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Bernadette DUPOUTS

Le centre linguistique comme centre de passation pour les certifications : une expérience pour la promotion du français

Bernadette DUPOUTS

CSAL Ancona- Università Politecnica delle Marche

m.b.dupouts@univpm.it

Mots-clefs : centre linguistique, certification, public non-spécialistes, DELF, pont école-université

Parole-chiavi : centro linguistico, certificazioni, studenti non-specialisti, DELF, ponte scuola-università

Keywords : Language center, International Tests, Non-Specialist Public, School-University link

Riassunto
Il centro linguistico universitario di Ancona è tra i pochi in Italia (insieme ai centri di Cassino e Perugia) ad avere acquisito uno statuto di centro ufficiale per le certificazioni internazionali di francese DELF-DALF grazie ad una convenzione tra i servizi culturali dell’Ambasciata di Francia e l’Università. La testimonianza che segue vale come bilancio storico e ragionato dell’iniziativa volontaristica dei docenti e dei lettori implicati all’insegna del volontariato e mostra come la certificazione viene a compensare il disimpegno progressivo dell’istituzione universitaria per la formazione linguistica, rinnova le funzioni dei centro linguistico universitario e lo legittima nella formazione al plurilinguismo degli studenti e nella costruzione di un ponte tra l’università e la scuola territoriale a favore del potenziamento del curriculum linguistico dei giovani e della promozione del francese.

Abstract
The University Language Centre of Ancona is one of the few in Italy (together with the Centres in Cassino and Perugia) to have become an official Test Centre for the international French language DELF-DALF certifications, following an agreement signed between the Cultural Affairs Section of the French Embassy and the University. This result bears witness to the concerted efforts, over time and on a voluntary basis, of the teaching staff, both professors and language assistants, involved. It is also an indication of how certification has come to fill the gap created by a growing lack of commitment on the part of university institutions in the field of foreign language instruction. At the same time, however, it points to the fact that University Language Centres can draw renewed energies and legitimation from this alliance in order to foster multilingualism in students and create links between universities and local schools, thus enriching young people’s linguistic competences and promoting knowledge of the French language.

Introduction

Le principal objet de mon intervention consiste à exposer les différentes raisons qui ont poussé le centre linguistique dans lequel j’exerce en qualité de lectrice de français, à introduire et défendre les certifications au sein de l’université. Cette orientation est due en particulier à la nature de cette université essentiellement vouée aux enseignements techniques et scientifiques (faculté d’économie, faculté d’ingénierie, faculté de médecine, faculté de sciences et faculté d’agronomie).

La possibilité de donner une valeur ajoutée au curriculum studiorum et de transformer en crédits les certifications sont, pour nos étudiants, un atout supplémentaire que nous avons très vite pris en considération. Une université qui propose des certifications de langue, tel a été l’argument-clé pour la naissance et le développement du centre de passation au sein de notre centre de langues. Nous avons commencé par le français puis... l’anglais, l’allemand et l’espagnol ont suivi. Nous retracerons ainsi la création et l’évolution de ce lien et exposerons la pertinence de ce choix crucial pour la protection de la langue mais aussi pour le renforcement du rôle du CSAL au sein de l’Université et par ricochet sur le territoire des Marches.

1. Les étapes importantes qui ont tissé des liens.

La création du centre de passation en 1997 a permis au centre linguistique (aujourd’hui appelé CSAL) de s’ouvrir et de se faire connaître aussi bien dans toute l’université que dans la région des Marches. Le choix de proposer le DELF aux candidats externes a été notre première démarche.

Après la signature d’une convention entre l’Université et l’Institut Français de Florence avec lequel nous collaborons toujours, j’ai contacté de nombreuses écoles de la région pour une journée de formation. La participation des professeurs a été importante : plus de 150 personnes avaient répondu à l’invitation. Pour favoriser une plus grande adhésion de la part des enseignants (collège et lycée) nous avions demandé au rectorat de reconnaître cette journée en accordant des crédits de formation.

Cette journée est devenue, donc, le point de départ d’une collaboration durable entre l’université et de nombreuses entités : une association culturelle franco-italienne, les écoles et l’Institut Français.

Nous avons également réussi – grâce à l’Institut Français- à organiser de nombreuses manifestations et des conférences (Azouz Bégag, Geneviève Bray, Evelyne Sirejol…) qui ont fidélisé la présence des francophones et des francophiles auprès de notre centre linguistique. Au fil du temps, nous sommes devenus un point de rencontre, de référence et de conseils aussi bien pour les professeurs que pour les candidats. Chaque année, les enseignants peuvent participer à des séminaires de formation (DELF, TICE, le français des jeunes….), rencontrer des responsables de maison d’édition, emprunter des livres à la bibliothèque de livres français créée au centre linguistique…

Le CSAL a aussi participé, en collaboration avec l’association culturelle franco-italienne à l’organisation de concours de théâtre et d’orthographe afin de donner envie aux collégiens et lycéens d’étudier le français, de l’améliorer et d’en prolonger l’apprentissage dans leurs cursus universitaires.

2. Historique des certifications au Centre de Langues d'Ancône

- Juin 1999 : la première session pour les premières passations de DELF adultes et scolaires à l’Université d’ Ancône est entièrement organisée par l’Institut Français de Florence.
- Février 2000: lors de l’organisation des sessions de DELF adultes/scolaires, le centre de passation acquiert plus d’autonomie par rapport au centre d’examen car les examinateurs locaux formés par l’Institut Français participent aux commissions (toujours en tandem avec des examinateurs de Florence).
- Mai 2000: l’organisation et gestion des sessions adultes /scolaire passe entièrement au CSAL (2 sessions par an pour passer à 3 par an en 2003)
- Année 2002: à la suite du succès toujours croissant, nous avons mis au point un système informatique structuré (non fourni parl’IFF) pour l’enregistrement et la gestion des candidats et du centre.
- De 2004-2010: des candidats de la dernière année de lycée particulièrement brillants ont soutenu des épreuves de DALF (C1 et C2)
- Mai 2009: 3 candidats de la session scolaire ont gagné des prix dont un voyage à Paris pour le concours “Allons en France” organisé par le ministère des Affaires étrangères et européennes et le Centre Pilote de Rome.

3. Structure et organisation actuelle

Si l’on considère le chemin parcouru depuis le début de cette aventure, nous pouvons nous réjouir d’une nette amélioration du fonctionnement du centre de passation. De 5 examinateurs, nous sommes actuellement passés à 18 examinateurs, tous habilités. D’un seul secrétaire/technicien, nous avons la chance de pouvoir désormais compter sur l’aide de la comptable du CSAL ainsi que d’un technicien qui assure le bon fonctionnement de l’appareillage audio et veille à la qualité du son ; il insère aussi les données des candidats sur ordinateur, envoie les convocations et communique les résultats à la fin des corrections.

Notre directrice supervise et sert de lien entre le centre linguistique et l’administration centrale de la faculté en facilitant par exemple l’obtention de grandes salles pour les épreuves écrites.

En ce qui me concerne, je suis la référente et coordinatrice; je m’occupe de l’organisation des épreuves orales aussi bien à Ancône que dans des structures externes. Je convoque les examinateurs et maintiens le lien entre l’université et l’école en organisant tous les ans une journée d’information sur les certifications pour les enseignants des écoles de la région.

4. Les conditions de la convention

Une convention a été signée entre le Président de l’université et l’Institut Français de Florence. La convention de 1997 prévoyait un reversement de 10% sur les inscriptions pour le CSAL. L’Institut Français de Florence paie les examinateurs.

La “rémunération des examinateurs” est basée uniquement sur la durée de passation de l’examen ; ces temps sont fixés par le CIEP et sont rigoureusement respectés. Cependant il faut tenir compte de la gestion de “l’avant” et de “l’après” examen (appel des candidats, placement, instructions, lecture des sujets….), qui demandent donc une grande disponibilité et motivation de la part des examinateurs.

La correction des écrits est calculée sur la base d’un temps “imposé” par le CIEP, qui varie bien sûr selon l’unité corrigée et la complexité croissante des épreuves. Nous remarquons que ces rythmes sont très serrés notamment pour les épreuves orales où l’examinateur doit interagir avec le candidat, prendre congé, évaluer seul ou en concertation avec un collègue selon le niveau, tout en introduisant le candidat suivant...

La convention engageait aussi les deux parties afin de favoriser la promotion de l’apprentissage de la langue française, ce qui a donné un élan initial remarquable grâce à la collaboration avec l’Institut Français et le centre linguistique : cela nous a permis d’organiser des conférences, de constituer une bibliothèque en langue française avec la contribution de personnes externes à notre faculté. Au fil des ans ont gravité autour du centre linguistique différentes instances qui nous ont donné la possibilité de varier les activités et les « Rendez-vous culturels » avec les étudiants et les enseignants.

Qu’implique cette organisation ?

- de la disponibilité : de la part de la faculté pour la mise à disposition des salles d’examen, mais aussi de la part des examinateurs qui doivent être libres aux dates fixées par le Centre Pilote; il faut donc savoir conjuguer entre travail habituel (généralement ce sont des enseignants de langue maternelle dans les écoles) et sessions DELF. De là surviennent de nombreuses difficultés d’organisation et d’horaires qui pour être surmontées supposent un sens de la mission et la conscience de l’enjeu .

- du sérieux, de la rigueur dans les procédures de la part des examinateurs auxquels on demande une totale neutralité, ce qui ne va pas de soi dans des contextes locaux où tous se connaissent. Les examinateurs, qui sont tous aussi professeurs, doivent signaler avant toute épreuve orale les candidats qu’ils ont préparés en classe ou en cours particuliers, afin de ne pas les examiner. Les épreuves se déroulent dans des amphithéâtres avec des places numérotées et désignées d’avance : les candidats ne choisissent pas leur voisin ! Les corrections se font exclusivement au centre et les examinateurs se déplacent pour l’occasion.

5. Pourquoi choisir la voie de la certification DELF dans notre centre linguistique ?

Pour bien comprendre la raison du choix de devenir centre de passation, il faut se référer à l’histoire du centre, à l’évolution (ou “involution”?) de l’intérêt pour l’enseignement des langues de la part de nos facultés et en particulier pour le français.

D’un statut privilégié à la fin des années 80 (date de mon arrivée à l’Institut de langues), avec la présence d’un enseignement institutionnel de français avec un professeur titulaire de chaire, nous avons petit à petit perdu du terrain et, au fil des ans, subi une diminution des heures consacrées à l’apprentissage linguistique dans le cursus des étudiants.

- De CLAD (Centro Linguistico di Ateneo Dorico), le centre linguistique est devenu CSAL (Centro Supporto Apprendimento Lingue), donc un centre de “support” à l’apprentissage.

- De trois ans de cursus, les cours pour les étudiants sont passés à un an, dans la pratique un semestre de cours, d’où une évidente diminution des objectifs.

- Le professeur titulaire a été remplacé par un professeur contractuel précaire; depuis 2011 il n’y a plus qu’un professeur référent de la faculté, non spécialiste de langue mais la connaissant suffisamment pour examiner les étudiants pour l’épreuve orale. Seule l’épreuve écrite reste encore de la compétence des lecteurs de langue maternelle.

Donc à défaut de pouvoir compter sur un enseignement officiel de langue (avec professeur titulaire de chaire), pour pouvoir assurer une certaine crédibilité sur la validité de notre enseignement, en tant que lecteurs de langue maternelle, nous avons dû introduire des certifications externes, car nous ne pouvions plus garantir des examens internes sanctionnés par des professeurs qui ne sont pas spécialistes de la langue.

La certification, qui aurait pu être un complément de cursus universitaire, comme elle l’était dans le passé lorsque nous avions un professeur titulaire, est devenue une garantie de niveau et d’évaluation de la connaissance de la langue.

Avec le temps, le CSAL a cependant acquis un certain prestige comme point de référence pour les certifications de langues, pour le DELF –DALF en particulier, aussi bien au sein des différentes facultés anconitaines (agronomie, économie, sciences, médecine et faculté d’ingénieurs) que pour les écoles qui nous confient leurs élèves.

Avantages et limites

Mettons au nombre des éléments positifs :

- les étudiants sont plus motivés lorsqu’ils doivent étudier pour un diplôme qui devient une valeur ajoutée à signaler dans leur curriculum vitae ;

- les certifications sont reconnues par toutes les facultés et donnent droit à des crédits ECTS ;

- elles peuvent être (pour d’autres contextes et dans d’autres universités que la mienne) des compléments par rapport à l’enseignement universitaire lorsqu'il suit peu l'approche communicative ;

- elles peuvent stimuler à poursuivre l’apprentissage de la langue ;

- elles donnent à l'université l'occasion de collaborer avec les écoles et les institutions culturelles étrangères,  et d'ouvrir ses portes à des élèves qui deviendront de futurs utilisateurs de l’université. Ce pont est indispensable pour unir les différentes structures de l’instruction et pour montrer une certaine cohérence. Mais il est dommage que la deuxième langue dans les écoles soit devenue une denrée rare !

Parmi les inconvénients, notons :

- l’éloignement par rapport au centre d’examen peut poser parfois des problèmes de communication, d’interaction voire aussi de collaboration efficace avec les enseignants et les publics scolaires;

- la rétribution des examinateurs est si peu motivante que très souvent, ils ne donnent pas leur disponibilité complète pour toutes les sessions ou pour toutes les dates, ce qui se comprend aisément. En effet, si les collaborateurs doivent prendre des permissions sans solde, ou des congés non rémunérés pour faire passer les examens de DELF, ils hésitent et n’ont parfois même pas de quoi pour couvrir leurs frais !

Les certifications sont très prenantes en temps et énergie quand on veut les faire sérieusement et beaucoup de fonctions et tâches, essentielles à leur organisation, sont considérées comme faisant partie du bénévolat, dépendant de l’initiative de chacun...

Conclusion

La ténacité dans notre conviction de la validité de l’introduction des certifications au sein de notre université nous a cependant donné raison. Petit à petit, et surtout actuellement, nos activités principales sont plus tournées vers la préparation aux diplômes de DELF -DALF que vers les cours génériques (esercitazioni) que nous concèdent au compte-gouttes nos facultés. Comme nous l’avons déjà souligné, la place consacrée aux langues (toutes sauf l’anglais !) s’amenuise constamment à l’Université d’Ancône, et le fait de pouvoir proposer à nos étudiants une certification internationale devient, en fait, une sorte de “nouvelle motivation”, elle redonne une justification professionnelle à notre travail de lecteurs auprès du Centre linguistique universitaire.

Par ailleurs, le DELF et le DALF nous ont fournis des critères plus objectifs d’évaluation, ils nous ont permis de nous référer au Cadre européen, établi par un organisme commun pour toutes les langues. Ce raccord à un instrument européen ajoute une touche d’internationalisation à la formation des étudiants car il confère une valeur internationale à ce diplôme, ce qui constitue un argument de poids pour des étudiants soucieux de démontrer leurs capacités et de les faire certifier par une institution externe et officielle à laquelle ils accordent toute leur confiance.

Notre prochain projet est d’introduire les certifications de la Chambre de Commerce de Paris, pour varier l’offre et la raccorder au plus près des soucis de professionnalisation des étudiants et d’insertion dans un monde globalisé. Bref, c’est par la certification que nous maintenons et diversifions la place du français à l’université.

REFERENCES

Le site du Centro di Supporto per l’Apprendimento delle Lingue, Università di Ancona

http://www.csal.univpm.it/

Le site du Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Italie

http://www.france-italia.it/LINGUA-FRANCESE/Test-&-Certificazioni/test_%26.php?m=68&l=it

Concours “Allons en France” :

http://www.france-italia.it/LINGUA-FRANCESE/Test-&-Certificazioni/Progetti-&-iniziative/premiazione_del.php?c=7792&m=264&l=it

Journées DORIF-BCLA sur les certifications dans l’université italienne (25 janvier 2008)

http://www.france-italia.it/LINGUA-FRANCESE/Test-&-Certificazioni/Università/giornata_do.ri.f.php?c=5349&m=262&l=it

Le site du Centre International de Recherche Pédagogiques, responsable du DELF:

http://www.ciep.fr/

Le site de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, responsable des examens de la CCIP:

http://fda.ccip.fr/

Protocollo d’intesa 883/02 Ministero dell’Università e della Ricerca e Enti certificatori – progetto LINGUE 2000:

http://www.edscuola.it/archivio/norme/circolari/lc18102a.pdf

ANQUETIL, Mathilde, JAMET, Marie-Christine, « Intégrer les certifications dans un cursus universitaire: enjeux, défis, interrogations », Revue française de linguistique appliquée, Volume XV-1-Juin 2010, Paris.

CONSEIL DE L’EUROPE, Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer, Paris, Didier, 2001.

TAGLIANTE, Christine, L'évaluation et le Cadre européen commun de référence, Paris, CLE International, 2005.

Per citare questo articolo:

Bernadette DUPOUTS, Le centre linguistique comme centre de passation pour les certifications : une expérience pour la promotion du français, Repères DoRiF n. 1 - juillet 2012 - Le français dans le contexte plurilingue des Centres Linguistiques Universitaires italiens, DoRiF Università, Roma juillet 2012, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=10

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