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GIOVANNA

Le Joyeux Postillon

	 
  

LE JOYEUX POSTILLON1


Pour ta conférence la parole te manque
Toujours ce vertige dans un verre d'eau
Pour ta conférence la parole te manque
Toujours ce désert dans un verre d'eau


Au Diable les préliminaires
Qu'es-tu venu faire dans ce séminaire ?
Et ce Pégase si zélé pourquoi lui avoir donné congé ?
Et cette Muse qui te tirait si bien les vers du nez
Pourquoi l'avoir congédiée ?


Pour ta conférence le joyeux postillon te manque


Il ne sera pas dit que tu donneras ton pouvoir à un
membre électeur de la présence duquel tu es assuré
Il ne sera pas dit que le conférencier se sera noyé
dans un verre d'eau de la présence duquel tu es assuré


Je suis épitomé que tu ne fasses pas appel à moi pour
que j'épistémè au vu et au su de l'Université...
Épiméthée pour toi


Pour ta conférence la parole te manque
Mais mon ange quel plus beau stratagème
Que faire un nœud à mes cheveux d'ange
et une boucle à mon nombril d'archange
pour ne pas oublier de me dire : je t'aime ?


Par l'opération de ce verbe dans un verre d'eau
Eau à laquelle manque la pastille effervescente
pour ta conférence la parole te manque
Mais sait-on que jamais de sel ne manque
Dans les cas paradoxaux le suspense
sujet pour lequel dans ta conférence
la parole te manque


Si par solidarité
Hippocampe tourne en rond à Hypokhâgne
En toute liberté


Il ne sera pas dit que le conférencier accepte de ne dire
Rien qu'il reste aussi muet que ce poisson osseux de
l'océan Indien
Il ne sera pas dit que rien ne surgira derrière le déploiement
de ce poisson marin de ce poisson volant
et qu'aucun clapotement de sa nageoire dorsale
ne vienne troubler derrière ses crêtes longitudinales en
éventail
la sérénité de ta compagne
vaille que vaille


Ah ! le vertige qui t'a saisi tout entier
devant l'apparition de ce cheval ailé
Mais cette fontaine réduite ici à un verre d'eau
ce symbole d'inspiration de moitié
quelle pitié édulcoré
semblable à un coup de sabot
dans la baignoire sabot d'une H.L.M.
donnée en lieu et place de la source Hippocrène
servant pour les douches municipales de pétition
à laquelle refuserait de s'associer l'Hélicon !
réduisant par là même à néant les chances d'une liste
composée de nombrilistes à tout jamais centristes
menant à la faillite à un rythme infernal
la revendication pour le bien général
du partage des eaux minérales


Déchéance comparable à l'atroce ramollissement
dans une cure thermale
de la timbale d'argent gravée à vos initiales


Vos délires printaniers vos obsessions primaires
consistant par exemple à être jaloux jusqu'à la crise
de nerfs de mes saint-Frusquin sous un pull marin
ou sous un pull chaussette à défaut de parole vous
permirent au moins de crier à tue-tête
sans parler de vos clameurs
dès qu'ils embrayent pleins de candeur
sous un vaste pull camionneur


Et votre carpe à propos de conférence
comment se porte-t-elle en écharpe ou en pense-bête
Pour ta conférence la parole te manque


Et la mémoire de l'eau de l'eau du robinet
Est-elle bonne ou édulcorée
Permet-elle de s'hydrater pour parole retrouver
Permet-elle de se laver de se délester du poids de
ses péchés de jeunesse
d'éliminer jusque dans les recoins la saleté
qu'une bonne éducation traque au même titre que la
paresse
Pourtant la masturbation a du bon comme le tabac
comme l'alcool comme de chier dans la colle

Et la mémoire de l'eau de Vichy
s'ouvre-t-elle toujours sur de charmants appétits ?
Et la mémoire de l'eau bénite
à part ses souvenirs de franches rigoles chez les
pépiniéristes de quoi se remémore-t-elle Monsieur
Benveniste ?


Et l'eau plate si plate et l'eau de citerne si terne
et l'eau pétillante si gazeuse de sottise si gaffeuse
et les hallebardes qui tombent de haut
comme tombe de haut l'hallebardier qui voulait
jouer Roméo
qui tombent comme tombereaux
je suis tombereau du ciel particulièrement noir
rafraîchissent-elles comme une nuque
aux mains d'un coiffeur
la mémoire
et les pleurs et la bave enrage-t-elle toujours
d'oublier la raison qui l'a conduite à écumer
contre Pasteur un jour ?
Et la mémoire pressée aux tempes
qui fit de Neptune le dieu de l'eau courante ?


Pour ta conférence la parole te manque
mais brave tu braves les bravos
qui manquent


Pour ta conférence le joyeux postillon te manque




1
On reprend ici le texte publié dans « Pleine Marge », 40, décembre 2004.

Per citare questo articolo:

GIOVANNA, Le Joyeux Postillon, Repères DoRiF Les voix/voies de la traduction - volet n.1 - coordonné par Laura Santone - octobre 2015, DoRiF Università, Roma octobre 2015, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=274

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