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Brigitte NOIRHOMME

Apprentissage collaboratif sur la plateforme Moodle

Brigitte Noirhomme


Centre Linguistique de l’Université de Pérouse

brigittenoirhomme@libero.it

Mots-clefs :cente linguistique, auto-apprentissage, interaction, approche socio-constructiviste

Parole-chiave : Centro linguistico, auto-apprendimento, interazione, approccio socio-costruttivista

Keywords : Language centre, self-study, interaction, action-oriented approach

Riassunto
Il Web sociale o web 2.0. ha modificato il nostro rapporto al virtuale. La parole d'ordine è ormai INTERAGIRE. L'insegnamento del francese ha risposto a questo appello con le risorse on line che favoriscono l'interazione. Numerosi docenti usano oggi la piattaforma Moodle come supporto per la loro didattica. In effetti questa piattaforma offre un ambiente ideale per l'approccio socio-costruttivista dell'insegnamento/apprendimento. Come coniugare didattica frontale e didattica on line ? Quali contenuti inserire sulla piattaforma ? Quali sfide affrontare per diversificare la didattica del francese ? Un percorso guidato nello spazio virtuale creato per il corso di francese sulla piattaforma del CLA di Perugia tenterà di portare alcuni elementi di risposte a questi interrogativi.

Abstract
The social web or web 2.0 has changed our relationship with the virtual world. The key word is now definitely INTERACTION. In answer to this, for French teaching there are many online resources which encourage interaction. Numerous teachers now use the Moodle platform to support their classroom teaching. In effect this platform offers an ideal environment for a socio-constructive approach to teaching/learning. How can face-to-face teaching and online teaching work together? What contents can be presented on the platform? What challenges need to be faced to diversify French teaching? A guided course in the virtual space created for the French course on the University of Perugia’s CLA-Language Centre’s platform aims at providing some answers to these questions.

Introduction

Les nouveaux réseaux sociaux tels que YouTube, Facebook ou Twitter, ont fortement modifié notre rapport au Web, à la Toile. Tout internaute peut, aujourd’hui, participer à des forums, publier ses photos en ligne, ses vidéos, commenter les articles des journaux et magazines. Bref, nous sommes entrés dans l’ère de l’internaute actif, acteur et non plus seulement spectateur de la Toile. Le Web 2.0 ou “Web social” marque une évolution intéressante de nos rapports au virtuel. Le mot d’ordre est désormais  interagir.

L’enseignement des langues n’est pas resté sourd à cet appel, les blogs d’enseignants se multiplient et montrent à quel point la situation a fortement évolué ces dernières années: « la question n’est plus seulement de savoir comment accéder aux ressources en ligne […] mais de déterminer par quelle médiation humaine on va aider à leur utilisation ».1

1. La plateforme Moodle : statistiques, origine et philosophie

Plus d’un million d’enseignants dans le monde utilisent aujourd’hui la plateforme Moodle2 comme support en ligne pour leurs cours.

Figure 1 : statistiques Moddle

Figure 1

Disponible gratuitement en tant que logiciel libre, Moodle a été créé en Australie par Martin Dougiamas et la première version lancée en 2002. On comptait en janvier 2011, 1220 sites Moodle rien qu’en Italie qui se place au 9ème rang du classement mondial.

Tableau 1: Top 10 des sites inscrits dans 211 pays

Pays

Sites inscrits

États-Unis

9,398

Espagne

4,498

Brésil

3,389

Royaume-Uni

3,187

Allemagne

2,377

Mexique

1,913

Portugal

1,807

Australie

1,335

Italie
1,251
Colombie

1,229

Le terme  Moodle est à l'origine un acronyme Modular Object-Oriented Dynamic Learning Environment , surtout utile aux programmeurs et aux théoriciens de l'éducation. Mais « moodle » est aussi un verbe qui décrit la façon de flâner paresseusement à travers quelque chose, une manière agréable d'agir qui mène souvent à la réflexion et à la créativité.3

Les travaux du créateur de Moodle sur le constructivisme social dans la pédagogie en ligne ont influencé la conception de sa plateforme. La documentation officielle indique que Moodle est « conçu pour favoriser un cadre de formation socio-constructiviste ». L’idée de base est que les gens construisent activement leurs nouvelles connaissances en interagissant avec leur voisinage. Cela ne signifie pas que lire ou assister à un cours ne soit pas utile mais tout simplement que si un apprenant ne se contente pas d’absorber mais s’approprie un savoir en le réutilisant dans un contexte plus large que celui d’un cours, ce savoir en sort renforcé, devient plus solide. L’apprentissage gagne en efficacité si l’apprenant construit quelque chose que d’autres à leur tour pourront expérimenter et dont ils pourront s’inspirer grâce à un effet d’émulation.

Acquérir des connaissances ne suffit pas, chaque membre du groupe est responsabilisé et sa capacité à interagir en ligne et à stimuler le groupe devient essentielle. Sans participation, rien ne se construit. Chaque apprenant réagira à sa façon aux stimulations qu’il reçoit du groupe, il pourra participer ou non aux discussions, en tirer ou non profit pour relativiser son point de vue. Dans une communauté d’apprentissage, une approche empathique où le participant écoute les autres, pose des questions, émet des doutes, se remet en question est bien évidemment très fertile et constitue un excellent tremplin et détonateur pour le groupe.

Il est clair que Moodle n’impose pas ce style d’enseignement mais il offre un cadre idéal pour ce type d’approche.

2. Parcours guidé sur la plateforme Moodle du CLA

2.1. Profil des participants

Les ressources et activités mises en lignes sur la plateforme sont proposées en ajout et en parallèle aux modules de 60 heures du cours en présence. Cette formule de formation hybride (à la fois en présence et à distance) a ses avantages car elle permet, comme on le verra, de renforcer mutuellement cours traditionnel et cours en ligne et n’impose aucune limite de temps ou d’espace pour la plateforme.

Les étudiants qui participent à ce cours sont des aspirants B1, c’est-à-dire avec un niveau de départ A2 et proviennent de différentes Facultés, principalement Economie, Sciences Politiques et Sciences de l’Education.

Tous sont bien évidemment “natifs” d’Internet et font partie de ce que les sociologues appellent la “génération Y” regroupant les jeunes entre 16 et 25 ans qui sont nés à l'ère de l'information digitale. A en croire de nombreux sociologues, ils appartiennent à une génération qui possède tout d’abord un sentiment communautaire puissant, mais une génération, dit-on, qui a du mal à exécuter une tâche ou un ordre si elle n'en comprend pas l'utilité ou la raison.

Contrairement à mes étudiants, je ne suis pas native d’Internet, je fais partie comme beaucoup d’enseignants de langue de la “génération X4”, également appelée "génération tampon" ou encore "génération Nexus", une génération qui ne peut se targuer d’avoir une complicité totale avec l’outil informatique !

Ma formation aux nouvelles technologies s’est donc faite essentiellement sur le tas. Après avoir participé au CLA à quelques séances de familiarisation avec Moodle, j’ai suivi un cours de formation à distance pour tutor online proposé par l’Université pour Etrangers de Pérouse. Si la question de la formation technique est importante, il ne faut pas non plus en faire un écueil insurmontable. Tout d’abord, Moodle est conçu pour être d’utilisation intuitive et son aide en ligne est bien écrite. Mais comme le soulignait William H. Rice IV, dans son Guide du e-learning avec Moodle : « La documentation intégrée n’indique pas quand et pourquoi employer chaque fonctionnalité, et l’effet qu’elle aura sur le vécu des étudiants »5. L’auteur soulève une question de loin plus importante que l’aspect strictement technique : travailler en ligne sur une plateforme met l’enseignant face à des choix didactiques: quand, comment et surtout pourquoi travailler sur une plateforme ?

2.2. Inscription au cours sur la plateforme du CLA

Figure 2 : la page d'accueil

Figure 2
Fig2bis

L’inscription est réservée aux étudiants qui sont déjà référencés sur la plateforme de l’Université. Une clé d’inscription (mot de passe) leur permet ensuite de s’inscrire à mon cours. Les étudiants sont bien évidemment dispensés de ces formalités lors des visites suivantes.

La liste des participants, accessible à tous les inscrits, permet de visualiser l’image ou la photo que l’utilisateur peut choisir ou non de publier, de lire les profils ou encore d’ envoyer un message instantané ou un courriel à un autre participant.

Figure 3 : visualisation de la liste des participants

NHfig3

La plateforme offre donc les fonctions habituelles de la poste électronique plus certaines fonctions disponibles sur Facebook comme chat, photo et profil.

Figure 4 : le profil personnel

NHfig4

Même si la plateforme est d’usage assez intuitif, il n’empêche qu’elle demande aux étudiants, même natifs d’Internet et grands utilisateurs de Facebook, une période de familiarisation plus ou moins longue. Le premier impact avec la plateforme est donc essentiel et va conditionner la bonne réussite de cette expérience. Il est fortement conseillé de consacrer au moins une leçon du cours “traditionnel” c’est-à-dire en présence, à l’inscription des participants et de ne pas proposer d’emblée des activités. Il est important de laisser à chacun le temps nécessaire pour s’orienter sur la plateforme.

2.3. Stratégies de communication et Netiquette

La communication à distance fonctionne différemment de la communication en présence et exige de mettre en place certaines stratégies. Comment lit-on en ligne, sur Internet ? « On ne lit pas » ! C’est la réponse que donne à cette question Jakob Nielsen (1998), expert dans le domaine de l’ergonomie informatique. Sur le web, mais en général, en ligne, on parcourt, on lit “en diagonale”.

Ecrire sur une plateforme exige donc de la part de l’enseignant de mettre en place des stratégies de mise en relief des éléments pertinents, afin de capter l’attention des apprenants. Il faut écrire court (« un texte écrit sur le web doit contenir deux fois moins de mots qu’un texte imprimé »6), écrire simple, hiérarchiser le texte de manière visible, mettreles mots-clés du texte en valeuret ne pas dédaigner les imagesqui sont souvent plus efficaces que les mots.

L’utilisation des binettes, appelées aussi souriards, émoticônes ou plus couramment smileys n’est pas casuelle. Elle répond à une autres stratégie de communication: traduire l’intention de celui qui écrit et récupérer un aspect important de la communication orale à savoir l’intentionnalité du locuteur. En effet, l’absence de contexte paralinguistique (sourire, geste …) peut rendre difficile la décodification du message et les intentions réelles du locuteur.

Au-delà de l’aspect formel ou intentionnel des messages, la Netiquette, c’est-à-dire les règles de bonne conduite à respecter en ligne sont intéressantes à débattre en présence pour éviter des dérapages possibles, en particulier dans les forums. Travailler en plateforme peut ainsi donner l’occasion d’ouvrir un débat sur la façon dont chacun de nous communique en ligne pour établir, pourquoi pas, avec les apprenants, une charte de bonne conduite.

2.4. Ressources et activités

Tout enseignant qui débute sur Moodle se retrouve devant un espace vierge qu’il va remplir en fonction des objectifs qu’il s’est fixés. La plateforme propose deux listes : ressources et activités.

Figure 5 : ressources et activités

NHfig5

À l’intérieur de chacune des listes, l’enseignant sélectionne ce qui l’intéresse: création d’une page de texte, lien vers un fichier ou un site web, chat, devoirs, forum, glossaire, test, sondage, wiki, etc.

La structure de mon espace en ligne s’articule en six sections où s’alternent trois typologies de contenus :

- statiques (contenus que les apprenants doivent lire ou écouter),

- interactifs (éléments avec lesquels l’étudiant aura une relation dynamique comme par exemple un test),

- sociaux (qui privilégient l’interaction entre les participants, comme par exemple le forum ou le wiki).

Chaque enseignant est bien évidemment libre de privilégier certains contenus plutôt que d’autres. Le choix qu’il va faire, va conditionner tout le processus d’apprentissage et donc le type de relation et de communication qu’il veut favoriser. Pour ma part, j’ai mis l’accent sur les contenus sociaux qui priorisent l’apprentissage collaboratif et constituent, il me semble, une innovation dans un enseignement à distance.

2.4.1. Activité interactive : le sondage

A quoi servent les sondages? Le comédien Coluche disait : « Les sondages, c'est pour que les gens sachent ce qu'ils pensent ! »Dans le cadre d’un cours en ligne, les sondages sont utiles pour mieux cerner le profil individuel et collectif des apprenants, utiles aussi pour l’organisation pratique des cours mais ils permettent surtout à tout moment de recevoir le feed-back des étudiants.

Figure 6 : sondage d'opinion

NHfig6

Ce sondage montre, par exemple, le temps que les étudiants passent sur Facebook: 55% des apprenants qui ont répondu à ce sondage affirment passer entre une heure ou deux par jour sur Facebook, par contre, un seul apprenant affirme ne pas y être inscrit. Cette information est bien évidemment intéressante pour l’enseignant mais aussi pour le groupe dont l’identité est en quelque sorte radiographiée, ce qui ne peut que renforcer sa cohésion.

Mais le sondage peut aussi se révéler très utile pour améliorer l’organisation des cours et responsabiliser les étudiants.

Figure 7 : participation à l'organisation du cours

NHfig7

Figure 8 : sondage pour l'organisation interne

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Le sondage post examen est enfin très précieux pour permettre à l’enseignant de compléter son évaluation.

Figure 9 : sondage sur l'examen

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Figure 10: résultats de sondage

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Si la note a une fonction de sanction (positive ou négative), obtenir de l’information sur les difficultés rencontrées par l’élève en situation d’examen permet de compléter le cadre de l’enseignant à travers une double rétroaction (l’étudiant s’exprime sur sa difficulté à affronter l’examen, permettant ainsi à l’enseignant de réguler sa démarche évaluative). Le sondage s’inscrit alors dans un esprit d’évaluation formative et d’amélioration des pratiques pédagogiques.7

2.4.2. Activité sociale : le wiki

Le wiki est l’une des activités sociales disponibles sur Moodle. La fenêtre d’aide contextuelle en propose la définition:

Un Wiki permet à une communauté d'éditer des pages Web collectivement via un navigateur Internet, à l'aide d'un langage de mise en forme simplifié. « Wiki wiki » signifie « super rapide » en Hawaïen, et désigne la vitesse avec laquelle on peut rédiger et constituer un réseau de pages Web. C'est une des caractéristiques qui définissent la technologie Wiki. Plus généralement, c'est parce qu'il n'y a pas de gestion du flux de publication avec relecture et validation que la publication est rapide. La plupart des Wikis sont ouverts au grand public, ou au moins à l'ensemble de la communauté qui a accès au serveur Wiki. Le module Wiki de Moodle permet aux participants d'un cours d'ajouter, étendre ou modifier le contenu. Les anciennes versions des textes ne sont jamais supprimées et peuvent être restaurées.

En d’autres mots,le wiki apparaît comme un espace ouvert à tous permettant à une communauté d’apprenants d’éditer collectivement un contenu sur le navigateur.

Figure 11: le wiki, un espace d'écriture collaborative

NHfig11

Les réponses s’affichent dans un seul encadré, espace collectif des étudiants. Chacun peut donc modifier autant qu’il le veut ce qui a été écrit. Le wiki est donc un outil de construction d’un savoir de groupe. C’est le principe de l’encyclopédie participative Wikipédia. Dans le cadre de Moodle, les potentialités offertes par le wiki sont très intéressantes : travail de groupe sur un sujet, atelier d’écriture, construction d’une base de connaissances, …

2.4.3. Activité sociale : le forum

Le forum est certainement l’un des modules les plus importants de Moodle car il constitue l’application concrète de cette pédagogie socio-constructiviste déjà évoquée. La plateforme offre quatre typologies de forums:
1. forum standard ;
2. une seule discussion ;
3. chaque personne lance une discussion ;
4. forum questions/réponses).

L’exemple qui suit (forum standard) introduit le Forum étudiants où la seule consigne donnée est d’écrire en français, peu importe le sujet. Il s’agit donc d’un forum informel et non guidé.

Figure 12 : se lancer sur le forum en français

NHfig12

Chaque étudiant est invité à lancer une discussion et assume un rôle de tuteur, puisque c’est lui qui gère le forum et ses contenus. L’apprenant devient la figure centrale autour de laquelle se construit un apprentissage de type informel, spontané avec la communauté des apprenants.8

Figure 13: échanger des opinions et se corriger mutuellement

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Figure 14: échanger et élargir le réseau de ressources

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Ce qui est intéressant dans ce type de forum, c’est le caractère non prévisible des contenus qui concourt à modifier souvent le cours en présentiel en fonction des intérêts qui se sont exprimés sur la plateforme. Mais surtout, la relation apprenant/enseignant est totalement bouleversée.
On sort d’un modèle transmissif où l’enseignant dispense un savoir, pour mettre en place un modèle collaboratif entre tous les acteurs où l’ enseignant assume un rôle de facilitateur et de modérateur.

L’exemple suivant correspond au forum “une seule discussion” et se distingue des exemples précédents (forums standards) car c’est l’enseignant et non plus l’étudiant qui lance la discussion sur un sujet. Tous les participants sont invités à répondre et à interagir.

Figure 15 : consigne d'activité avec lien hypertextuel

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La nature intégrée du navigateur permet d’insérer des liens hypertextuels vers le web, des documents vidéo comme ici un reportage provenant de l’émission de TV5 “7 jours sur la planète” et donc d’intégrer compréhension orale, compréhension écrite et production écrite: trois compétences en simultanée.

Moodle propose également une autre typologie de forum : le forum questions/réponses: où l’apprenant ne peut consulter les messages des autres que s’il n’a d’abord répondu à la question lancée par l’enseignant. C'est une formule intéressante car l’apprenant n’est pas conditionné par les messages des autres participants, il est plus libre de répondre mais doit évidemment travailler sans filet.

Figure 16 : le forum questions/réponses

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Les fonctions du forum

Le forum peut recouvrir de très nombreuses fonctions, je me focaliserai sur celles qui me semblent les plus productives en termes d’apprentissage :

- Fonction cohésive: le forum renforce le sentiment d’appartenance au groupe et favorise l’’interaction. Il crée un ciment entre les apprenants et stimule ainsi l’apprentissage. Il a donc une fonction sociale très fertile.

- Fonction affective: le forum motive et fidélise chaque apprenant qui reçoit un soutien individuel et personnalisé qui le lie à la plateforme et favorise un sentiment d’auto-efficacité et une meilleure compétence d’autodirection.

- Fonction cognitive: le forum favorise l’apprentissage de la langue, améliore les compétences des apprenants en particulier à l’écrit. Les progrès enregistrés sont tout à fait surprenants. Les étudiants qui ont suivi cette formation hybride: 60 heures en présence et 6 semaines sur la plateforme ont tous réussi l’examen, avec une moyenne de 25/30 contre un taux d’échec habituel de 28% et une moyenne de 21/30.

- Le forum peut aussi avoir une fonction corrective qui s’appliquera uniquement aux forums d’apprentissage et non pas au forum étudiant, forum informel et non guidé qui doit exclure toute évaluation ou toute correction de la part de l’enseignant car dans le forum étudiants, c’est la fonction cohésive qui prime.

Mutualiser les fautes d’usage et de grammaire qui apparaissent dans les forums et pouvoir visualiser les corrections et les commentaires aux corrections s’est révélé très efficace même pour ceux qui ont préféré rester spectateurs des forums et ont peu ou n’ont pas écrit. C’est bien évidemment un défi parfois difficile pour l’apprenant, une question à peser et à débattre en cours. L’enseignant ne peut corriger en ligne que s’il y a un véritable consensus sur cette question. Mais je pense que récupérer l’erreur de façon constructive et positive est une démarche essentielle pour apprendre à apprendre.

Figure 17 : correction en ligne

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Le forum a aussi une fonction évaluative. Du point de vue évaluatif, Moodle propose un outil de rapport très souple qui permet de prendre vision d’un rapport d’activité et de participation aussi bien de chaque apprenant que du groupe.

Un carnet de notes automatique permet ainsi de mesurer les progrès des étudiants et de vérifier les activités qui ont été faites ou pas. Pour ma part, j’ai adopté une échelle numérique de 1 à 5 points que j’utilisais déjà dans le cours en présence. Toutes les évaluations, toutes les actions, toutes les présences sont automatiquement enregistrées sur la plateforme, ce qui permet d’avoir un rapport constant des progrès de chaque étudiant. Un historique permet aussi de visualiser la présence de chaque étudiant tout au long du cours. Cette évaluation quantitative peut se révéler très utile pour encourager les étudiants peu présents et intervenir très rapidement.

Figure 18 : rapport d'activité des étudiants

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3. Bilan de cet apprentissage collaboratif sur Moodle

Quelques chiffres permettent de dresser un bilan de ces 10 semaines de cours. La plateforme a enregistré plus de 8000 visites (une moyenne de 200 visites par étudiant), visites qui se sont prolongées bien au-delà de la date finale du cours en présence. Ce qui montre que la plateforme crée des liens qui ne sont pas strictement conditionnés par l’exigence de réussir l’examen.

Le taux de participation est amplement satisfaisant, il est de 82%. Une analyse de la nature de la participation au cours de ces trois mois permet de distinguer trois groupes et trois comportements face à la plateforme : 52% des participants lisent tout et répondent beaucoup (aussi bien aux activités qu’aux forums); 30% lisent tout mais répondent peu. Seuls 18% n’ont pas participé aux activités.

Je l’ai souligné au début de mon intervention, les étudiants d’aujourd’hui font partie d’une génération qui a grandi dans l’univers du Web, ils entretiennent une relation avec le monde différente des autres générations. Beaucoup font partie de réseaux sociaux “virtuels”, ils les utilisent pour se distraire, pour communiquer, pour se tenir informés, ils questionnent les autres internautes pour prendre des décisions. Leurs exigences en matière de communication et de mode d’apprentissage sont nouvelles voire “révolutionnaires” en ce sens qu’elles bouleversent radicalement beaucoup de nos conceptions traditionnelles. L’esprit collaboratif de cette génération constitue un potentiel précieux pour enseigner les langues. Et dans cette perspective, le travail en plateforme permet de mettre à profit leurs modes de communication et d’apprentissage. Il est en effet nécessaire aujourd’hui de raisonner non plus uniquement en fonction des étudiants qui suivent déjà les cours de langue mais en fonction des personnes qui ne les suivent pas en raison de l’inadaptation de l’enseignement traditionnel. Ce qui ne signifie absolument pas que l’enseignement à distance doive remplacer l’enseignement en présence car je reste convaincue que l’un est nécessaire à la survie de l’autre et qu’ils peuvent se compléter et se conjuguer harmonieusement.

Un apprentissage hybride en FLE permet de centrer davantage l’enseignement sur l’apprenant et permet de proposer des parcours variés, de diversifier les activités, d’offrir un rythme individualisé, des ressources décentralisées et accessibles à distance mais surtout de responsabiliser l’étudiant qui est invité à construire et à élaborer une grande partie des contenus proposés sur la plateforme.

La rupture spatio-temporelle entre l’étudiant et l’enseignant dans un apprentissage à distance, loin d’être un risque peut être une plus-value pour l’apprenant. Le forum, par exemple, en tant qu’outil asynchrone, favorise la réflexion. Son contenu est durable car les messages publiés sont conservés et on peut y avoir accès à tout moment. Il permet donc aux étudiants plus fragiles de prendre le temps dont ils ont besoin pour préparer leur argumentation, de tirer profit des messages déjà publiés par les autres participants et de s’exprimer quand ils le souhaitent, favorisant ainsi la qualité des interventions. Travailler en plateforme est donc un facteur qui contribue à la réussite.

Les compétences visées ne se limitent pas à la production écrite, loin de là. La nature intégrée de Moodle permet de proposer aux étudiants des activités de compréhension orale, de compréhension écrite et de mettre sur la plateforme des instruments qui existent déjà sur le Web comme des systèmes de synthèse vocale ou encore d’insérer des liens hypertextuels vers des sites visant à améliorer la production orale (phonétique) sans oublier les nombreux dictionnaires en ligne qui favoriseront l’auto-apprentissage de l’étudiant du point de vue lexical.

La collaboration entre étudiants et enseignant permet d’adapter et de revoir à tout moment le contenu des ressources proposées sur la plateforme. Le matériel inséré n’est pas une entité fermée comme peut l’ être un manuel scolaire mais une entité mouvante en évolution constante. Ce qui va déterminer le choix d’une activité est la motivation potentielle qu’elle va susciter chez l’étudiant. Pour qu’une plateforme fonctionne c’est-à-dire qu’elle reçoive un nombre satisfaisant de visiteurs, elle doit sans cesse se renouveler. L’étudiant doit trouver régulièrement de nouvelles activités, il faut tenir en haleine sa curiosité, son envie de se connecter et surtout de participer à la construction de la plateforme. Il est en effet essentiel d’avoir une masse critique de participants pour avoir suffisamment de messages intéressants et que les étudiants voient un intérêt à venir consulter régulièrement la plateforme.

Un défi constant pour l’enseignant, un antidote certain au risque d’engourdissement routinier et de perte de vitalité de l’enseignement du FLE, et des langues en général. Il s’agit en effet de partager avec les étudiants des informations, des ressources, des savoirs, des réflexions et de modifier la relation au savoir en diversifiant les sources d’information et les acteurs tout en construisant un projet commun qui bénéficie à chacun.

Travailler sur une plateforme présente toutefois aussi des limites et des risques. Tout d’abord un risque chronophage aigu, aussi bien pour l’enseignant que pour l’apprenant. La plateforme ne se construit pas toute seule et les activités sociales telles que forum et wikis exigent une présence quasi quotidienne de la part de l’enseignant. D’autre part, il faut pouvoir doser sans excès les activités proposées pour éviter que l’étudiant ne se sente submergé. Tous les messages des forums sont en effet automatiquement envoyés sur la poste électronique de chaque personne inscrite à la plateforme et le risque d’avalanche ou de nausée est tout à fait réel.

En second lieu, maîtriser l’outil de la plateforme demande un minimum de formation. La question de la formation des enseignants et d’un soutien technique garanti doivent interpeller prioritairement tous les centres linguistiques qui veulent mettre en place ce type d’apprentissage.

Miser sur l’enseignement à distance est un choix que doivent en premier lieu assumer les CLA intéressés. D’autre part, il est nécessaire que l'institution reconnaisse les heures d’enseignement à distance au même titre que les heures d’enseignement traditionnel. Enfin, rénover et diversifier la didactique du français passe par l’éternelle question de la valeur attribuée à l’enseignement dispensé par tous les lecteurs de français d’Italie, qu’il soit en présence ou à distance.

« Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends. »

Benjamin Franklin

1

GIGUERE, Elise, Intégration des TIC et nouvelle pédagogie universitaire, Université de Sherbrooke - Cours en ligne, Moodle remplacera progressivement WebCT, s.d. Disponible sur <http://www.profetic.org/spip.php?article9077>, (consulté le 5/01/2011).

2

Statistiques Moodle. Disponible sur < http://moodle.org/stats/ >, (Consulté le 5/01/2011).

3

MoodleDocs. A propos de Moodle, 18/08/2008. Disponible sur <http://docs.moodle.org/fr

4

L'expression a été créée en 1991 par le romancier canadien Douglas Coupland.

5
RICE IV, William H., Le guide du e-learning avec Moodle - version 1.9, Paris, Pearson Education France, 2008, p.7.

6

Art is code – design web & contenu. Communiquer efficacement sur Internet. Disponible sur <http://artiscode.net/blog/communiquer-efficacement-sur-internet>, (Consulté le 10/01/2011).

7

TAGLIANTE, Christine, L’évaluation et le Cadre européen commun, Paris, CLE international, 2005.

8

Les messages sont publiés avec l’aimable autorisation de leurs auteurs.

Per citare questo articolo:

Brigitte NOIRHOMME, Apprentissage collaboratif sur la plateforme Moodle, Repères DoRiF n. 1 - juillet 2012 - Le français dans le contexte plurilingue des Centres Linguistiques Universitaires italiens, DoRiF Università, Roma juillet 2012, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=20

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