{"id":10944,"date":"2024-02-08T14:12:29","date_gmt":"2024-02-08T13:12:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/?p=10944"},"modified":"2024-02-29T23:15:11","modified_gmt":"2024-02-29T22:15:11","slug":"valentina-tarquini-lafrique-france-selon-emmanuel-macron-du-discours-de-ouagadougou-a-un-nouveau-sommet-aux-contours-flous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/valentina-tarquini-lafrique-france-selon-emmanuel-macron-du-discours-de-ouagadougou-a-un-nouveau-sommet-aux-contours-flous\/","title":{"rendered":"Valentina TARQUINI, L\u2019Afrique-France selon Emmanuel Macron : du discours de Ouagadougou \u00e0 un \u00ab Nouveau Sommet \u00bb aux contours flous"},"content":{"rendered":"<h3 id=\"valentina-tarquini\" style=\"text-align: center; padding-left: 80px;\">Valentina TARQUINI<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"l\u2019afrique-france-selon-emman\" style=\"text-align: center;\"><strong>L\u2019Afrique-France selon Emmanuel Macron\u00a0: du discours de Ouagadougou \u00e0 un \u00ab\u00a0Nouveau Sommet\u00a0\u00bb aux contours flous<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Valentina Tarquini<br \/>\n<\/strong>Universit\u00e0 di Roma Tre<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Cette \u00e9tude porte sur la posture \u00e9nonciative qu\u2019Emmanuel Macron construit en tant que pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise \u00e0 partir de son premier discours \u00e0 la jeunesse africaine, \u00e0 Ouagadougou en 2017, jusqu\u2019au \u00ab\u00a0Nouveau Sommet Afrique-France\u00a0\u00bb \u00e0 Montpellier en 2021. L\u2019<em>ethos<\/em> de la proximit\u00e9 s\u2019ouvre \u00e0 celui de l\u2019int\u00e9grit\u00e9, qui est efficace pour gagner la confiance du public burkinab\u00e9. Le d\u00e9bat sans filtre, qui a suivi son allocution au Burkina Faso, sugg\u00e8re un format de participation engag\u00e9e qui inspire la r\u00e9alisation du \u00ab\u00a0Nouveau Sommet\u00a0\u00bb, dont le but est de r\u00e9investir les relations franco-africaines \u00e0 travers une rh\u00e9torique de la s\u00e9duction.<\/p>\n<p><strong>Abstract\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>This study focuses on the enunciative posture that Emmanuel Macron constructs as President of the French Republic from his first speech to African youth, in Ouagadougou in 2017, to the \u201cNouveau Sommet Afrique-France\u201d in Montpellier in 2021. The ethos of proximity reveals that of integrity, which is effective in winning the trust of the Burkinabe public. The unfiltered debate that followed his speech in Burkina Faso suggests a format of engaged participation that inspires the realisation of the &#8220;Nouveau Sommet&#8221;, whose aim is to reinvest in Franco-African relations through a rhetoric of seduction.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0Nouveau Sommet Afrique-France\u00a0\u00bb s\u2019est tenu \u00e0 Montpellier le 8 octobre 2021, soit quatre ans apr\u00e8s le discours \u00e0 Ouagadougou d\u2019Emmanuel Macron, le plus jeune pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise n\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9colonisation. C\u2019est pour Emmanuel Macron l\u2019occasion de dresser un premier bilan sur les relations entre la France et l\u2019Afrique, qu\u2019il avait salu\u00e9es en 2017 sous de nouveaux auspices\u00a0: il fallait en finir avec la Fran\u00e7afrique, rem\u00e9dier \u00e0 une amputation m\u00e9morielle et encourager les partenariats et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, surtout en faveur des jeunes filles. Le Sommet de Montpellier est pr\u00e9sent\u00e9 d\u00e8s le communiqu\u00e9 de presse de l\u2019\u00c9lys\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019un genre nouveau, sans chefs d\u2019\u00c9tat et sans autorit\u00e9 institutionnelle [\u00e9tant]\u00a0consacr\u00e9 exclusivement \u00e0 la jeunesse d\u2019Afrique et de France\u00a0\u00bb, qui partagent la m\u00eame histoire. L\u2019\u00e9pith\u00e8te du renouveau entend caract\u00e9riser le r\u00e9f\u00e9rent du discours, son public cible \u2013 les \u00ab\u00a0jeunes g\u00e9n\u00e9rations\u00a0\u00bb \u2013 et la nature de la relation entre la France et l\u2019Afrique, qui se veut \u00e9galitaire et partenariale, en d\u00e9pit des accusations de n\u00e9ocolonialisme attribu\u00e9es au syst\u00e8me de la Fran\u00e7afrique qui minent la r\u00e9putation de la France vis-\u00e0-vis du continent africain. Ce Sommet se veut d\u2019autant plus nouveau qu\u2019Emmanuel Macron fait appel \u00e0 l\u2019un des intellectuels africains les plus en vue dans le panorama international, le th\u00e9oricien du postcolonialisme, Achille Mbembe qui, \u00e0 la surprise d\u2019aucuns, accepte ce co-pilotage institutionnel.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle Macron mise fermement sur ses qualit\u00e9s oratoires pour tenter de retisser des relations de confiance avec une jeunesse africaine r\u00e9volt\u00e9e, nous essayerons de montrer, \u00e0 travers l\u2019outillage de l\u2019analyse du discours de tradition fran\u00e7aise, qu\u2019un usage subtil de la rh\u00e9torique de la s\u00e9duction ne suffit pas \u00e0 cacher une posture argumentative aux relents paternalistes. Un double discours semble faire surface d\u00e8s lors que la parole institutionnelle ne parvient pas \u00e0 se d\u00e9barrasser des sch\u00e9mas de l\u2019\u00ab\u00a0aide\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0protection\u00a0\u00bb contre d\u2019autres ennemis (en particulier, les nouveaux colons) et contre une incapacit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e de l\u2019Afrique de g\u00e9rer ses biens. L\u2019\u00e9tude tire profit d\u2019un cadre conceptuel suffisamment souple o\u00f9 l\u2019argumentation rh\u00e9torique dans le discours (cf. AMOSSY 2012), l\u2019analyse des subjectiv\u00e8mes (KERBRAT-ORECCHIONI 2009\u00a0: ch. 2) et des modalit\u00e9s \u00e9nonciatives permettant de saisir la construction d\u2019une posture verbale (AMOSSY 2010\u00a0; MAINGUENEAU 2002\u00a0; CHARAUDEAU 2023\u00a0; RABATEL 2012) concourent \u00e0 r\u00e9interroger l\u2019art de la persuasion en discours chez Emmanuel Macron \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019un contexte \u2013 celui de l\u2019Afrique francophone contemporaine, de plus en plus m\u00e9fiante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019ancienne puissance coloniale \u2013 qui met au jour un jeu d\u2019ajustements plus au moins convaincant. L\u2019\u00e9tude des postures \u00e9nonciatives dans le discours informe celle de la construction de l\u2019<em>ethos<\/em> du locuteur, d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019adopter une approche pragmatique comportant des r\u00e9flexions sur les contraintes sociales (MAINGUENEAU 2023) o\u00f9 l\u2019analyse du discours et l\u2019argumentation se nourrissent mutuellement. En effet, l\u2019analyse circonscrite \u00e0 une source \u00e9nonciative \u2013 celle d\u2019Emmanuel Macron \u2013 se pr\u00e9cise dans la mise en perspective de deux situations distinctes. Pour ce qui concerne l\u2019allocution en 2017 \u00e0 Ouagadougou, le genre discursif est facilement d\u00e9finissable et rel\u00e8ve du discours officiel (la transcription correspond \u00e0 12\u00a0000 mots environ) dans le cadre d\u2019une visite institutionnelle. S\u2019agissant d\u2019un document pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crit, nous envisageons une analyse textuelle du discours, tout en convenant que le dispositif gestuel et mimique m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre pris en compte pour en \u00e9valuer la charge path\u00e9mique et les aspects coverbaux (cf. DRUETTA 2015\u00a0; cf. RABATEL 2017). Tandis que l\u2019intervention de Macron \u00e0 Montpellier en 2021 se pr\u00e9sente davantage comme \u00e9tant un genre hybride, qui \u00e9chappe au protocole institutionnel et se donne \u00e0 voir comme un r\u00e9cit en construction dans la mat\u00e9rialit\u00e9 langagi\u00e8re de la conversation orale. De cette situation, nous ne pourrons que saisir rapidement des aspects majeurs, une analyse interactionnelle m\u00e9ritant une \u00e9tude plus approfondie.<\/p>\n<p>Il s\u2019agira de mettre en lumi\u00e8re l\u2019habilet\u00e9 discursive d\u2019Emmanuel Macron \u00e0 exploiter la m\u00e9taphore amoureuse qui a si souvent qualifi\u00e9 les relations franco-africaines, d\u2019abord dans son discours en 2017 \u00e0 Ouagadougou puis en 2021 lors du \u00ab\u00a0Nouveau Sommet Afrique-France\u00a0\u00bb \u00e0 Montpellier. Nous verrons que malgr\u00e9 la construction de son <em>ethos<\/em> de fiabilit\u00e9 et la r\u00e9alisation sur le plan formel d\u2019une nouvelle strat\u00e9gie d\u2019inclusion de la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine et afrodescendante, le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb inclusif de l\u2019histoire en commun se heurte \u00e0 une posture en surplomb qui, de fait, laisse la <em>realpolitik<\/em> faire son cours pour la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats particuliers.<\/p>\n<h3 id=\"-la-construction-d\u2019une-postu\">1. La construction d\u2019une posture de proximit\u00e9 : le <em>venir dire<\/em> sarkozien relu par Macron<\/h3>\n<p>Le Sommet Afrique-France doit se lire \u00e0 la lumi\u00e8re des pr\u00e9misses construites dans le premier discours d\u2019Emmanuel Macron, six mois apr\u00e8s le d\u00e9but de son mandat, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Ouaga I au Burkina Faso le 28 novembre 2017. La rupture annonc\u00e9e avec les politiques africaines pr\u00e9c\u00e9dentes, fait \u00e9cho \u00e0 la d\u00e9claration de \u00ab\u00a0rupture radicale\u00a0\u00bb qui, une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus t\u00f4t, avait caract\u00e9ris\u00e9 la campagne pr\u00e9sidentielle de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Nicolas Sarkozy, et qui avait finalement abouti \u00e0 la \u00ab\u00a0cassure\u00a0\u00bb\u00a0(NGALASSO 2008\u00a0: 299): le discours de Sarkozy \u00e0 Dakar en 2007 a marqu\u00e9 les m\u00e9moires sous le signe du scandale et de l\u2019humiliation aupr\u00e8s des observateurs aussi bien en Afrique qu\u2019en France. Au vu de cet \u00e9chec diplomatique, qui de fait confirmait la p\u00e9rennisation des pr\u00e9jug\u00e9s coloniaux dans les relations fran\u00e7aises avec l\u2019Afrique, il \u00e9tait primordial pour Emmanuel Macron de se positionner autrement, par le ton humble de l\u2019empathie et \u00e0 l\u2019image de l\u2019\u00e9galit\u00e9 inscrite dans le symbole du drapeau fran\u00e7ais<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Le jeune orateur devait prendre en charge la relation franco-africaine, devenue probl\u00e9matique aux yeux des Africains depuis la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, et l\u2019investir \u00e0 nouveaux frais avec un discours percutant pour enfin convaincre que la Fran\u00e7afrique<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, c\u2019\u00e9tait vraiment du pass\u00e9. C\u2019\u00e9tait l\u2019occasion pour Emmanuel Macron de prendre ses distances de l\u2019<em>ethos<\/em> pr\u00e9alable du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, dont l\u2019image construite par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs \u00e9tait celle du haut repr\u00e9sentant d\u2019un n\u00e9ocolonialisme anachronique. De ce fait, l\u2019enjeu \u00e9tait de renouveler le style pr\u00e9sidentiel fran\u00e7ais tout en se conformant au protocole attendu de l\u2019allocution dans une universit\u00e9 africaine devant la jeunesse, selon une certaine habitude postcoloniale, dont la l\u00e9gitimit\u00e9 ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9. Tout au contraire, les observateurs africains et transnationaux rel\u00e8vent l\u2019incongruit\u00e9 d\u2019un discours du pr\u00e9sident fran\u00e7ais \u00e0 la jeunesse d\u2019un autre continent qu\u2019ils jugent aussi ill\u00e9gitime que celui d\u2019un pr\u00e9sident africain \u00e0 la jeunesse fran\u00e7aise. La critique \u00e0 la logique des \u2018deux poids deux mesures\u2019 se cache \u00e0 peine derri\u00e8re la provocation et la m\u00e9fiance est davantage renforc\u00e9e par le souvenir de l\u2019humiliation du discours \u00e0 Dakar.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je suis venu vous dire<\/em>\u00a0\u00bb, c\u2019est le c\u00e9l\u00e8bre segment par lequel l\u2019orateur-scripteur Sarkozy-Guaino s\u2019adressait en 2007 aux Dakarois. Cette formule plac\u00e9e en t\u00eate de chaque s\u00e9quence, r\u00e9pond au format du discours politique marqu\u00e9 par l\u2019anaphore rh\u00e9torique, en ce que la r\u00e9p\u00e9tition contribue \u00e0 sa \u00ab\u00a0caract\u00e9risation par extension sonore\u00a0\u00bb (MOLINI\u00c9 2011\u00a0: 98), mais elle trahit aussi les attentes de l\u2019auditoire. L\u2019annonce d\u2019une \u00ab\u00a0rupture\u00a0\u00bb s\u2019est de fait transform\u00e9e en une s\u00e9rie de redites paternalistes, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes dans les discours de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs mais tellement plus maladroites et vexantes que certains participants quittent les lieux en signe de protestation. En effet, la r\u00e9p\u00e9tition des m\u00eames verbes locutoires \u2013 l\u2019archilex\u00e8me <em>dire<\/em> en t\u00eate (KERBRAT-ORECCHIONI 2009\u00a0: 116) \u2013 et de la m\u00eame structure syntaxique<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u2019une pause et prononc\u00e9s d\u2019un ton grave, marque de fait le statut ambigu et douteux de l\u2019acte de langage, jug\u00e9 irrecevable. Cette anaphore fa\u00e7onne l\u2019<em>ethos<\/em> du donneur de le\u00e7ons qui s\u2019adresse \u00e0 des interlocuteurs pr\u00e9sent\u00e9s comme des grands enfants, r\u00e9activant ainsi trois si\u00e8cles de th\u00e9ories racialistes (Georges Cuvier, Hegel, L\u00e9vy-Bruhl, etc.) dont le but \u00e9tait, on le sait, de prouver l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 des Africains et le bien-fond\u00e9 de la mission \u201ccivilisatrice\u201d. En effet, en d\u00e9pit de sa condamnation initiale et en vertu de \u00ab\u00a0la franchise et [de] la sinc\u00e9rit\u00e9 que l\u2019on doit \u00e0 des amis que l\u2019on aime et que l\u2019on respecte\u00a0\u00bb (SARKOZY 2007), Sarkozy ne peut se passer d\u2019\u00e9num\u00e9rer les b\u00e9n\u00e9fices de la colonisation et de rench\u00e9rir sur les malheurs et les myst\u00e8res de l\u2019Afrique, actant ce \u00ab\u00a0viol [qui] souvent commence par le langage\u00a0\u00bb \u2013 Achille Mbembe en fait un paradigme interpr\u00e9tatif \u2013, et qui \u00ab\u00a0sous pr\u00e9texte d\u2019amiti\u00e9, s\u2019exempte de tout et s\u2019auto-immunise\u00a0en faisant porter tout le poids de la cruaut\u00e9 au plus faible.\u00a0\u00bb (MBEMBE 2007\u00a0: 67).<\/p>\n<p>Or, Emmanuel Macron, qui est connu pour le soin m\u00e9ticuleux qu\u2019il porte \u00e0 la relecture des textes pr\u00e9par\u00e9s par ses collaborateurs-scripteurs, a vraisemblablement repris le \u00ab\u00a0<em>je suis venu vous dire<\/em>\u00a0\u00bb sarkozien dans une formulation quelque peu cocasse, vu le cadre institutionnel, \u00ab\u00a0Parce que <em>je ne vais pas venir vous dire<\/em> que nous allons faire un grand discours\u00a0\u00bb (MACRON 2017), qui sugg\u00e8re l\u2019informalit\u00e9 mais aussi l\u2019absurdit\u00e9 des propos d\u00e9sormais cit\u00e9s comme mauvais exemple de diplomatie. Cet emploi du futur proche, normalement employ\u00e9 \u00e0 l\u2019oral dans un contexte informel, \u201caller + infinitif (<em>venir<\/em>)\u201d suivi de <em>dire<\/em>, entend principalement reproduire la n\u00e9gation du geste anaphorique contenue dans le <em>venir dire<\/em> sarkozien, une n\u00e9gation explicit\u00e9e peu apr\u00e8s comme rejet absolu du discours de 2007\u00a0: \u00ab\u00a0Ou <em>je ne suis pas venu ici vous dire<\/em> quelle est la politique africaine de la France comme d\u2019aucuns le pr\u00e9tendent. Parce qu\u2019il n\u2019y a plus de politique africaine de la France\u00a0!\u00a0\u00bb (MACRON 2017, c\u2019est nous qui soulignons). La conjonction de subordination marque, \u00e0 l\u2019aide de l\u2019accent port\u00e9 sur la particule n\u00e9gative <em>plus<\/em>, un point ferme et irr\u00e9versible de l\u2019approche macronienne \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re en Afrique. En effet, l\u2019allocution est symboliquement situ\u00e9e dans la terre de Thomas Sankara, le leader burkinab\u00e9 assassin\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ombre de la France\u00a0\u00bb (COLLOMBAT 2021\u00a0: 562) et cit\u00e9 par Macron pour signaler d\u2019embl\u00e9e son camp d\u2019appartenance. L\u2019amphith\u00e9\u00e2tre \u00ab\u00a0marxiste et panafricain\u00a0\u00bb de Ouaga I, m\u00e9tonymie du Burkina Faso voire de l\u2019Afrique contestatrice toute enti\u00e8re, est \u00ab\u00a0l\u2019endroit o\u00f9 je dois aller pour m\u2019exprimer\u00a0\u00bb (MACRON 2017), dit Macron, ce qui pourrait \u00eatre vu comme un geste d\u2019all\u00e8chement, du moment que son orientation politique ne peut vraisemblablement pas \u00eatre d\u00e9sign\u00e9e comme marxiste. La situation d\u2019\u00e9nonciation, marqu\u00e9e par la r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9ictique <em>ici<\/em> dans \u00ab\u00a0je ne suis pas venu <em>ici<\/em> vous dire\u00a0\u00bb confirme la <em>deixis<\/em> verbale de proximit\u00e9, d\u00e9j\u00e0 mise en place par le verbe de mouvement qui instaure le processus de \u00ab\u00a0rapprochement\u00a0\u00bb (KERBRAT-ORECCHIONI 2009\u00a0: 43), s\u2019il est vrai que <em>venir dire<\/em> est un acte de langage potentiellement dot\u00e9 de force illocutoire.<\/p>\n<h3 id=\"-l\u2019enjeu-de-l\u2019int\u00e9grit\u00e9-\">2. L\u2019enjeu de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 dans l\u2019identit\u00e9 discursive<\/h3>\n<p>Aussi, son <em>ethos<\/em> \u2013 ou l\u2019image de soi qui se construit verbalement (AMOSSY 2010) \u2013 doit se b\u00e2tir sur la cr\u00e9dibilit\u00e9 et le franc jeu, le Burkina Faso \u00e9tant un \u00ab lieu o\u00f9 on ne peut pas tricher \u00bb (MACRON 2017). Pour ce faire, le locuteur doit s\u2019engager dans une nouvelle relation d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal qui, elle aussi, s\u2019annonce dans le geste anaphorique de l\u2019adresse ritualis\u00e9e :<\/p>\n<blockquote><p>Je parlerais donc ici devant vous de l\u2019Afrique comme d\u2019un continent pluriel, multiple, fort, et comme d\u2019un continent o\u00f9 se joue une partie de notre avenir commun.<\/p>\n<p>Je vous parlerais avec sinc\u00e9rit\u00e9 mais aussi avec une profonde amiti\u00e9. Je suis comme vous d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui n\u2019a jamais connu l\u2019Afrique comme un continent colonis\u00e9. (MACRON 2017)<\/p><\/blockquote>\n<p>D\u2019un point de vue argumentatif, sa cr\u00e9dibilit\u00e9 verbale et, par le m\u00eame coup, sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 prendre la parole devant la jeunesse africaine au Burkina Faso, s\u2019appuie sur des pr\u00e9misses qui marquent un choix de camp, <em>aux c\u00f4t\u00e9s<\/em> des Burkinab\u00e9s et de tous les Africains. Et ce, par le biais de pr\u00e9positions \u00e0 usage d\u00e9ictique (\u00ab\u00a0ici <em>devant<\/em> vous\u00a0\u00bb) et \u00e0 valeur illocutoires (\u00ab\u00a0<em>avec<\/em> sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>avec<\/em> une profonde amiti\u00e9\u00a0\u00bb) dans la mesure o\u00f9 elles instaurent le rapprochement et cherchent la confiance des auditeurs m\u00e9fiants. Aussi, Emmanuel Macron affiche un <em>ethos<\/em> d\u2019identification par une double filiation\u00a0: d\u2019abord \u00ab\u00a0d\u2019ordre biologique\u00a0\u00bb, ayant trait \u00e0 une \u00ab\u00a0pulsion intime\u00a0\u00bb (CHARAUDEAU 2014\u00a0: 55) de consanguinit\u00e9 historique, mais aussi d\u2019\u00ab\u00a0affect social\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>\u00a0: 105) en ce que l\u2019appartenance \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration postcoloniale fait de lui un t\u00e9moin du temps pr\u00e9sent autant que ses interlocuteurs. D\u2019o\u00f9 la construction discursive d\u2019une identit\u00e9 sociale commune, celle des citoyens du monde globalis\u00e9 devant b\u00e2tir l\u2019avenir commun d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration\u00a0qui d\u00e9sormais est la \u00ab\u00a0n\u00f4tre\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>Je suis d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration<\/em><\/strong> dont l\u2019un des plus beaux souvenirs politiques est la victoire de Nelson Mandela et son combat contre l&#8217;apartheid [\u2026]. C\u2019est cela l\u2019histoire de <strong><em>notre g\u00e9n\u00e9ration<\/em><\/strong>. [\u2026]<\/p>\n<p><strong><em>Je suis d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration<\/em> <em>de Fran\u00e7ais<\/em><\/strong> pour qui les crimes de la colonisation europ\u00e9enne sont incontestables et font partie de notre histoire. Je me reconnais dans les voix d\u2019Albert Londres et d\u2019Andr\u00e9 GIDE [\u2026]. [\u2026]<\/p>\n<p><strong><em>Nous sommes une g\u00e9n\u00e9ration<\/em><\/strong> dont les destins [sont] m\u00eal\u00e9s, qu\u2019on le veuille ou non, parce que nous avons cette Histoire commune mais parce que nos parents, nos fr\u00e8res, parfois nos enfants ont fait ce choix d\u2019enjamber les continents et les mers. <strong><em>Et je suis, comme vous, d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration<\/em><\/strong> convaincue que les diasporas africaines de France sont aussi au c\u0153ur de notre ouverture du monde. <strong><em>Et je suis aussi convaincu, comme nombre d\u2019entre vous dans cette salle<\/em><\/strong>, que nous ne pouvons simplement nous regarder comme \u00e9tant \u00e0 des milliers et des milliers de kilom\u00e8tres, mais comme \u00e9tant aussi souvent de sang, d\u2019Histoire et de destins m\u00eal\u00e9s.<\/p>\n<p>[\u2026] <strong><em>Et donc lorsque je vous parle de vous, je vous parle aussi de moi<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>Enfin, <strong><em>je suis d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration<\/em><\/strong> profond\u00e9ment <strong><em>europ\u00e9enne<\/em><\/strong>. (MACRON 2017, c\u2019est nous qui soulignons)<\/p><\/blockquote>\n<p>La pr\u00e9sentation de soi \u00e0 travers la r\u00e9f\u00e9rence anaphorique \u00e0 sa g\u00e9n\u00e9ration (\u00ab\u00a0<em>je suis d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration<\/em>\u00a0\u00bb) qui participe de l\u2019<em>ethos intrins\u00e8que<\/em> sp\u00e9cifique de l\u2019individu (\u00e2ge, sexe, peau, etc.) et relativement stable (MAINGUENEAU 2023\u00a0: 12), comporte que l\u2019identit\u00e9 politique se construise dans le discours \u00e0 partir d\u2019une \u201csingularit\u00e9\u201d, celle du sujet qui joue diff\u00e9rentes postures (MEIZOZ 2011\u00a0: 8-9) dans une performance \u00e0 m\u00eame de susciter l\u2019identification collective des b\u00e2tisseurs du m\u00eame avenir. Cette performance, au sens large du terme, a potentiellement la capacit\u00e9 de repr\u00e9senter un <em>ethos<\/em> collectif dans la vis\u00e9e de \u00ab\u00a0faire advenir un groupe dans une parole qui se veut collective\u00a0\u00bb (AMOSSY 2021\u00a0: 35), soit de cr\u00e9er un \u00ab\u00a0espace linguistique dans lequel le groupe pourra se constituer, se reconna\u00eetre et exister\u00a0\u00bb (MAYAFFRE 2003\u00a0: 248). L\u2019introduction progressive de l\u2019interlocuteur pr\u00e9sent par le pronom pluriel \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb et de l\u2019interlocuteur absent (la diaspora, qui suit en <em>streaming<\/em>) par le \u00ab nous \u00bb inclusif, forge l\u2019identit\u00e9 collective d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui porte le poids de la responsabilit\u00e9 \u00ab de sang, d\u2019Histoire et de destins m\u00eal\u00e9es \u00bb. Comme l\u2019affirme Mayaffre \u00e0 propos de la politique macroniste int\u00e9rieure, le \u00ab \u201cje\u201d pr\u00e9sidentiel omnipr\u00e9sent cherche souvent \u00e0 s\u2019envoler vers un horizon collectif partag\u00e9 \u00bb (MAYAFFRE 2021 : 35) ; ce qui sugg\u00e8re qu\u2019au-del\u00e0 et en de\u00e7\u00e0 des fronti\u00e8res, l\u2019attitude \u00e9nonciative ne change pas radicalement, virant vers un \u00ab ensemble \u00bb aussi inclusif que flou.<\/p>\n<p>En effet, malgr\u00e9 l\u2019abondance des d\u00e9ictiques de l\u2019intersubjectivit\u00e9, l\u2019emploi du pronom \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb est de loin le plus r\u00e9pandu\u00a0(249 fois, contre 153 occurrences de \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et 122 occurrences de \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb) confirmant la sur-utilisation du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb comme \u00e9tant \u00ab\u00a0l\u2019un des\u00a0traits les plus marquants de l\u2019\u00e9loquence macronienne\u00a0\u00bb\u00a0 (MAYAFFRE 2021\u00a0: 69). Il y aurait la volont\u00e9 chez l\u2019orateur de s\u2019impliquer personnellement dans l\u2019acte locutoire. \u00ab\u00a0<em>Je suis d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration<\/em>\u00a0\u00bb est d\u00e9clin\u00e9 en autant d\u2019identit\u00e9s particuli\u00e8res, suivant une gradation ascendante (chronologique) et d\u2019amplification (spatiale)\u00a0: il apparait, tour \u00e0 tour, le jeune spectateur des grandes victoires mondiales \u2013 en 1994, lors de la victoire de Nelson Mandela \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique sud-africaine, Emmanuel Macron n\u2019\u00e9tait pas majeur \u2013, le jeune Fran\u00e7ais \u00ab\u00a0de province\u00a0\u00bb (MACRON 2017) n\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9colonisation qui c\u00f4toie des camarades issus de la diaspora africaine, le citoyen fran\u00e7ais qui a grandi dans le projet de l\u2019Union Europ\u00e9enne et y a adh\u00e9r\u00e9. Cette r\u00e9p\u00e9tition d\u2019intensit\u00e9 aura comme effet d\u2019aboutir \u00e0 une \u00e9quation d\u2019identification qui ent\u00e9rine tout discours \u00e0 venir du locuteur l\u00e9gitime \u2013 \u00ab Et donc lorsque je vous parle de vous, je vous parle aussi de moi\u00a0\u00bb \u2013, quitte \u00e0 recadrer les relations communicationnelles dans l\u2019adresse \u00e0 un \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb de responsabilit\u00e9 uniquement africain, comme c\u2019est le cas dans la suite du discours qui tend vers le lexique martelant de la responsabilit\u00e9 (11 occurrences) souvent qualifi\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0immense\u00a0\u00bb et du choix\u00a0(18 occurrences). Si le lexique du renouveau (27 occurrences), de la construction (\u00ab\u00a0construire\u00a0\u00bb revient 9 fois), de la vision dynamique d\u2019une politique bas\u00e9e sur le \u00ab\u00a0projet\u00a0\u00bb \u00e0 faire (17 occurrences) et du \u00ab\u00a0d\u00e9fi\u00a0\u00bb (25 occurrences) valide la \u00ab\u00a0rh\u00e9torique du processus\u00a0\u00bb affich\u00e9e par Macron sur la sc\u00e8ne politique fran\u00e7aise (MAYAFFRE 2021\u00a0: 56-60), l\u2019histoire en partage se donne \u00e0 voir davantage comme le <em>leitmotiv<\/em> rh\u00e9torique du discours \u00e0 l\u2019Afrique (28 occurrences pour \u00ab\u00a0histoire\u00a0\u00bb, 18 occurrences pour \u00ab\u00a0partage\u00a0\u00bb, 18 occurrences pour \u00ab\u00a0commun\u00a0\u00bb). Ce qui sugg\u00e8re la volont\u00e9 de r\u00e9investir en politique l\u2019h\u00e9ritage philosophique de Paul Ric\u0153ur en ce qui concerne, plus particuli\u00e8rement, le travail de m\u00e9moire et son rapport \u00e0 l\u2019histoire, un h\u00e9ritage majeur qui fut l\u2019objet d\u2019une note de lecture autour de <em>La m\u00e9moire, l\u2019histoire et l\u2019oubli<\/em> (MACRON 2000). Les r\u00e9flexions sur la trace plurielle \u00ab\u00a0\u00e0 partir de laquelle se construit la repr\u00e9sentation du pass\u00e9\u00a0\u00bb (MACRON 2000\u00a0: 20) sont reprises au profit d\u2019un processus de r\u00e9conciliation et de \u00ab\u00a0pacification des m\u00e9moires\u00a0\u00bb plurielles (DOSSE 2017\u00a0: 232-233).<\/p>\n<p>L\u2019exhortation \u00e0 relever les d\u00e9fis et les propositions avanc\u00e9es par Macron, tout compte fait d\u00e9j\u00e0 assez connues (l\u2019aide publique au d\u00e9veloppement, la lutte contre le terrorisme et le trafic d\u2019armes et d\u2019\u00eatres humains, l\u2019aide \u00e0 la d\u00e9mocratisation, l\u2019\u00e9ducation prioritaire des jeunes filles, le contr\u00f4le d\u00e9mographique, etc.), font rapidement basculer le jeu communicationnel dans le d\u00e9bat ouvert et sans filtres avec le public burkinab\u00e9. L\u2019allocution minutieusement pr\u00e9par\u00e9e par les collaborateurs-scripteurs et retravaill\u00e9e par le scripteur-locuteur qu\u2019est Macron c\u00e8de le pas \u00e0 l\u2019exhibition et \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de l\u2019<em>\u00e9go-pr\u00e9sident <\/em>(MAYAFFRE 2021 : 168-169). C\u2019est dans ce format nouveau de l\u2019\u00e9change libre dans lequel Emmanuel Macron s\u2019engage que sa cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019homme d\u2019\u00c9tat habile se joue sur le plan rh\u00e9torique. L\u2019humilit\u00e9 affich\u00e9e dans le discours est rapidement remplac\u00e9e par un effet de spontan\u00e9it\u00e9 et par la familiarit\u00e9 enjou\u00e9e, fort de son exp\u00e9rience en tant qu\u2019\u00e9narque au Nig\u00e9ria (GLASER et AIRAULT 2021 : 225). Face \u00e0 des questions souvent inconfortables de l\u2019auditoire, Macron r\u00e9pond par la d\u00e9termination \u00e0 gagner la partie de la persuasion, renfor\u00e7ant son <em>autorit\u00e9 montr\u00e9e<\/em> (PLANTIN 2002 : 85). Peu importe s\u2019il finit par d\u00e9stabiliser les \u00e9tudiants peu adonn\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice rh\u00e9torique (\u00ab\u00a0venez \u00e0 la question\u00a0\u00bb, un ton anim\u00e9 appuyant sur \u00ab\u00a0mon ami\u00a0\u00bb, les sourcils tant\u00f4t fronc\u00e9s tant\u00f4t hauss\u00e9s devant un probl\u00e8me mal pos\u00e9 concernant les migrations). Les protestations du public envers les questions pos\u00e9es avec maladresse laissent entrevoir les pi\u00e8ges tendus par l\u2019art oratoire, qui consistent \u00e0 laisser contourner les sujets sensibles et \u00e0 rester sur sa faim quant aux questions de fond (le franc CFA, l\u2019interventionnisme militaire en Afrique, les voies de financement pour le d\u00e9veloppement, etc.).<\/p>\n<p>Enfin, dans la construction de l\u2019identit\u00e9 verbale, en plus d\u2019un besoin de cr\u00e9dibilit\u00e9, ce qui compte ici est l\u2019enjeu de captation \u00ab\u00a0qui nait chaque fois que le Je-parlant n\u2019est pas, vis-\u00e0-vis de son interlocuteur, dans une relation d\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb (CHARAUDEAU 2009\u00a0: 22). C\u2019est le cas pour les allocutaires qui consid\u00e8rent que la parole d\u2019Emmanuel Macron est ill\u00e9gitime en tant que descendant de l\u2019ancien colonisateur ou simplement en tant que pr\u00e9sident \u00e9tranger. Et Charaudeau d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019enjeu de captation repose donc sur la n\u00e9cessit\u00e9 pour le sujet de s\u2019assurer que le partenaire de l\u2019\u00e9change communicatif entre bien dans son projet d\u2019intentionnalit\u00e9\u00a0\u00bb (CHARAUDEAU 2009\u00a0: 22). Cela requiert davantage que sa profession de foi soit coh\u00e9rente avec l\u2019image de l\u2019homme int\u00e8gre qu\u2019il entend donner de lui-m\u00eame, misant sur la valeur universelle de la loyaut\u00e9 qui fut la devise de Thomas Sankara lorsqu\u2019il d\u00e9baptisa la Haute-Volta en faveur de Burkina Faso, \u00ab\u00a0le pays des hommes int\u00e8gres\u00a0\u00bb. \u00c0 plus forte raison, cette posture selon laquelle ce qu\u2019on <em>fait<\/em> doit correspondre \u00e0 ce qu\u2019on <em>est<\/em> devait appara\u00eetre dans la mise en sc\u00e8ne du d\u00e9bat citoyen et le cadre burkinab\u00e9 ne faisait qu\u2019en augmenter la charge symbolique.<\/p>\n<h3 id=\"-le-levier-de-l\u2019institution-\">3. Le levier de l\u2019institution litt\u00e9raire et savante comme strat\u00e9gie de rapprochement<\/h3>\n<p>Dans le discours de Ouagadougou, Macron et le Conseil pr\u00e9sidentiel pour l\u2019Afrique (CPA) ont pris beaucoup de soin dans le choix des arguments d\u2019autorit\u00e9 \u00e0 travers des citations d\u2019\u00e9crivains et l\u2019affichage des sources l\u00e9gitimes dans le monde savant africain. Ce qui confirme le style pr\u00e9sidentiel de l\u2019intellectuel que recherche Macron, dont les discours sont truff\u00e9s de citations savantes et de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires et philosophiques (MAYAFFRE 2021\u00a0: 154-155\u00a0; DOSSE 2017).\u00a0 Ces r\u00e9f\u00e9rences font qu\u2019Emmanuel Macron puisse se distinguer du \u201cmauvais \u00e9l\u00e8ve\u201d qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 Sarkozy-Guaino. Ce dernier avait construit son discours sur des r\u00e9f\u00e9rences coloniales du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et citait L. S. Senghor et Camara Laye hors contexte et sans consid\u00e9rer les contestations qui sont adress\u00e9es au p\u00e8re de la \u201cn\u00e9gritude\u201d, dont le concept est tributaire des th\u00e9ories essentialistes d\u00e9bouchant sur une pr\u00e9tendue \u00e9motion racialis\u00e9e. Par contre, le fait de citer Thomas Sankara et Nelson Mandela veut dire pour Macron donner l\u2019impression de reconna\u00eetre formellement le combat panafricaniste et y adh\u00e9rer. De la m\u00eame mani\u00e8re, le CPA sait bien que le fait de mentionner explicitement Joseph Ki-Zerbo, l\u2019historien de l\u2019Afrique qui donne le nom \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Ouagadougou, de puiser dans le champ engag\u00e9 fran\u00e7ais (Albert Londres et Andr\u00e9 Gide) et dans le champ engag\u00e9 africain en citant Amadhou Kourouma, Ousmane Semb\u00e8ne et leur cadet Ferlwine Sarr, signifie identifier les r\u00e9f\u00e9rences scientifiques et litt\u00e9raires qui changent le regard sur l\u2019Afrique. Ce sont eux, finalement, les repr\u00e9sentants d\u2019une m\u00e9thode d\u2019enqu\u00eate, rigoureuse et transversale, visant plusieurs disciplines\u00a0: le cin\u00e9ma (Ousmane Semb\u00e8ne est cin\u00e9aste mais aussi romancier), la litt\u00e9rature dite engag\u00e9e, le journalisme d\u2019enqu\u00eate, les sciences sociales, l\u2019histoire des id\u00e9es, l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie, etc.<\/p>\n<p>Suivant cette posture du rapprochement et de l\u2019<em>agir ensemble<\/em>, qui rel\u00e8ve d\u2019une action politique moins centr\u00e9e sur un programme que sur le dynamisme d\u2019un projet \u00e0 venir<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, Emmanuel Macron fait des artistes et intellectuels africains le levier principal de sa strat\u00e9gie communicative. Celle-ci consiste \u00e0 transformer le refus sarkozien de la repentance en action co-pilot\u00e9e afin de \u00ab\u00a0reconstruire cet imaginaire commun\u00a0\u00bb (MACRON 2017) \u00e0 travers les sciences et les arts. Ainsi, le projet annonc\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0Saison des cultures africaines en France\u00a0\u00bb en 2020, a comme objectif principal de\u00a0faire conna\u00eetre aux jeunes Fran\u00e7ais la sc\u00e8ne artistique africaine. Ce qui, au vu du d\u00e9clin de la francophonie comme toile de fond, consiste de fait \u00e0 relancer Paris comme centre n\u00e9vralgique de rayonnement culturel et artistique de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n<p>La question alors qui s\u2019impose tout naturellement est de savoir comment le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise g\u00e8re, d\u2019un point de vue rh\u00e9torique, sa relative autorit\u00e9 \u00e0 se prononcer sur la gestion du patrimoine africain. Puisque ce dernier est conserv\u00e9 dans les institutions fran\u00e7aises et europ\u00e9ennes, l\u2019enjeu pour la France de Macron est de se tourner vers le champ francophone (transcontinental) des intellectuels et des artistes les plus m\u00e9diatis\u00e9s. Et ce, afin de rendre visible son positionnement \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine qui, dit-il, avance des r\u00e9clamations, comme l\u2019affranchissement du franc CFA, qui \u00ab\u00a0n\u2019existe[nt] pas quand on est entre dirigeants.\u00a0\u00bb (GLASER et AIRAULT\u00a02021\u00a0: 246) Les r\u00e9actions apr\u00e8s le discours de Ouagadougou et les interventions d\u2019Achille Mbembe sur la presse, attirent l\u2019attention de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. Ce n\u2019est donc pas un hasard si, pour accro\u00eetre son autorit\u00e9, Emmanuel Macron choisit, comme interlocuteurs-m\u00e9diateurs, les \u00e9crivains et universitaires ayant contribu\u00e9 au collectif <em>\u00c9crire l\u2019Afrique-Monde<\/em> (2017), un projet de r\u00e9flexion se r\u00e9clamant du geste relationnel th\u00e9oris\u00e9 par \u00c9douard Glissant\u00a0: Achille Mbembe, Souleymane Bachir Diagne, Felwine Sarr, Alain Mabanckou, pour ne citer que les plus visibles sur la sc\u00e8ne internationale. \u00c0 Felwine Sarr, universitaire, \u00e9conomiste et \u00e9crivain s\u00e9n\u00e9galais, est confi\u00e9e la t\u00e2che de r\u00e9diger avec B\u00e9n\u00e9dicte Savoy, historienne de l\u2019art et universitaire fran\u00e7aise, le Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain remis en 2018. Le Rapport Sarr-Savoy, qui dresse un \u00e9tat des lieux des biens culturels afin d\u2019en d\u00e9terminer les conditions de restitutions, porte un sous-titre se r\u00e9clamant de cette vision\u00a0: <em>Vers une nouvelle \u00e9thique relationnelle<\/em>.<\/p>\n<p>Alain Mabanckou est aussi cit\u00e9 dans le discours de Ouagadougou et fait l\u2019objet d\u2019une invitation officielle \u00e0 participer aux travaux pr\u00e9paratoires de la \u00ab\u00a0Conf\u00e9rence internationale pour la langue fran\u00e7aise et le plurilinguisme dans le monde\u00a0\u00bb (14-15 f\u00e9vrier 2018). Mais si l\u2019\u00e9crivain franco-congolais refuse dans une lettre ouverte \u00e0 E. Macron d\u2019y participer, c\u2019est pour pointer du doigt les \u00ab\u00a0accointances avec les dirigeants des r\u00e9publiques banani\u00e8res qui d\u00e9capitent les r\u00eaves de la jeunesse africaine\u00a0\u00bb (MABANCKOU 2018). Peu apr\u00e8s, un texte co-\u00e9crit par A. Mabanckou et A. Mbembe appara\u00eet sur <em>Le Monde<\/em> pour \u00ab\u00a0mettre en garde le pr\u00e9sident Macron contre le concept de francophonie\u00a0\u00bb et ses enjeux (MABANCKOU, MBEMBE 2018). Une mise en garde qui pose les assises du \u00ab\u00a0Nouveau Sommet Afrique-France\u00a0\u00bb \u2013 lui adress\u00e9 uniquement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine et afrodescendante, les chefs d\u2019\u00c9tats n\u2019\u00e9tant pas convi\u00e9s \u2013, dont Achille Mbembe accepte de r\u00e9diger le texte pr\u00e9paratoire. Le rapport remis au pr\u00e9sident \u00e0 la veille du Sommet \u2013 <em>Les nouvelles relations Afrique-France : Relever ensemble les d\u00e9fis de demain<\/em> \u2013 est le fruit de consultations men\u00e9es avec \u00ab\u00a0plus de 4 000 personnes [de la soci\u00e9t\u00e9 civile] dans 12 pays africains\u00a0\u00bb (DOS SANTOS et SCHLIMMER 2021\u00a0: 5) pour identifier les revendications autour desquelles doit se d\u00e9velopper le Sommet et pour formuler ensuite des solutions qui sont contenues dans le rapport. Le \u00ab\u00a0Sommet\u00a0\u00bb s\u2019ouvre donc sous le signe de l\u2019action citoyenne, avec le grand absent\u00a0du corps institutionnel africain.<\/p>\n<h3 id=\"-la-\u00ab-nouvelle-page-de-notre-\">4. La \u00ab nouvelle page de notre relation \u00bb ou une rh\u00e9torique de la s\u00e9duction<\/h3>\n<p>L\u2019enjeu de ce \u00ab\u00a0Nouveau Sommet\u00a0\u00bb \u00e0 Montpellier est d\u2019abord m\u00e9diatique. Cette 28<sup>e<\/sup> \u00e9dition, consacr\u00e9e \u00e0 la jeunesse africaine et pr\u00e9sent\u00e9e comme artistique et culturelle, a effectivement fait passer sous silence le Sommet sur le financement des \u00e9conomies africaines (SFEA) tenu \u00e0 Paris le 18 mai 2021, lui en pr\u00e9sence des chefs d\u2019\u00c9tats africains, bien s\u00fbr. Il ne semble donc pas abus\u00e9 d\u2019affirmer que la man\u0153uvre consistait \u00e0 mettre en avant les onze jeunes activistes, jusque-l\u00e0 invisibles sur la sc\u00e8ne fran\u00e7aise mais connus sur le sol africain. Et de faire <em>comme si<\/em> on occultait les figures institutionnellement l\u00e9gitimes, soit les dirigeants africains qui, dans beaucoup de cas, occupent la sc\u00e8ne politique depuis des d\u00e9cennies. La nouveaut\u00e9 du Sommet porte \u00e9galement sur son format. Le d\u00e9bat entre \u00e9gaux se caract\u00e9rise par le franc-parler et le renversement des r\u00f4les qui d\u00e9hi\u00e9rarchise la communication\u00a0: le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise \u00e9coute le discours prononc\u00e9 par les activistes, et non l\u2019inverse. Ce format dynamique s\u2019inspire d\u2019une p\u00e9dagogie de citoyennet\u00e9 participative d\u2019autant plus populaire qu\u2019il se joue sur le mode de la mise en sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p>Selon plusieurs \u00e9ditorialistes et observateurs, \u00e0 l\u2019instar du discours de Ouagadougou, o\u00f9 l\u2019on remarquait surtout la r\u00e9ussite du \u00ab\u00a0grand oral\u00a0\u00bb pr\u00e9sidentiel (\u00ab\u00a0Afrique, le show Macron\u00a0\u00bb, <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 29\/11\/2017) et la vivacit\u00e9 des tons pendant la s\u00e9ance questions-r\u00e9ponses tourn\u00e9e en \u00ab\u00a0v\u00e9ritable moment de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Vincent Hervou\u00ebt, <em>Europe 1<\/em>, 29 novembre 2017), la pl\u00e9ni\u00e8re du Sommet prend la forme du <em>talkshow<\/em> (DOS SANTOS et SCHLIMMER 2021\u00a0: 3). La non-hi\u00e9rarchisation des \u00e9changes est bien repr\u00e9sent\u00e9e par la distribution des chaises sur le plateau, o\u00f9 l\u2019on compte les onze militants, la ministre de l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes (Elisabeth Moreno), Emmanuel Macron et, bien s\u00fbr, Achille Mbembe, qui reste en retrait du d\u00e9but \u00e0 la fin du d\u00e9bat. En d\u00e9finitive, la performance remplace le rituel de l\u2019allocution. Et puisque ce format ne permet pas de d\u00e9cortiquer les sujets, Emmanuel Macron joue la carte de la <em>captation<\/em> pour fasciner et convaincre\u00a0: l\u2019attitude de s\u00e9duction se d\u00e9ploie sur le mode tant\u00f4t narratif tant\u00f4t dramatique.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit d\u2019une histoire d\u2019amour franco-africaine d\u00e9marre sur la m\u00e9taphore narrative de l\u2019\u00e9criture d\u2019un \u00ab\u00a0nouveau chapitre de la relation entre l\u2019Afrique et la France\u00a0\u00bb. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 Ouagadougou, Emmanuel Macron parlait de \u00ab\u00a0notre relation\u00a0\u00bb \u00e9num\u00e9rant, comme un vieil amant, les sacrifices d\u00e9j\u00e0 accomplis\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Une histoire, des liens, des aventures familiales, des passions communes avec tout ce qu\u2019elles emportent. Des d\u00e9chirements, des volont\u00e9s folles de faire et surtout une amiti\u00e9 pour agir. Car il s\u2019agit bien ensemble de peser sur les grands \u00e9quilibres du monde de demain. (MACRON 2017).<\/p><\/blockquote>\n<p>La m\u00e9taphore de la relation amoureuse refait surface, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode o\u00f9 les \u00e9lites fran\u00e7aises et africaines se c\u00f4toyaient et les pr\u00e9sidents \u00e9taient \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb. Dans un langage devenu d\u00e9sormais courant, cette relation franco-africaine est souvent qualifi\u00e9e d\u2019inali\u00e9nable et l\u2019amour est r\u00e9ciproque. En dehors des \u00e9lites, par contre, la nature intimement fatale ou carr\u00e9ment malsaine de cette relation est bien visible \u00e0 l\u2019analyse. Elle est d\u00e9crite tour \u00e0 tour comme \u00ab\u00a0consanguine\u00a0\u00bb (Ba, <em>Jeune Afrique<\/em>, 21\/10\/2021), \u00ab\u00a0tourment\u00e9e\u00a0\u00bb (<em>TchadConvergence<\/em>, 5\/10\/2021), \u00ab\u00a0incestueuse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sulfureuse\u00a0\u00bb (AFP, <em>Le Point<\/em>, 29\/11\/2017), autant d\u2019adjectifs qui r\u00e9activent un lexique de l\u2019amour trouble ou de l\u2019accouplement depuis que Macron entend \u00ab r\u00e9inventer ensemble \u00bb l\u2019amiti\u00e9 franco-africaine. Thomas Deltombe a retrac\u00e9 les \u00e9volutions de cette \u00ab relation perverse \u00bb faite de \u00ab pr\u00e9dation sexuelle \u00bb, au sens propre comme au figur\u00e9, \u00e0 l\u2019encontre de femmes africaines et des terres \u00e0 \u00ab p\u00e9n\u00e9trer, d\u00e9fricher, ensemencer \u00bb (DELTOMBE 2021). Et parce que le champ s\u2019\u00e9tend avec les locutions du \u00ab mariage forc\u00e9 \u00bb et d\u2019un \u00ab divorce difficile \u00bb, qui circulent de plus en plus, il devient urgent pour Macron d\u2019intervenir pour contraster la concurrence f\u00e9roce de la Chine, la Russie, la Turquie, pr\u00e9sent\u00e9es dans les d\u00e9bats r\u00e9cents comme des pr\u00e9tendants peu recommandables, voire des pr\u00e9dateurs.<\/p>\n<p>L\u2019orateur-s\u00e9ducteur doit donc pr\u00e9senter cette histoire comme \u00e9tant toujours attrayante et \u00e0 nouveau envisageable, par le narratif euph\u00e9mis\u00e9 de l\u2019aventure familiale afin de transformer les destinataires d\u00e9senchant\u00e9s en h\u00e9ros du \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Notre pays s\u2019est construit dans ce rapport \u00e0 l\u2019Afrique. Et nous avons pr\u00e8s de 7 millions de Fran\u00e7aises et de Fran\u00e7ais <strong><em>dont la vie est intimement, familialement, de mani\u00e8re directe en premi\u00e8re ou deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, li\u00e9e \u00e0 l\u2019Afrique<\/em><\/strong>. Ce qui veut dire qu\u2019on ne peut pas avoir un projet pour la France, on ne peut pas avoir une France qui embrasse son propre avenir, sa propre destin\u00e9e, qui construit son propre <strong><em>roman national<\/em><\/strong>, comme on dit, si elle n\u2019assume pas sa part d\u2019africanit\u00e9, si elle ne regarde pas, ce que l\u00e0 aussi \u00e0 travers des <strong><em>pages sombres<\/em><\/strong>, des <strong><em>pages heureuses<\/em><\/strong>, des <strong><em>histoires familiales subies<\/em><\/strong> comme des <strong><em>histoires choisies<\/em><\/strong>, des <strong><em>histoires tragiques<\/em><\/strong> comme des <strong><em>histoires d\u2019amour<\/em><\/strong>, a fait et continue de faire aussi notre pays. Ce nouveau sommet il est aussi pour toutes nos diasporas, il est aussi pour toutes les femmes et les hommes qui, fran\u00e7aises, fran\u00e7ais ou binationaux, font vivre et continueront de <em><strong>faire vivre cette relation<\/strong>.<\/em>\u00a0\u00bb (MACRON 2021)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le lexique des affects (\u00ab\u00a0intimement\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0familialement\u00a0\u00bb) et des \u00e9motions (\u00ab\u00a0pages <em>sombres<\/em>\u00a0\u00bb vs. \u00ab\u00a0pages <em>heureuses<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0histoires <em>familiales<\/em>\u00a0\u00bb vs. \u00ab\u00a0histoires <em>d\u2019amour<\/em>\u00a0\u00bb) est convoqu\u00e9 dans ce discours d\u2019introduction par un proc\u00e9d\u00e9 de dramatisation \u00e0 rythme binaire de la petite histoire (\u00ab\u00a0<em>histoires<\/em> subies\u00a0\u00bb-\u00ab\u00a0<em>histoires<\/em> choisies\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>histoires<\/em> tragiques\u00a0\u00bb-\u00ab\u00a0<em>histoires<\/em> d\u2019amour\u00a0\u00bb). L\u2019acte de langage fait advenir l\u2019instance discursive comme un \u00ab\u00a0\u00e0 construire-construisant\u00a0\u00bb (CHARAUDEAU 2009\u00a0: 23) qui, en s\u2019engageant, engage les Fran\u00e7ais.e.s, les Africain.e.s et les diasporas \u00e0 poursuivre le <em>r\u00e9cit fondateur<\/em> de l\u2019histoire universelle (\u00ab\u00a0<em>faire vivre<\/em> cette relation\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Dans ce sens, la narration devient action, quitte \u00e0 se heurter \u00e0 la <em>realpolitik<\/em> et au pragmatisme qui laissent entrevoir les relents paternalistes d\u2019antan si bien dissimul\u00e9s par son art oratoire. Une fois instaur\u00e9 le climat de confiance, l\u2019emploi fr\u00e9quent du verbe modal <em>vouloir<\/em> \u00e0 la premi\u00e8re personne \u2013 \u00ab\u00a0<em>je veux<\/em> porter [le projet de r\u00e9daction d\u2019une histoire commune] comme un atout\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>je veux<\/em> que la France s\u2019engage [\u2026] \u00e0 la formation des professeurs [en Afrique]\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>je veux<\/em> partout en Afrique qu\u2019une jeune fille puisse avoir le choix de ne pas \u00eatre mari\u00e9e \u00e0 13 ans ou \u00e0 14 ans et commencer \u00e0 faire des enfants\u00a0\u00bb (MACRON 2017) \u2013, sent l\u2019anachronisme par endroits et change radicalement la perception des propos, aussi bien dans le discours de Ouagadougou que dans les s\u00e9ances d\u2019\u00e9changes avec le public en 2017 et \u00e0 Montpellier en 2021. Et ce, parce que l\u2019expression de la volont\u00e9 ferme qui frise l\u2019ing\u00e9rence ou du jugement se combine mal avec le ton humble et bienveillant qu\u2019il se doit dans une relation fragile qui risque de plonger dans le divorce. La volont\u00e9 macronienne de r\u00e9\u00e9crire ensemble l\u2019histoire de l\u2019Afrique, celle d\u2019engager la France dans la formation de professeurs en Afrique, ou encore la volont\u00e9 qu\u2019une jeune fille puisse exercer son libre arbitre \u00e0 propos de son \u00e9ducation et de sa maternit\u00e9, portent certes sur des intentions louables. Mais en voulant agir dans le discours sans consentement \u00e0 travers des sur-\u00e9nonciations (RABATEL 2012) appuy\u00e9es sur les modalit\u00e9s d\u00e9ontiques du <em>vouloir<\/em>, elle r\u00e9it\u00e8re les gestes abusifs de poser les param\u00e8tres occidentaux en surplomb des r\u00e9alit\u00e9s africaines sans m\u00eame avoir avanc\u00e9 au pr\u00e9alable des consid\u00e9rations particuli\u00e8res d\u2019ordre \u00e9thique, m\u00e9thodologique et culturel. Ainsi faisant, Emmanuel Macron risque, lui aussi, comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, de se poser en donneur de le\u00e7ons de par sa posture surplombante (RABATEL 2012\u00a0; cf. 2017), voire dominante.<\/p>\n<h3 id=\"conclusion\u00a0:-la-voie-de-l\u2019h\">Conclusion\u00a0: la voie de l\u2019Hexagone<\/h3>\n<p>La promesse d\u2019une nouvelle relation d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal se joue principalement sur le plan rh\u00e9torique tant il est vrai que la m\u00e9fiance nourrie \u00e0 la veille de la premi\u00e8re visite d\u2019E. Macron en Afrique est confirm\u00e9e par les r\u00e9actions dressant un bilan \u00ab\u00a0mitig\u00e9\u00a0\u00bb aussi bien dans la presse africaine et francophone que sur les r\u00e9seaux sociaux, quand il n\u2019est pas carr\u00e9ment rebaptis\u00e9 \u00ab\u00a0Burkina fiasco\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Dans une perspective africaine, la visite du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise se mesure sur l\u2019arrogance du discours de Dakar prononc\u00e9 par Sarkozy, d\u00e9sormais grav\u00e9e dans les m\u00e9moires, en ce qu\u2019il traduit un savoir doxique sur l\u2019Afrique. Il \u00e9tait donc primordial, pour le jeune pr\u00e9sident nouvellement \u00e9lu, de se pr\u00e9senter \u00e0 Ouagadougou comme appartenant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration postcoloniale et globalis\u00e9e afin de susciter l\u2019identification de son auditoire en une identit\u00e9 sociale partageant les m\u00eames valeurs de libert\u00e9 et d\u2019int\u00e9grit\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Thomas Sankara. La construction d\u2019un <em>ethos<\/em> de la familiarit\u00e9 et de proximit\u00e9 a offert l\u2019occasion \u00e0 Emmanuel Macron de prendre ses distances de l\u2019<em>ethos<\/em> pr\u00e9alable du Fran\u00e7ais donneur de le\u00e7ons et de se positionner comme interlocuteur privil\u00e9gi\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 civile panafricaine. Et ce, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019intellectuels et d\u2019\u00e9crivains \u2013 Achille Mbembe et Felwine Sarr en t\u00eate \u2013 tr\u00e8s visibles sur la sc\u00e8ne internationale et susceptibles donc d\u2019encourager une relation participative capable de contraster le lexique p\u00e9joratif du mariage forc\u00e9 ou, pire, du divorce entre la France et l\u2019Afrique. La r\u00e9activation de la m\u00e9taphore amoureuse dans ses discours en 2017 et en 2021, employ\u00e9e pour r\u00e9investir les relations franco-africaines \u00e0 nouveaux frais, autorise une attitude de s\u00e9duction verbale \u00e0 travers les modalit\u00e9s narratives du grand r\u00e9cit collectif, qui finalement garde assez intactes les anciennes dynamiques.<\/p>\n<p>Or, si avec Emmanuel Macron on assiste \u00e0 la volont\u00e9 de renouveler le \u00ab\u00a0lexique de la politique africaine\u00a0\u00bb (AIRAULT, BAT 2019\u00a0: 234) il n\u2019est pas certain qu\u2019il parvienne \u00e0 en modifier la grammaire\u00a0car les r\u00e8gles du jeu de la Fran\u00e7afrique d\u00e9passent le cadre institutionnel, trop souvent identifi\u00e9 (erron\u00e9ment) aux seules coulisses de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. L\u2019<em>ethos<\/em> produit ne semble pas en ad\u00e9quation avec l\u2019<em>ethos<\/em> vis\u00e9 du renouveau qui \u00e9tait potentiellement pr\u00e9sent dans le caract\u00e8re <em>intrins\u00e8que<\/em> (MAINGUENEAU 2023) de la posture constitutive du citoyen de la \u201cjeune g\u00e9n\u00e9ration\u201d revendiqu\u00e9e mais, de fait, en d\u00e9calage avec la jeune g\u00e9n\u00e9ration du continent o\u00f9 l\u2019\u00e2ge moyen est d\u2019environ 20 ans. Finalement, la politique de l\u2019<em>agir ensemble <\/em>et la rh\u00e9torique du \u00ab\u00a0avec vous\u00a0\u00bb renvoient au slogan de ses campagnes \u00e9lectorales en France\u00a0: \u00ab\u00a0Emmanuel Macron avec vous\u00a0\u00bb. Ce qui avalise l\u2019id\u00e9e selon laquelle la politique africaine de Macron, affich\u00e9e pour la premi\u00e8re fois au Burkina Faso, s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 avec la politique int\u00e9rieure et que l\u2019Afrique reste, dans l\u2019imaginaire politique fran\u00e7ais, le <em>pr\u00e9 carr\u00e9<\/em> qu\u2019il faut d\u00e9fendre jalousement, malgr\u00e9 les contestations croissantes contre la politique fran\u00e7aise en Afrique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 id=\"bibliographie\">Bibliographie<\/h3>\n<p>Allocution de Nicolas SARKOZY \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Cheikh Anta Diop de Dakar, <em>Archives de l\u2019Elys\u00e9e<\/em>, 26 juillet 2007. URL : <a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20101104083351\/http:\/www.elysee.fr\/president\/les-actualites\/discours\/2007\/discours-a-l-universite-de-dakar.8264.html\">https:\/\/web.archive.org\/web\/20101104083351\/http:\/\/www.elysee.fr\/president\/les-actualites\/discours\/2007\/discours-a-l-universite-de-dakar.8264.html<\/a><\/p>\n<p>Allocution d\u2019Emmanuel MACRON \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Ki-Zerbo de Ouagadougou, <em>Elys\u00e9e.fr<\/em>, Actualit\u00e9s, 28 novembre 2017. URL : <a href=\"https:\/\/www.elysee.fr\/emmanuel-macron\/2017\/11\/28\/discours-demmanuel-macron-a-luniversite-de-ouagadougou\">https:\/\/www.elysee.fr\/emmanuel-macron\/2017\/11\/28\/discours-demmanuel-macron-a-luniversite-de-ouagadougou<\/a>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nouveau Sommet Afrique-France\u00a0\u00bb, <em>\u00c9lys\u00e9e.fr<\/em>, Actualit\u00e9s, 8 octobre 2021. URL : <a href=\"https:\/\/www.elysee.fr\/emmanuel-macron\/2021\/10\/08\/nouveau-sommet-afrique-france\">https:\/\/www.elysee.fr\/emmanuel-macron\/2021\/10\/08\/nouveau-sommet-afrique-france<\/a>.<\/p>\n<p>R\u00e9daction Africanews (avec AFP), \u00ab\u00a0Burkina Faso\u00a0: le d\u00e9senchantement quatre ans apr\u00e8s le discours de Macron\u00a0\u00bb, <em>Africanews<\/em>, 06\/10\/2021. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/fr.africanews.com\/2021\/10\/06\/burkina-faso-le-desenchantement-quatre-ans-apres-le-discours-de-macron\/\">https:\/\/fr.africanews.com\/2021\/10\/06\/burkina-faso-le-desenchantement-quatre-ans-apres-le-discours-de-macron\/\/<\/a><\/p>\n<p>AIRAULT, Pascal, BAT, Jean-Pierre, <em>Fran\u00e7afrique. Op\u00e9rations secr\u00e8tes et affaires d\u2019\u00c9tat<\/em>, Paris, \u00c9ditions Tallandier, 2019.<\/p>\n<p>AMOSSY, Ruth, <em>La pr\u00e9sentation de soi. <\/em>Ethos<em> et identit\u00e9 verbale<\/em>, Paris, PUF, coll. L\u2019interrogation philosophique, 2010.<\/p>\n<p>AMOSSY, Ruth, \u00ab Qu\u2019est-ce que l\u2019<em>ethos <\/em>collectif ? Sciences du langage et sciences sociales\u00a0\u00bb, <em>in <\/em>ORKIBI, Eithan, AMOSSY, Ruth (\u00e9ds.), <em>Ethos collectif et identit\u00e9s sociales<\/em>, Paris, Garnier, 2021, p. 21-51.<\/p>\n<p>BORREL, Thomas <em>et al<\/em>., \u00ab\u00a0Introduction. Fran\u00e7afrique, la mort lui va si bien\u00a0\u00bb, <em>in<\/em> BORREL, Thomas <em>et al<\/em>. (\u00e9ds.), <em>L\u2019Empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Fran\u00e7afrique<\/em>, Paris, Seuil, 2021, p. 9-21.<\/p>\n<p>CHARAUDEAU, Patrick, \u00ab\u00a0Identit\u00e9 sociale et identit\u00e9 discursive. Un jeu de miroir fondateur de l\u2019activit\u00e9 langagi\u00e8re\u00a0\u00bb in CHARAUDEAU, Patrick (\u00e9d.), <em>Identit\u00e9s sociales et discursives du sujet parlant<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, coll. Sociolinguistiques, 2009, p. 15-28.<\/p>\n<p>CHARAUDEAU, Patrick, <em>Le discours politique. Les masques du pouvoir<\/em>, Paris, Lambert-Lucas, 2014.<\/p>\n<p>CHARAUDEAU, Patrick, <em>Le sujet parlant en sciences du langage\u00a0: contraintes et libert\u00e9s. Une perspective interdisciplinaire<\/em>, Paris, Lambert-Lucas, 2023.<\/p>\n<p>COLLOMBART, Beno\u00eet, \u00ab\u00a0L\u2019ombre de la France derri\u00e8re l\u2019assassinat de Thomas Sankara (1987)\u00a0\u00bb <em>in<\/em> BORREL, Thomas <em>et al<\/em>. (\u00e9ds.), <em>L\u2019Empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Fran\u00e7afrique<\/em>, Paris, Seuil, 2021, p. 562-565.<\/p>\n<p>DELTOMBE, Thomas, \u00ab\u00a0Entre la France et l\u2019Afrique une histoire d\u2019amour, vraiment\u00a0?\u00a0Fran\u00e7afrique, une histoire sans fin\u00a0\u00bb, <em>AfriqueXXI<\/em>, 6 octobre 2021. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/afriquexxi.info\/Entre-la-France-et-l-Afrique-une-histoire-d-amour-vraiment\">https:\/\/afriquexxi.info\/Entre-la-France-et-l-Afrique-une-histoire-d-amour-vraiment<\/a><\/p>\n<p>DOMINGUES DOS SANTOS, \u00c9lisa, SCHLIMMER, Sina, \u00ab\u00a0Nouveau Sommet Afrique-France. La continuit\u00e9 masqu\u00e9e de la politique africaine d\u2019Emmanuel Macron\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Afrique en questions<\/em>, n. 61, <em>IFRI<\/em>, 27 octobre 2021.<\/p>\n<p>DOSSE, Fran\u00e7ois, <em>Le philosophe et le pr\u00e9sident. Ric\u0153ur et Macron<\/em>, Paris, Stock, 2017.<\/p>\n<p>DRUETTA, Ruggero, \u00ab\u00a0La valse \u00e0 trois temps de la saillance orale\u00a0: parole, prosodie, geste\u00a0\u00bb <em>in<\/em> PAISSA, Paola, RIGAT, Fran\u00e7oise, VITTOZ, Marie-Berthe (\u00e9ds.), <em>Dans l\u2019amour des mots. Chorale(s) pour Mariagrazia<\/em>, Alessandria, Edizioni dell\u2019Orso, 2015, p. 41-57.<\/p>\n<p>DRUETTA, Ruggero, PAISSA, Paola, \u00ab \u00c9thos discursif, \u00e9thos pr\u00e9alable et postures \u00e9nonciatives\u00a0\u00bb, <em>Corela<\/em>, n. 32 (hors-s\u00e9rie), 2020. URL : <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/corela\/12457\">http:\/\/journals.openedition.org\/corela\/12457<\/a><\/p>\n<p>GLASER, Antoine, AIRAULT, Pascal, <em>Le pi\u00e8ge africain de Macron. Du continent \u00e0 l\u2019Hexagone<\/em>, Paris, Fayard, 2021.<\/p>\n<p>KERBRAT-ORECCHIONI, Catherine, <em>L\u2019\u00c9nonciation. De la subjectivit\u00e9 dans le langage<\/em>, Paris, Armand Colin, 2009 [1999].<\/p>\n<p>KUM, Peter, BONNY, Aurore, \u00ab\u00a0Le discours de Macron sur l\u2019Afrique suscite des r\u00e9actions mitig\u00e9es\u00a0\u00bb, <a href=\"https:\/\/www.aa.com.tr\/\"><em>Anadolu Ajans\u0131<\/em><\/a>, 11\/05\/2023. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.aa.com.tr\/fr\/monde\/le-discours-de-macron-sur-lafrique-suscite-des-r%C3%A9actions-mitig%C3%A9es-\/2834092\">https:\/\/www.aa.com.tr\/fr\/monde\/le-discours-de-macron-sur-lafrique-suscite-des-r%C3%A9actions-mitig%C3%A9es-\/2834092<\/a><\/p>\n<p>LEBOUCQ, Fabien, \u00ab\u00a0Macron a-t-il caus\u00e9 \u201cun incident diplomatique\u201d lors de sa visite \u00e0 Ouagadougou\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 29\/11\/2017. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/desintox\/2017\/11\/29\/macron-a-t-il-cause-un-incident-diplomatique-lors-de-sa-visite-a-ouagadougou_1613331\/\">https:\/\/www.liberation.fr\/desintox\/2017\/11\/29\/macron-a-t-il-cause-un-incident-diplomatique-lors-de-sa-visite-a-ouagadougou_1613331\/<\/a><\/p>\n<p>MABANCKOU, Alain, \u00ab\u00a0Francophonie, langue fran\u00e7aise: lettre ouverte \u00e0 Emmanuel Macron\u00a0\u00bb, <em>Le Nouvel Observateur<\/em>, 15 Janvier 2018. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/actualites\/20180115.OBS0631\/francophonie-langue-francaise-lettre-ouverte-a-emmanuel-macron.html\">https:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/actualites\/20180115.OBS0631\/francophonie-langue-francaise-lettre-ouverte-a-emmanuel-macron.html<\/a><\/p>\n<p>MABANCKOU, Alain, MBEMBE, Achille, \u00ab\u00a0Le fran\u00e7ais, notre bien commun\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Le Nouvel Observateur<\/em>, 11 f\u00e9vrier 2018. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/idees\/20180211.OBS2020\/le-francais-notre-bien-commun-par-alain-mabanckou-et-achille-mbembe.html\">https:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/idees\/20180211.OBS2020\/le-francais-notre-bien-commun-par-alain-mabanckou-et-achille-mbembe.html<\/a><\/p>\n<p>MACRON, Emmanuel, \u00ab\u00a0La lumi\u00e8re blanche du pass\u00e9. Lecture de <em>La M\u00e9moire, l\u2019histoire et l\u2019oubli <\/em>de Paul Ric\u0153ur\u00a0\u00bb, <em>Esprit<\/em>, ao\u00fbt-septembre 2000, n. 266\/267 (8\/9), pp. 16-31.<\/p>\n<p>MAINGUENEAU, Dominique, \u00ab\u00a0Probl\u00e8mes d\u2019ethos\u00a0\u00bb, <em>Pratiques : linguistique, litt\u00e9rature, didactique<\/em>, n. 113-114, 2002, p. 55- 67.<\/p>\n<p>MAINGUENEAU, Dominique, \u00ab Discussion critique sur l\u2019ethos (en r\u00e9ponse \u00e0 Ruth Amossy)\u00a0\u00bb, <em>Argumentation et Analyse du Discours<\/em>, n. 30, 2023. URL : <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/7416\">http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/7416<\/a><\/p>\n<p>MAYAFFRE, Damon, \u00ab Dire son identit\u00e9 politique. Etude du discours politique fran\u00e7ais au\u00a0XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, <em>Cahiers de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, n. 66, 2003, p. 247-264. URL : <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/cdlm\/119\">http:\/\/journals.openedition.org\/cdlm\/119<\/a><\/p>\n<p>MAYAFFRE, Damon, <em>Macron ou le myst\u00e8re du verbe. Ses discours d\u00e9crypt\u00e9s par la machine<\/em>, La Tour-d\u2019Aigues, \u00c9ditions de l\u2019Aube, 2021.<\/p>\n<p>MBEMBE, Achille, \u00ab\u00a0L\u2019Afrique de Nicolas Sarkozy\u00a0\u00bb, <em>Mouvements<\/em>, n. 52, vol. 4, 2007, p. 65-73.<\/p>\n<p>MEIZOZ, J\u00e9r\u00f4me, <em>La fabrique des singularit\u00e9s<\/em>, Gen\u00e8ve, Slatkine, 2011.<\/p>\n<p>MOLINI\u00c9, Georges, <em>\u00c9l\u00e9ments de stylistique fran\u00e7aise<\/em>, Paris, PUF, 2011.<\/p>\n<p>NGALASSO, Mwatha Musanji, \u00ab\u00a0<em>Je suis venu vous dire<\/em>\u2026 Anatomie d\u2019un discours n\u00e9ocolonial en langue de caoutchouc\u00a0\u00bb <em>in<\/em> GASSAMA, Makhily (\u00e9d.), <em>L\u2019Afrique r\u00e9pond \u00e0 Sarkozy. Contre le discours de Dakar<\/em>, Paris, Philippe Rey, 2008, p. 297-340.<\/p>\n<p>PLANTIN, Christian, \u00ab\u00a0Autorit\u00e9\u00a0\u00bb in CHARAUDEAU, Patrick, MAINGUENEAU, Dominique (\u00e9ds.), <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em>, Paris, Seuil, 2002, p. 84-86.<\/p>\n<p>RABATEL, Alain, \u00ab\u00a0Positions, positionnements et postures de l\u2019\u00e9nonciateur\u00a0\u00bb, <em>Travaux neuch\u00e2telois de linguistique<\/em>, n. 56, 2012, pp. 23-42.<\/p>\n<p>RABATEL, Alain, <em>Pour une lecture linguistique et critique des m\u00e9dias. Empathie, \u00e9thique, point(s) de vue<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas, 2017.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Chez Emmanuel Macron, la symbolique du drapeau fran\u00e7ais contribue largement \u00e0 la construction de l\u2019<em>ethos<\/em> dit et montr\u00e9, ce dernier \u00e9tant, entre autres, le fruit d\u2019un travail sur le d\u00e9cor \u2013 le mot \u00ab\u00a0fraternit\u00e9\u00a0\u00bb encadr\u00e9 par la cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019occasion de la premi\u00e8re entrevue que, le 15 octobre 2017, le pr\u00e9sident accorde \u00e0 des journalistes\u00a0 (DRUETTA, PAISSA 2020\u00a0: \u00a73).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Un n\u00e9ologisme forg\u00e9 par Fran\u00e7ois-Xavier Verschave pour d\u00e9signer le syst\u00e8me n\u00e9ocolonial de corruption et le r\u00e9seau de pratiques opaques entre la France et les \u00c9tats africains. Selon les auteurs de <em>L\u2019Empire qui ne veut pas mourir<\/em>, la Fran\u00e7afrique est \u00ab un syst\u00e8me de domination fond\u00e9 sur une alliance strat\u00e9gique et asym\u00e9trique entre une partie des \u00e9lites fran\u00e7aises et une partie de leurs homologues africaines. \u00bb (BORREL <em>et al<\/em>. 2021\u00a0: 14).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> \u00ab\u00a0Je suis venu vous dire\u00a0\u00bb appara\u00eet huit fois\u00a0\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa forme n\u00e9gative, \u00ab\u00a0je ne suis pas venu\u00a0\u00bb accompagn\u00e9e de groupes verbaux (\u00ab\u00a0pour pleurer avec vous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pour m\u2019apitoyer sur votre sort\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0effacer le pass\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vous parler de repentance\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vous donner des le\u00e7ons\u00a0\u00bb) qualifiant ainsi son acte de langage qui se veut non plaintif. Nous renvoyons \u00e0 l\u2019\u00e9tude discursive de Mwatha Musanji Ngalasso (NGALASSO 2008\u00a0: 299-340) qui en analyse la \u00ab\u00a0langue de caoutchouc\u00a0\u00bb \u2013 aux antipodes de la langue de bois \u2013 dont l\u2019approximation et la fausse transparence en font un mod\u00e8le de discours \u00ab\u00a0vulgaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Le traitement statistique du texte effectu\u00e9 par Mayaffre, montre que les verbes de changements sont souvent employ\u00e9s par Macron de mani\u00e8re intransitive \u00ab\u00a0sans <em>actant<\/em> autre que le sujet\u00a0et dans un usage syntaxique o\u00f9 les <em>arguments<\/em> sont \u00e9lid\u00e9s\u00a0\u00bb (MAYAFFRE 2021\u00a0: 60). Effectivement, Macron confie une grande partie de son action politique \u00e0 la force illocutoire de sa parole, vu l\u2019abondance du vocabulaire du \u00ab\u00a0changement\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0transformation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Faute d\u2019une source suffisamment repr\u00e9sentative des r\u00e9actions de la presse africaine et francophone internationale, nous renvoyons \u00e0 quelques titres capables de restituer un aper\u00e7u de la r\u00e9ception d\u2019abord prudente, puis peu enthousiaste. (<em>Africanews<\/em>, 06\/10\/2021, <a href=\"https:\/\/www.aa.com.tr\/\"><em>Anadolu Ajans\u0131<\/em><\/a>, 11\/05\/2023) D\u2019une part, elle met en \u00e9vidence le d\u00e9calage entre une grande ouverture affich\u00e9e dans la posture \u00e9nonciative et une relative fermeture sur les th\u00e8mes per\u00e7us comme les plus g\u00eanants (le franc CFA, les bases militaires fran\u00e7aises, l\u2019effet boomerang de l\u2019aide au d\u00e9veloppement, etc.). D\u2019autre part, la presse fran\u00e7aise \u00e9voque assez vite l\u2019incident diplomatique avec le pr\u00e9sident du Burkina Faso, Roch Traor\u00e9, parti \u00ab\u00a0r\u00e9parer la climatisation\u00a0\u00bb, selon les mots amus\u00e9s d\u2019E. Macron lors d\u2019une coupure d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 au moment des questions des \u00e9tudiants burkinab\u00e8 qui l\u2019ont interpell\u00e9 sur l\u2019ouverture d\u2019une centrale \u00e9lectrique fran\u00e7aise. (<em>Lib\u00e9ration<\/em>, 29\/11\/ 2017)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>Per citare questo articolo:<\/p>\n<p>Valentina TARQUINI, \u00ab L\u2019Afrique-France selon Emmanuel Macron\u00a0: du discours de Ouagadougou \u00e0 un \u00ab\u00a0Nouveau Sommet\u00a0\u00bb aux contours flous \u00bb, <em>Rep\u00e8res DoRiF,<\/em> num\u00e9ro hors-s\u00e9rie <em>Varia<\/em>, DoRiF Universit\u00e0, Roma, febbraio 2024, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/valentina-tarquini-lafrique-france-selon-emmanuel-macron-du-discours-de-ouagadougou-a-un-nouveau-sommet-aux-contours-flous\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">ISSN 2281-3020<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-8924 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/logo-pubblicazione.png\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"49\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Quest\u2019opera \u00e8 distribuita con Licenza\u00a0<a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/3.0\/it\/\">Creative Commons Attribuzione \u2013 Non commerciale \u2013 Non opere derivate 3.0 Italia<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> <a href=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/valentina-tarquini-lafrique-france-selon-emmanuel-macron-du-discours-de-ouagadougou-a-un-nouveau-sommet-aux-contours-flous\/\"> Continue de lire&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[400],"tags":[401],"class_list":["post-10944","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-varia-29-varia","tag-29-varia"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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