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Adele D'ARCANGELO

'Promoting Intercultural Competence in Translators' (PICT): un projet didactique européen

Adele D’Arcangelo
Coordinatrice du projet et chercheur auprès du DIT, Università di Bologna

Abstract

This short article aims at presenting PICT (Promoting Intercultural Competence in Translators), a project of the European Union coordinated by the University of Westminster, London (UK) in cooperation with: University of Eastern Finland (Finland), ISIT (France), ICC - The International Language Association (Germany), Jagellonian University of Kraków (Poland), University of Bologna DIT Dept. (Italy), Sofia University (Bulgaria).
The core aim of this project is to produce a comprehensive 'tool kit' making it easy for HE institutions within the EU to introduce Intercultural Communication into their Postgraduate programmes in Translation. To this end, the project will produce a complete stand-alone module in Intercultural Communication; the necessary materials to allow the teaching of Intercultural Communication as a cross-curricular theme running right through translation programmes; a summary report presenting the project's findings on what constitutes good practice in the teaching of Intercultural Communication to translators.

Riassunto

L’articolo si propone come una presentazione del progetto europeo PICT (Promoting Intercultural Competence in Translators), coordinato dall’Università di Westminster, London (UK) in collaborazione con: l’Università Eastern Finland (Finlandia), l’ISIT (Francia), l’ICC - The International Language Association (Germania), la Jagellonian University of Kraków (Polonia), il Dipartimento DIT dell’Università di Bologna (Italia), l’Università di Sofia (Bulgaria).
Lo scopo fondamentale del progetto è quello di dotare le università e gli enti di formazione superiori europei degli strumenti più appropriati per introdurre la nozione di Comunicazione Interculturale all’interno dei loro corsi per traduttori e interpreti. A questo scopo, uno degli obiettivi del progetto è quello di produrre un modulo didattico di Comunicazione Interculturale, che possa essere integrato all’interno delle diverse formazioni, al fine di mettere in evidenza e di condividere buone prassi nell’ambito della formazione interculturale dei traduttori.

	 
  

1. Le projet PICT

Le Département d’Interprétation et Traduction de l’université de Bologne (Pôle de Forlì) est partenaire depuis 2011 du projet européen PICT qui fait ici l’objet de cette brève présentation. Le projet PICT (Promoting Intercultural Competence in Translators) a pour objectif de promouvoir en Europe l’incorporation systémique de la Communication Interculturelle (CI) dans les cursus des maîtrises ou des masters des instituts de haute formation en traduction.1
Inscrit dans le cadre des Lifelong Learning Projects financés par la Commission Européenne, ce projet a comme partenaires les sept institutions européennes de formation supérieure et l’organisation non gouvernementale ci-dessous mentionnées:

-Université de Westminster (Londres, UK), Leader du projet,

-Université de Bologne (Campus de Forlì, Italie),

-Université de la Finlande Orientale (Joensuu, Finlande)

-Université Jagellonique de Cracovie (Cracovie, Pologne),

-Université St Clément d’Ohrid (Sofia, Bulgarie),

-Institut Supérieur pour Interprètes et Traducteurs ISIT (Paris, France),

-ICC, Association Internationale pour les Langues (Offenbach am Main, Allemagne).

Le but principal du projet est de produire une série d’instruments didactiques qui facilitent l’introduction de la CI en tant que discipline des programmes de traduction des cours universitaires de second cycle. Le projet vise plus spécifiquement à produire:

(1) un module en Communication Interculturelle.

(2) des outils didactiques qui permettent aux enseignants d’affronter la Communication Interculturelle en tant que matière inter-disciplinaire récurrente des programmes des cours de traduction.

(3) un rapport final sur ce que l’on entend par ‘bonne pratique’ dans le cadre de l’enseignement de la Communication Interculturelle pour les futurs traducteurs.

Mais passons maintenant à une présentation plus détaillée du projet en débutant par un bref cadrage théorique du domaine de la Communication et de la Compétence Interculturelle afin d’expliciter au mieux les finalités du projet PICT.2

2. Communication et compétence interculturelle: un cadre de référence pour un programme didactique.

La Compétence Interculturelle est un domaine de recherche stimulé par les processus et les exigences de la globalisation sur lequel on a beaucoup réfléchi ces dernières années. Diverses approches théoriques de la question ont été avancées. TRIANDIS, par exemple, conceptualise les éléments clés d’une culture de cette façon: valeurs, perceptions, attitudes, stéréotypes, croyances, catégorisations, évaluations, attentes, mémoires et opinions, mais dans l’optique de la globalisation et de l’interaction grandissante entre les différentes cultures, aujourd’hui, il est primordial de dépasser le concept de “Compétence Culturelle” pour rejoindre celui de “ Compétence Interculturelle ”, qui est en corrélation autant avec les réponses et les résidus comportementaux qu’avec l’interprétation et la signification que l’on donne à cette définition [voir PORTER et SAMOVAR, 1998].

La langue joue un rôle significatif dans les interactions interculturelles intensifiées, comme le soutient BASSNETT (1998), toutefois, une langue fluide, à savoir une expertise grammaticale ou lexicale ne nous suffit pas pour garantir une interaction propice. Il faut aussi éviter de passer pour un “fluent fool”, ce qui veut dire qu’il y a d’importants aspects « supra-linguistiques » dans le processus d’apprentissage et d’acquisition d’une langue. Et c’est pour cela que le locuteur moderne d’une langue étrangère est considéré comme quelqu’un qui se doit de combiner ses connaissances et ses compétences langagières de l’étranger à ses capacités de comprendre la culture, l’univers social et humain de l’Autre que la langue véhicule.

Michael BYRAM (1997) et Claire KRAMSCH (1998) deux des majeurs théoriciens de l’enseignement des langues étrangères affirment que poursuivre l’idéal de compétence dans l’enseignement de la langue étrangère ne conduit qu’à des résultats décevants mais qu’au contraire il convient de promouvoir l’idéal du « locuteur interculturel ». Il est évident que cette compétence interculturelle ne saurait être considérée comme un élément indépendant et qu’elle devraitêtre traitée en tant que facteur étroitement lié aux finalités du parcours d’apprentissage et à la performance des étudiants, tant du point de vue analytique que pratique.

A la lumière des objectifs du projet PICT et portant ici au centre de l’attention le traducteur et non l’interprète, la notion de médiateur interculturel n’est pas et ne doit pas être traitée en termes de qualité personnelle et/ou affrontée dans une perspective de psychologie individuelle, sociale ou nationale.

Le médiateur interculturel est ici conçu comme une personne devant être capable de démontrer des connaissances, des compétences et d’avoir une approche efficace du texte dans les domaines suivants: théorique, textuel e interpersonnel. Chacun de ces domaines sera spécifié dans des tableaux d’évaluation qui formeront les premiers résultats du projet à l’intérieur du programme didactique de référence, conçu par le projet même, dans lequel les descripteurs analytiques seront fournis aux enseignants afin de les assister dans l’évaluation du niveau acquis dans le domaine des connaissances interculturelles, des habiletés/compétences acquises et de l’approche aux textes des étudiants de second cycle.

Les étudiants devront démontrer qu’ils sont en mesure d’identifier avant tout la contrainte culturelle qui caractérise le contexte de leur traduction, comprise comme communication bi-directionnelle. Ils devront également savoir situer leur position individuelle à l’intérieur du contexte en question et comprendre les dynamiques interculturelles auxquelles leur traduction prend part. Le projet PICT, sans bien évidemment en négliger le soutien, suppose la compétence linguistique acquise et concentre plutôt son attention sur le complexe réseau de relations culturelles qui interviennent dès lors que la traduction est affrontée dans une perspective plurilingue, à savoir chargée de significations culturelles qui vont inévitablement au-delà des confins d’une seule culture.

La dimension théorique dans l’enseignement de la traduction se doit d’inclure un cadre conceptuel et terminologique ad hoc qui doit faire part des compétences et de la conscience critique des étudiants sur leur rôle de transducteur culturel qui va au-delà de la simple transduction linguistique. La seconde dimension essentielle à la compétence textuelle concerne les aptitudes des étudiants à mettre en application leurs compétences théoriques durant le procès de traduction d’une langue à l’autre et d’une culture à l’autre. La troisième dimension, enfin, relative à la sphère interpersonnelle, focalisera l’attention sur l’ouverture mentale montrée par l’étudiant et sur sa capacité de s’abstenir de porter des jugements en fonction autant de la culture de départ que de celle d’arrivée.

3. Description des phases du projet PICT

Le projet d’une durée de deux ans a débuté en novembre 2011 avec une première réunion qui s’est tenue auprès de l’université Westminster à Londres durant laquelle les partenaires ont échafaudé des hypothèses sur la structuration des phases et la détermination des échéances du projet en accord avec les finalités mentionnées dans la proposition évaluée et approuvée par la Commission Européenne. Les ‘work packages’ auxquels chaque partenaire a adhéré y ont été mieux définis en précisant notamment les résultats attendus en fin de première et de seconde année du projet.

Durant la première année, l’université Jagellonique de Cracovie a élaboré une enquête au travers d’un questionnaire en ligne soumis, par la suite, dans tous les états membres dont l’objectif principal était de recueillir des informations sur l’état de l’art de l’enseignement de la communication interculturelle dans les cours de traduction du second cycle en Europe (maîtrise/master). Ce questionnaire en deux versions (une pour les étudiants et une autre pour les enseignants) a mis en exergue les attentes des étudiants et des enseignants en regard de l’intégration idéale de la CI dans les cours.

Les réponses aux questionnaires ont fait l’objet d’une analyse statistique qui permet de comprendre dans quels pourcentages et avec quelles modalités les éléments de CI sont à l’heure actuelle présents dans les cours de traduction de second cycle de certaines des institutions des états membres de l’UE partenaires du projet PICT. Les résultats de l’enquête que l’on trouve sur le site du projet et qui forment un objet de recherche académique fournissent autant une vue d’ensemble des contenus de la CI et des modalités de leur implémentation qu’une plateforme pour l’élaboration des programmes et des supports didactiques.

Dans le cadre du projet PICT l’enquête a permis d’élaborer:

  • Un programme didactique avec ses objectifs formatifs en mesure d’identifier les formes de la compétence interculturelle qu’il est nécessaire de développer pour former les élèves des cours de traduction du second cycle/master.3

  • Une série d’outils didactiques préliminaires et d’activités pour que les étudiants de second cycle puissent acquérir un bon niveau de compétence interculturelle. Les données relatives aux objectifs formatifs cités, auxquels les outils didactiques sont étroitement liés, seront bien entendu fondamentales pour la réalisation des outils mêmes. Comme seront également fondamentales les réponses en regard des préférences manifestées envers les outils didactiques autant par les étudiants que par les enseignants.

  • Une série d’outils/matériaux/fiches d’évaluation des acquisitions qui permette aux enseignants de mesurer le niveau d’apprentissage de la compétence interculturelle atteint par les étudiants. Les données docimologiques sur les modalités d’évaluation des outils, actuels et futurs, constituent ainsi un second volet non moins fondamental que celui concernant les objectifs formatifs.

  • Les résultats de la première année de déroulement du projet ont été abordés durant la session plénière de tous les partenaires qui s’est tenue à Sofia en octobre 2012. La session internationale de travail a procédé à une évaluation des résultats obtenus et à parfaire le rapport sur les résultats de l’enquête ainsi qu’à ajuster au mieux le programme didactique, deux produits de la première année de projet qui ont été présentés à la Commission Européenne pour évaluation.

  • La réunion plénière auprès de l’université St Clément d’Ohrid à Sofia, a en outre établi les objectifs pour la seconde année (actuellement en cours) qui seront exposés durant la session plénière qui se tiendra à l’ISIT à Paris au mois de septembre 2013.

L’accueil positif du rapport final de première année présenté à la Commission Européenne en décembre 2012 a donné un nouvel élan au projet PICT dont les activités durant la seconde année se sont surtout axées sur l’élaboration d’outils pédagogiques utiles aux fins du programme didactique établi par les partenaires du projet et brièvement résumées ci-dessus.

Les outils pédagogiques se scindent en deux catégories:

a) Les modèles de leçons aussi bien théoriques que pratiques faits pour introduire ou approfondir la réflexion sur les éléments de CI qui entrent en ligne de compte durant le processus traductif ;

b) les modèles de test d’évaluation des compétences interculturelles acquises par les étudiants.

Tous les partenaires du projet ont collaboré à l’expérimentation des outils proposés. Les modèles de leçons théoriques et pratiques ont été soumis à l’avis des groupes d’étudiants et à des enseignants pour en évaluer la clarté et l’efficacité dans leur mise en relief des processus de CI inhérents à la traduction. Le jugement sur les modèles de leçons expérimentés est advenu en ligne. Un rapport final sur l’expérimentation conduite et sur les résultats de l’enquête sur l’efficacité de l’offre pédagogique avancée est en phase de rédaction. Les modèles de cours seront en outre revus par leurs auteurs à la lumière du feed-back de l’enquête afin d’en parfaire la qualité.

Les tests d’évaluation de la compétence interculturelle seront à leur tour soumis au même parcours analytique. La phase d’expérimentation relative à l’efficacité des modèles d’évaluation est encore en cours et prévoit un questionnaire en ligne à destination des seuls enseignants.

Plus de 500 professeurs et élèves de tous les états membres ont participé à l’enquête sur la première et la seconde année et ont fourni leurs réponses au questionnaire en ligne sur le site du projet.

Les enseignements tirés de cette première phase du PICT, ainsi que ceux à venir, ont une importance potentielle non seulement pour les institutions partenaires du projet mais plus généralement pour toute la communauté académique qui opère dans le secteur de la formation des traducteurs au niveau européen.

4. Conclusions


Le programme didactique qui forme le produit de la première année du projet et les outils pédagogiques en cours de rédaction ont été conçus pour être hautement flexibles et capables de se plier à diverses exigences. Autant les universités partenaires que les autres institutions qui trouveront utile de bénéficier des résultats du PICT pourront activer leurs propres cours de CI ou bien opter pour inclure de façon plus systématique la CI au sein de cours de traduction ou de langue déjà existants. Le modèle didactique proposé par le PICT entend mettre en relief les éléments fondamentaux à insérer dans un programme didactique, mais en même temps est aisément adaptable à chaque contexte académique/institutionnel en raison de sa grande flexibilité.

Ce projet souhaite également reconnaître la nature pleinement interdisciplinaire de la CI, tout en soulignant la richesse des diverses approches à cette discipline et des modulesdidactiques différenciés selon les besoins des diverses institutions des divers états membres et plus en général de l’UE.

En outre, les résultats de l’enquête seront utilisés par les membres de la Direction Générale pour l’Education et la Culture, ainsi que par d’autres fonctionnaires de l’UE ( les responsables de l’European Masters in Translation - EMT), lorsqu’il s’agira de définir les futures lignes guides de la formation didactique des traducteurs.

Nous pourrions en définitive conclure ici avec Michael Cronin:

“As professionals who are by the nature of what they do steeped in the languages they practice, translators partake of the culture of the humanities, yet at the same time they are frequently immersed in a whole range of specialist areas from tropical medicine to mechanical engineering. My purpose will be to explore the elaboration of a third culture in translation which goes beyond the two cultures divide and is situated not only in specific episodes from the translation history of the Mediterranean region but is also to be found in new, emerging forms of digital humanism with its own understanding of the significance of interculturality.”4 (Cronin, 2012, online)

A la lumière donc des processus de globalisation que les sociétés occidentales connaissent et de l’évolution technologique continue des moyens télématiques, communicatifs et des CAT tools, nous pensons que, dans le cadre de la formation du traducteur européen, il est nécessaire de tabler sur les processus de communication interculturelle, sous toutes ces formes, pour pouvoir garantir des compétences particulières applicables à la traduction de textes typologiquement diversifiés mais qui de part leur nature devront toujours être lus et interprétés au travers d’une haute compétence interculturelle outre que linguistique.

Bibliographie

BASSNETT, S., LEFEVERE, A., Constructing Culture, Essay on Literary Translation, Clevedon: Multilingual Matters, 1998.

BYRAM, M., Teaching and Assessing Intercultural Communicative Competence, Clevedon, UK: Multilingual Matters, 1997.

KRAMSCH, C., Language and Culture, Oxford: OUP, 1993.

SAMOVAR, L.A., &. PORTER, R.E, Intercultural Communication : a Reader (8th ed), Belmont: Wadsworth, 1997.

TRIANDIS, H. C., Individualism and Collectivism (New Directions in Social Psychology), USA, CO: Westview Press, 1995.

1
PICT a déjà un site web où il est possible de prendre connaissance de ces avancées: http://www.pictllp.eu/

2
Un exposé plus approfondi de la Communication et de la Compétence Interculturelle, exposé dont nous nous sommes inspirés, est consultable sur le site web du projet (voir note n.1).

3
Certains aspects de ce programme didactique ont fait l’objet d’une description au paragraphe précédent.

4
Le texte de Cronin ci-dessus (et ci-dessous par nous traduit) constitue un bref résumé de ce quel ce théoricien irlandais présentera au MET (Mediterranean Editors and Translators 2013) qui aura lieu du 24 au 26 octobre à Tarragone en Espagne:  « En qualité d’experts qui, par la nature de leur occupation, sont plongés dans les langues, les traducteurs font partie des sciences humaines; en même temps ils sont souvent également plongés dans une gamme de domaines spécialisés qui vont de la médecine tropicale à l’ingénierie mécanique. Mon propos est d’explorer l’élaboration d’une “troisième culture” en traduction - par delà les deux cultures, toujours victimes d’une nette séparation - qui est ancrée dans des épisodes singuliers de l’histoire de la traduction dans l’aire méditerranéenne, mais qui doit être également recherchée dans les nouvelles formes émergeantes d’humanisme digital avec sa propre interprétation du sens de l’interculturalité ».

Per citare questo articolo:

Adele D'ARCANGELO, 'Promoting Intercultural Competence in Translators' (PICT): un projet didactique européen, Repères DoRiF n.3 - Projets de recherche sur le multi/plurilinguisme et alentours... - septembre 2013, DoRiF Università, Roma septembre 2013, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=99

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