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Francesco ATTRUIA

Recension: “Recherches, didactiques, politiques linguistiques : perspectives pour l’enseignement du français en Italie”

Francesco ATTRUIA

Dottorato di Linguistica Francese
Università di Brescia / Université de Lorraine

francesco.attruia@alice.it

JULLION, Marie-Christine, LONDEI, Danielle, PUCCINI Paola (dir.), Recherches, didactiques, politiques linguistiques : perspectives pour l’enseignement du français en Italie, Milano, Franco Angeli Editore, 2011, pp. 220.

Dans cet ouvrage collectif, des spécialistes de la linguistique française et de la didactique des langues-cultures s’interrogent autour des grands enjeux théoriques et applicatifs de la langue française et de son enseignement. Une partie de ce volume est issue du Colloque Recherches, didactiques, politiques linguistiques : perspectives pour l’enseignement du français en Italie, qui a rassemblé à Milan, les 1-2 octobre 2009, des chercheurs italiens et français venus pour célébrer les 25 ans de l’association Do.Ri.F.-Università.

L’intérêt de la présente publication ne réside pas seulement dans la richesse et la diversité des contributions, mais aussi dans la nature « dialogale » qui sous-tend la structuration de l’ouvrage. Chaque étude est en effet assortie des interventions de répondants qui, en portant leur regard critique sur le texte, en sanctionnent la pertinence relativement aux domaines et aux problématiques privilégiés par le Do.Ri.F. Dans bien des cas, les impressions des répondants poussent même plus loin l’observation des contributeurs et ouvrent des pistes de recherche nouvelles par rapport à celles déjà parcourues ou suggérées dans chaque article.

En incluant les interventions des répondants, cet ouvrage collectif entend donc reprendre et prolonger le débat du colloque, dans l’esprit de confrontation et d’enrichissement des idées bien connu aux dorifiens, et avec le regard tourné tantôt vers le passé de l’association, tantôt vers son avenir. Dans leur préface, Marie-Christine JULLION, Danielle LONDEI et Paola PUCCINI (Vingt-cinq ans de Do.Ri.F.,pp.11-13) insistent en effet sur la nécessité que la déférence vers le passé s’accompagne d’une curiosité pour le « nouveau » tout aussi forte. Il ressort clairement de ces premières pages, une idée de recherche qui, forte des enseignements du passé, ne craint pas aujourd’hui de s’aventurer sur des pistes inconnues et encore moins d’empiéter sur des terrains interdisciplinaires peu battus par les linguistes. C’est dans cet état d’esprit que l’association se prépare, dans les années à venir, à poursuivre ses objectifs avec le même penchant pour l’écoute et la participation qui a accompagné jusqu’à présent tout parcours de recherche de ses membres.

La première partie, consacrée au domaine de la linguistique française, s’ouvre sur la contribution de Jean-François SABLAYROLLES (Des néologismes par détournement ? Ou plaidoyer pour la reconnaissance du détournement parmi les matrices lexicogéniques, pp. 17-28). Dans cet article, l’auteur étudie le phénomène linguistique du détournement, afin de tester sa productivité lexicale dans la formation des néologismes. Plus exactement, il propose d’ajouter aux procédés de formation lexicale interne déjà connus (morpho-sémantiques, sémantico-syntaxiques, morphologiques) une nouvelle matrice lexicogénique qu’il qualifie de « pragmatico-sémantique par détournement » (p. 18). Dans ce cas, il ne s’agit plus de rendre compte de la dynamique de formation des mots à partir de l’analyse morphologique, mais plutôt de démontrer que des mécanismes pragmatiques de construction du sens sont parallèlement à l’œuvre dans la création lexicale et qu’ils ne fonctionnent pas nécessairement sur les Règles de Construction des Mots (RCM). Les néologismes par détournement sont, à cet égard, un exemple intéressant, puisque leur réception par l’interprétant ne consiste pas à décoder le sens inscrit dans les éléments qui composent la lexie, mais dépend de la compétence culturelle partagée par les interlocuteurs. Suivant les mots de l’auteur : « L’absence de sens directement disponible et satisfaisant est l’indice d’un détournement et oblige l’interprétant attentif à un travail particulier de construction du sens, en cherchant, dans le contexte et dans ses connaissances, des éléments qui peuvent l’aider dans son travail d’interprétation » (p. 21).
Ces aspects liés à la reconnaissance du détournement et à l’effort interprétatif que celui-ci demande en contexte n’échappent pas aux observations de Monica Barsi (Les néologismes par détournement en langue étrangère) et de Nadine Celotti (Néologie et lexiculture) qui, dans leurs réponses, mettent fort l’accent respectivement sur les conditions psychologiques de réception des néologismes par détournement et sur leur affinité avec les palimpsestes verboculturels étudiés par Robert Galisson.

Françoise GADET (La variation n’est pas une cerise sur le gâteau, pp. 33-43) se penche, quant à elle, sur la problématique de la variation et sur son rôle dans la didactique du FLE. L’auteure soutient que les professeurs de langue sont principalement préoccupés de transmettre aux apprenants, même avancés, les éléments linguistiques de base (Gadet parle plus exactement de « noyau dur » de la langue), en réservant à la variation une place secondaire, voire marginale. Après avoir centré l’attention sur le flou terminologique qui entoure les termes de « variation » et de « variété », l’auteure s’attarde sur la difficulté de cerner la variation à partir de traits linguistiques cohérents. Cette étude saisit non seulement par ses contenus, mais aussi par la perspective d’où les faits linguistiques sont observés. L’auteure songe en effet à mettre en avant la façon dont les locuteurs mêmes perçoivent la variation, en insistant tout particulièrement sur trois axes de réflexion : (1) l’étendue du matériau variationnel et son degré de perception par les usagers (par exemple, le lexique par contraste notamment à la syntaxe et à la grammaire) ; (2) les réactions des interlocuteurs aux traits variationnels porteurs d’effets stylistiques (exemple diaphasique) ; (3) les interactions en milieux sociaux déterminés (exemple diastratique).
Les réponses à cette contribution sont très variées. Marie-Christine Jullion (La didactique de la variation pour des apprenants italiens niveau C1) relate son expérience didactique à l’Université de Milan et se dresse contre la rigidité des modèles d’apprentissage actuels, fermés à la variation puisque nourris de purisme et parfois incapables de discerner, en phase d’évaluation, entre les différentes compétences.
Chiara Molinari (La variation dans l’espace francophone : un phénomène marginal ?) se penche plutôt sur la centralité que la variation est censée occuper au sein des intérêts de chercheurs et apprenants, et insiste sur les déplacements de la dynamique variationnelle « centre/périphérie » survenus suite à d’importants changements socio-culturels dans et hors l’Hexagone.
Paola Puccini (Une lecture linguistico-anthropologique de la variation) propose, pour sa part, de cerner la variation à l’aune de l’anthropologie culturelle à travers l’exemple de la biographie linguistique de l’écrivain italo-québécois Marco Micone.

L’article de Michele PRANDI (Une idée de grammaire pour la comparaison interlinguistique et l’enseignement des langues, pp. 59-71) ouvre la deuxième partie de l’ouvrage, intitulée « Études comparatives ». Dans cette contribution, l’auteur exprime une position tranchante à l’égard de la grammaire et de ses présupposés. M. Prandi observe que la grammaire ne peut se réduire uniquement à un système de règles contraignantes pour les usagers, mais qu’elle est obligée, dans certaines circonstances, à se plier au pouvoir discrétionnaire de la langue. À l’image inconditionnellement soumise de l’apprenant, l’auteur adjoint donc celle d’un sujet libre de choisir ses moyens d’expression parmi un large éventail d’options que la langue met à la disposition des locuteurs. Cette différence entre grammaire de règles et grammaire d’options permet de justifier, d’abord sur un plan phrastique, la nature non nécessairement grammaticale, mais plutôt conceptuelle de certaines structures dont l’expression ne se réduit pas au marquage linguistique, mais implique un raisonnement inférentiel. Ainsi, tandis que dans le domaine des règles, une forme donnée (sujet-verbe-objet, par exemple) code un rôle sur la base d’une relation grammaticale (codage relationnel) qui procède du contenu vers l’expression, dans le domaine des options, en revanche, une forme donnée est associée isolément à un rôle (instrument, but, bénéficiaire, collaborateur de l’agent…) au moyen d’une relation conceptuelle cohérente (codage ponctuel). Puisque ce rôle est codé à différents degrés, il faut distinguer les cas de surcodage, où le marquage linguistique prime sur l’inférence (la relation consécutive), des cas de sous-codage, où il s’avère plutôt le contraire (la préposition avec), sans pour autant négliger les situations « intermédiaires » où ces deux dimensions se côtoient (les mots de liaison). La contribution s’achève par une application de la grammaire des options au-delà des frontières de la phrase.
Tous les répondants à M. Prandi manifestent un grand intérêt pour la réalisation d’une grammaire des concepts et des notions.
Françoise Bidaud (Didactique des langues, grammaire et conceptualisation) en exalte « l’idée fascinante » et insiste sur les avantages que les apprenants de L2 pourraient tirer d’un tel projet.
Ruggero Druetta (La porosité entre règles et options), pour sa part, identifie des zones de porosité à la frontière entre règles et options afin non pas de mettre en cause la validité des unes au profit des autres, mais plutôt d’illustrer qu’entre ces deux dimensions, des transitions sont constamment à l’œuvre.
Luciana T. Soliman (Pondération des régularités linguistiques et des faits « hors système »), enfin, observe que les grammaires ignorent la pluralité des contextes de production des énoncés ainsi que les instances psycho-cognitives de l’interlocution. Elle s’interroge, plus précisément, sur les avantages que comporterait l’intégration, au sein des grammaires, de faits généralement considérés comme « hors système » : les effets sémantiques des choix modaux, par exemple.

En lisant le texte de Michel BALLARD (Des langues aux textes : entre système(s) et écriture(s), pp. 81-100), on a vraiment l’impression que l’auteur s’adresse indifféremment à des spécialistes de la traduction et à des apprenants de L2, telle est la polyvalence de ses considérations sur la démarche traductive. L’auteur déplore l’absence d’un statut bien défini de la traduction au sein de l’enseignement des langues et se dresse contre la banalisation de la pratique traductive fondée sur la simple recherche des « correspondances » sémantiques entre les mots. De fait, à cette équivalence intersystémique, privilégiée par les méthodes de la tradition scolaire, l’auteur oppose la centralité du travail de réécriture du traducteur en mettant ainsi en jeu la question de sa créativité. L’auteur illustre ce travail de réécriture à l’aide d’un exercice de traduction de propositions relatives, de l’anglais au français. Il ressort de cette analyse de corpus la conviction que traduire ne consiste pas seulement à transférer le sens d’un terme d’une forme à l’autre supposée équivalente, mais aussi à opérer des choix tantôt instinctifs, tantôt conscients et motivés par des raisons stylistiques. Dans son exercice, l’auteur distingue les unités de traduction à « reformulation mimétique » des unités « à reformulation non-mimétique ». Dans les premières, le traducteur maintient la forme de la relative même si elle ne suit pas le schéma du texte de départ (il s’agit alors plutôt d’un « pseudo-mimétisme », p. 88). C’est bien le cas des traductions littérales ou encore de traductions légèrement ajustées pour des raisons linguistico-discursives. Dans les deuxièmes, le traducteur opère des ajustements plus importants qui, le plus souvent, se justifient par le souci d’alléger stylistiquement des traductions littérales pourtant acceptables. Finalement, cet exercice illustre une utilisation « éclairée » (p. 99) de la traduction qui, en dépassant les limites de la comparaison entre systèmes linguistiques, favorise chez l’apprenant la réflexion sur les « modes d’écriture et de production textuelle que ces systèmes peuvent contribuer à générer » (Ibid.).
Dans sa réponse à la contribution de l’auteur, Antonella Leoncini Bartoli (Lieux et place de la traduction dans une formation plurilingue et interculturelle) constate la pertinence de ces réflexions pour la traduction spécialisée tandis que l’intervention plus longue de Josiane Podeur (L’analytique traductologique de Ballard : redécouvrir l’unité de traduction) permet d’approfondir ultérieurement les positionnements théoriques de l’auteur.

Avec Jasmina MELAOUAH (Punteggiatura e respiro del testo. Su “Zone” di Mathias Enard, pp. 109-114) on reste dans le domaine de la traduction afin de cerner de plus près ses enjeux stylistiques. L’auteure insiste, dans sa contribution, sur le rôle incontournable que joue la ponctuation dans le travail d’écriture et, donc, dans la traduction qui se fait elle-même écriture. La ponctuation fait partie, à juste titre, du procès créatif de l’écrivain, de sa poétique, et ne peut nullement se réduire à un simple moyen de signaler les pauses dans la lecture d’un texte. J. Melaouah ne propose dans sa contribution aucun exercice de traduction, mais illustre par l’exemple du roman « Zone » de Mathias Enard que l’absence de points et l’emploi très irrégulier de la virgule correspondent à une orientation expressive précise de l’écrivain. Elle souligne la portée stylistique de ces choix et réaffirme la nécessité de leur donner droit de cité dans la traduction.
Mais si le traducteur reconnaît la complexité stylistique d’un texte, est-il si sûr que l’éditeur fera autant ? Telle est la question que pose Alberto Bramati (La double lutte du traducteur) dans sa réponse à cette contribution. En parlant de « double lutte du traducteur », Bramati souligne son « statut ontologique faible » (p. 116) en tant que constamment soumis, d’un côté, aux jugements des lecteurs et, de l’autre, à la « pression normalisante » (ibid.) de l’éditeur.

La comparaison entre les langues et son application à des fins didactiques ont animé une bonne partie de l’activité scientifique de Claire BLANCHE-BENVENISTE (La linguistique contrastive romane à l’épreuve des textes, pp. 117-126) qui, dans cette publication posthume, s’attache à illustrer les convictions qui ont inspiré la réalisation des méthodes EuRom4 et EuRom5. L’auteure part du constat qu’il existe deux différentes approches applicatives pour l’enseignement de la linguistique romane. Une première démarche consiste à comparer les grammaires de plusieurs langues romanes, en suivant un parcours qui mène de l’acquisition des connaissances linguistiques abstraites à la compréhension des textes (démarche descendante). La deuxième, en revanche, procède de manière inductive (démarche ascendante) et consiste à utiliser des textes authentiques afin de « reconstituer, peu à peu, certaines caractéristiques de la langue » (p. 121). L’auteure plaide en faveur de cette dernière méthode qui, en partant des textes, situe la linguistique contrastive « au terme et non au début » (p. 117) de l’apprentissage et surtout s’avère extrêmement attentive aux difficultés des apprenants. Axée entièrement sur les principes dynamiques de l’enseignement à l’intercompréhension, cette méthode procède prudemment par étapes successives et permet aux apprenants de reconstruire, par le raisonnement inférentiel, la trame du texte et, ce faisant, de tirer eux-mêmes des conclusions presque immédiates sur la nature des éléments linguistiques en jeu. Pour que cela soit possible, les textes soumis à l’attention des apprenants sont soigneusement dépourvus de toute référence à la culture de telle ou telle langue, susceptible d’entraver le processus interprétatif. De plus, dans une première phase, ces textes sont parsemés de plusieurs « mots transparents » dont la fonction, comme le suggère leur nom, est de faciliter, par leur intelligibilité, l’interprétation contextuelle des occurrences opaques.
En réponse à la contribution de C. Blanche-Benveniste, Maddalena De Carlo et Marie Hédiard (La linguistique sert-elle à l’intercompréhension ?) plaident pour l’intégration de plusieurs méthodes d’initiation à l’intercompréhension, tandis que Marie-Christine Jamet (Quelques lignes de commentaires sur le texte de Claire Blanche-Benveniste) relate une expérimentation encore plus poussée de la méthode EuRom5.

« Recherche et formation » est le titre de la troisième partie. Aline GOHARD-RADENKOVIC (D’une didactique d’une langue à une didactique des langues, d’une didactique des langues vers une didactique du plurilinguisme : le choix du nécessaire dans la formation, pp. 139-149) ouvre cette dernière section sur une étude de la dimension pluridimensionnelle et pluriculturelle de la didactique du FLE. L’objectif est d’attirer l’attention sur une problématique assez peu développée dans le domaine de l’enseignement des langues étrangères, à savoir la reconnaissance de la langue et de la culture de l’« autre » en situation de cohabitation ou de mobilité. Dans un premier temps, l’auteure souligne l’importance d’adopter « une approche pluridimensionnelle du processus de communication en langue étrangère avec l’autre » (p. 140) dont elle propose une structure enchâssée en trois niveaux dimensionnels : politique, institutionnel et individuel. Dans un deuxième temps, elle se concentre tout particulièrement sur la didactique du FLE pour la formation des médiateurs linguistiques et culturels, et illustre trois exemples concrets d’application de l’approche plurilingue et pluriculturelle. La première « expérimentation », menée au sein de l’Université de Fribourg, porte sur la mise au point d’un cursus universitaire dont l’objectif premier est de permettre aux futurs médiateurs de développer un « sentiment de multi-appartenance linguistique et culturelle » (p. 142). La transdisciplinarité est fortement encouragée pourvu qu’elle ne se réduise pas à une accumulation de savoirs. L’objectif du cursus est en effet de garantir qu’à l’issue de la formation, les médiateurs seront capables de répondre à la demande sociale en s’adaptant à tous les contextes socio-institutionnels et culturels. Le deuxième exemple porte en revanche sur une expérience d’enseignement de la francophonie plurielle axée aussi bien sur les enjeux linguistiques que culturels et identitaires. La troisième expérience, enfin, est entièrement centrée sur l’apprenant car elle met en avant, par une approche autobiographique, sa capacité évaluative des expériences linguistiques et culturelles avec l’« autre ».
Dans sa réponse à cette contribution, Mathilde Anquetil (Donner corps à une didactique du FLE dans une perspective plurilingue et interculturelle : quelques pistes pour le Do.Ri.F.) identifie dans les programmes de mobilité et dans les Centres linguistiques universitaires deux lieux potentiels où pourrait se réaliser la formation au plurilinguisme.
Danielle Lévy (La formation à la recherche et la responsabilité du formateur : « PEFLiC », un doctorat pluricentré », pp. 155-164), de son côté, se concentre sur les changements survenus dans l’enseignement/apprentissage des langues avec une attention particulière pour l’interdisciplinarité et pour l’apparition de nouveaux objets de recherche. L’exemple qu’elle illustre est celui du doctorat PEFLiC de l’Université de Macerata qui a fait de la pluridisciplinarité et du plurilinguisme un grand chantier pour l’observation de ces changements et pour la mise en œuvre de nouvelles pistes de recherche.

L’étude de Jean-Marie PIERREL (Recherche et valorisation en lexicographie française : les ressources informatisées du laboratoire ATILF, pp.165-180) vise à présenter l’activité de l’ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française). Ce laboratoire, depuis plus de 50 ans au service de la lexicographie française, a permis la réalisation de projets scientifiques de grande envergure parmi lesquels le Trésor de la Langue Française (TLF) et sa version informatisée (TLFi). L’ATILF, basé à l’Université de Nancy (Université de Lorraine, depuis le 1er janvier 2012), a entamé depuis plusieurs années une collaboration fructueuse avec le CNRS, collaboration qui a donné naissance en 2005 au CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales). L’objectif de ce Centre a été de rassembler, dans un portail unique, le maximum de ressources sur le lexique français. De fait, le site du CNRTL héberge non seulement le Trésor de la Langue Française, mais aussi d’autres dictionnaires linguistiques et encyclopédiques, des corpus et des données textuelles, des outils d’analyse quantitative, d’étiquetage et annotation de corpus. Dans la dernière partie de son étude, J.-M. Pierrel illustre l’architecture de ce site et décrit, l’une après l’autre, les typologies d’information que l’utilisateur peut obtenir à partir d’une unité lexicale. Les données lexicographiques apparaissent au premier rang du portail. À côté du TLFi, apparaissent d’autres références incontournables comme les éditions 4e, 8e et 9e du Dictionnaire de l’Académie française, la Base de Données Lexicographique Panfrancophone (BDLF) et la Base Historique du Vocabulaire Français. Suivent les informations morphosyntaxiques issues de la base Morphalou, les informations étymologiques provenant du TLF, les renvois synonymiques et antonymiques issus du dictionnaire de synonymes du Crisco (Université de Caen) et, enfin, le concordancier construit sur la Base textuelle Frantext.
En répondant à J.-M. Pierrel, Charles Barone (Des items et des clics) exalte aussi bien la qualité que la richesse des travaux menés au sein du laboratoire ATILF-CNRS et s’attarde sur l’importance du langage de balisage XML qui permet de rendre compte aussi bien du contenu que de l’ossature d’un texte.
Enrica Galazzi (D’incontournables nouvelles technologies) se penche, pour sa part, sur le profit que la recherche et l’apprentissage peuvent tirer des nouvelles technologies, mais reconnaît aussi la nécessité que tout cela s’accompagne d’une forte motivation, de la part des utilisateurs, à parfaire leurs connaissances et à se servir sciemment des ressources que le progrès met à leur disposition.

Tiziana CIGNATTA (La formation initiale et continue des enseignants : pour une synergie entre recherche et didactique, pp. 187-200) porte son regard sur la formation des enseignants de langues étrangères. Dans cette contribution qui clôt le volume, l’auteure articule sa réflexion autour de trois grands axes : la formation initiale des enseignants ; la formation continue des enseignants et des formateurs ; la position du français comme langue d’enseignement. Le premier axe est surtout l’occasion pour l’auteure de dresser un bilan de l’héritage laissé en Italie par les Scuole di Specializzazione per l’Insegnamento nelle Scuole Secondarie (SISS). Elle insiste tout particulièrement sur le passage qui, depuis leur abolition en 2008, conduira à l’institution du « Tirocinio Formativo Attivo ». Le deuxième axe tient à la formation des enseignants et des formateurs tout au long de leur carrière professionnelle. Dans cette section, l’auteure passe en revue un très grand nombre de programmes et de projets ministériels orientés tantôt vers la formation des enseignants à l’utilisation des nouvelles technologies, tantôt vers les stratégies visant à intensifier la synergie entre recherche et didactique, tantôt vers les pratiques d’autoformation et de e-training. La dernière partie est consacrée à une réflexion sur la position du français comme langue d’enseignement. L’auteure déplore que dans les établissements italiens, l’enseignement du français, et plus largement de la deuxième langue, soit fortement pénalisé par un cadre normatif tendant à privilégier l’anglais. Enfin, elle conclut sur la nécessité que cette phase de transition particulièrement délicate pour l’enseignement des langues en Italie n’atteigne pas négativement la motivation des futures générations à entreprendre la profession d’enseignant-chercheur.
Dans sa réponse à la contribution de l’auteure, Angela Costantini (La formation initiale des enseignants en Italie : un retour en arrière ?) observe que si l’expérience décennale des SISS a été positive pour bien des aspects, elle l’a été moins pour d’autres. Elle regrette, toutefois, que le nouveau dispositif du « Tirocinio Formativo Attivo » ne tienne pas compte de cet important héritage.
Micaela Rossi (La formation initiale des enseignants : les facultés universitaires face à la réforme) s’attarde, en revanche, sur le rôle que les universités sont appelées à jouer dans la formation des enseignants et plaide pour une participation plus active des professeurs des universités à la formation des formateurs, notamment par le développement de formes de recherche-action plus soucieuses des objectifs didactiques que de la recherche « pure ».

La célébration des 25 ans du Do.Ri.F a été l’occasion de réaffirmer la nécessité, d’une part, d’allier la recherche théorique en linguistique française et les aspects plus strictement applicatifs de ses différentes branches et, d’autre part, de renforcer des passerelles entre enseignement secondaire et enseignement universitaire. Le Do.Ri.F a été depuis toujours l’une des rares associations à avoir fortement préconisé ces interactions, et la publication de cet ouvrage témoigne, sans nul doute, de la volonté de ses membres de poursuivre dans cette bonne direction.

Per citare questo articolo:

Francesco ATTRUIA, Recension: “Recherches, didactiques, politiques linguistiques : perspectives pour l’enseignement du français en Italie”, Repères DoRiF n. 1 - juillet 2012 - Le français dans le contexte plurilingue des Centres Linguistiques Universitaires italiens, DoRiF Università, Roma juillet 2012, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=33

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