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Mathilde ANQUETIL

MIRIADI (Mutualisation et Innovation pour un Réseau de l’Intercompréhension A DIstance) : l’équipe italienne et le DORIF dans le projet européen de promotion de la didactique du plurilinguisme

Mathilde Anquetil
Università degli Studi di Macerata
Dipartimento di Scienze Politiche, Comunicazione e Relazioni Internazionali
mathilde.anquetil@unimc.it

Riassunto

Sarà presentato il progetto MIRIADI per la diffusione della didattica dell’intercomprensione, sottolineando il contributo della squadra italiana in questo progetto europeo.

Abstract

We present here the MIRIADI project to disseminate the teaching of intercomprension by highlighting the contributions of the Italian team in this European project.

	 
  

En décembre 2012 démarrait un ambitieux projet de promotion du plurilinguisme par la didactique de l’intercompréhension : MIRIADI (Mutualisation et Innovation pour un Réseau de l’Intercompréhension A DIstance) dans le cadre du Programme d’éducation et de formation tout au long de la vie de la Commission européenne, sous-programme Langues (activité clé2), action KA2 Réseaux multilatéraux.

Cinq des 19 partenaires effectifs sont italiens : 4 universités (Università di Cassino, Università di Macerata, Università del Salento, Università Cà Foscari di Venezia) et un lycée (Liceo Linguistico Statale Giovanni Falcone, Bergamo). Nous travaillerons de façon plurilingue dans le partage de nos langues latines avec les partenaires essentiellement universitaires, mais aussi scolaires et associatifs, espagnols, catalans, français, portugais et roumains, ainsi qu’avec un partenaire allemand dans le cadre de l’enseignement d’une langue-pont avec les autres langues romanes. Les 6 partenaires associés des pays tiers (en dehors de l’Europe : Brésil, Argentine, Pérou) n’ont malheureusement pas été retenus par la Commission dans les plans de financement des activités selon les intentions de la candidature qui pointait pourtant sur la dimension intercontinentale du projet de promotion d’une romanophonie active.

Quel est le programme de ce projet ? Nous reprendrons ici la synthèse des objectifs telle qu’elle a été présentée dans la candidature qui a été subventionné à la hauteur de 429.000€ par l’Union Européenne.

Le projet MIRIADI a pour finalité de créer un réseau qui puisse mutualiser, diffuser et pérenniser les formations à l’intercompréhension (IC) à distance en réseaux de groupes et les ressources associées. Ce concept de formation permet à des groupes d'apprenants ou d’enseignants en formation (initiale ou continue), de se reconfigurer en groupes de travail internationaux plurilingues au cours d'une session scénarisée autour d’un projet commun, et d’en tirer profit pour leurs compétences.
Les outils numériques réalisés depuis une dizaine d'années par une partie du présent consortium seront rassemblés et améliorés grâce aux technologies du web 2.0 et au moyen d'une large analyse des usages (plus de 50 sessions, pour un total de 6000 participants issus d’une centaine d’organisations, ont eu lieu sur les plateformes Galanet et Galapro). Pour répondre à une demande qui augmente et se diversifie, de nouveaux partenaires européens et latino-américains (pays tiers), ayant jusqu'à présent coopéré, ou spécialistes d’un public spécifique (en contexte scolaire, professionnel, universitaire, autre), sont intégrés.
Le travail collaboratif permettra d’identifier et développer les référentiels de compétences, les scénarios de session, les activités et ressources, les démarches d’insertion curriculaire, les outils d’inscription, de suivi et de diffusion nécessaires pour élargir la communauté de pratiques. L’ensemble des réalisations sera rendu accessible depuis un «portail», un écosystème numérique basé sur l’utilisation d’outils diversifiés et évolutifs (logiciels libres, web collaboratif).
Le réseau continuera à œuvrer en direction des langues romanes mais ses productions devront pouvoir s’adapter aux besoins d'autres communautés d’intérêt pour l’apprentissage des langues. Le consortium vise à doubler le nombre d’organisations impliquées et le taux d’insertion curriculaire officiel et à disposer d’une structure en mesure de fonctionner durablement au-delà de la période du projet.

Les mots-clefs de ce programme sont la mutualisation des ressources issues des nombreuses expérimentations dans le domaine ; la mise en réseau des partenaires ; la diffusion des pratiques didactiques en particulier par la création d’un générateur de modèles et scénarios de formation selon l’insertion curriculaire contextuelle ; et la création d’outils d’évaluation des compétences en IC avec en préalable la création d’un référentiel d’objectifs d’enseignement/apprentissage.

On reconnaît à ces termes que la didactique de l’IC entre dans une phase d’institutionnalisation : elle cherche à s’insérer dans les cursus scolaires et universitaires, elle tente de trouver des moyens de reconnaissance institutionnelle en se dirigeant vers un processus de certification des compétences.

Le DORIF avait participé au premier programme Galatea1 dès 1996, en assurant la partie italienne du projet : en tant que partenaire il avait coordonné l’édition du CD d’activités d’IC pour italophones. Puis les Dorifiens se sont engagés activement dans les projets qui ont suivi, formant la “saga gala” : Galanet2 (la plateforme de communication et de formation pour les apprenants), Galapro3 (la plateforme de formation des formateurs en IC), enfin Redinter4 (Rede Europeia de Intercompreensão), le réseau de fédération des institutions travaillant sur l’IC (HÉDIARD, DE CARLO, 2012).

Dans MIRIADI on retrouve les membres du groupe de recherche DORIF5 sur l’IC en position de coordinateurs de “lots de travail” du cahier de charge du projet, en position de coordinateurs d’équipes locales, en position de promoteurs sur le terrain et à distance des recherche-actions menées dans une approche collaborative. L’engagement de l’association en faveur d’une insertion de l’IC dans la politique d’éducation au plurilinguisme6 se confirme une fois de plus, en ligne avec la promotion de cette approche par la DGLFLF, l’Union Latine et l’AUF dans le cadre de leur politique de promotion de la diversité culturelle (Agence Universitaire de la Francophonie, Union Latine, 2011)

La qualification des Dorifiens dans le projet se lit aussi à leurs travaux sur le domaine dont nous ne citerons que les plus récents publiés en Italie, en France, au Portugal:

- Mathilde ANQUETIL (2012), “Quale inserimento istituzionale per l’intercomprensione nell’Università italiana” in Attraverso le lingue. L'Intercomprensione in ricordo di Claire Blanche-Benveniste, Atti del convegno di Roma, 20 - 21 ottobre 2011 Intercompreensão-Redinter, n°3, gennaio 2012.

- Edith COGNIGNI et Silvia VECCHI: “Verso una didattica del plurilinguismo/pluriculturalismo: quali saperi per una formazione del docente di lingue?”. en cours de pubblication dans la collection LEM in Atti del Convegno Internazionale “Professioni, operatori e attori della diversità linguistica”, Università di Teramo, Quinte Giornate dei Diritti Linguistici, 19-21 maggio 2011.

- Maddalena DE CARLO (2011) : coordinatrice de l’ouvrage collectif Intercomprensione e educazione al plurilinguismo, Porto Sant’elpidio : Wizarts, collana “lingue sempre meno straniere“ dirigée par Danielle Lévy.

- Sonia DE VITO (2011): “L’intercompréhension à l’oral entre langues voisines : des problèmes de compréhension aux stratégies d’accès au sens ”, in Araújo e Sá, H., De Carlo, M., Antoine, M.-N., L’intercompréhension : la vivre, la comprendre, l’enseigner…, Cadernos do LALE, Aveiro: Universidade de Aveiro.

- Marie-Christine JAMET (avec Sandrine Caddeo), (2013), L’intercompréhension: une autre approche pour l’enseignement des langues, Paris: Hachette FLE.

- Silvia VECCHI (2011), “Immagini e rappresentazioni dell’intercomprensione nello spazio sociale” (A. Margueritte, A. Meniconi, C. Verla Delfa, F. Vitrone, M. De Carlo, M. Azen, M, Anquetil, N. Ottero de Juan, G. Raluca-Mihaela, R. Gomes, S. Vecchi) in Araújo e Sá, Maria Helena; De Carlo Maddalena; Antoine Marie-Noëlle. (2011) Cadermos do LALE, Serie Proposta 6. “L'intercompréhension: la vivre, la comprendre, l'enseigner”, Aveiro: Universidade de Aveiro/CIDTFF.
https://sites.google.com/site/intercompreensaoredinter/numeros-publies/numero-3

- Francesca VITRONE, Mathilde Anquetil: “Dalle rappresentazioni del plurilinguismo alla formazione alla mediazione, attraverso l’intercomprensione. Un’indagine tra studenti e mediatori, sul territorio marchigiano”, en cours de pubblication dans la collection LEM in Atti del Convegno Internazionale “Professioni, operatori e attori della diversità linguistica”, Università di Teramo, Quinte Giornate dei Diritti Linguistici, 19-21 maggio 2011.

Nous avons aussi le plaisir de collaborer avec une équipe de professeurs du lycée G. Falcone de Bergamo particulièrement dynamique, ce qui permet de retrouver ce pont école-université qui a été l’un des axes du DORIF, en particulier par la collaboration développée à l’époque des SISS (Scuola Specializzazione Insegnamento Secondario). L’un des points du programme italien sera dans cette ligne de travailler à une insertion d’une sensibilisation à l’IC dans l’espace restreint que l’on peut se créer au sein des TFA (Tirocinio Formativo Attivo). Un lien est donc en train de se construire entre professeurs de didactique des langues (Paola Leone, Università del Salento; Edith Cognigni, Università di Macerata, Maddalena De Carlo, Università di Cassino) et professeurs du secondaire, promoteurs du projet MIRIADI (l’équipe de Bergamo coordonnée par Antonella Fanara) et, nous l’espérons, enseignants-tuteurs des stagiaires du TFA. Grâce à l’apport des enseignants de Bergamo, des pistes sont jetées pour un développement très prometteur de l’IC en liaison avec l’enseignement du latin (NIELFI, 2011) dans une intégration transversale des compétences linguistiques dans l’enseignement secondaire italien.

Ce programme, faut-il le rappeler, ne représente pas pour autant une fuite en avant par désistement devant les difficultés que connaît actuellement l’enseignement du français en Italie : en aucune manière l’enseignement de l’IC ne saurait être envisagé comme ligne de repli par rapport à la régression de la position du français dans les institutions scolaires et universitaires (MAURER, 2011). Il s’agit pour nous, professeurs de français et francisants dans la grande majorité, de diversifier les approches, de se démarquer d’un certain chauvinisme linguistique (ANQUETIL, 2012a, 2012b) qui ne fait que nuire au “désir de langues” que l’IC cherche au contraire à éveiller, incluant dans son souci tant la langue italienne que la langue française, toutes deux menacées par les politiques du “tout anglais” (GAZZOLA, 2010), mais en se déprenant d’attitudes hostiles face à l’anglais lui-même (FORLO, ROBERT, 2008) et surtout face à une “concurrence” de l’espagnol sur le “marché” de la seconde langue étrangère. Le portugais, langue d’un grand partenaire commercial et politique en émergence, le roumain, langue d’immigration en Italie, le catalan qui interpelle les particularismes dialectaux italiens avec sa charge de problématiques régionalistes, contribuent à nous faire sortir des confrontations concurrentielles stériles. L’IC reste avant tout un moyen de penser et de mettre en acte un plurilinguisme tant invoqué comme valeur de la citoyenneté européenne, mais trop peu pratiqué dans les faits, avec toutes les difficultés qui en dérivent mais aussi tout l’enthousiasme ressenti par les acteurs du terrain devant l’extension de leur domaine de communication effective. Le bourdonnement des langues, la multiplication exponentielle des interactions sur les pages, wiki et blogs de la plateforme collaborative mise en place dès le début du projet http://miriadi.net en sont déjà la preuve.

Les partenaires italiens sont impliqués dans tous les lots de travail qui constituent le cœur opératif du projet : “Référentiels et évaluation”, “Création de scénario”, “Bases d’activités”, “Insertion curriculaire”, vaste défi pour ce programme de recherche-action qui s’étendra jusqu’en 2015 entre analyses, créations collaboratives, expérimentations et diffusion des résultats.

Bibliographie

AGENCE UNIVERSITAIRE DE LA FRANCOPHONIE, UNION LATINE, L’intercompréhension et les nouveaux défis pour les langues romanes (sous la direction de Dolores Alvarez, Patrick Chardenet, Manuel Tost) 2011. http://unilat.org/DPEL/Promotion/Publications/Dernieres_parutions/fr

ANQUETIL, M., « Le concept de langue comme vision du monde sert-il la didactique du plurilinguisme? » in Ravy en pensee plaisante et lie, Omaggio a Gabriella Almanza Ciotti, Fano: Aras Edizioni, 2012a.

ANQUETIL, M., « Pour une politique linguistique universitaire au service d’une internationalisation plurilingue et durable, un rôle pour la réflexion francophone » in Quaderni di Linguistica n°3, 2012, Plurilinguisme et internationalisation à l’université: formes, instruments, objectifs, Università della Calabria, 2012b.

FORLOT, G., ROBERT, J.-M., « L’anglais, langue passerelle vers le français », Ela. Études de linguistique appliquée, 2008/1 (n° 149) http://www.cairn.info/revue-ela-2008-1.htm

GAZZOLA, M., La valutazione e l’internazionalizzazione dell’università: quali effetti sulla diversità linguistica?, in «Plurilinguismo. Contatti di lingue e culture», 15, 2010. www.terminometro.info/public/Plurilinguismo.pdf

HEDIARD, M., DE CARLO, M., « La coopération locale et internationale au CLA de Cassino », in Repères-DORIF, n. 1 - juillet 2012 - Le français dans le contexte plurilingue des Centres Linguistiques Universitaires italiens, juillet 2012, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=7

MAURER, B., Enseignement des langues et construction européenne, Le plurilinguisme, nouvelle idéologie dominante, Paris, Editions des archives contemporaines, 2011.

NIELFI, A., “Inserimento curricolare dell’intercomrpensione : un’esperienza italiana” in DE CARLO M., Intercomprensione e educazione al plurilinguismo, Porto Sant’Elpidio : Wizarts, 2011.

1
www.u-grenoble3.fr/galatea

2
www.galanet.eu

3
www.galapro.eu

4
www.redinter.eu

5
http://www.dorif.it/gruppo-Intercompr%C3%A9hension

6
Comme l’en témoigne le colloque itinérant DORIF 2012 “Plurilinguismo e mondo del lavoro” coordonné par Enrica Galazzi.

Per citare questo articolo:

Mathilde ANQUETIL, MIRIADI (Mutualisation et Innovation pour un Réseau de l’Intercompréhension A DIstance) : l’équipe italienne et le DORIF dans le projet européen de promotion de la didactique du plurilinguisme, Repères DoRiF n.3 - Projets de recherche sur le multi/plurilinguisme et alentours... - septembre 2013, DoRiF Università, Roma septembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=98

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