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Marcelin PLEYNET

Jacqueline Risset

Pour rendre hommage à une amie1

Jacqueline Risset est morte le mois dernier des suites d’une embolie cérébrale. Personne ne pouvait supposer qu’elle nous quitterait si prochainement. Elle devait se rendre au Pérou où elle venait d’être nommée docteur honoris causa de l’Université de Lima. Et, autant que je sache, elle se promettait d’en rapporter un livre. C’est peu dire que de dire que cette mort me bouleverse. J’ai connu Jacqueline Risset au milieu des années soixante, lorsqu’elle m’avait adressé à la revue « Tel Quel » un ensemble de poésies qui devait paraître, avec l’accord de Philippe Sollers, en 1966 dans le numéro 65 de la revue. J’eus alors l’occasion de la rencontrer lors d’un de ses passages à Paris… elle ne devait pas tarder à devenir membre du comité de la revue « Tel Quel », situation qu’elle occuperait jusqu’à la fin de la revue en 1982.

Nous nous connaissions bien et n’avions pas tardé à devenir très liés. Elle me reçut comme elle savait admirablement le faire lors de mes passages à Rome, où elle m’hébergea à plusieurs reprises. Et comme je cherchais un bureau à Paris elle eut l’attention de me prêter quelques mois le studio dont elle était propriétaire rue du Dragon. J’ai toujours considéré Jacqueline Risset comme un grand poète, que ce soit avec son premier livre Jeu, qu’elle publia dans la collection « Tel Quel », en 1969, jusqu’à son tout dernier livre Les instants les éclairs dans la collection de « L’Infini » en 2014. Mais Jacqueline n’était pas uniquement poète, même si c’est d’abord en poète qu’elle traduisit la Divine Comédie de Dante, dont le succès de vente, dans diverses éditions de poche et de luxe, surprit et impressionna tout le milieu culturel. Cette traduction devait être suivie cette année d’une traduction des Rimes dont des extraits furent publiés dans le numéro 128 de la revue « L’Infini », avant de paraître en volume aux éditions Flammarion dans les semaines suivantes. Ces traductions s’autorisaient entre autres de la place qu’occupait Jacqueline Risset en Italie où elle était à la fois Professeur Émérite de l’Université de Rome et Directrice et fondatrice du Centre italo-français. Que ce soit pour sa traduction de la Divine Comédie ou sa situation universitaire, elle fut invitée à faire une série de conférences Traduction et mémoire poétique, au Collège de France, à l’invitation d’Yves Bonnefoy et de Carlo Ossola. En octobre 2012 l’Université de Rome lui consacre un gros volume d’hommages de 600 pages : I Pensieri dell’istante, scritti per Jacqueline Risset où l’on trouve entre autres les signatures de Jean Starobinski, Julia Kristeva, Philippe Sollers, et la mienne… Elle traduisit également entre autres Francis Ponge et Philippe Sollers.

Chère Jacqueline, comment oublier nos longues conversations et tout ce que je te dois ? Ta traduction en 1969, de mes premières poésies dans Poeti di Tel Quel, aux Éditions Einaudi, et le livre que tu as bien voulu me consacrer en 1988, dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » aux éditions Seghers. Nous devions déjeuner ensemble avec Umberto Todini, avant ton départ pour le Pérou, ce déjeuner n’aura pas lieu. C’est peu dire que dire que tu manques. Tu es partie pour un tout autre voyage dont personne ne sait rien. Mais que pourrait-on en savoir ? Je souhaite que ce voyage te conduise à ce Paradis que tu as traduit avec infiniment d’élégance. Cette grande élégance qui te caractérisait. Cette élégance c’est finalement le souvenir que je garde de toi. Bon voyage ma très chère amie… Je ne te dis pas à bientôt, mais qui sait ? Nul ne connaît ni le jour, ni l’heure.

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Déjà paru dans «L’Infini», automne 2014. Je remercie sincèrement Marcelin Pleynet pour m’avoir permis de republier le texte dans ce Médaillon.

Per citare questo articolo:

Marcelin PLEYNET, Jacqueline Risset, Repères DoRiF Les voix/voies de la traduction - volet n.1 - coordonné par Laura Santone - octobre 2015, DoRiF Università, Roma octobre 2015, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=264

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