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Nathalie Rivière

Table ronde : Environnements professionnels, rôle des langues, pratiques et formation linguistique

Modérateurs :

Marie Hédiard (Dipartimento di Scienze umanistiche - Università degli studi di Cassino, Italia)

François Grin (Ecole de Traduction et d’Interprétation (ETI), Université de Genève, Suisse)

Marie Hédiard
Merci Monsieur Balossino. Nous avons voulu qu’il y ait dans notre journée le compte-rendu d’expériences directes pour pouvoir mieux ancrer notre réflexion dans la réalité du monde du travail. Je vais donc passer tout de suite la parole à Madame Rivière qui, en tant que Responsable de la formation linguistique à la FAO nous parlera du rôle et du statut des langues ainsi que de la formation linguistique dans cette organisation internationale. Nous vous proposons de l’écouter et de profiter de sa présence pour lui poser tout de suite les questions qui concerneront sa présentation.

Nathalie Rivière

Ressources humaines, Responsable de la formation linguistique à la FAO, Rome

Bonjour. Merci de m’avoir invitée, je suis très heureuse d’être parmi vous et je regrette énormément de devoir partir et de ne pas pouvoir participer à toute la journée.

Je travaille à la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture. Il y a 6 langues qui sont des langues officielles. Il y avait avant une distinction entre langues de travail et langues officielles. Je vais vous faire, si vous le voulez, un petit récapitulatif de ce qui concerne la politique linguistique à la FAO et puis je vous donnerai quelques chiffres.

La FAO a été fondée en 1946 et à sa première session, en 1946, la Conférence de la FAO a convenu que les règlements de l’Organisation au sujet des langues à employer dans les délibérations et la documentation seraient ceux qui seraient adoptés par les Nations Unies. La FAO avait décidé que, en attendant que de tels règlements soient adoptés, elle utiliserait deux langues de travail, à savoir l’anglais et le français dans ses délibérations et adopterait l’anglais, le français, l’espagnol, le chinois et le russe en tant que langues officielles. C’était tout au début, à la création de l’Organisation. Ensuite, en 1949, la Conférence a décidé d’ajouter l’espagnol en tant que langue de travail. Le russe n’a plus été mentionné.

En 1967 la Conférence a approuvé l’adoption de l’arabe en tant que langue de travail d’emploi limité. En 1977 la Conférence a décidé de supprimer la distinction qui était faite pour les langues utilisées au sein de l’Organisation entre langues officielles, langues de travail, et langues de travail à emploi limité. Donc toutes les langues recouvraient la même valeur. En 1999 le Conseil, estimant que la diversité linguistique et culturelle était une caractéristique fondamentale de la coopération internationale et faisait partie des avantages comparatifs les plus remarquables de la FAO, a réaffirmé le principe de l’égalité des langues de la FAO et son importance pour assurer la pleine participation des membres aux activités de l’Organisation. En 2007 le russe a été adopté comme langue officielle.

Au sein de la FAO on compte 191 pays membres, ne me demandez pas de les citer, chaque année il y a des réunions, notamment celles du Conseil, ainsi que la Conférence. Des représentants de toutes les nationalités viennent à ces conférences. Toutes les nationalités sont représentées parmi les employés de la FAO. Il y a à peu près 7000 personnes qui travaillent dans le monde pour la FAO., le siège est à Rome et au siège nous sommes entre 2500 et 3000 personnes, le reste est réparti dans les bureaux décentralisés.

Je voudrais ajouter quelque chose qui a été décidé en 1999 qui me semble très important et pertinent pour cette journée, le Conseil a réaffirmé que le multilinguisme constituait un atout majeur de l’Organisation et jouait un rôle particulièrement important dans sa fonction de diffusion de l’information. Il était important que le personnel de la FAO soit invité à adopter une attitude plus volontariste afin d’assurer un emploi plus équilibré des langues de la FAO. Dans cette optique depuis1999, il fallait organiser des programmes de formation adéquats et accorder une attention particulière aux compétences linguistiques au stade du recrutement.

Et aujourd’hui où en sommes nous ?

Les chiffres ci-dessous correspondent au nombre d’étudiants que nous avons dans les cours de langue à la FAO au siège, et non pas sur le terrain. Sur le terrain il y a quelques bureaux comme Budapest qui ont leur centre linguistique, sinon les autres bureaux, par exemple celui de Santiago au Chili, envoient les employés de la FAO dans des écoles de langues qui se trouvent sur place.

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Graphique 1 : [Ndlr] Cours de langue : répartition du nombre d’étudiants par langue en 2010-2011 au siège de la FAO.

Ici à Rome, au siège, on voit que l’anglais n’est pas une des langues d’apprentissage les plus demandées, ce qui est logique car il est très difficile, voire impossible, de travailler à la FAO si on ne parle pas l’anglais, c’est la première constatation. Les membres du personnel maîtrisent déjà cette langue quand ils sont recrutés.

Ensuite vous pouvez remarquer qu’il y a quand même un certain nombre de personnes qui étudient l’anglais, c’est une tendance récente. Ce sont les personnes qui font partie du service d’entretien et des services de sécurité et qui sont en grande majorité des Italiens. Ils ont été recrutés par exemple comme électriciens ; ils ne doivent pas nécessairement parler l’anglais. L’essentiel c’est qu’ils soient de bons électriciens. Et maintenant on remarque que de plus en plus l’Organisation a besoin de personnel qui parle d’autres langues que leur langue maternelle. C’est le premier facteur.

Le deuxième facteur c’est, il y a quelques années, l’embauche d’électriciens, de plombiers, du personnel d’entretien et de sécurité venant des pays de l’Est qui ont incité à davantage de concurrence sur le marché italien. Ils parlaient leur langue maternelle, souvent maîtrisaient également le russe et faisaient l’effort de bien s’adapter à l’italien. Ils avaient une élasticité linguistique qui était bien différente. Tout cela a contribué à changer et à faire évoluer l’apprentissage de l’anglais à tous les niveaux de la FAO. Il en est de même pour les gardes du service de sécurité qui sont à 99% italiens et qui parlent de plus en plus les langues étrangères.

On remarque qu’il y a deux langues qui restent prédominantes, c’est l’espagnol et le français. Cela a toujours été comme ça. On a vu qu’il n’y a plus vraiment de distinction entre langues officielles et langues de travail. Voici la réalité. En théorie il n’y a plus de distinction, mais en pratique c’est très difficile d’utiliser le chinois, l’arabe ou le russe comme langues de travail.

Ensuite, en anglais, nous avons des cours particuliers qui sont offerts également à des anglophones : ce sont des cours sur comment apprendre à écrire, à faire des discours, à rédiger des rapports. Ce sont des cours un peu plus spécifiques qui ne correspondent pas à l’apprentisaage de la langue et qui ont de plus en plus de succès.

On voit les tout petits pourcentages pour le portugais, le portugais n’est pas une langue officielle de la FAO mais c’est une langue qui est utilisée parce qu’il y a beaucoup de projets de la FAO dans les pays lusophones, notamment en Angola, au Mozambique et au Cap Vert. Les apprenants sont des fonctionnaires qui doivent partir sur le terrain pour donner des séminaires en portugais.

Le chinois c’est encore plus difficile ; à part la catégorie des interprètes et des traducteurs, il y a très, très peu de personnes qui travaillent vraiment en chinois à la FAO. Personnellement j’en connais deux qui partent en mission en Chine. Mais c’est tout. Mais nous avons des étudiants que l’on peut appeler d’élite : le chinois est une langue particulièrement difficile et les personnes qui l’étudient sont sous le charme du chinois. On ne note pas de croissance.

Avec l’arabe, par contre, on a eu deux poussées de demande de cours, ce sont des mouvements de solidarité. Après les attentats de septembre 2001, on a eu une augmentation des demandes et puis. après le printemps arabe, on a pu ouvrir un cours de débutants avec 12 personnes, ce qui ne nous était pas arrivé depuis 5 ou 6 ans. Ce sont des personnes qui « s’attachent » à la langue et qui poursuivent l’apprentissage.

Les examens officiels

Les examens officiels ont lieu une fois par an à la FAO, ce sont des examens qui se déroulent au mois de mai sur le terrain et en juin au siège.

Quels sont les avantages pour les candidats ? Cela dépend des catégories professionnelles, en fait la FAO est très hiérarchisée. La maîtrise des langues ouvre un accès plus large à l’emploi et à la mobilité : plus on parle de langues, plus il est facile de trouver un emploi dans une autre division, dans un autre pays également. Il y a aussi un aspect financier pour les employés des Services généraux qui perçoivent une prime linguistique.

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Graphique 2 : [Ndlr] 2011 - Effectifs des candidats aux examens de langue officiels au siège et dans les bureaux décentralisés de la FAO.

Sur le graphique ci-dessus on voit le nombre de candidats par langue et si c’est au siège ou sur le terrain. On remarque que sur le terrain l’anglais joue un rôle très important. Ces statistiques correspondent à l’année dernière mais c’est valable pour toutes les années, c’est toujours la même progression. On demande au personnel local de travailler en anglais sur le terrain, par exemple en Afrique de l’Ouest, alors qu’ils ne maîtrisent pas l’anglais. Pour eux c’est essentiel d’apprendre l’anglais car les communications se font en anglais.

Pendant très longtemps, il y a eu à la FAO, surtout au siège, une prédominance de l’anglais. La langue que l’on entendait dans les réunions en dehors des réunions officielles, c’était l’anglais. On ne demandait même pas si on pouvait parler en anglais. On commençait d’emblée en anglais.

Il y a eu quand même, au cours de ces dernières années, une « douce révolte », puis un changement. Maintenant, on demande « Puis-je parler en anglais ? Est-ce que la réunion peut se dérouler, en français, en espagnol ? » Il y a un petit signe positif au siège. Dans les couloirs maintenant on entend des conversations en anglais, en français et en espagnol.

Sur le terrain, par contre, il y a un refus catégorique de communiquer en anglais. Beaucoup de pays, francophones notamment, ont pris l’initiative de répondre systématiquement en français à des messages, à des directives. J’en ai fait l’expérience récemment. J’ai téléphoné au Bureau de la FAO au Caire et je suis tombée sur le répondeur téléphonique. J’ai eu un message premièrement en français, puis en arabe, en anglais rien. Je suis souvent en contact avec le terrain pour les examens et j’ai constaté que les gens ne répondent pas en anglais. Pour conclure je peux dire qu’au siège, au cœur de la bureaucratie, on a une prédominance de l’anglais, mais cela pourrait changer maintenant.

Per citare questo articolo:

Nathalie Rivière, Table ronde : Environnements professionnels, rôle des langues, pratiques et formation linguistique, Repères DoRiF n. 4- Quel plurilinguisme pour quel environnement professionnel multilingue? - Quale plurilinguismo per quale ambito lavorativo multilingue?, DoRiF Università, Roma dcembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=147

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