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Laura SANTONE

Présentation

Le "la" aux travaux de la seconde journée du colloque Les "voix/voies" de la traduction avait été donné par Jacqueline Risset, fondatrice et présidente honoraire du Centre d’Etudes Italo-françaises. Inoubliable son "ouverture", touchant dès le début aux thèmes qui auraient traversé la suite du colloque ; encore vive, dans notre mémoire, la joie avec laquelle elle nous annonçait pour l’automne 2014 la publication de la traduction des Rimes de Dante chez Flammarion, raison pour laquelle elle prenait congé de nous à la première séance. Mais l’automne devait arriver plus sombre que jamais, sans la lumière dont Jacqueline Risset était porteuse, car elle nous quittait le 3 septembre 2014. Et les Rimes, sorties en octobre, devaient nous parvenir en résonance intime avec ce trasumanar qui accompagne le voyage de Dante, le poète, comme l’écrit Bonnefoy, qu’elle « a pris par la main » : « Outrepasser l’humain ne se peut / signifier par des mots ; que l’exemple suffise / à ceux à qui la grâce réserve l’expérience » (Par., I, 69-72).

Le « Médaillon » conçu pour ce numéro consacré à la traduction se veut un hommage à Jacqueline Risset en tant que passeur entre deux langues, en tant que catalyseur des forces que la langue de Dante et la langue française court-circuitent entre elles dans l’invention d’une troisième langue, la « langue maternelle » du poète, de l’essayiste, de la traductrice. Car la langue a été, pour Jacqueline Risset, le véritable objet de son exploration : en nous embarquant dans le mouvement de l’écriture – « dietro al mio legno che cantando varca » (P. II, 1-3), - sa pensée est voyage, vol, engagement, énergie sans cesse re-trempée dans les « rets de la lettre ». La lettre, unité inextricable entre le signe, le sens et l’action, impératif intellectuel et contrainte éthique à la fois, recherche de la vérité au fil de la création. Entre écrire et traduire s’accomplit ainsi, pour Jacqueline Risset, la force agissante du dire.

Ouvre le « Médaillon » un témoignage très touchant d’Yves Bonnefoy, l’ami par excellence, le témoin de la modernité poétique, porte-parole privilégié de la poésie en tant que pouvoir de nommer « ce qui se perd » et résistance au non-être; suivent le texte de Marcelin Pleynet, fidèle compagnon de route de l’aventure de Tel Quel, et celui de Valerio Magrelli, le poète italien qui avait à maintes reprises été son interlocuteur autour de la traduction poétique. Le « Médaillon » ajoute à ces trois témoignages l’introduction à un choix de passages tirés de Les instants les éclairs, lus lors de la commémoration s’étant déroulée le 6 février 2015 au Centre d’Etudes italo-françaises à l’occasion du cinquanténaire Susllf, et trois poèmes où Philippe Beck, Jean-Luc Nancy et Luca Maria Patella avaient rendu hommage à Jacqueline Risset dans I pensieri dell’istante1, mélanges d’écrits faisant suite à sa retraite et offerts par un groupe d’élèves, collègues et amis en l’honneur de toute sa carrière universitaire à Roma Tre. Une petite constellation de textes solidaires entre eux, une sorte de rhapsodie d’où jaillit un « corps » : un « corps » qui réveille le temps et qui vibre dans la langue, et où la langue, dégelant les mots, rouvre une Présence. La Présence de Jacqueline Risset : sa voix, son souffle, son chant - son « être-au-monde ».

«Intanto voce fu per me udita / Onorate l’altissimo poeta; / l’ombra sua torna, ch’era dipartita» (Inf., IV, 79-81)

1
I pensieri dell’istante. Scritti per Jacqueline Risset, Editori Internazionali Riuniti, Roma 2012. Je tiens ici à remercier Philippe Beck, Jean-Luc Nancy et Luca Patella pour avoir autorisé la reproduction de leurs textes, ainsi que l’éditeur et Umberto Todini pour avoir bien voulu m'accorder la libératoire à la publication.

Per citare questo articolo:

Laura SANTONE, Présentation, Repères DoRiF Les voix/voies de la traduction - volet n.1 - coordonné par Laura Santone - octobre 2015, DoRiF Università, Roma octobre 2015, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=262

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