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Júlia ALMEIDA

Le discours de l'infériorité volontaire du Brésilien autour de la coupe du monde de football en 2014

Júlia ALMEIDA
Université Fédérale Espírito Santo
almeidajulia@terra.com.br

Résumé 

A partir d'un corpus d’exemples tirés de Folha de S. Paulo, nous analysons la circulation des formules « complexo de vira-latas » et « pessimismo ». Nous montrons ensuite que l’événement discursif de la Coupe du Monde au Brésil fait émerger dans les médias une discussion sur la capacité des Brésiliens à organiser cet événement, mettant en avant l’« infériorité volontaire », un sentiment fort répandu au Brésil.

Prendre l´histoire aux mots, non pas en prenant au comptant “ce que disent les hommes”,
mais en se faisant attentif aux figures que dessine leur circulation, aux positions respectives
qu´occupent les unes par rapport aux autres [...] et aux déplacements de ces positions
(Jean-Michel FAYE, 1996 : 2, souligné par l’auteur).

Introduction1

Au moment de désigner le pays organisateur de la Coupe du Monde de football en 2014, les médias nationaux et internationaux ont lancé un débat sur la capacité des Brésiliens à planifier ce grand événement, compte tenu du fait qu’il s’agit d’un pays de dimensions continentales. Pendant les mois qui suivirent, nous avons ainsi vu surgir une longue bataille discursive autour des expressions « complexo de vira-latas » (« complexe du chien bâtard »)2 et « viralatismo » (« bâtardisme »).

Le terme « complexo de vira-latas » a été inventé dans les années 50 par le dramaturge Nelson Rodrigues :

par “complexo de vira-latas” (“complexe du chien bâtard”), j’entends l’infériorité dans laquelle le Brésilien se place, volontairement, face au reste du monde. Ce qui est valable dans tous les domaines et, surtout, dans celui du football. (RODRIGUES, 1958 : 2, notre traduction)3

Cette chronique, écrite quelques jours avant la Coupe du Monde de 1958 en Suède et intitulée « Complexe du chien bâtard », commence par un constat qui sera à la base de la définition du complexe et d’une prise de position contre le pessimisme :

le Brésil oscille entre le pessimisme le plus obtus et l’espoir le plus frénétique. Dans tous les coins, dans tous les bars, partout, on entend crier : “Le Brésil ne va même pas être qualifié !” (RODRIGUES, 1958 : 1, notre traduction)4

Cette introduction fait ressortir immédiatement la définition du complexe comme un basculement entre « pessimisme obtus » et « espoir frénétique », ou le pessimisme en tant que « déguisement d’un optimisme inavoué » (RODRIGUES, 1958 : 1). Cette oscillation entre euphorie et pessimisme peut être comprise, selon le chercheur José Miguel Wisnik, par l’idée de fármacon, poison remède : « une drogue potentiellement létale qui oscille avec une facilité excessive entre la plénitude et le vide » (2008 : 182, notre traduction)5. D’où notre intérêt à observer, parallèlement à la circulation du syntagme « complexo de vira-latas », la sémantique du pessimisme et son lexique inscrits d’une certaine manière dans la définition du complexe.

Nous avons cherché les occurrences des expressions « complexo de vira-lata », « viralatismo » et « pessimisme » dans le quotidien brésilien en ligne Folha de S. Paulo6, ainsi que dans les messages d’opinion et commentaires sur les blogs, les sites et dans les journaux en ligne diffusés principalement de mai à juillet 2014. Notre hypothèse initiale est qu’une circulation plus significative de ces expressions durant cette période pourrait signaler un nouveau moment dans l’histoire de ces discours d’identification et désidentification avec le sentiment national.

Nous nous situons donc dans le cadre des théories du discours et, notamment, le cadre conceptuel de la notion de formule tel que développé par Alice Krieg-Planque (2011) nous a servi d’apport fondamental pour analyser les dérivés et variantes de ces expressions. Nous nous interrogerons donc sur la façon dont les énonciateurs finissent par en faire « l’instrument et le lieu […] des divisions et des rassemblements qui fondent l’espace public » (KRIEG-PLANQUE, 2010 : 13).

1. « Complexo de vira-latas » : fréquence et polémique

Si, comme l’affirme Ruy Castro7, l’expression de Nelson Rodrigues était peu employée jusqu’au début du XXIe siècle, la Coupe de 2014 marque certainement une période de plus grande circulation. Sur le site Base de données Folha qui nous permet de consulter les éditions complètes du journal Folha de S. Paulo depuis 1960, nous constatons que la fréquence de « complexo de vira-latas » augmente significativement à partir de 2007, année où le Brésil a été choisi pour accueillir le Mondial : jusque-là, on compte moins de cinq occurrences par an, puis sept occurrences en 2007, 13 en 2008, 11 en 2009, 6 en 2010, 12 en 2011, 18 en 2012, 8 en 2013 et 22 en 2014, année de la Coupe. Il faut noter que pendant cette période, le terme circule dans différentes rubriques (Premier Cahier, Quotidien, Illustré, etc.), surtout en 2014, dans des articles à la une, dans les éditoriaux (des éditions du 13 et du 15 août) et dans quelques titres.

En 2014, nous trouvons l’expression « complexo de vira-latas » dans divers éditoriaux de Folha traitant de football :

[…] parier pour ses ennemis, c’est le comble du complexo de vira-latas, vive l’Argentine (Folha, le 13 juillet 2014, notre traduction)

de science :

[…] complexo de vira-latas de la communauté scientifique brésilienne (Folha, le 13 août 2014, notre traduction)

et de vin :

Affectations d’un bâtard  (Folha, le 23 juin 2014, notre traduction).

Quoique l’augmentation de fréquence soit trop faible, dans notre cas, pour attester son imposition dans le domaine journalistique, elle est néanmoins suffisante pour enregistrer une certaine productivité lexicologique à travers des dérivations qui incorporent un ton de dénonciation (« bâtardisme », bâtardise), voire la corrélation avec des structures typiques de sa reproduction idéologique (« seulement au Brésil » vs « à l’étranger ») et un modus operandi recherché et rendu explicite par les médias de gauche dans les blogs et les réseaux sociaux, comme nous le voyons dans l’extrait d’un article du blog Journalisme Wando :

Journalisme Wando – Le modus operandi du viralatismo brésilien

[…] Mais la littérature du viralatismo national est abondante. Les innombrables problèmes qui se sont produits pendant la construction des stades ont été martelés par les journaux télévisés et mis sur le compte de notre façon toute brésilienne de faire les choses. Nous avons suivi une exaltation quotidienne de nos échecs du fait des innombrables problèmes liés aux travaux : retards, décès d’ouvriers, coûts dépassant toutes les prévisions, procès et problèmes d’infrastructure. « Ah, ça ne pouvait arriver qu’au Brésil, vraiment ! » […] (Journalisme Wando, le 29 juin 2014, souligné par l’auteur, notre traduction)8

Mais c’est son caractère polémique qui allait limiter l’expansion du terme comme option plus largement disponible aux grands médias. Selon Krieg-Planque, c’est une propriété de la formule, « porteuse d’une valeur de description des faits politiques et sociaux », d'être dès lors objet de polémiques, de conflits, de négociations (KRIEG-PLANQUE, 2010 : 100). Ce caractère tient ici au fait que le terme, réapparaissant dans le contexte de préparation de la Coupe du monde, est associé par les médias aux affirmations des membres du gouvernement du PT et notamment à l’ancien président Luis Inácio Lula da Silva :

Nous sommes des idiots.9
Si le président Lula dit que ce n’est pas juste de nous comparer à l’Angleterre, il est en contradiction. Il ne met pas un point d’honneur à faire du Brésil un protagoniste de la politique et de l’économie internationale en nous débarrassant du complexo de vira-latas, ainsi baptisé par Nelson Rodrigues. Alors pourquoi, plutôt que de préparer une Coupe exemplaire, les responsables publics n’ont-ils pratiquement rien fait depuis 2007 […] ? (Luiz Fernando Vianna, Folha, le 15 juillet 2010, notre traduction)10

mais aussi à la présidente Dilma Rousseff :

« Nous n’avons pas le complexo de vira-latas », répond Dilma à la déclaration de l’ex-footballeur Ronaldo.
BRASÍLIA — Le climat entre la présidente Dilma Rousseff et l’ex-attaquant Ronaldo s’est dégradé, car lors d’une entrevue accordée ce vendredi, il a dit avoir honte des problèmes relevant de la mauvaise organisation de la Coupe du Monde. Sans citer le joueur avec qui il y a quelques mois elle avait échangé des messages sur Twitter pour promouvoir l’événement, la présidente a répondu en affirmant que le Brésil n’a pas de complexo de vira-latas. (Geralda Doca, O Globo,le 24 mai, 2014, notre traduction)11

C’est donc dans le contexte des déclarations d’un gouvernement de gauche que le « complexo de vira-latas » ressurgit dans les débats face au défi du pays d’organiser la Coupe sous les yeux d’une opposition conservatrice et irritée de voir que l’acteur d'un tel événement d'envergure nationale et internationale est le parti pétiste. Le « complexo de vira-latas » est ainsi évoqué par les dirigeants pétistes sur un ton critique relatif à ce sentiment d’infériorité qui apparaît selon les circonstances en touchant une partie de la population (les élites brésiliennes), et c’est sur cette base que le débat se poursuit dans les médias alternatifs non alignés sur les médias de grande diffusion, qui soutiennent la présidente Dilma Rousseff dans l’interprétation des faits et dans l’utilisation de l’expression « complexo de vira-latas » comme source d’interprétation.

Mais si les formules se réinscrivent dans des paraphrases et des variantes qui opèrent des modifications dans une même série lexicale, il est aussi possible d'observer une commutation des termes en syntagmes et des formulations concurrentes sans similitude morphologique, que seule une analyse du contexte peut mettre en relation comme variantes alternatives dans le discours (KRIEG-PLANQUE, 2010 : 69). Dans son allocution prononcée sur toutes les chaînes nationales gratuites peu avant la Coupe, la présidente Dilma Rousseff a dessiné plus clairement le profil de ceux qui étaient alors considérés comme « pessimistes » et contre lesquels se dresserait le peuple brésilien (et son gouvernement) :

dans la compétition qui commence à présent, les pessimistes sont déjà perdants. Ils ont été mis en échec par la capacité de travail et de détermination du peuple brésilien qui n’abandonne jamais […] (Dilma Rousseff, le 10 juin 2014)12

Le terme « pessimistes » fonctionne comme une variante atténuée de « complexo de vira-latas » et conserve le ton critique du gouvernement à l'égard des principaux médias brésiliens qui prévoyaient un échec des Jeux dans le pays. Un discours auquel ont répondu des journalistes comme Eliane Brum et Rogério Gentile, en ripostant aux propos du gouvernement :

Orgueil de vira-lata
Le concept du brillant chroniqueur Nelson Rodrigues a été largement présent et rabâché par les membres de l’actuel gouvernement, tout comme dans celui de la présidente Dilma Rousseff et du ministre Gilberto Carvalho. Une seule interprétation semble possible. Croit-il que Manaus a de grands besoins, mais n’a pas besoin de stade ? Complexo de vira-latas […]. La critique a-t-elle retardé ou annulé les travaux d’infrastructure ? Complexo de vira-latas […]. (Eliane Brum, Folha, 12 juin 2014, notre traduction)13

Parmi les supporters
[…] au rythme où vont les choses, le risque de voir l’image du Brésil écornée par la coupe est plus grand que celui de voir la sélection de Felipão perdre le tournoi. Tandis que la présidente Dilma se plaint de pessimisme, il semble vraiment évident que le pays ne s’est pas préparé de manière appropriée à cet événement. (Rogério Gentile, Folha, le 12 juin 2014, notre traduction)14

Ainsi, l’utilisation de l’expression « complexo de vira-latas » par les médias hégémoniques ne signifie pas une adhésion à la dénonciation du pessimisme et à son dépassement, soulignés à l’origine par Nelson Rodrigues. Dans d'autres extraits du texte d'Eliane Brum, nous trouvons un questionnement et une distance vis-à-vis de l'usage du « concept-brillant » de Nelson Rodrigues par le gouvernement : le « complexo de vira-latas » serait devenu un « concept-rabâché », l’expression d’un « vide interprétatif », comme l’écrit la journaliste, un vide où se débattraient le gouvernement et une partie de la société, incapables de voir les changements nécessaires au pays depuis les manifestations de juin 2013, et de donner un sens à ces changements.

De la même manière, la critique faite au « pessimisme » par la présidente serait, dans l'article de Gentile, contestée par les « évidences » du manque de préparation pour organiser le Mondial. Pris comme un objet de polémique, le complexe est introduit pour mieux éloigner sa menace en niant sa capacité à décrire les faits politiques et sociaux du présent comme ceux du passé. Sans aucun doute, l’article d’Eliane Brum, diffusé le jour de l’ouverture de la Coupe, répond à l’effervescence des débats au fil des mois précédents et à une certaine dissémination de la critique du « complexo de vira-latas » du Brésilien sur les réseaux sociaux.

Les extraits de textes présentés ici désignent ainsi deux groupes qui s’affrontent clairement dans le scénario des forces en vigueur dans le pays : le gouvernement pétiste vs les grands médias. Le « complexo de vira-latas », dans ce débat polarisé, tend à circuler parmi les partisans du gouvernement avec la force de la critique et sur un ton accusateur, et parmi les adversaires avec sa force d’interprétation remise en question et vidée de son sens. C’est le questionnement posé à l’interprétation « viralatista » du gouvernement qui permet aux médias de réfuter la critique qui lui est adressée, mais surtout d’adopter, comme nous allons le voir ci-dessous, la stratégie générale de l’incorporation d’un ton pessimiste qui se matérialise par l’utilisation d’expressions du champ lexical du « pessimisme », qui sont certes des candidates plus effectives à la condition de formule dans cet univers discursif de préparation et d’organisation de la Coupe du monde de 2014 au Brésil.

2. « Pessimisme » et variantes : circulation formulaire et naturalisation

C’est la circulation d’expressions comme « pessimisme », « climat de pessimisme » et leurs variantes, inscrites dans la matrice sémantique du « complexe du bâtard », mais avec une force de dénonciation atténuée, qui va offrir aux grands médias les moyens d’imposer dans le débat leur positionnement relatif à la préparation de la Coupe. Dans le commentaire du polémiste Arnaldo Jabor sur le site de la radio CBN, posté à quelques jours de l’ouverture de la Coupe et intitulé « Le pays est uni dans une insatisfaction généralisée » (notre traduction)15, l’auteur, en même temps qu’il applaudit l’« insatisfaction généralisée », dit sa honte de l’image qui circule dans le monde entier d’un Indien brésilien lançant une flèche contre la police à Brasilia. Dans ce commentaire ainsi que d’autres de Jabor, ressort clairement une vision pessimiste et rabaissante, n’attachant aucune importance à la lutte des populations les plus vulnérables du pays, dont la finalité est de répandre une idée d’incompétence et d’incapacité à gouverner à travers un lexique « complexé » :

Celle-là sera la Coupe de la peur
[…] nous vivons une mutation historique, le signe le plus clair que nous vivons cette mutation c’est la Coupe de la peur […] le suspens est de savoir si une vexation internationale nous menace déjà ou non, ce sera très mauvais pour tout, pour l’économie, pour les transactions politiques, si la sinistre clarté de notre incompétence endémique et séculaire devient évidente. (Arnaldo Jabor, Radio CBN, le 27 mai 2014, notre traduction)16

Relevant de ce lexique de source pessimiste, les expressions « sera très mauvais pour tout », « vexation internationale » et « incompétence endémique » aggravent le sentiment d’incapacité. C'est d'ailleurs en réaction contre Arnaldo Jabor que le journaliste Paulo Nogueira a rédigé un article intitulé « L’Anti-Nelson Rodrigues : Arnaldo Jabor et sa lutte pour que le Brésilien se sente défaitiste » (notre traduction)17 dans lequel il soutient que Jabor fait précisément le contraire de ce que faisait le dramaturge Nelson Rodrigues : tandis que ce dernier se serait efforcé de combattre ce qu’il nommait la « pathologie nationale », Jabor lutte pour déprécier le Brésil en distillant son malaise d’être brésilien avec la « passivité malsaine des bâtards résignés » (notre traduction)18.

De façon moins cinglante, mais non moins efficace que les commentaires d’Arnaldo Jabor à la CBN, les grands journaux d’opposition utilisent une stratégie similaire contre le gouvernement pétiste en adoptant une position pessimiste et son lexique. Dans l’édition du journal Folha de S. Paulo19 au début de la Coupe du monde, on peut lire comme un résumé des tensions qui traversent les grands journaux nationaux depuis les manchettes des unes :

La Coupe commence aujourd’hui avec une sélection en force et une organisation en échec 

jusqu’au grand titre :

Le Brésil est favori au titre. Des milliards dépensés et des travaux inachevés provoquent la défiance. (Folha, le 12 juin 2014, notre traduction)

Quant au sentiment d’insatisfaction, qui a émergé durant les grandes manifestations de juin 2013 – connues comme Jornadas de Junho, contre la Coupe et pour des services publics de qualité  – le journal le considère comme légitime, ainsi que le souligne l’éditorial intitulé « La Coupe aura lieu » :

[...] l’ensemble de la société a révélé son insatisfaction vis-à-vis des services publics, que ce soit les transports, la santé, l’éducation, la sécurité, l’assainissement […] Les protestations ont catalysé l’exaspération de la population devant la corruption, l’inflation, la croissance insignifiante de l’économie. (Folha, le 12 juin 2014, notre traduction)20

en soutenant les actes de protestations pendant la Coupe — « dès lors qu’ils étaient pacifiques ». Un autre extrait du texte de Rogério Gentile déjà cité plus haut est également explicite dans le lexique pessimiste :

s’il est vrai que les supporters influencent le résultat des matches, le Brésilien doit beaucoup encourager les joueurs pour que, en dehors des terrains, tout se passe plus ou moins bien, sans grandes vexations. (Rogério Gentile, Folha, le 12 juin, 2014, notre traduction)21

Si nous quantifions sur le site Base de données Folha le nombre d'occurrences annuelles de l’expression « pessimisme », nous trouvons en 2014 la fréquence la plus élevée (243 occurrences) depuis 2009, qui vient en seconde place avec 143 occurrences. Les mois de juin, juillet et août 2014 présentent les indices les plus élevés de l’année, les seuls au-dessus de 30 : respectivement 31, 35 et 39. Le fait est que le terme « pessimisme » ne circule pas uniquement pendant cette période de la Coupe, son association est bien plus fréquente quand il s’agit de questions économiques (croissance de l’économie, consommation, marché) et politiques (crise de représentation, élections). Comme elle a lieu pendant une année d’élection présidentielle, le thème de la Coupe est intimement lié à d’autres sujets qui touchent le pays : les espoirs de victoire ou de défaite du football brésilien se font sur le terrain mouvant des paris électoraux. Et peu à peu, l’évocation d’un « pessimisme » associé à la réalisation de la Coupe tend à perdre de sa force, en vertu d’ailleurs du succès relatif de l’événement dans le pays, ce qui exige du journal en question quelques explications. Dix jours après le début de la Coupe, un article dans la section « La Coupe telle qu’elle est » est ainsi intitulé :

La prédiction que la Coupe serait la « fin du monde» n’a pas duré trois jours 
Le début du Mondial au Brésil a renversé les prévisions des médias internationaux selon lesquelles l’événement serait désastreux pour le pays. (Nelson de Sá, Folha, le 22 juin 2014, notre traduction)22

L’expression « pessimisme » apparaît dans un encadré intitulé « Ce qu’ils ont dit sur la Coupe », où une note est présentée selon laquelle une revue allemande aurait imprimé « pessimisme » sur sa couverture et que celle du New York Times aurait nié l’« horreur annoncée ». Le pessimisme reste ainsi, d’après le journal, circonscrit aux médias internationaux.

Le 28 juin, l’auteur Ruy Castro, dans un article paru dans Folha et intitulé « Il n’allait pas y avoir de Coupe », formule ce qui serait le mea culpa, cette fois, des médias eux-mêmes :

Nous, les médias, avons été essentiels pour répandre ce pessimisme […]. Le “Imagine la Coupe”, qui a commencé comme une blague, est devenu la sentence de notre inébranlable vocation au sous-développement. (Ruy Castro, Folha, le 28 juin 2014, notre traduction)23

Ici est presque révélée, dans ce grand média, la complicité niée entre le pessimisme et le « viralatismo » qu'il dénonce, et cela précisément par la voix de celui qui a aidé à diffuser le concept et le texte fondateur de Nelson Rodrigues. Castro n’évoque cependant pas le complexe dans les médias, mais sa (quasi) paraphrase : « notre inébranlable vocation au sous-développement ». Cette rupture auto-critique n’a pourtant pas de répercussion dans le journal et le lendemain, le 29 juin, Folha reprend le refrain dans le texte du chroniqueur Jânio de Freitas :

La presse, la TV, les radios qui envoient des nouvelles ne nous laissent aucun doute : notre découragement est total, le pessimisme nous immobilise, le chômage nous alarme, nous sommes tous réduits à des désastres humains et le pays se vautre dans la honte de ses échecs […]. Puis vient une enquête internationale de Gallup World […] et elle apporte cette conclusion : pour la huitième fois consécutive, le Brésil « est en haut » dans le sondage de satisfaction de la vie pour les cinq prochaines années.(Jânio de Freitas, Folha, le 29 juin 2014, notre traduction)24

Face au désaccord entre ces deux pays (l’un qui serait optimiste et l’autre pessimiste), le journaliste abandonne l’idée de trouver une réponse. Dans la même édition du journal, c’est au tour de l’économiste Persio Arida de renforcer le climat général de pessimisme : « malgré le pessimisme en vigueur de nos jours »25. Voilà que le terme devient naturel, on n’exige plus ses lettres de créance (secteur d’application, recherches qui l'attestent, faits qui le justifient) ; sa répétition en fait une vieille connaissance : nous savons tous de quoi il s’agit.

L'une des propriétés de la formule, selon Krieg-Planque (2010 : 82), serait son caractère discursif, qui se présente dans une « série d’utilisations particulières grâce auxquelles la séquence assume un mouvement, devient un jeu de positions, est reprise, commentée, cesse de fonctionner à la manière “normale” des séquences qui nomment pacifiquement et que nous utilisons sans même nous en rendre compte ». Dans ce sens, on ne doit pas chercher la condition de formule dans des formes linguistiques typiques (néologismes, syntagmes, etc.), mais, comme l'affirme l'auteure, dans des usages particuliers qui placent certains mots ou expressions au « centre de l’univers discursif » (2010 : 84), au cœur d’une polémique. Une séquence lexicale simple, un mot composé, un syntagme deviennent ainsi des formules dans un univers discursif déterminé.

C’est donc un effet de la formule que celle-ci soit de plus en plus répétée, de plus en plus assumée comme ayant une place discursive, faisant partie de ces « matérialités sur lesquelles les commentateurs s’appuient pour attribuer des positions, à eux-mêmes et aux autres » (KRIEG-PLANQUE 2011, p. 23). Le mois de juillet apportera beaucoup d’autres occurrences, trouvant le terrain prêt à leur répétition tout court, même si l’efficacité raisonnable du Brésil dans l’organisation de la Coupe est alors apparue comme une évidence mondiale.

Il reviendra au gouvernement de dénoncer ce qu’il a appelé le « pessimisme de la presse » à la fin du Mondial et d’alerter aussi la population quant à ce transfert de secteur du pessimisme :

le même pessimisme qui s’est produit concernant la Coupe se produit au niveau de l’économie. Mais avec l’économie c’est plus grave parce que l’économie est faite d’attente. (Tai Nalon; Filipe Coutinho, Folha, le 29 juillet 2014, notre traduction)26

Cette affirmation de la présidente Dilma Rousseff a été reprise par des journalistes de Folha dans un article du 29 juillet intitulé « Le pessimisme qui a précédé la Coupe touche maintenant l’économie ». Le 31 juillet, dans la section Élections 2014 de Folha, ce même point de vue de la présidente Dilma est introduit par le verbe « marteler », consolidant la représentation courante que l’on se fait de l’opinion de la présidente :

[…] Dilma recommence à marteler l’idée qu’il y a des “foyers” injustifiés de pessimisme perturbant la performance du pays. (Folha, le 31 juillet 2014, notre traduction)27

Ainsi, peu à peu, le contexte préélectoral incorpore au débat les termes, les formules et la polarisation de la période de la Coupe du Monde. L’univers discursif institué pendant celle-ci, malgré le positionnement critique du gouvernement fédéral et sa victoire aux élections, va donner aux grands médias de l’opposition les termes qui serviront de cadre à la période allant de la campagne au début du second mandat de la présidente Dilma Rousseff : du « climat de pessimisme » reflété par la grande presse à la sémantique de la « crise », il ne s’est écoulé que quelques mois. Et de l'annonce de la « crise » à l'impeachment de la présidente Rousseff, un peu plus d'un an.

Conclusions

La Coupe du Monde au Brésil a permis qu’un débat soit engagé sur nos capacités d’organisation aux yeux du monde et nous a donné une idée empirique de ce dont nous avons été capables, en tant que Brésiliens, pour planifier et exécuter ce méga-événement. L’expression «complexo de vira-latas» a permis de développer un point de vue critique sur les médias hégémoniques : nos capacités sont en effet ressorties fortifiées, surtout dans les médias alternatifs et sur les réseaux sociaux, dans la mesure où tant d’« évidences » se sont écroulées avec le succès de l’organisation de cet événement. Mais ce discours qui exige des médias une participation plus effective dans la construction d’une vision positive des capacités des Brésiliens a été, en même temps, rejeté par la grande presse qui a justement trouvé dans la circulation et dans la naturalisation d’une sémantique pessimiste le lien pour raconter les faits sportifs, économiques et politiques de 2013 à 2016, récit qui culminera avec l'impeachment de la présidente Dilma Rousseff.

Reste qu’à aucun moment, curieusement, les grands médias n’ont proposé une analyse cohérente de l’organisation de la Coupe au Brésil qui aurait montré, tout comme pour les Jeux Olympiques, qu’il s’agit d’un facteur défavorable pour l’économie du pays d’accueil, d’autant que dans les pays du Sud c’est une porte ouverte aux violations des droits, aux méthodes ostentatoires de sécurité et à des modèles de ville rentable qui intéressent peu les habitants, faits largement documentés dans des textes comme le Dossier Méga-événement et violations des droits au Brésil28, rédigé par l’Articulation nationale des Comités populaires de la Coupe, et l'ouvrage La Coupe pour qui et pour quoi ? Un regard sur les legs des mondiaux au Brésil, en Afrique du Sud et en Allemagne (PAULA, BARTELT, 2014).

Ainsi, le débat polarisé entre des énonciateurs se situant pour ou contre le gouvernement lors de la période de la Coupe au Brésil est resté éloigné d’un autre débat que les Comités populaires de la Coupe ont proposé sur la capacité du pays à être un bon hôte pour lui-même, ce qui constituerait une autre source de critique du « complexo de vira-latas » : au lieu de se soucier de l’opinion étrangère, il s'agirait plutôt de se tourner vers sa population et surtout vers les plus vulnérables. La lutte des mouvements populaires qui s'est trouvée au cœur des manifestations de 2013 a été passée sous silence et s’est épuisée quand, dans cet univers discursif polarisé, il n’y a pas eu de place — ni dans l’opposition ni au gouvernement — pour traiter de la question de la violation des droits de l’homme.

Cette critique à mener reste en héritage, en attendant que les conditions d’écoute et de réponse à ces désirs soient plus présentes dans la société brésilienne. Malheureusement, après la chute de Dilma Rousseff, les espaces discursifs se trouvent saturés de ce langage que Faye a mis en évidence à propos du nazisme : un langage totalitaire a pénétré tous les espaces sociaux, avec ses impératifs brutaux, sa violence, ses mots-clés, ses formules, ses décalages, ses histoires qui « ont changé la face ou la forme des nations » (1996 : 2), et peuvent changer la nôtre. Le « pessimisme », la Coupe et le coup d’État ont ouvert la porte à ce nouveau vieux monde.

Références bibliographiques

FAYE, Jean-Pierre, Le langage meurtrier, Paris, Hermann, 1996.

KRIEG-PLANQUE, Alice, Entrevista com Alice Krieg-Planque, dans MOTTA, Anna Raquel,  SALGADO, Luciana, (Orgs.), Fórmulas discursivas, São Paulo, Contexto, 2011, p. 11-40.

KRIEG-PLANQUE, Alice, La Notion de « formule » en analyse du discours. Cadre théorique et méthodologique, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2009 (version consultée : A noção de «  fórmula » em análise do discurso: quadro teórico e metodológico, São Paulo, Parábola, 2010).

PAULA, M. , BARTELT, D. D., (Orgs.), Copa para quem e para quê? Um olhar sobre os legados dos mundiais no Brasil, África do Sul e Alemanha, Rio de Janeiro, Fundação Heinrich Böll Brasil, 2014. Disponible sur :
http://br.boell.org/sites/default/files/copa_para_quem2_web_boll_brasil.pdf Accès le : 16 août 2014.

RODRIGUES, Nelson, Complexo de vira-latas, 1958.
Disponible sur : http://www.releituras.com/nelsonr_viralatas.asp Accès : le 15 sept. 2013.

WISNIK, José Miguel, Veneno Remédio: o futebol e o Brasil, São Paulo : Companhia das Letras, 2008.

1
Une version préliminaire de ce texte a été publiée au Brésil dans la revue (Con)textos Linguísticos, Vitória, v. 9, n. 12, p. 11-123, juil. 2015.

2
« Vira-latas » en portugais se réfère aux chiens de rue, en général sans race ni maître, connus pour se soumettre n'importe comment aux besoins et aux mésaventures du quotidien. Le terme « complexe » a ici le sens psychanalytique du symptôme. Nous avons choisi de respecter le registre en français. Le nom « viralatismo » est un néologisme apparu dans ce contexte du Mondial de 2014.

3
«por ‘complexo de vira-latas’ entendo eu a inferioridade em que o brasileiro se coloca, voluntariamente, em face do resto do mundo. Isto em todos os setores e, sobretudo, no futebol ».

4
o Brasil vacila entre o pessimismo mais obtuso e a esperança mais frenética. Nas esquinas, nos botecos, por toda parte, há quem esbraveje: « O Brasil não vai nem se classificar! »

5
uma droga potencialmente letal que oscila com grande facilidade entre plenitude e vazio.

6
Le journal Folha de S. Paulo, d’envergure nationale et politiquement opposé aux gouvernements du Parti des Travailleurs (PT), dispose d'une base de données (consultable à l’adresse http://www.acervo.folha.com.br) où nous avons pu d'abord vérifier la fréquence des expressions « complexo de vira-latas », « viralatismo » au cours des dernières décennies. Comme, au Brésil, l’appui aux gouvernements du PT se manifeste exclusivement dans les médias alternatifs, journaux électroniques et blogs, nous avons ensuite mené une recherche plus élargie de ces termes via les moteurs de recherche sur internet et les réseaux sociaux.

7
Information verbale présentée dans le documentaire O complexo de vira-latas (Le Complexe du chien bâtard) réalisé par Leandro Caproni (2014). Disponible sur : http://www.geledes.org.br/complexo-de-vira-latas-como-elite-brasileira-enfiou-isso-na-sua-cabeca/#axzz3CjQiO1hX Accès : le 17 juil. 2014.

8
Mas a literatura do viralatismo nacional é farta. Os inúmeros problemas ocorridos durante a construção dos estádios foram martelados pelos noticiários e jogados na conta da nossa brasilidade. Acompanhamos uma exaltação diária dos nossos fracassos com os inúmeros problemas decorrentes das obras: atrasos, morte de operários, valores muito acima do previsto, processos e problemas de infraestrutura. « Ah, só podia ser no Brasil mesmo! » Disponible sur : https://br.noticias.yahoo.com/blogs/jornalismo-wando/o-modus-operandi-viralatismo-brasileiro-113538162.htm Accès : le 12 août 2014.

9
Comme le site Base de données Folha ne donne pas de liens particuliers renvoyant aux éditions citées, nous avons choisi de présenter les données complètes dans le corps du texte pour qu’elles puissent être consultables à l’adresse http://acervo.folha.com.br pour des recherches sur les expressions « complexo vira-latas », « viralatismo » ou « pessimismo ».

10
Somos idiotas. Se o presidente Lula disser que não é justo nos comparar à Inglaterra estará sendo contraditório. Ele não se orgulha de fazer do Brasil um protagonista da política e da economia internacionais, livrando-nos do complexo de vira-lata, assim batizado por Nelson Rodrigues. Então por que, em vez de preparar uma Copa exemplar, os responsáveis públicos não fizeram praticamente nada desde 2007 […] ?

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« Não temos complexo de vira-lata, rebate Dilma sobre declaração do ex-jogador Ronaldo ». BRASÍLIA — Azedou o clima entre a presidente Dilma Rousseff e ex-atacante Ronaldo, que em entrevista concedida nesta sexta-feira, disse estar envergonhado com os problemas da má organização para a Copa do Mundo. Sem citar o jogador, com quem há alguns meses fez um bate-bola no Twitter para promover o evento, a presidente respondeu afirmando que o Brasil não tem complexo de vira-lata. Disponible sur : http://oglobo.globo.com/brasil/nao-temos-complexo-de-vira-lata-rebate-dilma-sobre-declaracao-do-ex-jogador-ronaldo-12594151 Accès : le 12 août 2014.

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No jogo, que começa agora, os pessimistas já entram perdendo. Foram derrotados pela capacidade de trabalho e a determinação do povo brasileiro, que não desiste nunca.Disponible sur : http://www2.planalto.gov.br/acompanhe-o-planalto/discursos/discursos-da-presidenta/pronunciamento-da-presidenta-da-republica-dilma-rousseff-em-cadeia-de-radio-e-televisao-sobre-a-copa-do-mundo-2014 Accès : le 12 août 2014.

13
Orgulho de vira-lata. O conceito do genial cronista Nelson Rodrigues tem estado mais presente do que chicabon na boca de integrantes do atual governo, como a própria presidente Dilma Rousseff e o ministro Gilberto Carvalho. Parece só haver uma interpretação possível. Acredita que Manaus tem enormes carências, mas não precisa de estádio? Complexo de vira-lata. Critica atraso ou cancelamento das obras de infraestrutura? Complexo de vira-lata [...]. .

14
Na torcida.[...] do jeito que as coisas vão, o risco de a imagem do Brasil sair chamuscada da Copa é maior do que a seleção de Felipão perder o torneio. Embora a presidente Dilma reclame de pessimismo, está mais do que evidente que o país não se preparou adequadamente para o evento.

15
País está unido em uma insatisfação generalizada. Posté sur le site de la CBN le 3 juin 2014. Disponible sur : http://cbn.globoradio.globo.com/comentaristas/arnaldo-jabor/2014/06/03/PAIS-ESTA-UNIDO-EM-UMA-INSATISFACAO-GENERALIZADA.htmAccès : le 12 août 2014.

16
Essa será a Copa do medo. [...] estamos vivendo uma mutação histórica, o mais claro sinal de que vivemos essa mutação é a Copa do medo [...] há um suspense se haverá um vexame internacional que já nos ameaça ou não, será péssimo para tudo, para a economia, transações políticas, se ficar visível com clareza sinistra a nossa incompetência endêmica e secular. Disponible sur : http://cbn.globoradio.globo.com/comentaristas/arnaldo-jabor/2014/05/27/ESSA-SERA-A-COPA-DO-MEDO.htm Accès : le 12 août 2014.

17
O Anti-Nelson Rodrigues: Arnaldo Jabor e sua luta para que o brasileiro se sinta um derrotado. Disponible sur : http://www.diariodocentrodomundo.com.br/o-anti-nelson-rodrigues-arnaldo-jabor-e-sua-luta-para-que-o-brasileiro-se-sinta-um-derrotado/Accès : le 12 août 2014.

18
[…] passividade doentia de vira-latas conformados.

19
L’édition complète peut être consultée sur le site Base de données Folha : Disponible sur : http://acervo.folha.com.br Accès : le 8 août 2014.

20
Vai ter Copa. […] o conjunto da sociedade revelou sua insatisfação com os serviços públicos: transporte, saúde, educação, segurança, saneamento [...] Os protestos catalisaram a exasperação com a corrupção, com a inflação, com o crescimento pífio da economia.

21
se é verdade que a torcida influencia o resultado das partidas, o brasileiro precisa torcer muito para que, fora dos gramados, tudo dê mais ou menos certo, sem grandes vexames.

22
Prenúncio de que a Copa seria o « fim do mundo » não aguentou três dias. Início do Mundial no Brasil reverteu expectativa da mídia internacional de que o evento seria desastroso para o país.

23
Nós, da mídia, fomos essenciais para esse pessimismo [...]. O « Imagina na Copa », que começou como brincadeira, tornou-se a sentença para a nossa inabalável vocação para o subdesenvolvimento”.

24
A imprensa, a TV, as rádios que tocam notícia não deixam que nos enganemos: o nosso desânimo é total, o pessimismo nos imobiliza, o desemprego nos alarma, estamos todos reduzidos a desastres humanos e o país chafurdado na vergonha de seu fracasso [...]. Aí vem uma pesquisa internacional, a Gallup World [...] e traz essa conclusão: pela oitava vez consecutiva, o Brasil “está no topo” em satisfação com a vida nos futuros cinco anos.

25
[…] apesar do pessimismo que vigora hoje em dia (Persio Arida, Folha, le 29 juin 2014, notre traduction).

26
o mesmo pessimismo que ocorreu com relação à Copa está havendo com relação à economia. E com a economia é mais grave, porque a economia é feita de expectativa.

27
Dilma voltou a martelar que há ‘surtos’ injustificados de pessimismo, que têm atrapalhado o desempenho do país.

28
Disponible sur : http://www.portalpopulardacopa.org.br/index.php?option=com_k2&view=item&id=198:dossi%C3%AA-nacional-de-viola%C3%A7%C3%B5es-de-direitos-humanosAccès : le 15 juil. 2014.

Per citare questo articolo:

Júlia ALMEIDA, Le discours de l'infériorité volontaire du Brésilien autour de la coupe du monde de football en 2014, Repères DoRiF Formules et aphorisations dans le discours de presse au Brésil , DoRiF Università, Roma juin 2017, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=348

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