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Mélisandre Caure

Une formation professionnelle à l’intercompréhension au niveau master

Mélisandre Caure
CIRLEP E.A. 4299
Université de Reims Champagne-Ardenne
Reims, France
melisandre.caure@univ-reims.fr




Résumé

Cet article porte sur un des aspects qui unissent le plurilinguisme au monde du travail, à savoir la formation au plurilinguisme dans un master professionnel. La formation au plurilinguisme dont il est question ici est une formation à l’intercompréhension, dispensée à l’Université de Reims Champagne-Ardenne dans le cadre du master Gestion Multilingue de l’Information. Plus particulièrement, nous nous intéressons dans cet article au rôle de cette formation dans la vie professionnelle des personnes ayant obtenu ce diplôme. Dans le but d’obtenir des informations sur la façon dont les capacités plurilingues de ces anciens étudiants sont considérées et utilisées, nous avons envoyé un questionnaire aux diplômés de ce master, dont nous présentons ici les réponses.


Mots-clés : intercompréhension, plurilinguisme, formation, professionnalisation



1. Introduction

La relation qui unit plurilinguisme et monde du travail a été au cœur de la journée d’études interdisciplinaire de l’Université Roma Sapienza intitulée « Quale plurilinguismo per quale ambito lavorativo multilingue? ». Cette relation peut être envisagée sous différents angles ; les divers thèmes abordés lors de cette journée en sont d’ailleurs la preuve. Nous souhaitons pour notre part mettre l’accent sur la formation au plurilinguisme, et particulièrement sur une formation professionnalisante de niveau master dispensée à l’Université de Reims Champagne-Ardenne.
Nous procéderons en trois temps : après avoir présenté le parcours de master dans son ensemble et exposé plus en détail la partie de la formation consacrée au plurilinguisme, nous rapporterons les résultats d’un questionnaire, soumis aux anciens étudiants, visant à connaître le rôle que joue cette formation dans leur vie professionnelle.



2. Le master « Gestion Multilingue de l’Information »

À la rentrée 2005 a ouvert à l’Université de Reims un nouveau parcours de master professionnel, le master Gestion Multilingue de l’Information (dorénavant noté master GMI)1. La formation est constituée de trois semestres de cours et d’un semestre de stage, et accueille des étudiants majoritairement issus de cursus de langues ou de LEA, parfois de lettres modernes, voire, plus rarement, de cursus autres que les sciences humaines.

En proposant de former des étudiants à la « gestion de l’information », les concepteurs du master se sont donné pour but de leur donner une triple compétence : la collecte, le traitement et la diffusion de l’information. L’enseignement de la collecte de l’information a lieu lors de cours où ils apprennent à faire de la recherche sur Internet, à utiliser des bases de données ou à faire de la veille informationnelle. Apprendre à traiter l’information passe par un développement des capacités de compréhension et d’analyse ainsi que par un travail sur la rédaction et la synthèse en français et en anglais. Enfin, les étudiants apprennent à diffuser l’information grâce à des cours où il leur est enseigné les moyens de créer et gérer un site Internet.
Cette formation offre de multiples débouchés, parmi lesquels gestionnaire de contenu, chargé de communication, chargé de veille informationnelle, chargé de projets marketing, etc.

La grande originalité de cette formation réside dans le parti pris du plurilinguisme : les étudiants sont formés à la recherche d’informations dans sept langues différentes. En effet, il est maintenant bien connu que la maîtrise de l’anglais ne suffit plus. Le tableau suivant, adapté de celui que donne Internet World Stats2, montre quelles étaient les dix langues les plus utilisées sur Internet en 2011.

Table1

Top ten des langues sur Internet

% de l’ensemble des usagers d’Internet
Croissance Internet pour les langues
(2000-2011)
anglais

26,8 %

301,4 %

chinois

24,2 %

1478,7 %

espagnol

7,8 %

807,4 %

japonais

4,7 %

110,7 %

portugais

3,9 %

990,1 %

allemand

3,6 %

174,1 %

arabe

3,3 %

2501,2 %

français

3,0 %

398,2 %

russe

3,0 %

1825,8 %

coréen

2,0 %

107,1 %

Top ten

82,2 %

421,2 %

Autres

17,8 %

588,5 %

On y voit certes que l’anglais est la langue la plus utilisée (à hauteur de 26,8 %, alors qu’il était la langue de plus de 90 % des usagers sur Internet un peu plus de dix ans auparavant), mais surtout que les taux de croissance sur onze ans les plus importants concernent l’arabe, le russe, le chinois et le portugais.


Pour former au mieux les futurs professionnels de l’information que sont les étudiants du master GMI, on leur donne donc les outils nécessaires pour faire de la recherche en sept langues, et ce en leur enseignant la compréhension de six langues étrangères, qui s’ajoutent ainsi au français, qui est la langue maternelle de la majorité des étudiants (et même s’ils n’ont pas tous le français pour langue maternelle, ils sont tous francophones). C’est en effet la maîtrise de la compréhension, plus que celle de l’expression, qui est primordiale pour les étudiants, en tant que futurs spécialistes de la veille informationnelle. L’insertion de la méthodologie de l’intercompréhension prend donc tout son sens dans ce parcours de master, et nous allons développer dans la partie suivante comment elle y prend place.




3. Les séances d’intercompréhension

Les étudiants participent à quatre heures de formation à l’intercompréhension par semaine pendant les trois semestres de cours du master. Le premier semestre est réservé à trois langues romanes (donc proches du français), le portugais, l’espagnol et l’italien, pour leur permettre de se familiariser avec cette méthodologie si originale pour eux, et les deuxième et troisième semestres sont consacrés aux trois langues germaniques que sont l’anglais, l’allemand et le néerlandais. L’étude des langues germaniques, d’un abord plus difficile que les langues romanes pour ces francophones, demande deux fois plus de temps, mais les résultats sont convaincants pour les six langues étrangères : on considère que le niveau minimum en compréhension écrite atteint à la fin de la formation correspond, pour les langues romanes, au niveau B2 du Cadre européen commun de référence pour les langues (CONSEIL DE L’EUROPE 2001) et au niveau B1 pour les langues germaniques (CASTAGNE 2007 : 467).

La méthodologie précise choisie pour ces cours d’intercompréhension reprend les principes du programme ICE (InterCompréhension Européenne), développé par des linguistes de l’Université de Reims depuis 20013. Ce programme de recherche est directement inspiré du programme EuRom4, développé dans les années 1990 à l’Université d’Aix-en-Provence, sous la direction de Claire Blanche-Benveniste, en collaboration avec les universités de Lisbonne, Rome et Salamanque. André Valli, membre de l’équipe d’Aix-en-Provence, décrit ainsi l’objectif d’EuRom4 (VALLI 2001) :

Il s’adresse aux personnes qui ont pour langue maternelle une des langues romanes, portugais, espagnol, italien, français, qui souhaitent pouvoir comprendre les trois autres. La méthode n’aborde que la compréhension des textes écrits. Nous avons voulu montrer que lorsqu’on connaît une ou deux de ces langues, il est facile d’acquérir une compétence passive des autres.

Le programme ICE reprend la méthodologie de base d’EuRom4 et l’étend aux langues germaniques. Au niveau européen, plusieurs programmes se sont développés dans les années 1990-2000 autour de ce concept d’intercompréhension, tous ces programmes ayant en commun l’idée fondamentale de ne former des apprenants qu’à la seule compréhension de langues étrangères, et chacun faisant le choix de telle ou telle méthode pour parvenir à cet objectif. Nous renvoyons aux travaux des équipes EuroComRom, Euromania, IGLO, Itinéraires romans et Galatea, en ne citant que les principaux programmes, pour plus d’informations sur ce sujet.


Un des points clés de la méthodologie de l’intercompréhension touche au fait que la formation passe par une confrontation à des textes authentiques, et non par un enseignement de la conjugaison, du vocabulaire ou de la morphologie par exemple. Comme le souligne J.-E. Tyvaert, « [o]n ne travaille pas sur des illustrations de propriétés linguistiques à assimiler mais sur des textes (en langues diverses) présentés comme supports d’informations à appréhender » (TYVAERT 2008: 259). Nous avons développé dans (CAURE 2012) combien il est important pour la construction d’un savoir sur les langues et surtout d’une méthode de lecture efficace que les apprenants découvrent par eux-mêmes dans les textes les informations qui vont les aider à comprendre ces textes.
Les textes, des articles de presse, sont projetés dans leur version écrite, le modérateur de la séance en diffusant également la version lue par un locuteur natif, et les étudiants prennent en charge à tour de rôle l’interprétation des différentes phrases des textes. On parle d’interprétation et non de traduction car il s’agit simplement de s’assurer qu’ils ont compris les informations principales, et en aucun cas d’exiger qu’ils soient capables de produire une phrase équivalente en français du point de vue de la précision de la forme et du contenu. Rappelons qu’ils sont formés à devenir des spécialistes de la recherche d’information en langues étrangères, et non des spécialistes de ces langues étrangères. Au début de la formation, ils s’appuient principalement sur les mots transparents, les noms propres, les nombres, et font des inférences pour deviner le sens des séquences opaques.


Le concept de « transparence » est très important en intercompréhension, et particulièrement dans une méthode telle qu’ICE, dans laquelle les apprenants n’ont pas accès à du savoir métalinguistique sur les langues pendant les séances. Surtout lors des premières séances, ces derniers s’appuient en effet sur ce qu’ils reconnaissent, c’est-à-dire sur les mots étrangers qui ressemblent à des mots de leur langue maternelle, avant de s’habituer à prendre en compte la syntaxe ou de pratiquer des inférences. Comme le note Claire Blanche-Benveniste au sujet d’EuRom4 : l’« intérêt [des participants], pendant plusieurs semaines, ne portaient [sic] […] que sur le lexique » (BLANCHE-BENVENISTE 2004: 42).
Les chercheurs en didactique des langues ont souvent mis l’accent sur l’importance de la transparence (BOGAARDS 1994, CASTAGNE 2003, DEGACHE & MASPERI 1998, VALLI 2001). Nous nous sommes également intéressée à ce concept (CAURE 2010 ; CAURE 2011) ; rappelons brièvement la définition que nous en donnons. Pour que l’on puisse parler de transparence entre deux mots (ou plus), il faut qu’il y ait proximité formelle et proximité sémantique entre ces mots. Par exemple, les mots respectivement italien et français mela (« pomme ») et « mêla » sont proches formellement mais non sémantiquement, steccato et « palissade » sont proches sémantiquement mais non formellement, mais l’on peut dire que marrone et « marron » sont transparents. Le grand avantage des méthodes d’intercompréhension consiste en le fait que les étudiants développent des stratégies de recherche du sens (puisqu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes ou sur l’aide du groupe), et donc qu’ils apprennent, au fur et à mesure des séances, à considérer comme transparents des mots qui n’auraient pas été qualifiés de la sorte par des débutants. Nous introduisons ainsi deux niveaux de transparence : la transparence directe, la plus immédiate, et la transparence indirecte, qui demande une certaine habitude de lecture intercompréhensive pour être identifiée. Par exemple, si l’on étend la proximité formelle, tavolo et « table » peuvent être considérés comme transparents (par un jeu sur la deuxième consonne), tout comme ferire et « blesser » (par l’intermédiaire du français « férir », que l’on ne retrouve plus guère que dans l’expression « sans coup férir ») si l’on étend la proximité sémantique4.


Ce progrès dans la capacité des étudiants à repérer de la transparence se retrouve évidemment à tous les niveaux, et ils deviennent, au fil du temps, de plus en plus habiles pour pratiquer des inférences, pour identifier des structures syntaxiques ou des morphèmes grammaticaux, etc.




4. Intercompréhension et monde du travail

La journée d’études « Quale plurilinguismo per quale ambito lavorativo multilingue? » a été l’occasion pour nous d’insister sur le côté professionnel du master GMI, et d’interroger le rôle que pouvait jouer la formation au plurilinguisme que reçoivent les étudiants dans leur vie professionnelle.
Pour étudier le lien entre ces deux pôles, nous avons envoyé à la fin du mois de novembre 2011 un questionnaire aux anciens étudiants ayant validé leur master GMI. Nous avons réuni 46 adresses mail, et obtenu 13 réponses à la date limite que nous avions fixée, à savoir à la fin du mois de décembre. Bien que nous ayons été assurée qu’un tel taux de réponses était tout à fait convenable, nous considérons que le nombre de réponses est insuffisant pour proposer une analyse quantitative sérieuse. Les données qui suivent ont donc une valeur qualitative, et permettent en tout état de cause d’envisager des pistes de recherche intéressantes qu’il faudrait explorer par la suite.
Le questionnaire a été envoyé par mail aux anciens étudiants, qui ont eu un mois pour répondre aux cinq questions suivantes :

Table2

Questionnaire sur l’intercompréhension




1/ Êtes-vous satisfait des résultats de la formation à l’intercompréhension que vous avez suivie dans le cadre du master GMI ?


2/ Vos compétences de compréhension de plusieurs langues étrangères vous ont-elles aidé à trouver par la suite un emploi ou un stage ?


3a/ Si vous avez un emploi actuellement, quel est-il ?


3b/ Utilisez-vous vos compétences de compréhension en langues étrangères dans le cadre de votre emploi ? Si oui, de quelle façon ?


4/ Utilisez-vous vos compétences de compréhension en langues étrangères dans la vie de tous les jours ? Si oui, de quelle façon ?


Nous allons, pour chaque question du questionnaire, donner une indication chiffrée des réponses, et citer ponctuellement, de façon anonyme cela s’entend, les réponses des personnes interrogées.


À la première question très générale « Êtes-vous satisfait des résultats de la formation à l’intercompréhension que vous avez suivie dans le cadre du master GMI ? », huit personnes se sont déclarées satisfaites, en mettant par exemple l’accent sur la découverte de nouvelles langues ou sur le côté motivant de la progression, deux personnes se sont déclarées non satisfaites et trois personnes se sont dites plus ou moins satisfaites, ces deux derniers groupes arguant de la difficulté des langues germaniques.
Les réponses à cette première question sont encourageantes. Il ressort clairement que, avec du recul, la formation à l’intercompréhension est appréciée par les anciens étudiants, qui la considèrent comme bénéfique.


Nous avons ensuite interrogé le rôle du plurilinguisme (tout au moins en compétence réceptive) au moment de l’embauche et avons posé la question suivante : « Vos compétences de compréhension de plusieurs langues étrangères vous ont-elles aidé à trouver par la suite un emploi ou un stage ? ». Quatre personnes ont répondu par l’affirmative et neuf par la négative. Il faut toutefois noter que, sur les neuf personnes ayant répondu « non » à cette question, quatre sont actuellement sans emploi. Notons également que deux personnes précisent que des capacités plurilingues peuvent « constituer un plus », qui permettent de faire « la différence quand il s’agit de départager les candidats ».
Ainsi, quant à savoir si le plurilinguisme est un critère d’embauche, il semble que les réponses soient mitigées. Nous mettrons toutefois cette information en relation avec une observation ultérieure.


À la troisième question portant sur les métiers pratiqués par les étudiants ayant suivi le master GMI, nous avons obtenu les réponses suivantes : en plus des quatre personnes qui sont sans emploi, deux sont webmaster, une fait de la veille concurrentielle et normative multilingue, une est rédactrice web, une est responsable veille et réseau, une est gestionnaire des connaissances et contrôleur documentaire, une est assistante de français à l’étranger, une est chargée de relations publiques et une dernière est chargée de projet web.


Venons-en maintenant à la question qui nous intéresse le plus : « Utilisez-vous vos compétences de compréhension en langues étrangères dans le cadre de votre emploi ? Si oui, de quelle façon ? ». À cette question, six personnes ont répondu par l’affirmative et sept par la négative. Notons encore une fois que, sur ces sept personnes, trois ont répondu « non » car elles sont au chômage (la quatrième personne sans emploi nous a fait part de son expérience en stage). Nous allons citer des extraits des réponses données par les personnes ayant répondu « oui », car elles permettent de voir précisément de quelle façon les compétences de compréhension acquises pendant la formation sont utilisées dans la vie professionnelle.

Trois personnes évoquent la recherche d’informations :
- « Je traduis des interfaces informatiques en anglais, il m’est arrivé de travailler sur une architecture de site internet en néerlandais et j’utilise parfois des contenus en langues étrangères lors de recherches d’informations. » ;
- « Je fais de la veille concurrentielle et normative multilingues. » ;
- « Analyses des retombées presse des opérations menées sur nos différents produits en Europe et en Amérique ».
Une autre personne indique que sa formation à l’intercompréhension est mise à profit dans le domaine de la traduction :
- « Mes compétences de compréhension m’ont été utiles, car je devais traduire des textes en anglais, allemand, espagnol et portugais vers le français ».
Une personne signale encore l’importance des compétences de compréhension pour l’échange entre collègues étrangers :
- « Je travaillais avec des stagiaires européens, et cela me facilitait les choses quand ils me transmettaient via email des conversations avec certains réseaux de leur pays. Cela me permettait de saisir rapidement le sens général des échanges et ainsi de pouvoir, après concertation, définir les prochaines étapes dans ces échanges/négociations. ».
Citons enfin cet extrait dans lequel l’importance d’avoir suivi une formation à l’intercompréhension est très clairement posée :
- « Je suis également chargée de traduire nos produits en français ou en anglais selon les cas. Certains de nos clients veulent également que leur propre langue soit appliquée et je peux alors aider à traduire dans mes premières langues (anglais, allemand, italien) et seulement aider pour les autres (espagnol, portugais et néerlandais). Cela arrive également que je traduise des e-mails à partir de l’espagnol et du portugais pour mes collègues informaticiens qui ne comprennent pas ces langues. Et là, je fonctionne exactement comme en cours d’ICE en traduisant approximativement le texte à la personne à l’oral. Généralement, cela suffit pour que l’informaticien comprenne de quoi il s’agit et de retour à mon bureau je vérifie systématiquement avec mes dictionnaires les mots sur lesquels je suis passée sans les comprendre vraiment. J’informe ensuite l’informaticien pour lui dire si ma déduction/supposition (plus ou moins hasardeuse) était la bonne ou pas ».

Lors de la journée d’études, une remarque fort intéressante, qui corrobore les réponses données aux questions précédentes, nous a été faite : il semblerait que des compétences plurilingues (les compétences plurilingues s’entendant ici comme dépassant le couple langue maternelle‑anglais) ne soient certes pas exigées au moment de l’embauche, mais que, de fait, elles soient demandées ensuite par l’employeur, et donc utilisées par les employés. Peut-être ces compétences ne sont-elles pas considérées à leur juste valeur, et sont donc envisagées comme non nécessaires, mais toujours est-il qu’elles se révèlent souvent, sinon indispensables, du moins utiles à la bonne réalisation des tâches demandées.
Nous avons enfin, pour clore le questionnaire, posé la question suivante aux anciens étudiants : « Utilisez-vous vos compétences de compréhension en langues étrangères dans la vie de tous les jours ? Si oui, de quelle façon ? ». Neuf personnes ont répondu par l’affirmative et quatre par la négative. Citons pêle-mêle des exemples d’utilisation de ces compétences : lire la presse d’actualité, la presse spécialisée, surfer sur Internet, regarder la télévision, comprendre les publicités, les panneaux de signalisation, les textes de chansons, s’organiser pendant un voyage à l’étranger, parler avec des étrangers, etc.
Les personnes interrogées ont fait preuve d’un enthousiasme tout particulier en répondant à cette question. Il semble que les compétences de compréhension qu’elles ont acquises dans le cadre de leur master professionnel constituent un bagage qui dépasse ce niveau strictement professionnel et qu’elles mettent à profit dès que possible.



5. Conclusion

Le master GMI de l’Université de Reims Champagne-Ardenne propose à ses étudiants une formation à la collecte, au traitement et à la diffusion de l’information, fondée sur le plurilinguisme. Ils apprennent en effet, en trois semestres de cours, à comprendre des textes rédigés en six langues étrangères : le portugais, l’espagnol, l’italien, l’anglais, l’allemand et le néerlandais. Par le biais d’un questionnaire que nous avons envoyé aux anciens étudiants diplômés, nous avons cherché à savoir quelle fonction pouvait avoir pour eux cette formation à l’intercompréhension dans le cadre de leur vie professionnelle. Malgré le relatif petit nombre de retours, qui demanderait une étude plus approfondie afin de confirmer ou d’infirmer ces premiers résultats, les réponses obtenues permettent de dresser un bilan positif. La première observation est que cette formation au plurilinguisme est utile et appréciée pour la richesse qu’elle fournit. La deuxième chose à noter est que, même si des compétences de compréhension en plusieurs langues ne sont pas obligatoires pour se faire recruter (plusieurs personnes interrogées ont précisé que la maîtrise de l’anglais suffit), elles constituent un atout supplémentaire. Qui plus est, on s’aperçoit qu’elles sont souvent nécessaires pour accomplir le travail demandé. Soulignons enfin l’ouverture d’esprit qui est le résultat de cette formation au plurilinguisme, et qui ressort si bien des réponses au questionnaire : les anciens étudiants n’ont plus peur des langues étrangères, ont acquis le plaisir d’aller au contact d’autres langues et de chercher à les comprendre à chaque fois qu’ils en ont l’occasion.




Bibliographie


BLANCHE-BENVENISTE, Claire, « Aménagements progressifs de la syntaxe », Actes du colloque international EuroSem2003 « Premières journées internationales sur l’InterCompréhension Européenne : intercompréhension et inférence », Reims, PUR, 2004, p. 41-75.

BOGAARDS, Paul, Le vocabulaire dans l’apprentissage des langues étrangères, Paris, Hatier/Didier, 1994.

CASTAGNE, Éric, « Le programme ‘Inter Compréhension Européenne’ (ICE) ou comment utiliser la linguistique contrastive pour mieux se comprendre en Europe », in SCHMITT, Heide & WOTJAK, Gerd (éds.), Actes du colloque Beiträge zum romanisch-deutschen und innerromanischen Sprachvergleich, Bonn, Romanistischer Verlag, 2003, p. 13-36.Disponible sur : http://logatome.eu/publicat/Leipzig2003.pdf (consultée le 21/05/13)

CASTAGNE, Éric, « L’intercompréhension : un concept qui demande une approche multidimensionnelle globale », in CAPUCHO, Filomena, ALVES P. MARTIN, Adriana, DEGACHE, Christian, TOST, Manuel, Diálogos em Intercompreensão, Lisboa, Universidade Catolica Editora, 2007, p. 461-473. Disponible sur : http://logatome.eu/publicat/Lisbonne2007.pdf (consultée le 21/05/13).

CAURE, Mélisandre, Caractérisation de la transparence lexicale, extension de la notion par ajustements graphophonologiques et microsémantiques, et application aux lexiques de l’anglais, de l’allemand et du néerlandais, Lille, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2010.

CAURE, Mélisandre, « Renforcer la famille des langues romanes par la pratique de l’intercompréhension : le rôle des mots transparents », in ÁLVAREZ, Dolores, CHARDENET, Patrick, TOST, Manuel (dir.), L’intercompréhension et les nouveaux défis pour les langues romanes, Paris, Publications de l’Union latine, 2011, p. 387-401.

CAURE, Mélisandre, « La pratique de l’intercompréhension, ou la prise de conscience de ce qu’est une langue », Intercompreensão-Redinter, n.2, 2012, p. 117-133.
Disponible sur : http://redinter.eu/web/files/revistas/43intercompreensao2.pdf (consultée le 21/05/13)

CONSEIL DE L’EUROPE, Un cadre européen commun de référence pour les langues – apprendre, enseigner, évaluer, Paris, Didier, 2001. Disponible sur : http://www.coe.int/t/dg4/linguistic/Source/Framework_FR.pdf (consultée le 21/05/13)

DEGACHE, Christian, MASPERI, Monica, « La communication en toile de fond de l’entraînement à la compréhension des langues romanes », in Billiez, Jacqueline (éd.), De la didactique des langues à la didactique du plurilinguisme, hommage à Louise Dabène, Lidilem, Grenoble, 1998, p. 361-376. Disponible sur : www.galanet.eu/publication/fichiers/dc-mm1998.pdf (consultée le 21/05/13)

TYVAERT, Jean-Emmanuel, « Pour une refondation de la didactique des langues sur la base de l’intercompréhension », in CONTI, Virginie, GRIN, François (éds.), S’entendre entre langues voisines : vers l’intercompréhension, Genève, Georg, 2008, p. 251-276.

VALLI, André, « Une expérience de l’enseignement de l’intercompréhension des langues romanes », Actes du troisième colloque de l’European Center for Modern Languages « Living together in Europe in the 21st century: the challenge of plurilingual and multicultural communication and dialogue », Council of Europe Publishing, 2001. Disponible sur : http://sites.univ-provence.fr/delic/Eurom4/Eurom4-Valparaiso.pdf (consultée le 21/05/13)


Sitographie

Site d’Internet World Stats : http://www.internetworldstats.com/
Programmes d’intercompréhension :
EuRom4 : http://sites.univ-provence.fr/delic/Eurom4/
ICE : http://www.logatome.eu
EuroComRom : http://www.eurocomrom.de/
Euromania : http://www.euro-mania.eu/index.php
IGLO : http://www.hum.uit.no/a/svenonius/lingua/index.html
Itinéraires romans : http://unilat.org/DPEL/Intercomprehension/Itineraires_romans/fr
Galatea : http://w3.u-grenoble3.fr/galatea/

1
Pour une présentation détaillée de ce master, voir le site www.univ-reims.fr/mastergmi.

2
Les informations sont consultables sur la page http://www.internetworldstats.com/stats7.htm.

3
Une présentation de ce programme ainsi que des publications qui y ont trait sont disponibles sur le site d’Éric Castagne, logatome.eu.

4
Ces concepts sont présentés en détail dans (CAURE 2010).

Per citare questo articolo:

Mélisandre Caure, Une formation professionnelle à l’intercompréhension au niveau master, Repères DoRiF n. 4- Quel plurilinguisme pour quel environnement professionnel multilingue? - Quale plurilinguismo per quale ambito lavorativo multilingue?, DoRiF Università, Roma dcembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=145

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