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Glaucia LARA

Aphorisation et construction d'images dans la dispute du pouvoir

Glaucia LARA
Université Fédérale de Minas Gerais (UFMG)
gmplara@gmail.com

Résumé

Articulant l’analyse du discours à la française et les études de l’argumentation, ce travail aborde quelques aphorisations attribuées aux deux candidates principales du premier tour des élections présidentielles de 2014 au Brésil : Dilma Roussef et Marina Silva. Il s’agit principalement de voir comment ces « petites phrases », détachées par les médias, permettent à chaque candidate de construire une image de soi (l’éthos) et une image de sa concurrente.

1. Introduction

Le présent article1 est centré sur le 1er tour de l’élection présidentielle brésilienne, qui a eu lieu le 5 octobre 2014. Onze candidats étaient en lice dans ce 1er tour, mais les sondages d’opinion réalisés par des instituts comme IBOPE et DataFolha prévoyaient de façon quasiment certaine un second tour disputé entre deux femmes : Dilma Rousseff, du Parti des Travailleurs (PT), qui se représentait, et Marina Silva, du Parti socialiste brésilien (PSB)2.

Notre objectif est d’appréhender les images que chacune des deux candidates construisent d’elle-même (ethos) et de l’autre (adversaire). Pour cela, nous analyserons un échantillon des déclarations détachées attribuées à Dilma Rousseff et à Marina Silva, et publiées dans des journaux de grande diffusion au Brésil (sous format imprimé ou dans leur version en ligne) ainsi que d’autres, moins connus, présents sur l’internet pendant la période allant du 1er septembre au 4 octobre 2014, soit environ un mois avant le 1er tour.

Rappelons que la notion d’aphorisation, proposée par Maingueneau (2012), peut être définie comme une « petite phrase », c’est-à-dire un énoncé court, détaché d’un texte, qui peut être (ré)utilisé comme une légende de photo, un titre ou un intertitre. Pour nous3, les aphorisations sont un puissant outil mis en œuvre par les médias pour forger les ethè d’un acteur politique donné. Il se produit ainsi une co-construction d’ethos, puisque les paroles sont celles de l’acteur politique (il est la source de l’énonciation et, comme tel, le « garant » de ces propos), mais la décision et les modalités du détachement sont de la responsabilité des médias. Cette relation entre aphorisation et ethos sera élargie dans ce travail pour appréhender également l’image discursive que chaque candidat construit de son adversaire, puisqu’il s’agit d’une situation de lutte de pouvoir où il ne suffit pas de parler de soi : il faut aussi parler de l’autre pour l’emporter dans une confrontation électorale acharnée.

Quant au dispositif d’analyse, nous ferons appel aux « marques linguistiques » de l’argumentation, en faisant ainsi dialoguer argumentation inscrite dans la langue et analyse du discours à la française (ADF). Ce qui nous amène à choisir cette approche sémantique/pragmatique tient principalement à deux raisons. La première réside dans le fait que ce qui nous intéresse ici est d’examiner comment l’argumentation se construit du point de vue linguistique dans le cadre de ce que Koch (1984) appelle une « rhétorique intégrée » (par opposition à la « rhétorique ajoutée »). La seconde est que nous cherchons, depuis un certain temps déjà, à rapprocher l’ADF et la sémantique argumentative de Ducrot (voir, par exemple, LARA, 2016).

Précisions enfin que ce « dialogue » n’est pas nouveau : Maingueneau (1987), par exemple, tire parti des contributions de Ducrot (1984 ; voir, en particulier le chapitre « Esquisse d’une théorie polyphonique de l’énonciation »), dans le cadre de l’ADF. Pour lui, la notion de polyphonie, telle qu’elle a été développée par Ducrot, traverse l’ensemble des questions liées à l’hétérogénéité montrée. C’est ce positionnement méthodologique que nous adoptons ici pour traiter de l’argumentation.

2. Aphorisation, images de soi et de l’autre

Selon Maingueneau (2012 : 25-27), une « phrase sans texte » renvoie à un type d’énonciation qui obéit à une logique distincte de celle du texte. En effet, l’aphorisation n’est ni précédée, ni suivie d’autres phrases auxquelles elle serait liée par des relations de cohésion pour former une totalité textuelle relevant d’un certain genre de discours. Ce qui caractérise l’aphorisation, c’est le refus d’entrer dans la logique du texte et du genre de discours, ce qui ne signifie pas, cependant, qu’elle soit dépourvue de contexte. Ce qui se produit, dans le cas des aphorisations secondaires4 qui nous intéressent ici, c’est que le contexte se dédouble en un contexte source et un contexte de réception. C’est précisément l’écart entre ces deux contextes qui met en évidence les « déformations », les « malentendus », les « glissements de sens » que le contexte d’accueil ferait subir aux aphorisations en activant d’autres potentialités sémantiques (2012 : 25-26). Autrement dit, « l’accès d’un fragment de texte au statut d’aphorisation modifie profondément son statut pragmatique, et donc son interprétation » (2012 : 26).

Il faut aussi souligner qu’il existe deux types d’aphorisation secondaire, par détachement fort et par détachement faible. Dans le premier cas, les énoncés détachés rompent avec le texte d’origine, tandis que, dans le second cas, les énoncés détachés gardent un lien avec le texte d’origine, bien que cela n’implique pas une fidélité absolue. Dans le présent travail, nous aborderons aussi bien les aphorisations à détachement fort que celles à détachement faible, car notre objectif est de réunir les aphorisations appréhendées dans différentes publications pour explorer le « jeu d’images » qui s’instaure entre Dilma Rousseff et Marina Silva. Quoiqu’il énumère quelques indices qui mènent à un diagnostic d’aphorisation (énoncé constitué en général d’une seule phrase ; présence de verbes comme répéter et marteler, qui signalent le caractère mémorisable de l’aphorisation ; caractère générique de l’énoncé, etc.), Maingueneau (2012 : 50) souligne que l’aphorisation pure n’existe pas, puisqu’ « une aphorisation appartient nécessairement à un type, et elle est contrainte par cette appartenance »5.

Dans cette perspective, les médias (imprimés et numériques), qui « dé(con)textualisent » certains énoncés en les séparant de leur contexte d’origine, et les détachent dans d’autres (nouveaux) contextes, jouent un rôle fondamental, y compris dans la formation de l’opinion publique, Charaudeau (2005a: 212-213)6. En effet, bien qu’ils informent la population, ils disposent d’une considérable « marge de manœuvre » lorsqu’ils sélectionnent les informations qui seront transmises et effectuent des « arrangements », notamment en sélectionnant les énoncés.

Dans le présent travail, nous mettrons précisément en valeur la notion générale d’ethos discursif (que nous comparerons avec l’ethos pré-discursif, tel que développé par MAINGUENEAU, 2008, 2010) dans quelques aphorisations. En effet, notre hypothèse est que l’ensemble des « traits ethotiques », appréhendés dans les différentes aphorisations attribuées à Dilma Rousseff et à Marina Silva, dans une scène d’énonciation donnée (le premier tour de l’élection présidentielle de 2014), permet de dégager l’ethos discursif des deux candidates.

Rappelons, d’abord, que pour Charaudeau (2005b : 90), l’ethos de l’acteur politique doit être crédible puisqu’« il n’est d’homme politique sans que l’on puisse croire en son pouvoir de faire », et support d’identification à sa personne, car « pour que l’on adhère à ses idées, il faut que l’on adhère à sa personne » (CHARAUDEAU, 2005b : 91). Ces deux aspects peuvent être réunis dans deux ethè : l’ethos de crédibilité, qui comprendrait l’ethos de « compétence », de « sérieux » et de « vertu », et l’ethos d’identification, qui se partagerait en ethos d’« intelligence », de « pouvoir », de « caractère », de « chef », d’« humanité » et de « solidarité » (91-166) ; ensuite, que « ce qui fonctionne dans les processus discursifs, c’est une série de formations imaginaires qui désignent la place que A et B attribuent chacun à soi et à l’autre, l’image qu’ils se font de leur place et de la place de l’autre » (PECHEUX, 1990 : 82).

Du coup, chaque candidate aura tendance à construire une image positive d’elle-même, et une autre – négative – de son adversaire. Ce qui nous intéresse, ici, c’est de vérifier comment l’une et l’autre sont « tissées » au fil du discours par des procédés linguistiques spécifiques, ce qui nous amène à faire appel aux travaux de Ducrot (1984).

3. Les « marques » de l’argumentation dans la langue

En qualifiant la discipline à l’intérieur de laquelle se situent ses recherches comme une « sémantique pragmatique » ou une « pragmatique linguistique », Ducrot (1984 : 173) se demande pourquoi il est possible de se servir de certains mots pour influencer l’autre, ou pourquoi « certaines paroles, dans certaines circonstances, sont douées d’efficacité ». Dans ce cadre :

Un locuteur fait une argumentation lorsqu’il présente un énoncé E1 (ou un ensemble d’énoncés) destiné à en faire admettre un autre (ou un ensemble d’autres) E2. Notre thèse est qu’il y a dans la langue des contraintes régissant cette présentation. (ANSCOMBRE, DUCROT, 1983 : 8)

Ainsi, selon les auteurs, il y a des énoncés dont le trait constitutif est d’être utilisé pour orienter l’interlocuteur vers certains types de conclusion et pour en exclure d’autres. Il faut, donc, déterminer son « orientation argumentative », c’est-à-dire les conclusions pour lesquelles ils peuvent servir d’argument. Dans cette perspective, l’argumentativité n’est pas quelque chose qui vient juste s’ajouter à l’usage linguistique ; au contraire, elle est inscrite dans la langue et peut se manifester au moyen d’éléments tels que les opérateurs argumentatifs, les indices d’évaluation, les indicateurs attitudinaux et les marqueurs de présupposition. Ce sont ces éléments qui nous permettront d’appréhender dans des énoncés détachés comment les deux candidates vont construire les images discursives de leur « moi » (ethos) et de l’autre (« elle »).

En somme, nous privilégierons ici les aphorisations collectées dans diverses sources médiatiques du contexte brésilien en cherchant à saisir, au moyen des « marques linguistiques de l’argumentation », comment s’effectue la construction de l’image de soi (ethos) de chaque candidate et de l’image corrélée qu’elle projette de son adversaire politique. Notre analyse ne cherchera donc pas à prononcer des jugements de valeur sur les personnes ou sur les prestations politiques de Dilma Rousseff et de Marina Silva, mais seulement à comprendre comment elles construisent, via les aphorisations, l’image de soi et de l’autre qui vont alimenter – et être alimentées par – les imaginaires sociodiscursifs en jeu dans le scénario politique brésilien7.

4. La construction d’images dans le jeu politique

En ce qui concerne la délimitation du corpus, nous avons opté pour la presse écrite d’information8. Pour trouver le plus grand nombre possible d’aphorisations, nous avons consulté toutes les semaines divers journaux largement diffusés au Brésil (version imprimée ou en ligne) et les portails et sites sur internet. Du fait des objectifs de ce travail, nous nous sommes arrêtée aux aphorisations où chaque candidate parlait d’elle-même et de son adversaire en style direct et, en consonance avec la position de Maingueneau (2012), nous avons rejeté tous les énoncés détachés sous d’autres formes (discours indirect, paraphrase, etc.). Nous ne nous sommes pas non plus souciée de la quantité puisque, du point de vue de l’ADF, le plus important n’est pas le nombre (bien que l’on puisse y faire appel), mais la description et l’interprétation des données collectées. Il s’agit donc d’une recherche qualitative (descriptive et interprétative).

Pour faciliter l’exposition, nous présenterons et analyserons, conjointement, les aphorisations secondaires attribuées à chaque candidate, concernant d’abord sa propre personne, puis son adversaire, en nous concentrant sur les marques linguistiques de l’argumentation. Nous marquerons chaque aphorisation comme DFo (pour un détachement fort, quand le texte source n’est pas disponible)9 et DFa (pour un détachement faible, quand il y a un texte contigu permettant de récupérer l’aphorisation). Nous spécifierons aussi, pour les DFas, s’il s’agit d’une légende de photo, d’un titre ou d’un intertitre. En ce qui concerne le détachement fort, les aphorisations apparaissent généralement dans des rubriques de type « Semana » (revue IstoÉ) ou « Dois Pontos » (revue Época), qui apportent un ensemble très éclectique de citations attribuées à des personnes célèbres ou à des spécialistes, souvent accompagnées de photos ou de caricatures des locuteurs/aphorisateurs.

4.1 Dilma Rousseff

Dilma Vana Rousseff est née à Belo Horizonte (capitale de l’État du Minas Gerais), le 14 décembre 1947. Affiliée au Parti des Travailleurs (PT), elle est diplômée en économie. Première femme à occuper un poste de présidente de la République au Brésil (2011-2014), elle a gagné le second tour l’élection présidentielle de 2014 pour exercer un deuxième mandat (2015-2018)10. Pour avoir été membre actif du Commando de libération nationale (COLINA), puis de l’Avant-garde armée révolutionnaire Palmares (VAR-Palmares), des organisations qui défendaient la lutte armée contre le régime militaire instauré dans le pays lors du coup d’État de 1964, elle a été arrêtée et torturée entre 1970 et 197211. Cette condition d’ancienne prisonnière politique lui confère une image de femme forte et déterminée.

4.1.1 Dilma par Dilma

*« Je voudrais vous dire que je suis humaine, je ne suis pas une martienne. » Dilma Rousseff (PT), présidente et candidate à la réélection, interrogée pour savoir si le fait d’apparaître en train de cuisiner à l’horaire de la propagande électorale à la télévision était une tentative d’humanisation. (Época, n° 847, 25/08/2014) - DFo (dans la rubrique « Dois Pontos »).

* « Le plus grand risque c’est de ne pas se compromettre, de n’avoir que des phrases à effet et des généralisations. Quand on est présidente, on doit expliquer comment on va faire. » Dilma Rousseff lors du débat à la télévision SBT avec les candidats à la présidence de la République. (IstoÉ, année 38, n° 2337, 10/09/2014) - DFo (dans la rubrique « Semana »).

* « Il n’y a pas de “faibles” à la présidence. Celui qui se sent faible ne peut y arriver. » Dilma Rousseff, présidente du Brésil, sur la réclamation faite par la candidate du PSB à la Présidence de la République, Marina Silva, à propos de la teneur de la campagne du PT. (IstoÉ, année 38, n° 2339, 24/09/2014) - DFo (dans la rubrique « Semana »).

* « Tous mes prédécesseurs ont utilisé le palais. Dans le cas contraire, je serais sans abri, je n’aurais pas où donner mes entrevues. » Dilma Rousseff (PT), présidente et candidate, commentant l’entrevue de José Antônio Dias Toffolli, ministre du Tribunal fédéral suprême, à Época, où il critique l’utilisation du palais présidentiel d’Alvorada pour programmer la campagne. (Época, n° 852, 29/09/2014) - DFo (dans la rubrique « Dois Pontos »).

* « La fondation de mon programme c’est mon gouvernement », dit Dilma Rousseff. (Disponible sur : http://ultimosegundo.ig.com.br/politica/2014-09-28/alicerce-do-meu-programa-e-o-meu-governo-diz-dilma-rousseff.html) - DFa (titre du reportage publié le 28/09/2014).

D’abord, dans ses paroles détachées par les médias, Dilma Rousseff se montre comme une personne « normale »12. Le non polémique, qui apparaît dans « je ne suis pas une martienne », renvoie à la « propriété qui justifierait la position du locuteur dans le dialogue cristallisé sous-jacent à la négation polémique » (DUCROT, 1984 : 217-218). Autrement dit, s’il est possible de décrire une personne en disant qu’elle n’est pas martienne, c’est parce qu’on lui attribue « la (pseudo) propriété » qui légitimerait de s’opposer à un énonciateur13 ayant affirmé qu’elle est martienne. C’est comme si circulait, dans le sens commun, l’idée que Dilma était une personne étrange (non humaine), peut-être parce qu’elle occupe la position politique la plus importante de la nation, et ne remplit pas les fonctions de toute femme « normale », comme par exemple faire la cuisine.

Or, si Dilma essaie de se montrer humaine, elle cherche aussi, paradoxalement, à montrer qu’elle est assez forte et compétente pour gérer le pays (le terme « fondation » indique un gouvernement aux bases solides) et à réaffirmer sa légitimité concernant certains droits inhérents à sa fonction, comme celui d’accorder une entrevue en tant que candidate au palais d’Alvorada (la résidence officielle du président de la République), un droit légitimé par la pratique de ses prédécesseurs. Mais Dilma se définit aussi par opposition à ses adversaires : ce n’est pas une « femme faible » (indice d’évaluation) comme Marina, elle n’utilise pas non plus des « phrases à effet ou des généralisations », sans doute pour faire référence à Aécio Neves, connu pour son « beau parler ». Puisque ce n’est pas une femme faible, elle est forte (dès lors que les « faibles » n’ont pas leur place à la présidence) ; si elle n’utilise pas des phrases à effet, c’est parce qu’elle se voit comme une personne active et engagée, c’est-à-dire quelqu’un qui fait et explique ce qu’elle fait, ne s’appuyant pas sur un discours vide de sens.

4.1.2 Dilma sur Marina

* « Les emplois courent des risques avec Marina », affirme Dilma. (Disponible sur : http://www.folhadaregiao.com.br/Materia.php?id=3336170 - DFa (titre du reportage publié le 02/09/2014).

* « Marina se présente en victime et dit que nous attaquons », affirme Dilma. (Disponible sur : http://www1.folha.uol.com.br/poder/2014/09/1514609-marina-se-faz-de-vitima-e-diz-que-estamos-atacando-afirma-dilma.shtml0 - DFa (titre du reportage publié le 11/09/2014).

* « Les travaux ont pris du retard à cause de Marina », dit Dilma. (Disponible sur :
http://www.tribunadabahia.com.br/2014/09/12/obras-atrasaram-por-responsabilidade-de-marina-diz-dilma-veja-video- DFa (titre du reportage publié le 12/09/2014).

* « Marina se présente en victime », dit Dilma. Aécio défend la candidate du PSB. (Disponible sur :
http://www.opovo.com.br/app/opovo/politica/2014/09/12/noticiasjornalpolitica,3313479/marina-se-faz-de-vitima-diz-dilma-aecio-defende-candidata-do-psb.shtml) - DFa (titre du reportage publié le 12/09/2014).

Les aphorisations de Dilma sur Marina indiquent une tentative de décrédibilisation de la candidate du PSB auprès de l’électorat : après tout, il s’agit d’une personne qui « se présente en victime » (cela indique par présupposition qu’elle ne l’est pas) ; une « faible femme » (indice d’évaluation, renforcé par l’utilisation du diminutif – « coitadinha » en portugais – avec une connotation péjorative) qui, comme telle, n’a pas la capacité de gouverner : si elle est élue, elle compromettra les emplois et retardera les travaux en chantier (comme elle l’a déjà fait quand elle était ministre du gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva). Après tout, les « faibles » et ceux qui se présentent en « victime » sont des créatures fragiles, des personnes incompétentes, qui n’ont pas leur place dans la structure du pouvoir. Par opposition, comme cela a été dit, Dilma se présente en femme forte et déterminée.

Nous pouvons dire que concernant les ethè de crédibilité prédomine dans l’ensemble des aphorisations de Dilma, en particulier l’ethos de compétence, qui implique entre autres de connaître les rouages de la vie politique et de savoir agir de manière efficace. Nous voyons, alors, s’ajouter à l’ethos de compétence, un ethos de caractère, l’un des ethè d’identification qui attribue à Dilma une personnalité forte, celle de quelqu’un qui provoque et engage la polémique si nécessaire (compte tenu du fait qu’elle traite Marina de « faible femme », qu’elle dit qu’elle n’est pas une martienne ou qu’elle a le droit d’utiliser le palais d’Alvorada pour donner des entrevues, par exemple).

Ce ton fort qui imprègne le discours de Dilma corrobore son ethos préalable : celui d’une femme courageuse et déterminée qui a toujours lutté pour ses idéaux, même si pour cela il lui a fallu « défier » le gouvernement militaire (1964-1985). À un moindre degré, Dilma fait appel à l’ethos d’humanité (autre ethos d’identification), lorsqu’elle révèle des moments de son intimité, sans doute pour contrer le stéréotype selon lequel les présidents ne sont pas des êtres ordinaires. Ou même pour renverser une image préalable de personne austère, distante et hautaine, c’est-à-dire le côté négatif de l’ethos de sérieux qui compromettrait sa crédibilité.

Si Dilma se montre compétente et forte, rien de mieux pour disqualifier Marina que de la représenter par l’opposé : par son incompétence (par exemple, dans le retard des travaux, lorsqu’elle participait au gouvernement de Lula) ou à montrer sa fragilité (vu qu’elle se présente en victime, en « faible »), ses défauts qui, en dernière analyse, la discréditent et la rendent incapable d’occuper une position comme celle de présidente de la République.

4.2 Marina Silva

Née Maria Osmarina Silva de Souza, à Rio Branco (capitale de l’État de l’Acre), le 8 février 1958, Marina Silva est historienne, enseignante, psychopédagogue, environnementaliste et affiliée actuellement au parti du PSB. Elle a commencé à travailler à l’âge de dix ans dans les plantations d’hévéas et, dans sa jeunesse, a eu de nombreux problèmes de santé, tels que la malaria et la leishmaniose. En 1985, elle a rejoint le Parti des Travailleurs (PT) et a été ministre de l’Environnement dans le gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva (de 2003 à 2008). Après avoir intégré le Parti des Verts (PV), elle a participé à l’élection présidentielle de 2010. Sa lutte pour la préservation de l’environnement lui a valu plusieurs prix internationaux14. Les problèmes (surtout de santé) vécus dans son enfance et dans sa jeunesse lui confèrent habituellement une image de fragilité.

4.2.1 Marina par Marina

* « C’est ainsi que nous allons gouverner, en reconnaissant les acquis. Sans complaisance pour les erreurs commises qui sont nombreuses. » De Marina Silva à Aécio Neves, sur le projet du gouvernement du PSB. (IstoÉ, année 38, n° 2336, 03/09/2014) - DFo (dans la rubrique « Semana »).

* « Je ne fais pas des tribunes des chaires ni des chaires des tribunes. Mes décisions politiques sont élaborées, discutées et mises en œuvre dans le cadre institutionnel de la politique. » Marina Silva, candidate du PSB à la Présidence de la République, affirmant qu’elle n’a jamais utilisé sa croyance religieuse à des fins politiques. (IstoÉ, année 38, n° 2337, 10/09/2014) - DFo (dans la rubrique « Semana »).

* « Ce n’est pas un discours, c’est une vie. » (Veja, année 47, n° 39, éd. 2392, 24/09/2014) – DFa (titre sur la couverture de la revue).

* « Tout ce que ma mère avait pour ses huit enfants c’était un œuf, un peu de farine et du sel. Je me rappelle avoir regardé mon père et ma mère et avoir demandé : “Vous n’allez pas manger ? ” Et ma mère a répondu : “Nous n’avons pas faim”. Quiconque ayant vécu cette expérience ne mettra jamais fin à la Bourse Famille. »15 (Veja, année 47, n° 39, éd. 2392, 24/09/2014) - DFa (légende de photo dans un reportage).

* « J’ai toujours eu peur. Mais mon engagement a toujours été plus grand que ma peur. » (Época, n° 852, 29/09/2014) – DFa (titre sur lacouverture de la revue).

* « Nous maintiendrons la Bourse Famille. Savez-vous ce que nous n’allons pas maintenir ? La Bourse Entrepreneur. » (Época, n° 852, 29/09/2014) - DFa (intertitre dans une entrevue).

* « Je ne diabolise pas ceux qui défendent la légalisation de l’avortement et de la marijuana », dit Marina Silva. (Disponible sur :
http://www.brasilpost.com.br/2014/09/01/marina-aborto_n_5749276.html). - DFa (titre du reportage publié le 01/09/2014).

Les aphorisations de Marina sur elle-même cherchent à construire initialement l’image de quelqu’un qui a la capacité de gouverner le pays en reconnaissant les décisions justes (qui seront maintenues) et les erreurs (qui ne mériteront aucune excuse). C’est sa propre histoire qui lui donne cette force : celle d’une personne pauvre, qui a affronté toute une série d’adversités et en est sortie victorieuse. Cela lui confère d’ailleurs la capacité d’être solidaire avec son prochain, de comprendre « dans sa chair » ce que vivent les personnes les plus pauvres.

D’où le fait qu’elle soit prête à maintenir la Bourse Famille16, comme on le voit dans l’énoncé : « Quiconque ayant vécu cette expérience ne mettra jamais fin à la Bourse Famille ». Celui-ci présuppose que quelqu’un (Marina, dans le cas présent) a vécu cette expérience (la faim) qui lui permet de bien comprendre la situation. La même idée est répétée dans une « version » affirmative : « Nous maintiendrons la Bourse Famille… », où le verbe maintenir marque une présupposition (c’est un des « acquis » signalés par Marina qui seront « reconnus »). Ici, elle répond à certaines « accusations » disant qu’une fois élue, elle en finirait avec la Bourse Famille, un programme mis en œuvre par ses prédécesseurs, surtout Lula et Dilma.

Ce côté humain de Marina réapparaît dans l’idée de la peur que l’opérateur argumentatif d’opposition mais se charge de relativiser. Selon Ducrot (1984 : 229), le mode de fonctionnement de la construction p mais q serait le suivant : le premier segment (p) est présenté comme un argument pour une certaine conclusion r (par exemple, « La peur m’a empêché d’agir. ») ; le second (q) pour la conclusion inverse non-r (dans ce cas, quelque chose comme « la peur ne m’a pas empêché d’agir »), qui vaut pour l’ensemble p mais q. Par conséquent, la conclusion possible pour l’ensemble d’énoncés « J’ai toujours eu peur. Mais mon engagement a toujours été plus grand que ma peur. » est non-r (qui invalide r). Avec ce « mouvement » argumentatif, Marina révèle qu’elle est déterminée, qu’elle ne se laisse pas vaincre par la peur.

Dans cet ensemble de « fragments d’ethos » où Marina parle d’elle-même, ce qui attire l’attention est la présence récurrente du non polémique (DUCROT, 1984). C’est comme si elle répondait à des accusations qui n’ont pas forcément été formulées par un locuteur spécifique, mais qui circuleraient dans la doxa. Comme Maingueneau (1987) le commente, la négation polémique de Ducrot n’implique pas le rejet d’un locuteur, mais d’un énonciateur mobilisé dans le discours, un énonciateur qui n’est pas l’auteur d’un énoncé effectivement réalisé.

Ainsi, nous pouvons penser qu’en disant : « (...) Ne pas avoir de complaisance avec les erreurs… » ; « N’est pas un discours… » ; « (...) Quiconque ayant vécu cette expérience ne mettra jamais fin à la Bourse Famille.  » ; « Je ne fais pas des tribunes des chaires ni des chaires des tribunes… » ; « Je ne diabolise pas ceux qui défendent la légalisation... » (souligné par nous), Marina répond à de possibles « accusations » selon lesquelles elle aurait de la complaisance pour les erreurs du gouvernement précédent (ce qui la renvoie à son passé pétiste) ; que ce qu’elle soutient est un simple discours (sans action effective) ; que si elle est élue, elle en finira avec la Bourse Famille ; qu’elle confond la politique (les tribunes) avec la religion (les chaires) ; qu’elle « diabolise » ceux qui défendent certaines opinions. Dans ces deux derniers cas, la sélection lexicale qui reprend des termes du champ sémantique religieux (chaire, diaboliser) se rapporte au fait que Marina appartient à une église évangélique, l’Assemblée de Dieu.

En résumé, en même temps qu’elle soutient un discours de compétence et conteste l’argument de son absence d’expérience électorale, Marina Silva cherche à montrer que sa foi religieuse ne détermine pas sa performance politique. Ce qui attire l’attention, néanmoins, c’est qu’elle se définit plus pour ce qu’elle n’est pas/ne fait pas que pour ce qu’elle est/fait.

4.2.2 Marina sur Dilma

* « Soyez tranquille, présidente. Vous n’allez pas recevoir de moi ce que vous me faites. Je ne vais pas agresser une femme, je vais vous traiter avec tout le respect que je vous dois, mais cela ne signifie pas que je vais cesser de dire des vérités. » Marina Silva, candidate du PSB à la Présidence de la République en réponse à la présidente Dilma Rousseff. (IstoÉ, année 38, n° 2339, 24/09/2014.) - DFo (dans la rubrique « Semana »).

* « (Dilma agit) en obéissant aux ordres de João Santana (...). Après [l’élection], personne ne sera gouverné par son "marqueteiro"17. » (Época, n° 852, 29/09/2014) – DFa (titre sur la couverture de la revue).

* « Le gérant, comme il ne pense pas à la politique et qu’il ne s’occupe pas du processus historique, s’arrête au premier discours du "marqueteiro". » (Época, n° 852, 29/09/2014) - DFa (légende de photo [de Dilma] dans une entrevue avec Marina).

Du point de vue de Marina, Dilma est une personne agressive et manquant de respect. Marina ne va pas faire à Dilma ce que celle-ci lui fait (à Marina) – rappelons que Dilma a traité Marina de « faible » et comme quelqu’un qui « se présente en victime » – de plus elle ne va pas cesser de dire des vérités. Dans cet énoncé, la présence du marqueur « cesser (de) » instaure le présupposé que Marina dit des vérités et affirme, de façon explicite (posée), qu’elle gardera cette posture (ce qui sous-entend, donc, qu’elle est sincère et morale)18.

Un second mouvement argumentatif implique l’utilisation de l’opérateur argumentatif d’opposition mais. Dans ce cas, la conclusion possible r serait quelque chose comme « traiter l’autre avec respect implique de ne pas dire la vérité » ; la conclusion possible non-r, qui vaut alors pour l’ensemble p mais q, quelque chose comme « il est possible de traiter l’autre avec respect et dire la vérité », c'est-à-dire qu'il n’y a pas d’incompatibilité entre une chose (être délicat/respectueux) et une autre (être franc, sincère), ce qui réaffirme le caractère positif de Marina par opposition à celui de son adversaire.

Dilma est aussi considérée comme dépourvue d’autonomie, puisqu’elle agit sous les ordres de João Santana (son conseiller en communication politique), et incompétente, parce qu’en plus du fait qu’elle n’agit pas de son propre chef, elle ne pense pas à la politique, n’appréhende pas le processus historique (sous-entendant par là qu’elle, Marina, le fait). La présence du non polémique (qui se manifeste aussi dans la partie précédemment analysée) semble donc confirmer l’auto-définition de Marina davantage pour ce qu’elle n’est pas/ne fait pas que pour ce qu’elle est/fait.

En ce qui concerne les ethè de crédibilité, dans les aphorisations de Marina sur elle-même prédomine l’ethos de vertu. La candidate se montre comme un exemple de sincérité, de transparence et de rectitude dans la sphère publique et privée (elle dit des vérités, n’a pas de complaisance avec les erreurs, etc.). Dans ce sens, Marina apporte sa propre histoire de vie pour corroborer ses positions et attitudes (et, par extension, pour attester de sa compétence). L’ethos de vertu se complète, dans le contexte des ethè d’identification, avec un ethos de caractère qui, dans le cas de Marina, se base sur la force d’esprit, avec une certaine dose d’indignation personnelle (nous pensons à sa critique formulée quant à l’attitude agressive de Dilma ou à sa position dans le cas de ce qu’elle appelle « Bourse Entrepreneur »), et un ethos d’humanité, soit celui de quelqu’un capable d’admettre des faiblesses (comme la peur), mais en même temps de montrer qu’elle ne se laisse pas contrôler par celles-ci, ce qui sous-entend que Marina sait affronter les adversités, sans céder aux pressions ou à la démagogie. L’ethos d’humanité implique aussi de manifester des sentiments et de la compassion envers ceux qui souffrent (« Quiconque a vécu cette expérience n’en finira jamais avec la Bourse Famille. »), se rapprochant dans ce sens de l’ethos de solidarité : de celui (celle) qui est attentif aux besoins des autres et en est responsable.

Le « parler tranquille » et sans emportements de Marina corrobore d’une certaine manière son ethos préalable de personne fragile qui, en tant que telle, aura des difficultés à trouver la force nécessaire pour gouverner un pays (ethos préalable qu’elle essaye de toute évidence de rectifier par le biais des positions qu’elle assume). Or, ce qui est clair pour le destinataire (électeur), dans sa (re)construction de l’ethos de Marina, c’est qu’elle diffère beaucoup de l’image de leader politique puissant et combatif associée à Dilma Rousseff. D’autre part, en réaffirmant son courage et en montrant qu’elle s’identifie avec ceux qui souffrent, Marina souligne son côté sensible et humain. En revanche, Dilma est vue non seulement comme une personne agressive et manquant de respect, mais aussi – et principalement – comme incapable de gouverner, surtout parce qu’elle manque d’autonomie.

Certes, le « jeu d’images » complexe qui se construit sur la scène politique va bien au-delà des aphorisations. Les images de soi-même et de l’autre, ne se limitent pas aux aspects que nous venons de citer, vu que d’autres images/d’autres ethè sont construits dans beaucoup d’autres textes qui ont circulé dans la société brésilienne. Cependant, nous ne pouvons oublier les nombreux « lecteurs pressés », dont le regard ne va pas au-delà des titres, des manchettes et des annonces via internet. D’où l’importance de ces « fragments » dans la construction desdites images.

5. Conclusion

L’ethos, les images des autres (adversaires), se trouvent dans le domaine des représentations sociales, soit de ce que le public attend de « x » ou de « y » (CHARAUDEAU, 2005b). De telles images ne sont pas construites seulement par le locuteur, mais aussi par les médias qui, en « élevant » certains énoncés à la condition d’aphorisations, « façonnent » de telles représentations et cherchent, de cette manière, à orienter les destinataires dans l’interprétation des faits, donnant parfois un nouveau sens et une nouvelle force aux images produites. Autrement dit, si, comme le montre Charaudeau (2005a, p. 253), « les médias nous imposent leurs choix événementiels », ils nous imposent aussi certaines images discursives, tout en déconsidérant d’autres images que le destinataire aurait pu saisir en lisant le texte intégral19, ce qui bien sûr, peut affecter notre opinion des acteurs politiques. C’est ainsi que, d’après Charaudeau (2005a) les médias « manipulent » les destinateurs en jouant avec de fausses informations ou des nouvelles exagérément dramatiques et en arrivent même à l’utilisation déformée de déclarations. La question qui se pose à l’analyste est d’appréhender ce « jeu d’images », via les aphorisations, sans tomber dans un exercice de pure spéculation. Dans ce sens, la proposition de la sémantique/pragmatique d’une argumentation intrinsèque à la langue peut nous aider à récupérer par le biais de « marques » formelles ce qui justifie à nos yeux le dialogue que nous établissons entre cet aspect des études de l’argumentation et l’AD.

Références bibliographiques

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CHARAUDEAU, Patrick, Les médias et l’information : l’impossible transparence du discours, Bruxelles, De Boeck, 2005a.

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LARA, Glaucia M. P., « Passando a aforização em revista », Estudos semióticos, v. 9, n. 2, p. 7-14. São Paulo, USP, 2013. Disponible sur :http://revistas.usp.br/esse/issue/current/showToc.

_____, « L’aphorisation dans la presse écrite au Brésil et en France », French Journal for Media Research [en ligne], 2/2014a, mis à jour le : 17/07/2014, URL : http://frenchjournalformediaresearch.com/lodel/index.php?id=374.

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1
Cet article a été présenté au V Séminaire international d’Études de langue portugaise - SIMELP (Lecce - Italie), en octobre 2015, avec le soutien financier de la FAPEMIG (Fondation de soutien à la recherche de l’État de Minas Gerais).

2
Marina Silva était candidate à la vice-présidence de la coalition d’Eduardo Campos (PSB), qui est décédé dans un accident d’avion pendant la campagne. Sous le coup de l’émotion provoquée par ce tragique événement, Marina a assumé la direction de la coalition et a même été indiquée comme favorite à l’élection présidentielle de 2014. Mais, contrairement à toutes les prévisions, c’est le candidat Aécio Neves, du PSDB (Parti de la démocratie sociale brésilienne), qui s’est qualifié pour le second tour.

3
Voir Lara (2013, 2014a, 2014b, 2015, 2016).

4
Les aphorisations peuvent être primaires (autonomes), comme dans le cas des proverbes et maximes, ou secondaires (celles qui sont détachées d’un texte).

5
Par exemple, dans les situations de conflit politique, comme celle qui est examinée ici, les aphorisations ont tendance à perdre leur caractère généralisateur et à investir davantage dans l’opposition « moi/nous » versus « il(s) », par laquelle les images en jeu sont construites (voir à ce sujet la partie 4 « La construction d’images dans le jeu politique »). Pour Maingueneau (2012 : 52), il s’agit d’une stratégie énonciative de « surinvestissement subjectif ».

6
Il est clair que les médias ne détiennent pas le monopole de l’influence sociale qui est exercée aussi par d’autres instances comme l’école, la famille et l’église. Voir à ce propos Charaudeau (2005a) et Emediato (2013).

7
Nous n’avons pas non plus l’intention de discuter des spécificités concernant le discours politique brésilien, ni de la position (politique) de chaque publication par rapport aux deux candidates. Notre but, s’inspirant de Charaudeau (2005a) et de Maingueneau (2012), est seulement de montrer comment les médias, en général, à travers les aphorisations qu’ils détachent des textes, contribuent à construire les images des acteurs politiques et, donc, à former l’opinion publique (même s’ils ne sont pas la seule instance responsable, comme nous l’avons souligné dans la note 7).

8
Pour des questions d’espace, nous présenterons les aphorisations déjà traduites en français, renvoyant le lecteur intéressé à la version en portugais des publications indiquée entre parenthèses.

9
Selon Maingueneau (2012: 15), dans le cas des couvertures de revue imprimée (dont le texte source se trouve en page intérieure) ou des pages d’accueil des sites d’information sur internet (où l’internaute doit cliquer sur les phrases détachées pour accéder aux textes sources), on demeure malgré tout dans une logique de détachement faible, position que nous adoptons ici.

10
Néanmoins, le 31 août 2016, Dilma a perdu son mandat de présidente à la suite d’un processus de destitution. Elle a été remplacée par le vice-président Michel Temer.

11
Disponible sur : http://pt.wikipedia.org/wiki/Dilma_Rousseff. Accès le : 20/05/2015.

12
Rappelons que, si les images (de soi et des adversaires) sont construites par l’acteur politique lui-même, avec ses propres paroles (citations en style direct), les détachements qui transforment certains énoncés (et pas d’autres) en aphorisations sont un choix des médias (c’est la co-construction d’images discursives, dont nous avons parlé dans notre introduction et la partie 2 « Aphorisation et images de soi et de l’autre »). Comme le dit Maingueneau (2012: 19), les locuteurs se trouvent constamment aphorisateurs involontaires d’énoncés qu’ils n’ont pas posés comme détachables dans leurs textes, mais qui ont été détachés, quand même, par des tiers. Les médias, nous semble-t-il, détachent ce qu’ils pensent être le plus « frappant » pour « accrocher » l’attention du lecteur.

13
Pour Ducrot (1984 : 204-205), si le locuteur est responsable de l’énoncé, les « énonciateurs » sont des êtres dont les « voix » sont présentes dans l’énonciation sans qu’on puisse leur attribuer des paroles précises. C’est-à-dire qu’ils ne parlent pas, mais l’énonciation permet d’exprimer leurs points de vue.

14
Disponible sur : http://pt.wikipedia.org/wiki/Marina_Silva. Accès le : 22/05/2015.

15
Cet énoncé détaché se différencie des autres par son extension. Dans ce cas, quoiqu’en accord avec la position de Maingueneau (2012) sur le fait qu’une « petite phrase » n’est pas nécessairement une phrase de petite extension, nous admettons que ce que nous avons ici est une aphorisation périphérique qui se rapprocherait plus d’une citation.

16
Il s’agit d’un programme social de transfert direct de revenu à des familles dans la misère, afin de garantir leur droit à l’alimentation et l’accès à l’éducation et à la santé. Disponible sur : http://www.caixa.gov.br/programas-sociais/bolsa-familia. Accès le : 08/11/2015.

17
Conseiller en communication politique.

18
Tant la présupposition que le sous-entendu sont implicites. La différence est que, tandis que la présupposition est marquée linguistiquement, le sous-entendu dépend du contexte, de l’interprétation de l’autre. En associant le présupposé à sa théorie polyphonique de l’énoncé, Ducrot (1984) attribue le contenu implicite (présupposé) à un énonciateur E1, assimilé à la vox populi, au sens commun, et le contenu explicite (posé) à un énonciateur E2, avec lequel le locuteur s’identifie. (cf. DUCROT 1984 : 231).

19
Par exemple, l’éthos d’un dirigeant politique qui présente des propositions concrètes pour améliorer le pays (la santé, l’éducation, la sécurité, etc.) au-delà des attaques personnelles faites à son adversaire.

Per citare questo articolo:

Glaucia LARA, Aphorisation et construction d'images dans la dispute du pouvoir, Repères DoRiF Formules et aphorisations dans le discours de presse au Brésil , DoRiF Università, Roma juin 2017, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=347

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