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Mame Thierno CISSÉ

Le dictionnaire électronique unilingue wolof et bilingue wolof-français : une création continuée

Mame Thierno Cissé
Département de Linguistique et Sciences du Langage
Université Cheikh Anta Diop de Dakar
thiernoc@gmail.com

Résumé

L’objectif du présent travail est de revenir sur la description et les limites du projet de « conception d’un dictionnaire unilingue wolof et bilingue wolof / français » né de la rencontre entre des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et du Centre de recherche Termisti à Bruxelles. Le partage d’expériences entre ces différents chercheurs les a conduit à envisager ce projet d’expérimentation concrète de leurs méthodologies et technologies de recherche.
L’objectif du projet était, au départ d’une base de données monolingue en wolof, langue véhiculaire au Sénégal, envisager une seconde base bilingue wolof-français. Aujourd’hui il est question de voir dans quelles conditions continuer l’action de recherche.
Les méthodologies et technologies de création et de comparaison de bases de données utilisées et qui sont facilement maîtrisables, constituent une véritable base pour une création continuée des dictionnaires mono et bilingues les utilisateurs des langues locales sénégalaises.

Abstract

The article aims at presenting the project of a monolingual Wolof dictionary, and of a bilingual Wolof-French dictionary, coordinated by the University Cheikh Anta Diop de Dakar in collaboration with the Centre de recherches Termisti of Brussels. The methodologies and technologies exploited for the implementation of the lexical database and the future developments of the bilingual project are considered also as a model for further projects in the field of lexicographic representation of local languages in Senegal.

	 
  

Introduction

En réponse au 7e appel à collaboration (2005-2007) du Réseau Lexicologie, Terminologie, Traduction (LTT) de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et de l’Institut supérieur de traducteurs et interprètes de Bruxelles (Centre de recherche Termisti) ont mis en place un projet de dictionnaire électronique unilingue wolof et bilingue wolof-français.1 Ce projet trouvait sa justification dans le manque notoire d’outils lexicologiques (dictionnaires mono ou bilingues, lexiques spécialisés…) pour accompagner le développement de la production écrite en langues nationales.
Le dictionnaire électronique unilingue wolof et bilingue wolof-français poursuivait principalement les objectifs suivants :

  1. Obtenir le plus grand nombre d’entrées dans le dictionnaire bilingue en tenant compte des nombreux emprunts (lexicalisés) au français.
  2. Entrer les définitions des mots en wolof pour permettre d’aller à terme vers un deuxième dictionnaire unilingue..
  3. Proposer des exemples pour illustrer certaines entrées en exploitant des corpus et si possible choisir des proverbes, dictons, sentences… pour faire vivre la culture locale.

Le projet de dictionnaire électronique unilingue wolof et bilingue wolof-français s’est arrêté avec la fin du financement de l’AUF qui a atteint son objectif d’impulser des recherches ; même si les chercheurs qui en étaient les initiateurs sont aujourd’hui pris par d’autres préoccupations, il n’en demeure pas moins que ce type d’outil nous semble nécessaire. La nature de son format permet ce que nous appelons une « création continuée » et son exploitation sur divers médias et sa réutilisation par d’autres équipes de recherche.

Le but de cette réflexion est justement de présenter la méthodologie utilisée dans le cadre de ce projet et de montrer selon quelles procédures poursuivre le travail déjà entamé.

1. Le contexte sociolinguistique

La langue wolof est principalement parlée dans trois états voisins en Afrique de l’ouest : le Sénégal, la Gambie et la Mauritanie. Le wolof est une langue à classe nominale où les noms sont répartis en huit classes au singulier et deux au pluriel. b, g, m, l, w, s, j et k sont les indices des classes de singulier, ñ et y sont les indices des classes de pluriel. Le tableau qui suit présente l’ordre alphabétique dans la langue et la transcription des différents sons selon le décret relatif à l’orthographe et à la séparation des mots :

tab 1 cissé 1 metà
tab 1 cissé 2 metà

Au Sénégal, Le wolof a un statut de langue véhiculaire et est aujourd’hui parlé par plus des ¾ de la population; il est la langue des villes et du commerce. Le wolof tend à renforcer de plus en plus ce rôle de langue véhiculaire du fait de son utilisation croissante d’une part dans les radios privées et d’autre part dans des secteurs tels que l’administration et l’école, secteurs par excellence réservés au français, langue officielle au Sénégal. Dans les medias notamment dans les radios privées qui se sont beaucoup développées ces vingt dernières années, le pourcentage d’utilisation du wolof (entre 45 et 80% en 2005) a considérablement augmenté.

Malgré le caractère ancien des études sur le wolof avec les premiers glossaires et lexiques de DARD, J. en 1825, de FAIDHERBE, L. en 1864, et l’importante production lexicographique contemporaine sur la langue, représentée notamment par les dictionnaires de Arame FAL et alii (1990), de Jean Léopold DIOUF (2003) et de Mamadou CISSE (2007), il existe encore des besoins importants d’outils lexicographiques et terminologiques pour accompagner d’une part, le développement de la traduction préalable à l’introduction des langues nationales et du wolof dans le système éducatif formel et la volonté de l’Assemblée Nationale de traduire les textes législatifs et de mettre en place la traduction simultanée lors des sessions parlementaires et d’autre part, la présence encore timide mais nécessaire du wolof sur Internet. Les utilisateurs des langues sénégalaises telles que le wolof ne peuvent avoir accès à de l’information disponible sur Internet que via le français qui reste ainsi un médium privilégié des wolophones d’où la nécessité pour eux de pouvoir disposer de dictionnaires mono et bilingue fiables et extensibles par les utilisateurs eux-mêmes.

2. Les outils de conception de la base et données

2.1 Toolbox

Pour concevoir la base de données nous avons utilisé Toolbox, un logiciel d’analyse morphologique et syntaxique de la Société Internationale de Linguistique (SIL). Il permet entre autres choses, le découpage et l’interlinéarisation de corpus textuels et lexicaux à partir des corpus encodés. Le programme comporte en effet des définitions de bases données pour un dictionnaire, adaptables au besoin. Toolbox est un logiciel gratuit qui a l’avantage d’admettre des polices Unicode et un balisage XML des corpus au moyen d’une feuille de style. Le programme offre en outre les facilités suivantes :

  • Possibilité d’intégrer des illustrations audio (fichiers wav) pour chaque entrée du corpus (phrases ou mots isolés).
  • Possibilité d’importer et d’exporter les données transcrites et analysées dans Toolbox vers différents programmes et surtout vers Word.

2.2 Les claviers

On comprendra aisément que l’adoption d’Unicode – parfaitement adapté à XML – constitue désormais un préalable fondamental pour la bonne représentation et la bonne diffusion des langues peu présentes sur Internet ; le standard Unicode permet d’obtenir un affichage correct des caractères tout en évitant le passage par le menu d’insertion de caractères spéciaux.

Des claviers pour les transcriptions orthographique et phonétique du wolof ont été créés dans le cadre de ce projet ; ils tiennent compte de la législation nationale en matière de représentation des caractères des langues du Sénégal notamment du wolof et du prescrit des normes internationales ISO (Iso-CEI 9 995-8 1994 et Iso-CEI 14 755 1997).
Les impératifs suivants ont été respectés :

  • rendre les caractères nouveaux les plus proches possible des caractères latins ;
  • affecter chaque nouveau clavier à un ou plusieurs champs et le rendre automatiquement actif au moment de l’encodage ce qui permet le recours au basculement d’un clavier à un autre. Les liens champ/clavier sont pris en charge dans les propriétés même de la base des données.
  • envisager les claviers de façon à permettre leur réutilisation dans d’autres projets éditoriaux en rendant possible un usage des capitales correspondant à chaque lettre de l’écriture prise en compte.
    Les claviers sont conçus avec Microsoft Layout Creator et installés parmi les claviers disponibles sur l’ordinateur et par ailleurs, directement accessibles à partir de la barre de tâches. Ils fonctionnent avec les logiciels de traitement de textes les plus couramment utilisés Office2000 et 2003 et Open Office.

3. La conception de la base de données lexicales

Les noms des champs sont choisis de sorte à être les plus indicatifs possibles des contenus. Les définitions des champs sont fournies dans les propriétés des champs et accessibles à tout moment. Toolbox offre la possibilité de fixer un certain nombre de paramètres au moment de la conception de la base de données. C’est ainsi que :

  • Le clavier à utiliser, la police de caractères, la taille et la couleur de la police… peuvent être fixés et donc être les mêmes s’il y a plusieurs transcripteurs.

  • Quand il s’agit d’inventaires fermés comme la « catégorie grammaticale » par exemple, les choix possibles de dénomination et d’abréviation sont fixés et imposés, ce qui permet d’harmoniser entre les différents transcripteurs.

  • La possibilité est offerte de rajouter, si nécessaire, un champ sur la base d’un choix dans un menu déroulant. Cette possibilité est souvent utilisée pour, par exemple, encoder plusieurs synonymes, variantes ou homonymes d’un lexème.

  • Un renvoi « jump » peut être prévu pour un champ en direction d’un autre, par exemple d’une variante vers un lexème.

  • Le renvoi à une URL ou à un autre fichier est possible et est envisagé dans le cas des fichiers sons.

  • Les dates d’encodage de nouvelles fiches et de modification de celles existantes sont mentionnées.

  • Les noms des transcripteurs sont notés.

Le lexème wolof est le champ leader de chaque fiche qui se présente comme il suit :

Cissé fiche complète

8 champs sont liés au wolof :

  • La transcription phonétique uttW
  • La définition en wolof du lexème defW
  • Le fichier son du lexème wolof fsLW
  • La catégorie grammaticale du lexème catW
  • La classe nominale du lexème clasW
  • La ou les Expressions dérivées exDerW
  • La phrase d’illustration en wolof du lexème phrW
  • Le fichier son de la phrase wolof fsPhrW

Le champ clasW informe sur le fait que le wolof est une langue à classe nominales.

Le champ exDerW permet de prendre en charge les significations créées en wolof à partir d’autres et sous la forme d’expressions qui risquent de ne pas figurer dans la base comme par exemple « xonq nopp », « benn nopp » ou « bëtu guddi » qui signifie anthropophage, construite à partir des lexèmes « bët » œil et « guddi » nuit pour signifier littéralement *œil de la nuit. L’expression figurera dans la base de données et sa fiche renvoie à celle de « bët » considéré ici comme lexème de base.

Une originalité de la base de données est de fournir une définition en wolof du lexème (defW).

4 champs documentent les entrées obtenues grâce au Concordancier qui permet d’alimenter la base de données à partir de textes wolof transcrits. Il s’agit de :

  • la source du lexème wolof srcLW
  • le contexte d’attestation du lexème wolof attW
  • la source du contexte srcAW
  • et éventuellement

  • une note d’usage srcW

Dans ce projet nous avons voulu prendre en charge les variations de prononciation d’une région à l’autre avec le champ de « renvoi » variantes du lexème wolof varW

3 champs liées au français devraient permettre d’établir le dictionnaire bilingue. Il s’agit de :

  • la traduction française du lexème wolof tradFlex
  • la catégorie grammaticale de la traduction du lexème wolof catF
  • la traduction française de la phrase d’illustration tradPhrW

Enfin 5 champs de gestion de la base de données permettent aux responsables du projet de communiquer avec les transcripteurs par le biais du champ « commentaires », de valider une fiche ou de demander des modifications avec le champ « statut de la fiche ». L’exécutant et le demandeur sont identifiés avec les deux champs « auteur » et la date des modifications est notée.

On remarquera que les champs de phrases d’illustrations constituent à elles seules des mini bases de données exploitables pour une étude linguistique. Les fichiers sons auxquels renvoient les champs fsLW et fsPhrW seront disponibles pour tous les chercheurs qui devront certainement en faire la demande.

L’option de départ du projet était de fournir un modèle qui privilégie le wolof qui devait être enrichi vu la relative pauvreté des ressources lexicales par rapport au français qui, lui, est déjà très bien doté.

La base en wolof a été alimentée « en premier lieu, [avec] des entrées tirées du corpus textuel [une trentaine de textes] absentes du matériel de référence [constitué des 1500 mots les plus fréquents du wolof, et des dictionnaires existants]. En second lieu, elle contient des entrées communes au matériel de référence et [au] corpus, enrichies d'indications absentes du matériel de référence et, en particulier, d'un contexte et d'une source d'attestation (voire d'une note d'usage le cas échéant). En dernier lieu, dans le cas d'une entrée existante dans le matériel de référence mais absente du corpus textuel, l'entrée intégrée dans la base ne dispose certes d'aucun contexte ni source d'attestation […], mais est enrichie de toutes les indications liées au schéma de données appliqué à toute entrée de la base, dont une définition et une illustration phrastique créées par l'équipe des transcripteurs du projet de telle manière que le corpus lexical de la base est systématiquement constitué de lexies adossées à un contexte d'attestation et/ou à une phrase d'illustration ». (CISSE et al., 2008).

Les premières fiches complétées ont permis de constater que :

  1. Les seuls champs prévus pour le français, ne permettent pas de réduire les problèmes de recouvrement exact entre les deux langues et que s’il est question de finaliser le projet ou de l’ouvrir à d’autres langues locales, il va falloir ajouter des champs supplémentaires pour renforcer l’information en français. Par exemple, un terme wolof comme « baag » a pour terme correspondant (lexème) en français : « seau à puiser » ou « seau de puits ». Or, un francophone utilisera le plus souvent le mot « seau » sans autre précision « Prends le seau et va chercher de l’eau ! ». Un hiatus apparaît donc entre le terme proposé et l’emploi illustré.

  2. La distance entre l’univers de référence du wolof et l’univers de référence du français apparaît clairement à partir de l’exemple qui suit.

Le verbe wolof « labat » est traduit par « chercher (à épouser) une femme ». Même si pour Jean Léopold Diouf (2003), la définition est plus large,

labat [labat] v.t. Briguer ; chercher à obtenir.
Gan yooyu dañu doon labatsi jabar = ces visiteurs étaient venus faire une demande en mariage.
Dafay labat postu ministar = il brigue un portefeuille ministériel.

il est clair que, faute d’explications, l’utilisateur peut légitimement se demander le rapport qui existe entre le terme proposé et la première phrase d’illustration :

Gan yooyu dañu doon labatsi jabar

Gan = visiteur(s)
yooyu = ceux-là
dañu = ils étaient
labatsi (labat + si=suffixe vénitif) = venus chercher à obtenir
jabar = épouse

Dans ce cas, il sera difficile de faire l’économie d’une explicitation de la connotation du terme dans un nouveau champ à introduire (CISSE et al., 2009).

La finalisation du présent projet et la généralisation du modèle à d’autres langue devra prendre en charge ces questions inhérentes à l’élaboration de dictionnaires bilingues et veiller à un meilleur équilibre entre les langues.

4. Quelques exploitations possibles des données

4.1 Le dictionnaire unilingue

L’exploitation du dictionnaire unilingue est tout à fait indiquée dans un enseignement formel en wolof à mettre en place dans les premières années d’acquisition des connaissances.

Dans l’enseignement non formel d’alphabétisation des adultes, le dictionnaire unilingue sera d’un apport certain comme il peut l’être pour la presse écrite et les agences de publicité qui disposent ainsi d’un instrument précieux d’aide à l’écriture.

La possibilité offerte de pouvoir extraire du dictionnaire unilingue certains inventaires fermés tels que les classes nominales, de pouvoir isoler une classe particulière, de pouvoir dresser la liste des synonymes, homonymes et/ou variantes d’un lexème constituent une aide importante aussi bien pour l’apprenant que pour l'enseignant ou pour le chercheur.

Les corpus de mots et de phrases et les enregistrements audios pourront être disponibles pour les enseignants et pour la communauté des chercheurs.

4.2 Le dictionnaire bilingue

Dans le système actuel de scolarisation des enfants (enseignement formel uniquement en français), le recours par l’enseignant aux langues locales est de plus en plus fréquent. Si on accepte de ne plus se voiler la face, on envisagerait de donner au dictionnaire bilingue wolof / français sa place dans la classe de français pour qu’il joue pleinement son rôle de relais entre la conception mentale en wolof de l’apprenant et l’expression de sa pensée en français.

L’alphabétisation des adultes en français doit être envisagée sérieusement car le français est la langue officielle et la langue de l’administration.

Le dictionnaire bilingue accompagnera le Sénégal dans ce passage inévitable par un bilinguisme voire un multilinguisme, fondé sur la complémentarité entre les langues locales et le français. Cet aménagement linguistique est nécessaire pour éviter la cacophonie et la dispersion des moyens inhérentes à un développement de réflexes identitaires sous prétexte de défense des langues et cultures locales.

5. Evolution et pérennité de la base de données

Au-delà, la base de données mise en place dans le cadre de ce projet peut être dupliquée dans d’autres langues locales. A terme, la fusion possible de plusieurs bases pourrait élargir la gamme d’exploitations, ouvrir des perspectives de comparaison entre langues locales sénégalaises et permettre d’approfondir la question de la traduction entre langues locales d'une part et d'autre part entre les langues locales et le français.

La méthodologie de conception utilisée permet à tout moment de rajouter des champs supplémentaires à la base ; elle offre des possibilités d’adaptation de la base aux préoccupations d'autres équipes de recherche intéressées par la langue ou par ses relations avec les langues voisines.

La possibilité de demander aux futurs utilisateurs de proposer aux initiateurs du projet de nouveaux lexèmes ne figurant pas dans la base peut permettre d'envisager des mises à jour régulières.

Une autre possibilité de faire vivre la base de données pourrait être de demander aux utilisateurs d'encoder leurs noms et prénoms afin de pouvoir disposer d'une nouvelle base sur les patronymes.

Le modèle est exploitable par la communauté scientifique pour les études dans un domaine similaire et les données déjà encodées sont à la disposition des chercheurs pour toute autre exploitation terminologique, sémantique, grammaticale, phonétique…

Les besoins en traduction du patrimoine mondial scientifique, littéraire… dans les langues locales pour accompagner l’introduction de ces langues dans le système éducatif formel, les besoins en traduction nés des Assises Nationales2 par exemple, pour accompagner l’éducation citoyenne des populations sénégalaises, les besoins en traduction des organismes d’aide pour la lutte contre la pauvreté et pour le développement durable et des médias, doivent s’appuyer sur des dictionnaires et des lexiques spécialisés sans lesquels l’adhésion des populations et donc la finalité des actions ne peut être garantie. Le traducteur passera obligatoirement par le dictionnaire général dans un premier temps. C’est seulement plus tard que des outils qui prennent en charge les créations lexicales propres aux spécialités peuvent être envisagés.

Le dictionnaire électronique, comme il est conçu, peut ouvrir de nouveaux champs capables de d’accueillir les illustrations (images fixes) de telle ou telle plante médicinale, de telle ou telle recette culinaire ou (vidéo) de telle ou telle danse ou pratique cultuelle. Il s’agit là d’une possibilité de participation à la sauvegarde des langues en danger et d’archivage du patrimoine matériel et immatériel.

Au Sénégal, les radios privées et les jeunes animateurs qui y sont, ont considérablement « boosté » l’utilisation des langues locales en général et du wolof en particulier. Les programmes en direction des jeunes se sont beaucoup développés avec un discours constitué d’une base wolof et d’emprunts généralement au français et à l’anglais mais aussi aux autres langues locales. Ce discours est si dynamique qu’il se propage chez les moins jeunes. La prise en charge de cet apport important aux langues locales doit et peut être assurée par le type d’outil qu’est le dictionnaire électronique. Les textes produits par la musique urbaine souvent de très grande qualité, pourront être conservés et diffusés à des fins didactiques. L’ouverture vers d’autres cultures urbaines dans d’autres pays devient ainsi tout à fait envisageable au profit de la comparaison linguistique.

La preuve est faite de la faisabilité d’outils tels que ce dictionnaire électronique unilingue wolof et bilingue wolof/français qui peuvent porter tout ou partie de ces aspects de modernisation de nos langues locales pour les rendre aptes à assumer le multilinguisme entre elles et par rapport au français ou à l’anglais. C’était là l’objectif du projet.

Les travaux sur ce projet se sont arrêtés avec la fin du financement de l’AUF qui a atteint son objectif d’impulser des recherches. Aujourd’hui, même si les chercheurs qui en étaient les initiateurs sont pris par d’autres préoccupations, il n’en demeure pas moins que nos langues ont un besoin crucial de ce type d’outil qui participe de leur modernisation. Il reste aux décideurs politiques surtout de s’engager à en financer la réalisation. Ce serait là aussi un bon moyen de promotion du wolof.

Cependant, le fait de privilégier le wolof ne peut plus être tout à fait opérationnel dans le cas d’un dictionnaire bilingue wolof-autre langue locale, du fait du fort déséquilibre qui existerait entre les deux langues. Quand on connaît l’hégémonie du wolof sur les autres langues locales sénégalaises, et les problèmes, surtout identitaires, qui pourraient naître de la vulgarisation d’un outil qui privilégie le wolof, il est certain que le projet serait ainsi à la base de problèmes de politique et d’aménagement linguistique.

Le modèle pourrait être revu et orienté vers la constitution d’une part, de bases de données monolingues (fiche par fiche et avec tous les champs) dans les différentes langues locales sénégalaises et d’autre part, d’une mini base de données en français (avec seulement les champs de traduction). Les possibilités pour l’utilisateur et selon ses besoins, d’augmenter ou de réduire les champs du modèle initial au moment de l’encodage et de sélectionner les champs à la sortie, devraient offrir plus de possibilités de comparaison et améliorer la traductibilité entre les langues locales sénégalaises et entre les langues locales et le français.

Aujourd’hui, en wolof et dans certaines autres langues sénégalaises, des textes numérisés et de plus grandes envergures (romans, récits de vies, contes, traductions de documents administratifs, corpus de travaux scientifiques…) peuvent être disponibles. Leur exploitation devrait faciliter grandement la constitution de bases de données.

Bibliographie

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Liste des sources numérisées en tout ou en partie pour l'enrichissement de la base de données

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  • «  xew ».
  • « doomu yala ».
  • « entretien avec une monitrice ».
  • « faatu gay ».
  • « jaam yaay kan ».
  • « mexe 1 ».
  • « sans titre 1 .
  • « tey mu neex ».
  • « waxtaan avec boye ».
  • « xew xewu demb 1 ».
  • « xew xewu demb ».

SECK, Nd., « waxi mag ñi »,nouvelle, série 1, Editions Mame Bineta Mody.

XUMMA, M.,

  • « Guney ngaay », Edition appuyée par le Projet d’Appui au Plan d’Action pour l’Education non formelle (PAPA) Génération 1999 (1er trim 1999) Réédition en 2007 par les Editions Mame Binta Mody (EMBM).
  • « woy ak po yu démb », Edition appuyée par le Projet d’Appui au Plan d’Action pour l’ Education non formelle (PAPA) Génération 1999 (1er trim 1999).
  • « Ñaari wey-jur », Edition appuyée par le Projet d’Appui au Plan d’Action pour l’ Education non formelle (PAPA) Génération 2004 (3e trim 2004).
  • « Cet ak wér gi yaram », Edition appuyée par le Projet d’Appui au Plan d’Action pour l’ Education non formelle (PAPA).Génération 2004 (3e trim 2004). Réédition en 2007 par les Editions Mame Binta Mody (EMBM).
  • « Mbirum njàng », non publié.
  • « mbirum caada ak suqali koom » non publié.
  • « Ndono » non publié.
  • « Senegal siggil ndiggale » non publié.
  • « yóbbalub jullit » non publié.

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L’idée de ce projet est née de la rencontre de chercheurs ayant participé à différents projets de recherche impliquant le wolof et le français.
D’une part, Mame Thierno Cissé, enseignant-chercheur au département de linguistique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), et Anna Marie Diagne, à l’époque chercheuse à l’Institut für Linguistik-Phonetik de l’Université de Cologne et aujourd’hui à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire IFAN de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) étaient en train de réaliser des enquêtes pour constituer un dictionnaire électronique wolof-français. D’autre part, Marc Van Campenhoudt et Paul Muraille, enseignants-chercheurs à l’Institut supérieur de traducteurs et interprètes de Bruxelles (Centre de recherche Termisti), avaient participé avec l’Université de Dakar et l’Université de Nouakchott à une action de recherche en réseau intitulée « Expérimentation de normes de balisage en langues partenaires ». Le partage de l’expérience de terrain entre ces différents chercheurs les a conduits à envisager ce projet d’expérimentation concrète de leurs méthodologies et technologies de recherche.
Des doctorants du Département de Linguistique de l’Université Cheikh anta Diop de Dakar, Ndèye Fatou Thiaw, Noël Bernard Biagui, El Hadji Dièye et Dame Ndao ont été associés au projet qui a été financé par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). Les doctorants ont reçu plusieurs formations sur l’utilisation de toolbox et la création de claviers à partir du Microsoft Layout Creator ; ils ont participé à toutes les phases de conception et de mise en place de la base de données.
Les auteurs (CISSE et al., 2008 ; 2009) ont publié le descriptif du projet et les procédés d’alimentation et d’exploitation de la base de données. Le présent travail est un résumé de ces différentes publications et un plaidoyer pour la continuation du projet.

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Entre juin 2008 et mai 2009, les Assises nationales du Sénégal ont rassemblé les forces vives à l’intérieur du pays et dans la diaspora autour d’une large réflexion pour une solution consensuelle globale, efficace et durable à la crise multidimensionnelle (éthique, politique, économique, sociale et culturelle) qui a sévi dans le pays. Il s’agissait d’une initiative d’une centaine d’organisations de la Société civile, des syndicats, des partis politiques, des organisations non gouvernementales, des organisations religieuses, professionnelles, féminines, patronales, des groupements de retraités et personnes âgées, de jeunes, d’intellectuels et d’acteurs du monde de la culture, de l’éducation, des sciences et des personnalités de tous les milieux sociaux… L’initiative était ouverte à tous les Sénégalais et Sénégalaises de tous âges et de toutes conditions sociales. A la fin des consultations qui se sont souvent déroulées dans les langues locales, les Assises ont produit une « Charte de gouvernance démocratique » traduite dans les principales langues du Sénégal.

Per citare questo articolo:

Mame Thierno CISSÉ, Le dictionnaire électronique unilingue wolof et bilingue wolof-français : une création continuée, Repères DoRiF n.3 - Projets de recherche sur le multi/plurilinguisme et alentours... - septembre 2013, DoRiF Università, Roma septembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=127

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