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Silvia VECCHI

Compte rendu - D. LONDEI, S.POLI, A.GIAUFRET, M. ROSSI (coord. par), Metamorfosi della traduzione in ambito francese-italiano

D. LONDEI, S.POLI, A.GIAUFRET, M. ROSSI (coord. par), Metamorfosi della traduzione in ambito francese-italiano, Genova, De Ferrari Comunicazione, 2015, pp. 367.


En continuité avec les travaux précédemment publiés dans la revue Repères-Dorif-Università portant sur la traduction (v. http://www.dorif.it/ezine), les dix-huit contributions réunies dans l’ouvrage collectif Metamorfosi della traduzione in ambito francese-italiano, provenant du colloque La traduction à l’ère de la mondialisation (Gênes, 7-8 novembre 2013), sont des études consacrées au devenir de la traduction qui portent sur les processus et les implications de l’acte traductif visant le discours théorique, didactique, les contextes professionnels, les évolutions procédurales et méthodologiques en contexte mondialisé des langues-cultures.
Aborder la traduction en termes de « métamorphose » présuppose un regard pluridimensionnel sur les notions et les constantes élaborées dans le cadre des Translations Studies (depuis The Cultural Turn), une approche qui se révèle plus qu’incontournable dans la mesure où elle apporte un enracinement conceptuel et épistémologique s’établissant « sur le caractère éminemment interdisciplinaire de ce champ d’investigation » (Danielle Londei, Micaela Rossi, Les multiples chemins de la traduction, p. 10).
C’est sur cet horizon de réflexion que se reflète l’ensemble des articles dont la multiplicité de positions, d’approches, d’expériences se retrouve dans l’intersection des volets inhérents :
1) à un cadre épistémologique et culturel des positionnements vis-à-vis de concepts, d’attitudes (p. 23-84),
2) à l’analyse de genres textuels précis et de leur apport à l’élaboration de pistes de réflexion traductologique et d’actualisation didactique (p. 85-202),
3) à la prise en charge des questions terminologiques et des opérations traductives liées à certains secteurs professionnels (p. 203-316),
4) à l’impact des outils de travail et des outils technologiques sur la didactique de la traduction (p. 317-367).
Avec l’avant-propos (Danielle Londei, Micaela Rossi, Les multiples chemins de la traduction, p.9-19) le lecteur se familiarise avec une dynamique de questionnement sur les problématiques intrinsèques aux actions de compréhension, d’interprétation que détermine l’acte traductif. On y retrouve une illustration des thématiques abordées, accompagnées de remarques justifiant l’importance et la nécessité de progresser dans le domaine de la recherche sur la traduction à l’heure de la mondialisation.
On pourrait songer à un circuit de mots-clés s’interpellant réciproquement d’une section à une autre de l’ouvrage, d’un article à un autre de chaque partie tant les suggestions, les positionnements, les aspirations d’éclaircissement tracent « la complexité dont la ‘traduction’ est porteuse » (p.10).
Dans la première partie du volume, Traduction et enjeux épistémologiques, celles et ceux qui s’occupent de traduction à plusieurs titres et à plusieurs niveaux de recherche puiseront, selon les réflexions d’approche présentées, les manières de repenser le processus de traduction touchant aux modalités selon lesquelles s’élabore la conception du statut des langues à l’heure de la communication médiatique, à l’observation des conditions de la traduisibilité/intraduisibilité en contextes de recherche, à la réélaboration de la notion d’identité, à la nécessité de la description linguistique préalable à l’acte traductif.
Dans l’essai d’ouverture de Michaël OUSTINOFF (Les nouveaux médias de communication à l’heure de la « traduction totale », p. 23-34), la présentation du mot « mondialisation » est développée autour de la problématique de la communication numérique confrontée à la « traduction totale » à l’heure du globish. Dans la relation entre l’omniprésence de l’anglais sur la toile en tant que langue d’Internet et les « savoirs » développés selon la formule berlusconienne par les trois I, « (Inglese), (Informatica), (Impresa) » (p. 23), l’auteur repositionne l’attitude et la façon de repenser le besoin de repérer les informations sur la toile et les langues dans lesquelles ces informations peuvent être traduites, en identifiant par conséquent « le paradoxe de la langue dominante » : ce n’est pas la langue en soi qui sert mais la disponibilité de l’information à véhiculer en plusieurs langues, d’où le renversement en perspective du statut fixe hégémonique de l’anglais. Que le besoin d’informations et de leurs traductions change la façon de concevoir le statut d’une langue est important d’autant plus qu’est mise en avant la vision des langues elles-mêmes en tant que « matière première de la mondialisation » (p. 30) dans le contexte des médias numériques. C’est dans ce sens que la « traduction » n’est donc pas interprétable dans les termes du modèle du tout-anglais mais en tant que « langage global ». L’essai s’attache à mettre en valeur également les enjeux culturels de la traduction des intraduisibles face au problème de la traduction totale des langues « car s’en tenir à la croyance que les langues sont interchangeables aboutit à croire que l’on peut tout traduire de manière univoque et définitive » (p. 31).
Si l’enjeu épistémologique de la traduction en tant que « langage global » s’accompagne du positionnement face aux informations circulant en plusieurs langues en contexte mondialisé des connaissances, l’essai d’Aline GOHARD RADENKOVIC et Min JOO HAN (Traduction ou trahison ? Traduttore o traditore ? Traduisible ou intraduisible ? La (im)mobilité des concepts entre le proche et le lointain…à l’heure de la mondialisation, p. 35-51) envisage, à cet effet, la portée de la problématique du travail traductif dans la complexité de l’harmonisation des mots selon « différents contextes linguistiques et culturels, divers ancrages disciplinaires » dont le processus de transposition nécessite de passer par la prise en considération des ancrages culturels et académiques de chaque langue. S’appuyant sur l’expérience de traduction du Précis du plurilinguisme et du pluriculturalisme (2008), l’étude se penche sur l’analyse des résultats et les retombées des activités de traduction effectuées, l’une se référant à la traduction en anglais du chapitre « Mobilités et parcours », l’autre se référant à la traduction des concepts de la didactique du FLE en coréen. Examinant les modes d’interprétations conceptuelles, les deux auteures constatent que tout choix de traduction détermine des divergences ou des absences dans la conception des points de vue sur la même thématique, objet de traduction ; elles en constatent aussi le statut opératif que la représentation que chaque terme reçoit à partir de son contexte culturel et scientifique de départ. Parler d’interprétation orientée vers la traduction, c’est donc identifier des formes d’harmonisation qui ne se résoudraient pas dans le sens d’une correspondance entre les concepts les uns vis-à-vis des autres ; c’est alors que s’établissent, au contraire, des références aux modalités selon lesquelles les langues sont pensées par rapport à leurs propres systèmes culturels.
Les enjeux culturels, identitaires, symboliques de la traduction sont au cœur de la contribution de Bernard LAMIZET (Langue, traduction et médiation culturelle, p. 53-63). L’auteur cherche à voir la portée de la signification de la traduction lue à la lumière du concept d’alientité, « la traduction pose fondamentalement le problème de la relation entre la langue et l’identité » (p. 53). La relation qui s’établit lors du passage énonciatif d’une langue à une autre prend la forme de « la dialectique épistémologique de l’identité et son autre » : en effet « [t]andis que l’identité est « l’être-ça » du sujet, l’alientité désigne ce qu’il n’est pas, elle désigne ce par rapport à quoi il se situe pour exprimer l’identité dont il est porteur dans une dialectique fondatrice avec l’identité de l’autre » (p. 53). Dans cette dialectique épistémologique, la langue qui est elle-même porteuse d’une identité et d’un processus d’identification du sujet dans le travail de transfert vers l’altérité, devient aussi l’espace où finissent par converger « des tensions et des conflits entre identités et entre appartenances. La traduction va représenter un champ d’expression de telles tensions de certaines situations […] par exemple, des situations de censure de certaines œuvres dans d’autres pays que ceux dans lesquels elles ont été élaborées » (p. 57).
On trouvera dans l’essai de Michele PRANDI (Tradurre metafore, p. 65-84) une mise au point sur l’incontournable apport de la description linguistique des caractéristiques formelles et conceptuelles de la métaphore aux connaissances, compétences et savoirs servant l’acte traductif « des expressions contenant les métaphores ». Fondée sur une analyse descriptive minutieuse, l’étude donne un éclaircissement sur les implications et les difficultés de la traduction de la métaphore ; mettant en évidence les types de métaphores (cohérentes, conflictuelles, …) et en en identifiant les multiples facettes définitoires – l’auteur explicite les liens entre l’emploi d’une métaphore et le caractère coextensif des significations linguistiques et des interprétations textuelles. L’interprétation d’une métaphore doit être accompagnée d’un « patrimonio condiviso dei concetti », car « quando parliamo di traduzione delle metafore il presupposto è che l’oggetto del processo traduttivo sia in ogni caso una metafora » (p. 72). Il souligne que c’est l’acte d’interprétation d’une métaphore qui est au cœur de l’acte de traduire « ciò che traduciamo è sempre un significato » (p. 75). À l’aide de nombreux exemples de métaphores traduites en français et en anglais, l’auteur fait observer la correspondance asymétrique de transposition selon les langues qui sont en présence en reconnaissant dans le phénomène de « l’anisomorfismo » un des casse-têtes en termes d’effet d’équivalence, « è un ostacolo fatale alla traduzione di metafore » (p. 78).
Si la connaissance des propriétés de la métaphore se révèle « patrimonio ontologico » du traducteur, on pourra bénéficier de l’explication du sujet montrant une avancée opérationnelle sur la question de la traduction des formes de la variation socioculturelle des langues-cultures.
Si la connaissance des caractéristiques des genres et types textuels fonde un travail favorable à la lisibilité d’un texte à traduire (Diadori 2012), les contributions de la deuxième partie, Traduction de genres et de textes, livrent en ce sens un élargissement significatif du point de vue du niveau d’appréciation portant sur certains genres textuels. Le fil rouge de cette partie est la centralité du texte entre reconnaissance de traits spécifiques énonciatifs, textuels, réflexion sur le travail procédural et avancées traductologiques, sur une base d’analyse diachronique, ou sur une base d’analyse traductologique et didactique utilisée à des fins de formation en contexte universitaire, ou encore sur une base d’analyse sociologique en exploration, ou enfin sur une base d’analyse littéraire.
La relation entre genre littéraire et traduction fait l’objet de la vaste analyse offerte par Sergio POLI (Histoire tragique et traduction, p. 87-110) qui reconnaît à la découverte du genre des histoires tragiques du XVIIe siècle en France une piste de lecture propice à la compréhension de la manière dont la conception de l’acte traductif a évolué, l’histoire de l’évolution du genre « naî[ssan]t de et par la traduction » (p. 90). L’analyse diachronique permet d’en cerner le statut épistémologique à travers la mise en évidence de traits de langue, de termes dans l’ensemble de problèmes, de contraintes éditoriales de l’époque suggérant « un changement radical dans la manière de percevoir l’acte traductif » (p. 91). Riche en notices historiques documentées, en témoignages, en noms d’auteurs et de traducteurs, en comparaisons entre ouvrages et dates, l’analyse permet de mettre en lumière le processus de transformation qui caractérise la traduction en français de la tradition italienne de Bandello, déterminant un changement dans l’acte de traduire, qui est souvent travail d’imitation. L’intérêt du propos porté sur le développement de l’« art d’imiter » ne fait que prolonger l’attention sur la « formation » de la figure professionnelle du traducteur, « il représente l’un des premiers exemples d’intellectuel essayant de ‘vivre de sa plume’ » (p. 95).
L’essai de Monica BARSI (La présentation des tragédies françaises traduites de l’italien à la Renaissance, p. 111-126) portant sur la problématique de la traduction spécifique des paratextes des grandes tragédies françaises se situe dans le même ancrage historique. S’appuyant sur l’ouvrage Sophonisba (1524) de Giangiorgio Trissino, l’auteure montre à quel point les titres et les préfaces déterminent, dans le va-et-vient des rapports entre l’Italie et la France, un impact culturel et politique important sur l’affirmation d’un pays ou de l’autre. Ainsi se précise l’apport de cette étude à l’histoire de la traduction contextuelle à la conception de la traduction en tant que pratique de neutralisation dans le jeu d’affirmation identitaire d’un pays, contextuelle également à la liberté d’action que les traductions incarnaient à l’époque.
L’attention focalisée sur les processus traductifs des textes théâtraux est également au cœur de la contribution d’Elisa BRICCO (Sulla traduzione teatrale : l’incontro/scontro con il teatro belga contemporaneo, p. 127-146) et porte, cette fois, sur la traduction des textes théâtraux contemporains connus en contexte belge. L’essai renforce la perspective de la réflexion traductologique à l’aide des résultats d’un parcours didactique de traduction réalisé avec les étudiants de master dans l’université où l’auteure enseigne. L’étude montre les conditions d’une actualisation didactique par lesquelles la traduction des textes théâtraux se révèle un terrain prometteur dans la tension visant à concilier des exigences pratiques d’adaptation scénique, sémiotique et des exigences d’expression liées à une charge textuelle inhérente aux spécificités du texte théâtral (p. 128). La spécificité de la « belgitude » des textes dont se compose le corpus fait que les propriétés énonciatives, scéniques, sémiotiques impliquent un raisonnement sur la façon d’adapter « un’intensa riflessione metatestuale, metalinguistica e traduttologica » (p. 134). En détaillant les traits énonciatifs linguistiques, langagiers (registres de langue), l’auteure montre la nécessité des opérations d’adaptation concernant des références culturelles, géographiques, politiques pour les enjeux didactiques de la traduction.
Du genre de l’histoire tragique en passant par le théâtre de la Renaissance pour parvenir au théâtre contemporain francophone, c’est au genre de la bande dessinée de trouver son espace d’appréciation dans l’essai d’Anna GIAUFRET (Bande dessinée et traduction à Montréal : des réseaux et des œuvres, p. 147-161). En justifiant le recours à la contemporanéité absolue (p. 147), l’essai s’articule sur l’observation des constantes liées au marché de la traduction des bandes dessinées en contexte canadien, dans l’aspect des modalités de diffusion, en milieu anglophone, des informations appartenant à la culture francophone. L’incidence des répertoires en langues des auteurs bilingues, qui constitue un atout en termes de reconnaissance, est ainsi soulignée. Après avoir observé le processus de création d’une bande dessinée, l’auteure présente des éléments décisifs pour le travail de traduction : 1) les jeunes auteurs des bandes dessinées soutiennent leurs ouvrages à travers leurs blogues, en montrant leurs manières singulières de créer ; 2) le rôle déclencheur de la Maison de la bande dessinée de Montréal ; 3) l’effervescence des bandes dessinées traduites en anglais. L’approche de cette étude, qui s’appuie sur les travaux de Sherry Simon, coïncide avec la question du traduisible (p. 153) telle qu’elle peut être perçue en relation avec les « enjeux à la fois économiques, politiques et identitaires qui structurent le champ de la production, de la diffusion et de la réception de la bande dessinée à Montréal, au Québec et en Amérique du Nord » (p. 158).
La réflexion qui est à la base de l’essai de Roberta PEDERZOLI (La traduction de la littérature de jeunesse dans le nouveau millénaire : l’enjeu de la lisibilité, p. 163-180) se focalise sur la question de la visée de la traduction de la littérature de jeunesse dont le statut est pleinement reconnu par sa nature narratologique et stylistique et par sa vocation pédagogique. En repérant les axes de la recherche traductologique de ce domaine, l’auteure rappelle quelques points d’importance culturelle et idéologique évalués sur la base de l’appartenance au système de valeurs orientées vers « le contexte socioculturel d’arrivée » (p. 167). Les questions idéologiques s’avèrent fortement décisives sur l’avancée de la recherche dans ce domaine. Dans la dialectique entre recevabilité et « compréhensibilité » des textes traduits pour les enfants, face à la difficulté de saisir les facettes multiples de la « lisibilité » (typographique, narrative, sémiotique, linguistique…), l’auteure invite à focaliser l’attention sur les « aspects linguistiques de cette notion, afin d’approfondir la réflexion sur la traduction de la littérature de jeunesse » (p. 168). Son analyse détaillée sur un mode quantitatif et qualitatif de lecture de Momo lui permet de confirmer la complexité du phénomène de la lisibilité dans ses aspects linguistiques (p. 176) et en encourage à plus forte raison l’approfondissement tel que la traduction des textes de jeunesse le demande.
L’essai de Stefano VICARI (C’était la guerre des tranchées/Era la guerra delle trincee ou comment traduire l’expérience de la Grande Guerre par la BD, p. 181-202) envisage la problématique de la traduction de la bande dessinée-reportage dans la complexité de l’acte traductif visant la lisibilité de la langue des soldats, « de l’expérience guerrière des poilus au front » (p. 181) : l’histoire de la Grande Guerre se décèle à travers l’emploi de la langue. Riche en annotations de nature procédurale et linguistique, l’analyse porte sur les retombées des choix traductifs inhérents au registre de langue de l’argot poilu observé : « l’enjeu pour le traducteur se situerait donc plutôt dans la manière de rendre le mélange de différents registres pour faire vivre au lecteur italien les sentiments et les états d’âme éprouvés par les soldats au front, les situations décrites/illustrées » (p. 187). À l’issue de son analyse, l’auteur met en évidence plusieurs facteurs : a) le respect de la vraisemblance historique de la bande-dessinée, b) l’attention au substrat de la langue argotique des poilus, c) l’attention aux éléments iconiques, verbaux typiques du genre textuel concerné, d) la révision des choix traductifs et leurs effets sur la lisibilité de la bande dessinée.
C’est dans le domaine de la médiation interlinguistique que se situent les contributions de la troisième partie du volume, Traduction dans les sciences, les techniques et les professions, dont les sujets fournissent, pour les démarches méthodologiques et les expériences de recherche présentées, un ensemble de ressources conceptuelles et d’approche utile à la réflexion de tout acteur du secteur professionnel spécialisé.
L’essai de Maria Margherita MATTIODA (La communication multilingue des entreprises : standardisation, adaptation ou standardaptation ?, p. 205-225) montre à quel point les opérations de promotion de marketing sont, du fait de leur cadre terminologique spécifique, un atout pour la traduction visant la communication multilingue des entreprises multinationales. Le but de cet article est de mettre en évidence les stratégies de transfert interlinguistique et sémiotique selon la visée interculturelle de promotion des produits – des marques de la culture agroalimentaire des entreprises françaises et italiennes, Bonduelle, Bongrain, Lactalis, Barilla, Ferrero, Lavazza, Fléry-Michon, Panzani, Révillon, Rana, Maina qui ont été choisies en vue de cette étude (p. 209). L’observation des sites Internet, l’analyse comparative des mécanismes traduisants concertés « des facteurs linguistiques (langues intégrées pour la communication internationale), des facteurs commerciaux (aires géographiques de marché), la typologie des sites (miroir, kaléidoscope, mixte), les stratégies de transfert linguistique et culturel » (p. 209), des processus d’adaptation (fonctionnelle, créative) qui en découlent permettent à l’auteure d’affirmer que la « standardaptation », par rapport à la standardisation et à l’adaptation, constitue « ce procédé traductif qui ne sépare pas la transparence (reproduction à l’identique) de la transformation mais qui les fusionne dans une modalité opératoire visant à souligner leur complémentaire interstitielle et une certaine plasticité de la langue par rapport à la rigidité du support » (p. 219).
La contribution de Natacha NIEMANTS et Sara CASTAGNOLI (L’interprétation téléphonique en milieu médical : de l’analyse conversationnelle aux implications pratiques, p. 227-262) présente la complexité de l’interprétation à distance en tant que forme de la médiation linguistique et culturelle en milieu professionnel médical, en prise directe avec les défis qu’une société plurilingue et pluriculturelle fait naître par rapport à la négociation des écarts culturels et linguistiques concernés. Focalisant l’attention sur les aspects sociaux et culturels de l’interprétation à distance – qui a remplacé la médiation face-à-face – les deux auteures montrent les raisons pour lesquelles on peut considérer l’interprétation à distance comme étant un terrain à explorer dans l’intérêt de revoir l’opposition entre communication/médiation vis-à-vis et interaction/médiation via téléphone. La description dense s’attardant sur le choix de l’approche méthodologique, sur les motivations de la complexité des variables caractérisant l’expérience d’observation telle qu’elle a été effectuée auprès d’une unité socio-sanitaire de l’Émilie-Romagne, prépare le lecteur à la richesse des données des extraits authentiques choisis ; il se trouve que le travail de médiation linguistique et culturelle participe à la co-construction de la relation entre les acteurs de la médiation culturelle médicale, le personnel soignant, les médiateurs, les interprètes. L’attention portée sur l’articulation des conversations, sur l’imbrication des tours de parole, sur les difficultés de compréhension entraîne une réflexion sur les disparités des compétences linguistiques (p. 249), c’est pourquoi en conclusion de leur analyse, les deux auteures considèrent la formation des interprètes et des soignants comme étant un objectif crucial pour le développement en perspective de la didactique de l’interprétation à distance.
L’essai de Sophie NOËL (La traduction dans le secteur des sciences humaines en France : le rôle des petits éditeurs indépendants, p. 263-280) envisage la traduction dans le cadre de l’importation d’ouvrages étrangers vue en tant que mode d’accès au champ éditorial. La visibilité et la circulation d’ouvrages, confiées de façon innovante aux petits éditeurs français indépendants, sont au cœur d’actions stratégiques du marché de la traduction en France qui cherchent en perspective à neutraliser la crise éditoriale elle-même. Ainsi se précise l’attention au contexte de l’édition de Sciences humaines qui gagne en intérêt grâce à des ouvrages étrangers importés en France dont plusieurs acteurs prennent en charge la traduction : « [les petits éditeurs] traduisent eux-mêmes une part d’autant plus importante des ouvrages qu’ils publient qu’ils sont dotés de compétences linguistiques […] Lorsqu’ils ne traduisent pas eux-mêmes, le recours à des proches, à des réseaux bénévoles ou militants est fréquent » (p. 264). Sur la base d’une approche informative et descriptive, l’auteure approfondit le phénomène intéressant de l’édition indépendante ; le cas des Éditions Amsterdam, présenté à titre d’exemple, fournit la matière à des réflexions sociologiques sur la capacité du marché de la traduction de se (re)créer par des stratégies n’appartenant pas aux grands éditeurs, à l’heure « de phénomènes de globalisation et de rationalisation économique » (p. 275).
Abordant la relation entre traduction et terminologie, l’étude de Rachele RAUS (Le traducteur face à l’excès d’équivalents terminologiques dans les ressources en ligne des organisations internationales et supranationales, p. 281-297) réaffirme l’importance de la problématique de la traduction des termes spécialisés lorsqu’il est question de discerner des dynamiques idéologiques intrinsèques aux termes rattachés à la parité entre femmes et hommes dans le contexte de quelques instances internationales (FMI,OCDE/CAD, OIT, OMS, ONU, UE). S’appuyant sur un corpus de « ressources terminographiques en ligne (banques de données, dictionnaires multilingues et thesaurus) » (p. 281), l’étude cherche à identifier comment sont transposés, de l’anglais au français, certains mots culturellement marqués ; elle met à l’épreuve l’instance de la sémantique du web dans la perspective de la capacité terminologique de lecture et d’interprétation du traducteur afin d’envisager « la manière de concevoir le genre qui, tout comme sa circulation discursive préalable, conditionne la traduction du syntagme en question » (p. 287). Dans le réseau terminologique des équivalents et du va-et-vient des adaptations, l’auteure nous invite à une prise de conscience face au « discours terminologique » ; examinant les opérations de transposition qui s’instaurent d’un terme à un autre, l’auteure établit la nécessité de ces opérations afin que le traducteur spécialisé envisage le mode de requalification des termes associés au domaine de la parité. Dire « discours terminologique » tout court ne suffit pas pour souligner la complexité des transpositions ; encore plus complexe est le discours terminologique, discours « dont la macrostructure des sources analysées est déjà révélatrice des choix idéologiques des organisations et des institutions » (p. 290).
En conclusion de cette partie du volume, une courageuse convergence de méthodologie et de posture épistémologique fait de l’article de Micaela ROSSI (Analyse d’un cas de traduction interdomaniale : le paradigme épistémologique de la linguistique et de la communication appliqué au vocabulaire de la biologie dans l’œuvre de François Jacob, p. 299-315) une avancée importante sur les potentialités que le processus traductif permet et recrée au sein des circuits disciplinaires entre les concepts qui peuvent migrer d’un domaine à un autre : comment des termes appartenant à des domaines différents entrent-ils en contact co-construisant des conditions de perméabilité et de transposition ? Pour expliquer le cadre épistémologique de la traduction interdomaniale, « la thématique étant un genre très rarement étudié par les traductologues » (p.299), l’auteure se sert de la portée des paradigmes épistémologiques (Kuhn, Schlanger, Koestler, Hesse), « c’est l’interaction entre domaines conceptuels et notionnels parfois distants qui peut engendrer une nouvelle vision des phénomènes et, par conséquent, un nouveau paradigme » (p. 301). Elle identifie notamment dans la métaphore l’apport le plus significatif à ce sujet en tant que « mécanisme éminemment heuristique dont la fonction principale est de donner à voir des mondes possibles » (p. 302). L’analyse qui porte sur les études de la biologie génétique de François Jacob amène l’auteure à souhaiter un renouvellement épistémologique de la réflexion traductologique avec le support des sciences. L’attention aux métaphores dans le processus de transfert revient avec toute son ampleur cognitive, innovante et bien prometteuse : « Etudiées souvent séparément par les épistémologues, les linguistes, les cognitivistes, ces métaphores méritent en revanche à notre avis un traitement multipolaire, focalisant tantôt sur leur dimension heuristique, tantôt sur leur dimension « promotionnelle », visant l’adhésion des spécialistes à un nouveau paradigme » (p. 313).
La dernière partie du volume, Traduction, méthodologies et supports, se penche sur l’analyse des outils de travail du traducteur, utilisés tant dans le cadre de l’apprentissage des langues que pour conjuguer des modalités de traduction analogique et de traduction numérique.
L’attention portée sur les dictionnaires monolingues encadre la contribution d’Alise LEHMANN (L’apport des dictionnaires monolingues dans le domaine des écarts culturels entre le français et l’italien, p. 319-339). Le présupposé selon lequel les dictionnaires monolingues constituent un outil de repérage pour « la compréhension des écarts culturels » par rapport aux dictionnaires bilingues (p.311) conditionne la perspective d’analyse lexicographique du corpus (Petit Robert, du Trésor de langue française, du Dictionnaire du français). Reconnaissant un emploi complémentaire du dictionnaire monolingue qui renferme des informations culturelles que le dictionnaire bilingue ne possède pas, l’auteure met en lumière les valeurs sémantiques d’une lexicographie (inter)culturelle pour les thèmes liés à la connaissance du monde et de la langue ; les dictionnaires monolingues se basent sur une conception de l’apparat lexical à travers « différentes procédures informatives » (p. 323) bien précises. En plus, elle remarque qu’il ne s’agit pas de détecter « l’écart culturel en soi mais d’en examiner le traitement lexicographique permettant un tour d’horizon méthodologique » (p. 323). Privilégier une perspective de réflexion sur la compréhension en tant qu’étape préalable à toute opération de traduction telle que l’auteure l’a sollicitée constitue une finesse méthodologique évidente.
En conclusion à la dernière partie de cet ouvrage, la référence à l’interdisciplinarité du point de vue de la didactique de la traduction est mise en valeur dans l’essai d’Ilaria CENNAMO (Vers une nouvelle didactique de la traduction, p. 341-367) qui s’ouvre sur l’apport de la traduction automatique. Basée sur une expérimentation organisée autour d’un modèle d’interaction entre traduction ordinaire et traduction interactive, l’étude fait naître la question de l’impact des technologies sur l’activité traduisante. Forte d’une prémisse épistémologique qui conjugue la poussée à l’interaction entre « sciences de la nature » et « sciences humaines » (p. 342), l’auteure relève, résultats en main, des potentialités se dégageant sur le plan de la réflexion pédagogique, de la conception de l’apprentissage de la traduction, d’une plus grande focalisation du rapport entre technologie et activité traduisante.

Dans l’effort de restituer les qualités de cet ouvrage collectif, nous constatons que l’interdisciplinarité constitue le point de vue et le point de force auxquels l’ensemble des contributions de l’ouvrage adhère, inspirant ainsi à plusieurs reprises des questionnements constants sur l’acte traductif. Les éléments offerts selon des approches les plus diverses, contextuelles aux dimensions plurielles de la réflexion traductologique, les termes revisités, mis à l’épreuve, issus des travaux de recherche font que cet ouvrage est très intéressant pour les pistes de recherche souhaitées.
Toute notion abordée, tout positionnement théorique choisi, toute approche mise à l’épreuve, tout contexte d’observation étudié reposent sur un ensemble cohérent de références bibliographiques et sitographiques permettant de vérifier à quel stade en est la réflexion sur l’acte traductif, et définissant la visée ontologique et épistémologique de la recherche traductologique à l’heure actuelle dans le cadre des études franco-italiennes.


Silvia Vecchi

Per citare questo articolo:

Silvia VECCHI, Compte rendu - D. LONDEI, S.POLI, A.GIAUFRET, M. ROSSI (coord. par), Metamorfosi della traduzione in ambito francese-italiano , Repères DoRiF LES VOIX/VOIES DE LA TRADUCTION – volet n.2, DoRiF Università, Roma fvrier 2016, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=292

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