc Lalanne, 7 janvier 2004. http://www.lesinrocks.com/2004/01/07/cinema/actualite-cinema/entretien-abdellatif-kechiche-lesquive-0104-1185003/ .

5
C’est-à-dire réalisés par un metteur en scène maghrébin ou d’origine maghrébine, qui ont pour sujet cette même communauté et dont les acteurs principaux sont eux aussi issus de cette immigration maghrébine.

6
REY, Alain, « Le verlan c’est devenu trop ‘relou’ ! », Le Parisien, 1 octobre 2012. http://www.leparisien.fr/espace-premium/air-du-temps/le-verlan-c-est-devenu-01-10-2012-2193119.php.

7
Les résultats de cette vaste enquête de terrain ont été présentés lors du séminaire « Perspectives sur les contacts de langue en contexte migratoire », qui s’est déroulé à l’Université Paris Ouest Nanterre le 24 février 2014 (http://www.modyco.fr/details/550-contacts-de-langues-en-contexte-migratoire) et lors du séminaire du laboratoire Modyco de la même université le 25 février 2014. http://www.modyco.fr/details/503-exploitation-des-corpus-oraux.

8
Ce lien nous a été suggéré par Cécile Vigouroux lors du séminaire « Perspectives sur les contacts de langue en contexte migratoire », qui s’est tenu à l’Université Paris Ouest Nanterre le 24 février 2014.

Per citare questo articolo:

Lorenzo Devilla, La langue des cités à l’affiche : pratiques langagières des jeunes urbains dans le cinéma français sur la banlieue, Repères DoRiF N.8 - Parcours variationnels du français contemporain, DoRiF Università, Roma septembre 2015, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=237

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