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Paola POLSELLI, Daniela ZORZI

Le multilinguisme d’entreprise : l’italien langue seconde (projet ELIA)

Paola Polselli, Daniela Zorzi1
Università di Bologna

Riassunto

L’articolo discute alcune informazioni sull’uso dell’italiano L2 in azienda, derivate dal progetto ELIA - Educazione Linguistica in Istituzioni e Aziende realizzato nella Provincia Forlì-Cesena, e le confronta con i risultati di altre ricerche territoriali e nazionali. Si mette a fuoco il punto di vista delle aziende: queste riconoscono l’importanza della conoscenza della lingua italiana, ma di fatto non la promuovono tramite iniziative di formazione mirate. Questa posizione riflette un atteggiamento più generale: da un lato l’azienda afferma l’importanza delle competenze linguistiche nel mondo del lavoro attuale e dall’altro non riconosce tali competenze quando sono in azione, né le valorizza o le rafforza se sono limitate.

Abstract

This paper presents data on the use of Italian as a second language in the workplace collected for the ELIA (Language education in the workplace) project, which was carried out in the province of Forlì-Cesena in the Emilia Romagna region of Italy. The results are compared with those of other local and national research projects. While businesses recognize the importance of employees knowing Italian well, in no case do they organize targeted training to improve language competence. This position reflects a more general attitude of businesses in the area, who while universally subscribing to the importance of language competences in the world of work today, fail to recognize such competences where they are present, or to act to enhance them where they are limited.

	 
  

La présence de main d’œuvre étrangère en Italie a de fait déterminé une situation de multilinguisme dans la majorité des entreprises italiennes, où des personnes plurilingues se trouvent à interagir tant pour les exigences de leur rôle professionnel, que pour les exigences de leurs relations interpersonnelles. Suivant le Conseil de l’Europe (2001), nous utilisons le terme multilinguisme pour définir les caractéristiques du territoire, c’est-à-dire la coexistence de différentes langues à l’intérieur d’un certain contexte – dans notre cas l’entreprise - et le terme plurilinguisme pour décrire les caractéristiques de l’individu - dans notre cas le travailleur étranger - qui dispose d’une certaine compétence dans plusieurs langues (ou variétés de langues), qui a fait l’expérience de plusieurs cultures et est donc à même de participer à des interactions interculturelles2. En Italie, les études sur le multilinguisme d’entreprise se sont presque exclusivement concentrées sur la connaissance des langues étrangères nécessaires à la croissance économique des entreprises au niveau international. Ces études ont été menées, pour la plupart, par des universités sensibles aux perspectives d’emploi de leurs étudiants, et ce afin d’aligner l’offre formative des facultés linguistiques au marché du travail3. Les sujets traités sont vastes et significatifs : on souligne l’importance de connaître plusieurs langues étrangères - donc pas uniquement l’anglais ; on décrit les variétés linguistiques liées à l’usage des langages spécialisés ; on aborde les problèmes de la traduction et de l’interprétation ; on fait aussi allusion à la compétence interculturelle finalisée aux contacts professionnels.

Alors qu’on dispose d’informations bien détaillées sur les compétences en langues étrangères que les chefs, les cadres et les techniciens d’une entreprise devraient développer pour les rapports externes, on manque de réflexions sur comment affronter le multilinguisme au sein de l’entreprise elle-même : pour développer et utiliser le plurilinguisme des travailleurs immigrés, il faut tout d’abord le connaître. Dans cet article, nous analyserons la compétence plurilingue des travailleurs étrangers et surtout la façon dont l’entreprise la perçoit : nous nous demanderons si et comment l’entreprise valorise ou encourage cette compétence ou, au contraire, si et comment elle l’ignore ou souligne les problèmes communicatifs qu’elle peut engendrer.


1. Le plurilinguisme des travailleurs immigrés

Les études italiennes portant sur les répertoires linguistiques des travailleurs immigrés sont désormais bien attestées et abordent ce sujet à plusieurs fins : on distingue d’une part, les fins théoriques et descriptives qui peuvent éventuellement avoir des retombées applicatives plus ou moins explicites ; d’autre part, les fins principalement applicatives, à savoir les études qui décrivent les phénomènes linguistiques pour trouver une solution aux problèmes de communication entre les acteurs sociaux. Il existe plusieurs perspectives de recherche et méthodes d’analyse4. Dans le panorama italien, on distingue : la perspective de l’acquisition, où l’on étudie le développement des compétences linguistiques des locuteurs pour aboutir à des généralisations sur les phases et les séquences d’acquisition ; la perspective sociolinguistique avec ses multiples spécifications, qui vont de la sociolinguistique urbaine, où la ville, un milieu physique multilingue et multiculturel, est envisagée comme un lieu privilégié pour l’étude de la variation linguistique, le contact linguistique et l’innovation, à la dialectologie perceptive ou perceptuelle, où l’on étudie le niveau de conscience du locuteur par rapport à la variation diatopique et diastratique, ainsi que la valeur sociale que la collectivité lui attribue ; les perspectives didactiques et pédagogiques, où domine la description de la compétence (partielle) dans une des langues dont l’individu dispose (de fait la langue italienne), même si quelques études sur l’intercompréhension entre langues apparentées (dans notre cas les langues romanes) prennent en considération les usagers immigrés5.

Si l’on considère les contextes d’interaction entre individus plurilingues, on remarque la prédominance des recherches en milieu scolaire, dont la majorité ont des fins ouvertement didactiques : enseigner à l’élève étranger une variété d’italien le mettant dans les conditions de participer avec succès à un parcours scolaire qui est en grande mesure conçu pour des usagés italophones6. Par contre, les études relatives aux contextes d’interaction socio-institutionnelle (comme les milieux hospitalier, juridique, syndical ou celui de l’assistancesociale) se sont le plus souvent préoccupées des modalités linguistiques mises en place par l’institution pour favoriser la participation des usagers étrangers : le plurilinguisme est encore une fois uniquement perçu comme une ‘incompétence’ en italien et donc comme une entrave à l’accès aux services sociaux. Il en découle que ce déficit est ‘compensé’ par des médiations orales et des traductions écrites dans plusieurs langues.

2. L’entreprise et le plurilinguisme des immigrés

Par rapport aux contextes d’usage qu’on vient de mentionner, les études systématiques sur l’entreprise comme communauté multilingue et sur le plurilinguisme de ses salariés immigrés sont plutôt rares. Quelques données quantitatives et qualitatives intéressantes ont cependant été fournies par des recherches nationales ou territoriales sur les besoins linguistiques, et plusieurs recherches sur la communication dans le lieu de travail ont considéré, parmi d’autres contextes d’études, également l’entreprise. Encore plus rares, mais très prometteuses, sont les études de cas d’entreprise, où l’on analyse la communication parmi et avec les travailleurs étrangers au sein d’une même entreprise. Faisons brièvement le point sur quelques-unes de ces recherches.

Nous commencerons par LETitFLY (Learning, Education and Training in the Foreign Languages in Italy), une importante recherche nationale qui a été commandée et financée par le Ministère du Travail et des Politiques Sociales et menée entre 2003 et 2006. Il s’agit d’une « Ricerca-Azione sui fabbisogni di formazione linguistica a fini professionalizzanti e su quelli riconducibili alla educazione e formazione permanente, nonché sulle correlate iniziative ed esperienze che promuovono e sviluppano l’apprendimento delle lingue straniere in Italia »7. Ce projet prévoyait trois pistes d’enquête : une sur la demande de formation linguistique professionnalisante pour la population et les entreprises ; une autre sur l’offre de formation linguistique (langues étrangères et langue italienne pour les étrangers) ; enfin, un approfondissement spécifique de certains aspects communs à l’offre et à la demande (comme la mobilité, l’interculturalité, les méthodologies didactiques innovantes, les ressources humaines et financières).

Ce qui se dégage des données relatives à l’offre/demande de formation en langue italienne pour les étrangers, c’est que pour 90% des grandes ou moyennes entreprises employant des travailleurs étrangers, la présence de ces derniers ne semble créer aucun problème de communication à l’intérieur de l’entreprise. D’un côté, cela paraît démontrer que les travailleurs étrangers ont dû résoudre le problème linguistique par leurs propres moyens et même avant l’embauche ; de l’autre, cela justifie le nombre restreint de cours de langue italienne qui sont offerts par les entreprises à leurs nouveaux embauchés étrangers. Mais si l’on interviewe les travailleurs étrangers eux-mêmes, on comprend l’importance qui est généralement attribuée à la compétence linguistique : la plupart d’entre eux ont l’intention d’améliorer leur connaissance de l’italien, ce qui leur semble fondamental pour leur intégration sociale et professionnelle8. Leurs compétences comme individus plurilingues, dont le répertoire inclut la langue italienne, la langue maternelle et au minimum une autre langue bien connue, ne sont presque pas considérées. Si l’on en croit les témoignages de plusieurs interlocuteurs privilégiés, tout en remarquant l’importance d’une intégration croissante du personnel étranger dans les entreprises comme lieux potentiels d’apprentissage de la communication interculturelle, ces interlocuteurs ont toutefois souligné la perplexité, sinon la méfiance, des cadres, vis-à-vis de la participation des travailleurs plurilingues aux relations stratégiques des entreprises, à la fois avec l’extérieur (par exemple lors de négociations commerciales) et avec le personnel qui travaille à l’intérieur (par exemple à travers un travail de médiation linguistique systématique). Du moins en théorie, il y a une plus grande disponibilité à les utiliser, nous semble-t-il, pour faciliter l’insertion professionnelle des compatriotes ou - dans des cas exceptionnels et de toute façon après une formation technique spécifique - pour sonder et entamer des relations avec les marchés des pays d’origine, en agissant comme de véritables opérateurs privilégiés.

En raison des péculiarités socioéconomiques et des nombreuses typologies d’immigration qui intéressent les divers contextes italiens (ISTAT 2011, Caritas Migrante 2012), il s’est avéré nécessaire de dresser une carte territoriale des besoins et des compétences linguistiques servant au développement des structures productives locales9. C’est dans ce cadre qu’on retrouve la recherche ELIA- Educazione Linguistica in Istituzioni e Aziende (ZORZI et al., 2012), menée dans la province de Forlì-Cesena. Cette recherche se penche sur trois typologies de besoins de formation linguistique dans les milieux professionnels (les langues étrangères, l’italien comme langue seconde pour les travailleurs étrangers et l’italien technique) et se base sur des données quantitatives (un questionnaire en ligne) et qualitatives (des interviews en profondeur). Ce qui s’est dégagé de cette enquête c’est que : le plurilinguisme individuel des salariés n’est généralement pas examiné ni mis en valeur (une seule des entreprises impliquées dans les interviews en profondeur a vérifié les connaissances et les compétences linguistiques de ses salariés autochtones et étrangers) ; la connaissance de l’italien pour les travailleurs immigrés qui essayent et demandent d’être embauchés est considérée comme importante, même si - comme plusieurs l’ont souligné - il suffit d’avoir une compétence de base dans la langue commune, et ce surtout pour être à même de travailler en équipe et de respecter les normes en matière de sécurité. Voici un témoignage significatif :

Lo straniero è sempre in fasce basse di lavorazione […] non deve relazionarsi con un cliente, o anche con altri livelli interni se non alla persona che gli è affianco o il caporeparto. Deve soprattutto capire quello che gli viene detto più che esprimersi: questa è la richiesta dentro le aziende.

Le fait que le travailleur « doive surtout comprendre, mais pas nécessairement savoir s’exprimer » met en relief deux faits qui sont étroitement liées : tout d’abord, le travailleur n’est pas perçu comme une personne dont le bagage de langues, de cultures et d’expériences pourrait enrichir l’entreprise, mais comme un moindre outil pour le fonctionnement de cette même entreprise ; ensuite, on ne tient pas compte de la relation entre le travailleur comme entité sociale et les pratiques, elles-mêmes sociales, de la communication dans l’entreprise. En somme, on est bien loin d’interpréter l’entreprise comme un contexte multiculturel étant co-construit par les compétences linguistiques et culturelles des individus, donc comme un lieu privilégié pour que tous les participants de la communauté développent cette compétence interculturelle qui en plus d’avoir une valeur étique et sociale serait, comme la recherche l’a montré, l’une des clés du succès d’une entreprise.

Ces recherches, nationales et territoriales, se sont basées sur des données quantitatives collectées par des questionnaires et des interviews à des interlocuteurs privilégiés. Mais pour brosser un tableau plus détaillé de l’incidence du plurilinguisme des travailleurs dans les processus communicatifs de l’entreprise, il faudrait mettre en place une observation directe (si possible enregistrée à l’aide d’une caméra) des interactions parmi et avec les immigrés. Cela permettrait de décrire les façons dont les participants interagissent, en montrant quelles langues ou variétés de langue sont utilisées et pour quoi faire, et quelles modalités de négociation des rapports et des savoirs sont mises en place : bref, de quelle façon le plurilinguisme de l’individu concourt à la construction de l’entreprise comme communauté multilingue. A notre connaissance, il existe un nombre très restreint de recherches linguistiques se basant sur l’analyse de rencontres réelles, enregistrées au siège de l’entreprise pendant les heures de travail ou observées par des chercheurs prenant des notes sur le terrain. Nous en évoquerons deux : la première (PUGLIESE, 2007, 2009) fait partie d’un projet lancé par la Section Immigration de l’Observatoire Social de la Province d’Arezzo sur la communication interculturelle dans les lieux de travail : on considère plusieurs contextes professionnels, dont une entreprise artisanale. Les analyses d’interactions verbales enregistrées et transcrites ont montré plusieurs modes d’interaction tant sur le plan de la relation (plaisanteries et boutades qui thématisent souvent la diversité culturelle) que sur le plan de l’information liée aux fonctions remplies.

Une autre méthode de recherche se dégage de l’étude d’un cas d’entreprise (MARAZZINI, 2013) : ici les données ont été collectées à travers l’observation de la part du chercheur, qui a participé à la vie d’une PMI lombarde, appuyant ses affirmations sur des notes de terrain intégrées par la documentation d’entreprise. Cette recherche visait à observer les pratiques linguistiques auxquelles participent les travailleurs pendant le déroulement de leur activité professionnelle, afin de relever ce qui peut être amélioré pour contribuer à l’efficacité et à la qualité du travail et/ou pour « contribuire alla piena espressione e allo sviluppo delle potenzialità dei lavoratori » (MARAZZINI, 2013 : 124). D’après le chercheur, deux données significatives se sont dégagées de son analyse : « un bisogno in termini di competenza linguistica-comunicativa in italiano, articolato a vari livelli a seconda delle basi di partenza: dalle competenze di base in Italiano L2 all’uso strategico della lingua (lingua seconda o lingua materna) per obiettivi particolari […] e un bisogno in termini di competenze più strettamente professionali, che vanno dalla conoscenza del contenuto del proprio lavoro alla consapevolezza globale del processo produttivo che si svolge in azienda » (MARAZZINI 2013 : 129). Autrement dit, dans le contexte analysé, l’opposition simpliste entre le travailleur italien (qui « connaît » la langue) et le travailleur étranger (qui « ne la connaît pas ») paraît s’estomper : de fait on reconnaît à tous les deux des compétences partielles, qui sont passibles d’amélioration grâce à une formation ciblée sur des rôles ou des activités spécifiques.

3. Perspectives formatives et multilinguisme

Parmi les « nouveaux » domaines d’enquête sur les contextes et les pratiques plurilingues figurent non seulement les lieux de travail et les façons dont « work regimes today are connected to the way language and multilingualism are valued and used », mais également les contextes de formation et d’apprentissage, qui revêtent une importance capitale dans la transmission des valeurs des groupes sociaux, car ce sont les lieux où « processes of social ex/inclusion are typically implemented but also where contestation and resistance take place » (RADEIN INITIATIVE 2011 : 20)10. Dans le cadre des recherches sur les nouvelles propositions pour la formation en entreprise, la relation entre pratiques de travail et modalités d’apprentissage est un sujet crucial : on s’interroge sur la définition de dispositifs et de parcours de formation permettant d’une part, de favoriser des modalités d’autoformation permanente de type informel et de l’autre, d’utiliser des stratégies pédagogiques qui aident à développer des compétences interculturelles et interlinguistiques dans des contextes d’apprentissage tant formels que non-formels (CE, 2000 : 9).

Le discours sur la formation des travailleurs étrangers offre donc une perspective privilégiée pour traiter de certains aspects du multilinguisme dans les nouveaux contextes professionnels, comme la compétence plurilingue du travailleur étranger et la façon dont elle est perçue et réalisée dans l’entreprise. En effet, si on prête attention aux politiques de formation en entreprise, on peut observer les perspectives didactiques et pédagogiques adoptées et vérifier en même temps à quel point la configuration linguistique et organisationnelle de l’entreprise se reflète dans ses pratiques d’apprentissage. Cela permet de comprendre si la formation tient compte, même d’un point de vue pratique, des utilisations fonctionnelles et relationnelles des langues présentes : est-ce que le plurilinguisme des individus et des groupes est encouragé, et comment? Est-ce que la compétence communicative est attribuée à la seule maîtrise de l’italien langue seconde (L2) ou est-elle plutôt considérée dans le cadre interactif et collectif où se déploient les fonctions professionnelles, selon une « compétence-en-action » (MONDADA, PEKAREK DOEHLER 2006 : 27) qui est nécessairement plurielle et dynamique?

Si l’on déplace l’attention du rapport existant entre l’immigration et l’italien L2 et que l’on focalise celle-ci sur la dimension de la formation des travailleurs étrangers en Italie, on remarque plus clairement certaines tensions qui révèlent les contradictions nationales. Tout d’abord, le rapport entre le travail et la formation au travail se caractérise par la difficulté d’orientation parmi les offres de formation et les modalités de financement, ainsi que par une bureaucratisation des projets pédagogiques qui limite, sinon empêche, les possibilités d’innovation des parcours (POLSELLI, 2012, ZORZI et al., 2012). Ensuite, il y a d’une part l’importance grandissante des compétences linguistiques dans le monde du travail actuel et de l’autre, le manque de reconnaissance de ces mêmes compétences lorsqu’elles sont en action. Ces contradictions s’avèrent d’autant plus critiques quand elles concernent les travailleurs étrangers, et donc la compétence linguistique qui est nécessaire ou peut être dépensée au travail et la formation conséquente (cf. EIW, 2006).

Ces problèmes traversent tout le discours sur l’éducation linguistique en Italie et intéressent également, avec des caractéristiques différentes, la population autochtone. Par exemple, d’après le témoignage de certains intermédiaires commerciaux étrangers voulant pénétrer le marché italien, le véritable problème, en Italie, n’est pas l’application du principe selon lequel il vaut mieux « parler la langue du client », mais plutôt le fait de réussir à œuvrer dans un pays où la connaissance de la langue nationale pour communiquer est généralement plus utile qu’ailleurs, et où il est tout aussi fondamental de prévoir des actions de localisation des produits (EC, 2011). En d’autres termes, ce qui manque, en Italie, c’est une « diffusione motivante della consapevolezza dell’importanza delle lingue presso tutta la popolazione e il mondo imprenditoriale, e la promozione al tempo stesso di formazione non monocentrica, bensì rivolta a più lingue » (BERRUTO 2007 : 83).

L’accès à la formation et à la sécurité sur le lieu de travail, de pair avec les processus de déqualification et de brain wasting des travailleurs étrangers, sont autant de composantes importantes des discriminations sur les lieux de travail italiens (EQUAL, 2007)11. Ces problèmes sont liés aux conflits et aux rapports de pouvoir entre les langues et les nations, ainsi qu’à une vision sociale et politique où les affirmations de principe sont trop souvent contredites par les politiques mises en place : des discours sur les droits de l’homme à la discrimination des immigrés sur le lieu de travail ; de la mise en valeur du multilinguisme comme ressource économique aux influences exercées sur le marché des langues ; des politiques explicites d’intégration des travailleurs immigrés aux politiques implicites d’assimilation (VEDOVELLI, 2010 ; LINEE, 2010) selon lesquelles

multilingualism is not what individuals have and don’t have, but what the environment, as structured determinations and interactional emergence, enables and disables. Consequently, multilingualism often occurs as truncated competence, which depending on scalar judgments may be declared “valued assets” or dismissed as “having no language”. (BLOMMAERT et al. 2005 : 197)

4. La formation en italien L2 et le travail en entreprise

Considérons maintenant le rapport entre le plurilinguisme et la compétence en italien L2 des travailleurs immigrés, en faisant référence à la formation en italien pour les étrangers et aux pratiques de formation sur la sécurité au travail.
La formation en entreprise peut se décliner en une panoplie de formules et d’approches méthodologiques, mais toutes ces solutions partagent la même orientation ouvertement utilitariste. Dans le but de classer les perspectives fondamentales sur la formation pour et au travail, DURAND et FILLIETTAZ (2009) indiquent trois conceptions de base auxquelles les différentes politiques et pratiques de formation existantes peuvent être reconduites :

  1. la formation comme fonction essentielle des systèmes sociaux ;
  2. la formation comme solution à des problèmes et phénomènes socioéconomiques spécifiques;
  3. la formation comme vecteur substantiel de la modernité.

Dans le premier cas, l’accent est mis sur un principe de continuité avec les objectifs de promotion sociale de la formation scolaire de base. Ces objectifs se traduisent par la formation professionnelle des individus, par le développement personnel même de ceux qui sont socialement défavorisés, ainsi que par une vision intergénérationnelle et culturelle ample comprenant les nombreuses cultures techniques et professionnelles qui caractérisent le milieu de travail. Dans le deuxième cas, c’est la dimension « réparatrice » de situations historiquement déterminées qui a le dessus : l’objectif est d’adapter rapidement les conditions et les compétences professionnelles préexistantes pour relever les nouveaux défis organisationnels et technologiques des contextes de travail. Dans le troisième et dernier cas, la formation est partie prenante de l’évolution des contextes professionnels et en constitue le moteur.

Dans les données des enquêtes LETitFLY et ELIA sur la formation linguistique, la formation en langue italienne pour les travailleurs immigrés est généralement perçue comme une forme de compensation d’un désavantage substantiel. Elle est donc identifiée avec les finalités sociales de la première perspective, d’autant plus que dans les entreprises on a souvent tendance à croire que la formation n’est pas du ressort des entreprises, mais des travailleurs mêmes. Il en découle une tension de base entre les intérêts de développement et d’autopromotion de l’entreprise et les intérêts des travailleurs, qui peuvent coïncider ou pas. Cette position manifeste une vision bien précise de la gestion du capital humain d’origine étrangère : en effet, elle ne reconnaît pas un concept fondamental, à savoir que

la relation qui lie les individus en tant que travailleurs et les pratiques sociales en contexte professionnel est de nature profondément interdépendante et négociée (BILLETT 2009 : 59).

De plus, la formation en italien L2 pour les travailleurs étrangers est identifiée avec la formation généraliste offerte par les institutions publiques et les associations privées, dans des cours qui se déroulent en-dehors des heures de travail et qui s’adressent à un public très varié. D’un point de vue strictement didactique, il en découle que ces cours ne peuvent sans doute pas respecter pleinement l’un des critères de fond de l’enseignement en milieu endolinguistique, c’est-à-dire l’objectif de systématiser et de relier les activités de classe aux activités sociales et opérationnelles du travail. Dans ces contextes, les différentes expériences de vie professionnelle des apprenants sont très peu considérées par l’enseignant ; on perd ainsi l’opportunité d’investir sur un autre aspect crucial de la formation en italien L2 : l’apprentissage de l’italien à des fins spécifiques, c’est-à-dire l’analyse située des variations sociolinguistiques de la langue en entreprise et les activités sur les variétés sectorielles de la langue qui se dégagent du travail. Les recommandations collectées dans les multiples cas où on a recours à des textes écrits ne font que démontrer à quel point cela est souhaitable et fonctionnel : nous songeons aux difficultés de communication qui peuvent surgir au moment de la constitution du rapport de travail, quand les nouveaux embauchés devraient être informés sur le contrat, le salaire, les fonctions et les règlements ; et nous songeons également aux indications sur des normes, des procédures et des manuels de sécurité au travail où on retrouve des expressions tirées de textes juridiques de références ou de communications interinstitutionnelles qui affichent les tournures complexes de la bureaucratie italienne.

La formation en italien L2 est généralement confiée à des institutions extérieures à l’entreprise, qui ont – nécessairement – une démarche généraliste ; mais de tels problèmes se retrouvent même dans la formation en langue étrangère qui se déroule au sein de l’entreprise et qui normalement s’adresse à des salariés autochtones dont le rôle est étroitement lié à l’utilisation des langues. En effet, s’il est vrai que la formation en langue étrangère dans l’entreprise reflète la deuxième conception de la formation, qui serait la solution à des problèmes et phénomènes socio-économiques spécifiques, il est vrai aussi que d’après une opinion courante cette formation se rend nécessaire à cause des défauts de la formation scolaire italienne. Cela engendre souvent des pratiques de formation qui s’avoisinent aux programmes de « ré-scolarisation » et donc d’approches formatives plus traditionnelles (où on ne se concentre que sur la grammaire ou sur des compétences linguistiques particulières, plutôt que sur des compétences transversales et sur la capacité de transcoder les multiples textes que le travail requiert).

5. Plurilinguisme submergé et formation à la sécurité

Le recours à la compétence plurilingue des salariés immigrés pendant les heures de travail paraît entravé par des problèmes qui sont souvent liés à la hiérarchie interne et au respect de l’organisation de l’entreprise, à la sauvegarde de son image publique, ou à une véritable discrimination. Mais il existe des cas où la compétence plurilingue des salariés étrangers est partie prenante du travail de l’entreprise et où le problème est, tout au plus, la méconnaissance de la médiation spontanée et des activités de mentoring qui sont déployées, et ce surtout quand elles sont présentées comme épisodiques ou comme de simples formes de soutien entre compatriotes étrangers. Cela se produit, par exemple, à l’occasion des cours sur la sécurité au travail. Pour ce qui est de la formation à la sécurité, dans le projet ELAN (CILT, 2006), l’invitation à promouvoir une meilleure communication parmi les travailleurs est explicitement liée à la qualité et à la sécurité au travail, surtout dans le secteur de la production. Dans les données ELIA, la formation sur la sécurité au travail est souvent signalée comme étant problématique, non seulement parce qu’il est difficile de définir des ensembles de démarches formatives efficaces, mais aussi parce qu’il est nécessaire de traduire les fiches, les panneaux et les avis spécifiques. En outre, la formation à la sécurité paraît souvent réduite à une pratique formelle qui ne vise qu’à respecter les obligations législatives, alors que la loi indique, justement pour éviter les problèmes de communication des travailleurs immigrés, de vérifier préalablement la « comprensione e conoscenza della lingua veicolare utilizzata nel percorso formativo »12. D’un autre côté, si on limite le discours sur la compréhension aux seuls « problèmes des travailleurs immigrés », on néglige les difficultés des travailleurs de langue maternelle italienne ayant un faible niveau de scolarité.

Considérons maintenant la façon dont l’italien et les compétences plurilingues des travailleurs étrangers entrent en jeu dans ces contextes de formation et observons les solutions multilingues qui ont été prévues dans une grande entreprise avicole de la région Emilie-Romagne. Cette entreprise affiche une présence importante de main d’œuvre étrangère (plus de 50% de ses salariés)13 qui se distribue en 15 ethnies provenant de pays linguistiquement et culturellement éloignés et qui se concentre dans le secteur productif. Dans ce contexte, l’accent est mis sur la fonction d’agrégation de la langue italienne et sur sa capacité de véhiculer la « mission d’entreprise », alors que le capital linguistique de la société est peu connu, car les compétences linguistiques des travailleurs autochtones ou étrangers ne sont généralement pas vérifiées au moment de l’embauche. L’on évalue, par contre, la compétence linguistique en italien L2 et puisque les travailleurs le savent, d’après ce qui nous a été rapporté, ils ont tendance à déclarer des compétences linguistiques supérieures à la réalité. L’importance du secteur productif et sa grande connotation multiethnique et multiculturelle font que l’entreprise en question est particulièrement sensible à la possibilité d’améliorer les cours sur la sécurité et sur les règlementations hygiéniques et sanitaires servant à obtenir le certificat d’idonéité (…) nécessaire pour travailler. Dans l’ensemble, ces cours incluent 8 heures de formation, dont 4 qui sont consacrées aux normes de sécurité et 4 qui portent sur les normes de qualité, sur quelques notions de microbiologie et sur les règles de comportement. La formation prévoit un exposé monologique de la part du formateur, qui se sert également d’une présentation PowerPoint. Ce format répond à la volonté de faciliter la compréhension des travailleurs, en misant sur des formes de communication multimodale (images et mots-clés écrits) et en ayant recours à plusieurs solutions traductives. Il se peut que le cours se déroule entièrement en italien avec quelques mots-clés traduits en anglais ou en français sur l’écran. Dans ce cas-ci, on compte sur la médiation spontanée des salariés étrangers de l’entreprise faisant une traduction que l’on peut qualifier d’« impromptue ». Dans d’autres cas, le vétérinaire du service de santé local, le médecin compétent et le responsable de l’assurance qualité exposent les contenus directement en anglais ou en français, deux langues véhiculaires qui représentent pour nombre de travailleurs autant de langues franques, dont on présuppose – tout simplement – une connaissance meilleure que celle de l’italien. La langue choisie pour la formation détermine la langue qui sera également utilisée dans le test écrit à la fin du cours, qui se compose de questions à choix multiple (4 choix possibles). Si on ne réussit pas son test, à la fois le cours et l’épreuve peuvent être répétés plusieurs fois. Si on le réussit, on commence alors la phase d’insertion professionnelle, qui prévoit que l’on suive un chef de ligne de production ou, dans le cas des travailleurs étrangers, un compatriote expert parlant la même langue maternelle que le nouvel embauché.

Pour ce qui est des solutions linguistiques adoptées, les responsables des ressources humaines considèrent comme problématique l’utilisation exclusive d’autres langues, comme l’anglais ou le français, car souvent ce choix ne fait que reproduire, dans une autre langue, les mêmes barrières linguistiques que l’on cherche à dépasser (d’après les personnes interviewées, une bonne partie des difficultés qui se présentent aux épreuves finales serait due à des problèmes de compréhension de la langue, plutôt que des contenus, ce qui confirme l’importance de connaître les compétences linguistiques de tous les travailleurs dès le moment de l’embauche). Pour contrecarrer leurs difficultés de compréhension orale, les travailleurs étrangers reçoivent, à la fin du cours, des publications sur la sécurité qui sont traduites dans les principales langues européennes ou dans les langues franques les plus répandues. Mais souvent, il s’agit de textes écrits qui ne sont pas très fonctionnels, puisqu’ils sont parsemés de technicismes et pseudo-technicismes juridiques, bureaucratiques ou argotiques14.

Si l’on passe en revue les différentes solutions adoptées dans cette entreprise, on s’aperçoit de certains aspects problématiques. Tout d’abord, les modalités de présentation des contenus ne sont pas modulées en fonction de la connaissance des destinataires et sont particulièrement astreignantes (puisque monologiques, techniques et plutôt longues). Ensuite, les stratégies de communication multilingue adoptées projettent une dimension intéractive assez limitée. Si l’on reprend les définitions utilisées dans le projet Dylan (Dynamique des langues et gestion de la diversité, 2006-2011)15 pour décrire la gamme de stratégies que les participants à une interaction plurilingue peuvent adopter, on s’aperçoit qu’ici les stratégies dominantes sont celles où on utilise une seule langue ou une langue à la fois (cf. OLON, « one language only » et OLAT, « one language at a time »). Les travailleurs étrangers ne sont que des récepteurs passifs de ces stratégies : le format du cours ne prévoit pas de moments de négociation ni de stratégies plurilingues où les différentes langues peuvent être pratiquées simultanément et transversalement dans le temps, pour favoriser la co-construction du sens et la négociation des contenus techniques présentés (cf. ALAST, « all the languages at the same time » et ALAAT, « all language at all times »). Une formation plurilingue ne se contente pas de l’utilisation de textes oraux et écrits en plusieurs langues : s’orienter vers une telle formation signifie prendre conscience que l’usage de l’italien et des autres langues peut être exploité pour développer l’intercompréhension et l’élaboration de contenus partagés avec les ressources mises à la disposition par les répertoires linguistiques respectifs.

Pour en venir à la méthodologie d’enseignement/apprentissage la plus souhaitable dans des situations qui se rapprochent du cas examiné, si le but est de viser le développement continu de la compétence plurilingue de tous ceux qui travaillent dans l’entreprise, les approches plurielles aux langues et cultures impliquées sont certainement à préférer. Cela signifie qu’il faut prévoir des activités d’enseignement-apprentissage qui impliquent plusieurs langues et variétés de langues à la fois et qui permettent d’articuler les stratégies ALAST et/ou ALAAT de tous les salariés. Nous songeons donc à des activités permettant de tirer le plus grand profit des répertoires partiels qui caractérisent la communication plurilingue (DYLAN, 2012) et de développer en même temps des répertoires d’ordre intralinguistique (comme dans le cas des termes techniques, juridiques et sanitaires qui se dégagent des documents italiens), d’ordre interlinguistique et interculturel, ainsi que d’ordre translinguistique et transculturel. Comme le rappellent Candelier et al. (2012), pour développer les savoirs nécessaires, le savoir-faire et le savoir-être, on a besoin de lieux et de moments de rencontre où pratiquer une analyse simultanée et corrélée de plusieurs langues et cultures à la fois. De tels moments peuvent être prévus et intégrés dans les activités d’apprentissage qui ont lieu au sein de l’entreprise. En effet, adopter des approches plurielles aux langues et cultures veut dire diffuser une réflexion linguistique même dans le contexte de la formation sur la sécurité ou dans celui de la formation initiale pour les nouveaux embauchés, en encourageant ainsi des développements successifs de type informel (par exemple lors de la phase d’insertion professionnelle). Tout cela en sachant que

[d]es recherches ont montré que l’avantage de locuteurs plurilingues et multiculturels consiste en une flexibilité cognitive supérieure [et] cet atout serait multiplié dans des équipes mixtes disposant de moyens qui représentent bien plus que la simple somme des moyens associés à chacune des langues impliquées. C’est cela qui contribuerait à augmenter la richesse des descriptions, à améliorer la compréhension des objets scientifiques et à augmenter la créativité à la recherche de solutions à des défis et problèmes inédits (LÜDI et al. 2011 : 2).

Considérations finales

Nous avons essayé de montrer la façon dont les entreprises perçoivent la compétence plurilingue de leurs travailleurs immigrés et surtout leur compétence partielle en italien. En nous appuyant sur des données qualitatives et quantitatives, nous avons identifié quelques constantes, mais la diversification du territoire national sur le plan de l’organisation économique, de la structure entrepreneuriale et de la typologie d’immigration, de pair avec le différent degré d’attention et sensibilité de chaque entreprise envers les aspects communicatifs ne nous permettent pas de larges généralisations. Cela dit, nous pouvons quand même conclure que, dans les grandes lignes :

  • les choix d’une entreprise à propos de la langue seconde de ses travailleurs immigrés indiquent non seulement le rapport qui existe entre ses politiques linguistiques explicites et implicites, mais aussi son orientation générale vers des stratégies de communication mono ou plurilingue ;
  • les entreprises admettent qu’il est important de connaître la langue italienne, mais de fait elles n’encouragent pas cette connaissance à travers des initiatives de formation ciblées.

En même temps, les interviews aux immigrés et l’observation sur le lieu de travail ont montré une réalité plus complexe :

  • les travailleurs immigrés donnent de l’importance à la connaissance de l’italien, tant pour des raisons de travail que pour des raisons d’intégration dans la société italienne ;
  • au travail, ils utilisent à la fois l’italien (qui est partagé avec le personnel italien et étranger) et des fragments d’autres langues d’immigration (qui sont acquis lors du contact entre collègues). Ils construisent ainsi, au quotidien, une communauté qui peut être définie comme plurilingue, avec toutes les limites et les approximations nécessaires.

Nous avons également observé que le fait de mettre l’accent sur la dimension linguistique individuelle des travailleurs étrangers, plutôt que sur le « milieu » de l’entreprise et sur sa politique linguistique, peut être limitant. L’italien L2 devrait se placer au cœur d’une philosophie de la communication propre à l’entreprise, où le plurilinguisme est vu comme la capacité d’interagir de plusieurs manières, parfois même imparfaites, en plusieurs langues et dans différents contextes opérationnels (DYLAN 2012 : 33). Mais le tableau que nous avons brossé ne semble pas encore orienté vers cette direction. Comme le rappellent plusieurs chercheurs (dont WILLIAMS, 2006 ; VERSCHUEREN, 2008), le renouvellement des politiques linguistiques et formatives inspiré par la main d’œuvre étrangère ne se réalise que dans certaines conditions. Ce sont des conditions sociopolitiques et éducatives que les associations académiques et les institutions italiennes les plus importantes16 ont bien exprimées dans un document récent (Avril 2013),où elles demandent aux autorités gouvernementales de « considerare la questione formativa a tutti i livelli come elemento indispensabile per la ripresa economico-produttiva del Paese e, nello specifico, la formazione plurilingue come condizione prima per l’esercizio dei diritti di cittadinanza: mezzo di coesione e crescita sociale ».

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1
L'article a été conçu de commun accord par les deux auteurs. Toutefois, dans la rédaction du texte, Daniela Zorzi s'est dédiée en particulier aux paragraphes 0 à 2 et 6 tandis que Paola Polselli est responsable des paragraphes 3 à 5 et 6.

2
Dans la terminologie de la sociolinguistique italienne, qui se dégage par exemple des textes de la Société de linguistique italienne, « Il termine plurilinguismo si intende, nel suo uso ampio, come iperonimo rispetto alle definizioni di multilinguismo e plurilinguismo fornite nei documenti europei ». Une clarification apparaît dans le programme du XLVI Congrès international de 2012, dont les actes sont sous presse.

3
Cf. les titres de deux colloques datant de la fin des années 90, « L’Università all’ascolto dell’azienda: quali competenze linguistiche per il futuro professionale? » (actes sous la direction de Galazzi 1997) et « Quale curriculum linguistico per l’azienda? – Linguisti e aziendalisti a confronto » (actes sous la direction de Garzone 2000), qui ont été respectivement organisés par l’Université Catholique du Sacré-Coeur et par l’Université Bocconi.

4
La bibliographie sur ces différentes perspectives est très vaste. Pour un aperçu général, cf. les actes des congrès internationaux de la Société de linguistique italienne (http://societadilinguisticaitaliana.net), et en particulier ceux qui sont consacrés - d’une façon ou d’une autre et sous plusieurs optiques - au plurilinguisme en Italie: Ecologia Linguistica (2003), Lingue, Istituzioni, Territori (2005), Lo spazio linguistico italiano e le lingue esotiche (2006), Linguistica educativa (2012), Coesistenze Linguistiche nell’Italia pre- e postunitaria (2012).

5
Cf. par exemple le Master de II niveau Inter – Imm: Intercomprensione e Immigrazione: italiano per le professioni e per il carcere, mis en place par l’Université pour étrangers de Sienne au cours de l’année académique 2012-2013.

6
Cette position reflète une tendance dominante en Europe. Dans le cadre du projet Challenges of Multilingualism in Europe , le réseau européen LINEE, constitué par 9 universités italiennes afin d’étudier la diversité linguistique en Europe, a relevé que « In the European classrooms, multilingualism is not seen as an asset and most teachers embrace the ideology of “using only one language in the classroom” and “one language only at a time”. This is especially true when it comes to teaching immigrants as many teachers believe that using and learning several languages simultaneously confuses learners and slows down acquisition of the host community’s language. […] This approach ignores or neglects, and, possibly in the long run, wastes a lot of students’ multilingual resources, creative potential and effective everyday multilingualism ». http://cordis.europa.eu/documents/documentlibrary/124376831EN6.pdf

7
Les objectifs du projet, la structure de la recherche, ainsi que les rapports sur les résultats sont entièrement publiés sur le site http://www.letitfly.it, dont nous avons également tiré ces informations.

8
80% des interviewés ont d’ailleurs déclaré que l’intégration serait plus facile si les Italiens avaient une plus grande connaissance des autres langues. Cela confirme une donnée très significative (et très intéressante pour la contradiction qui existe entre ce qu’on considère, en théorie, comme important et ce qu’on fait dans la pratique) : si, d’un part, 97,7% de l’échantillon italien et 96% des entreprises considèrent la connaissance des langues étrangères comme importante, de l’autre, 78,1% des personnes échantillonnées déclarent qu’elles n’ont nullement l’intention d’apprendre une langue étrangère et 95,4% des entreprises n’ont pas l’intention d’organiser des cours de formation.

9
Cf. un projet en cours intitulé Le lingue straniere come strumento per sostenere il sistema economico e produttivo della Regione Toscana LSECON, lancé par l’Université pour étrangers de Sienne et articulé en deux volets: une étude des besoins linguistiques et formatifs du tissu social et économique de la région toscane; et une recherche applicative pour la réalisation d’instruments utiles à mettre en œuvre des cours de formation linguistique ciblés sur les entreprises toscanes et sur leur internationalisation.

10
Cf. AALBERSE Suzanne et al., The Radein Initiative: Some Directions in Research on Multilingualism, 2011, in http://www.unibz.it/en/public/research/languagestudies/Documents/Booklet%20ISB8%20Radein%20initiative.pdf

11
En plus du processus général de précarisation du travail, on indique d’autres aspects problématiques, comme la reconnaissance des antécédents scolaires, les différences de salaire, d’encadrement contractuel et de cessation anticipée des contrats en cours, ou le respect des charges contractuelles et des conditions de travail.

12
Cf. la deuxième phrase de l’alinéa 13, article 37, de la loi sur la sécurité au travail (Testo Unico 81/2008).

13
Ces emplois n’attirent pas beaucoup les travailleurs autochtones à cause de contrats qui n’assurent aucune continuité du travail et qui sont peu intéressants du point de vue du salaire.

14
A ce propos, cf. Polselli, Zanoni (2009), Polselli (2013).

15
Le projet DYLAN visait à identifier les conditions dans lesquelles la diversité linguistique de l’Europe est un atout pour le développement de la connaissance et de l’économie. Les trois terrains sur lesquels a été effectué le travail empirique sont: les entreprises, les institutions européennes et les systèmes éducatifs. L’observation située des interactions a permis de remarquer que les stratégies utilisées varient en fonction du fait que les locuteurs affichent une grande asymétrie dans leurs répertoires linguistiques respectifs (situation ésolinguistique) ou montrent plutôt d’avoir en commun des répertoires qu’ils maîtrisent bien (situation endolinguistique). Parmi les autres résultats intéressants, on a observé la façon dont les répertoires plurilingues se constituent comme une ressource pour la construction et la transmission des savoirs, ainsi que la façon dont la diversité cognitive des équipes plurilingues se répercute positivement sur leur efficacité, créativité et capacité d’innovation. De la même manière, dans une perspective plurilingue, l’utilisation d’une lingua franca offre une ressource supplémentaire, alors qu’une utilisation exclusive de cette langue a tendance à produire des effets d’appauvrissement d’ordre communicatif et, très probablement, même cognitif et créatif. Cf. http://www.dylan-project.org/Dylan_fr/home/home.php

16
Cette demande vient de l’Académie de la Crusca, de l’Association pour l’histoire de la langue italienne (ASLI), de l’Association italienne di linguistique appliquée (AILA), de la Société italienne pour la didactique des langues et la linguistique éducative (DILLE), de la Société italienne de linguistique (SIG), de la Société de linguistique italienne (SLI), ainsi que des groupes d’étude qui sont affiliés aux associations et qui s’occupent d’éducation et de politiques linguistiques. Le document peut être consulté sur le site de la SLI http://societadilinguisticaitaliana.net/

Per citare questo articolo:

Paola POLSELLI, Daniela ZORZI, Le multilinguisme d’entreprise : l’italien langue seconde (projet ELIA), Repères DoRiF n.3 - Projets de recherche sur le multi/plurilinguisme et alentours... - septembre 2013, DoRiF Università, Roma septembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=96

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