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Giovanni TALLARICO

Néologismes expressifs et ludiques dans le vocabulaire de la pandémie

 

Giovanni Tallarico
Université de Verone
giovanni.tallarico@univr.it

Cet article est dédié à la mémoire de Jean-François Sablayrolles


Résumé
La crise sanitaire due à la Covid-19 a donné lieu à un certain nombre de créations lexicales à visée ludique ou expressive. Dans cet article, nous nous penchons sur ce type d’innovations dans le but de : rendre compte des procédés de création impliqués ; caractériser les contextes d’apparition de ces lexies et l’interaction (WINTER-FROEMEL 2016) qui s’y crée ; mettre en évidence de possibles liens sémantiques entre les néologismes répertoriés ; évaluer la diffusion de ces néologismes, qui peut varier entre l’hapax et une circulation déjà assez significative. Pour le repérage des néologismes dans leur contexte, nous nous basons sur la plateforme Néoveille, qui exploite un vaste corpus de presse contemporain. Comme l’ont déjà remarqué plusieurs auteurs (RENNER 2015 ; LÉTURGIE 2015 ; SABLAYROLLES 2015b), notre étude montre que la composition, et notamment les composés hybrides et les mots-valises, s’avèrent être les matrices privilégiées pour véhiculer des traits ludiques et expressifs.

 

Abstract
The Covid-19 pandemic has given rise to a number of playful or expressive lexical creations. This article focuses on this type of innovation with the aim to: account for the processes of lexical creation involved; document the contexts in which these lexical items first appear and the interaction (WINTER-FROEMEL 2016) thereby generated; estimate the uptake of these neologisms, from hapax to widespread usage. To identify neologisms in their context, use was made of the Néoveille platform with its large corpus sourced from contemporary press. As several authors have pointed out (RENNER 2015; LÉTURGIE 2015; SABLAYROLLES 2015b), this study shows that compounding, especially hybrids and blends, are particularly used to convey playful and expressive features.


 

1. Introduction

 

Comme tout phénomène ayant un impact sociétal majeur, la pandémie de Covid-19 a comporté une prolifération lexicale remarquable[1]. Pour filer la métaphore, dans les médias en ligne on est allé jusqu’à évoquer une épidémie lexicale[2]. La presse n’a pas manqué par ailleurs de s’interroger sur l’avenir de ces néologismes et sur leur caractère éphémère[3] ou encore sur l’accueil que les dictionnaires ont réservé aux mots liés à la crise sanitaire[4].

Les créations lexicales liées à la pandémie ne cessent donc de foisonner. Analyser ces lexies n’est pas une tâche aisée, car il s’agit de prendre en compte des paramètres variés : formels, sémantiques, pragmatiques et discursifs. Dans le cadre de cet article, nous nous pencherons sur les innovations lexicales à dominante ludique ou expressive, en excluant donc les néologismes ayant une fonction essentiellement dénominative, dans le but de : rendre compte des procédés de création impliqués ; caractériser les contextes d’apparition de ces lexies (presse, commentaires d’internautes, etc.) et l’interaction (cf. WINTER-FROEMEL 2016) qui peut s’y créer ; mettre en évidence de possibles liens sémantiques entre les néologismes répertoriés ; évaluer la diffusion de ces néologismes, qui peut varier entre l’hapax et une circulation déjà assez significative.

Les néologismes expressifs (cf. SABLAYROLLES 2015a ; SABLAYROLLES 2016 ; SABLAYROLLES 2019 : 200) et ludiques (cf. WINTER-FROEMEL 2016), en plus de susciter l’attention des récepteurs (ce que font déjà d’autres types d’innovations lexicales), sont employés pour les faire (sou)rire et pour créer une certaine complicité ou connivence avec eux, d’autant plus nécessaire durant cette période marquée par la dysphorie du confinement et des restrictions. Cette connivence prend appui sur le fait que tous les néologismes demandent à être interprétés, notamment les néologismes formels, car ils n’appartiennent pas au stock lexical mémorisé en compétence par la communauté linguistique concernée. Ainsi que le rappelle WINTER-FROEMEL, « les créations ludiques touchent souvent à certains tabous » (2016 : 259), ou du moins à des sujets sensibles : c’est ce qu’on est en train de constater pendant la crise sanitaire et sociale causée par la Covid-19, qui a donné lieu en français à un certain nombre de créations lexicales à visée expressive ou ludique, comme Coronaland, covid lovers ou Macronavirus (cités par BALNAT 2020 : 153).

On trouve un écho lexicographique de cette dynamique dans le Dicovid (LE ROBERT 2021), un recueil de mots « créés par les internautes pour dire la crise sanitaire » qui répertorie des néologismes sémantiques comme déconcerté (« Individu dont le concert réservé un an en avance a été annulé ») ou des composés tels solimasquer (« Se rendre compte que l’on a conservé son masque alors que l’on est tout seul chez soi »). Ces créations montrent à notre sens le besoin des locuteurs de prendre du recul par rapport à une situation objectivement difficile en jonglant avec les mots, ce qui peut provoquer chez eux une certaine jubilation, bien que temporaire. Selon Principato, d’ailleurs, les créations ludiques à l’époque de la pandémie visent aussi à recréer une sorte de « comunità di sentimento » (2021 : 23)[5].

 

2. Méthodologie

 

On ne peut que souscrire aux propos de WINTER-FROEMEL (2016 : 252), lorsqu’elle affirme que « les créations ludiques sont un phénomène qui n’est pas facile à saisir ni à circonscrire » et que « la notion reste du moins en partie intuitive » (2016 : 264) car elle repose sur des échanges communicatifs concrets, sujets à des interprétations variables. De même, l’expressivité est une motivation fréquemment invoquée (cf. SABLAYROLLES 2009), relevant de la dimension énonciative et impliquant une coopération dans l’interprétation des formes néologiques.

Parmi les matrices néologènes, la composition semble particulièrement propice à la transmission de valeurs expressives et ludiques. Au sein de cette catégorie, plusieurs études ont souligné le rôle des composés hybrides et des mots-valises[6] (cf. RENNER 2015 ; LÉTURGIE 2015 ; SABLAYROLLES 2015b). En particulier, la dimension (col)ludique et interactionnelle des derniers a été mise en valeur par FRADIN et al. (2009 : 35) : « Le rapport de complicité, entre locuteur/interlocuteur, qu’instaure le mot-valise repose précisément sur ce fait : comprendre le mot-valise établit une connivence entre vous et ceux qui ont réussi l’épreuve (si minime soit-elle) de son interprétation ». Pour ce qui est des créations ludiques basées sur la composition, on peut aussi relever, avec WINTER-FROEMEL (2016 : 258), « un grand nombre de formes qui combinent des expressions du lexique français autochtone avec des éléments du fonds gréco-latin » (par ex. budgétivore, nounoursothérapie), ou encore des formes « créées à partir d’un mélange de mots empruntés et de mots autochtones […]. Dans ces innovations, l’effet plaisant naît de la simple combinaison d’éléments incongrus » (par ex. pipi-room). Une autre catégorie significative de néologismes ludiques est mise en avant par SABLAYROLLES (2015a) : il s’agit des composés savants « héroï-comiques » du genre xyloglotte (= langue de bois), visant à faire la caricature des termes techniques savants (par ex. : autoaudiologophile = personne aimant à s’écouter parler)[7]. Toutefois, on le verra, une analyse formelle ne suffit pas, car « il est essentiel de prendre en compte également le côté sémantique et pragmatique des formes » (WINTER-FROEMEL 2016 : 259).

Pour le repérage des néologismes dans leur contexte, nous nous sommes basé sur la plateforme Néoveille[8], qui exploite un vaste corpus de presse contemporain et s’appuie sur un corpus d’exclusion évolutif. Au moment de la rédaction de cet article, la plateforme répertorie 32 914 néologismes, attestés entre 2015 et 2021 dans la presse francophone[9]. Dans Néoveille, certains néologismes (89) ont été « étiquetés » manuellement en tant que liés à la pandémie de Covid-19. Par une recherche ciblée, nous les avons repérés et avons essayé d’identifier ceux qui peuvent avoir une motivation d’ordre ludique et/ou expressif, sur la base du procédé de formation impliqué (mots-valises, composés hybrides, etc.) et de leur contexte discursif.

Ces lexies constituent la première tranche de l’échantillon, à laquelle s’est ajoutée une deuxième, constituée d’autres mots pertinents pour notre recherche, déjà validés comme néologismes mais non étiquetés « Covid-19 », ou bien non encore validés et figurant dans la section « néologismes candidats » de Néoveille[10]. Une recherche a donc été menée sur les formes contenant les bases *covid*, *corona* et *vacci*, ce qui nous a permis d’agrandir notre échantillon. Pour des raisons de place, nous nous limiterons à analyser les néologismes issus de ces trois bases. Nous avons par la suite écarté les néologismes dénotatifs, pour lesquels la fonction descriptive est dominante, voire exclusive, pour nous concentrer sur les lexies ayant une dominante expressive (parfois polémique) ou ludique.


3. Analyse des néologismes

 

Passons maintenant à l’analyse de l’échantillon de néologismes retenus, sur la base des critères explicités auparavant. Nous nous concentrerons tout d’abord sur les procédés de formation des néologismes et nous essaierons de les mettre en relation, autant que possible, avec « les types de situations énonciatives où ils apparaissent [et] les fonctions que leurs créateurs entendent leur faire tenir » (SABLAYROLLES 2015a : 212). Pour ce qui est de la diffusion de ces néologismes, les données issues de Néoveille révèlent que la plupart d’entre eux ont une circulation très faible, voire sont des hapax. Lorsque ce n’est pas le cas, nous commenterons brièvement le degré de circulation de ces lexies.

3.1 Néologismes avec la base *corona*

Grâce à Néoveille, nous avons repéré 20 néologismes formés sur la base *corona* qui, d’après leurs contextes, semblent posséder des traits ludiques ou expressifs. On peut remarquer d’emblée, dans plusieurs cas, le recours à un signalement diacritique par des guillemets (coronacrise, CoronActivités, coronadéprime, coronafolie, etc.), « ce qui traduit une prise de distance de la part des [scripteurs], conscients d’avoir affaire à un mot nouveau » (MOLINARI 2019 : 70).

Mis à part coronavirant et coronavirée, formés par conversion (verbe → adjectif), tous les néologismes de ce groupe sont créés par composition au sens large (« régulière », hybride, fractocomposition ou mot-valisation). Pour ce qui est de la composition « régulière », nous reprenons ce terme de SABLAYROLLES (2019). Bien que les éléments de formation impliqués soient autochtones, il faut cependant remarquer une influence probable de l’anglais dans certaines lexies (coronapistes, coronaprétexte, etc.) qui suivent le modèle syntaxique anglo-saxon (déterminant-déterminé) : d’où, sans doute, leur surplus d’expressivité.

Comme on l’a vu plus haut, les mots-valises se caractérisent fréquemment par une dimension ludique : les cinq lexies répertoriées (CoronActivités, coronalibi, coronanniversaire, coronanxiété, coronapéro) ont à nos yeux une charge ludique visant à alléger, voire égayer une situation de crise ou de malaise par le recours à un jeu de langage fondé sur l’amalgamation. Si, d’une manière générale, la nature extragrammaticale[11] de cette catégorie de mots construits rend leur sens imprévisible et que « leur interprétation est fortement corrélée au contexte de leur énonciation originelle » (FRADIN et al. 2009 : 39), le décodage du sens de ces unités est ici facilité par un recouvrement (cf. FRADIN 2015) minimal (le graphème a) entre les deux mots-sources.

Pour ce qui est des nombreux cas de composition, nous avons considéré corona comme une lexie à part entière (troncation familière de coronavirus, désormais passée dans l’usage) et non pas comme un fractolexème de la forme « longue » coronavirus ; dans cette deuxième hypothèse, il faudrait plutôt parler de fractocomposition pour tous ces cas de figure.

En ce qui concerne les contextes d’apparition des néologismes, les limites imparties à cet article ne nous permettent pas de mener une analyse approfondie des situations d’énonciation. On peut cependant noter que la plupart des citations sont tirées de la presse, y compris de journaux traditionnellement moins ouverts aux néologismes (c’est le cas de coronanniversaire, paru dans Le Monde : voir ci-après) ; coronakrach (voir ci-après) figure dans le site du Monde diplomatique, mais dans la rubrique Blogs, ce qui explique l’apparition d’une lexie inattendue dans un contexte linguistiquement plutôt conservateur. Si coronacrise est attesté dans une « tribune libre », espace dédié aux internautes pour s’exprimer sur des sujets d’actualité, les lexies corona(-)machin, coronalibi, corona-prétexte et coronavirant n’apparaissent que dans les commentaires[12] et manifestent une forte charge polémique.

Enfin, d’un point de vue textuel, il faut observer que coronadéprime, coronanxiété, coronaviralie et coronawashing figurent dans les titres, lieu privilégié de l’accroche et ayant donc vocation à attirer l’attention des lecteurs.

Dans la liste qui suit, nous indiquons entre parenthèses le procédé de formation (d’après la classification de SABLAYROLLES 2019) et nous surlignons le néologisme dans son contexte. Pour des raisons de place, seulement les exemples les plus significatifs seront commentés d’un point de vue lexicologique et/ou discursif.

coronacrise (composition « régulière »)
Depuis le début de la « coronacrise », la Russie prône continuellement la mise en place d’une coopération multilatérale pour combattre la pandémie […].
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/moscou-en-boycottant-le-vaccin-232689

CoronActivités (mot-valise : Coron<a>Activités[13]. Les deux lettres majuscules indiquent que ce néologisme est assimilé à un nom propre par ses inventeurs)
Depuis la fermeture des écoles le 16 mars dernier en raison de la pandémie du coronavirus, les Loisirs de Saint-Ferdinand ont mis en place des « CoronActivités » pour divertir les jeunes à la maison.
https://www.lanouvelle.net/2020/03/18/saint-ferdinand-des-coronactivites-pour-divertir-les-jeunes-a-la-maison/

coronadéprime (composition « régulière »)
Petit manuel de survie contre la « coronadéprime » [titre]
https://www.lepoint.fr/sante/kine/demorand-petit-manuel-de-survie-contre-la-coronadeprime-01-02-2021-2412058_2467.php

coronafolie (composition « régulière »)
En janvier dernier, elle participe à une manifestation contre la « coronafolie » organisée par l’ancien RN Florian Philippot […].
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-cv-de-la-scientifique-alexandra-henrion-caude-nouvelle-egerie-des-anti-passe-sanitaire_2151735.html

L’emploi de « coronafolie » dénote ici une « non-prise en charge énonciative et […] une déresponsabilisation du journaliste » (MOLINARI 2019 : 73), qui se borne à citer les propos de l’homme politique qui a utilisé cette lexie. On peut également supposer un effet voulu d’hypostatisation (cf. SCHMID 2008) de la part du créateur du néologisme : ce phénomène, rappelons-le, « consiste à faire exister quelque chose en lui attribuant un nom, selon le principe que, s’il y a une dénomination, il existe quelque chose qui y correspond » (SABLAYROLLES, HUMBLEY 2021 : 65).

coronagate (fractocomposition hybride)
Le parti des Forces démocratiques du Sénégal (Fds) qualifie de « coronagate » la gestion du programme de distribution des vivres destinés aux populations vulnérables au Covid-19.
https://lequotidien.sn/nepotisme-et-clientelisme-dans-le-programme-des-vivres-durgence-les-fds-exige-la-demission-de-mansour-faye/

Les formations en -gate[14] (dont le signifié est « scandale équivalent à celui du Watergate », SABLAYROLLES 2019 : 105) constituent un patron lexico-syntaxique très productif en français contemporain, ainsi que le montre CARTIER (2019b : 168-169).

coronakrach (composition « régulière »)
S’il y a coronakrach, il ne s’agira pas « simplement » de krach financier : mais de krach général : tout était déjà au bord de craquer, tout va craquer pour de bon.
https://blog.mondediplo.net/coronakrach

coronalibi (mot-valise : coron<a>alibi)
Grâce au coronalibi, les gouvernants et possédants vont pouvoir se livrer à toutes sortes d’exactions en s’exonérant de la responsabilité des dégâts.
https://www.agoravox.fr/commentaire5728065

corona(-)machin (composition « régulière »)
2 morts du coronamachin en 24h ? Morts attribuées au corona, faudrait-il écrire, déjà […].
https://www.midilibre.fr/2020/09/06/coronavirus-12-personnes-decedees-8-550-nouveaux-cas-ces-dernieres-24-heures-9053136.php
il y a un an et demi la 5G était la cause du corona-machin, sauf que l’Iran, fortement touché, n’en était pas équipé…
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-tarte-a-la-creme-du-credit-233737

coronanniversaire (mot-valise : coron<a>anniversaire)
Confinement oblige, le plan s’est transformé en « coronanniversaire » : ses amis d’enfance ont proposé l’ouverture d’un bar virtuel […].
https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/18/skypero-coronanniversaire-l-art-de-boire-des-coups-en-restant-chez-soi_6033570_3224.html

coronanxiété (mot-valise : coron<a>anxiété)
Après l’écoanxiété, la coronanxiété [titre]
https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2021-01-22/releve-en-sante-et-en-services-sociaux/apres-l-ecoanxiete-la-coronanxiete.php

corona-parcs / corona-bancs / corona-trottoirs (compositions « régulières »)
Alors, oui : il faudrait mettre en place des corona-parcs, des corona-bancs, des corona-trottoirs.
https://www.huffingtonpost.fr/entry/covid-19-pour-aerer-les-parisiens-et-freiner-lepidemie-il-faut-ouvrir-des-espaces-dans-la-ville_fr_608027dde4b0e26a691ba016

coronapéro (mot-valise : coron<a>apéro)
En expansion géante pendant le confinement, le succès des coronapéros ne se dément pas forcément depuis que les règles se sont assouplies.
https://www.lavoixdunord.fr/752642/article/2020-05-13/les-quatre-bonnes-raisons-pour-lesquelles-les-coronaperos-continuent

coronapistes (composition « régulière »)
Les pistes cyclables dédiées provisoirement aux vélos lors du confinement, aussi appelées les « coronapistes », seront pérennisées à Paris.
https://www.huffingtonpost.fr/entry/velo-pistes-cyclables-temporaires-paris-perennisee_fr_5f623a35c5b6c6317cfe9381

coronaprétexte (composition « régulière »)
corona-prétexte ! les clients n’ayant pas consommé pendant deux mois achètent maintenant, et même plus que prévu (en cas de seconde vague). Combien d’entreprises vont se servir du corona virus [sic] pour dégraisser ?
https://www.midilibre.fr/2020/06/10/coronavirus-damart-pourrait-supprimer-159-emplois-et-fermer-trois-magasins,8925520.php

coronaviralie (composition « régulière », à partir du néologisme viralie [= pays de la maladie virale], lexie intermédiaire non attestée)
Il raconte son séjour en « coronaviralie », des mots contre un virus qui fait mal [titre]
https://www.lavoixdunord.fr/747549/article/2020-05-02/armentieres-il-raconte-son-sejour-en-coronaviralie-des-mots-contre-un-virus-qui

coronavirant (conversion nom [coronavirus] > adjectif)
Il nous faut un Du Guesclin … pour combattre … le « mondialisme coronavirant ».
https://www.medias-presse.info/du-guesclin-vie-dun-heros-medieval/119570/

On peut formuler l’hypothèse que cette innovation lexicale (coronavirant) s’est produite sur le modèle d’ambiant : la collocation « mondialisme ambiant » compte en effet un certain nombre d’occurrences sur la Toile.

coronavirée (conversion : nom [coronavirus] > adjectif, au sens de « marqué par le coronavirus »)
Fini les inaugurations de statues, les coupures de rubans, les serrements de mains par centaines (ce qui, vu l’actualité coronavirée, est une bonne nouvelle) […].
https://www.liberation.fr/planete/2020/03/11/meghan-et-harry-c-est-parti_1781294/?xtor=rss-450

coronawashing (composition hybride)
Après le « greenwashing », place au « coronawashing » [titre]
https://www.courrierinternational.com/article/le-mot-du-jour-apres-le-greenwashing-place-au-coronawashing

À partir du modèle greenwashing, les formations lexicales en –washing se sont multipliées en français contemporain (cf. CARTIER, LAZAR 2020) et s’associent de plus en plus à des pratiques frauduleuses. Dans ce cas, une lecture attentive du contexte s’impose pour comprendre de quoi il s’agit :

de nombreuses entreprises à travers le monde réorientent leur production, dans un « effort de guerre », face à la crise actuelle du Covid-19. Mais alors, se demande le journal de Lausanne, « aide sincère ou opportunisme de la part de ces entreprises, qui ont systématiquement annoncé leurs démarches au grand public ? Voire “coronawashing” ? »

3.2 Néologismes avec la base *covid*

Les 15 néologismes ludiques ou expressifs formés à partir de *covid* correspondent à des procédés de formation variés : au sein de la composition, les mots-valises sont la catégorie la plus représentée, avec un recouvrement grapho-phonétique variable : covida, Covidélire, covidément, covidéologues, covidiot, Covidiotie(-19), covidivorce et covidrome. Mais on relève également quatre dérivés (suffixés) ayant dans leur contexte une connotation péjorative : covidâtre, covidéen, covidique, covidisme. La plupart de ces lexies sont attestées uniquement dans des tribunes libres ou dans des commentaires d’internautes, ces derniers constituant un espace textuel qui se confirme tout à fait propice à la liberté expressive et permettant de mettre en avant le point de vue de l’auteur (cf. TODIRAŞCU 2018) ainsi que, parallèlement, sa créativité lexicale. Comme le rappelle Vicari, dans le dispositif du commentaire « la voix des lecteurs n’est en effet plus limitée par le choix des médiateurs » (2019 : 269). Et, de manière plus générale, « le genre indique au locuteur la licéité du vocabulaire à employer » (GÉRARD 2018 : 11).

Du point de vue de la diffusion, covidiot est de loin le terme le plus répandu dans le corpus : nous avons relevé 85 occurrences de cette lexie, avec un bon degré de dispersion (55 articles différents). Suit covidisme, avec 34 occurrences, que nous commenterons plus bas.

covida (mot-valise : c<ovid•m>ovida)
Le pays entre dans l’ère de la covida – mot-valise à la mode, qui fait référence à l’exubérance des années de movida espagnole, à la sortie du franquisme.
https://www.challenges.fr/economie/penuries-faillites-leuphorie-de-la-reprise-ne-terrasse-pas-les-doutes-et-les-risques_768130?xtor=RSS-15

covidâtre (suffixation)
À l’arrivée dans son pays natal, Harry s’y trouve en quarantaine, sur prétexte covidâtre.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pince-sans-rire-233884

La connotation péjorative du suffixe -âtre est assumée pleinement par l’auteur de cette tribune parue sur AgoraVox, site de journalisme participatif : la lexie, associée au collocatif prétexte, laisse supposer que toute l’affaire Covid-19 ne serait qu’une imposture.

covidéen (suffixation)
Thierry Gourvénnec, dans un des commentaires plus haut, avait raison de parler de schizophrénie associée à la bouffé [sic] délirante covidéenne.
https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/le-dogme-de-la-vaccination-pour-234129

Remarquons au passage que la seule autre occurrence de covidéen voit l’adjectif associé à délire, ce qui confirme la charge polémique du néologisme, du moins dans le corpus analysé.

Covidélire (mot-valise : Covi<d>délire)
En ces temps de Covidélire [en gras dans le texte] médiatique, et pas que, est-ce bien raisonnable de parler de vieilles voitures ?
https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/l-ete-leger/article/le-retour-des-bipattes-234860

covidéments (mot-valise : covi<d>dément)
Mais les terrorisés du Covid & les covidéments qui veulent à tous [sic] prix se faire vacciner, surtout qu’ils ne se privent pas !
https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/le-chantage-a-macron-233384

Une autre fonction, mise en valeur par Sablayrolles à propos des néologismes du domaine politique, nous semble ici pertinente et se focalise sur un type particulier de locuteurs : « certains cherchent à exprimer la répulsion que leur inspirent des hommes ou des idées au point d’être poussés à transgresser les règles qui dictent de ne recourir qu’au lexique conventionnellement attesté » (SABLAYROLLES 2016 : 285). Cette dévalorisation des adversaires s’accompagne donc d’une recherche de l’expressivité qui consiste à dépasser les limites des conventions établies pour affirmer une aversion « hors bornes ». De même, WINTER-FROEMEL (2016 : 257) relève « une série de créations ludiques péjoratives ou par dénigrement », dans lesquelles semblent s’inscrire assez clairement covidélire, covidément et covidiot. Comme l’observe Léturgie (2015 : 90), en effet, « le contexte énonciatif est crucial pour l’analyse des amalgames lexicaux ».

covidiot(s) (mot-valise : cov<id>idiot(s). On peut également faire l’hypothèse d’une création sous influence à partir de l’anglais covidiot[15])
Depuis que 20 000 manifestants ont défilé à Berlin, le 1er août, pour dénoncer les mesures contraignantes de lutte contre la propagation du virus, la polémique enfle sur l’attitude à adopter envers ces protestataires, que certains qualifient de « covidiots » [en italique dans le texte].
https://www.courrierinternational.com/article/controverse-faut-il-debattre-avec-les-antimasque

Si covidiot, d’après le Wiktionnaire[16], désigne une « Personne qui adopte un comportement considéré comme irrationnel ou irresponsable dans le contexte de la pandémie de COVID-19 », on peut mieux comprendre la création polémique de covidément, qui associe une insulte (dément) au nom de la maladie mais pour dénigrer ceux qui en sont dupes. L’observation métalinguistique de Jacquet-Pfau, selon laquelle «les italiques seraient le dernier enrichissement typographique avant l’intégration de l’unité lexicale, les guillemets, sans doute parce qu’ils sont aussi le signe du discours rapporté, étant un marqueur plus fort» (2018 : 107), nous paraît tout à fait pertinente dans ce cas, d’autant plus si l’on tient compte de la bonne diffusion de la lexie en question.

Covidiotie(-19) (mot-valise : cov<id>idiotie)
Des piquouzes continues, au-delà de l’année 2021, sont très lucratives, car la Covidiotie-19 se répand rapidement encore et toujours, en Europe et dans le monde.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/covidiots-bis-235254

covidique (suffixation)
Tout le monde se demande quelles sont les raisons de cette hystérie covidique […].
https://www.francesoir.fr/opinions-entretiens/pass-sanitaire-ou-pass-suicidaire

L’usage de cet adjectif (quatre occurrences dans le corpus) semble fortement marqué par des contraintes argumentales, qui dessinent un profil combinatoire émergent : outre hystérie, l’adjectif covidique est associé en effet à superstition ou à dictature. Pour reprendre une notion en usage surtout dans le milieu anglosaxon, la « prosodie sémantique »[17] de ce néologisme permet d’en apprécier l’axiologie négative et dénote une prise de position très polémique, voire défiante, à l’égard de la pandémie : il est en de même pour covidéen (plus haut), ce qui en fait un binôme synonymique à tous points de vue.

covidisme (suffixation)
le Patriote [Florian Philippot] s’opposait à ce mécanisme qu’il qualifiait de « monstre enfanté par deux idéologies inhumaines, le covidisme et l’européisme », et appelait même à « lui faire la guerre ».
https://www.huffingtonpost.fr/entry/philippot-doit-il-se-soumettre-a-un-pass-sanitaire-pour-aller-manifester-contre-le-pass-sanitaire-en-italie_fr_61012dc2e4b0048f3618337e

Le covidisme est ici associé à une autre attitude jugée comme une dérive pernicieuse, l’européisme, et fait pendant à l’autre néologisme attribué à Florian Philippot : coronafolie (voir plus haut). Ces créations paraissent avoir une motivation politique claire et s’enracinent dans une tradition discursive bien ancrée : ainsi que le relève Rastier, en effet, « les néologismes sont tout à fait ordinaires dans le langage de l’extrême droite, pour plusieurs raisons principales : (i) Ils relèvent du style pamphlétaire […]. (ii) Ils semblent ruiner les convenances de la langue déposées dans son vocabulaire […] » (2012 : 13).

covidivorce (mot-valise : covi<d>divorce)
Le « covidivorce » : ces couples espagnols, trop confinés, qui ne se supportent plus [titre]
https://www.courrierinternational.com/article/societe-le-covidivorce-ces-couples-espagnols-trop-confines-qui-ne-se-supportent-plus

covid-mania (composition « régulière »)
la guéguerre infernale entre les enfermistes[18] atteints de covid-mania et les retour-à-la-normalistes […].
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/alien-at-manosque-233280

covido-estival (composition « régulière »)
Pas de chance, cette année, ils sont accompagnés de l’arsenal covido-estival : masques, écouvillons naso-pharyngés, mais aussi QR code.
https://www.marianne.net/societe/sante/securise-mais-pas-trop-tout-ce-que-vous-devez-savoir-sur-le-qr-code-du-passe-sanitaire#utm_source=RSS-MARIANNE&utm_medium=Flux-Rss&utm_campaign=RSS_general

covidolâtres (composition hybride), covidéologues (mot-valise : cov<id>idéologues)
Le problème, c’est que des covidiots assez habiles pour en mettre plein la vue aux covidolâtres, par l’entremise des covidéologues ne sont pas vraiment idiots, mais plutôt dissimulateurs.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/covidiots-bis-235254

Ces deux néologismes sont dus à un même internaute, nommé Lampion[19]. La dimension ludique du composé hybride covidolâtre est évidente à nos yeux, dans la mesure où l’on associe de manière incongrue un élément issu d’un acronyme anglais (Coronavirus Disease) à un élément de formation savante (-lâtre), avec le sens de « (personne) qui adore ».

Covidrome (mot-valise : Covi<d>drome)
Dans notre Covidrome, il a fallu une semaine de préparation, d’organisation, de formation des infirmiers, pour pouvoir mettre en place ce dépistage rapide.
https://www.liberation.fr/france/2020/05/21/le-mensonge-est-peut-etre-pire-que-l-incompetence_1789011/?xtor=rss-450

On relève dans le corpus sept occurrences de ce néologisme avec majuscules, une seule avec minuscule, ce qui indique une certaine instabilité référentielle. Cependant, les attestations se réfèrent toutes à la ville de Poissy, où a été mis en place un Covidrome, « lieu de consultation pour les personnes présentant les symptômes du covid-19 »[20].

3.3 Néologismes avec la base *vacci*

En ce qui concerne les contextes d’apparition des néologismes issus de la matrice *vacci* (12 lexies), la plupart sont l’œuvre de journalistes. Il faut toutefois souligner que reductio ad antivaccinum, vaccinarium, vaccinofanatiques, vaccinolâtre et vaccinophile sont attestés dans des tribunes libres (AgoraVox et FranceSoir), un espace virtuel consacré à des scripteurs qui ne sont pas des journalistes et qui recherchent un brin d’expressivité supplémentaire par le recours à des formes inédites.

Les composés se taillent encore une fois la part du lion : notamment, la composition hybride est tributaire des formes vaccinolâtre et vaccinophile, qui ont recours à des formants savants, mais aussi drive-vacciner, avec un mélange franglais figurant dans le titre et motivé sans doute par le contexte états-unien de la nouvelle.

En ce qui concerne la circulation de ces néologismes, vaccidrive se distingue avec ses 89 occurrences (41 articles) : ce n’est décidément plus un hapax. En revanche, les 14 occurrences de loto-vaccin proviennent majoritairement du Québec, région francophone à l’origine de cette trouvaille.

drive-vacciner (composition hybride)
Arnold Schwarzenegger s’est fait drive-vacciner aux États-Unis
https://www.huffingtonpost.fr/entry/covid-19-arnold-schwarzenegger-a-un-message-tres-clair-pour-les-sceptiques_fr_611615f0e4b0454ed70c3510

loto-vaccin (composition « régulière »)
Québec lancera une « loto-vaccin » pour redonner du souffle à la campagne
https://www.journaldequebec.com/2021/07/15/vers-une-loto-vaccin-au-quebec

reductio ad antivaccinum (détournement d’expression)
Taire que l’autre grande revendication de cette manifestation est le refus d’une vaccination obligatoire et laisser supposer que cette hostilité concerne la vaccination en général est aussi un accroc à l’obligation déontologique de reporter des faits. N’est-ce pas pour pratiquer une reductio ad antivaccinum ? [en italique dans le texte]
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/journalistes-collabos-235208

Il s’agit du détournement de l’expression reductio ad hitlerum (forgée dans les années 1950), qui dénonce une fallace logico-argumentative et qui détourne à son tour l’expression classique reductio ad absurdum.

vaccibox (composition hybride)
Laurent Degallaix souhaite également soumettre des « vaccibox » à Emmanuel Macron ce mardi. La « vaccibox » permettra d’aller vacciner ceux qui ne peuvent pas se déplacer. C’est une boîte de transport et de conservation des vaccins qui prend en compte les contraintes, c’est antivibration, antichoc et cela permet de conserver les vaccins à température.
https://www.midilibre.fr/2021/03/23/vaccinodromes-vaccidrive-vaccibox-ces-pistes-pour-accelerer-la-campagne-de-vaccination-9444709.php

Le recours à un contexte définitionnel introduit par le marqueur explicatif c’est… (cf. JACQUET-PFAU 2018) permet d’élucider le sens du néologisme et de le rendre accessible aux lecteurs : dans ce cas, le journaliste joue bien son rôle de médiateur et de facilitateur et limite la « fuite du sens à droite » (cf. SABLAYROLLES 2018, lequel reprend la notion de Grunig) qui peut affecter le travail d’interprétation de toute nouvelle lexie.

vaccidrive (composition hybride)
Le premier « vaccidrive » de France pourrait également ouvrir prochainement sur le parking des urgences de la clinique Saint-Jean.
https://www.midilibre.fr/2021/04/01/coronavirus-on-sait-enfin-ou-sera-situe-le-premier-vaccinodrome-de-montpellier-9463103.php

vaccinariums (suffixation : vaccin + suffixe latin -arium)
Ce ne sont pas les muselés, les soumis et les indifférents qui « font peuple » aujourd’hui dans ce respect silencieux et qu’on nous vend « solidaire » des mesures de restriction et du package totalitaire appelé à leur succéder (pass sanitaire, QR codes, vaccinariums et apartheid).
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-peuple-du-virus-232732

L’interprétation de ce néologisme est quelque peu problématique. Le mot est formé par l’ajout du suffixe latin -arium (= « lieu où l’on garde quelque chose / accomplit une certaine action »), dont le sens se retrouve encore, bien que partiellement, dans les mots français planétarium ou crématorium. D’après l’entourage textuel de ce commentaire d’internaute, les vaccinariums sont des éléments associés à un « package totalitaire », ce qui sollicite à nos yeux une analogie (voulue ou non) avec sanatoriums, dans la mesure où ce sont des lieux servant à la mise à l’écart de la société.

vaccinglinglin (fractocomposition : vaccin + (saint-)glinglin)
[scripteur 1] bientôt fin mars trois mois qu’on nous bassine…..sur la vaccination à cette vitesse immunité collective à la saint glinglin [sic]……..peut-être.
[scripteur 2] et vaccinglinglin ?
https://www.midilibre.fr/2021/03/23/vaccinodromes-vaccidrive-vaccibox-ces-pistes-pour-accelerer-la-campagne-de-vaccination-9444709.php

La réplique lapidaire et ludique « et vaccinglinglin ? » du scripteur 2 fait écho à l’impatience du scripteur 1, qui évoque « la saint glinglin » à propos de la chimère d’une immunité collective. Cet exemple constitue un jeu de langage fondé sur la rime et dénote une interaction évidente (cf. WINTER-FROEMEL 2016) et une connivence qui se crée entre les deux locuteurs. Il est intéressant de remarquer que vaccinglinglin figure bien dans le Dicovid[21] (LE ROBERT 2021), ce qui montre que, même pour des mots qui seraient en principe des occasionnalismes « purs » (cf. DAL, NAMER 2016), on ne peut jamais préjuger de leur destinée (cf. SABLAYROLLES, HUMBLEY 2021).

vaccinofanatiques (composition « régulière »)
Gros pavé dans la marre [sic] des covidéments et des vaccinofanatiques. (https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-covid-ou-la-nouvelle-banalite-233034)

vaccinolâtre[22] (composition hybride)
Je suis un vaccinolâtre [en italique dans le texte] de la première heure. Mon carnet de santé, et ceux de mes enfants, pourront en attester.
https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/un-president-doit-savoir-prendre-ses-responsabilites-lettre-a-macron

vaccinophile (composition hybride)
Le vrai prix à payer est pour notre société et nos valeurs, avec la fracture sociale que cela engendre, un énième nouveau clivage entre vaccinophiles et sceptiques.
https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/le-coup-de-trop-le-coup-de-maitre-ou-le-coup-davance-de-lart-de-reprendre-la-main

vaccino-prudent (composition « régulière »)
un discours « vaccino-prudent » [intertitre]
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/05/12/le-site-vite-ma-dose-parasite-par-un-site-vaccinosceptique_6079997_4355770.html

vaccin-poison (composition « régulière »)
Dans leurs annonces, les contrefacteurs n’hésitent pas à employer un ton antivax. « Nous sommes là pour faire ce que l’on peut pour sauver le monde de ce vaccin-poison […] » [en italique dans le texte].
https://www.01net.com/actualites/de-faux-pass-sanitaires-se-vendent-comme-des-petits-pains-sur-le-darknet-2046834.html

Pour terminer ce passage en revue, il faut aussi relever que la base *vax* est utilisée abondamment et régulièrement dans les tribunes du site AgoraVox pour former des lexies telles que vaxx(x)in, vaxxxination ou vaxxxiné, avec une déformation orthographique qui exploite l’homophonie entre [x] et le digraphe [cc]. Cette base est aussi à l’origine du néologisme antivaxosphère, composé à partir d’antivax, sans doute sur le modèle de fachosphère (auquel ont suivi bien d’autres formations récemment).

Un dernier néologisme sur lequel nous nous attardons est vaxxie, que nous catégorisons comme emprunt puisque les attestations renvoient majoritairement aux États-Unis. Cependant, comme le montre l’exemple 3) ci-dessous, les frontières du xénisme sont poreuses dans la communication numérique : ainsi, le paradigme désignationnel des nombreux avatars du selfie, déjà analysé par LAZAR et al. (2018), pourra sans doute s’enrichir d’un nouveau spécimen à l’air du temps.

 vaxxie (emprunt à l’anglais)
1) Sur les réseaux sociaux, la tendance est au « vaxxie », le selfie des vaccinés [titre]
https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-sur-les-reseaux-sociaux-la-tendance-est-au-vaxxie-le-selfie-des-vaccines
2) Les « vaxxies » (contraction anglaise de « vaccine » et « selfie ») se sont multipliés sur les réseaux sociaux ces dernières semaines […].
https://www.20minutes.fr/societe/3044799-20210520-coronavirus-pourquoi-tant-besoin-montrer-vaccine-reseaux-sociaux#xtor=RSS-149
3) Contraction de vaccin et selfie, le « vaxxie » a fait son apparition sur les réseaux sociaux. Signe d’espoir ou acte politique, ces photos sont de plus en plus présentes sur Instagram et Twitter. Avec l’extension de la vaccination, le phénomène pourrait bientôt gagner la France.
https://www.ledauphine.com/sante/2021/05/11/covid-19-la-vaccination-s-accelere-en-france-l-espoir-d-un-retour-a-la-normale

 

4. Conclusion

 

Le fort penchant pour la néologie dans la presse, notamment dans les titres, a été relevé et analysé depuis longtemps (cf. HAUSMANN 2000 ; SABLAYROLLES 2016). L’étude d’un échantillon de néologismes liés à la pandémie a confirmé que la presse est « un véritable laboratoire où se forge la langue » (MOLINARI 2019 : 62) et met en jeu une dynamique énonciative complexe : « d’une part, les journalistes sont eux-mêmes créateurs de néologismes ; de l’autre, ils reprennent les néologismes qui circulent déjà » (2019 : 67). D’ailleurs, les sites de presse donnent de plus en plus la tribune à des non-journalistes, dont la créativité lexicale est remarquable et remarquée. Sans oublier, bien entendu, le rôle des commentateurs, qui ne sont sujets à aucune norme ni contrainte éditoriale, si ce n’est le respect d’une nétiquette plus ou moins rigoureuse.

Il s’agit de toute façon de la pointe de l’iceberg : faute de marques formelles, certaines typologies de néologismes (innovations sémantiques, composés sans soudure, etc.) n’ont pas pu être analysées dans cet article car elles ne sont pas pour l’instant détectées par Néoveille. Mais c’est surtout la partie orale de la néologie qui échappe le plus souvent au repérage et amène à se contenter de relevés anecdotiques.

Parmi les procédés de création lexicale, contrairement aux tendances générales de la néologie en français, qui privilégie la préfixation[23], la composition s’avère nettement majoritaire. Si, d’un côté, le choix des trois bases *corona*, *covid* et *vacci* a pu en quelque sorte biaiser l’échantillon, de l’autre côté la mot-valisation et la composition hybride s’avèrent être les matrices privilégiées pour véhiculer des traits ludiques et expressifs. Sont tributaires de la composition hybride des créations comme coronagate, corona-washing, drive-vacciner, vaccibox ou vaccidrive, qui montrent que l’influence de l’anglais n’est pas des moindres. Si la matrice externe « pure » est à l’origine d’un seul emprunt (vaxxie), on peut aussi reconnaître une influence exogène dans le recours à la composition anglo-saxonne (avec élément qualifiant à gauche), comme dans coronalibi, coronapistes, coronaprétexte ou coronakrach.

Pour ce qui est de la composition « régulière », on peut relever sans doute une influence du modèle de formation des hashtags, comme par exemple dans la lexie #CoronaSolidarité, associée à une campagne universitaire lancée en Belgique.

Les néologismes analysés comblent des lacunes lexicales et ne s’ajoutent pas à des dénominations existantes : la raison en est évidente, puisque l’épidémie de Covid-19 est un évènement inédit pour ce qui est de son impact sur notre vie en commun.

Les limites imparties à cet article ne nous ont pas permis de développer suffisamment la réflexion sur les rapports entre genre textuel et néologie, qui s’annonce particulièrement stimulante dans la mesure où les créateurs de néologismes sont des journalistes, mais aussi des blogueurs ou de simples internautes qui s’expriment dans des contextes variés : dans le cadre d’une tribune web, d’une réaction à un article ou même en réponse à un autre commentaire. La notion de style collectif gagnerait à être prise en considération et permettrait éventuellement « de comparer la créativité lexicale au sein de corpus journalistiques » (GÉRARD 2021 : 139), avec les tribunes hébergées par AgoraVox qui figureraient sans doute parmi les plus néologènes.

Pour finir, dans le cadre d’une approche discursive, il serait tentant d’étudier les empreintes lexicales de ce que les sociologues ont appelé « démagogie cognitive » (BRONNER 2013) et suivre les dérives des théories du complot contemporaines (TAGUIEFF 2021) pour y saisir le rôle des néologismes dans l’argumentation adoptée.

À l’évidence, les mutations ne concernent pas que les virus : les langues, en l’occurrence le français, réagissent aux évènements sociétaux avec une créativité extraordinaire, qu’une étude outillée sur corpus permet de suivre in vivo presque au jour le jour, à travers les formes linguistiques, les contextes et les différents énonciateurs.

 

Références bibliographiques

 

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[1] Nous souhaitons remercier les deux relecteurs anonymes pour leurs remarques pertinentes.

[2] https://theconversation.com/parler-covid-ou-le-sens-contamine-166054 (consulté le 06.09.21).

[3] https://www.lapresse.ca/societe/sante/2020-04-16/les-mots-de-la-covid-19-exprimer-la-pandemie (consulté le 06.09.21).

[4] https://www.franceculture.fr/sciences-du-langage/la-crise-sanitaire-omnipresente-dans-les-nouveaux-mots-du-dictionnaire (consulté le 06.09.21).

[5] Cf. aussi BALNAT (2020 : 158).

[6] Rappelons que le mot-valise, dans la définition de FRADIN (2015 : 35), est « une unité complexe formée par la fusion de deux lexèmes l’un avec l’autre, de manière que, généralement, le radical de l’un d’eux au moins se trouve raccourci ».

[7] Définition tirée de http://www.cledut.net/xylo.htm (consulté le 17.12.21).

[8] www.neoveille.org (consulté le 06.09.21). Pour une présentation détaillée, voir CARTIER (2019a).

[9] Y compris dans les commentaires des internautes.

[10] Dans cette liste figurent à ce jour environ 107 000 néologismes candidats.

[11] D’après FRADIN et al. (2009: 25), la morphologie extragrammaticale se définit « comme une sorte d’envers de la morphologie grammaticale prototypique », car elle est dépourvue de règles s’appliquant de manière régulière et prédictible.

[12] Rappelons que, selon PAVEAU (2017 : 40), « le commentaire en ligne peut se définir comme un technodiscours second produit dans un espace dédié scripturalement et énonciativement contraint au sein d’un écosystème numérique dédié ».

[13] Pour les mots-valises, nous utilisons les conventions de transcription adoptées par LÉTURGIE (2015).

[14] Pour FRADIN et al. (2009 : 42), -gate serait en revanche un affixe secrétif : un formant de composé se transforme ainsi en affixe dérivationnel. Il s’agirait dans ce cas d’un phénomène de grammaticalisation (cf. SABLAYROLLES, HUMBLEY 2021).

[15] Cf. https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais/covidiot (consulté le 13.01.22).

[16] https://fr.wiktionary.org/wiki/covidiot (consulté le 06.09.21).

[17] Cette notion correspond au phénomène suivant : « certains mots ont tendance à entrer en cooccurrence avec des mots portant une certaine connotation » (KÜBLER et al. 2011 : 582).

[18] Le caractère expressif de ce néologisme dérivé (enfermer + -iste) semble tout aussi évident ; de même pour retour-à-la-normalistes, formé par conversion verticale à partir du syntagme retour à la normale (cf. SABLAYROLLES 2019 : 158-159).

[19] Pour le caractère foncièrement pseudonyme du commentaire web, cf. PAVEAU (2017).

[20] https://www.ville-poissy.fr/index.php/solidarite-et-sante/3368-le-covidrome-lieu-de-consultation-pour-les-personnes-presentant-les-symptomes-du-covid19-au-cda.html (consulté le 07.09.21).

[21] Avec les acceptions suivantes : « 1 Projection dans un avenir incertain lorsque la perspective d’un vaccin contre le coronavirus apparaissait encore très lointaine. 2 Lorsque les pays pauvres seront enfin fournis à leur tour en vaccins (par Laurent Marcellin) ».

[22] En plus des neuf occurrences du terme, il faut relever le composé croyants-vaccinolâtre : « l’obscénité des croyants-vaccinolâtres » (https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/vsd-vomir-sans-dignite-leditorial-abyssal).

[23] D’après les relevés de CARTIER (2019a), la préfixation est à l’origine d’environ trois quarts des néologismes en français, alors que la composition en produit 7 % environ.


 

Per citare questo articolo:

Giovanni TALLARICO, « Néologismes expressifs et ludiques dans le vocabulaire de la pandémie », Repères DoRiF, n. 25 – Le lexique de la pandémie et ses variantes, DoRiF Università, Roma luglio 2022, https://www.dorif.it/reperes/giovanni-tallarico-neologismes-expressifs-et-ludiques-dans-le-vocabulaire-de-la-pandemie/

ISSN 2281-3020

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