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Laura SANTONE

Vivre, écrire, aimer la langue. À l’écoute de Pierre Léon

Laura Santone
Università Roma Tre
laura.santone@uniroma3.it

Reste heureusement le plaisir d’écrire
et de laisser une trace,
si légère soit elle.
(P. Léon, Parcours en zig et en zag)
	  
  
Bien placés, bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème.
(R. Queneau, Un poème)
	  
  

Résumé

Linguiste savant à l’esprit voltairien, phonostylisticien original et raffiné, ami et collaborateur d’Iván Fónagy, Pierre Léon a non moins été poète, écrivain, chroniqueur, dessinateur, sculpteur et réalisateur de bannières. C’est dans le tissu multiforme et multicolore de ce microcosme apparemment en marge de sa recherche phonostylistique que cet article se propose d’entrer, pour suivre et scruter les échanges de la linguistique avec d’autres domaines, plus précisément la frange de contact où l’analyse de la langue et des styles vocaux rencontre une voix, la voix d’une pratique de soi indémêlable d’une esthétique se révélant sous le signe de l’invention, de la fantaisie, de l’humour.

Abstract

Learned linguist with a Voltairian spirit, original and refined phonostylist, Iván Fónagy’s friend, Pierre Léon was also a poet, writer, journalist, designer, sculptor, tapestry maker. This article intends to get into this multiform and multicoloured microcosm, apparently outside his phonostylistic research, in order to follow and examine the exchanges between linguistics and other fields of knowledge, more precisely the point of contact where the linguistic and phonostylistic analysis meets a voice, the voice of self-practice which cannot be untangled from an aesthetics revealing itself through invention, imagination, humour.

Se mettre à l’écoute de Pierre Léon, c’est laisser l’initiative aux mots. Et si écouter est, d’après Barthes, « le verbe évangélique par excellence » (BARTHES 1982 : 221), l’écoute chez Pierre Léon ne ramène ni à la foi ni à la raison, car elle est en revanche la forme laïque d’une posture herméneutique où les mots recréent sans cesse le sens dans un miroitement de signes qui cède le pas à l’espace pulsionnel de la langue, soit à la signifiance – versus la signification – et à sa part de jeu, de caprice, de folie, de joie jubilatoire. Linguiste savant à l’esprit voltairien, phonostylisticien original et raffiné, qui a su « rendre plus vivante une science quelque peu aride »1, ami et collaborateur d’Iván Fónagy2 , avec lequel il partageait l’amour pour le « réel passionnel »3 de la langue, Pierre Léon a non moins été poète, écrivain, chroniqueur, dessinateur, sculpteur, réalisateur de bannières, sans oublier sa passion pour la plantation des arbres, la récolte des truffes et la pratique de la pêche à mains nues ou à la ligne. Or, c’est exactement dans le tissu multiforme et multicolore de ce microcosme apparemment en marge de sa recherche phonostylistique que nous voulons entrer, pour suivre et scruter de plus près les échanges de la linguistique avec d’autres domaines, plus précisément la frange de contact où l’analyse de la langue et des styles vocaux rencontre une voix, la voix d’une pratique de soi indémêlable d’une esthétique se révélant sous le signe de l’invention, de la fantaisie, de l’humour.

Écrire les mots, vivre les mots

Les mots, chez Pierre Léon, sont des corps qui pulsent, qui font monter dans la langue ce qui pulse dans le corps. Toujours pénétrés de désir, ils ouvrent l’espace où la langue explore ses possibilités en retrouvant en elle ce qu’il y a de musical, d’amoureux, de vibrant. Par leurs mouvements, ils révèlent une jouissance d’écriture où la rigueur de la phonostylistique coexiste avec l’attention dirigée sur les "passions"  du sujet locuteur, autrement dit sur les marques distinctives de l’homme parlant en tant qu’homme sentant – pensant, rêvant, écrivant, écoutant… On lit dans Parcours en zig et en zag (2002), texte inédit qui accompagne en guise d’introduction le résumé du curriculum vitae littéraire de Pierre Léon4 :

Je suis venu très tard à l’écriture de fiction […] J’ai d’abord enseigné la linguistique et la phonétique. Mais devenant expérimentaliste de l’étude acoustique de la parole, j’ai essayé de rendre plus vivante une science quelque peu aride. Je me suis lancé alors vers l’exploration des styles de la parole, établissant tout à tour une typologie des émotions, des attitudes et de tous les styles vocaux. J’ai étudié ainsi les traits pertinents de la voix « sexy » […], les voix des politiciens […], les voix des snobs […], etc. Et puis j’ai tenté d’explorer comment l’écrivain procède pour nous faire sentir les mêmes variations dans le style écrit. (2002 : 1)

Et si l’investigation phonétique donne la mesure, la création fait le reste. Du roman à la poésie, du récit au reportage, de la chronique au compte rendu Pierre Léon saisit la langue dans le processus qui la fait devenir écriture en opérant ainsi le passage de la linguistique à la fiction. À aucun moment il ne quitte la linguistique, mais le parcours s’allonge au fil d’un va-et-vient fécond qui inscrit le monde dans son œuvre en faisant de son œuvre une œuvre-vie, un plain-chant se déployant sous l’attaque de l’inspiration allègre, du souffle lyrique, de la verve rabelaisienne. Vivre et écrire n’entrent alors jamais en conflit, et des existences surgissent, qui courent à travers les mots. L’écriture établit des contacts et laisse affleurer des itinéraires, alors que l’autobiographie prend forme suite aux sollicitations de la mémoire au sein d’une texture où le subjectif croise les voix/voies d’une époque.

La voix de l’enfance et de la campagne tourangelle, dans le petit village des Roches Saint-Paul, dont les souvenirs ont l’odeur du pain chaud sortant du four :

Mais du plus loin que je me souvienne, c’est toujours l’odeur du pain chaud qui hante ma mémoire. Je revois en même temps la croûte blonde et craquante, la mie blanche, molle et fumante de la miche qu’on vient de rompre quand elle sort du four. Je m’endormais et me réveillais dans cette odeur délicieuse, confortable et rassurante pour le petit garçon que j’étais (1997 : 195)

Témoins de mon enfance et de leur temps, petites gens au grand cœur […] Je les retrouve avec l’odeur du pain chaud de mon enfance et les senteurs de ma campagne tourangelle. Je les interroge et les fais parler souvent. J’entends les chuchotements de ma grand-mère, les jurons de mes grands-pères, la toux de mon père, les silences de Titine, les murmures de Justine et, bien sûr, la voix de Maman… (Ivi : 195)

La voix spontanée et lucide, avec une pointe de gravité, de l’adolescence et des années de l’occupation, de 1938 à 1945 :

Chaque semaine, on envoie ce qu’on peut à tonton Gabriel et tante Fernande, qui sont retournés à Tours. De la viande de poulet ou de lapin, un peu de beurre. Ça n’est pas toujours facile. Les colis sont parfois contrôlés, confisqués et on risque une amende. Si on connaît quelqu’un qui va à Paris, où on a quelques amis qui ne mangent jamais à leur faim, on leur fait porter un colis. (1999 : 145)

La voix, fraîche et vivace, de l’effervescence de la Libération et de la vie étudiante sous les toits de Paris :

Les froides mansardes des hivers devenaient un four en été. Heureusement, il était relativement facile d’en sortir non par le vasistas qui s’ouvrait sur la pente raide des ardoises, mais par une porte de secours qui donnait sur le milieu des toitures. On s’y installait avec notre bon copain André […] On a préparé examens et concours de manière peu orthodoxe, descendant de temps à autre sur terre pour trouver des bouquins dans les bibliothèques de la Sorbonne et de Sainte-Geneviève. Malheureusement elles manquaient de tous les textes récents qui étaient à notre programme […] Qu’importe, on était sans le sou mais heureux d’avoir pour nous seuls, tous les toits de Paris ! (2012 : 51-52)

La voix, encore vibrant d’émotion, du jeune garçon de vingt ans, qui déclare son amour à Monique, compagne d’une vie :

J’étais devenu bien copain avec la sauvageonne Monique, traumatisée par quatre années d’occupation allemande, suivies d’une libération explosive par les troupes américaines, à Sainte-Mère-Eglise, le 6 juin 1944. Il lui arrivait souvent d’éclater en sanglots en racontant les atrocités dont elle avait été témoin […] Je la consolais de mon mieux et j’y suis si bien arrivé qu’on s’est embrassé entre deux portes de la Salle V, de la Sorbonne, rue Saint-Jacques. C’était le jour de mes vingt ans, je lui ai chuchoté que je l’aimais, nous avons eu une après-midi de cours bien distraite et une nuit de joie mouvementée. (Ivi : 47)

La voix orgueilleuse du professeur qui à l’Université de Toronto réalise le rêve, longtemps caressé, de fonder le premier laboratoire de phonétique :

J’en avais toujours rêvé. Un laboratoire avec des étudiants sympas, et des machines modernes pour explorer le monde encore bien inconnu, à cette époque-là, de la phonétique. (Ivi : 279)

Jusqu’à arriver à la voix émouvante, aux accents lyriques, évoquant les défaillances de la mémoire, l’oubli « du grand âge » :

Quel jour sommes-nous ? me demande Monique, mon épouse. J’ai toujours envie de lui répondre les jolis vers que Jacques Prévert écrivait à sa belle : « Nous sommes tous les jours, mon amour… » Mais je donne la réponse prosaïque qu’il me faudra répéter de temps en temps, car Monique souffre de perte de mémoire immédiate. (11-17 juin 2013)

Le mouvement est toujours celui de l’émotion, la trame de la voix et de ses diverses modulations remémorant des événements biographiques qui rencontrent le cours de l’histoire tout en délimitant des lieux intimes où le réel le plus humble et le plus quotidien devient espace, tout autant authentique, du don de l’écriture. Et c’est en demeurant dans cet espace qu’émerge, à côté de l’écrivain, le sujet poétique, plus précisément le linguiste-poète qui répond à l’appel des mots et des sons pour les faire sortir du champ clos de la science linguistique en les réveillant – et en les remotivant – dans une germination infinie de transferts de sens, de dédoublement de formes et de relations burlesques.

Le linguiste-poète

En 1980 Pierre Léon publie chez Nathan, sa maison d’édition qui le connaissait jusqu’alors exclusivement comme linguiste, Grepotame, deux cent cinquante drôles d’animaux croisés. La publication ne passe pas inaperçue à la presse française, et un florilège de comptes rendus en exalte le profil original, créatif, génial. « Farfelu, légendé de jolies comptines », écrit Le Nouvel Observateur ; « une zoologie à la Michaux ! Acrobatique et supercréatif », lit-on dans la Quinzaine littéraire ; « jeux fantaisistes à la Queneau ; tout à fait désopilant », fait écho L’Express5. Candidat au prix Loisir-Jeunes, le jury, à l’unanimité, fera l’éloge d’un petit chef-d’œuvre d’humour exprimant le « divertissement intellectuel du linguiste-poète qu’est Pierre Léon »6. L’auteur explique ainsi le principe créateur de l’ouvrage :

Écrire est un métier qui s’apprend […] J’ai commencé très modestement mon apprentissage en racontant des histoires aux écoliers de mon village natal, en Touraine. Et puis on fabriquait des jeux farfelus qu’ils adoraient. J’en avais fais un sous forme de livre, coupé en deux horizontalement, où l’on pouvait, en tournant les pages, mélanger par exemple, un cochon et un canard. Ce qui devenait soit un CACHON, soit un CONARD. C’était en même temps un bon exercice de linguistique d’autant plus que j’ai compliqué les choses en ajoutant des comptines, horizontalement et verticalement. (2002 : 1)

Principe hybride, conjuguant la jouissance des mots au génie d’une langue, et qui inspirera également Crocogourou, deux cent drôles d’animots, publié aux Éditions du Soleil en 1990. Pierre Léon reviendra sur la fabrication de ces deux livres à l’occasion d’une chronique écrite pour la section « Grain de sel » de L’Express de Toronto :

Comme vous vous en souvenez, sans doute, le GREPOTAME est issu du croisement d’une GRENOUILLE et d’un HIPPOPOTAME. On peut aussi obtenir également une HIPPONOUILLE. De la même manière, en tournant les pages, coupées en deux horizontalement, d’un livre d’animaux ayant tous la même largeur, et dont le nom est écrit verticalement, on peut fabriquer une multitude d’êtres extraordinaires. (5-11 décembre 2006)

Tekhnê qui se veut à la fois l’application pratique d’un procédé puisant dans la mythologie, car l’auteur ajoute :

Je m’étais amusé à ce jeu, il y a longtemps. Mais je n’avais rien inventé. On se rappelle, par exemple, que le Minotaure, lui, était issu des amours de Pasiphaé et d’un taureau – Zeus, peut-être. C’était le même principe, avec application pratique. (Ibid.)

Des animaux aux animots c’est un bestiaire qui prend forme où Pierre Léon se révèle être le démiurge-artisan qui forge un réel à matrices multiples, un univers fabuleux loin de toute mimésis, où la métaphore déclenche un jeu de ressemblances qui va de pair avec la métamorphose en soudant entre eux écriture, dessin et humour, en déléguant à la surprise, à sa dilatation hors les confins du réel, la complicité avec le lecteur. Si apparemment cette « zoologie à la Michaux », comme l’avait remarqué le recenseur de La Quinzaine Littéraire, semble en effet rappeler les animaux fantastiques qu’on rencontre dans Plume7, à bien y regarder ce n’est pas d’une galerie de formes monstrueuses, hallucinogènes dont il s’agit ici, mais d’un exercice ludique dont Queneau fournit le modèle, comme ne manque pas de le préciser d’ailleurs l’auteur lui-même en se référant aux nombreuses comptines qui accompagnent en vertical et en horizontal les pages du livre :

Elles [les comptines] pouvaient devenir a-sémantiques tout en devant rester grammaticalement correctes, à la manière des Mille Milliards de poèmes de Queneau. (2002 : 1)

C’est, alors, le jeu d’attrape des signifiants qui est à l’œuvre : Crocogourou et Grepotame sont conçus en interaction avec le public des jeunes lecteurs, conviés à appliquer ce principe de poésie combinatoire qui faisait des poèmes de Queneau « une machine à fabriquer »8, c’est-à-dire un petit arsenal des poèmes à lire, à colorier, à dessiner dans un mouvement de va-et-vient entre auteur et lecteur, tout en permettant à ce dernier de façonner à sa guise et selon son humour les mots, les sons, la compréhension.

Mais ce n’est pas tout. Le nom de Queneau, en fait, revient sous la plume de Pierre Léon même quand il s’agit d’analyser le fonctionnement phonétique du français dans son rapport avec la langue parlée, car l’auteur de Zazie dans le métro ou de Bâtons, chiffres et lettres retrouve dans la langue les accents passionnels de l’oralité, révélant ainsi à l’oreille du phonostylisticien des schémas intonatifs de base, c’est-à-dire les traces physiologiques et biologiques du parler que tout encodage écrit recèle dans sa syntaxe ou dans son sémantisme. Et là où Queneau invente une ortograf fonétik, Pierre Léon, de son côté, retrempe le verbal dans l’iconique et saisit les mots au fil d’un processus créatif qui en allonge le parcours et les enrichit de rapports "matériels", en leur conférant des couleurs, des formes, des habits, des postures. Cela s’avère, par exemple, dans Les mots d’Arlequin (1983), que le sous-titre définit de « petits poèmes pour rire et pour chanter », et où la virtuosité langagière relève de ce jeu histrionique de métamorphoses et de travestissements typique de la commedia dell’arte et dont Arlequin est, notamment, l’un des personnages les plus célèbres. Illustrés par Pierre Léon lui-même, « ces poèmes en habit d’Arlequin » – comme le dit la dédicace à l’ami Henri Mitterand9 – tissent les mots exactement à la manière des losanges du costume évoqué, c’est-à-dire en cousant ensemble, à droite et à gauche, droit et de travers, des étoffes de différentes couleurs, une "robe" à multiples facettes :

[…]

À droite, mots sérieux, un peu peureux,
pas heureux, peu curieux, mots sirupeux, prêteux, prêcheux,
repenteux, confessaux, fesseux, constipeux, adipeux, péteux.
À gauche, mots bruyants, mots gros et gros mots
en moto, mots de motards et de marmots tartares, bâtards,
pétards pétaradant.

En saison d’amour, arrivèrent mots de miel et de mélisse,
mots de magie, de ma joie, de ma jeunesse, de ta joliesse,
de ta tendresse, de nos caliesses, mauve tendre, musique
de nuit, mots à mollir, mots à mourir, mots à
dormir, mots à jamais, à jamais mots… (LÉON 1983 :10)

Et encore :

[…]
J’aime les prénoms qui vont deux par deux
Prénoms noirs et rouges des amants malheureux
Antoine et Cléopâtre et Tristan et Iseult
Roméo et Juliette
Et Pierrot et Pierrette

J’aime les prénoms qui vont deux par deux
J’aime les prénoms des amants heureux
Prénoms bleu électrique
Gilles et Dominique
Et Pierre et Monique… (Ivi : 14)

Ce jeu de métamorphose poétique, où les mots deviennent objets d’une mimésis entraînant le mouvement d’une rêverie qui dessine une circulation infinie entre la langue et ses spécularités internes – synesthésiques –, se retrouve également dans Le papillon à bicyclette (2003), où l’écriture est investie d’un sentiment de présence susceptible de lui donner une énergie palpable, quasi physique. Plus que de poèmes, on pourrait dans ce cas parler, en évoquant encore une fois Queneau, d’« exercices de style », ou, mieux, d’un style exercé sur une « série de sketches » – comme on peut lire sur la quatrième de couverture – dont le graphisme franchit l’orthographe officielle en réinventant les signes dans des rapports d’hybridation touchant simultanément à la vue et à l’ouïe. De Croquis à Bestiaire, à Fables – les trois facettes qui composent ce recueil –, les paroles naissent sous la plume de Pierre Léon comme des objets mouvants et mobiles – à bicyclette –, ronds ou anguleux, grands ou petits, légers ou corpulents, et sont saisies dans un processus d’expansion en-deçà et au-delà de la communication. Le papillon à bicyclette semble ainsi convoquer, à côté de Queneau, Rabelais, car c’est, en même temps, le miracle des « parolles dégelées » que ce papillon multicolore et aux ailes déployées annonce. « Voltigeantes, volantes, moventes et par conséquent animées »10, pour le dire avec les mots de Pantagruel dans l’épisode des paroles « gelées », ces « sketches » offrent en fait au lecteur la libération des sens multiples dans un échange immédiat entre l’écriture et l’oralité, entre le regard et l’oreille, entre les signes, la vie et la fantaisie. « Bleu, jaune et vermillon »11, ce Papillon à bicyclette se veut alors la métaphore du « dégel » – rabelaisien – du vocabulaire : au fil de l’humour, de l’ironie et d’une certaine audace le langage retrouve l’énergie du rire et du burlesque, et se surpasse dans des effets d’euphorie créatrice retrouvant dans la voix, dans ses jeux d’homophonie, d’euphonie ou de cacophonie, un passage obligé. Comme on peut le constater, par exemple, dans La Coccinelle (2003 : 45) :

Volkswagen est jaloux d’elle
Parce qu’elle
Elle a de vraies ailes.
Et puis elle
Est bien belle,
Malgré sa varicelle,
La coccinelle.

Ou dans Kiki la cocotte (ivi : 75) :

Kiki, la cocotte,
caquète,
la coquette,
quand Koko,
coquin coq kaki,
l’attaque en catimini.
Kiki cachée,
Koko kamikaze
de colère
la conquiert !

MORALITÉ

À coquette cocotte
Coquin coq.

C’est néanmoins dans cette veine burlesque que s’inscrivent les « Nouvelles nouvelles » faisant partie de La nuit du subjonctif (2009), recueil de textes de fiction où l’écriture éveille le sens par le biais du principe poétique de la contrainte. Et si encore une fois c’est Queneau qui fournit, visiblement, le modèle de base12, Rabelais y ajoute toujours le goût du vivant, la gaieté du cœur. Ici, en fait, Pierre Léon le nouvelliste expérimente une dynamique jubilatoire de la langue qui lui permet de « dégeler » le procédé de la fiction tout en rouvrant l’accès aux potentialités ludiques – et libératoires – de la signification. Ainsi dans Effluves fugitifs, folles fragrances, où l’éloge du son /f/ est censé évoquer « les souffles d’un parfum » :

FOLLEMENT PARFUMÉE, fière, farouche, Fanny fuit, fée effervescente. Face fastidieusement fardée fait Fanny figure factice, fleur fanée fantomatique.
Fille fluette – faussement fluide – Fanny fait flotter, frôleuse, l’affolant flot de son parfum. Foisonnants effluves : fleurs fraîches, fuchsias, fucus, souffle de girofle.
Il fleure bon, ce philtre d’amour effervescent ! (2009 : 124)

Et dont la Petite suite en P constitue le second volet, le son /p/ étant « naturellement parfumé » :

PETIT POUCET PERDU, paniquait, pleurait, pestait. Pas possible ! Perdu ! Perdu pourquoi ? Perdu par parents pauvres ? Parents pendards ? Perdu ! Perdu pour perdu, Petit Poucet perdait patience.
Petit Poucet poussait, poussait… produisant… pets parfumés ! Prodige ! Pourtant, parfois, Petit Poucet poussait pets peu parfumés ! (Ivi : 126)

Sur ce même principe est bâtie l’amusante chronique « Les accents sont-ils bien utiles ? », écrite pour L’Express de Toronto13, suite à l’achat dans un magasin québécois d’un nouvel ordinateur n’ayant sur le clavier aucun des signes diacritiques distinctifs du français. Ce qui provoque, chez l’acheteur, le sentiment frustrant d’une « contrainte »  existentielle, d’ordre technique, à laquelle fait subitement écho, chez le linguiste-poète, l’humour mordant surgissant de la « contrainte » de l’écriture :

Je vais produire un texte sans un seul accent, ni aucun des autres signes diacritiques tels ceux qu’on ajoute au C, par exemple, quand on veut qu’il se prononce comme SS, dans MASSER. Un auteur moderne a bien pu se passer de la lettre E, la plus courante en notre langue !

Vous trouverez sans doute bizarre, voire masochiste, mon exercice de style sur la disparition des signes diacritiques. Mais vous m’y voyez contraint.14 Je viens en effet d’acheter un nouvel ordinateur, ACER, dans le magasin torontois FUTURE SHOP. Or je me rends compte que ce merveilleux zinzin n’a pas de clavier pour les gens qui utilisent la langue de l’auteur du Bourgeois gentilhomme.

Et quelques lignes plus loin, en réfléchissant sur les instructions reçues pour un usage correct du clavier : 

Pour obtenir un E avec un accent aigu, il faut tout simplement taper : ALT+0201, pour le O avec un accent circonflexe : ALT+0244. En arrivant chez moi, je me suis vite mis au travail et j’ai obtenu des figures excentriques, vraiment jolies mais n’existant probablement que dans une langue imaginaire.

Les exemples de ces exercices de divertissement menés entre inspiration allègre, invention verbale et humour pourraient être multipliés à outrance, tant Pierre Léon aime jongler avec les mots, tant les mots et les jeux qu’ils déclenchent constituent pour lui une nouvelle "gaie science" – « le plaisir auquel je résiste peu » (LÉON 1983 : 7). Il les aime en linguiste, en poète, en écrivain, en chroniqueur, mais aussi en artisan, les mots ayant sous sa plume un élan vital et se déployant comme des corps sensibles doués d’une chair palpable, malléable, sensuelle. L’écriture n’est donc pas, chez lui, un mode d’emploi à fonction (o)utilitaire, mais la démarche d’un cheminement de l’esprit, soit d’un mouvement vibrant, passionnel, qui trouvera son accomplissement dans la fabrication de bannières de tissus appliqués, où le jeu de tissage dédouble le geste du sujet poétique en faisant exploser la langue – ses rythmes, ses sonorités, ses modulations – dans une fresque de voix rayonnantes, dans un ballet « aux couleurs des icônes de notre temps » (Ibid.). Et il en sera de même, comme nous le verrons également dans le paragraphe suivant, pour le geste du sculpteur, qui non moins que celui du linguiste-poète grave – taille – sur la pierre les "coups" de sa verve savante et triviale.

Autour des mots : bannières et sculptures

Dans l’ « Avertissement » aux Mots d’Arlequin, en avouant à son lecteur sa venue tardive à la poésie et à l’écriture de fiction, Pierre Léon révèle que la plupart de ses poèmes étaient nés du besoin d’illustrer « une autre forme d’art, à laquelle je me suis complu quelque temps, la tapisserie » (Ibid.). En ajoutant, très significativement :

J’aime que les sonorités d’un vers, son rythme aussi, chantent couleurs et formes de l’objet visuel que je présente. J’aime aussi le jeu de l’ambiguïté qui va surprendre, égarer donc faire rêver celui qui me lira tout en déchiffrant ma tapisserie. (Ibid.)

Poésie et tapisserie, plus exactement, sont conçues dans un rapport de texture complémentaire, l’une prolongeant l’autre dans un jeu de porosité des frontières, dans un continuum spéculaire entre l’écriture et le visuel, entre la page et le tissu, entre l’écrivain et l’artiste – entre la surface et la profondeur. Les limites s’embrouillent, et l’œuvre devient ainsi la variation amplifiée – et ramifiée – d’un même geste créateur pénétré d’émotion, de plaisir, de désir. L’espace de l’œuvre recoupe alors celui de la signification en tant qu’ouverture vers l’illimité, en tant qu’opération de « déchiffrage » inséparable de la lettre, au-dessus et au-dessous de laquelle un entrelacs de résonances intratextuelles s’articule en convoquant le chant, la surprise, le rêve. Identiquement aux jeux de langage, les bannières puisent dans cette euphorie créatrice au moyen de laquelle le mouvement de la main, que celle-ci soit associée à la plume, aux coups de ciseaux ou à la machine à coudre, n’est jamais le signe d’un signe, mais la pulsation d’une voix qui tisse, découpe et dédouble le sens dans une fine écoute, à mesure qu’elle (dé)lie des nuances, des volumes, des éclats, des frissons…

Ainsi Les oiseaux du soleil (fig. 1), faisceaux lumineux, vibrants, langues de feu chantant la lumière. On a la sensation de percevoir une onde vibratoire qui grandit, se propage, jusqu’à éblouir l’œil et l’oreille ; l’image du soleil, au centre de la bannière, semble avoir fonction de note fondamentale catalysant l’harmonie du chant et ordonnant le tempo d’exécution d’une véritable partition dans laquelle les voix arrivent de loin, d’un ailleurs rêvé, comme des échos intérieurs, retentissant « au carrefour d’autres mondes », au « carrefour des soleils perdus »15. Un tel effet musical se dégage aussi de Vol d’été (fig. 2), qui fait appel à une écoute flottante, émanant d’une profondeur nostalgique d’où émerge l’élégante silhouette d’un cygne, écho iconique qui semble remoduler à la lettre, en jouant sur les tonalités rouges et grises des tissus appliqués, les "timbres" mêmes de l’écriture. Il n’est pas hasardeux, en fait, de dire que ce cygne en tissu accueille l’image, légère et aristocratique, du « cygne épris de linguistique » d’Aïe Coucou, dédicacé « à Ferdinand [de Saussure] », et dont nous nous bornons à citer quelques vers :

Un linguiste insigne
Vivait très digne
À Digne
Au bord du Lac des cygnes

C’était bon signe
Car il n’est meilleur signe
Que le signe
D’un vrai cygne16

Et, encore, la bannière qui est reproduite en couverture de Nos jeunes années (fig. 3), dont les trois figures pluri-chromatiques, aux lignes stylisées, animent le rythme d’une ronde avec des ballons volants qui semblent les projeter dans l’air, non sans rappeler, en arrière-fond, les corps vibrants de La danse d’Henri Matisse. Le mouvement est celui d’une orchestration frappant à l’unisson le regard et l’oreille, un dialogue gestuel engageant à la fois une musique de couleurs, de courbes et de volutes qui déchirent le silence et qui, tout comme les souvenirs biographiques qui affleurent à mesure que la lecture du livre avance, « viennent éclore comme les bulles à la surface du bon vin qui fermente » (2012 : 7).

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Figure 1

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Figure 2

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Figure 3

Mais il y a plus. Car l’accomplissement de l’écriture dans le geste se prolonge aussi dans de petites sculptures réalisées en pierre de tuffeau. C’est, dans ce cas, la nécessité qui déclenche le jeu, Pierre Léon s’expérimentant sculpteur poussé par l’urgence de remédier aux mauvais travaux de rénovation exécutés dans sa maison moyenâgeuse des Roches-Saint-Paul :

… les maçons s’étaient mis en tête de piqueter les murs en belles pierres de tuffeau pour les revêtir d’une couche de « fausse pierre », qui leur semblait plus belle que l’original ! […] C’est d’ailleurs en réparant ce genre de ratés que je me suis mis à sculpter des têtes pour cacher les tuyaux incongrus et à orner les murs de bas-reliefs pour masquer les coups de pics malencontreux. (2012 : 240-241)

C’est, encore une fois, l’imagination, la rêverie du sujet poétique qui interviennent pour faire d’un geste apparemment machinal – "réparateur" – un geste créateur. En se découvrant sculpteur, Pierre Léon s’amuse, dynamise la matière, la douce pierre tourangelle, comme le démontre, à côté des bas-reliefs et des petites têtes d’animaux, la statuette du Moïse17 (fig. 4), qui remodèle l’image biblique de la majesté et de la puissance divines sous les traits d’un frère mineur, à savoir d’un bonhomme à l’air modeste, contemplatif, qui associe à la simplicité de sa posture une ironie sournoise cachée sous sa barbe, car il est évident que les tables de la loi, enroulées dans un pli de sa tunique, ne constituent rien de plus qu’un ornement vestimentaire, et que son index les indiquant en bas est susceptible d’être confondu avec un attribut phallique. À un regard plus attentif – plus profond – cette statuette réveille, en outre, une vague ressemblance avec le missionnaire qu’on rencontre dans la section « Fables » du Papillon à bicyclette (2003 : 106-107), ce qui témoigne d’une circulation interne où chaque point de l’œuvre peut devenir à tout moment le point de départ d’autres bifurcations, d’autres relations, d’autres réverbérations.

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Figure 4

De la tapisserie à la sculpture, ces quelques exemples montrent alors clairement qu’autour des mots, c’est toujours « le reflet léger d’un certain bonheur d’être » (1983 : 8) qui contamine, dans un incessant mouvement métaphorique, des gestes qui se révèlent être afférents et euphoriques, et qui dessinent des expansions – des sèmes – tissant la trame du poétique et les mailles de ses différentes voix.

Pour conclure…

Sachant très bien qu’un itinéraire exhaustif de l’univers créatif de Pierre Léon exigerait un gros volume, nous nous sommes contentés ici d’un nombre limité d’exemples et de lieux donnant les marques distinctives d’un génie capable plus qu’aucun autre de se mettre à l’écoute de la langue et de l’explorer dans tous ses états. À notre tour nous avons voulu prêter oreille à l’auteur, et si du côté de l’oreille nous avons pu percevoir une mise en résonance, du côté de l’œil cette mise en résonance a mobilisé une mise en évidence : formes, couleurs, accents, timbres, volumes… Une vision sonore où déceler un rythme, car, comme nous le rappelle Roland Barthes, « par le rythme aussi, l’écoute cesse d’être pure surveillance pour devenir création » (BARTHES 1982 : 220). De là, le style tout personnel du linguiste phonostylisticien et didacticien qui, tout en ne quittant jamais la recherche "pure", c’est toujours le goût du vivant qu’il entend saisir, analyser, surprendre. Et si le style, pour le dire avec Genette, « est bien dans les détails » et « dans toutes leurs relations » (GENETTE 1991 : 151), ainsi s’explique l’impossibilité, pour Pierre Léon, de s’en tenir à la seule science phonétique, voyant dans la langue, dans les mots, le lieu d’un « dégel » où mettre en relation(s) l’érudition du savant avec l’élan passionnel du geste créateur. Un réseau de voix et de motifs ainsi s’entrelacent : le linguiste rejoint le poète, le poète fait écho à l’écrivain, l’écrivain se complète dans l’artiste. Jeu de réverbères où les signes vibrent dans un renvoi incessant du sens, une texture à "multiples facettes" où demeure forte la présence d’une voix, à savoir la présence de l’homme et d’une même intention créatrice :

[…] s’il m’arrive, comme à tout un chacun, d’être parfois un autre, il me semble que cet autre reste suffisamment moi-même. (1983 : 7)

Références bibliographiques

BARTHES, Roland, « Écoute », in Essais critiques III, Paris, Éditions du Seuil, 1982, p. 217-230.

FÓNAGY, Iván, La Vive voix, Paris, Payot, 1983.

GENETTE, Gérard, « Style et signification », in Fiction et diction, Paris, Éditions du Seuil, 1991, p. 95-151.

KRISTEVA, Julia, « Le réel de la langue », in Perrot, Jean (éd), Polyphonie pour Iván Fónagy, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 289-296.

LÉON, Pierre, avec FÓNAGY, Iván, L’accent en français contemporain, Montréal/Paris/Bruxelles, Didier, 1980.

LÉON, Pierre, Grepotame : 250 drôles d’animaux croisés, poèmes et dessins, Paris, Nathan, 1981.

LÉON, Pierre, Les mots d’Arlequin, Illustrations de l’auteur, Sherbrooke, Éditions Naaman, 1983.

LÉON, Pierre, Crocogourou, 200 drôles d’animots, album à colorier, Toronto, Les Éditions du Soleil, 1989.

LÉON, Pierre, Précis de phonostylistique. Parole et expressivité, Paris, Nathan, 1993.

LÉON, Pierre, L’Odeur du pain chaud : une enfance en Touraine (1926-1938), Tours, Éditions de la Nouvelle République, 1997 ; nouvelle édition revue et refondue, Toronto, Les Éditions du Gref, Collection Janus, IX, 2013.

LÉON, Pierre, Collèges, Amours et Guerre, Chinon, Éditions l’Araignée, 1999.

LÉON, Pierre, Parcours en zig et en zag, Toronto, 24 décembre 2002 (texte inédit, archives privées Alain Baudot).

LÉON, Pierre, Le papillon à bicyclette, Illustrations de Christine Tripp, Toronto, Éditions du Gref, 2003.

LÉON, Pierre, La nuit du subjonctif. Nouvelles, Toronto, Éditions du Gref, 2009.

LÉON, Pierre, Nos jeunes années : des toits de Paris à ceux de Toronto (1944-64), Ottawa, Les Éditions du Vermillon, 2012.

LÉON, Pierre, « Les accents sont-ils bien utiles ? », L’Express de Toronto, Semaine du 19 mai au 25 mai 2009.

LÉON, Pierre, « Les oublis infortunés du grand âge », L’Express de Toronto, Semaine du 11 juin au 17 juin 2013.

MICHAUX, Henri, Plume, Paris, Gallimard, 1963.

PEREC, Georges, La disparition, Paris, Gallimard, 1969.

QUENEAU, Raymond, Bâtons, chiffres et lettres, Paris, Gallimard, 1950.

QUENEAU, Raymond, Zazie dans le métro, Paris, Gallimard, 1959.

QUENEAU, Raymond, Cent mille milliards de poèmes, Paris, Gallimard, 1961.

QUENEAU, Anne Isabelle, Album Raymond Queneau, Paris, Gallimard, 2002.

RABELAIS, François, Le Quart Livre des faicts et dicts heroiques du bon Pantagruel, Paris, 1552, en ligne :
https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Quart_Livre

SANTONE, Laura (éd), I linguaggi della voce. Omaggio a Iván Fónagy, Roma, Biblink, 2010.

1
Cf. infra, note 4.

2
Pierre Léon rencontre pour la première fois Iván Fónagy en 1972, lors de la soutenance de sa thèse dirigée par Henri Martinet. La présence dans le jury de Fónagy sera déterminante pour défendre ses études sur l’intonation, à partir desquelles il jetait les bases d’une nouvelle science, la phonostylistique, qui semblait se heurter à l’orthodoxie linguistique de l’époque. Cette occasion sera le début d’un long rapport de collaboration et d’amitié, et en 1980 ils publient ensemble, pour les éditions Didier, L’accent en français contemporain. En 1983, lorsque paraît La Vive voix, Fónagy fait à plusieurs reprises référence aux études phonostylistiques menées par Pierre Léon, alors que ce dernier, au moment de la publication du Précis de phonostylistique (1993), remerciera l’ami dans l’Avant-Propos pour avoir contribué, avec son enseignement, à l’édification du traité. Sur ce rapport fraternel et scientifique Pierre Léon reviendra dans une lettre très émouvante qu’il adresse à Fónagy le lendemain de sa disparition et qu’il publiera en annexe à son texte dans le volume I linguaggi della voce. Omaggio a Iván Fónagy (SANTONE 2010).

3
Pour le dire avec les mots de Julia Kristeva (1997 : 289) .

4
Nous remercions vivement Alain Baudot pour nous avoir fait parvenir ce texte, qui accompagnait un dossier de documents de presse ainsi qu’un bon nombre de publications de Pierre Léon aux Éditons du Gref.

5
Mais le livre est de même recensé par Le Monde, Le Figaro, France-Soir, Elle, L’Humanité, juste pour citer les journaux à plus grand tirage.

6
Ainsi dans la motivation qui accompagne la remise du prix. Cette citation, ainsi que les précédentes concernant les différents comptes rendus, sont tirées du dossier de presse que nous a fait gentiment parvenir Alain Baudot.

7
Plume est un recueil poétique que Michaux publie en 1938 et dont le personnage éponyme vit des aventures entre le rocambolesque et le surréel.

8
Selon les mots de Queneau dans sa préface, intitulée « Mode d’emploi » (1961).

9
Voici la dédicace en entier : « Ces "mots", en habit d’Arlequin, je les dédie à mon ami, Henri Mitterand. Il sait si bien encourager, qu’avec lui, on croit toujours qu’on a du talent ». Une amitié fort solide, faite de complicité humaine et intellectuelle, liait Léon à Mitterand, une affinité de cœurs et d’esprits datant de très loin, et que Pierre Léon évoque à plusieurs reprises dans beaucoup de ses textes. Amitié dont la contribution de Mitterand dans ce volume retrace le long parcours au fil d’un vibrant témoignage.

10
Nous nous référons aux mots d’Homère cités par Pantagruel dans l’épisode des paroles gelées du Quart Livre, chapitre 55, consultable en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Quart_Livre. Ce renvoi nous est suggéré par Pierre Léon lui-même, qui cite cet épisode en exergue du chapitre 3 de son Précis de phonostylistique (1993 : 43). Et signalons, en passant, que parmi les citations choisies en exergue des différents chapitres de l’ouvrage on retrouve aussi, symptomatiquement, le nom de Queneau.

11
C’est ainsi que ce papillon est présenté dans le poème qui ouvre la section « Bestiaire ».

12
Rappelons que pour Queneau, comme pour les autres membres de l’Oulipo, « La contrainte est en soi un principe poétique ». Cf. A.I. Queneau (2002 : 48).

13
Semaine du 19 mai au 25 mai 2009.

14
C’est nous qui soulignons. Il est clair que là où Pierre Léon fait allusion à l’auteur moderne qui s’était passé de la lettre « e », c’est à La disparition de Perec qu’il se réfère.

15
Nous évoquons ici les vers de Carrefour des soleils perdus (2003 : 9).

16
Pierre Léon avait accepté de publier ce poème jusqu’alors inédit dans la section « Et tout le reste est littérature… » du n. 2, volet n. 1, de la revue en ligne Repères-Dorif, novembre 2012. Ce numéro accueillait aussi une brève notice bibliographique de l’auteur et deux récits extraits de Nos jeunes années, qui venait de sortir aux éditions Vermillon: « Pluie de grenouilles et lupanar » et « Les copains et les turbulences du Quartier Latin ». Voir : http://www.dorif.it/ezine/show_issue.php?iss_id=3

17
Nous remercions Henri Mitterand pour nous avoir fourni la photographie de cette jolie sculpture, cadeau personnel de Pierre Léon en témoignage de leur amitié.

Per citare questo articolo:

Laura SANTONE, Vivre, écrire, aimer la langue. À l’écoute de Pierre Léon, Repères DoRiF n. 15 - Au prisme de la voix. Hommage à Pierre Léon - coordonné par Enrica Galazzi et Laura Santone, DoRiF Università, Roma mars 2018, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=376

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