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Rosa CETRO

La médecine thermale : une pratique sociale vue à travers les dictionnaires

Rosa Cetro
Università di Brescia et Université Paris-Est
rosa.cetro@gmail.com

Résumé :

La notion de domaine est parmi les plus contestées de la TGT (Théorie Générale de la Terminologie) formulée par E. Wüster, notamment par les représentants de l’Ecole de Socioterminologie de Rouen. Choisissant comme « domaine » de référence la médecine thermale, nous analyserons le traitement lexicographique d’une sélection de termes de ce domaine dans des dictionnaires spécialisés de médecine et des dictionnaires de langue. La comparaison entre ces deux types de sources montre que les dictionnaires de langue répertorient davantage de termes par rapport aux dictionnaires spécialisés de médecine. Cet écart s’explique par des raisons différentes. Il est dû entre autres au fait que le thermalisme est souvent considéré comme une pratique sociale, voire presque un type de tourisme (que l’on pourrait définir comme untourisme de santé et de bien-être), plutôt que comme une branche de la médecine. Il s’ensuit que la notion de pratique sociale est peut-être plus adaptée que celle de domaine pour se référer au thermalisme.

Mots-clés : thermalisme, dictionnaires de langue, dictionnaires spécialisés, français

Abstract:

The notion of domain is among the most contested points of E. Wüster’s GTT (General Theory of Terminology), especially by the members of the so-called « Ecole de Socioterminologie » (University of Rouen). Choosing thermal medicine as the domain for the present study, we will analyse the lexicographical treatment of a selection of terms in both French monolingual dictionaries and French medical dictionaries. The comparison between these kinds of sources shows that monolingual dictionaries contain more terms than specialised medical dictionaries. This difference can be explained by several reasons and it is due, among others, to the fact that balneology is often considered more as a social practice – even a kind of tourism – than as a medical domain. This leads us to affirm that the notion of social practice is maybe more pertinent than the notion of domain to refer to balneology.

Keywords: balneology, monolingual dictionaries, medical dictionaries, French

Les fondements théoriques de la terminologie : la TGT d’Eugen Wüster

Bien que des pratiques terminographiques soient déjà attestées à partir du XVIIe siècle, il a fallu attendre la première moitié du XXe pour qu’une théorie de la terminologie voie le jour. Il s’agit de la Théorie de la Terminologie (désormais TGT) formulée par l’ingénieur autrichien Eugen Wüster. L’article fondateur dans lequel il expose de façon détaillée la TGT est « Die allgemeine Terminologielehre. Ein Grenzgebiet zwischen Sprachwissenschaft, Logik, Ontologie, Informatik und den Sachwissenschaften »1 ; il aparu en allemand dans Linguistics en 1974. Toutefois, déjà dans sa thèse, soutenue en 1931, Wüster poseles jalons d’une réflexion théorique et méthodologique de la terminologie.

Le contexte philosophique dans lequel se forge la pensée wüstérienne est l’universalisme du Cercle de Vienne. En 1929, le Cercle de Vienne publie son Manifeste, la Conception Scientifique du Monde. Ce dernier révèle le projet ambitieux du Cercle de Vienne : la promotion des sciences et l’unification de l’ensemble des disciplines, but auquel l’on parviendrait grâce à la création, par le biais de la logique, d’un langage unificateur. La Conception Scientifique du Monde, empiriste et positiviste, se distingue au plan épistémologique par l’application de l’analyse logique aux matériaux empiriques :

De même que le sens de chaque énoncé scientifique s’établit par réduction à un énoncé sur le donné, de même on doit pouvoir indiquer le sens de chaque concept, quelle que soit la branche de la science à laquelle il appartient, en le réduisant pas à pas aux autres concepts, jusqu’aux concepts du plus bas degré qui se réfèrent au donné lui-même. Si l’on effectuait une telle analyse pour tous les concepts, on les intégrerait ainsi dans un système réductif, un "système constitutif"  (SOULEZ 185 : 119).

D’après SLODZIAN (1995), les notions constitutives de la terminologie wüstérienne – terme, domaine, schéma et arbre de domaine – reflètent parfaitement la vision universaliste de la connaissance, une connaissance découlant du raisonnement logique et qui mène à la construction d’un « système sémiotique optimal fondé sur la logique » (1995 : 14).

Le concept est le pivot autour duquel est bâtie la réflexion à la base de la TGT, qui se compose de six parties : une première partie en quelque sorte introductive (I. le thème), suivie de cinq autres parties dans lesquelles l’auteur retrace les liens que la terminologie entretient respectivement avec la linguistique (II), la logique (III), l’ontologie (IV), l’informatique (V) et les sciences des choses (VI). Les parties II, III et IV sont les plus développées.

Le fait que la terminologie soit une zone frontalière (all : Grenzgebiet) entre ces disciplines permet à Wüster de l’affirmer comme un domaine scientifique autonome, tout en étant une branche de la linguistique appliquée. Par ailleurs, la terminologie se différencie de la linguistique sur bon nombre de points. Tout d’abord, la terminologie accorde la priorité aux notions sur les termes. En linguistique, d’après Saussure, le signe linguistique se présente comme une unité insécable de forme et de contenu. En terminologie, en revanche, les notions et les termes représentent deux domaines liés mais indépendants. De même, en terminologie le lexique est prioritaire sur la grammaire : les aspects plus proprement syntaxiques et grammaticaux, centraux en linguistique, sont délaissés en terminologie au profit de l’étude du lexique. En outre, la terminologie privilégie uniquement la dimension synchronique, elle ne considère pas la langue d’un point de vue diachronique. Les aspects que nous venons de citer concernent l’approche de l’état de la langue. Mais la terminologie se démarque de la linguistique aussi en ce qui concerne l’approche de l’évolution de la langue. Les aspects caractérisant l’approche terminologique de l’évolution de la langue sont :

  • la formation consciente de la langue : si la linguistique privilégie une norme descriptive, la terminologie préconise une norme prescriptive, ce qui explique la volonté d’élimination de synonymes et d’homonymes ;

  • la vision internationale de la langue : la normalisation ne se fait pas seulement pour une langue donnée, mais est un enjeu international ;

  • la priorité de la forme graphique sur la forme phonique : cet aspect se révèleétroitement lié à la vision internationale de la langue, de nombreux termes scientifiques et techniques étant formés sur le grec ancien et le latin présentent ainsi une forme graphique proche dans des langues différentes.

  • Pour Wüster, il faut suivre deux principes fondamentaux dans la recherche terminologique : 1) ne pas viser la pureté de la langue à tout prix et 2) donner la priorité à la normalisation internationale des notions plutôt qu’à l’élimination des synonymes étymologiques.

    Bien que, grâce à Saussure, la langue soit désormais vue comme un système de notions, la linguistique à elle seule ne suffit pasà éclairer les rapports entre les notions. Pour combler ce manque, la terminologie doit s’appuyer sur la logique et l’ontologie. Les rapports existant entre les notions peuvent être des rapports d’abstraction ou des rapports de contiguïté : les premiers sont des rapports logiques, alors que les seconds sont des rapports ontologiques. Dans la TGT la dimension linguistique des termes est en quelque sorte secondaire : la centralité est accordée aux notions.

    Pendant longtemps (plus de 30 ans), le modèle théorique de la terminologie proposé par Wüster est demeuré la référence absolue pour quiconque travaillant en terminologie. En revanche, enl’espace d’une quinzaine d’années, à partir des années 1990, plusieurs propositions de modèles théoriques alternatifs de la terminologie – dont la plupart sonten opposition à Wüster – ont vu le jour.

    Les critiques à la TGT et la proposition de modèles théoriques alternatifs

    Les critiques à l’optique conceptuelle de la terminologie sont venues de trois côtés : des sciences cognitives, des sciences du langage et des sciences de la communication. Généralement, on reproche au modèle wüstérien d’être trop réductionniste et idéaliste. Nous nous limiterons à exposer quelques réactions à Wüster dans le monde des sciences du langage. Sur quels aspects la TGT prête-t-elle le plus souvent le flanc aux critiques ? Il s’agit surtout des aspects théoriques de la théorie wüstérienne qui se combinent mal avec les nouvelles pratiques terminographiques, qui s’appuient sur des corpus textuels assez vastes exploitables par des outils informatiques. Tout d’abord, il semble que l’appareil descriptif de la TGT et ses objectifs pratiques (la recherche de méthodes pour normaliser l’usage des termes) soient souvent confus. On reproche à Wüster surtout la rigidité de la notion de domaine, décidément arbitraire, et la démarche onomasiologique, peu adaptée dans les travaux sur des corpus.

    Ensuite, l’idée selon laquelle les concepts seraient des entités universelles aux contours bien définis, indépendantes des langues, et les termes qui les expriment comme indépendants du contexte linguistique dans lequel ils apparaissent. Ce dernier aspect remet en question aussi la prétendue monosémie du terme.

    Deux autres points très critiqués de la TGT sont la conception du terme comme étiquette apposée sur un concept et l’idée de la préexistence du concept à la dénomination.

    Un des premiers courants réactionnaires à la TGT a été la socioterminologie de l’École de Rouen, dont les porte-paroles les plus représentatifs sont Yves Gambier et François Gaudin. Tout comme il existe une sociolinguistique, il existe une socioterminologie. Le premier constat fait par Gambier est que « la terminologie n’est pas coupée de la pratique sociale » (1991 : 31). La première cible de la critique de Gambier est la notion de domaine, qui estliée à d’autres a priori de la théorie classique de la terminologie. La séparation entre langue générale et langues spécialisées n’a pas raison d’être, puisque les savoirs et les pratiques ne restent pas confinés à l’intérieur d’un seul domaine de connaissance. La remise en cause de la notion de domaine remet en cause aussi d’autres présupposés de la terminologie classique, connexes à la première, qui se révèlent « intenables » : 1) le postulat du terme comme « motivé, univoque, monosémique et transparent » (1991 : 41), 2) le classement des notions dans un réseau logique et hiérarchisé à l’intérieur d’un domaine, 3) le postulat de biunivocité, qui ferait correspondre à un terme une et une seule notion et vice-versa. Tout compte fait, les dynamiques auxquelles obéissent les termes sont, pour Gambier, les mêmes que cellesauxquelles obéissent les unités de la langue générale : les dynamiques de l’usage et de l’économie. De plus, les termes ne sont pas des unités isolées, mais ils s’insèrent dans des discours et ne peuvent pas faire abstraction des locuteurs qui les emploient dans des situations énonciatives bien précises, ancrées dans la réalité.

    Les a priori théoriques de la terminologie classique dont parle Gambier sont repris par Gaudin, qui souligne « l’ignorance du social » qui a longtemps caractérisé la terminologie. Le passage de la terminologie classique à une socioterminologie peut se charger de la réalité du fonctionnement du langage et redonner une dimension sociale aux pratiques langagières. Comme pour Gambier, la remise en cause des postulats de la terminologie classique sera la première pierre du bâtiment théorique de la socioterminologie.

    Parmi les aspects de la TGT, Gaudin trouve que la conception wüstérienne du terme est celui qui éloigne le plus la terminologie de la linguistique. La séparation opérée par Wüster entre le domaine des termes et le domaine des notions revient à situer la terminologie dans une optique pré-saussurienne. Il en résulterait une conception de la langue comme nomenclature, qui ne correspond pas à la réalité complexe du système linguistique. De même, il reprend la critique de la notion de domaine, qui serait un obstacle à la terminologie dans la mesure où cette dernière va de pair avec l’innovation, et l’innovation présuppose des échanges entre disciplines et activités différentes, qui se traduisent concrètement en circulation d’idées et des termes utilisés pour les désigner. La variation est le pivot sur lequel la socioterminologie bâtit sa critique de la théorie wüstérienne : « La notion de variation s’oppose aux a priori sur la monosémie et l’univocité des terminologies » (2003 : 11). De la prise en compte de la variation découlent d’autres caractéristiques qui sont en contraste avec la terminologie traditionnelle : la libre circulation des termes entre disciplines ; la définition des termes comme signes linguistiques ; la nécessité de les étudier aussi dans une dimension diachronique.

    Un deuxième courant de réaction à la TGT a été la terminologie textuelle (BOURIGAULT et SLODZIAN 1999). Pourcette dernière (SLODZIAN 1995), les insuffisances de la TGT sont dues au paradigme universaliste. L’univers du savoir, d’après l’universalisme, est bâti par la "somme" des domaines : il en résulte, donc, un modèle cumulatif des connaissances, rigide et réductionniste. L’auteure souligne le fait que la dimension cognitive œuvrant dans la construction du savoir n’est pas prise en compte dans ce modèle théorique. Ainsi, les pistes ouvertes par la linguistique de corpus en terminologie sont incompatibles avec un modèle théorique, tel le modèle de la TGT, qui ignore la syntaxe du lexique. L’encadrement de la terminologie dans une linguistique textuelle s’explique par deux causes fondamentales : 1) les applications terminologiques sont souvent des applications textuelles (traduction, indexation, aide à la rédaction) ; 2) les connaissances relatives à un champ du savoir sont véhiculées par des textes. La terminologie textuelle se veut un modèle théorique alternatif profondément influencé par les pratiques terminographiques des années 1990, dans lesquelles l’informatique est désormais essentielle. L’extension des applications de la terminologie, qui ne sont plus limitées aux glossaires spécialisés ou aux banques de données, fait ressortir des problématiques méconnues par les pratiques traditionnelles. La grande variabilité des applications de la terminologie va de pair avec le constat que les terminologies aussi sont variables. Ce qui revient à dire qu’il n’est plus possible de supposer l’existence d’une seule terminologie relative à un domaine d’activité. Le constat de la variabilité des terminologies remet en cause quelques piliers de la théorie wüstérienne : l’universalité des terminologies, le principe de biunivocité entre un concept et un domaine, le rôle de l’expert.

    Nous retrouvons des points en commun avec les modèles théoriques précédents dans la Théorie Communicative de la Terminologie (ou « théorie des portes ») de Maria Teresa Cabré. Elle souligne la nécessité de considérer aussi la dimension syntaxique des termes et l’importance qu’il faut accorder à la variation et aux données empiriques. L’auteure ne s’attache pas, en revanche, à démonter les notions de domaine et d’arbrede domaine : plus généralement, elle se limite à décrire les insuffisances de la TGT découlant d’une conception logiciste de la réalité et de la connaissance scientifique :

    La connaissance scientifique, vue comme quelque chose d’universellement homogène, est le modèle qu’il faut suivre pour organiser les concepts de tous les domaines d’activités. De ce fait, on nie ou on annule toutes les différences qu’ils comportent : les contextes socioculturels, les zones géographiques, les réalités socio-économiques, les langues (en ce qui concerne leur typologie et leur condition sociale). […] Avec ce processus d’uniformisation, on efface la diversité dénominative et conceptuelle de la réalité.  (CABRÉ 2000 : 12)

    Le processus d’uniformisation opère une sorte de "mutilation" sur les termes, limités simplement à désigner des concepts dans la communication professionnelle. Dans la TGT les termes n’ont pas de valeur pragmatique ni sémantique. Pour la terminologue catalane, la terminologie ne fait pas partie de la linguistique. Et plus qu’une théorie de la terminologie, il serait plus raisonnable de se tourner vers une théorie des termes. Si la terminologie ne fait pas partie de la linguistique, il est néanmoins possible d’étudier les termes par la « porte de la linguistique », en choisissant une théorie descriptive qui rende compte de la dimension pragmatique et sémantique des termes. Ces derniers ne possèdent pas de valeur spécialisée a priori, mais l’acquièrent en discours. Il va de soi que le texte est ici aussi le point de départ de toute tentative pour établir une théorie linguistique des termes. C’est l’analyse textuelle qui, mettant en relief les unités lexicales véhiculant une signification spécialisée, révèle la structure conceptuelle sous-tendant le texte à travers l’établissement des relations existant entre ces unités.

    Bien qu’il n’appartienne pas aux sciences du langage, il nous semble important de citer au moins le modèle de la terminologie sociocognitive de Rita Temmerman (TEMMERMAN 2000).

    Le domaine d’étude : la médecine thermale

    Dans cet article, nous reprenons une étude menée dans le cadre de notre thèse de doctorat, dans laquelle nous avons évalué les apports de la méthode du lexique-grammaire et du logiciel Unitex à des travaux terminologiques bilingues2. Pour ce faire, nous avons choisi un “domaine” de connaissance commun aux langues française et italienne. Le choix est tombé sur la médecine thermale3, branche de la médecine dans laquelle la France et l’Italie se vantent d’une longue tradition. Ce choix se révèle intéressant aussi du point de vue de la continuité entre vocabulaire général et vocabulaire technique, comme nous le verrons plus loin.

    Pour pouvoir mener notre étude, nous avons constitué deux corpus comparables à partir de revues spécialisées dans le thermalisme et de sites Web d’organismes officiels – français et italiens – de ce secteur d’activité. Pendant la phase de compilation des corpus nous avons exclu les brochures publicitaires des centres de bien-être.

    Avant de passer à la caractérisation du discours de la médecine thermale, nous fournissons quelques notices historiques sur ce domaine. Remontant à l’Antiquité grecque4, l’histoire de la médecine thermale est millénaire, Les pratiques relatives aux découvertes des Grecs à propos des vertus curatives des eaux furent perpétuées par les Romains qui, entre le IIIe et le IIe siècle avant J.-C., construisirent de nombreux bains publics (balnae) où les citoyens pouvaient exploiter les bienfaits de certains types d’eaux, dans un but curatif et hygiénique. Ce furent les Romains qui contribuèrent au développement des thermes sur les territoires qui correspondent actuellement à l’Italie et à la France. Suivant les moments historiques, le sort des établissements thermaux – tant français qu’italiens – a été très variable au cours des siècles. Dans les deux pays, le thermalisme a connu un grand essor entre le XIXe et le XXe siècle. Souvent la médecine thermale est considérée comme un type de tourisme à but curatif plutôt qu’une branche de la médecine, en raison du déplacement du malade vers les stations thermales. Parallèlement au thermalisme se développe tout un marché de remise en forme par l’eau, que nous avons défini comme tourisme de santé et de bien-être (CETRO 2012). Il s’agit des centres de thalassothérapie et de bien-être qui se développent depuis quelques années aussi bien en France qu’en Italie et qui concurrencent en quelque sorte les stations thermales.


    Caractérisation du lexique de la médecine thermale

    Le discours médical est le type de discours de référence de notre corpus. Il s’agit d’un type de discours stylistiquement très dense, privilégiant les phrases longues et l’utilisation de la forme passive. En ce qui concerne les termes, si l’on voulait se servir de la répartition en domaines, nous dirions qu’outre des termes de la médecine, de nombreuses occurrences du corpus sont des termes de la chimie, de la pharmacologie, de la biologie. Le corpus ne manque pas non plus de termes du traitement des eaux et du tourisme. Comme dans la majorité des terminologies, la plupart des termes appartiennent à la catégorie des noms. Ces derniers désignent principalement :

  • des maladies : artérite, affections rhumatismales, phénomène de Raynaud ;

  • des techniques de soin et des traitements : étuve de vapeur thermale, aérosol manosonique ;

  • des substances et des produits : térébenthine, gaz thermal ;

  • des structures : hôpital thermal, centre de thalassothérapie ;

  • des métiers : agent thermal, rhumatologue.

  • Les verbes véhiculant un sens spécialisé sont bien plus rares que les noms. Nombreux sont aussi les adjectifs, qui accompagnent souventles noms pour former des termes polylexicaux. Il est fréquent aussi de trouver des acronymes, comme

    ECR : essai clinique randomisé

    et des symboles non alphabétiques, tel que le symbole ±.

    Les termes les plus « typiques » du domaine sont les termes désignant des soins et des traitements. Ces termes se combinent avec des adjectifs ou avec d’autres substantifs pour former d’autres termes polylexicaux. Les types les plus fréquents de ces noms composés sont N Adj (Nom+Adjectif) et N prép N (Nom préposition Nom). On enregistre aussi de nombreux surcomposés, c’est-à-dire des noms composés incluant un autre nom composé (par exemple, injection sous-cutanée de gaz thermal, surcomposé formé de l’union des deux noms composés injection sous-cutanée et gaz thermal).

    Traitement lexicographique de quelques termes du thermalisme

    Nous allons maintenant analyser le traitement lexicographique de quelques termes simples désignant des techniques thermales dans des sources lexicographiques, aussi bien générales que spécialisées. Voici les termes simples recherchés : aérosol, bain, cataplasme, cure, douche, drainage, enveloppement, étuve, humage, illutation, inhalation, injection, insufflation, irrigation, massage et mobilisation. Il s’agit de termes qui désignent des soins thermaux et quisont souvent utilisés comme noms-tête dans les termes composés. Parmi ces 16 termes, les plus productifs sont bain et douche, deux termes qui « n’ont pas l’air d’en être », étant donnée leur haute fréquence dans la langue « de tous les jours ». De toute façon, peu de termes de la liste semblent techniques :

    aérosol, humage, illutation et insufflation.

    Les sources spécialisées que nous avons choisies sont des dictionnaires de médecine : le Garnier-Delamare (2006) et le Dictionnaire de médecine Flammarion (2001). En ce qui concerne les dictionnaires de langue, nous avons sélectionné des ouvrages de tailles différentes. Dans cet ensemble de sources lexicographiques générales il y a tant des dictionnaires en plusieurs volumes, comme le TLF5, le Grand Robert et le Dictionnaire de l’Académie française6, que des dictionnaires ne comportant qu’un seul tome, comme le Lexis, le Nouveau Littré ou le Nouveau Petit Robert. Nous fournissons des informations sur le traitement des termes listés plus haut dans les tableaux 1, 2, 3 et 4. Les tableaux 1 et 2 illustrent le traitement de ces termes dans les dictionnaires spécialisés (respectivement dans le Garnier-Delamare et dans le Dictionnaire de médecine Flammarion), alors que les tableaux 3 et 4 contiennent des informations sur le traitement de ces termes dans les dictionnaires de langue française (respectivement dans les dictionnaires en plusieurs volumes et dans les dictionnaires en un seul tome). Les informations contenues dans les tableaux 1 et 2 sont différentes de celles desinformations des tableaux 3 et 4. Si dans ces derniers nous nous limitons à lister les noms composés et les locutions verbales de chaque entrée7, dans les tableaux 1 et 2 nous indiquons si le terme fait partie de la nomenclature, s’il est accompagné d’une définition, quels sont les éventuels composés formés sur ce terme et si le dictionnaire spécialisé fournit aussi des informations sur l’étymologie.

    En ce qui concerne le traitement de ces termes dans les dictionnaires spécialisés, le Dictionnaire de médecine Flammarion semble fournir le plus grand nombre de termes de l’hydrologie médicale. De plus, dans ce dernier dictionnaire, une définition et la traduction anglaise de chaque nom composé sont données, contrairement auGarnier-Delamare.

    Terme simple
    Inclusion dans la nomenclature
    Définition
    Noms composés
    Indication sur l’étymologie
    Aérosol

    Oui

    -

    Bain

    Non

    Boue
    L’entrée est boue thermale

    Oui

    Cataplasme

    Oui

    -

    Cure

    Oui

    - c. thermale (renvoi à thermalisme)
    Douche

    Non

    Drainage

    Oui

    - d. d’attitude
    - d. bronchoscopique
    - d. endocavitaire
    - d. hépatique
    - d. de Mikulicz
    - d. de posture ou postural
    - tidal d.
    Enveloppement

    Non

    Étuve

    Oui

    - é. sèche
    - é. humide (indication de syn. Bain de vapeur)
    Bas latin, stuba
    Humage

    Oui

    -

    Illutation

    Non

    Inhalation

    Oui

    -

    Lat. inhalare, souffler
    Injection

    Oui

    - i. intradermique
    - i. sous-cutanée
    - i. intramusculaire
    - i. intraveineuse
    - i. vaginale
    - i. intrautérine
    - i. urétrale
    - i. d’air ou d’azote dans la plèvre, le péritoine, etc.
    - i. des vaisseaux d’un cadavre
    - i. d’un liquide opaque aux rayons X




    Lat. injicere, lancer
    Insufflation

    Oui

    -

    Lat. insufflare, souffler
    Irrigation

    Non

    Massage

    Oui

    -

    Gr. massein, pétrir
    Mobilisation

    Non

    Tableau 1 : Traitement dans le Garnier-Delamare

    Terme simple
    Inclusion dans la nomenclature
    Définition
    Noms composés
    Indication sur l’étymologie
    Aérosol

    Oui

    Aussi : contexte

    -

    Bain

    Oui

    - b. alternant
    - b. carbo-gazeux
    Boue

    Non

    Cataplasme

    Non

    Cure

    Oui

    Définition des diverses acceptions

    Douche

    Non

    Seulement les composés sont définis.

    - d. alternante (syn. : d. écossaise)
    - d. baveuse
    - d. filiforme
    - d. sous-marine
    Drainage

    Oui

    - d. bronchique
    - d. lymphatique manuel
    Enveloppement

    Définition

    -

    Étuve
    Définitions diverses pour les différentes acceptions

    -

    Gr. Typhôn : fumée, vapeur ; ou bas lat. stupa : étoupe
    Humage

    Oui

    Aussi : contexte et renvoi aux termes pulvérisation, fumigation

    -

    Illutation

    Non

    Inhalation

    Oui

    -

    Lat. inhalare, souffler sur
    Injection

    Non

    Insufflation

    Oui

    -

    Irrigation

    Non

    Massage

    Oui

    - m. circulatoire
    - m. du tissu conjonctif
    - m. transversal
    - m. trophique
    De l’hébreumassech ; de l’arabe mass ; qui signifient toucher, palper
    Mobilisation
    L’entrée est mobilisation articulaire

    Définition

    Contexte

    Tableau 2 : Traitement dans le Dictionnaire de médecine Flammarion

    Terme simple
    TLFi
    Grand Robert (2001)
    Dictionnaire de l’Académie (9ème édition)
    Aérosol

    -

    -

    -

    Bain

    b. froid ou chaud

    b. d'eau tiède, de propreté, de santé, de rivière, de mer

    b. domestique, b. à domicile

    b. complet

    b. local ou topique

    demi-bain

    b. aromatique

    b. gélatineux et sulfureux

    b. lumineux

    b. simple

    b. d'eau minérale

    b. de moutarde

    sortie de bain

    b. de soleil, de vapeur ;

    b. turc 

    b. de marc de raisin, de cendres, de sable, de boue, de bourbe

    b. de bouche

    b. de vapeur, de sable

    b. de cendres

    b. de mercure, d'air

    b. entier
    demi-bain
    b. de siège
    b. de main
    b. de pieds
    b. thérapeutique, médical
    b. local, bain topique (vx.)
    b. de bouche
    b. de boue
    bains alcalins, émollients, d’iode, de sel marin
    bains mercuriels, sulfureux, sinapisés
    b. de vapeur, b. gazeux
    établissement de bains
    peignoir de bain
    sortie de bain
    b. de soleil
    bains publics
    bains turcs, bains maures

    b. local ou topique

    b. de pieds

    demi-bain

    b. de siège

    b. de vapeur

    b. de marc de raisin, de cendres, de sable, de boue, de bourbe, etc.

    Bains de Bourbonne, de Bagnères, du Mont-Dore, de Spa

    Boue

    boue(s) thermale(s) ;

    Prendre un (des) bain(s) de b.

    - b. minérale

    -

    Cataplasme
    - c. sinapisé, émollient;
    - c.de graines de lin, de moutarde;
    - Appliquer un c.
    - c.de farine de lin
    - c. sinapisé
    - Préparer, appliquer, renouveler un c. sur un abcès
    - c. vésicant, émollient, révulsif, tonique, irritant


    - Faire un c.
    - Appliquer un c.
    - cataplasmes toniques
    - cataplasmes émollients
    - cataplasmes de farine de graine de lin
    Cure

    c. d’eaux sulfureuses

    c. thermale

    c. héliothérapique, hydrominérale, magnétique, solaire 

    c. de bains, hydrothérapique

    c. thermale ou hydrominérale

    -

    Douche

    d. ascendante, descendante, latérale, percutante

    d. d’eau froide, d’eau glacée

    d. en pluie (fine), en épingle

    peignoir de d.

    d. écossaise

    d. alternante (ou alternative)

    d. vaginale

    d. de vapeur

    Administrer une d.

    d. filiforme

    d. lombaire, oculaire, rectale

    d. d’acide carbonique

    d. carbogazeuse, électrostatique

    d. froide, glacée, chaude, tiède

    d. ascendante, descendante, oblique

    d. thérapeutique

    d. écossaise

    douches filiformes

    d. vaginale, rectale

    d. alternante

    bains-douches

    - prendre, recevoir, administrer une d.
    - d. en jet, en pluie
    - d. écossaise
    Drainage

    d. du pus

    d. du rein

    d. d’une plaie

    d. du pus

    - d. d'un abcès
    Enveloppement

    e. froid, sinapisé

    faire des enveloppements

    e. partiel

    e. généralisé

    e. avec emplâtre sinapisé

    - enveloppements sinapisés
    - enveloppements d'algue, de boue minérale
    Étuve

    é. sèche

    é. humide

    prendre un bain de vapeur dans une é.

    é. sèche

    é. humide

    - é. humide
    - é. sèche
    Humage

    -

    - salle de h. d’un établissement thermal.


    -

    Illutation

    -

    -

    Terme absent

    Inhalation
    - i. de protoxyde d'azote

    - i. d’un aérosol
    - salle d’ i. d’un établissement hydrothérapique


    - anesthésie par i.
    - prescrire des inhalations pour décongestionner les voies nasales
    - faire une i.
    - la salle d’i. d'un établissement thermal
    Injection
    - i. vaginale
    - i. urétrale
    - i. intra-utérine


    - i. rectale, urétrale
    - i. cardiaque
    - i. vaginale
    - faire, prendre une i.
    - faire une i. sous-cutanée, intramusculaire, intraveineuse
    - i. aqueuse, gazeuse
    Insufflation
    - i. pulmonaire
    - i. pleurale
    - i. tubaire
    - i. d’azote dans la plèvre
    - i. tubaire
    Irrigation
    - i. chaude, continue
    - i. vaginale

    -

    -

    Massage
    - m. facial, thérapeutique
    - m. thérapeutique, hygiénique ; sédatif, stimulant
    - m. abdominal, m. facial
    - lit à m.
    Mobilisation
    - m. active
    - m. passive


    -

    Tableau 3 : Traitement dans les dictionnaires de langue en plusieurs volumes

    Terme simple
    Nouveau Littré (2006)
    Lexis (2009)

    Nouveau Petit Robert
    (2010)
    Aérosol

    -

    -

    -

    Bain

    établissements de bains

    b. de soleil

    b. de bouche

    b. de mousse

    b. de soleil

    b. de vapeur

    b. -de-pieds 

    -b. de siège
    - b. de pieds
    - b. de bouche
    - b. thérapeutique, médical
    - b. de boue
    - b. de vapeur
    - b. turc
    -b. à remous, b. bouillonnant
    - sortie* de b.
    Boue
    - boues minérales

    -

    boues thermales

    bains de b.

    Cataplasme

    -

    -

    - c. de farine de lin, de moutarde
    Cure
    - c. d’eaux minérales
    - c. thermale

    c. thermale

    c. de thalassothérapie

    Douche

    d. descendante, ascendante, latérale

    d. écossaise

    d. écossaise

    d. froide, chaude, tiède

    d. écossaise

    - d. thérapeutique d’un établissement thermal


    Drainage

    -

    -

    -
    Enveloppement

    -

    - e. avec emplâtre sinapisé
    - e. d'algues
    Étuve

    é. sèche

    é. humide

    - é. humide
    - é. Sèche
    Humage

    Terme absent

    Traité sous l’entrée Humer

    Terme absent

    Illutation

    Terme absent

    -

    Terme absent

    Inhalation

    -

    Injection

    -

    i. rectale

    i. vaginale

    Insufflation

    i. d’air dans les poumons

    i. pleurale

    - i. d’air dans la plèvre d’un tuberculeux
    Irrigation

    -

    -

    -

    Massage

    -

    -

    appareils, huile de m.

    manœuvres de m.

    m. abdominal, facial

    m. à l’eau sous pression

    m. thérapeutique

    Mobilisation

    -

    -

    m. active

    m. passive

    Tableau 4 : Traitement dans les dictionnaires en un seul tome

    Comme on peut le remarquer, les dictionnaires de langue (même les dictionnaires ne comportant qu’un seul tome) répertorient davantage de termes que les dictionnaires spécialisés. Toutefois, on ne peut pas affirmer qu’une autre recherche de termes spécialisés – appartenant à un autre domaine spécialisé – dans les dictionnaires de langue produirait les mêmes résultats. Cela est sans doute lié aux types de corpus exploités et aux termes choisis pour l’analyse : il est vrai que certains de ces termes sont polysémiques, donc ils ne font pas l’objet d’une entrée à eux seuls et c’est peut-être la raison à la base de leur inclusion dans les dictionnaires de langue. Qui plus est, la marque d’usage méd. est souvent attribuée à quelques-uns de ces termes, surtout en cas de polysémie, comme par exemple pour le terme enveloppement, qui aaussi un emploi dans le vocabulaire militaire. Toutefois, l’emploi de cette marque d’usage varie considérablement d’un dictionnaire à l’autre : assez exploitée dans la plupart des dictionnaires analysés, elle n’est pas utilisée dans le Nouveau Littré, tandis que dans le Dictionnaire de l’Académie on la trouve sous la forme « dans la langue médicale ».

    Pour les unités polylexicales, outre de véritables noms composés, on trouve des collocations dont le degré de figement est variable (souvent avec des verbes, par exemple administrer une douche) et, parmi celles-ci, des collocations qui sont utilisées à titre d’exemples (songeons à insufflation d’air dans la plèvre d’un tuberculeux), sans doute en réponse aux buts pédagogiques du dictionnaire de langue. Le nombre des noms composés varie selon les dictionnaires : le TLFi, listant aussi les noms composés du Dictionnaire de l’Académie (éditions de 1798 et 1835), est la source lexicographique la plus riche dans ce sens. Les définitions de ces composés y sont fréquentes, mais pas systématiques : il peut arriver qu’une seule définition couvre plusieurs noms composés (comme dans le cas de bain de marc de raisin, de cendres, de sable, de boue, de bourbe, etc. « Celui qui consiste à se couvrir le corps de ces matières ou à s'y plonger », repris du Dictionnaire de l’Académie). Les définitions des noms composés sont plus nombreuses dans le Grand Robert, où elles sont concurrencées aussi par des renvois à des synonymes. Les définitions des noms composés sont légèrement moins nombreuses dans le Dictionnaire de l’Académie. En ce qui concerne les dictionnaires en un seul tome ici analysés, les noms composés font l’objet de définitions dans le Lexis et dans le Nouveau Petit Robert (bien que, dans ce dernier, les renvois à des synonymes soient plus fréquents que les définitions), tandis que ce phénomène est plus rare dans le Nouveau Littré.

    Lorsqu’une séquence figée de type terminologique présente aussi un emploi figuré, les chances de son inclusion dans un dictionnaire de langue sont très élevées : tel est le cas de douche écossaise qui, outre un soin thermal basé sur l’alternance de jets d’eau froide et de jets d’eau chaude, désigne dans la langue courante une « suite d’événements agréables et désagréables ». Lorsqu’un terme n’est pas utilisé par des spécialistes mais par des locuteurs « communs », il peut assumer aussi une connotation culturelle, comme le démontrent les informations fournies dans les dictionnaires de langue.

    Comment expliquer l’absence de nombreux termes analysés dans les dictionnaires spécialisés ? Cela est peut-être dû au statut même du thermalisme à l’intérieur du domaine de la médecine. Thérapeutique non médicamenteuse ancienne, le thermalisme vit actuellement un moment de déclin et semble combattre une « lutte continuelle pour l’affirmation », comme entémoignent le manque d’étudiants en hydrologie médicale et l’accord précaire avec la Sécurité Sociale, qui se renouvelle d’année en année. De nos jours, il se trouve partagé entre deux grands domaines : d’un côté, la médecine, de l’autre, le tourisme.

    Comme le souligne CABRÉ (1994 : 594), en terminographie sont sélectionnées uniquement les unités les plus pertinentes par rapport au domaine spécialisé que l’on décrit. De plus, il ne faut pas sous-estimer l’extension et la richesse du domaine médical, qui compte de nombreux sous-domaines, ce qui rend nécessaire une sélection rigoureuse des unités à décrire, basée sur le critère de la fréquence. En revanche, l’inclusion de termes spécialisés dans des dictionnaires de langue commune s’explique par le fait que dans nos sociétés, hautement spécialisées, un locuteur de culture moyenne connaît et emploie activement un nombre considérable de termes, qu’il doit pouvoir retrouver dans les dictionnaires. Ce qui amène la terminologue catalane à affirmer que :

    La réalité est un continuum qui est segmenté seulement par artifice en matières, et tout phénomène scientifique peut être analysé à partir de maints points de vue divers et à partir de perspectives différentes. Cette multilatéralité de la science empêche que l’on puisse établir une frontière nette entre une matière scientifique et une autre et, par conséquent, entre les frontières de la terminologie de chaque matière.  CABRÉ (ibid.)

    Cet avis étaitpartagé aussi par Maurice GROSS(1982 : 173), désignant les terminologies comme des lexiques-satellites qui gravitent autour du noyau de la langue.

    Plus récemment, ROBERTS et JOSSELIN (2005), reprenant les travaux de Cabré et d’autres chercheurs, ont établi trois raisons d’être des termes dans les dictionnaires généraux : 1) la difficulté de la séparation entre mots et termes, 2) l’importance de ces derniers dans la vie contemporaine, 3) les attentes des utilisateurs de dictionnaires (ROBERTS et JOSSELIN, 2005 : 327).

    Le thermalisme : un domaine ou une pratique sociale ?

    S’il est vrai que la notion de domaine a été souvent contestée, elle garde néanmoins une utilité pratique, qui se reflète dans la macrostructure des produits terminographiques. Toutefois, ces derniers – au moins ceux en version papier – en affichent en même temps les limites, encoreplus s’ils décrivent un domaine d’une ampleur considérable, comptant de nombreux sous-domaines. Tel est le cas des dictionnaires médicaux consultés dans le cadre de cette étude. Il est aisé d’identifier des macro-domaines scientifiques et techniques – la médecine, l’économie, le droit, etc. – mais il peut être moins aisé de les décrire d’une façon satisfaisante à l’intérieur d’un dictionnaire pour les raisons que nous avons citées plus haut : fréquence des termes, critère de pertinence, difficulté à tracer une frontière entre mots et termes.

    La définition de terme ne fait pas l’unanimité, d’autant plus que les linguistes-terminologues ne sont pas les seuls à parler de termes : le débat autour du statut du terme est très vivace et implique des chercheurs d’horizons disciplinaires différents. La contribution des sciences du langage à ce débat semble consister dans l’affirmation du terme en tant qu’unité lexicale, sujette aux dynamiques de l’usage et de l’économie. Dans une optique wüstérienne, le but principal de la terminologie est d’améliorer la communication entre spécialistes. Toutefois, les terminologies ne sont pas utilisées exclusivement par des spécialistes. Un même terme peut être « emprunté » à un discours de type scientifique et être utilisé dans un discours de type publicitaire, par exemple. Tel est le cas des catalogues des centres de remise en forme par l’eau, dans lesquels on trouve des termes du discours de la médecine thermale utilisés dans un autre contexte : bain bouillonnant, douche sous affusion, douche à jet, enveloppement. Comme on peut le voir, les termes ne sont pas des unités de contenu fixe confinés à l’intérieur d’un seul domaine et d’un seul type de discours, mais circulent entre des secteurs d’activités différents. Cela peut être plus évident dans le cas de secteurs de la connaissance ayant une identité quelque peu instable ou subissant des évolutions, comme le démontre le cas de la médecine thermale. L’appellation de pratique sociale nous semble plus adaptée par rapport à celle de domaine pour parler de cette dernière, qui semble actuellement intéresser plus la société française que la communauté scientifique.

    Références bibliographiques

    BOURIGAULT Didier et SLODZIAN Monique, « Pour une terminologie textuelle », Terminologies nouvelles, n. 19, Rint, p. 10-14, 1999.

    CABRÉ Maria Teresa, « Terminologie et dictionnaires », Meta : Journal des traducteurs, vol. 39, n° 4, p. 589-597, 1994.

    CABRÉ Maria Teresa, « Terminologie et linguistique : la théorie des portes », Terminologies nouvelles, n.21, p. 10-15, 2000.

    CETRO Rosa, « Tourisme, santé et bien-être : analyse en phraséologie contrastive de quelques expressions du français et de l’italien. »in : A. PAMIES, J. M. PAZOS BRETANA, L. LUQUE NADAL (eds.), Phraseology and Discourse: Cross Linguistic and Corpus-based Approaches, Schneider Verlag Hohengehren, Baltmannsweiler, p. 235-246, 2012.

    GAMBIER Yves, « Présupposés de la terminologie : vers une remise en cause », Cahiers de linguistique sociale, n. 18, p. 31-58, 1991.

    GAUDIN François, Pour une socioterminologie. Des problèmes sémantiques aux pratiques institutionnelles, coll. « Publications de l’Université de Rouen », n. 182, Rouen, Université de Rouen, 1993.

    GAUDIN François, Socioterminologie. Une approche sociolinguistique de la terminologie, coll. « Champs linguistiques », Louvain-la-Neuve, éd. Duculot, 2003.

    GROSS Maurice, « Une classification des phrases « figées » du français », Revue québécoise de linguistique, vol. 11, n.2, Montréal : Université du Québec à Montréal, Service des publications, p. 151-185, 1982.

    MARGARITO Mariagrazia, « Le sourire de Danaé. Lexique et instances discursives des présentations des centres de thalassothérapie. »,  Bouquets pour Hélène , Publifarum, n°6, 2007 : http://www.publifarum.farum.it/ezine_articles.php?art_id=8.

    ROBERTS Roda P. et JOSSELIN-LERAY Amélie, « Le traitement des termes dans les dictionnaires généraux », in : BEJOINT Henri et MANIEZ François (eds.), De la mesure dans les termes. Hommage à Philippe Toiron, « Travaux du CRTT », Lyon, Presses Universitaires, 2005, p. 324-348.

    SLODZIAN Monique, « Comment revisiter la doctrine terminologique aujourd’hui? », La Banque des mots : Terminologie et Intelligence Artificielle. Vol. numéro spécial : 7 p.11-18, 1995.

    SOULEZ Antonia (dir.), Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, « Philosophie d’aujourd’hui », Paris, PUF, 1985.

    TEMMERMAN Rita, Towards New Ways of Terminology Description. The sociocognitive approach, Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins, 2000.

    Corpus des sources lexicographiques consultées :

    Garnier-Delamare, Dictionnaire illustré des termes de médecine, Maloine, 2006.

    Le Dictionnaire de l’Académie française, 9ème édition.

    Le Dictionnaire de médecine Flammarion, 2001.

    Le Grand Robert, 2001.

    Le Lexis, Larousse, 2009.

    Le Nouveau Littré, 2006.

    Le Nouveau Petit Robert, 2010.

    Le Trésor de la Langue Française informatisé : www.atilf.fr/tlfi.htm.

    1
    « L’étude scientifique générale de la terminologie. Une zone frontalière entre linguistique, logique, ontologie, informatique et sciences des choses ».

    2
    Pour d’évidentes raisons d’espace, dans le cadre de cet article nous nous limiterons à la langue française.

    3
    La médecine thermale connaît également l’appellation hydrologie médicale.

    4
    Le thermalisme a pour autre nom crénothérapie, découlant du grec krene, « source ».

    5
    Consulté dans sa version informatisée, disponible au lien suivant : http://www.atilf.fr/tlfi.htm.

    6
    Consulté dans sa version informatisée, disponible au lien suivant : http://atilf.atilf.fr/academie9.htm.

    7
    Lorsque l’entrée ne liste aucune forme composée, nous utilisons le symbole « - », alors que l’intitulé « Terme absent » indique que mot ne fait pas partie de la nomenclature du dictionnaire.

    Per citare questo articolo:

    Rosa CETRO, La médecine thermale : une pratique sociale vue à travers les dictionnaires, Repères DoRiF n.10 - Le terme : un produit social ? , DoRiF Università, Roma avril 2016, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=318

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