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Silvia MODENA

Compte rendu de: F. RIGAT, Écrits pour voir. Aspects linguistiques du texte expographique

Françoise Rigat (2012), Écrits pour voir. Aspects linguistiques du texte expographique, Torino, Trauben, p. 123.

Comme l’a avancé dans sa préface Marie-Sylvie Poli, le texte expographique « est un objet de recherche à part entière, un objet de recherche d’avenir aussi ». En effet, l’ouvrage de Françoise Rigat, organisé en sept chapitres, analyse le discours écrit à l’intérieur du monde muséal en tant qu’objet « linguistique » mais aussi à travers sa présence concrète et matérielle dans l’exposition. En mobilisant divers instruments de l’analyse du discours et du domaine de la pragmatique, Françoise Rigat vise à décrire le rapport que le scripteur (concepteur de l’exposition) entretient avec le lecteur/visiteur. La problématique de cette étude suggère donc les questions suivantes : le visiteur entre-t-il en contact avec le point de vue du concepteur ? Le texte expographique arrive-t-il à agir sur le visiteur-lecteur ? Quelles sont les marques linguistiques de cette action à visée pragmatique? Les réponses à ces questions seront proposées tout en retenant l’importance de deux constats préalables : la subjectivité du scripteur et l’efficacité du texte.

L’auteur dédie le premier chapitre à la terminologie adoptée (Le texte expographique : un objet linguistique). Elle peaufine les traits caractéristiques du texte expographique en s’éloignant d’autres typologies textuelles présentes dans les lieux expositifs (l’épitexte, l’exotexte, la signalétique et l’étiquette). Cet objet linguistique mérite, selon l’auteur, d’être vu et lu à la lumière de sa finalité. Autrement dit, le texte expographique est présenté comme appartenant à un genre discursif précis et ayant des composantes argumentatives. Il est écrit « sur » quelque chose mais c’est seulement à travers l’application d’une approche énonciative et l’étude de son ancrage institutionnel (postures énonciatives imposées par l’institution) qu’il peut être décrit.

Après avoir dessiné les contours linguistiques du texte expographique, l’auteur s’arrête sur sa matérialité (L’objet texte expographique). Dans le deuxième chapitre, le support matériel du texte expographique acquiert effectivement une valeur importante. Cet aspect dévoile les formes multiples qu’il peut assumer : le texte affiché, le texte sur support-papier, le texte informatisé, le texte oralisé et le texte téléchargé. Les choix typographiques font partie de cette description tout comme la mise en espace et l’emplacement.

Les composantes décrites ci-dessus affectent nécessairement la compréhension de l’exposition liée à des contraintes décrites et analysées dans le troisième chapitre (Pratiques et usages du texte expographique). Qu’elle soit permanente ou temporaire, l’exposition doit rendre compte de l’autorité et des valeurs muséales ainsi que du discours véhiculé pour les médiatiser. L’auteur souligne comme le « discours expographique » est orienté vers trois objectifs communicationnels importants : le concept de l’exposition (l’intention du concepteur de l’exposition), la mise en exposition (les indications spatiales et l’aménagement des oeuvres d’art) et le parcours de visite (début, prolongement et fin de la visite). Ce chapitre se clôt par une réflexion sur la portée identitaire et idéologique du texte expographique.

Le quatrième chapitre approfondit la perspective énonciative à l’égard du texte expographique (L’énonciation médiatrice). L’auteur, éloigné de tout problème de vulgarisation, concentre son attention sur les opérations énonciatives qui décrivent le scripteur en tant que voix d’expertise. D’un point de vue linguistique, le « je » assume ainsi l’aspect d’un marqueur de personne « désincarné ». Ce rôle énonciatif, qui contient à la fois la compétence et la distance, est expliqué à travers trois hypothèses discursives. Elles renvoient respectivement à l’absence de marques personnelles dans l’écriture scientifique, à l’institution en tant qu’instance de production et à l’absence du je qui permet l’évitement d’un dialogue argumenté. Ces stratégies discursives sont, selon l’auteur, le reflet d’une autorité qui, en utilisant la modalité assertive, communique la certitude. L’enjeu scientifique et didactique du texte expographique permettrait donc d’objectiver le dire (l’utilisation des pronoms « on » et « nous » diminue la responsabilité du scripteur). L’écriture devient ainsi plus sobre et distanciée, typique du texte institutionnel. Mais le travail d’interprétation subjective du scripteur laisse, par endroits, des traces. Ses « coquetteries énonciatives » (le fait de commenter son dire ou de faire référence à des savoirs partagés) en sont un exemple. L’auteur termine cette réflexion énonciative par l’étude de la place occupée par le lecteur-visiteur. Son implication dans la visite possède une grande valeur pragmatique : le « comment faire » et les questions rhétoriques (pour lesquelles aucune réponse n’est attendue) sont, en définitive, les signaux d’une démonstration sans argumentation.

Le texte expographique serait par conséquent plus démonstratif qu’argumentatif et son environnement discursif typique du discours épidictique. En partant de cette évaluation rhétorique, le cinquième chapitre (La pragmatique valorisante) pointe l’attention sur les fonctions pragmatiques prises en charge par le texte, c’est-à-dire promouvoir l’institution et valoriser l’objet d’art. La première fonction décrit positivement l’institution en construisant un ethos d’autorité pour le musée sans lui opposer aucune instance contradictoire ou conflictuelle. Les acteurs qui contribuent à dessiner cet ethos sont les institutions d’art, ses fondateurs, les éventuels donateurs et collectionneurs. Pour ce qui concerne l’objet d’art et sa valorisation, l’auteur présente beaucoup d’occurrences imbriquées d’éloges véhiculant une description éminemment appréciative.

L’avant-dernier paragraphe creuse la question du pathos et de la dimension affective du texte expographique (Le pathos ou la mise en texte des émotions). En tant que dimension très perlocutoire du texte, la dimension affective du texte exploite diverses expressions morphosyntaxiques pour décrire l’exposition. L’anecdote (fragment biographique de la vie d’un artiste) est montré à côté de l’énoncé détaché (efficace d’un point de vue pragmatique). La citation occupe également une position de relief grâce à sa valeur polyphonique et à ses formes très hétérogènes. Les marques de la littérarité du texte s’alignent à cette liste par la présence de mots en latin, par une organisation fortement oratoire du texte et enfin par le rythme adopté. Par le pathos, le scripteur abandonne sa position d’éloignement pour entrer en communication avec le lecteur/visiteur.

Le dernier chapitre se termine par l’examen de documents destinés à des enfants de 7 à 12 ans environ (Nouveaux cheminements du texte expographique : le document pour enfants). Les difficultés rencontrées par l’auteur sont décrites en nombre de trois :la première difficulté réside dans le fait que les textes pour enfants n’ont pas la même visée pragmatique (éducatives, ludiques) ; le contexte de la visite (famille, école) incarne la deuxième difficulté tandis que la parabole d’âge 7-12 ans représente la dernière difficulté. La subjectivité pour ce type de document est ouvertement liée au discours, autrement dit les traces de la voix énonciative (je ou absence du je) et du visiteur (« tu », apostrophe à l’enfant) transforment l’exposition en une quête/découverte. Ces procédés discursifs construisent une image précise de l’enfant au musée : on s’adresse à lui en tant que bon élève, « ludivisiteur » ou visiteur en herbe. La question finale posée à ce sujet recueille également les réflexions précédentes : quelle audience est-il possible de déceler pour le texte exographique ?

L’auteur, en guise de conclusion, focalise son attention sur le fonctionnement énonciatif et pragmatique du texte expographique. Elle évoque également l’équivalence, désormais actuelle, entre le texte et la marchandise dans un rapport de rencontre entre l’offre de l’institution muséale et la demande des visiteurs. A ce sujet, elle présente un néologisme qui englobe deux visions différentes du monde expositif et muséal : « edutainment », c’est-à-dire l’éducation comme lieu d’apprentissage et le divertissement (entertainment). Françoise Rigat souligne enfin que, malgré certaines similitudes entre le texte expographique et le texte médiatique, le discours écrit par/pour une exposition muséale devrait être davantage interlocutoire.

Per citare questo articolo:

Silvia MODENA, Compte rendu de: F. RIGAT, Écrits pour voir. Aspects linguistiques du texte expographique, Repères DoRiF n. 4- Quel plurilinguisme pour quel environnement professionnel multilingue? - Quale plurilinguismo per quale ambito lavorativo multilingue?, DoRiF Università, Roma dcembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=155

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