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Anna Giaufret

Le français dans la bande dessinée québécoise : quelles représentations du français parlé ?

Anna Giaufret
Université de Gênes
anna.giaufret@unige.it

Riassunto
Il presente studio si prefigge di analizzare la rappresentazione del francese québécois parlato informale nel fumetto québécois. Dopo aver affrontato brevemente le problematiche relative alla relazione esistente tra canale scritto e orale, nonché quelle che riguardano il dibattito sulla norma linguistica in ambito québécois, ci appoggeremo su uno studio di Bigot (2011), al fine di analizzare un insieme di fumetti omogenei per tipologia e data di pubblicazione (2004-2012), allo scopo di identificare alcuni tratti oggi percepiti come non marcati nel parlato dal locutore québécois, in particolare in ambito sintattico e fonetico.

Abstract
This paper aims to analyse the representation of informal spoken Quebec French in québécois comics. After a brief overview of questions concerning the relationship between the oral and the written channel, as well as of those dealing with the debate on linguistic norm in Québec, we will analyse a set of comics – homogeneous as far as genre and publication date (2004-2012) are concerned – using as our starting point a study by Bigot (2011), in order to identify a certain number of linguistic features (mainly syntactical and phonetic) which are today perceived as non-marked in spoken French by Québécois speakers.

Mots-clés : langue française, bande dessinée, Québec, oralisation, représentation

Parole chiave : lingua francese, fumetto, Quebec, oralizzazione, rappresentazione

Key words : French, comics, Québec, oralisation, representation

Parmi toutes les pratiques linguistiques qui fournissent une représentation de la langue, nous estimons que la bande dessinée constitue un exemple particulièrement intéressant, et ce pour au moins trois raisons : d’abord, elle nous fournit souvent, dans les phylactères, une représentation de la langue parlée spontanée ; ensuite elle sélectionne pour cette représentation certains traits pertinents ou praticables à l’écrit ; et enfin, par sa nature plurisémiotique1, la langue qui est parlée est d’une nature différente de celle d’autres genres qui pourraient être considérés comme semblables, tels que les pièces de théâtre ou les chansons, qui ont par ailleurs déjà été étudiés en profondeur (voir, entre autres, MARGARITO, GALAZZI, LEBHAR-POLITI 2001).

Notre analyse va se focaliser aussi sur une des variétés de français qui présente un certain nombre de caractéristiques particulières : le français du Québec. Depuis longtemps à la recherche d’une norme endogène, tiraillé entre la tension vers le français de l’Hexagone et des poussées identitaires localisantes, encore peu étudié dans sa variation diamésique sinon dans une optique institutionnelle et normalisatrice, ce français québécois parlé est un objet d’étude on ne peut plus passionnant. D’autant plus intéressant si on l’analyse dans un médium qui semble se soustraire aux soucis de purisme et qui se décline dans autant de formes qu’il y d’auteurs et de publics de réception, au Québec, en France et ailleurs.

Nous allons donc tenter de lancer quelques pistes de recherche concernant le français tel qu’il est représenté dans la bande dessinée québécoise du XXIe siècle, sans prétende à l’exhaustivité. Nous commencerons par une réflexion générale sur les rapports entre oralité et écriture dans la BD, pour illustrer ensuite les problématiques liées à la question de la norme linguistique au Québec, surtout en ce qui concerne le français québécois parlé (et plus précisément la syntaxe et la prononciation), et finir enfin par proposer nos réflexions issues de l’analyse de quelques exemples de bande dessinée.

1. Oralisation de l’écrit ou « scripturisation » de l’oral ?

Les dialogues de bande dessinée se situent quelque part sur le continuum entre oral et écrit (si l’on exclut l’hypothèse d’un hiatus diamésique radical) tout en se distinguant des autres formes apparemment semblables : des dialogues littéraires par le caractère plurisémiotique du support, des dialogues de film par leur nature écrite, des dialogues théâtraux pour les mêmes raisons selon qu’ils se présentent sous forme seulement textuelle ou de performance, de la chanson du moment que la superposition des paroles et de la musique, contrairement aux images, n’a aucun effet de contextualisation.

Par ailleurs, la nature de représentation de la langue parlée (voir aussi FRASSI, GIAUFRET 2010), s’opposant au véritable matériau linguistique oral, a déjà été soulignée par les sémioticiens :

Les « bulles » des bandes dessinés, les dialogues du cinéma ou du théâtre, ne constituent pas des signaux linguistiques, mais des signaux iconiques représentant des signaux linguistiques qui auraient été émis dans l’anecdote que la bande dessinée, le film ou la pièce en question nous transmettent, tout comme une table présente sur la scène, photographiée dans le film ou dessinée dans la bande dessinée, constitue un signal iconique dont le signifié est une table à laquelle, d’une façon ou d’une autre, on a affaire dans l’anecdote mentionnée. On voit que la distance entre le signal iconique et son signifié peut être, selon le cas, plus grande ou plus petite : les « bulles », la table dessinée se trouvent plus loin de leurs signifiés respectifs que les dialogues ou la table présente sur la scène ». (PRIETO 1974 : 135).

Il n’est pas nécessaire non plus de rappeler que, contrairement au cinéma et au théâtre, les images de la bande dessinée sont fixes et que toute cette forme de narration verbo-iconique (voir CELOTTI 2002) a un caractère permanent et non éphémère. Si l’on consulte en effet le tableau de Gadet (2007 : 49, d’après JAHANDARIE 1999) sur les différences entre écrit et oral, on comprend immédiatement le trésor que constituent les textes des dialogues de BD et ce qu’ils peuvent nous apprendre sur la langue parlée, notamment le français, auquel nous nous intéressons ici.

Oral
Ecrit

Prosodie

Ponctuation

Evanescence

Permanence

Contextualisation

Autonomie

Implication

Détachement

Redondance

Concision

Naturel

Acquis

Dirigé vers autrui

Dirigé vers soi

Transparent

Dense

Flou

Précis

Le texte2 de la bande dessinée possède tour à tour des caractéristiques qui se trouvent de part et d’autre de la frontière entre oral et écrit : il est à la fois ponctué et permanent, contextualisé et naturel, concis et flou. Le paramètre contextualisation mérite d’ailleurs une réflexion sur l’indexicalité particulière de la bande dessinée : ses textes sont à la fois fortement marqués par la deixis et n’ont pas besoin de limiter l’implicite, grâce à la présence de la composante iconique (voir à ce propos GUÉRIN 2011). C’est bien d’ailleurs pour cette raison qu’il est possible de mener des analyses pragmatico-communicationnelles des dialogues des BD, dans une perspective interactionnelle (GIAUFRET 2011b) ou encore Palo-Altienne (ROBERT 2011).
Nous pouvons donc adhérer aux propos de Galazzi (2001 : 3), d’après qui « Dès qu’il se matérialise sur le papier, l’oral est fictif : inutile de s’interroger sur une pseudo-fidélité à la parole réelle », mais ce pseudo-oral (voir aussi MARINI 2001) peut nous en dire long sur la véritable langue parlée spontanée informelle.

Les études sur la représentation de la langue française dans la bande dessinée, notamment Marini, soulignent le caractère majoritairement standard de ce français, dû au besoin de trouver un vaste public de lecteurs :

La langue des BD est en général caractérisée surtout par : une tendance à l’économie (et dons à l’absence des « scories » caractéristiques de la langue parlée ; le découpage en cases, caractéristique de la BD, joue un rôle important dans la forme et la durée des dialogues) ; une recherche de vraisemblance (dans la typisation des personnages) unie à un respect de la norme, du français dit « standard » (ce respect est souvent une conséquence du statut de la BD, qui se veut moyen expressif adressé à un public large et hétérogène ». (MARINI 2001 : 35 ; caractères gras dans le texte).

Ces conclusions doivent toutefois être nuancées pour deux raisons : l’acquisition des lettres de noblesse de la BD notamment dans les années 90 (avec la fondation de l’Association et de ce que GROENSTEEN - 2006 : 74 – préfère appeler les « éditeurs alternatifs »), ainsi que le développement d’une véritable BD pour adultes, qui ne doit pas se soumettre à une autocensure qui lui vient tout droit de la tradition de la BD franco-belge pour la jeunesse (éducative et moralisante aussi bien dans sa composante catholique que dans le courant d’inspiration communiste). Au sein de la bande dessinée pour adultes - qui se décline dans différents sous-genres, allant de la science-fiction à l’érotisme, de l’aventure au journal intime - nous avons choisi d’analyser des « bandes dessinées d’auteur », ou des « romans graphiques »3, termes controversés mais irremplaçables pour désigner des BD publiées en album, destinées aux adultes, ayant un contenu narratif plus ou moins important et qui se veut une publication de qualité, souvent publiée par des maisons d’éditions indépendantes. C’est donc ainsi que nous allons définir notre objet d’étude, tout en limitant notre champ d’enquête au Québec.

Si l’on tente de systématiser l’analyse du français de la BD, celui-ci peut être abordé par le biais de plusieurs grilles d’analyse que nous allons passer en revue tour à tour.

Premièrement, les différents types de textes qu’une bande dessinée peut contenir : les textes des phylactères (énoncés, pensées, etc. émis par un locuteur généralement représenté dans le dessin), les textes des récitatifs (voix off), les textes faisant partie de l’image (bruitages, onomatopées, coupures de journaux, enseignes, etc.). Les phylactères – qui seuls nous intéressent ici – contiennent donc des énoncés ancrés dans un cotexte iconique et fournissent une représentation de l’oral spontané filtrée à la fois par une stylisation et par la trace écrite. De plus, la contrainte imposée par l’espace, force bien souvent une élimination des éléments parasites, ainsi que l’écrit Giaufret Colombani à propos des chansons de Renaud : « il y manque en effet tous les éléments que le destinataire élimine aussitôt : scories, bourrage, bribes, énoncés inachevés, ruptures de construction, entassement paradigmatiques à la recherche du mot juste qui constituent l’une des caractéristiques les plus marquantes de la communication orale » (2001 : 13).
La stylisation, terme employé par Blanche-Benveniste (1997 : 103), se réfère au phénomène par lequel certains traits sont considérés typiques de certaines variétés, usages ou registres au détriment d’autres phénomènes, qui seront donc évacués de la représentation de ces mêmes variétés, usages, registres. La BD va donc mettre dans la bouche de ses personnages les traits langagiers, souvent grossis ou stéréotypés, qui sont censées représenter leur manière de parler, afin d’obtenir un effet de réel. D’autre part, le passage du matériau sonore à l’écriture impose aux auteurs un ensemble de contraintes : choix des traits représentables par écrit, parfois à l’aide de l’aspect iconique, et élimination de ce qui ne peut être couché sur la page. On pourra donc trouver des éléments qui représentent le volume de la voix (grossissement ou réduction des caractères), le ton (caractères arrondis ou en zigzag), mais point de prosodie ; les représentations phonétiques se limiteront à la chute de certains sons (représentés par une apostrophe) mais pourront difficilement représenter des sons non codés, sauf par le recours à des stratagèmes astucieux (comme par exemple le -g rajouté à la fin de la nasale [ɛ̃ ] pour imiter l’accent marseillais dans Astérix), appelés par Blanche-Benveniste « trucage[s] orthographique[s] » (1997 : 26-27). Ne sous-estimons pas enfin l’emprise de l’autocensure, qui impose souvent des restrictions à la bande dessinée : la vulgarité écrite est bien plus choquante et le problème est parfois résolu en utilisant dans les phylactères des idéogrammes selon un code désormais bien connu parmi les lecteurs de bandes dessinées.

Une deuxième grille d’analyse possible est celle qui examine les phénomènes d’oralisation selon les grandes dimension de la langue : lexique, phonétique, morphologie, syntaxe. Dans son étude déjà citée, Hélène Giaufret Colombani passe en revue les phénomènes de variation qui touchent les chansons de Renaud, et conclut que les procédés parfois grossiers de stylisation mis en œuvre par le chanteur français ne créent pas un effet parodique, mais au contraire réussissent à produire « un effet d’identification contagieux » (GIAUFRET COLOMBANI 2001 : 13). Nous reviendrons sur cette fonction identitaire du langage dans le paragraphe consacré à la norme et à la variation en français québécois.

Le dernier point que nous souhaitons aborder ici concerne un niveau plus théorique, à savoir les différences de fonctionnement entre oral et écrit du point de vue de leur manière d’envisager la relation au monde. Dans son étude sur l’emploi du pronom ça sujet à l’oral et à l’écrit, Druetta conclut à l’existence d’un sémantisme particulier de ce pronom qui le rend spécialement approprié à la grammaire de l’oral, car il « comporte justement un paramètre énonciatif désignant l’opération d’accès au sens accomplie par le locuteur au moment de l’énonciation » (DRUETTA 2001 : 33). L’auteur cite aussi deux intéressants passages de Hallyday, concernant la différence substantielle entre écrit et oral : « Written language represents phenomena as products. Spoken language represents phenomena as processes » (HALLYDAY 1985 : 81) et « Speech and writing impose different grids on experience. There is a sense in which they create different realities. Writing creates a world of things; talking creates a world of happening » (HALLYDAY 1985 : 93).

Nous allons ici explorer l’hypothèse selon laquelle les textes de phylactères des bandes dessinées présentent, malgré leur support écrit, certaines caractéristiques du fonctionnement de l’oral et que cela entraine une série de conséquences parmi lesquelles une plus grande possibilité de soustraction à la norme linguistique française et partant une plus grande liberté de variation dans la représentation du français québécois parlé spontané (voir aussi Giaufret, à paraître).

Du moment que certains auteurs québécois de bandes dessinées ont affirmé « simplement faire parler leurs personnages de la même manière dont ils s’expriment eux-mêmes »4, nous allons nous interroger sur la représentation que ces œuvres donnent du français québécois parlé. Nous avons décidé d’adopter la dénomination d’« oral scripturisé », plutôt que celle plus courante d’« écrit oralisé », pour qualifier le contenu textuel des phylactères.

2. La question de la norme au Québec et le français québécois parlé

Il ne s’agit pas ici de ré-écrire une histoire de la norme dans la langue française, ni de tracer un panorama complet de la question de la norme au Québec. Nous nous limiterons plutôt à un tour d’horizon des principales publications et des notions-clé concernant les problématiques qui relèvent de la norme et de la variation.

Il est impossible d’aborder la notion de norme sans tenir compte de celle, complémentaire, de variation. Or, la situation particulière du Québec, province majoritairement francophone dans un continent majoritairement anglophone, excentrique par rapport aux pays francophones européens, mais proche de ces derniers par la relation des locuteurs à la langue, tout en ayant été coupé de la francophonie européenne pendant de longues périodes dans le passé, en fait un cas exemplaire.

Aménagement linguistique (corpus et statut – voir notamment MARTEL, CAJOLET-LAGANIÈRE 1996 : 15-16), défense et promotion de la langue française, qualité de la langue, norme endogène et exogène (endogénistes et internationalistes – BIGOT : 2011), outre les notions plus générales de norme implicite ou explicite, de norme objective (ou descriptive ou quantitative ou de l’usage) et de norme subjective (ou prescriptive ou du bon usage), français de référence, français international, « français standard en usage au Québec » (MARTEL 2006) sont les concepts de base de la sociolinguistique lorsqu’elle s’attache à l’objet « français du Québec ». Ces notions ont notamment traversé l’histoire de la lexicographie québécoise, et se sont incarnées dans des conceptions différentes de la norme lexicale (voir FARINA 2001, CORMIER, BOULANGER 2008).

Quant aux publications, nous pouvons les organiser selon les paramètres employés, en plusieurs configurations : textes émanant des grandes institutions dont relèvent les politiques d’aménagement de la langue (Conseil Supérieur de la Langue Française, Office Québécois de la Langue Française) ou textes non institutionnels, scientifiques et universitaires ; essais plus ou moins favorables à l’établissement d’une norme endogène (MARTEL, CAJOLET-LAGANIÈRE 1995), voire totalement opposés à celle-ci (MENEY 2010 et SÉNÉCAL 2010).

Quoi qu’il en soit, il est difficile de ne pas partager les propos de Claude Poirier, qui écrit que « […] les Québécois reconnaissent une fonction de prestige à la variété de référence et une fonction identitaire à leur variété usuelle » (2003 : 124), ce qui ne manque pas de poser l’existence de (au moins) deux variétés de français au Québec. Or, la question reste de savoir, au-delà des considérations concernant l’insécurité linguistique des Québécois (REMYSEN 2004), quelle est la relation entre ces deux variétés : diglossie ou tendance vers la diglossie (BARBAUD 1998¸ MAURAIS 2008) ou simple continuum d’usages hiérarchisés (BIGOT : 2011) ?

Quant aux représentations de la langue, dans le sillage des travaux de Houdebine (notamment HOUDEBINE 1993 ; HOUDEBINE-GRAVAUD 1995 ; HOUDEBINE-GRAVAUD 2002) Remysen élabore une grille d’analyse intéressante qu’il applique toutefois seulement au discours sur la langue, c’est-à-dire à une réflexion métalinguistique, telle que celle des chroniques de langage (2011) ou sur l’autoévaluation d’un échantillon de locuteurs (2004). L’étude de Maurais (2008), de son côté, qui fait le tour de l’évaluation par les Québécois de leurs usages linguistiques, illustre par le biais de sondages (réalisés en 1998, 2004 et 2005) l’idée que se font les Québécois de leur situation sociolinguistique et propose un analyse très nuancée où le concept de diglossie est présent surtout au niveau des représentations langagières des Québécois.

Or, toutes ces analyses portent sur des enquêtes auprès d’échantillons de locuteurs, mais n’analysent guère ou peu la représentation de la langue parlée telle qu’elle est donnée à voir par des « représentateurs », à savoir des locuteurs/créateurs qui s’attachent à mettre en scène cette langue. C’est pourquoi, ainsi que nous l’avons déjà expliqué, nous trouvons le cas de la BD particulièrement intéressant.

Mais qu’en est-il du français québécois parlé ? Les analyses des rapports entre norme, variation et français québécois parlé ne sont pas très nombreuses, ainsi que le souligne Bigot, dans son étude sur la norme grammaticale des élites québécoises (2011), qui serait tout compte fait très proche du bon usage. Par ailleurs, les études d’Ostiguy, Champagne, Gervais et Lebrun (2005) sur le français oral soutenu et d’Ostiguy et Tousignant (2008) sur la prononciation du français québécois n’abordent que partiellement la question qui nous intéresse : d’une part il ne s’agit pas, ou peu, de représentations, d’autre part l’intérêt porte essentiellement sur du matériau sonore. Toutes les études mentionnées ci-dessus portent de plus sur le français soutenu et partent d’un présupposé « standardisateur ».

3. La représentation du français québécois dans la BD

Après ce long détour, nécessaire pour bien cadrer notre recherche, nous arrivons enfin à notre objet d’analyse : le français québécois parlé tel qu’il est représenté dans un corpus de BD québécoises.
Avant de présenter ce corpus, quelques précisions sont nécessaires. D’abord, il faut souligner que les auteurs (ou scénaristes, le cas échéant) possèdent ce que Tousignant a appelé un indice de participation au marché linguistique plutôt élevé, cet indice étant « une variable continue établie en fonction de l’importance relative qu’un locuteur est amené à accorder à la maîtrise de la langue en raison de sa situation socio-économique et de son rôle social » (TOUSIGNANT 1987 : 58). De par leur appartenance à l’élite intellectuelle des artistes, ayant suivi un cursus universitaire dans la plupart des cas et du moment qu’ils travaillent au moins en partie avec la langue, les bédéistes doivent non seulement savoir la manier avec adresse, mais en sont un des relais dans la chaîne de transmission. Par ailleurs, ils ont aussi un indice de créativité élevé, à cause de leur activité professionnelle, de leur âge, de leur potentiel d’innovation. Ils correspondent à ce que Labov (2001) a dénommé les outliers, c’est-à-dire « des individus dotés d’une capacité d’innovation supérieure à la moyenne, et d’un sens différent de la conformité », ainsi que le résume Siouffi (2011 : 23), qui souligne par ailleurs le potentiel novateur des réseaux sociaux5. Ils seraient donc à la fois représentatifs et anticipateurs de l’imaginaire de la langue dans leur société d’appartenance.

Voici notre corpus :

  • Sophie Bédard, Glorieux printemps, Tome I, Montréal, Pow Pow, 2012, p. 151 (GP).

  • Jimmy Beaulieu, Le Moral des troupes, Montréal, Mécanique Générale, 2004, p. 155 (MT).

  • Luc Bossé, Alexandre Simard, Yves, le roi de la cruise, Montréal, Editions Pow Pow, 2010, p. 156 (YR).

  • Francis Desharnais, Pierre Bouchard, Motel Galactic, Montréal, Editions Pow Pow, 2011, p. 108 (MG).

  • Michel Hellmann, Mile end, Montréal, Pow Pow, 2011, p. 130 (ME).

  • David Turgeon, Vincent Giard, Les pièces détachées, 1 et 2, Jimmy Beaulieu éditeur, 2010, p. 72 (PD).

  • David Turgeon, Printemps lunaire, Montréal, Mécanique générale, 2007, p. 155 (PL).

  • Zviane, Le Quart de millimètre, Longueil, Grafigne.com Éditions, 2009, p. 340 (QM).

  • De par certaines caractéristiques telles que le jeune âge des auteurs (tous nés après 1970), leur notoriété encore essentiellement limitée (du moins au moment da la publication de ces ouvrages) à un milieu québécois ou même montréalais (sauf pour Jimmy Beaulieu) et la maison d’édition québécoise, ces BD s’adressent à un public francophone nord-américain. Nous avons délibérément exclu d’autres œuvres, telles que le célèbre Magasin général de Loisel et Tripp qui sont davantage tournées vers un lectorat d’Outre-Atlantique et qui n’ont par ailleurs pas manqué de susciter de nombreuses polémiques quant à l’image du Québec qu’elles présentent (voir GIAUFRET 2011a).

    Les paramètres retenus pour l’analyse sont adaptés de l’étude déjà citée de Bigot (2011) : nous avons retenu presque tous les indicateurs de variation syntaxique et phonétique (emplois qui s’éloignent du français normé), sauf les oppositions c’est/ce sont et entre futur périphrastique et futur simple dans les phrases affirmatives, ces deux derniers jouissant d’une évaluation beaucoup plus positive et proche de la norme, surtout à l’oral (ce sont d’ailleurs les traits quantitativement plus présents dans le corpus de Bigot). Nous avons par contre ajouté d’autres traits qui nous paraissaient être particulièrement intéressants et qui sont détaillés ci-dessous.

    Notre étude ne se veut pas quantitative, mais seulement une première exploration de la représentation du français parlé dans le corpus. Parmi les indicateurs, certains sont caractéristiques du français québécois, alors que d’autres relèvent plutôt d’une variation diaphasique ou diastratique qui traverse la francophonie euro-américaine.

    Voici la liste des critères retenus avec nos résultats :

  • la transcription de la prononciation de type tous/tout en toute pour marquer la prononciation de la consonne finale : les textes examinés présentent cette variation (tout transcrit toute, bout transcrit boute). Les exemples relevés montrent que ce phénomène touche surtout des séquences figées où le pronom a fonction indéfinie et un référent neutre (pis toute = et puis tout le reste) : « On va devoir porter des robes pis toute ? » (GP) ; les occurrences adjectivales semblent se produire lorsque le nom support n’est pas juxtaposé : « Sont toutes fixés les boulons dans ta tête, maudit ! » (ME) ; la graphie peut prendre également la forme toutte (QM) ou toutt’ (MT). Ce trait, qui représente une variation phonétique, est présent dans 5 BD sur 8 de notre corpus ;

  • la transcription des démonstratifs ce, cet, cette en c’te : trait présent dans seulement 3 BD sur 8 et qui caractérise l’emploi masculin aussi bien que féminin (et qui renvoie donc au trait précédent de prononciation de la consonne finale) : « Comment qu’on ferme c’t’affaire-là ?! » (GP) ; « Même totalement intoxiquée, JAMAIS au grand JAMAIS je tomberais dans les bras de c’te cave là » (antécédent masculin ; GP) ;

  • la transcription du participe passé de faire en faite : trait absent du corpus ;

  • la transcription de je vais en j’vas/j’va ou m’as/m’a, en fonction de semi-auxiliaire : trait présent dans deux BD seulement, la forme m’a étant souvent accompagnée d’un datif éthique (t’) : « J’vas vous tuer » (MG) ; « M’a te signer ça, c’te choix de cours-là ! » (QM) ; « M’a t’en prendre une douzaine, m’a en avoir pour une secousse » (MG) ; « M’a l’faire, j’m’en crisse, c’t’un vieux ski-doo » (MG) ;

  • l’insertion du l’ non étymologique : trait absent ;

  • la double négation : un seul exemple dans le corpus ; « On peut même pas être fâchés contre personne » (MT) ;

  • la locution conjonctive formée avec quand/comment/pourquoi suivis de que : phénomène présent sans être diffus ; « Comment qu’on ferme c’t’affaire-là ?! » (GP) ; « Pourquoi qu’on… ? » (QM) ; « Comment qu’on imite ça ? » (GP). D’autres emplois du que passepartout et superflu sont présents, comme dans les exemples : « y’a ben que trop de … » (MG) ; « Partout où que tu regardes » (QM) ;

  • les relatives indirectes en que (au lieu de dont) : un seul exemple, « Tout ça à cause d’une machine que je vais vous reparler plus en détail » (MG) ;

  • l’emploi de l’auxiliaire avoir avec les verbes de mouvement en emploi absolu : trait absent ;

  • l’emploi du conditionnel après si dans la subordonnée hypothétique : trait absent ;

  • les interrogatives indirectes non standard : elles prennent essentiellement la forme d’une construction calquée sur les interrogatives directes avec présentatif + mot interrogatif : « J’me d’mande ce serait quoi l’équivalent » (QM), « Je me rappelle plus c’est quand la dernière fois que … » (PL) ; « je sais c’est où » (GP) ;

  • les interrogatives (totales et partielles) avec le clitique –tu ou avec reprise clitique du pronom sujet : trait présent dans la moitié des BD du corpus. Le clitique interrogatif est utilisé de préférence avec le sujet singulier de deuxième personne : « Tu cherches-tu quelque chose ? » (PD), « T’entends-tu ? » (ME), « tu vas-tu … ? » (GP), « tu veux-tu me faire tuer, esti ? » (GP), « T’as-tu reparlé à Mathieu depuis vendredi ? » (GP) ; mais l’emploi avec vous et je n’est pas exclu : « Vous avez-tu… ? » (QM), « J’peux-tu… ? » (QM) ; intéressante la formule avec reprise du pronom de la troisième personne du pluriel : « Vous avez-vous … ?» (QM).

  • Traits non présents dans l’étude de Bigot :

  • l’emploi de l’auxiliaire être avec les verbes de changement d’état : une seule occurrence, « Pis t’es disparue » (GP) ;

  • l’emploi de verbes intransitifs en construction transitive : « vous pourriez au moins en profiter pour avancer vos projets » (GP). Ce trait est d’ailleurs perçu comme standard pour le français québécois puisqu’il se trouve dans un énoncé prononcé par un personnage/professeur pendant son cours ;

  • emploi de la forme de quoi comme indéfini générique (quelque chose) : « Montrer de quoi » (QM) ; « C’est pas la première fois que je fais de quoi pour ce client-là » (MG) ; « j’pensais que t’étais rendue à l’infirmerie ou de quoi » (GP) ;

  • les propositions avec élision du sujet féminin : « ‘est ben fine » (GP) ; « ‘est ben vite ta shop » (GP) ; « ‘est pas obligée de savoir » (GP) ; « savez-vous ‘est où ? ». Toutes ces occurrences se trouvent dans la même BD. Toutefois, la transcription a est présente ailleurs ; « Pis a s’est rapidement embourbée » (MG) ;

  • ça fait que transcrit faque : trait présent dans 4 BD : « Genre ! Ouin ! Faque là j’lui dis « get a life man ! » t’sé ! criss de fucking épais ! » (ME) ; présent aussi dans YR sous la forme fait que ;

  • y pour représenter le pronom personnel indirect lui avec antécédent animé : une seule occurrence dans le corpus : « Dans ce cas-là, ou bien tu vas y être indifférente, ou bien vous allez devenir des ennemis » (GP).

  • Nous allons résumer les résultats de notre analyse dans le tableau suivant dont nous avons exclu les trois traits qui n’ont aucune occurrence dans notre corpus :

    BD/trait
    GP
    QM
    MG
    ME
    MT
    YR
    PD
    PL
    8BD
    toute
    +
    +
    +
    +
    +
    -
    -
    -
    5/8
    faque
    +
    +
    -
    +
    +
    +
    -
    -
    5/8
    -tu ?
    +
    +
    -
    +
    -
    -
    +
    -
    4/8
    c’te
    +
    -
    +
    +
    -
    -
    -
    -
    3/8
    quand que
    +
    +
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    3/8
    interr. indir.
    +
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    +
    3/8
    de quoi
    +
    +
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    3/8
    j’vas
    -
    +
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    2/8
    double nég.
    -
    +
    -
    -
    +
    -
    -
    2/8
    (elle)
    +
    -
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    2/8
    que (dont)
    -
    -
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    1/8
    être (avoir)
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    -
    -
    1/8
    intransitif en f. transitive
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    -
    -
    1/8
    y (lui)
    +
    -
    -
    -
    -
    -
    -
    -
    1/8
    14 traits
    11/14
    8/14
    7/14
    4/14
    3/14
    1/14
    1/14
    1/14

    Cette grille permet de faire un certain nombre de réflexions sur la représentation fournie par la BD du français québécois oral spontané informel, ainsi que sur les BD de notre corpus.

    Concernant le deuxième point, il est évident qu’il existe des albums très marqués du point de vue syntaxique (GP), d’autres moyennement marqués (QM et MG), alors que d’autres se conforment largement (MT, ME) ou presque complètement (YR, PD, PL) à la norme du français standard. Or, dans un cas au moins, celui d’Yves le roi de la cruise, cette découverte est assez surprenante car cet album est perçu par le lecteur comme très marqué du point de vue lexical (ainsi que nous l’avons montré dans une précédente étude (GIAUFRET, à paraître). La même observation est vraie pour Motel Galactic, qui ne présente que la moitié des traits retenus, mais qui est certainement l’album le plus marqué du point de vue lexical de notre corpus. Certains auteurs semblent donc faire des choix de marquage portant davantage sur le lexique que sur la syntaxe et ces choix sont perçus comme plus visibles6.

    Il serait par ailleurs bien sûr intéressant d’affiner notre étude par une analyse des paramètres sociologiques, tels que l’âge, le sexe et l’origine géographique des auteurs, qu’il faudrait ensuite croiser avec les différents personnages dont les énoncés présentent des variations. Cette analyse ne peut malheureusement pas être menée dans le cadre restreint de notre contribution, mais fera l’objet d’un travail ultérieur.

    Le genre des BD influence aussi fortement la présence de variations : les albums qui mettent en scène la vie de jeunes Montréalais de manière plus ou moins autobiographie sont les plus marqués du point de vue syntaxique (Glorieux Printemps, Le Quart de Millimètre), alors que ceux qui se veulent moins ancrés dans une réalité québécoise le sont beaucoup moins (Printemps Lunaire).

    Quant aux traits eux-mêmes, certains sont très fréquents, mais il faudrait plutôt se demander si les rares traits qui apparaissent dans les albums qui s’expriment dans une langue plus proche du standard ne seraient pas ceux qui ne sont presque plus perçus comme s’éloignant de la norme. En d’autres termes, la forme de l’interrogative indirecte calquée sur la directe et l’interrogation avec –tu clitique, du moment qu’ils représentent les seuls traits dans deux bandes dessinées qui ne sont marquées ni du point de vue de la syntaxe, ni du point de vue lexical, ne seraient-ils pas des constructions largement partagées par les locuteurs québécois, du moins à l’oral, et qui seraient désormais perçues comme des formes standard de cette variété de français ?

    4. Conclusion

    Ce tour d’horizon de la représentation du français québécois parlé spontané informel dans la bande dessinée, nous amène à confirmer notre hypothèse de départ, à savoir que la BD est un outil précieux pour comprendre certaines évolutions de l’oral qui sont filtrées et stylisés dans les dialogues. La bande dessinée présente en effet des éléments souvent non répertoriés à l’écrit, mais qui, par leur représentation même sous cette forme, constituent ce « résidu attesté mais agrammatical » de la langue selon les approches structuralistes et génératives et qui appartiennent à ce que Combettes appelle les « faits prédictibles » (2010 : 21), provenant de phénomènes de variation diatopique, diastratique, diaphasique, voire les trois à la fois, de la langue. Par ailleurs, la présence à l’écrit de certaines constructions peut contribuer à les renforcer, à les diffuser dans la communauté des locuteurs et à les dédouaner de la stigmatisation normative.

    Or, il serait très intéressant de voir comment la production de BD sous forme de blogues travaille la représentation de la langue, du moment que ces textes naissent souvent de manière très spontanée mais s’adressent à un lectorat potentiel beaucoup plus vaste et hétérogène dans l’espace francophone.

    Tous ces phénomènes liés à la communication dans la modernité contribuent à maintenir le français québécois en équilibre entre l’attachement identitaire à ses particularités et le désir d’international.

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    1 Nous ne visons pas ici une analyse globale du système de la BD. Il est utile à ce sujet de consulter, entre autres, Groensteen 2011).

    2 Nous allons utiliser la dénomination générale texte pour faire référence aux textes que nous analysons ici, à savoir les dialogues contenus dans les phylactères. Les autres types de textes (récitatifs, onomatopées, etc.) seront désignés, le cas échéant, par des appellations précises.

    3 Ces deux dénominations sont controversées, notamment à cause des difficultés de définition. Voir par exemple le § “Roman graphique” dans Peeters 1998.

    4 Interview avec l’auteur de ces lignes.

    5 Nous n’aborderons pas ici la question de la représentation de la langue dans les blogues BD, que nous réservons à une étude à venir.

    6 En demandant dans une librairie spécialisée de Montréal des BD écrites en français québécois, l’auteur de ces lignes s’est vu proposer Motel Galactic et Yves, le roi de la cruise, appartenant tous deux au genre humoristique.

    Per citare questo articolo:

    Anna Giaufret, Le français dans la bande dessinée québécoise : quelles représentations du français parlé ?, Repères DoRiF n. 2 Voix/voies excentriques: la langue française face à l'altérité - volet n.2 - juillet 2013 - AUTOUR DU FRANÇAIS QUÉBÉCOIS : PERSPECTIVES (SOCIO-)LINGUISTIQUES ET IDENTITAIRES , DoRiF Università, Roma juillet 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=74

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