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Débat - Session des conférences plénières

Modérateur
Enrica Galazzi, Dipartimento di Scienze linguistiche e letterature straniere, Università Cattolica del Sacro Cuore, Milano, Ideatrice con Marie-Christine Jullion del Convegno itinerante “Plurilinguismo e mondo del lavoro”


Enrica Galazzi
Je vais passer tout de suite la parole à M. Grin qui, à travers ses travaux, nous a montré la valeur économique du multilinguisme et du bilinguisme. M.Grin travaille à l’Ecole de traducteurs et interprètes de Genève. J’ai lu des articles très intéressants de M. Grin dans le volume Langues, économie et entreprises, notamment une enquête sur la valeur du multilinguisme dans les entretiens d’embauche.



Conférence de M. François Grin


Enrica Galazzi
Merci beaucoup pour cette richesse. Je voulais quand même vous dire deux choses : c’est que vous trouvez là des arguments magnifiques pour convaincre ceux qui sont réticents, c’est sûr, c’est-à-dire des arguments statistiques, mathématiques, mais votre position montre aussi que l’interdisciplinaire est très difficile, c’est un véritable défi parce qu’il faut se remettre en question et que les collègues, du côté de l’économie aussi bien que du côté linguistique, ne sont pas tellement prêts. Je vous trouve un peu sévère sur l’analyse conversationnelle…



François Grin
…je suis peut–être un peu provocateur…



Enrica Galazzi
…parce que nous qui sommes du côté de la formation des jeunes étrangers, la description des pratiques au travail, c’est quand même utile pour savoir ce qu’il faut savoir faire. Une autre chose, c’est que votre idée des compétences culturelles m’intéresse beaucoup parce que chez nous par exemple les collègues des organisations, des ressources humaines et tout ça nous demandent d’affiner ce concept pour l’appliquer à l’humain en entreprise, donc nous travaillons beaucoup sur cela en ce moment avec les collègues d’organisations. Mais justement on va faire rapidissimo la transition vers M. Gallus qui représente ici la Communauté Européenne qui nous dit un tas de choses magnifiques que les Pays ne suivent pas, en général, et puis je ne sais pas s’il va aussi nous parler des accords de Lisbonne, on n’est pas tellement satisfaits de ça.



François Grin
Je profiterai du débat pour rebondir sur l’analyse conversationnelle et sur les compétences culturelles.



Enrica Galazzi
M. Grin, dans un de vos exemples, vous avez parlé de l’italien. Est-ce que l’italien est considéré comme une langue nationale ou bien parce que c’était traditionnellement la langue des immigrés qui travaillaient dans un secteur particulier ?



François Grin
L’italien en Suisse est particulier. Nous avons sur la question un article dans le « Journal of Manpower » d’il y a une douzaine d’années ainsi qu’un rapport pour l’Office Fédéral de la Statistique, dans lesquels nous montrons qu’il existe sans doute une discrimination linguistique en Suisse à l’encontre de l’italien qui, avec toutes sortes de contrôles, revient à une pénalité sur une vie active de l’ordre de 100 000 à 150 000 francs suisses. Il y a donc, dans le cas de l’italien, un phénomène supplémentaire qui vient réduire, voire anéantir, l’avantage que constitue, en général, la langue en tant que capital humain.



Conférence de M. Raphael Gallus


Débat


Enrica Galazzi

Les jeunes des facultés de langues sont parmi ceux qui trouvent un travail le plus vite à la fin de leurs études, ce qui semble montrer que les compétences linguistiques sont effectivement très importantes ; des réactions ?



Cécile Desoutter
Je suis un peu mal à l’aise avec les statistiques ; il y a une donnée de l’enquête ELAN qui dit que les PME investissant dans des mesures plurilingues exporteraient 45% de plus que celles qui s’abstiendraient de recourir à de telles mesures. Mais alors pourquoi est-ce qu’elles ne deviennent pas toutes plurilingues ? Car 45% de ventes en plus à l’exportation, c’est quand même énorme ! On se demande pourquoi les entreprises ne réagissent pas plus au plurilinguisme. Toujours par rapport aux statistiques : vous avez dit, M. Grin, que 28% des entreprises italiennes sont plurilingues. C’est évidemment très peu. Mais en Italie il y a beaucoup de très petites entreprises, beaucoup plus que dans le reste de l’Europe, et donc si l’on fait des classements sur le plurilinguisme des entreprises pays par pays en prenant pour base le nombre d’entreprises, l’Italie sera toujours à la traîne, parce que le tissu économique italien est particulier et qu’on fait des comparaisons à partir de données qui ne me semblent pas toujours absolument comparables. C’était juste une réflexion à propos des statistiques que je trouve parfois troublantes dans la représentation qu’elles donnent de la réalité.



Raphael Gallus
Si tratta chiaramente di statistiche, comunque la sostanza è questa: nel mercato interno che funziona da un certo punto di vista, ma che non funziona a dovere da un altro punto di vista, perché ci sono veramente dei gap da colmare dal punto di vista linguistico, per quel che riguarda la sua osservazione sulle piccole imprese, sono proprio loro che possono fare moltissimo in questo senso. Io sono stato in Sicilia più o meno un anno fa, all’Università di Messina per una conferenza e mi hanno fatto visitare un’azienda agricola biologica, biodinamica, che esporta l’80% verso la Germania e loro nel giro di dieci anni hanno quadruplicato il giro d’affari semplicemente insegnando il tedesco ai propri dipendenti, in modo che quando vengono dalla Germania i manager delle imprese, delle catene di supermercati ecc., tutti vengono accolti da personale che conosce la lingua, dalla persona che si occupa dell’orto a quella che guida il trattore, e questa è una piccola impresa, 25-30 dipendenti. Non c’è bisogno di fare un corso di lingue, ci sono mille possibilità di imparare due o tre parole-chiave ormai possibile anche su internet, di fare degli scambi.



François Grin

Je voulais ajouter deux ou trois points en complément de la présentation d’il y a un instant, comme par exemple sur le rapport ELAN, expliquer mes réserves et voir ce qu’on peut en tirer. D’abord, à propos de la constitution de l’échantillon ELAN, dont j’ai parlé avec Hagen, le responsable de cette recherche : pour l’Allemagne, où l’on évalue à 3,6 millions le nombre des petites et moyennes entreprises, l’enquête ELAN n’a que 28 questionnaires ; pour l’Islande, qui est 178 fois plus petite en termes de PIB par rapport à l’Allemagne, par contre il y a par contre 60 questionnaires. Premier problème : la base informationnelle est un petit peu restreinte. Je suis bien conscient qu’il est très difficile d’obtenir des informations auprès des entreprises. Mais quand on n’a que 28 questionnaires pour l’Allemagne, on peut redresser l’échantillon comme on veut, on n’aura jamais une image fiable, même si on redresse.

Effectivement 11% des répondants disent : « On a sans doute perdu des affaires à cause du manque de compétences linguistiques ». Là apparaît un autre problème de statistique : il y a inévitablement un biais d’auto-sélection, car ceux qui ont répondu cela sont ceux qui ont bien voulu le dire. On ne sait pas si c’est pire que la réalité ou moins grave que la réalité, et de ce fait, il est difficile de conclure quoi que ce soit.

À mon avis, le troisième problème tient à l’interprétation qu’on peut faire de ces chiffres: si l’on projette (sur les 11% des entreprises qui disent avoir subi des pertes) les informations dont on dispose à propos des ordres de grandeur des pertes subies, cela permet une extrapolation sur le montant total des pertes subies par les entreprises dans leur ensemble. Cela comporte déjà certains risques : en effet, mettez-vous à la place d’une entreprise allemande qui s’adresse à une entreprise britannique pour obtenir tel ou tel bien ou service. L’entreprise britannique ne répond pas à cette demande parce qu’elle n’a pas les compétences linguistiques pour traiter une demande arrivant en allemand ou pour traiter une interaction avec un client potentiel allemand. L’entreprise allemande se dit alors : je vais m’adresser à une autre entreprise, soit en Allemagne, soit en Autriche, ou encore en France si une entreprise française possède les compétences linguistiques nécessaires. Mais ceci ne fait pas disparaître le processus de création de valeur. On a là simplement une diversion. Par conséquent, il est très difficile de savoir si les chiffres obtenus grâce à ELAN nous donnent réellement une idée de la perte totale. C’est pour ça que je la traite avec beaucoup de réserve.

Ce qui me gêne avec le rapport du vicomte Davignon, c’est qu’on a un mélange (fascinant du point de vue rhétorique !) du passage entre le positif et le normatif. On glisse très vite dans le jugement de valeur. Certes, je partage totalement ce jugement de valeur mais, cela n’a pas tout à fait le même statut informatif ! Par contre, parmi les gens qui ont travaillé à l’enquête ELAN, il y a un excellent économiste de Cardiff, James Forman-Peck qui a réalisé une étude économétrique ; il a pris une ou deux données de l’enquête ELAN (celles qui sont relativement « innocentes ») et il a fait une très bonne étude en adoptant une démarche économétrique tout à fait solide sur l’économie britannique. C’est cela que je voulais dire à propos de l’enquête ELAN : il faut prendre les données d’ELAN avec prudence et bien faire attention à leur interprétation.



Marie Hédiard

Vous parliez, M. Grin, du fait que des employés qui sont plurilingues sont moins sensibles à un risque de licenciement, mais cela est-il dû aux connaissances des langues ou à une certaine capacité cognitive de souplesse, d’adaptation qui sont liées aussi justement à une ouverture mentale ?


François Grin
Réponse à deux niveaux. Le premier niveau, c’est que la combinaison des bases de données qui nous livre ce résultat ne comporte aucune information de type test psychologique sur des milliers de personnes, sur leurs compétences autres que leurs compétences linguistiques. Ce qu’on constate cependant, simplement, c’est que la variabilité de l’embauche des bilingues est beaucoup plus faible que la variabilité de l’embauche des monolingues. Quand vous êtes embauché en tant que bilingue, votre emploi est plus sûr. À part ça, il existe une autre enquête, sur laquelle nous sommes actuellement en train de travailler, qui est complètement différente. Elle porte sur un mélange de plus de 40 mille jeunes hommes suisses, de 19 à 20 ans, et nous sommes en train, pour la première fois, de tester les corrélations entre les compétences linguistiques qui sont mesurées à travers des descripteurs du Conseil de l’Europe (c’est de l’auto-attribution sur ces descripteurs) et leurs performances à des tests psychologiques portant sur les compétences interculturelles. Certains de ces tests, (en fait des échelles), sont nouveaux, tandis que d’autres sont bien connus comme le MPQ (Multicultural Personality Questionnaire). Le MPQ est employé par les entreprises quand elles veulent voir si c’est une bonne idée, par exemple, d’envoyer telle ou telle personne pour un emploi à Bali ou à Jakarta pendant deux ans. On constate une corrélation très forte entre les compétences interculturelles et les attitudes psychologiques individuelles de l’acteur et, d’autre part, le niveau de compétence en L2. Donc tout indique que les choses sont corrélées.

Ensuite, et c’est cela qui amène à une autre question, on peut se demander ce qui, dans la création de valeur, est véritablement lié aux compétences. C’est là une question que les économistes n’ont jamais épuisée. On constate des liens entre certains inputs et la création de valeur, mais il faudrait aller plus profondément pour voir ce qui se passe dans la « boîte noire » de la création de valeur. Par exemple, il faudrait se demander ce qu’est fondamentalement le travail et la création de valeurs. Qu’est-ce qui intervient dans ces processus ? Pour se rapprocher de ces processus, je pense que l’analyse conversationnelle pourrait être utile, car elle permet de voir, peut être plus finement qu’avec d’autres approches, quel type de compétence doit être mise en œuvre, et dans quels types de processus. Cela oblige à une analyse de détail qui n’est généralisable qu’à certaines conditions – et c’est là que réside mon problème face à l’analyse conversationnelle. Je suis le premier à dire qu’une opération rapprochée des pratiques est nécessaire si on veut s’approcher des questions telles que de « comment, entre autres choses, la valeur se crée-t-elle ? ».

Cependant, de ce que j’ai pu voir jusqu’ici, beaucoup d’équipes de recherche en analyse conversationnelle observent une situation (toujours strictement dans l’oralité), puis disent « Voilà, on voit qu’un acteur qui s’appelle Jonas et un autre qui s’appelle Jeannette, et qui sont de langue différente, au lieu de s’en remettre à une seule langue, font intervenir dans la conversation des éléments de leur répertoire linguistique qui puisent à différentes langues ». Sur cette base, les conversationnalistes disent ensuite : « Voyez, c’est bien la preuve que le multilinguisme contribue à une création de valeur ». Je regrette, mais il y a là un simple syllogisme. En effet, si Jonas et Jeannette parlaient parfaitement l’anglais, le swahili ou l’espéranto, ils auraient pu utiliser cette langue et peut-être la communication se serait-elle beaucoup mieux passée. On ne peut pas le savoir sans point de comparaison, ou « contre-fait ». La moindre des choses, pour avancer de telles affirmations, c’est d’avoir un contre-fait qui permet véritablement de procéder à une comparaison. L’analyse conversationnelle me pose problème car elle ignore la nécessité logique du contre-fait : on observe une interaction et on en tire toutes sortes de conclusions. Jusqu’à un certain point, d’accord, et du reste, je suis idéologiquement favorable à cette conclusion, qui met en valeur la richesse des ressources langagières des acteurs. Mais ce n’est pas avec cela qu’on va convaincre des non-convertis !



Enrica Galazzi

Mais nous, on veut pas convertir, nous sommes des formateurs en langues étrangères, le descriptif pour nous est utile.



Marie-Pierre Escoubas-Benveniste
Monsieur Grin, vous avez évoqué dans le modèle que vous nous avez présenté, le concept d’indice d’élasticité entre A et B. La définition précise de cette notion prendrait probablement trop de temps au débat, mais pourriez-vous m’aider à comprendre en quelques mots comment cet indice est construit – puisque, si je ne me trompe pas, il est basé sur des valeurs choisies – et comment il établit une corrélation entre la variation du phénomène A et celle de B.



François Grin
En deux mots, selon la théorie de la production de base, vous avez d’un côté des inputs, de l’autre des outputs et entre les deux vous avez une fonction de production. Celle-ci revient en fait à une « boîte noire » : c’est le mystère de la création de valeur. Quelque chose n’existait pas avant, mais existe après. Quelque chose a été créé, qui a plus ou moins de valeur. Ce que l’on fait alors, c’est de réintégrer explicitement la langue à cette relation entre les inputs et les outputs. On va donc marquer linguistiquement les variables. Par exemple, on va distinguer entre un input dont on négocie l’acquisition en français, en portugais, en chinois ou en anglais. L’étape suivante, c’est d’estimer le lien entre les deux. Par exemple, si le revenu passe de 2 000 à 2 500 Euros par mois, et que l’on constate par ailleurs que votre dépense en eau minérale est passée de 100 à 200 Euros par mois, on peut estimer la sensibilité de la demande d’eau minérale aux variations de revenu. C’est cette sensibilité que la notion d’élasticité exprime de façon compacte, sous forme d’un rapport de pourcentages.



Enrica Galazzi
Volevo fare solo un ultimo commento su questo rapporto fra multilinguismo e sicurezza del lavoro. Mi sembra un dato molto importante che dovrebbe essere più noto, non è abbastanza conosciuto dai giovani, dalle famiglie. Credo che abbiamo in Italia un grosso lavoro per cambiare l’immaginario linguistico che è fortemente monolingue sull’inglese, lo si vede dalle leggi recentissime per l’insegnamento, tutti gli insegnanti saranno gli insegnanti di inglese e poi forse anche di qualche altra cosa, per cui c’è un forte immaginario monolingue che non è per niente lo stesso che in Svizzera e forse in altri paesi, e quindi mi sembra che c’è un lavoro di comunicazione di questi dati che mi sembra molto importante, non so se i colleghi sono d’accordo.



Marie-Christine Jullion
Il problema in realtà è di vedere cosa si intende per monolinguismo/bilinguismo/plurilinguismo nel mondo del lavoro. Lo si è notato quando eravamo a Torino, durante la giornata di studio su "plurilinguismo e mondo del lavoro", giornata alla quale hanno partecipato rappresentanti di diverse aziende. Ebbene, parlavano tutti del valore aggiunto del plurilinguismo e di come poteva incidere sulla sicurezza del posto di lavoro... Ma noi linguisti siamo rimasti allibiti quando abbiamo sentito che per la maggioranza di loro, il plurilinguismo significava la conoscenza della sola lingua inglese, e dunque, in nome del plurilinguismo, sostenevano che si doveva potenziare l'inglese nelle scuole e nell'università! Ecco dove si presenta un notevole lavoro di comunicazione da parte nostra! Non dimentichiamo inoltre, che tanti nostri colleghi non linguisti in Università auspicano il bilinguismo intendendo la conoscenza della lingua materna più l'inglese.



Filomena Capucho
Justement, votre remarque me conduit à la question que je voulais poser, et maintenant j’ose la poser : comment faire de façon à montrer que le plurilinguisme, ce n’est pas un bilinguisme imposé ? Parce que le grand problème, quand on parle de plurilinguisme, c’est le bilinguisme imposé anglais et la langue maternelle, que l'on fait passer pour du plurilinguisme. Dans les universités par exemple, on est plurilingues parce qu’on fait ses cours en anglais. Et ça, c’est un problème de représentation. La question est donc de savoir comment faire changer cette représentation erronée du plurilinguisme.



François Grin
Il est effectivement important de faire plus largement connaître certains faits. Ainsi, on lit de temps à autre qu’une proportion importante d’emplois prestigieux de haut niveau, à Londres sont occupés, non par des Anglais, mais par des continentaux qui savent l’anglais, mais qui savent aussi d’autres langues. Les entreprises ont besoin de gens qui ont ces compétences. Donc, des Britanniques monolingues voient se réduire l’accessibilité à certains postes et sont remplacés par des plurilingues. Cela ne se passe pas forcément au sein d’une même entreprise, mais c’est un effet de substitution qui se déploie sur un secteur économique. Ce genre de fait illustre, à mon avis, le phénomène qui vient d’être évoqué.

En ce qui concerne le problème du bilinguisme imposé, il est fréquent dans les rectorats des universités européennes. Je me rappelle avoir été personnellement embarrassé parce que, voici quelques années, une vice-rectrice avait déclaré que notre université était très plurilingue parce qu’on y donne de nombreux cours en anglais ! Elle ne se rendait pas compte elle-même du fait que cela revenait à avouer l’inverse de ce qu’elle pensait dire. Le problème est peut-être encore plus aigu en Italie, avec l’héritage du berlusconisme et le slogan « informatica, inglese ed impresa ».

Même si je n’ai pas de résultat statistique pour le prouver, je crois qu’au fur et à mesure que la concurrence internationale devient plus vive, il y a aussi convergence des produits, des biens et des services, vers des niveaux de qualité tendanciellement plus élevés et tendanciellement plus homogènes. Les grosses entreprises multinationales, qui sont en concurrence très vive avec un petit nombre d’autres très grosses entreprises, ont comme stratégie naturelle, la différenciation du produit. Mais les marges de différenciation des produits sont de moins en moins liées à des caractéristiques techniques du produit. De plus en plus, elles concernent tout ce qui se situe avant et après la production, y compris le fait de parler la langue de votre partenaire commercial, (votre acheteur, mais éventuellement aussi votre fournisseur). Si vous vendez des ascenseurs au Chili, votre acheteur chilien saura peut-être l’anglais. Mais si vous pouvez aussi lui parler espagnol, cela constituera un avantage. Cet avantage ne jouera pas à tous les coups ; vous n’allez pas obligatoirement remporter chaque marché face à votre concurrent néerlandais qui ne parle que l’anglais (et donc pas l’espagnol), mais sur un certain nombre de marchés, tendanciellement, c’est ce genre de différenciation qui va s’avérer profitable. Il en existe divers indices, mais la chose reste relativement anecdotique pour l’instant.




Raphael Gallus
Concordo con il professore sul fatto che sia un problema specifico italiano. A un certo punto, verso l’inizio degli anni ’90, in Italia si è cominciato a dire “In Italia abbiamo un gap con le lingue, colmiamolo” e allora ci si è buttati sull’inglese. I problemi sono due, prima di tutto l’inglese si, è sempre più necessario ma non è più una lingua straniera quindi non si può più parlare di plurilinguismo o multilinguismo quando si fa un corso di laurea in inglese e in italiano.

Secondo, ci sono dei problemi anche con l’inglese perché è vero che si è allargata moltissimo la base della conoscenza dell’inglese, ma siamo sicuri che ci sia altrettanta gente che parli l’inglese bene come ce n’era 30 anni fa? Anche lì ho dei dubbi perché comprare un corso di inglese in edicola o andare a fare un corso di un certo tipo non è equivalente ad acquisire una competenza L1 o L2. E poi, ci sono naturalmente le politiche nazionali.

Ora senza andare a citare il Lussemburgo o la Svizzera, dove il multilinguismo fa parte del DNA, però per esempio, io vivevo in una regione di frontiera, Lussemburgo, Francia, Belgio, la prima lingua straniera nelle città come Tenneville, città che sta a 30 km dal confine lussemburghese e a 50 da quello francese, è il francese. All’asilo si comincia col francese, poi viene l’inglese. Quindi è anche un’impostazione politica. Per esempio, a Trieste, dove si studia lo sloveno se non nelle scuole riservate alle minoranze slovene? Da nessuna parte. Io ricordo quando ero ragazzo, lavoravo alla Rai, allora c’erano due canali, ogni pomeriggio c’era un corso di francese, un corso di tedesco e un corso di inglese, adesso c’è solo l’inglese. C’era più apertura allora, 30-40 anni fa. E comunque il gap delle lingue si è creduto di chiuderlo con l’inglese, ma non basta.



Mathilde Anquetil

Credo che si dovrebbe fare uno studio specifico su questi curricula in inglese. Sto facendo una serie di osservazioni su una laurea magistrale in inglese che è stata introdotta nella mia facoltà, Scienze politiche. Ascolto cose interessanti come docenti che dicono: “Finché davo dei libri da leggere in inglese, andava tutto bene, da quando insegniamo in inglese il livello dell’interazione e il livello accademico si sono purtroppo abbassati: per un corso di magistrale, il livello accademico è quello di una triennale perché mancano i prerequisiti di sapere condiviso, oppure la padronanza della lingua è troppo debole, dunque c’è un abbassamento del sapere trasmesso solo parzialmente compensato dal confronto con culture molto lontane.“ Altre forme di insegnamento/apprendimento, ad esempio con “project work“ internazionali sono invece facilitate dalla lingua inglese comune, anche in interazione a distanza con altri gruppi di studenti dello stesso progetto all'estero.



Filomena Capucho
Il y a des études au Danemark sur cette question, en particulier dans les facultés de médecine, qui comparent les compétences finales des étudiants selon qu'ils ont suivi un enseignement en anglais ou en danois. Ces études ont été présentées à l'occasion d'un congrès sur le multilinguisme qui s'est tenu à Saint-Jacques de Compostelle en 20091. Elles révèlent qu’effectivement la compétence de ceux qui ont suivi le cours en anglais est beaucoup plus basse, notamment dans les épreuves pratiques.



François Grin
Un collègue qui enseigne le marketing international à l’Université de Lausanne a publié, il y a deux ans, un article dans un numéro spécial de la revue « Français & Société ». Apparemment, l’ambition de nos Rectorats est d’attirer un maximum d’étudiants étrangers en offrant des cours en anglais. Le problème, toutefois, c’est qu’on prétend aussi attirer « les meilleurs » internationalement. Mais les meilleurs, s’ils savent l’anglais ou souhaitent étudier en anglais, ne vont probablement pas choisir de venir étudier à Genève ! Ils vont aller à Harvard ou Oxford, et ceux que l’on attirera, ce sont sans doute ceux qui n’auront pas étés assez bons pour être acceptés par des universités comme Oxford ou Harvard. En revanche, on s’astreint à toutes sortes de difficultés, dont l’appauvrissement de l’enseignement et des débats internes par manque de compétence linguistiques. Ce manque peut s’observer parfois chez l’enseignant, parfois chez les étudiants – et tout cela sans avoir atteint l’objectif qu’on s’était fixé. Donc on va sans doute augmenter, avec des enseignements en anglais, le nombre d’étudiants étrangers, mais cela ne se traduit pas forcément par un effet qualitatif en termes d’élévation du niveau.

On aboutit ainsi à une espèce d’effet pervers qu’il est très difficile de démonter (et de démontrer) : en effet, il règne une idéologie extrêmement forte selon laquelle l’activité scientifique doit nécessairement passer par l’anglais. En outre, les étudiants sont influençables, et ils se font parfois eux-mêmes les porteurs de ce message. Ce n’est toutefois pas la seule solution. Ainsi, j’enseigne à Genève, en anglais, un cours de première semestre de BA. Mais les étudiants savent qu‘à partir du deuxième semestre, le cours suivant n’est disponible qu’en français. En d’autres termes, le premier cours (en anglais) est là pour faciliter aux étudiants non-francophones « l’atterrissage en douceur » dans une université. Du moins, c’est comme ça qu’on le présente officiellement. Certains prétendent qu’il faudrait offrir toute la filière de BA en anglais. Quant à moi, j’y suis opposé : offrons des cours en anglais, mais au début et non pas à la fin du cursus. Cela permettra de faire venir ceux qui sont vraiment les meilleurs, c’est-à-dire ceux qui, sans doute, savent l’anglais, mais qui sont en plus intéressés à apprendre le français.



Enrica Galazzi
Je voulais vous signaler des travaux sur des équipes internationales multilingues de recherche, on montre l’intérêt que chaque chercheur puisse rechercher et travailler dans sa langue maternelle et de favoriser l’intercompréhension. C’était une commission nationale que le ministère français avait mise en place et qui était présidée par Jean-Marc Lévi-Leblond, physicien, et donc je vous conseille de lire « La langue tire la science »2, c’est un livre passionnant qui nous intéresse, je crois, dans ce sens là.

1
Ndlr: Conférence "Langues Romanes" Traduction-Multilinguisme-Construction Européenne, Santiago de Compostela, 13 mars 2009, organisée par la Commission européenne.

2
Ndlr: http://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article218

Per citare questo articolo:

, Débat - Session des conférences plénières, Repères DoRiF n. 4- Quel plurilinguisme pour quel environnement professionnel multilingue? - Quale plurilinguismo per quale ambito lavorativo multilingue?, DoRiF Università, Roma dcembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=143

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