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Enrica GALAZZI, Marie-Christine JULLION

Introduction

Enrica Galazzi
Università Cattolica del Sacro Cuore, Milano

Marie-Christine Jullion
Università degli Studi di Milano

Dans cette section, nous avons réuni les comptes rendus des différentes journées consacrées au plurilinguisme et au monde du travail, qui se sont déroulées dans une vingtaine d’universités italiennes au cours des années 2011-2012. Nous avons demandé aux responsables locaux de rédiger une fiche de synthèse qui mette en évidence, selon eux, l’originalité et les caractéristiques de leur contribution au colloque itinérant, leur laissant une totale liberté dans la rédaction, Voilà pourquoi leurs fiches peuvent apparaître dépourvues d’homogénéité (quelque peu redondantes ici, extrêmement synthétiques là).

Pour permettre au lecteur de participer à cet aspect itinérant de l’initiative, nous avons opté pour une présentation chronologique des fiches, partant de l’ouverture du colloque jusqu’à sa clôture. Ce dossier, c’est aussi la volonté de fixer dans notre mémoire un événement unique de par son ampleur et de par l’enthousiasme qui a habité tous ses participants. Notre volonté est également de mettre en évidence l’unité du projet par-delà la diversité des programmes et des approches adoptées par nos collègues dans les différentes universités. En effet, le thème général lancé au début de l’été 2010 au cours d’une réunion organisée à Bologne sous l’égide du Dorif-Università, est à l’origine d’ initiatives très différenciées sollicitant tour à tour les secteurs des entreprises (Turin, Catane, Milan, Bergame, Rome-Cassino), du domaine juridique (Trieste-Forlì, Raguse), des services et de l’accueil (Udine), des media et de la traduction (Gênes, Forlì, Palerme, Raguse). La promotion de la diversité linguistique et du patrimoine culturel (Teramo-Macerata, Sassari), les stratégies d’intégration linguistico-culturelles dans le pourtour méditerranéen (Enna), le vaste domaine de la formation dans le contexte du monde globalisé (Calabre, Messine, Sannio) ont également été au centre d’événements très réussis.

La richesse et le succès des événements ainsi que les rapports et les collaborations qui se sont noués avec le monde du travail et avec les acteurs sociaux, sans oublier la participation de nombreux spécialistes italiens et étrangers (des linguistes mais aussi des économistes, des juristes, des anthropologues….) méritaient d’être signalés car ils prouvent que la distance qui sépare trop souvent la formation de la vie professionnelle peut être comblée. L’ensemble des travaux1 nécessitait d’être regroupé avant que ceux-ci ne se dispersent dans les différentes publications en cours. Et, pour ce faire, nous ne pouvions choisir que la revue Repères, revue du Do.Ri.F, l’association qui a soutenu et encouragé le colloque itinérant tout au long de son déroulement.

Ces journées ont commencé à Teramo en 2011 et se sont achevées à l’Università Statale de Milan ; dès le début, et jusqu’à la fin, l’on a bien senti l’importance des valeurs accordées au plurilinguisme. Une valeur sociale et éthique tout d’abord, car une langue c’est aussi une culture et c’est comprendre la langue et la culture de l’autre ; c’est reconnaitre et respecter son identité, et en quelque sorte travailler pour la paix dans le monde. La langue seconde ne peut être un motif de croissance que si elle est librement choisie, c’est-à-dire choisie parmi toutes les langues. Francesco Sabatini2, lors du colloque organisé par l’OIP (l’Observatoire européen du plurilinguisme) à Rome en octobre 2012, parlait de « langue épousée » dans une société où la langue maternelle ne peut plus ignorer la langue secrétaire ( l’anglais). Trois langues donc, avec cette langue « épousée » qui fait la différence et qui, nous l’espérons, dans l’Europe de demain permettra aux citoyens européens de parler leur propre langue tout en comprenant celle des autres.

Ajoutons l’anecdote suivante pour confirmer la valeur « sociale » du plurilinguisme. Lors d’une conférence qui se tenait à Milan en mars 2012, Claude Truchot3 a souligné que le « tout à l’anglais » peut être un motif de stress dans la vie professionnelle et il a cité l’exemple d’un jeune informaticien fort brillant dans sa matière mais qui avait d’énormes lacunes dans la langue de Shakespeare ; il en tomba en dépression alors qu’il était beaucoup plus performant que ses collègues qui n’avaient d’autres compétences que celle de parler aisément l’anglais dans une entreprise française !

Un autre point en faveur du plurilinguisme, c’est la nécessité de communiquer dans un nombre croissant de langues dans une société multiethnique. Les journées d’Udine (octobre 2012) ne font que corroborer cet état de fait et les représentants des centres hospitaliers de la région Friuli-Venezia-Giulia, qui ont participé au colloque, ont montré que des langues dites « mineures » en réalité ne le sont jamais et que dans une société démocratique, le droit et l’accès aux informations pour tous les citoyens rendent indispensable la connaissance de ces langues.

Il y a un troisième point en faveur du plurilinguisme, c’est sa valeur économique. S’il est vrai que l’on ne peut ignorer l’anglais dans l’entreprise, il est tout aussi vrai que, lors des échanges servant à établir un contrat, chacun préfère parler sa propre langue, et éventuellement avoir recours à un interprète. Les Chinois en sont une illustration parfaite. Celui qui utilise comme langue de travail sa langue maternelle a un net avantage sur son interlocuteur qui doit s’adapter et qui n’aura jamais, dans une autre langue, la sensibilité et la capacité d’en comprendre toutes les nuances et les implicites. N’y aurait-il pas à faire une petite réflexion à ce propos sur le pouvoir économique des Etats-Unis ?!

Enfin, le plurilinguisme ouvre d’autres horizons à l’enseignement des langues et plus particulièrement dans l’enseignement supérieur. Tout d’abord, il favorise les synergies entre les différentes disciplines. Le colloque de Milan sur la contrefaçon en a été un exemple concret. A cette occasion, les linguistes (toutes langues confondues), les littéraires, les sociologues et les juristes ont montré tous les bénéfices qu’une approche pluridisciplinaire pouvait apporter à des études et à des enquêtes comme celles faites sur la contrefaçon. Il existe encore un autre sujet de réflexion concernant l’enseignement et le plurilinguisme : c’est que parfois l’enseignement peut se borner à ne faire acquérir que des compétences partielles (comme, par exemple, la compréhension orale et non la production écrite ou la production orale) et également sensibiliser les apprenants aux phénomènes de la variation. Par exemple, au cours de ces journées, nous avons pu voir que l’anglais c’est aussi l’anglo-américain, l’anglo-africain… et que le français est aussi celui des immigrés et des immigrés italiens qui reviennent parfois au pays… . Mais la variation n’est pas seulement diatopique, elle est aussi diastratique et diaphasique, et l’on ne peut vraiment communiquer que si l’on est sensible aux variations.

Il nous semble que ces deux années de colloque sont un exemple de ce que devrait être l’enseignement linguistique en Europe. En revanche, pour ce qui concerne le monde du travail, nous sommes conscientes que le chemin à parcourir est encore long. Dans certains cas, nous avons rencontré des personnes à l’avant-garde qui, grâce à la pratique du plurilinguisme dans leur entreprise, obtiennent des résultats remarquables. Dans d’autres cas, hélas, certains chefs d’entreprise confondent plurilinguisme et une connaissance excellente de l’anglais. C’est donc là que nous devons encore opérer et peut-être pourrons-nous proposer un nouveau cycle de congrès itinérants sur langue/travail, non pas dans les universités mais dans les entreprises. Le défi est lancé.

1
Les programmes des différentes journées sont consultables sur le sit du Do.Ri.F (www.dorif.it) où un link renvoie aussi à une carte de géographie de l’Italie indiquant les lieux où se sont déroulées ces journées .

2
Francesco Sabatini est Président honoraire de l’académie de la Crusca et Professeur émérite de l’université de Roma 3.

3
Claude Truchot est Professeur émérite à l’université de Strasbourg.

Per citare questo articolo:

Enrica GALAZZI, Marie-Christine JULLION, Introduction , Repères DoRiF n.3 - Projets de recherche sur le multi/plurilinguisme et alentours... - septembre 2013, DoRiF Università, Roma septembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=130

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