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Lorenzo DEVILLA et Fiorenzo TOSO

Plurilinguisme et monde du travail/Plurilinguismo e mondo del lavoro

15 décembre 2011
Università di Sassari

Organisé par : Lorenzo Devilla et Fiorenzo Toso

Les rencontres de Sassari ont vu la participation, entre autres, de deux spécialistes du plurilinguisme tels que Philippe Blanchet (Rennes 2) et Alain di Meglio (Corse). Les interventions qui se sont succédé ont toutes mis l’accent sur les enjeux du bi-plurilinguisme, notamment dans le monde du travail. Le bi-plurilinguisme a été défini comme l’«ensemble de ressources linguistiques et culturelles partielles, variables, tissées sur un seul et même répertoire verbal individuel et/ou collectif» (Blanchet). Cette idée de complémentarité s’oppose à l’idée de superposition des langues connues par l’individu ou parlées dans une société dans des compartiments séparés, celle-ci étant en revanche véhiculée par la notion de «multilinguisme». De ce point de vue, on a insisté sur la nécessité d’élargir à l’ensemble de la pluralité linguistique, y compris « interne » à chaque «langue», le monolinguisme monolectal n’existant pas. Ainsi, les langues régionales aussi peuvent-elles jouer un rôle très important. On a rappelé, par exemple, la fonction d’intermédiaire remplie par le provençal dans le cas de l’immigration italienne dans le Sud de la France. En effet, l'intégration linguistique des immigrés italiens dans le monde du travail a été facilitée, dans les départements de la Provence (Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse), dans la mesure où les dialectes italiens (génois, piémontais) étaient beaucoup plus proches des dialectes provençaux que du français, ce qui a rendu possible l'intercompréhension et la communication entre immigrés et autochtones : « quand un Piémontais migre vers la Provence, ce n'est pas du tout la même chose qu'un Sicilien qui migre vers la Lorraine. Et pourtant c'est à chaque fois un Italien qui migre vers la France » (Blanchet). A Monaco, les travailleurs frontaliers provenant de Ligurie, principalement dialectophones au début, ont pour leur part permis de revitaliser le parler local face au français, en raison de la proximité linguistique entre le monégasque et les dialectes liguriens occidentaux (Toso). L’italien aussi n’a cessé d’être présent dans la Principauté, à la suite de l’immigration de main-d’oeuvre italienne mais aussi grâce à la présence désormais historique d’italiens installés dans ce pays. Ce dernier aspect s’associe au caractère plurilingue et cosmopolite que la Principauté a assumé à partir de la moitié du XIXème siècle et à partir du développement de l’industrie touristique. La Corse aussi, comme le constate Di Meglio, est un territoire normalement touché par une mutation vers le multilinguisme par le jeu des mobilités humaines et de l’économie touristique. Ce constat, en lien avec celui de la revendication identitaire, amène à repenser le rapport langue officielle (le français) / langue vernaculaire (le corse). Selon Di Meglio, le mouvement en faveur de la langue corse ne se confine pas à une action de sauvegarde et de promotion d’une langue régionale mue par une cause identitaire. Il avance l’hypothèse d’une dimension subséquente qui définit un enjeu sociétal : celui de la quête d’un modèle nouveau de démocratie linguistique. Entre un monolinguisme subi par le statut des langues dans l’État et un multilinguisme qui s’installe anarchiquement dans le concert des hiérarchies et des stigmatisations, y a-t-il la place pour un modèle bi-plurilingue, accepté et géré, conforme aux orientations et/ou préconisations européennes (du moins celles du Conseil de l’Europe) ? Répondre à la question c’est faire le bilan sociolinguistique d’un territoire insulaire en profonde mutation sociologique au XXIème siècle, présenter un appareil critique qui s’est notamment développé au sein de l’Université de Corse et enfin profiler une perspective d’avenir sous forme d’une spéculation sur une possible citoyenneté culturelle revisitée en fonction de la somme d’éléments posés ici. À l’instar de la Corse, et toujours dans le contexte méditerranéen, la Sardaigne aussi est une région fortement connotée d’un point de vue culturel, linguistique et identitaire. Le patrimoine énogastronomique original de cette île, souvent lié à des savoirs et à des traditions historiques très anciens, joue un rôle important en tant qu’élément d’attraction touristique. De ce point de vue, on pense, par exemple, aux noms des produits en langue régionale qui, de par leur sonorité « exotique » et les références à une « authenticité » relevant du rapport direct avec le territoire, le « terroir », deviennent de véritables éléments évocateurs et accrocheurs pour le touriste. À travers une analyse des sites institutionnels de promotion touristique, Devilla a montré une différence entre le contexte sarde et le contexte corse dans l’emploi des termes en langue régionale relevant du patrimoine culturel: dans les sites sardes, la diversité linguistique fait l’objet d’une folklorisation, ce qui n’est pas le cas, en revanche, dans les sites corses.

Per citare questo articolo:

Lorenzo DEVILLA et Fiorenzo TOSO , Plurilinguisme et monde du travail/Plurilinguismo e mondo del lavoro, Repères DoRiF n.3 - Projets de recherche sur le multi/plurilinguisme et alentours... - septembre 2013, DoRiF Università, Roma septembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=113

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