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Stefano VICARI

Reformuler les termes dans les forums en ligne : le cas des énergies renouvelables

Stefano Vicari
Università di Genova
Stefano Vicari Università di Genova

Abstract

In this paper we propose to show an overview of reformulation strategies of renewable energy of the terms in written interactions in French and Italian internet forums. An goal is to show not only the importance played by the metalinguistic dimension and, in particular, by reformulations in these interactions, but also the paradigm of "troisième homme" or "chef d’orchestre", usually used to describe the discursive processes science popularization, is not right in this kind of popular terminological discourse.

Mots-clés : Reformulation, terminologie des énergies renouvelables, vulgarisation, forum de discussion

Résumé

Dans cet article nous nous proposons de montrer un aperçu des stratégies de reformulation des termes des énergies renouvelables dans des interactions écrites dans des forums internet français et italiens. Le but est de montrer non seulement l’importance jouée par la dimension métalinguistique et, en particulier, par les reformulations dans ces interactions, mais aussi que le paradigme du « troisième homme » ou du « chef d’orchestre » habituellement utilisé pour décrire les procédés discursifs mis en jeu dans le discours de vulgarisation scientifique n’est pas exhaustif pour rendre compte de la circulation des termes dans ce genre de discours terminologique plurilogal et profane.

Keywords: Reformulation, renewable enrergies terminology, vulgarisation, discussion forum

Introduction

Dans cette étude, nous présenterons une analyse des stratégies de reformulation paraphrastique autour de la terminologie des énergies renouvelables dans un corpus de discussions issues de forums en ligne italiens et français où se côtoient spécialistes et non spécialistes.

Suite à la présentation du cadre théorique, nous nous pencherons notamment sur les marques de reformulation paraphrastique des termes dont il est question dans les débats en ligne. À partir de l’analyse d’indices discursifs et contextuels (absence ou présence de commentaires explicitant les raisons des reformulations, inscription des reformulations dans des textes argumentatifs ou non, modalités énonciatives dans le discours d’escorte, etc.), nous nous proposons non seulement de montrer que la dimension métalinguistique joue un rôle fondamental dans les discours en ligne, tout comme dans les discours de vulgarisation (Jacobi, 1985), mais aussi que le paradigme du « troisième homme » (Moles, Oulif, 1967) et/ou du « chef d’orchestre », ne peut pas rendre compte de manière exhaustive des procédés de co-construction des connaissances terminologiques dans les communautés en ligne, caractérisées par une grande hétérogénéité énonciative et d’expertise,répondant à des besoins cognitifs et communicationnels du moins partiellement nouveaux.

1. Reformulations, analyse du discours et socioterminologie : repères théoriques et questionnements

Située à la croisée de l’analyse du discours de transmission des connaissances (Authier-Revuz, 1982, Moirand, 1998, Steuckardt, Agnès, Niklas-Salminen, Aïno, 2005, Reboul-Touré, 2004) et de la socioterminologie (Conceição, 2005), l’analyse des reformulations et des dispositifs énonciatifs qui les introduisent en discours constitue un domaine d’études déjà bien balisé depuis une quinzaine d’années et a montré jusqu’à quel point la reformulation représente un palier important de l’activité métalinguistique caractérisant les discours du vulgarisateur scientifique afin de rendre le contenu sémantique des termes plus accessible au grand public. L’intérêt de l’étude des reformulations dans le cadre des études socioterminologiques réside dans le fait que, comme l’affirme entre autres Conceição (2005), la reformulation peut être considérée comme un résumé sélectif d’une définition qui active seulement une partie des traits conceptuels du terme : elle permettrait donc de montrer les actualisations discursives successives des termes qui opèrent une réorganisation des sèmes inhérents aux termes, avec parfois des écarts par rapport au sens prototypique. Dès lors, la reformulation constitue non seulement une voie d’accès privilégiée par les locuteurs pour s’approprier les concepts spécialisés à travers l’apport d’informations définitionnelles et conceptuelles mais aussi un moyen que les locuteurs ont pour inscrire en discours un jugement individuel portant sur les termes et/ou les concepts désignés par ces termes.

Nous avançons l’hypothèse que la raison pour laquelle les corpus en ligne qui seront analysés présentent un grand nombre de reformulations est que, comme le soutient Jacobi, la reformulation « est nécessaire pour permettre à une langue scientifique spécialisée de jouer son rôle d’outil de communication pour un cercle élargi d’utilisateurs » (JACOBI 1999 : 155) : en tant que discours d’échange et de construction de connaissances plus ou moins spécialisées, les interactions qui feront l’objet des analyses suivantes se présentent comme des terrains féconds pour l’observation de reformulations discursives sur les termes dont il est question dans les discussions et, par là, pour accéder à tout un ensemble d’informations terminologiques représentationnelles et profanes sur les termes des énergies renouvelables et sur leurs emplois dans les discours. Or, si, comme le soutient Mortureux,« alors que le discours scientifique tend à réduire, sinon éliminer la synonymie, ici [dans les discours de vulgarisation] au contraire, s’établit une synonymie référentielle mettant en équivalence les termes scientifiques et des vocables plus ou moins nombreux ; ces vocables, de sémantisme plus vague, c’est-à-dire de signifié plus pauvre, correspondent à des lexèmes susceptibles de couvrir des référents plus variés que le seul référent du terme scientifique » (MORTUREUX 1982 : 53), l’analyse des reformulations devrait nous permettre de mieux nuancer ces propositions et de vérifier de manière systématique ce transfert d’une terminologie spécialisée au lexique commun : peut-on considérer que ces affirmations soient valables aussi pour le corpus analysé ? Dans quels buts les scripteurs inscrivent-ils en discours ces reformulations ? Quelles sont les stratégies énonciatives déployées par ceux-ci ? Autrement dit, que peut-on dégager de la dialectique entre forme (modalités d’inscription dans le discours en contexte) et sens (l’aspect sémantique et cognitif mis en jeu) dans ces reformulations ?

2. Corpus et méthodologie

Le corpus est constitué d’environ 500 commentaires métalinguistiques ordinaires pour la langue française et pour la langue italienne pour un total de presque 1000 commentaires repérés à partir de mots-clés métalinguistiques (voir la liste exhaustive présentée à la fin de la contribution). Ces textes sont issus de trois sites français (Econologie.com, Chaleurterre.com, Forums.futura-sciences.com) et de trois sites italiens grand public (Energeticambiente.it, Energiaalternativa.forumcommunity.net, Alternativenergetiche.forumcommunity.net),consacrés aux questions concernant les énergies renouvelables.

Les six sites se présentent comme des « portails d’informations » en accès libre et gratuit et ont comme objectif explicite de promouvoir et de divulguer des connaissances autour des énergies renouvelables. Aucune des institutions hébergeant les forums ne fait partie d’une entreprise à but lucratif, l’échange d’opinions et de propositions sur les énergies renouvelables étant à la base des projets des sites. L’on peut constater aussi que parmi ces sites, Energeticambiente.it est un projet soutenu par une association constituée de chercheurs mais aussi de profanes impliqués dans le domaine des énergies renouvelables (particuliers ayant fait des installations, techniciens, simples passionnés), comme la page d’accueil le souligne : « EnergoClub Onlus. Associazione di cultori, ricercatori, innovatori e appassionati di fonti energetiche rinnovabili e di tecnologie efficienti » dont le but est « la riconversione del sistema energetico, dall'attuale basato sulle fonti esauribili, ad un sistema sostenibile basato sulle fonti di energia rinnovabili » (http://www.energeticambiente.it/)1.

Or, si ces discours font partie du discours de vulgarisation au sens large (Jacobi, 1985), la structure du corpus (interactions plurilogales en ligne), les identités des participants aux discussions (anonymes, experts et moins experts, etc.) et la dimension « interventionniste » des sites constituent des éléments qui pourraient sans doute différencier ce genre de discours des textes de vulgarisation tels que nous sommes habitués à les lire et/ou à les analyser.

Pour cette étude nous nous limiterons à l’analyse des reformulations paraphrastiques, à savoir des énoncés qui prédiquent en langue une identité sémantique entre deux formulations différentes, cette identité s’appuyant sur « une parenté sémantique intrinsèque » (FUCHS 1994 : 83). Il s’ensuit que pour qu’il y ait reformulation paraphrastique,l’équivalence sémantique entre deux termes ou deux propositions doit être affichée par la présence d’un énoncé source (ref-é) et d’un énoncé reformulant (ref-ant), les deux étant souvent reliés par un marqueur de reformulation paraphrastique2. Afin de déterminer les fonctions de ces reformulations, nous nous appuierons sur la présence/absence de toute une série d’indices discursifs et contextuels (absence ou présence de commentaires explicitant les raisons des reformulations, inscription des reformulations dans des textes argumentatifs ou non, modalités énonciatives dans le discours d’escorte, etc.) issus des études sur l’énonciation et sur le discours rapporté (Rabatel, 2004, Rosier, 2004).

3. Les reformulations dans les discours terminologiques en ligne : quelques données

Au niveau quantitatif, l’on constate une situation assez homogène dans les deux corpus :pour le français nous avons repéré 153 reformulations sur 500 commentaires et pour l’italien 122 sur le même nombre de commentaires. L’on peut déduire que les reformulations jouent un rôle important dans le cadre des énoncés métalinguistiques repérés : elles semblent en effet constituer à peu près un tiers des énoncés métalinguistiques.

La prise en compte des termes reformulés nous aidera a mieux détailler cette apparente homogénéité des corpus.

Si, en effet, à la suite de Zanola (2008), l’on considère que le domaine des énergies renouvelables est constitué de trois sous-domaines (juridique, technique, financier), le classement des termes reformulés suivant les sous-domaines révèle que dans le corpus français 145 termes appartiennent au sous-domaine technique (hystérésie, TSR, COP, etc.) et 7 au sous-domaine juridique (CWAPE, etc.), alors que dans le corpus italien 86 termes relèvent du sous-domaine technique, 30 du sous-domaine juridique (SSP, certificatore, 20-20-20) et 6 termes appartiennent au sous-domaine financier (terzo conto energia, EO, CEI, etc.).

En premier lieu, ces données nous révèlent déjà la tendance commune aux deux corpus : les interactions en ligne sont plutôt orientées vers la résolution de problématiques techniques et pratiques qui font en sorte que les interlocuteurs s’accordent fréquemment sur l’emploi des termes de spécialité afin de garantir une compréhension adéquate à leurs exigences.

En deuxième lieu, l’on constate dans le corpus italien une tendance à la reprise métadiscursive de termes relevant du domaine juridique (à peu près 33% des reformulations analysées) plus importante que dans le corpus français, où les termes juridiques repérés ne constituent qu’une partie exiguë du total (7 sur 145). Les scripteurs italiens semblent donc davantage orientés vers des discussions portant sur la bonne compréhension des textes législatifs, ou sur le repérage des incohérences présumées dans ces mêmes textes, etc. Cette situation est sans doute déterminée par le fait qu’en Italie les normes réglant le domaine des énergies renouvelables évoluent très rapidement et présentent encore une certaine instabilité normative que les scripteurs ne cessent de remarquer :

La prima cosa che ci dobbiamo chiedere è cosa è un "impianto a terra". Il II e III CE definiva un impianto a terra quell'impianto i cui moduli sono collocati a meno di 2 metri da terra nel punto più basso. Conseguentemente le pensiline non lo erano. Noi progettammo in Sicilia una elicicoltura nella quale i normalissimi corridoi di lavorazione (presenti in tutti gli allevamenti di lumache a terra non sotto serra, le migliori) erano coperti con tettoie a vantaggio sia del confort dei lavoratori sia delle stesse lumache (che soffrono il caldo). Purtroppo il IV CE non interviene esplicitamente e il GSE (cdf. regole applicative, 3.7 "Limitazioni per impianti installati a terra su suolo agricolo") specifica nella seconda pagina terzo capoverso: "si definiscono impianti a terra gli impianti per i quali i moduli non sono fisicamente installati su edifici e che non rientrano nella definizione di pergole, pensiline, barriere acustiche, tettoie e serre". A questo punto la domanda è: ma cosa è una pensilina? Qui il DM chiarisce: art. 14, c.2 fa salve le disposizioni interpretative dell'art. 20 del DM 6 agosto 2010, commi 1 (ma il GSE produce una diversa definizione, qui si potrebbe contestare, ma lo scopo del testo è diverso e dunque è un discorso complesso), 2, 3, 4, 5, 6, 7; il comma 3 riguardava le pensiline e diceva: "La dizione «pensiline» di cui all’allegato 3 del decreto ministeriale 19 febbraio 2007, è da intendersi riferita a strutture accessorie poste a copertura di parcheggi o percorsi pedonali. Non rientrano in questa tipologia specifica quelle strutture realizzate in ampi spazi aperti, anche con destinazione agricola, che risultano scollegate e non funzionali a strutture ad uso pubblico o ad edifici con qualsiasi destinazione d’uso." allora, ora la palla passa a te: le tue strutture sono "scollegate e non funzionali a strutture ad uso pubblico o ad edifici?" POI c'è una questione diversa: va nel registro? Fino a che corre il 2012 la domanda ha senso. Fortunatamente tra qualche mese non l'avrà più. In base ad una lettura ristretta delle definizioni le pensiline (che non sono edifici ma neppure "altri impianti") ci vanno. (alvisal61, 24-01-2012, http://www.energeticambiente.it/legislazione-normative-e-comunicati-ufficiali/14745816-pensiline-fotovoltaiche-si-o-no-dopo-art-65-decreto-cresci-italia.html)

Enfin, au niveau des typologies de termes reformulés, dont le tableau ci-dessous nous fournit une synthèse, onremarque que si les unités terminologiques nominales simples sont plus fréquentes dans le corpus français que dans le corpus italien, les sigles et les acronymes occupent une place privilégiée dans les deux langues.

Les unités à base verbale sont également bien représentées dans les deux corpus, si l’on considère qu’en terminologie de spécialité, généralement, les termes à base verbale sont moins fréquents.

Typologies des unités terminologiques
Corpus italien
Corpus français

Sigles et acronymes

20 %

30 %

UT nominale simple

21%

44%

UT nominale composée

50%

21%

UT verbale

9%

5%

UT adjectivale

//

<1%

Fig. 1: Pourcentages des typologies des unités terminologiques.

Il nous semble que la donnée la plus évidente montrée par ce tableau porte sur les unités nominales dans les deux langues : ces unités, composées du type Nom + (préposition) +Adjectif (dégivrage naturel, loi d’eau), sont représentées surtout dans le corpus italien (45%) alors que dans le corpus français elles ne constituent que 21% du total des termes reformulés. Les données montrant cette double tendance à la réduction des termes complexes en français et à leur emploi diffus en italien demandent à être confirmées par des études ultérieures, à partir de données plus exhaustives.

L’analyse qualitative des reformulations analysées nous permettra de mieux détailler les fonctions qu’elles remplissent au sein des interactions et de discuter ces données à la lumière d’une analyse qualitative approfondie.

4. Les types de reformulations

4.1. Les autoreformulations

La plupart des reformulations repérées sont constituées par des autoreformulations parmi lesquelles on constate la présence massive de deux procédés : les cas où les reformulants (ref-ant) entrent dans une relation d’hyperonymie/hyponymie avec les reformulés (ref-é) et les reformulations de sigles.

4.1.1. Les dispositifs exhibant la relation d’hyperonymie/hyponymie

Les dispositifs de reformulation qui établissent une relation d’hyperonymie/hyponymie entre ref-é et ref-ant répondent souvent à un souci plutôt pédagogique et/ou d’intercompréhension de la part du scripteur, comme on peut le constater dans les exemples suivants3 :

1. (a) Bonsoir mickeys, Mon but principal était d'améliorer l'isolation thermique car : pratiquement inexistant sur la CIAT CALEO. Donc j'ai employé du polyuréthane (isolant thermique) (http://www.chaleurterre.com)

(b) L'impianto in oggetto utilizza come fonte energetica primaria fanghi e biomassa vegetale, ovvero legno cippato (es: cippato di pioppo, ecc.) ... (http://alternativenergetiche.forumcommunity.net/)

L’ordre respectif du reformulé (ref-é) et du reformulant (ref-ant) et la nature des ref-ant dans les deux séquences de reformulation semblent confirmer cette interprétation. En effet, dans les deux cas, les ref-ant suivent les ref-é, ceux-ci étant sans doute perçus par les scripteurs comme trop abscons pour les lecteurs : les scripteurs reviennent alors sur leurs propres termes afin de les rendre plus accessibles aux lecteurs. Pour ce faire, ils adoptent deux stratégies distinctes mais spéculaires : dans (a), le scripteur propose un hyperonyme du terme d’origine savante /polyuréthane/, de diffusion limitée à la communauté scientifique des chimistes. L’hyperonyme proposé met en évidence la fonction du polyuréthane dans ce contexte plutôt que l’appréhension du concept : l’isolation thermique n’est en effet qu’une des fonctions possibles de la substance. Dans (b), le ref-ant est constitué par un hyponyme du terme certes plus connu et diffusé de « biomasse végétale » : dans ce contexte, le but du scripteur est l’explicitation du type précis de biomasse végétale utilisée dans l’installation dont il est question. Le ref-ant est suivi également d’une expansion de type encyclopédique, marquée par des parenthèses et permettant au scripteur de fournir un exemple particulier de « legno cippato ».

4.1.2. Les reformulations de sigles et d’acronymes

Les autoreformulations portant sur les sigles et les acronymes sont nombreuses dans le corpus, ce qui montre que ces deux catégories de termes sont considérées comme opaques par les scripteurs. Or, pour ce qui est des stratégies de reformulation, tout comme cela arrive dans les discours de vulgarisation économique étudiés par Janot (2012), les sigles et les acronymes des institutions ne sont pas vraiment développés dans le ref-ant : les scripteurs se limitent à résumer la fonction ou l’activité de l’institution en question, comme dans l’exemple 2 :

2. la CWAPE (organisme qui délivre les certificats verts) a vite trouvé la parade : elle connaît la puissance de ton installation: gare à toi si ton compteur vert indique trop. cuicui: (Elephant, le 10-12-09, http://www.econologie.com/)

Au lieu de développer le sigle (CWAPE : Commission Wallonne Pour l'Energie), le scripteur préfère insister sur l’activité de l’organisme officiel, chargé de réglementer le marché wallon de l’énergie et de l’électricité et, par là, de vérifier la puissance de l’installation de son interlocuteur. Dans ce contexte discursif, connaître la dénomination exacte de l’organisme n’est pas nécessaire : c’est plutôt sa fonction qui intéresse les locuteurs. Il en va autrement lorsqu’il s’agit d’expliquer aux interlocuteurs des techniques récentes, supposées encore inconnues, comme dans le commentaire suivant :

3. Le CSP. Une autre technique, utilisant l'énergie solaire thermique et dont on parle encore très peu se nomme CSP (Concentrating Solar Power). Cette technologie relativement simple a été mise sur pied dès 1985, à Kramer Junction, en Californie. (http://www.econologie.com/forums/energie-propre-le-csp-vt9736.html)

Le but pédagogique est dans ces cas plus évident : le développement du sigle ne vise pas l’acquisition d’un savoir-faire, de type pratique et/ou procédural, mais plutôt une explication relativement précise de la technique présentée.

Dans d’autres cas, moins fréquents (4 et 5), les sigles constituent les ref-ant proposés pour des ref-é qui en principe seraient plus transparents pour des profanes, comme dans les cas suivants :

4. Que pensez vous du matériel et du tarif. Je vous remercie d'avance. (martin70, le 08-03-2007 http://www.chaleurterre.com/).

Bjr, Personne ne répond ?? Alors je me lance : Pourquoi installer 2 systèmes thermodynamiques ? En prenant un groupe à eau, type Altherma, mais plus puissant (il faudra peut-être changer de fabricant car les gros Altherma ne sont pas encore dispo) en y ajoutant des ventilo convecteurs (VC dans notre jargon) pour les combles, ça me semble bien. (givais).

5. Il solare termodinamico è la soluzione ideale a tutti i nostri problemi energetici facendoci dimenticare presto la dipendenza dal petrolio e sollevare l'economia da quella nucleare che però dovrà esistere nei momenti bui, magari meglio se prodotta all'estero. Come una diga che raccoglie l'acqua per poi trasformarla in energia idroelettrica, così il solare termodinamico a concentrazione (CSP), ovvero l'energia del sole catturata dagli specchi, supera il limite principale dell'eolico e del fotovoltaico, cioè quello di produrre energia solo quando c'è vento o sole e ha invece la capacità di accumularla. (RussoRusso, le 03/03/08, http://alternativenergetiche.forumcommunity.net/?t=12576475)

Dans ces commentaires, le ref-é est certainement moins opaque que le ref-ant et l’intention pédagogico-didactique est moindre sinon absente. Ces reformulations contribuent plutôt à la construction de l’éthos discursif (Amossy, 2010) des scripteurs qui, ce faisant, entendent montrer leur maîtrise de la terminologie spécialisée. Plutôt qu’expliquer le concept, les scripteurs exhibent une terminologie appartenant à une communauté de spécialistes et/ou de techniciens dont ils sont censés faire partie (par l’emploi du possessif « notre » dans le deuxième commentaire).

Si la plupart des autoreformulations remplissent une fonction didactique, les séquences de reformulation peuvent révéler d’autres enjeux, liés aux contextes discursifs où elles sont introduites et faire partie de dispositifs de reformulation plus complexes.

4.1.3. Autres cas de figure plus complexes

La création d’un éthos « expert » est aussi à la base de la reformulation suivante qui, d’entrée de jeu, oriente les lecteurs vers le choix d’une dénomination plutôt que d’une autre :

6. Quelle alternative au pétrole ? Les « biocarburants » ou plutôt les « agrocarburants » sont présentés comme une alternative au pétrole. A partir de blé, de betterave, de colza ou d’autres plantes on entend produire des carburants « bio ». […]Tout parait donc idyllique si l’on ne prend pas en compte le fait que pour produire l’agrocarburant, il faut des engrais dont la fabrication, le transport et la distribution est coûteuse en énergie, il faut semer, cultiver, traiter les plantes à très grande échelle pour subvenir aux besoins actuels de nos sociétés. […] les agrocarburants ne peuvent donc pas être présentés comme une alternative durable au pétrole. (Tenacatita, le 20-11-2004, http://forums.futura-sciences.com/)

Dans cette autoreformulation il ne s’agit pas de proposer une expansion définitoire ou encyclopédique du ref-é, mais plutôt de suggérer une dénomination (le ref-ant) qui serait mieux adaptée au concept, sans compter que le préfixe agro- a une connotation plutôt négative par rapport à bio-, si l’on s’en tient aux représentations véhiculées le long de la discussion d’où ce commentaire est tiré. La fonction argumentative est évidente dans la suite du message, où le scripteur prend ses distances par rapport à la solution d’emploi des agrocarburants comme alternative au pétrole, ainsi que les verbes « sont présentés » et « on entend » le montrent, verbes à travers lesquels le locuteur ne prend pas vraiment en charge les affirmations présentées. On peut remarquer aussi qu’une fois que le choix de la dénomination « agrocarburant » a été fait, le scripteur l’emploie en coréférence dans le reste de son texte. L’absence de commentaires explicitant les raisons de la préférence accordée au terme « agrocarburant », la non prise en charge énonciative du début du texte et, enfin, la stabilisation terminologique dans tout le commentaire confirment, nous semble-t-il, l’interprétation de la reformulation présentée ci-dessus : aucune intention didactique et/ou pédagogique n’est présente dans cette reformulation qui travaille plutôt du côté de la construction d’un éthos d’expert contribuant à conférer au scripteur l’autorité nécessaire pour exposer des arguments précis et bien détaillés contre l’emploi d’agrocarburants. À peu près le même cas se retrouve dans le commentaire suivant, où le scripteur s’appuie sur la reformulation-rétroaction pour soutenir son opinion introduite dans la suite du message (« la mia opinione è … ») :

7. Concordo con cadigiacomo. Si parla di "dispositivo dedicato" (ovvero deve essere a servizio esclusivo dell'impianto, o parte di impianto - di quì la possibilità appunto di dividere l'impianto in 3 o più parti, in quest'ultimo caso solo se gli SPI sono dotati di logica OR) e non di "dispositivo esterno". Per come la intendo io "dedicato" vuol dire che "fa solo quello" e non ha altra funzione. In ogni caso la mia opinione è che c'è stato un errore nella scrittura della norma. Io credo che chi ha pensato la norma volesse mantenere, per gli impianti fino a 20 kW, le condizioni preesistenti, con la sola aggiunta della possibilità di avere anche più di 3 inverter senza SPI esterno purchè con logica OR (se ricordate infatti prima il massimo era 3 inverter e basta). Quando invece, a pag 60 della norma, si definisce come deve essere realizzato il SPI, quì il testo risulta poco chiaro...Altra cosa a riprova che c'è una incongruenza. Se seguissimo l'interpretazione generale, ovvero che superati i 6 kW si debba installare un SPI esterno, che senso avrebbe permettermi di avere fino a 3 SPI per impianti fino a 20 kW?? Ovvero, visto che sarei obbligato a mettere il SPI esterno chi me lo fa fare a metterne 3 quando me ne basta 1 solo?? Cosa ne pensate? (Fedeplane, 30-07-2012, http://www.energeticambiente.it/)

Des autoreformulations obéissent également à la nécessité de préciser et/ou de rappeler l’objet de discours et permettent aux scripteurs d’insister sur les aspects des termes qui les intéressent, tout en évitant des déviations par rapport à cet « objet » :

8. Christophe a écrit: « Je viens de te donner un élément de réponse avec le rapport sur l'énergie grise d'une pile jetable de 1 à 1000... » Ce n'était juste pas ma question :-) Ma question portait sur l'efficacité énergétique de ces batteries, c'est à dire sur le rapport entre l'énergie en sortie, fournie par la batterie, et l'énergie en entrée, prise sur le réseau pour la charger. Et sur l'évolution de ces 3 grandeurs avec le nombre de cycles... Et en plus, donner un chiffre, c'est juste un chiffre. (Bernardd, 13/11/2010, http://www.econologie.com/forums/piles-jetables-vs-accus-rechargeables-vt10144-10.html)

9. Non è ben chiaro secondo me di che pannelli tu stia parlando. Il jolly di sfiato di solito è posto sopra il boiler dell'acqua per evitare che in estate, raggiungendo temp. elevate possa andare in sovratemperatura e sovrapressione. I pannelli in questione sono a tubi sotto vuoto (heat pipe) o pannelli piani ? (wroclaw)

Dans le même ordre d’idées, l’on peut retrouver des structures plus complexes, qui présentent des reformulations emboitées les unes dans les autres pour permettre aux scripteurs de mieux préciser leurs nécessités cognitives, comme dans l’exemple suivant :

10. Le probleme est le gisement exploitable, c'est à dire trouver des lieux géologiquement favorable, c'est à dire des couches chaudes pas trop profondes et qu'on peut exploiter facilement c'est à dire qu'on puisse forer à des coût raisonnables (un faut au moins 1 puit Aller et 1 puit retour) (Christophe, 15-12-2008, http://www.econologie.com/forums/planification-ecologique-sur-10-ans-vt6644-20.html)

Ce cas de reformulation avec le connecteur c’est-à-dire est intéressant puisqu’il présente une accumulation de trois reformulations : les reformulations ne portent pas directement sur le terme « gisement », mais plutôt sur l’attribut « exploitable » qui lui est associé. Dans le détail, les deux premières reformulations reprennent tant « gisement » que « exploitable », bien que le focus porte sur le processus (exploitable -> qui peut être exploité ) plutôt que sur le substantif  :

Ref-ant de « exploitable » : Trouver….géologiquement favorable / et qu'on peut exploiter facilement

Ref-ant de « gisement » : des couches chaudes pas trop profondes

Ref-ant du processus :   qu'on puisse forer à des coût raisonnables.

Comme ce dernier exemple le montre du moins partiellement, on observe une tendance plus généralisée qui porte sur la reformulation de procédés techniques et/ou de termes envisagés dans leurs contextes pratiques d’utilisation. Voici trois commentaires qui montrent cette aptitude à insister sur les aspects plutôt pratiques et techniques des termes :

11. Priorité à l'isolation, si ce n'est déjà fait . C'est l'investissement le plus rentable . Ensuite , penser au solaire direct , c'est à dire ouvertures vitrée ( isolée bien sûr ) au Sud . Ensuite privilègier la diffusion de chaleur basse température comme un plancher chauffant . Sur du neuf c'est plus simple . Dans notre cas ( maison en place et parfois ancienne ) on s'adapte , mais les règles de priorité restent les mêmes . (looping, le 19-01-10, http://www.econologie.com/)

12. esistono alcuni inverter "parallellabili", ovvero li puoi collegare in parallelo aumentando cosí la loro potenza. Victron ha quasti tutti i modelli con questa caratteristica. Ma non ti consiglio affatto una cosa del genere. (max_linux2000, le 04/01/2011, http://energiaalternativa.forumcommunity.net/?t=42885473)

13. Bonjour, Je suis sur un projet pour valoriser mon huile végétale, J'ai un moteur diesel (avec une pompe boch) qui pourrait marcher 100% à l'huile. Je voudrais le transformer en cogénérateur, c'est à dire récupérer la chaleur du moteur et produire de l'électricité grâce à une génératrice. C'est la le hic, je cherche justement la génératrice, donc si vous pouviez me dire ou trouver une génératrice et à quel prix ? Ce serait pour alimenter la maison voir plus, j'ai un vieux compteur Merci d'avance pour vos réponses (moimart1, le 08-07-08, http://www.econologie.com/)

L’exemple (11) présente une reformulation d’un terme « solaire direct » qui ne saisit pas vraiment le concept de /solaire direct/ mais plutôt l’objet concret qui permet d’en profiter (« ouvertures vitrées »), dans une optique très pratique, alors que l’exemple (12), présente une reformulation partielle du terme composé « inverter ‘parallellabili’ ».

L’exemple (13) expose, quant à lui, une reformulation d’un procédé technique (« transformer en cogénérateur ») permettant aux participants de comprendre concrètement ce système de transformation. L’exigence d’une intercompréhension immédiate et applicable aux différentes situations quotidiennes n’empêche pas l’énonciation de reformulations qui, au lieu d’utiliser des termes plus simples et plus vagues, resituent le ref-é dans le cadre d’une terminologie spécialisée, comme dans l’exemple suivant :

14. un cable secteur torsadé rayonne très peu: si vous n'en trouvez pas et que vous passez vous même les fils dans les gaînes, torsadez les fils avant de les passer. A défaut utilisez du câble cuirassé ( en belgique, çà s'appelle du VFVB ) c'est à dire, 2 conducteurs + un double feuillard à la terre. (elephant, le 06/02/2007, http://www.econologie.com/forums/ventilation-ecologique-et-electricite-bio-compatible-vt3075.html)

La reformulation à tendance définitoire est ici précédée d’une dénomination (VFVB) entre parenthèses introduite par une restriction de la communauté linguistique dans laquelle la dénomination proposée est en usage (en belgique) et par la structure régie par le verbe métalinguistique s’appeler. La reformulation constitue ici une expansion définitoire du terme « câble cuirassé » mais contient elle aussi deux termes spécialisés « conducteur » et « feuillard ».

La présence assez répandue de termes spécialisés dans les énoncés définitoires, dans les reformulations et dans les dénominations/désignations proposées par les scripteurs nous permet d’avancer l’hypothèse que, par rapport aux discours de vulgarisation proprement dits, les discussions analysées ici révèlent un emploi des termes de spécialité plus important, dû à la présence massive de locuteurs plutôt experts (ingénieurs, techniciens, etc.).

Les tendances à la reformulation de procédé technique et à l’emploi de termes plus spécialisés ne sont en contradiction qu’apparemment : elles remplissent plutôt de manière conjointe l’une des fonctions essentielles de ces interactions en ligne, à savoir l’acquisition d’un savoir-faire à la fois pratique et précis et de compétences procédurales qui rapprochent sensiblement ces textes des textes techniques et des modes d’emploi.

4.2. Entre hétéroreformulations et autoreformulations

Dans biendes cas de notre corpus, il n’est pas toujours possible de distinguer nettement entre hétéroreformulations et autoreformulations ; dans d’autres exemples les autoreformulations se superposent à des hétéroreformulations des mêmes termes le long des interactions.

Pour ce qui est du premier cas, l’exemple suivant contribuera à éclaircir cette tendance :

15. chatelot16 a écrit: « Ces schémas ne sont vraiment pas clairs : Ils montrent le récupérateur d'énergie de freinage comme un élément supplémentaire, alors que ce n'est qu'une façon d'utiliser le moteur principal. la récupération au freinage est juste quelques petits détails en plus dans le circuit de commande du moteur , qu'il soient électroniques ou plus anciens » C'est une bonne remarque on peut se demander si une telle opacité dans un croquis à visée didactique n'a pas pour but de réussir le contraire de ce qu'il est censé faire c'est à dire faire comprendre la simplicité de l'architecture hybride série branchable (PHEV) pour Plug in Hybride Electric Véhicule. C'est à dire en langage clair un véhicule électrique rechargeable sur prise de courant capable de fonctionner pour des longs trajets en mode hybride grace à un groupe électrogène embarqué. Cette technologie qui a été commercialisée en France par Renault sur le Kangoo ER (pourquoi n'en ont-ils vendu que quelques dizaines en cachette?) permet des consommations inférieures à 3 litres aux 100km. (citro, le 02/02/09, http://www.econologie.com/)

S’il est vrai que le scripteur reformule ses propres mots (« (PHEV) pour Plug in Hybride Electric Véhicule »), le sigle reformulé est issu d’un document à visée didactique qu’il rapporte et qu’il se propose de rendre plus clair. Cela est d’ailleurs montré par la suite du message, où il explicite la nécessité de reformuler « en langage clair » le terme perçu comme abscons utilisé dans la brochure. Il nous semble donc que loin de représenter une simple autoreformulation, ce dispositif de reformulation présente un cas bien plus complexe où la reprise des mots des autres et leur reformulation servent à dénoncer une lacune dans la vulgarisation des notions scientifiques.

Pour ce qui est de la superposition d’autoreformulations et d’hétéroreformulations, il s’agit du cas le plus fréquent dans notre corpus :

16. Super géothermie par heatpipe sans compresseur? Mon "plombier" m'a parlé d'un systeme de géothermie très novateur actuellement en test qui consiste à enterrer plusieurs heatpipe (ou caloducs en français dans le texte) de plusieur m verticalement dans la terre. Un caloduc est un conduit contenant un fluide caloporteur qui peut subir un changement de phase, ou non d'ailleurs durant le cycle: très utilisé en refroidissement PC depuis quelques années. Ca serait donc une espèce de "super pompe à chaleur" et un simple circulateur suffirait pour chauffer toute une maison (d'après mon plombier)!

Puisque le changement de phase serait "automatique" et effectué à basse température dans les heatpipes. (Christophe, le 23/05/2009, http://www.econologie.com/forums/super-geothermie-par-heatpipe-sans-compresseur-vt7653.html)

17. salut Christophe, ça a l'air d'êtreun gros frigo avec des échanges thermiques et des détente/compression adiabatique. Le "circulateur" a très probablement aussi un rôle de compresseur. Le détendeur doit aussi probablement fonctionner à laminage, (pas top pour le rendement, mais simple). (Remundo)

18. Remundo: tu viens de réinventer la pompe à chaleur! Dans ce cas, ce n'est pas la même chose puisque le fluide caloporteur "primaire", c'est à dire celui des caloducs, ne serait pas en "contact mécanique" (pression différentes) avec le fluide secondaire (eau du circuit hydraulique) qui serait un classique circuit de chauffage...Exactement comme un panneau solaire à caloducs si tu veux... Y aurait seulement un échange thermique. (Christophe)

Suite à la première autoreformulation, qui répond à la nécessité de présenter aux autres intervenants une technique novatrice dans le domaine de la géothermie, le scripteur en (17) propose une reformulation à tendance définitoire en recourant à une comparaison (« ça a l'air d'être ») avec des termes connus et moins techniques afin de s’approprier cet « objet » nouveau. Les trois autoreformulations en (18) visent, quant à elles, à appuyer la critique du scripteur qui n’est pas d’accord avec la définition proposée par le scripteur en (17). Sans entrer dans le détail des types de reformulations présentes, cet échange montre comment les reformulations peuvent devenir un véritable objet de discours qui se tisse le long des échanges, avec des buts différents suivant les fonctions discursives et cognitives qu’elles remplissent.

4.3. Les hétéroreformulations

Si les hétéroreformulations sont moins nombreuses dans le corpus, elles remplissent néanmoins de nombreuses fonctions (didactique, argumentative, rappeler et/ou préciser l’objet de discours en reformulant l’aspect qui intéresse le scripteur,  etc.) qui peuvent aussi se cumuler dans les séquences de reformulation, comme dans l’hétéroreformulation suivante :

19. Bjr, Je me demande à quoi sert cette vanne rouge sur la photo [http://www.chaleurterre.com/forum /images/uploads/beru59/retour-clean_167.jpg]? (beru58, le 18-10-2011, http://www.chaleurterre.com/)

A la seule vue de cette photo ou l'on distingue le pot a boues , Il s'agit de se qui s'appelle une vanne TA dans le jargon du chauffage, ou plus précisément : vanne d'équilibrage, dotée des prises de mesures en rouge et bleu. Cdlt, (ludo67).

La première dénomination proposée (« vanne TA ») resitue le générique « vanne rouge » dans une terminologie spécialisée (« dans le jargon du chauffage ») tout comme la seconde dénomination « vanne d’équilibrage », qui serait plus précise au dire du scripteur : cette autoreformulation non seulement constitue une sorte de rétroaction du terme « vanne rouge » proposé par le premier scripteur et, par là, répondrait à un souci pédagogique, mais aussi elle contribue à inscrire en discours une image du scripteur en tant qu’« expert » fiable, fin connaisseur de la terminologie utilisée.

À peu près la même situation se retrouve dans l’hétéroreformulation suivante où le scripteur non seulement reprend les mots d’un participant et en fournit une reformulation en symboles chimiques, mais aussi il ajoute des informations complémentaires tout en montrant sa maîtrise du sujet :

20. j'ai oublié de dire que ammonique et ammoniac ce n'est pas la même chose! l'ammoniaque solution est une solution aqueuse, pour le ménage, et l'ammoniac est un gaz. dans le cas du denox, c'est l'ammoniac gaz qui est utilisé! a+ (clopin69,le 16-02-06, http://www.econologie.com)

Merci pour les infos clopin69, juste deux précisions : 1.Ce que faisait Zac, ce n'était pas exactement de mettre de l'urée dans le carburant, mais dans l'eau du bulleur (dopage ou pantone) 2. Ce dont je parlais, c'était de mettre directement de l'ammoniaQUE dans le carburant, donc pas besoin de transformation à partir de l'urée. Maintenant, le tout est de savoir si cet ammoniaque peut se transformer en ammoniac quand il est pulvérisé dans la chambre de combustion... Si c'est le cas, ça confirmerait tout : Citation: « et ensuite l' ammoniac transforme les nox en azote et en vapeur d'eau ». C'est à dire : NH4+NO3 ----> N2 + 2 H2O + 1/2 O2 (si reaction complète) Donc en en mettant dans le carburant, (ammoniac ou -aque...) ça permettrait bien de réduire les NOx et le carburant serait plus explosif (meilleur indice de cétane) (abyssin3)

Les hétéroreformulations semblent donc bien obéir à un éventail de fonctions discursives plus varié et inédit, comme dans l’exemple suivant, où la reformulation présente un détournement comique d’un procédé technique :

21. La solution suprême éternelle écologique pour le CO2 sans pompe à chaleur qui marche : http://www.dlsc.ca/borehole.htm On stocke la chaleur thermique solaire de l'été sous terre pour la récupérer en forte partie en hiver !!! (Dedeleco, le 03/02/11)

22. autrement dit, enterrer une grosse réserve d'eau sous terre, chauffer l'été et utiliser l'hiver et jouer sur l'inertie de la masse d'eau... en prenant ma petite cuillère tout de suite j'ai une chance d'y arriver avant la retraite :-) le cout d'une telle installation et son entretient vallent ils le coup ? (Kumkat, http://www.econologie.com/forums/kumkat-nouvel-econologue-je-me-presente-vt10436-10.html)

L’effet comique est ici déclenché par le discours d’escorte qui accompagne et suit la reformulation et sert à exprimer la méfiance du scripteur envers le procédé reformulé et, par là, envers le concept de géothermie.

Ce type de détournements est assez fréquent dans le corpus, ce qui nous permet d’établir une catégorie de « fausses reformulations » ou « reformulations pragmatiques » (suivant la terminologie de Fuchs, 2004) qui, du point de vue terminologique, ne nous disent rien ou presque sur les connaissances terminologiques profanes, mais du point de vue discursif, nous informent sur les stratégies adoptées par les scripteurs afin d’argumenter leur point de vue dans ce genre de discussions ainsi que sur les points d’articulation des reformulations entre Langue et Discours.

En effet, tout comme le soutient Fuchs (2004), les reformulations introduites par des marques de reformulation paraphrastiques doivent être interprétées comme étant identiques, vu que ces marques prédiquent, en langue, une identité sémantique entre deux formulations différentes. Or, ces exemples montrent qu’en discours la prédication d’identité ne porte pas forcément sur une correspondance sémantique mais plutôt sur une identité contextuelle, liée à une situation précise et éphémère, obéissant à des enjeux discursifs variés. Les scripteurs par là exploitent ce qu’on peut considérer comme le moule linguistique de la reformulation (et, donc, une identité de sens en langue, qui se voudrait a priori objective et partagée par une communauté langagière) pour exprimer un point de vue subjectif et non forcément partageable par les interlocuteurs.

Dans le corpus italien, les exemples d’hétéroreformulations repérés sont plus rares que dans le corpus français et remplissent la fonction de corriger l’autre (Authier-Revuz, 1982) :

23. ciao, qualcuno sa indicarmi con certezza se l'accessorio sol-pac2 serve a far funzionare la pompa di ricircolo della hpsu, se la temperatura del sanicube è maggiore di un tot, senza mettre in funzione la pompa di calore? Grazie (enricodare, 23-02-2011, http://www.energeticambiente.it http://www.energeticambiente.it/termico/14738439-rotex-sol-pac2-chi-era-costui.html)

Corretto, non si chiama "pompa di ricircolo" si chiama circolatore. (Dotting)

Bien que l’on puisse constater l’hétérogénéité des fonctions discursives, le nombre exigu d’hétéroreformulations repérées et analysées ne nous permet pas d’identifier des invariables pour avancer des conclusions générales.

Premier bilan et perspectives

En guise de conclusion de cet aperçu sur les reformulations des termes des énergies renouvelables dans les interactions en ligne françaises et italiennes, on peut constater la présence d’au moins deux tendances principales qui demandent à être confirmées à la lumière de corpus plus consistants.

En premier lieu, si, tout comme dans le discours de vulgarisation, la plupart des reformulations proposent des reformulants avec des termes plus simples et moins techniques, la présence de reformulations qui contiennent parfois plus de termes spécialisés que les reformulés n’est pas du tout rare dans le corpus. D’un côté, ces reformulations encourent donc le risque de se présenter plus opaques que les reformulés, de l’autre, elles révèlent toute l’hétérogénéité de la communauté discursive dans laquelle elles circulent. Professionnels, techniciens et locuteurs ordinaires semblent participer au même titre à la co-construction d’un discours difficilement délimitable du point de vue de ses fonctions.

En second lieu, une certaine expertise des locuteurs est également confirmée par l’abondance de reformulations portant volontiers sur des procédés techniques. Comme nous avons pu le constater deux cas de figure sont envisagés : d’un côté, les reformulations de termes spécialisés sous forme de procédés techniques et, de l’autre, les reformulations en termes plus simples des procédés techniques eux-mêmes, afin que les interlocuteurs puissent acquérir des savoir-faire de type pratique et procédural.

La nature ambiguë de ce type de discours, qui se situe entre discours de vulgarisation, de divulgation et discours technique, montre clairement que le paradigme du « chef d’orchestre » n’est plus suffisant pour expliquer les enjeux socioterminologiques et discursifs en jeu dans ces typologies textuelles hybrides dont l’étude pourrait plutôt s’orienter vers l’analyse des procédés permettant la co-construction des savoirs plus ou moins spécialisés, comme les précurseurs de la folk linguistics américaine l’envisagent pour la sociolinguistique4 (Niedzielski, Preston, 2000). Dans cet ordre d’idées, il nous semble indispensable d’établir des critères plus fins pour déterminer des véritables séquences discursives de reformulation et leurs fonctions tant dans l’économie des échanges que dans la caractérisation de ce genre de discours et de bien délimiter les fonctions respectives des auto- et des hétéroreformulations et des formes hybrides.

Liste de mots-clés pour la constitution du corpus

Mots-clés corpus français
Mots-clés corpus italien
terme*
termine/i
défini*
defini*
mot*
parola/e
appel*
chiama*
« c’est-à-dire »
cioè
« en d’autres termes »
in altre parole
« autrement dit »
altrimenti detto/a/i
signifi*
signifi*
terminologie
terminologia
« veut dire »
“vuol dire”
terme*
appellativo
dénom*
denomina*
littéralement
letteralmente
désign*
design*
locution
locuzione
synonyme
sinonim*
antonyme
antonimo
homonyme
si intende
expression
espressione/i
« ou plutôt »
ossia /ovvero
parle*
parla*
nomm*
nomina*
espèce de
« specie di »
sorte de
« sorta di »
langage
linguaggio
vocabulaire
vocabolario

Références bibliographiques

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ACHARD-BAYLE, Guy, LECOLLE, Michelle (éds.), Sentiment linguistique. Discours spontanés sur le lexique, Recherches linguistiques, 30, 2009.

AMOSSY, Ruth, La présentation de soi. Ethos et identité verbale, Paris, PUF, 2010, p. 233.

AUTHIER-REVUZ, Jacqueline, « La mise en scène de la communication dans des discours de vulgarisation scientifique », Langue française, 53, p. 34-47, 1982.

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FUCHS, Catherine, Paraphrase et énonciation, Paris, Ophrys, 1994.

GAUDIN, François, Socioterminologie : une approche sociolinguistique de la terminologie, Bruxelles, Duculot De Boeck, 2003.

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MORTUREUX, Marie-Françoise, « Les vocabulaires scientifiques et techniques », Les Carnets du Cediscor , 3, 1995,en ligne, [URL : http://cediscor.revues.org/463consulté le 10 janvier 2013].

MOLES, Abraham Abraham, OULIF, Jean, « Le troisième homme – Vulgarisation scientifique et radio », Diogène, 58, avril-juin 1967, p. 29-40.

NIEDZIELSKI, Nancy, PRESTON, Denis, Folk Linguistics, Berlin, New York, De Gruyter, 2000.

RABATEL, Alain, « L’effacement énonciatif dans les discours rapportés et ses effets pragmatiques », Langages, 156, p. 3-17, 2004.

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STEUCKARDT, Agnès, NIKLAS-SALMINEN, Aïno (éds.), Les marqueurs de la glose, Montpellier, Publications de l’Université de Provence, 2005.

VICARI, Stefano, « Del Bon usage della terminologia delle energie rinnovabili nei forum Internet: analisi delle tipologie definitorie », in GIAUFRET A., ROSSI M. (dir.), La terminologia delle energie rinnovabili tra testi e repertori: variazione, standardizzazione, armonizzazione, Genova, Genoa University Press, pp. 153-194.

ZANOLA, Maria Teresa, « Energie tradizionali e rinnovabili: proposte di interventi terminologici », AIDAInformazioni, 26, p. 113-128, 2008.

1
Nous ne traiterons pas ici les questions et les problématiques concernant la constitution d’un corpus de textes en ligne. Nous nous limiterons à renvoyer à notre précédent travail (Vicari 2013).

2
Comme l’identification des reformulations paraphrastiques dans notre corpus a été effectuée à partir de mots-clés métalinguistiques, les reformulations sans marqueur de reformulation ou introduites par des marqueurs exclusivement typographiques, bien qu’elles soient présentes dans le corpus, ne font pas vraiment l’objet d’une analyse détaillée et exhaustive. Nous n’avons pas pris en compte pour cette étude les énoncés définitoires au sens strict du type X (c’)est.

3
Les énoncés sont transcrits sans aucune modification ou correction.

4
Loin de considérer les attitudes et les représentations linguistiques profanes comme des idéologies à rejeter, Niedzielski et Preston montrent jusqu’à quel point, dans certains contextes et sous des conditions particulières, celles-ci non seulement présentent un degré très élevé de ressemblance avec les théories scientifiques correspondantes, mais aussi qu’elles permettent d’identifier et/ou de cerner des problématiques auxquelles la linguistique n’aurait pas encore apporté des réponses convaincantes. Les deux auteurs insistent donc sur l’importance d’analyser les savoirs profanes sur la langue dans l’optique de leur intégration dans les théories scientifiques, les uns et les autres se situant aux deux extrémités d’un continuum où plusieurs degrés de précision métalinguistique peuvent être identifiés. D’où l’importance de prendre en compte les mécanismes socio-discursifs à travers lesquels les savoirs plus ou moins ordinaires sont co-construits et circulent à l’intérieur des communautés langagières.

Per citare questo articolo:

Stefano VICARI, Reformuler les termes dans les forums en ligne : le cas des énergies renouvelables, Repères DoRiF n.10 - Le terme : un produit social ? , DoRiF Università, Roma avril 2016, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=317

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