{"id":11848,"date":"2025-02-06T08:50:56","date_gmt":"2025-02-06T07:50:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/?p=11848"},"modified":"2025-02-11T12:18:26","modified_gmt":"2025-02-11T11:18:26","slug":"giovanni-agresti-langues-familiales-et-entree-dans-les-litteraties-scolaires-du-conflit-a-la-cooperation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/giovanni-agresti-langues-familiales-et-entree-dans-les-litteraties-scolaires-du-conflit-a-la-cooperation\/","title":{"rendered":"Giovanni AGRESTI, Langues familiales et entr\u00e9e dans les litt\u00e9raties scolaires : du conflit \u00e0 la coop\u00e9ration ?"},"content":{"rendered":"<h3 id=\"giovanni-agresti\" style=\"text-align: center; padding-left: 80px;\">Giovanni AGRESTI<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"langues-familiales-et-entr\u00e9e-\" style=\"text-align: center;\"><strong>Langues familiales et entr\u00e9e dans les litt\u00e9raties scolaires\u00a0:<br \/>\ndu conflit \u00e0 la coop\u00e9ration\u00a0?<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Giovanni Agresti<\/strong><br \/>\nUMR 5478 Iker (CNRS \u2013 Universit\u00e9 Bordeaux Montaigne \u2013 UPPA)<br \/>\nDipartimento di Studi Umanistici, Universit\u00e0 degli Studi di Napoli \u201cFederico II\u201d<br \/>\n<a href=\"mailto:giagresti@yahoo.it\">giagresti@yahoo.it<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Sous la grande diversit\u00e9 des contextes et des terrains, l\u2019articulation entre langues familiales et litt\u00e9raties scolaires a toujours \u00e9t\u00e9 probl\u00e9matique. Elle convoque en effet plusieurs transitions\u00a0: de l\u2019oralit\u00e9 domestique \u00e0 la litt\u00e9ratie institutionnelle, des rapports de proximit\u00e9 et de connivence \u00e0 des relations plus formelles, de l\u2019autorit\u00e9 parentale \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 scolaire, etc. Ces transitions sont par ailleurs prism\u00e9es par plusieurs id\u00e9ologies\u00a0: une id\u00e9ologie concernant la nature de la langue (instrument de d\u00e9fense de l\u2019individu, outil de communication en soci\u00e9t\u00e9, vecteur identitaire ou milieu de vie\u00a0?)\u00a0; une id\u00e9ologie de linguistique (science humaine, science sociale, science naturelle ou science exacte\u00a0?)\u00a0; une id\u00e9ologie du statut et des fonctions de l\u2019\u00e9cole (lieu de transmission du savoir, lieu d\u2019acquisition de comp\u00e9tences, lieu de formation du citoyen, ou\u2026\u00a0?), ainsi que du statut et fonctions de toutes les parties prenantes (\u00e9l\u00e8ves, enseignants, parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves, d\u00e9cideurs)\u00a0; une id\u00e9ologie enfin du rapport \u00e0 la norme sociale. \u00c0 partir de ces consid\u00e9rations, dans l\u2019article nous nous focalisons sur des situations de vuln\u00e9rabilit\u00e9 sociolinguistique en francophonie, et tout particuli\u00e8rement sur l\u2019articulation langues familiales-litt\u00e9raties scolaires chez des publics issus de la migration et, aussi en perspective historique, sur des contextes de stigmatisation linguistique li\u00e9e \u00e0 la pratique de langues r\u00e9gionales ou minoritaires. Ces vuln\u00e9rabilit\u00e9s nous rappellent que, pour que l\u2019on passe du conflit \u00e0 la coop\u00e9ration entre langues familiales et litt\u00e9raties scolaires, toute la r\u00e9flexion doit mettre au centre le sujet, en tant que corps, en tant qu\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et en tant qu\u2019\u00eatre de langage.<\/p>\n<p><strong>Abstract<\/strong><\/p>\n<p>In a wide variety of contexts and fields, the relationship between family languages and school literacies has always been problematic. It involves lots of transitions: from domestic orality to institutional literacy, from relationships of proximity and connivance to more formal relationships, from parental authority to school authority, and so on. These transitions are also influenced by a number of ideologies: an ideology concerning the nature of language (an instrument for defending the individual, a tool for communication in society, a vector of identity or a living environment?); an ideology of linguistics (a human science, a social science, a natural science or an exact science?); an ideology of the status and functions of the school (place for the transmission of knowledge, place for the acquisition of skills, place for the training of citizens, or&#8230;?), as well as the status and functions of all the parties involved (pupils, teachers, parents, decision-makers); and finally an ideology of the relationship to social norms. Based on these considerations, the article focuses on situations of sociolinguistic vulnerability in the French-speaking world, and in particular on the link between family languages and school literacies among people from migrant backgrounds, and also, from a historical perspective, on contexts of linguistic stigmatization linked to the use of regional or minority languages. These vulnerabilities remind us that, if we are to move from conflict to cooperation between home languages and school literacies, all reflection must place the subject at the centre, as a body, as otherness and as a being of language.<\/p>\n<hr \/>\n<h3 id=\"--1\u00a0-introduction-regards-exp\"><\/h3>\n<h3 id=\"--1\u00a0-introduction-regards-exp-0\"><\/h3>\n<h3 id=\"\u00a0-introduction-regards-expert\">1.\u00a0 Introduction. Regards, expertises et perspectives<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/h3>\n<p>Le pr\u00e9sent dossier met en perspective et en tension une importante et r\u00e9currente question en didactique des langues, en sciences de l\u2019\u00e9ducation et en politiques linguistiques et \u00e9ducatives\u00a0: que faire, en classe, des r\u00e9pertoires linguistiques des \u00e9l\u00e8ves, notamment alloglottes\u00a0? En r\u00e9alit\u00e9, on a affaire plut\u00f4t \u00e0 un faisceau de questions\u00a0: pourquoi, pour quoi et comment reconna\u00eetre, traiter, mettre \u00e0 contribution, prendre en compte, dialectiser \u2013 ou alors contourner, limiter, mettre en sourdine \u2013 ces r\u00e9pertoires au moment de l\u2019entr\u00e9e de l\u2019apprenant dans les litt\u00e9raties scolaires\u00a0? Dans cette perspective, et \u00e0 ce moment, sont-ils un fardeau, un atout, ou autre chose\u00a0encore\u00a0?<\/p>\n<p>Ces questions de fond ne datent pas d\u2019hier<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> et convoquent forc\u00e9ment d\u2019autres expertises. En raison des enjeux sociaux qu\u2019elles posent, c\u2019est tout particuli\u00e8rement le cas de la sociolinguistique, discipline-carrefour et discipline prot\u00e9iforme en fonction de la focale (micro \/ macro), de l\u2019id\u00e9ologie (centre \/ p\u00e9riph\u00e9rie) ou de la vis\u00e9e (observation \/ intervention) adopt\u00e9es.<\/p>\n<p>En effet, les regards et les outils d\u2019analyse propres \u00e0 la sociolinguistique s\u2019imposent pour questionner en profondeur la faille de l\u2019articulation entre la sph\u00e8re familiale et la sph\u00e8re scolaire. Mais finalement, du droit \u00e0 la sociologie en passant par les neurosciences, la psychanalyse, l\u2019\u00e9conomie, etc., la liste des disciplines scientifiques mobilisables par ce dossier est bien longue.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le curseur se d\u00e9place agilement entre le p\u00f4le th\u00e9orique et celui des sciences appliqu\u00e9es, aussi par rapport aux finalit\u00e9s accord\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9ducation\/instruction scolaire, qui varient dans le temps et dans l\u2019espace\u00a0: doit-il s\u2019agir prioritairement de transmettre des savoirs\u00a0? Ou bien de faire acqu\u00e9rir \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e8ve des comp\u00e9tences en fonction du march\u00e9 du travail\u00a0? S\u2019agit-il d\u2019abord de promouvoir une \u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9\u00a0? Ou bien \u00e0 la pens\u00e9e critique et r\u00e9flexive\u00a0?<\/p>\n<h3 id=\"\u00a0-du-conflit\">2.\u00a0 Du conflit<\/h3>\n<p>L\u2019articulation langues familiales\/litt\u00e9raties scolaires trace un p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019analyse pluridisciplinaire qui croise \u00e0 tout moment des conflits potentiels. C\u2019est que, tout en \u00e9tant n\u00e9cessaire, in\u00e9luctable, cette articulation ne va pas de soi. M\u00eame lorsqu\u2019il y a continuit\u00e9 entre langue de la famille et langue de l\u2019institution (exemple\u00a0: enfant issu d\u2019un foyer monolingue francophone, avec des niveaux d\u2019instruction des parents suffisamment \u00e9lev\u00e9s, et fr\u00e9quentant une \u00e9cole monolingue francophone), les deux sph\u00e8res ne sont jamais parfaitement solubles l\u2019une dans l\u2019autre.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, sauf exception, presque tout, de prime abord, semble opposer les langues familiales aux litt\u00e9raties scolaires. Si l\u2019on exclut quelques moments d\u2019apprentissage de langues locales, r\u00e9gionales, minoritaires, c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9cole, r\u00e8gne du public ou en tout cas du collectif et de l\u2019autorit\u00e9 impersonnelle, que l\u2019on<em> apprend<\/em> l\u2019\u00e9crit, et plus en g\u00e9n\u00e9ral la forme normativis\u00e9e, standardis\u00e9e de la langue officielle du pays. En famille, par contre, sph\u00e8re priv\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement restreinte, on <em>acquiert<\/em>, oralement, donc par transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle et interpersonnelle, une langue \u00ab\u00a0maternelle\u00a0\u00bb (ou plusieurs, dans le cas d\u2019enfants de couples mixtes par exemple), \u00e0 l\u2019accent irr\u00e9ductible, toujours index\u00e9 \u00e0 l\u2019origine \u00e0 la fois g\u00e9n\u00e9alogique et g\u00e9ographique du sujet.<\/p>\n<h3 id=\"\u00a0-du-polylogue\">3.\u00a0 Du polylogue<\/h3>\n<p>Au milieu de la faille \u2013 si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re, au milieu du gu\u00e9 \u2013 les agents et les acteurs de cette articulation. En d\u00e9sordre d\u2019importance\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>a) Les enseignants, les professionnels de cette transmission. \u00c0 l\u2019\u00e9cole maternelle (\u00e9cole de transition entre les deux sph\u00e8res), ils poss\u00e8dent le statut de v\u00e9ritables ersatz des parents et sont m\u00eame largement associ\u00e9s \u00e0 la langue enseign\u00e9e (MAZZARA 2013 : 35-37). Mais leur aura tot\u00e9mique tend \u00e0 se dissoudre au fil du temps et des innovations technocratiques et\/ou (techno)p\u00e9dagogiques, pour \u00e9ventuellement se reconstituer en partie dans les cursus universitaires, sanctuaire malgr\u00e9 tout de la libert\u00e9 d\u2019enseignement, de la centralit\u00e9 de la recherche et de l\u2019instruction choisie.<\/li>\n<li>b) Les \u00e9l\u00e8ves, en phase de sortie du giron domestique pour se construire une l\u00e9gitimit\u00e9 sociale, citoyenne, en amont et en aval de l\u2019apprentissage de comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques. Entre l\u2019enfance et l\u2019\u00e2ge adulte, ils sont confront\u00e9s \u00e0 deux formes d\u2019autorit\u00e9, interne et externe, qui sont parfois en conflit entre elles. Conflit que les \u00e9l\u00e8ves sont m\u00eame, sous certaines conditions, appel\u00e9s \u00e0 m\u00e9dier. C\u2019est le cas des enfants des premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations d\u2019immigr\u00e9s, souvent destin\u00e9s \u00e0 ma\u00eetriser la langue et certains codes culturels du pays qui a accueilli leurs parents mieux que ces derniers.<\/li>\n<li>c) Les parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves, qui mettent toujours en \u0153uvre, volontairement ou pas, des strat\u00e9gies d\u2019int\u00e9gration linguistique pour leurs enfants, strat\u00e9gies parfois appel\u00e9es \u00ab politiques linguistiques familiales \u00bb lorsqu\u2019elles sont conscientes (HAQUE &amp; LE LI\u00c8VRE 2024). Celles-ci peuvent prendre les formes les plus vari\u00e9es, qui vont de l\u2019auto-censure des langues d\u2019origine en situation d\u2019ali\u00e9nation diglossique \u00e0 la pratique d\u00e9complex\u00e9e voire volontariste de celles-ci dans le cadre d\u2019une forte et solide loyaut\u00e9 linguistique. Ce qui est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, comme le prouvent Maurice NIWESE et Silvia LUCCHINI dans la contribution publi\u00e9e dans le pr\u00e9sent dossier, c\u2019est que certains facteurs, dont en particulier le niveau d\u2019instruction de la m\u00e8re, semblent impacter consid\u00e9rablement l\u2019enfant au moment de son entr\u00e9e dans les litt\u00e9raties scolaires. Autrement dit, les parents jouent un r\u00f4le central dans le dossier quelle qu\u2019en soit leur volont\u00e9, leur intentionnalit\u00e9.<\/li>\n<li>d) Enfin, les d\u00e9cideurs qui encadrent ou l\u00e9gif\u00e8rent en la mati\u00e8re jouent \u00e9galement un r\u00f4le crucial. Au-del\u00e0 des techniques (plus ou moins \u00e9clair\u00e9es par la science) qui peuvent \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9es pour favoriser l\u2019entr\u00e9e dans les litt\u00e9raties scolaires de publics d\u00e9favoris\u00e9s, notamment les \u00e9trangers, c\u2019est la reconnaissance, l\u2019ouverture (ou pas) de la part des pouvoirs publics vis-\u00e0-vis des langues d\u2019origine de ces populations qui, <em>ipso facto<\/em>, institue (ou pas) une sorte de pacte de reconnaissance \u2013 qui est d\u00e9j\u00e0, en soi, une amorce d\u2019int\u00e9gration.<\/li>\n<\/ul>\n<h3 id=\"\u00a0-de-la-fronti\u00e8re\">4.\u00a0 De la fronti\u00e8re<\/h3>\n<p>L\u2019interaction entre ces acteurs, prism\u00e9e et d\u00e9multipli\u00e9e par une diversit\u00e9 de contextes presque insaisissable, impose aux chercheurs toute sorte de nuance. Si l\u2019opposition, relative, entre sph\u00e8re familiale et sph\u00e8re scolaire pr\u00e9sente un haut rendement, la fronti\u00e8re entre les deux m\u00e9rite d\u2019\u00eatre questionn\u00e9e en tant que telle. Elle est parfois un foss\u00e9 ou un mur presque infranchissable, parfois une barri\u00e8re, parfois juste un dos d\u2019\u00e2ne, souvent en raison de facteurs socio-\u00e9conomiques et des niveaux d\u2019instruction des parents, g\u00e9n\u00e9ralement corr\u00e9l\u00e9s aux premiers.<\/p>\n<p>Contre toute ossification, la fronti\u00e8re \u00e9volue avec le temps\u00a0: le temps du collectif, d\u2019une part \u2013 \u00e0 savoir des \u00e9volutions socio-politiques et plus largement culturelles\u00a0: ainsi, par exemple, des langues qui \u00e9taient stigmatis\u00e9es par le pass\u00e9 sont aujourd\u2019hui davantage reconnues, voire admises \u00e0 l\u2019\u00e9cole<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> \u2013\u00a0; le temps du sujet, d\u2019autre part \u2013 l\u2019\u00e9ducation bi- \/ plurilingue doit tenir compte des \u00e9tapes ontog\u00e9n\u00e9tiques de mieux en mieux cern\u00e9es par la linguistique de l\u2019acquisition. L\u2019approche transitionnelle, rendue c\u00e9l\u00e8bre notamment par les travaux de pionnier de Jim Cummins, corrig\u00e9e dans un second temps par l\u2019enseignement bilingue pr\u00e9coce, se veut une r\u00e9ponse scientifiquement appuy\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de composer une articulation qui a souvent pris la forme d\u2019une v\u00e9ritable fracture, notamment dans des pays dont le r\u00e9gime multilingue, <em>de jure<\/em> ou <em>de facto<\/em>, est largement redevable de la colonisation.<\/p>\n<p>On conna\u00eet pourtant le paradoxe qui caract\u00e9rise ces terrains\u00a0: malgr\u00e9 une litt\u00e9rature consensuelle et consolid\u00e9e concernant les bienfaits de l\u2019\u00e9ducation bi- \/ plurilingue par rapport aux risques de d\u00e9crochage scolaire caract\u00e9risant l\u2019\u00e9ducation \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb (exemple\u00a0: \u00e9cole totalement francophone et population estudiantine peu, voire tr\u00e8s peu francophone), le prestige de cette derni\u00e8re conditionne encore majoritairement aussi bien certaines politiques d\u2019\u00e9tablissement<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> que les choix des parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves (NIYA 2019 : 80-81). Voil\u00e0 \u00e9merger d\u2019autres fronti\u00e8res : entre les acquis de la recherche scientifique, sa vulgarisation\/normalisation, et la modification, \u00e9ventuelle, des comportements et des options linguistiques. On a beau faire l\u2019\u00e9loge de l\u2019\u00e9ducation bi- \/ plurilingue, certaines repr\u00e9sentations sociales des langues suscitent \u00e0 la fois tellement d\u2019adh\u00e9sion \/ rejet et de consensus qu\u2019elles ont la peau particuli\u00e8rement dure (MAURER 2013). Les politiques linguistiques et \u00e9ducatives n\u00e9cessitent un temps toujours plus long que pr\u00e9vu pour leur mise en \u0153uvre r\u00e9ussie.<\/p>\n<h3 id=\"\u00a0-du-rapport-\u00e0-la-norme\">5.\u00a0 Du rapport \u00e0 la norme<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les nuances et la prudence n\u00e9cessaires, malgr\u00e9 un dialogue et une dialectique permanents entre famille et \u00e9cole, une dichotomie globale (au niveau des r\u00f4les, fonctions, buts, moyens, environnements, etc.) demeure qui diff\u00e9rencie les deux topologies relationnelles (AGRESTI 2014 : 24-28) et p\u00e9dagogiques\/didactiques. Elle pourrait se r\u00e9sumer dans le rapport des sujets \u00e0 la norme scolaire \u2013 chapitre fondamental et, en quelque sorte, introduction pour l\u2019\u00e9l\u00e8ve au rapport \u00e0 la norme sociale\/institutionnelle tout court.<\/p>\n<p>La norme scolaire est, d\u2019abord et surtout, une norme linguistique et discursive, objet et sujet \u00e0 la fois d\u2019enseignement. Par sa nature cristallis\u00e9e et cristallisante, elle se fixe dans et par l\u2019\u00e9criture et dans et par ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment la \u00ab\u00a0grammaire\u00a0\u00bb, synonyme <em>de facto<\/em> de recueil de r\u00e8gles <em>prescriptives<\/em> (contrairement \u00e0 ce que l\u2019on appelle la \u00ab\u00a0grammaire des linguistes\u00a0\u00bb, essentiellement <em>descriptive<\/em>). La norme linguistique scolaire finit par se confondre, au niveau des repr\u00e9sentations de la doxa, avec une grammaire-livre \u2013 avatar de code juridique qui, comme ce dernier, fait autorit\u00e9<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Elle est par l\u00e0 toujours contraignante. La formule, plus que consolid\u00e9e, du \u00ab\u00a0bon usage\u00a0\u00bb, r\u00e9sume bien cette tension entre une pratique, un usage courant de la langue et du discours \u2013 quotidiens, spontan\u00e9s, diffus, forc\u00e9ment variables, sociaux \u2013 et une contrainte qui se justifierait par une pr\u00e9tendue qualit\u00e9 sup\u00e9rieure de certaines formes linguistiques et discursives. Au bout du compte, cette formule ne fait qu\u2019instaurer ou reconduire une diglossie entre les bons et les mauvais locuteurs\/usagers de la langue \u2013 et, par ricochet, entre les meilleurs et les moins bons tout court.<\/p>\n<p>La notion de \u00ab diglossie \u00bb est en effet centrale dans l\u2019\u00e9conomie de notre raisonnement. \u00c9labor\u00e9e dans sa premi\u00e8re mouture il y a pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle par l\u2019\u00e9rudit grec francophone PSICHARI (1928), elle permet de poser clairement le probl\u00e8me : <em>Un pays qui ne veut pas de sa langue<\/em> signifie essentiellement le conflit entre le grec du peuple (<em>dhimotiki<\/em>), donc la langue du quotidien, des familles, des \u00e9changes directs, oraux, associ\u00e9e \u00e0 l\u2019ignorance, et la langue savante, formelle, prestigieuse, de l\u2019autorit\u00e9 impersonnelle (<em>katharevousa<\/em>). On retrouve une configuration similaire dans quasiment tous les pays arabophones, notamment au sujet du rapport entre arabe dialectal, ou <em>darija<\/em>, et arabe standard. De la langue ou de l\u2019usage (bon ou mauvais) de la langue au sujet (bon ou mauvais) de langue \/ de cet usage, le pas est souvent tr\u00e8s court. Toute linguistique, y compris doxale, est une anthropologie.<\/p>\n<h3 id=\"\u00a0-normativisation-normalisati\">6.\u00a0 Normativisation, normalisation, neutralisation<\/h3>\n<p>D\u00e8s lors qu\u2019il y a norme, il y a conflit, implicite ou explicite. Toute transgression de la norme impliquant une sanction, l\u2019articulation entre langue de la famille \/ registre familier et langue de l\u2019\u00e9cole \/ registre formel ou norm\u00e9 peut emprunter la voie d\u2019une continuit\u00e9 (notamment lorsque la langue de la maison s\u2019\u00e9carte relativement peu de la norme scolaire), ou bien celle d\u2019une rupture (notamment, mais pas que, en contexte migratoire ou d\u00e9colonial). Ce terrain refl\u00e8te, peu ou prou, le rapport entre l\u2019autorit\u00e9 domestique, priv\u00e9e, communautaire et l\u2019autorit\u00e9 publique. Mais il refl\u00e8te \u00e9galement une id\u00e9ologie de la <em>normativisation<\/em> (\u00e9tablir des normes plus ou moins universelles), de la <em>normalisation<\/em> (appliquer syst\u00e9matiquement ces normes) et, \u00e9l\u00e9ment moins \u00e9vident et moins souvent convoqu\u00e9, de la <em>neutralisation<\/em> (imposer les normes aussi par la proscription de l\u2019\u00e9-norme, ou \u00ab ex-norme \u00bb). Que l\u2019on songe \u00e0 l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine fran\u00e7aise, la\u00efque, gratuite, obligatoire et pour tous, port\u00e9e par les fameux \u00ab\u00a0hussards noirs\u00a0\u00bb\u00a0: elle se voulait, \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, apr\u00e8s la d\u00e9faite contre la Prusse de 1870, l\u2019\u00ab antichambre de la caserne \u00bb (JANVION 1907 ; GIOLITTO 1983) en ce qu\u2019elle se devait de former des citoyens-soldats. Tout participait de cette vis\u00e9e : uniforme des \u00e9l\u00e8ves, architecture aust\u00e8re des b\u00e2timents, r\u00e8gles et programmes uniformis\u00e9s \u2013 d\u2019o\u00f9 le bien connu rapprochement propos\u00e9 par FOUCAULT (1975 : 229)<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Cette m\u00eame \u00e9cole, issue des lois Jules Ferry, \u00e9tait aussi celle qui a pourchass\u00e9 (officieusement mais efficacement)<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> la diversit\u00e9 linguistique\u00a0: la normativisation et la normalisation de la langue d\u2019\u00c9tat, donc la norme linguistique officielle (m\u00eame si pas encore constitutionnelle \u00e0 l\u2019\u00e9poque), passait en ce temps-l\u00e0 par la neutralisation (lire\u00a0: annihilation) de celles que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui les langues locales, r\u00e9gionales, minoritaires.<\/p>\n<p>Il est presque trivial d\u2019observer que, d\u2019autant plus une langue d\u2019origine est traditionnellement d\u00e9valoris\u00e9e \u2013 \u00e0 l\u2019instar, par exemple, de ce que l\u2019on appelle parfois, h\u00e9las encore de nos jours, \u00ab\u00a0patois vulgaire\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a> \u2013 d\u2019autant moins sa prise en compte en classe sera per\u00e7ue comme l\u00e9gitime\u00a0: non seulement de la part des enseignants, mais \u00e9galement de la part des parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves et des \u00e9l\u00e8ves eux-m\u00eames, souvent grandis dans le m\u00e9pris, l\u2019<em>auto-odi<\/em> ou \u00ab haine de soi \u00bb d\u00e9crite par le sociolinguiste catalan NINYOLES (1969)<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Nous l\u2019avons rappel\u00e9 plus haut\u00a0: on a beau formaliser cette l\u00e9gitimit\u00e9 \u2013 par des lois, des recommandations, des circulaires \u2013, en mati\u00e8re de langues familiales, les r\u00e9flexes stigmatisants, culpabilisants, sont particuli\u00e8rement persistants et traversent les g\u00e9n\u00e9rations parce qu\u2019ils agissent en profondeur, au niveau de l\u2019inconscient. Preuve en sont non seulement la m\u00e9fiance des familles vis-\u00e0-vis des \u00e9coles bilingues fran\u00e7ais-langue(s) nationale(s) africaine(s) (v. <em>supra<\/em>), mais \u00e9galement la r\u00e9sistance institutionnelle \u00e0 l\u2019enseignement immersif, en France, des langues r\u00e9gionales \u2013 r\u00e9sistance toujours d\u2019actualit\u00e9 malgr\u00e9 la l\u00e9gitimation de cet enseignement d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 (BLANCHET &amp; URTEAGA 2022).<\/p>\n<h3 id=\"\u00a0-neutralisation-linguistique\">7.\u00a0 Neutralisation linguistique comme neutralisation du corps<\/h3>\n<p>On peut s\u2019interroger quant aux facteurs qui d\u00e9terminent la persistance de la stigmatisation, explicite ou sous-jacente, vis-\u00e0-vis des langues familiales, lorsque celles-ci sont des langues locales, minoritaires, \u00ab\u00a0vernaculaires\u00a0\u00bb, de proximit\u00e9. En effet, qu\u2019une telle stigmatisation perdure aujourd\u2019hui peut surprendre\u00a0: la science a largement prouv\u00e9 que toutes les langues naturelles se valent et que des cat\u00e9gorisations telles que \u00ab\u00a0dialecte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0parler\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, etc. n\u2019ont de sens que dans la perspective de l\u2019histoire sociale des langues (KREMNITZ et al. 2013). Ces cat\u00e9gorisations ne disent rien quant aux propri\u00e9t\u00e9s intrins\u00e8ques de telle ou telle vari\u00e9t\u00e9 linguistique. La notion de \u00ab langue patrimoniale \u00bb, utilis\u00e9e dans une contribution du pr\u00e9sent dossier et sugg\u00e9r\u00e9e entre autres par l\u2019article 75-1 de la Constitution fran\u00e7aise r\u00e9vis\u00e9e en 2008<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, a l\u2019air d\u2019un compromis\u00a0: d\u2019une part, cette cat\u00e9gorisation permet de valoriser la langue (en l\u2019occurrence la langue d\u2019origine de l\u2019\u00e9l\u00e8ve, ou <em>heritage language<\/em>, envisag\u00e9e comme un patrimoine, donc comme une valeur)\u00a0; mais, d\u2019autre part, un patrimoine a l\u2019air d\u2019un bien cristallis\u00e9, qu\u2019il s\u2019agit moins de faire vivre que de prot\u00e9ger (d\u2019o\u00f9 l\u2019articulation en \u00ab\u00a0patrimoine vivant\u00a0\u00bb pour tenter de conjurer cette cristallisation) et \u00e0 la limite l\u00e9guer. Le risque de reconduire le fonctionnement diglossique est bien l\u00e0<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces consid\u00e9rations nous poussent \u00e0 aborder la question de la neutralisation linguistique depuis une autre perspective, \u00e0 savoir comme neutralisation du corps de l\u2019\u00ab \u00eatre de langage \u00bb, suivant le syntagme ent\u00e9rin\u00e9 par Robert LAFONT (2004). On pourrait avancer qu\u2019une langue patrimoniale, dans l\u2019acception que nous venons de convoquer, ressemblerait en quelque sorte \u00e0 une langue-cadavre, ou si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 une langue-vestige, dont la valeur serait principalement du ressort des attaches symboliques : \u00e0 la famille, au groupe, \u00e0 la patrie d\u2019origine, \u00e0 la \u00ab petite patrie \u00bb. Sa valeur sur le march\u00e9 linguistique (BOURDIEU 1982) serait tr\u00e8s faible, \u00e0 l\u2019exception de quelques niches, comme le tourisme culturel (KAHN, LE SQU\u00c8RE &amp; KOSIANSKI 2014), qui soul\u00e8ve dans le m\u00eame temps la question de la folklorisation et de l\u2019exotisme, donc de la mise en sc\u00e8ne de ces m\u00eames langues. D\u00e9j\u00e0, cette mani\u00e8re de regarder les langues familiales, les langues d\u2019origine, pose une hypostase des langues elles-m\u00eames, \u00e0 savoir s\u00e9par\u00e9es des corps de leurs locuteurs : c\u2019est pourquoi tout programme de protection et de promotion des langues en danger est destin\u00e9 \u00e0 \u00e9chouer s\u2019il ne prend pas en compte les sujets en chair et en os qui les pratiquent, et s\u2019il ne part pas du constat que ces langues d\u2019origine ont pour la vie de ces derniers un poids consid\u00e9rable qui n\u2019est pas \u00e0 \u00e9valuer juste \u00e0 l\u2019aune de la rentabilit\u00e9 communicative de premier degr\u00e9, pratico-pratique. Les droits linguistiques sont des droits humains (DE VARENNES 1996) : m\u00eame si cette position ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9, nous la partageons avec conviction. D\u00e8s lors, il faut en tirer toutes les cons\u00e9quences<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette perspective nous am\u00e8ne \u00e0 reprendre la question de fond initialement pos\u00e9e\u00a0: que faire, en classe, des r\u00e9pertoires linguistiques des \u00e9l\u00e8ves, notamment alloglottes\u00a0? Nous reformulons \u00e0 pr\u00e9sent, dans le sillage de la linguistique du d\u00e9veloppement social<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>\u00a0: quelle(s) strat\u00e9gie(s) socio-didactiques mettre en \u0153uvre, en classe, pour que le travail sur, avec, pour et par les langues en pr\u00e9sence \u2013 de la langue d\u2019enseignement aux langues familiales de tous les \u00e9l\u00e8ves \u2013 participe pleinement du processus p\u00e9dagogique, y compris endog\u00e8ne et r\u00e9flexif, et donc de la construction du sujet et du citoyen\u00a0?<\/p>\n<h3 id=\"\u00a0-cl\u00f4ture-retour-du-corps-re\">8.\u00a0 Cl\u00f4ture. Retour du corps, retour du vivant : de la coop\u00e9ration<\/h3>\n<p>Au juste, au fond, en conclusion, quelle serait la \u00ab faute \u00bb des langues minoritaires, des langues familiales, populaires, endog\u00e8nes ? Si aujourd\u2019hui, dans un monde gouvern\u00e9 par la technique et l\u2019\u00e9conomie, il est ais\u00e9 de reprocher \u00e0 ces langues leurs faibles rentabilit\u00e9, normativisation (standardisation) et normalisation (diffusion en soci\u00e9t\u00e9), on est loin de la \u00ab guerre aux patois \u00bb pr\u00e9conis\u00e9e par l\u2019Abb\u00e9 Gr\u00e9goire (DE CERTEAU, JULIA &amp; REVEL 2002), en France, d\u00e8s la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019\u00e9radication de la diversit\u00e9 linguistique, la neutralisation des langues familiales ne sauraient plus \u00eatre justifi\u00e9es par l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019unification linguistico-culturelle du pays, d\u00e9sormais atteinte. Et pourtant, comme sugg\u00e9r\u00e9 plus haut, une m\u00e9fiance persiste qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre une fois de plus interrog\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel se joue, nous semble-t-il, au niveau de la pens\u00e9e sur la nature et la fonction de la langue, de l\u2019id\u00e9e que l\u2019on s\u2019en fait. Partons d\u2019un constat : on ne sait pas trop o\u00f9 situer les \u00e9tudes sur la langue dans le concert des disciplines scientifiques. La linguistique rel\u00e8ve \u00e0 la fois des sciences humaines (les langues naturelles caract\u00e9risent et expriment ind\u00e9niablement l\u2019esp\u00e8ce humaine), sociales (la langue est envisag\u00e9e comme un \u00ab fait social \u00bb au moins depuis Saussure), naturelles (les langues \u00ab naturelles \u00bb et leurs actualisations discursives peuvent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es comme des propri\u00e9t\u00e9s et des ph\u00e9nom\u00e8nes directement li\u00e9s aux organes humains de phonation et de signification) et exactes (la linguistique formelle essaie d\u2019extraire des mod\u00e8les math\u00e9matiques des productions textuelles). Or, on privil\u00e9giera telle ou telle perspective, telle ou telle discipline dans l\u2019analyse, ou on les prendra toutes en compte, en fonction d\u2019une repr\u00e9sentation de la langue \u2013 et d\u2019une id\u00e9ologie de linguistique (AGRESTI 2019 : 210-2012). Ainsi, par exemple, si l\u2019on part de l\u2019id\u00e9e qu\u2019une langue naturelle est d\u2019abord et surtout un outil de communication, on pourra faire l\u2019\u00e9conomie de la dimension physique et m\u00eame psychologique des interactants, tout instrument \u00e9tant par sa nature ext\u00e9rieur au corps du sujet, et privil\u00e9gier l\u2019observation du rendement, de l\u2019efficacit\u00e9 et de l\u2019efficience de l\u2019outil : encodage, d\u00e9codage. Si, en revanche, on priorise l\u2019id\u00e9e que la langue \u2013 maternelle, seconde, \u00e9trang\u00e8re, \u00ab maternelle adoptive \u00bb (COMMISSION EUROP\u00c9ENNE 2008), etc. \u2013 rel\u00e8ve plut\u00f4t de la dimension int\u00e9rieure du sujet, dont elle contribue aussi bien \u00e0 construire qu\u2019\u00e0 exprimer l\u2019identit\u00e9, on observera tout autrement les productions discursives et on prendra fortement en compte les attaches psychologiques que telle langue entretient ou \u00e9difie. Si enfin l\u2019on consid\u00e8re, dans le sillage du philosophe Giambattista Vico (1668-1744), qu\u2019une langue est un v\u00e9ritable \u00ab milieu de vie \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle est \u00e0 la fois interne et externe au sujet et au groupe, \u00e0 la fois concr\u00e8te et abstraite, l\u2019analyse devra embrasser tous les aspects et ne pourra qu\u2019\u00eatre pluridisciplinaire.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 pr\u00e9sent sur la \u00ab\u00a0m\u00e9fiance\u00a0\u00bb persistante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des langues familiales lorsque celles-ci sont des langues minoritaires (de mani\u00e8re absolue et\/ou de mani\u00e8re relative, \u00e0 savoir dans le contexte particulier o\u00f9 le locuteur \u00e9volue) et notamment sur les \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb susmentionn\u00e9s, stigmatis\u00e9s depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations surtout en France<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Du point de vue \u00e9tymologique, \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb serait un substantif d\u00e9verbal de <em>patoyer<\/em>, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0gesticuler\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0manigancer\u00a0\u00bb\u00a0: cela veut dire qu\u2019un patois est moins une v\u00e9ritable langue qu\u2019un langage (gestuel) dont le corps serait aussi bien la source que le support \u2013 et dont le but serait la mise en \u0153uvre d\u2019actes peu honn\u00eates (agir en sous-main, combiner, comploter, trafiquer, etc.) \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, dirait-on, d\u2019un cercle de connivence. Autrement dit, un patois serait l\u2019expression corporelle et le vecteur du communautarisme, spectre qui hante l\u2019imaginaire r\u00e9publicain fran\u00e7ais et que l\u2019\u00e9cole se doit, par cons\u00e9quent, de chasser.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9 des patois \u2013 langues de l\u2019intime et de la connivence \u2013, la langue de l\u2019\u00e9cole, langue de l\u2019\u00c9tat, une et indivisible comme la R\u00e9publique, langue d\u00e9personnalis\u00e9e et fortement norm\u00e9e dont tout usage stylistique (lire\u00a0: subjectif) est encadr\u00e9 par une Acad\u00e9mie et par des dictionnaires qui ram\u00e8nent au g\u00e9n\u00e9ral ce qui rel\u00e8ve, en principe, du particulier. Le seuil et la plaque tournante de ces deux mondes est l\u2019\u00e9criture\u00a0: \u00e0 la question, \u00f4 combien probl\u00e9matique pour le linguiste, concernant la diff\u00e9rence entre langue et dialecte\/patois, le r\u00e9pondant lambda, non sp\u00e9cialiste, sugg\u00e8re le plus souvent qu\u2019une langue peut s\u2019\u00e9crire, alors qu\u2019un dialecte, un patois, n\u2019existe qu\u2019\u00e0 l\u2019oral, qui plus est dans le cadre de conversations informelles (nous avons entendu en Lorraine\u00a0: \u00ab\u00a0on ne <em>parle<\/em> pas patois, on <em>cause<\/em> patois\u00a0\u00bb). On peut voir dans l\u2019expression \u00e9crite une cristallisation, une sorte d\u2019incarnation extracorporelle du sujet, de sa pens\u00e9e\u00a0: pour ainsi dire, le corps se fait verbe.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0 on comprend mieux toute une s\u00e9rie de dichotomies, incrust\u00e9es depuis des si\u00e8cles dans l\u2019imaginaire des cultures \u00ab occidentales \u00bb et ancr\u00e9es dans l\u2019architecture primaire de l\u2019\u00eatre de langage (LAFONT 2007 : 45) : le haut\/air <em>vs<\/em> le bas\/terre, axiologie fondamentale, correspond \u00e0 l\u2019esprit, \u00e0 l\u2019enc\u00e9phale, \u00e0 la raison <em>vs<\/em> les passions, les pulsions, les tripes. Pour le dire dans les termes de Nietzsche, le haut est le r\u00e8gne de l\u2019apollinien, le bas celui du dionysiaque. Ainsi, pour faire l\u2019\u00e9loge d\u2019une langue, on a l\u2019habitude de convoquer sa capacit\u00e9, r\u00e9elle ou pr\u00e9sum\u00e9e, d\u2019exprimer la pens\u00e9e abstraite, pens\u00e9e et intelligence par excellence, en l\u2019opposant, dans les meilleurs des cas, aux langues affectives, ou lyriques : l\u2019un des p\u00e8res de la francophonie contemporaine, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, n\u2019aura pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cette cat\u00e9gorisation, lui permettant de ventiler, sur base id\u00e9ologique, ses choix d\u2019\u00e9criture entre le fran\u00e7ais, rationnel, et les langues africaines, \u00ab po\u00e9tiques \u00bb (SENGHOR 1962 : 839).<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e8re de l\u2019Intelligence artificielle g\u00e9n\u00e9rative, logiciel en mesure de produire des textes en l\u2019absence et du corps du locuteur, et de la r\u00e9f\u00e9rence au contexte de l\u2019interlocution, et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qui motive cette derni\u00e8re \u2013 pr\u00e9sence, absence ou latence que LAFONT (2005 : 13) nomme \u00ab appel d\u2019autre \u00bb \u2013, en bref des textes totalement d\u00e9sincarn\u00e9s, on doit s\u2019interroger s\u00e9rieusement sur le r\u00f4le du corps, des corps communicants (LAFONT 2007 : 11). Nous croyons en effet que la fronti\u00e8re, le clivage, n\u2019est pas exactement entre les langues familiales et la langue de l\u2019\u00e9cole, les litt\u00e9raties scolaires : il se situe en amont, ou si l\u2019on veut plus en profondeur, entre une id\u00e9ologie de linguistique valorisant le corps comme source, support et cible du discours ; et une id\u00e9ologie idol\u00e2trant le <em>logos<\/em>, la dimension \u00ab\u00a0verbo-conceptuelle\u00a0\u00bb (d\u2019apr\u00e8s la formule de Pierre Escud\u00e9 dans sa contribution) par-dessus tout, qui aujourd\u2019hui permet de reconna\u00eetre comme pertinentes des productions textuelles num\u00e9riques orphelines de tout \u00eatre de langage.<\/p>\n<p>N\u2019en soyons pas dupes : de ce point de vue, la pr\u00e9tendue \u00ab r\u00e9volution \u00bb de l\u2019IA g\u00e9n\u00e9rative n\u2019en est pas tout \u00e0 fait une, car elle n\u2019est qu\u2019un avatar contemporain de la vieille tradition logocentrique qui a fond\u00e9 l\u2019Occident. Marcel Jousse (1886-1961), le vrai p\u00e8re fondateur de l\u2019anthropologie du geste avant Andr\u00e9 Leroi-Gourhan (1911-1986), d\u00e9j\u00e0 d\u00e9non\u00e7ait en son temps la perte de vitalit\u00e9 de l\u2019expression linguistique \u00e0 partir du moment o\u00f9 le texte passait de l\u2019oral \u00e0 l\u2019\u00e9crit, et la culture de populaire se faisait savante. Chez Jousse, la parole de sa grand-m\u00e8re lui racontant les \u00e9pisodes de l\u2019\u00c9vangile en patois sarthois et l\u2019incarnant dans le corps gestuel, poss\u00e9dait une force immens\u00e9ment sup\u00e9rieure par rapport aux m\u00eames textes travaill\u00e9s plus tard, en fran\u00e7ais \u00e9crit, pendant ses ann\u00e9es de s\u00e9minaire. Il appelait cette d\u00e9cadence \u00ab alg\u00e9brose \u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, formulation que nous reprenons et actualisons volontiers pour d\u00e9noncer la d\u00e9rive repr\u00e9sent\u00e9e par la g\u00e9n\u00e9ration algorithmique de quantit\u00e9s de textes \u00ab sans exub\u00e9rance, ni protub\u00e9rance \u00bb (Aur\u00e9lien Barrau), statistiquement d\u00e9termin\u00e9s et pris entre hallucinations et conformisme grandissant. La fronti\u00e8re et le conflit sont l\u00e0, entre une parole humaine, corporelle, robuste, lente, titubante, incoh\u00e9rente, et une langue abstraite, marchande, performante, standardis\u00e9e, r\u00e9guli\u00e8re, automatis\u00e9e, lisse et pure comme l\u2019\u00e9cran d\u2019un ordinateur (DAMASIO 2024). Sans doute, Pier Paolo Pasolini avait-il tout compris, lorsqu\u2019il d\u00e9non\u00e7ait, en corsaire, l\u2019avanc\u00e9e inarr\u00eatable de la \u00ab nouvelle langue technique qui remplace la langue humaniste [et qui est le] symbole de la vie linguistique du futur, \u00e0 savoir la vie d\u2019un monde inexpressif, sans particularismes ni diversit\u00e9 de cultures, parfaitement homologu\u00e9 et accultur\u00e9. D\u2019un monde qui nous appara\u00eet, nous les derniers d\u00e9positaires d\u2019une vision multiple, magmatique, religieuse et rationnelle de la vie, un monde de mort \u00bb (PASOLINI 1973)<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p>Cela dit, la vraie vie est toujours l\u00e0. L\u2019exp\u00e9rience migratoire met en relief les corps, avec leurs diff\u00e9rences d\u2019abord somatiques : il n\u2019y a pas de migration, ni de mobilit\u00e9, sans d\u00e9placement physique d\u2019individus. Leurs corps marquent une alt\u00e9rit\u00e9, ils sont en quelque sorte \u00ab hors norme \u00bb : c\u2019est la pr\u00e9sence m\u00eame du nouvel arrivant dans les \u00e9coles du pays d\u2019accueil qui constitue, m\u00eame si juste implicitement, une remise en cause de l\u2019ordre \u00e9tabli. Son corps, son accent, sa langue, sa culture : chaque facteur ou facette du sujet contribue \u00e0 questionner la norme (linguistique, culturelle, sociale\u2026). Voici une amorce de r\u00e9ponse aux questions pos\u00e9es en ouverture et reformul\u00e9es par la suite : il faut que la prise en compte non seulement de la\/des langue(s) d\u2019origine des \u00e9l\u00e8ves, notamment alloglottes, mais plus largement de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de leur \u00eatre, \u00e9duque la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, aux alt\u00e9rit\u00e9s, et contribue non seulement \u00e0 conjurer les d\u00e9rives x\u00e9nophobes, mais \u00e9galement \u00e0 endiguer les d\u00e9rives productivistes, les injonctions capitalistes qui guettent, et depuis un petit moment, aussi le monde de l\u2019\u00e9cole. Monde qui, \u00e0 l\u2019heure actuelle, semble devenir de plus en plus l\u2019antichambre du march\u00e9. Du March\u00e9, et non seulement du march\u00e9 du travail (SAUV\u00c9 &amp; ASSELIN 2017).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 id=\"r\u00e9f\u00e9rences\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p>AGRESTI, Giovanni, \u00ab La linguistique du d\u00e9veloppement social. De la th\u00e9orie au terrain et retour \u00bb, in BOUDET, Martine (coord.), <em>Les langues-cultures, moteurs de d\u00e9mocratie et de d\u00e9veloppement<\/em>, Vulaines sur Seine, Les Editions du Croquant, 2019, p. 209-220.<\/p>\n<p>AGRESTI, Giovanni, \u00ab Actualit\u00e9 des racines. Pour une linguistique du d\u00e9veloppement social \u00bb, <em>Cahiers de recherche<\/em><em> de l\u2019\u00e9cole doctorale en linguistique fran\u00e7aise<\/em>, 8 (sous la direction de DRUETTA, Ruggero, FALBO, Caterina), 2014, p. 13-39. <a href=\"http:\/\/www.openstarts.units.it\/dspace\/handle\/10077\/10759\">http:\/\/www.openstarts.units.it\/dspace\/handle\/10077\/10759<\/a><\/p>\n<p>AGRESTI, Giovanni, \u00ab Postface. L\u2019\u00e9cole des langues : lieu du p\u00e8re, lieu de la m\u00e8re ? \u00bb, in AGRESTI, Giovanni, DE GIOIA, Michele (\u00e9ds), <em>L\u2019enseignement des langues locales\u00a0: institutions, m\u00e9thodes, id\u00e9ologies<\/em>. Actes des Quatri\u00e8mes Journ\u00e9es des Droits Linguistiques (Universit\u00e9 de Teramo-Rosciano (PE)-Villa Badessa (PE), 20-23 mai 2010), Roma, Aracne (\u00ab\u00a0Lingue d\u2019Europa e del Mediterraneo \/ Diritti linguistici\u00a0\u00bb, 7), 2012, p. 323-334.<\/p>\n<p>AGRESTI, Giovanni, RIVOIRA, Matteo, \u00ab La configuration glossonymique de l\u2019occitan en Italie \u00bb, in MOSKVITCHEVA, Svetlana, VIAUT, Alain (\u00e9ds), <em>Les noms des variantes de langue minoritaire. \u00c9tudes de cas en France et en Russie<\/em>, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection Diglossi@, 2, 2024, p. 119-136 [en ligne] https:\/\/una-editions.fr\/la-configuration-glossonymique-de-loccitan-en-italie [consult\u00e9 le 18\/01\/2025].<\/p>\n<p>AGRESTI, Giovanni, MBALLO, Diy\u00e9, \u00ab Didactique des langues et droits linguistiques de premi\u00e8re cat\u00e9gorie. Enjeux et facteurs de l\u2019int\u00e9gration des immigr\u00e9s en France \u00bb, <em>Studi di Glottodidattica<\/em>, n. 2, 2023, p. 63-80. <a href=\"https:\/\/ojs.cimedoc.uniba.it\/index.php\/glottodidattica\/article\/view\/1902\">https:\/\/ojs.cimedoc.uniba.it\/index.php\/glottodidattica\/article\/view\/1902<\/a> [consult\u00e9 le 18\/01\/2025]<\/p>\n<p>AGRESTI, Giovanni, DE GIOIA, Michele (\u00e9ds), <em>L\u2019enseignement des langues locales\u00a0: institutions, m\u00e9thodes, id\u00e9ologies<\/em>. Actes des Quatri\u00e8mes Journ\u00e9es des Droits Linguistiques (Universit\u00e9 de Teramo-Rosciano (PE)-Villa Badessa (PE), 20-23 mai 2010), Roma, Aracne (\u00ab\u00a0Lingue d\u2019Europa e del Mediterraneo \/ Diritti linguistici\u00a0\u00bb, 7), 2012.<\/p>\n<p>AL\u00c9N GARABATO, Carmen, COLONNA, Romain (dir.), <em>Auto-odi : la haine de soi en sociolinguistique<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2016.<\/p>\n<p>BLANCHE-BENVENISTE, Claire, \u00ab La langue du dimanche et la langue de tous les jours \u00bb, <em>Travaux neuch\u00e2telois de linguistique<\/em>, n.58, 2013 [1983], p. 301-305. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.26034\/tranel.2013.3053\">https:\/\/doi.org\/10.26034\/tranel.2013.3053<\/a> [consult\u00e9 le 18\/01\/2025].<\/p>\n<p>BLANCHET, Philippe, URTEAGA, Eguzki (dir.), <em>Langues minor\u00e9es : des d\u00e9cisions de justice et de leurs effets. L\u2019exemple de la loi Molac (France 2021) et de ses suites<\/em>, <em>Cahiers internationaux de Sociolinguistique<\/em>, n.20, 2022.<\/p>\n<p>BOURDIEU, Pierre, <em>Ce que parler veut dire\u00a0: l\u2019\u00e9conomie des \u00e9changes linguistiques<\/em>, Paris, Fayard, 1982.<\/p>\n<p>COMMISSION EUROP\u00c9ENNE, <em>Un d\u00e9fi salutaire. Comment la multiplicit\u00e9 des langues pourrait consolider l\u2019Europe. Propositions du Groupe des Intellectuels pour le Dialogue Interculturel Constitu\u00e9 \u00e0 l\u2019Initiative de la Commission Europ\u00e9enne<\/em>, Bruxelles 2008 [Rapport Maalouf]. <a href=\"https:\/\/www.observatoireplurilinguisme.eu\/images\/Education\/Politiques_europeennes\/NC3008147FRC_002.pdf\">https:\/\/www.observatoireplurilinguisme.eu\/images\/Education\/Politiques_europeennes\/NC3008147FRC_002.pdf<\/a> [consult\u00e9 le 18 janvier 2025].<\/p>\n<p>DAMASIO, Alain, <em>Vall\u00e9e du silicium<\/em>, Paris, Seuil, 2024.<\/p>\n<p>DE CERTEAU, Michel et al., <em>Une politique de la langue. La R\u00e9volution fran\u00e7aise et les patois\u00a0: l\u2019enqu\u00eate de Gr\u00e9goire<\/em>, Paris, Gallimard, 2002 [Nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e].<\/p>\n<p>DE VARENNES, Fernand, <em>Language, Minorities and Human Rights<\/em>, La Haye\/ Boston, Kluwer Law International, 1996.<\/p>\n<p>FOUCAULT, Michel, <em>Surveiller et punir : Naissance de la prison<\/em>, Paris, Gallimard, 1975.<\/p>\n<p>GARAVINI, Fausta, <em>Parigi e provincia. Scene della letteratura francese, <\/em>Torino, Bollati Boringhieri, 1990.<\/p>\n<p>GARDY, Philippe, LAFONT, Robert, \u00ab La diglossie comme conflit : l\u2019exemple occitan \u00bb, in LAFONT, Robert, <em>Le dire et le faire<\/em>, Montpellier, Langue et praxis, 1990 [1981], p. 61-91.<\/p>\n<p>GIOLITTO, Pierre,<em> Histoire de l\u2019enseignement primaire au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, vol.1\u00a0: L\u2019organisation p\u00e9dagogique<\/em>, Paris, Nathan, 1983 &amp; vol.2\u00a0<em>: Les m\u00e9thodes d\u2019enseignement<\/em>, Paris, Nathan, 1984.<\/p>\n<p>HAMANT, Olivier, <em>La troisi\u00e8me voie du vivant, <\/em>Paris, Odile Jacob, 2022.<\/p>\n<p>HAQUE, Shahzaman, LE LI\u00c8VRE, Fran\u00e7oise (\u00e9ds.), <em>Politiques linguistiques familiales\u00a0: \u00c9changes verbaux et transmissions linguistiques. Family language policies: Verbal exchanges and transmission of languages<\/em>, Bruxelles, Peter Lang, 2024.<\/p>\n<p>JANVION, \u00c9mile, <em>L\u2019\u00c9cole, antichambre de caserne et de sacristie<\/em>, Paris, Guerre sociale, 1907.<\/p>\n<p>JAUR\u00c8S, Jean, \u00ab L\u2019\u00e9ducation populaire et les \u201cpatois\u201d \u00bb, <em>La D\u00e9p\u00eache<\/em>, XLII, 15 ao\u00fbt 1911, p. 2-4.<\/p>\n<p>KAHN, Ren\u00e9 et al., (\u00e9ds), <em>Cultures r\u00e9gionales, d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Des ressources territoriales pour les \u00e9conomies r\u00e9gionales<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2014.<\/p>\n<p>KREMNITZ, Georg et al. (Dir.), <em>Histoire sociale des langues de France<\/em>, Presses Universitaires de Rennes, 2013.<\/p>\n<p>LAFONT, Robert, <em>Il y a quelqu\u2019un. La parole et le corps<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas, 2007.<\/p>\n<p>LAFONT, Robert, <em>L\u2019\u00eatre de langage. Pour une anthropologie linguistique, <\/em>Limoges, Lambert-Lucas, 2004.<\/p>\n<p>MAURER, Bruno, avec la participation de DESROUSSEAUX, Pierre-Antoine, <em>Repr\u00e9sentations sociales des langues en situation multilingue. La m\u00e9thode d\u2019analyse combin\u00e9e, nouvel outil d\u2019enqu\u00eate<\/em>, Paris, \u00c9ditions des Archives Contemporaines, 2013.<\/p>\n<p>MAZZARA, Sabrina, <em>I am a Dreamer. La didattica dell\u2019inglese tra rappresentazioni linguistiche e costruzione dell\u2019identit\u00e0<\/em>, Roma, Aracne (\u00ab L\u2019essere di linguaggio \u00bb, 1), 2013.<\/p>\n<p>MEMMI, Albert, <em>Portrait du colonis\u00e9, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du portrait du colonisateur<\/em> (pr\u00e9f.\u00a0de Jean-Paul Sartre), Paris, Buchet-Chastel, 1957.<\/p>\n<p>MILIN, Rozenn, <em>Du sabot au cr\u00e2ne de singe\u00a0: Histoire, modalit\u00e9s et cons\u00e9quences de l\u2019imposition d\u2019une langue dominante. Bretagne, S\u00e9n\u00e9gal et autres territoires<\/em>. Th\u00e8se de doctorat dirig\u00e9e par Ronan Le Coadic et Ibrahima Thioub, soutenue le 29 septembre 2022, Universit\u00e9 Rennes 2.<\/p>\n<p>NINYOLES, Rafael L., <em>Conflicte ling\u00fc\u00edstic valenci\u00e0\u00a0: substituci\u00f3 ling\u00fc\u00edstica i ideologies digl\u00f2ssiques<\/em>, Barcelone, Edicions 62, 1969.<\/p>\n<p>NIYA, Gninneyo Sylvestre-Pierre, \u00ab L\u2019\u00e9ducation bilingue \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des repr\u00e9sentations d\u2019avenir dans la province de l\u2019Oubritenga au Burkina Faso \u00bb, in AGRESTI, Giovanni et al., (coord.), <em>La recherche francophone dans le monde\u00a0: interroger les lettres et les sciences sociales et humaines.<\/em> Actes du 1<sup>er<\/sup> Congr\u00e8s mondial des chercheurs francophones (Accra, Ghana, 11-14 juin 2019), <em>Les Cahiers de l\u2019ACAREF<\/em>, 1, 3, d\u00e9cembre 2019, p. 65-83.<\/p>\n<p>OUSTINOFF, Micha\u00ebl, \u00ab Jean Jaur\u00e8s, visionnaire et th\u00e9oricien des langues romanes \u00e0 l\u2019\u00e8re de la mondialisation \u00bb, <em>Herm\u00e8s, La Revue<\/em>, n. 75(2), 2016, p. 46-51. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/herm.075.0046\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/herm.075.0046<\/a> [consult\u00e9 le 18\/01\/2025].<\/p>\n<p>PASOLINI, Pier Paolo, \u00ab Il \u201ffolle\u201d slogan dei jeans Jesus \u00bb, <em>Corriere della sera<\/em>, 17 maggio 1973.<\/p>\n<p>PSICHARI, Jean, <em>Un pays qui ne veut pas de sa langue<\/em>, Paris, Mercure de France, 1928.<\/p>\n<p>POGGESCHI, Giovanni, \u00ab La mediazione linguistica e culturale come strumento esemplare per la vigenza dei diritti linguistici di prima specie \u00bb, <em>Lingue e linguaggi<\/em>, n. 16, 2015, p. 435-443.<\/p>\n<p>SAUV\u00c9, Lucie, ASSELIN, Hugue, \u00ab Une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019instrumentalisation de l\u2019\u00e9cole comme antichambre du \u201cmarch\u00e9 du travail\u201d : une proposition d\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019\u00e9cocitoyennet\u00e9 \u00bb, <em>Interuniversity Journal of Theory of Education<\/em>, 29, n. 2, 2017, p. 227-244.<\/p>\n<p>SENGHOR, L\u00e9opold S\u00e9dar, \u00ab Le fran\u00e7ais, langue de culture \u00bb, <em>Esprit<\/em>, 11, novembre 1962, p. 837-844.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Aucune phrase, ni aucune ligne de la pr\u00e9sente contribution n\u2019ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de dispositifs de traitement semi-automatique de bases de donn\u00e9es textuelles, commun\u00e9ment appel\u00e9s IA g\u00e9n\u00e9rative. Ce texte n\u2019engage que son auteur et non les institutions auxquelles il s\u2019honore de relever.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Sans pr\u00e9tendre fixer un terme <em>a quo<\/em>, on rappellera, entre autres, en contexte fran\u00e7ais, la position de Jean Jaur\u00e8s (1911), mise en perspective par OUSTINOFF (2016 : 46-47), au sujet de ce que l\u2019on appelle de nos jours l\u2019\u00ab intercompr\u00e9hension des langues romanes \u00bb : \u00ab Il faut rappeler qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 vivait Jaur\u00e8s, le Midi de la France \u00e9tait massivement bilingue : \u00e0 Toulouse, par exemple, ce n\u2019est pas le fran\u00e7ais que l\u2019on entendait le plus dans sa vie de tous les jours, mais bien l\u2019occitan. C\u2019\u00e9tait la langue maternelle du plus grand nombre, et qui pourrait \u00eatre mis par cons\u00e9quent \u00e0 profit : \u00ab Pourquoi ne pas profiter de ce que la plupart des enfants de nos \u00e9coles connaissent et parlent encore ce que l\u2019on appelle d\u2019un nom grossier \u201cle patois\u201d \u00bb. <em>A priori<\/em>, le fran\u00e7ais est certes une langue romane, mais plus \u00e9loign\u00e9e de l\u2019espagnol, du catalan ou du portugais que l\u2019occitan\u00a0[\u2026] Ce qui fait l\u2019originalit\u00e9 de [la] pens\u00e9e [de Jaur\u00e8s], \u00e0 notre connaissance tout \u00e0 fait novatrice, c\u2019est d\u2019en voir les potentialit\u00e9s \u00e0 la fois p\u00e9dagogiques, culturelles et g\u00e9opolitiques et d\u2019en promouvoir le d\u00e9veloppement le plus pr\u00e9cocement possible\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Nous avons consacr\u00e9 une r\u00e9flexion organique, il y a trois lustres, \u00e0 \u00ab l\u2019enseignement des langues locales : institutions, m\u00e9thodes, id\u00e9ologies \u00bb, restitu\u00e9e dans un volume d\u2019actes de colloque (AGRESTI &amp; DE GIOIA 2012). Nous y avons \u00e9nonc\u00e9 tout particuli\u00e8rement des consid\u00e9rations \u00e0 la lisi\u00e8re de la psychanalyse, en r\u00e9f\u00e9rant la langue de la famille au \u00ab lieu de la m\u00e8re \u00bb et la langue de l\u2019\u00e9cole au \u00ab lieu du p\u00e8re \u00bb (AGRESTI 2012).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Toute colonisation d\u00e9bordant amplement le cadre strictement g\u00e9opolitique pour basculer dans la colonisation des esprits et des cultures, jusqu\u2019\u00e0 une connivence parfois surprenante entre colonisateur et colonis\u00e9 (MEMMI 1957), les dominations linguistico-culturelles ont facilement surv\u00e9cu aux Ind\u00e9pendances. M\u00eame si la donne \u00e9volue, et m\u00eame si l\u2019on assiste \u00e0 une r\u00e9guli\u00e8re mont\u00e9e en puissance des langues dites \u00ab nationales \u00bb en Afrique, l\u2019admonestation \u00ab vernaculaire interdit \u00bb est encore une norme relativement courante dans nombre d\u2019\u00e9coles en Afrique francophone subsaharienne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Ce n\u2019est pas du tout un hasard si souvent, en didactique des langues ainsi qu\u2019en linguistique, une langue est appel\u00e9e \u00ab code \u00bb, \u00ab code linguistique \u00bb. Appellation que nous r\u00e9cusons avec d\u00e9termination, ne serait-ce qu\u2019en raison de la redondance, du flou, de l\u2019impr\u00e9cision fonctionnelle et de la robustesse (HAMANT 2022 : 235-236) caract\u00e9risant toute langue naturelle.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00ab\u00a0Les prisons ressemblent aux usines, aux \u00e9coles et aux casernes, aux h\u00f4pitaux, qui ressemblent tous \u00e0 la prison\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Sur ce sujet, cf. la th\u00e8se de Rozenn MILIN (2022).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Dans l\u2019\u00e9conomie de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion, nous tenons \u00e0 pr\u00e9ciser que nous ne cautionnons gu\u00e8re la notion de <em>patois<\/em>, qui n\u2019a aucune assise scientifique et qui n\u2019a de sens que dans une perspective socioculturelle et sociohistorique (v. <em>infra<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Lors d\u2019une interview d\u2019il y a quelques ann\u00e9es, Ninyoles a pu nuancer son propos, en pr\u00e9f\u00e9rant plut\u00f4t la forme \u00ab auto-d\u00e9nigrement \u00bb, propos\u00e9e par Henri Boyer (GARABATO &amp; COLONNA 2016).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Sur la cat\u00e9gorisation ou typologie sociolinguistique des langues minoritaires on fera r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la base de donn\u00e9es CLME (Cat\u00e9gorisation des langues minoritaires en Europe) cr\u00e9\u00e9e par Alain Viaut et h\u00e9berg\u00e9e \u00e0 la Maison des Sciences de l\u2019Homme de Bordeaux\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.mshbx.fr\/base-clme\/\">https:\/\/www.mshbx.fr\/base-clme\/<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00ab\u00a0Les langues r\u00e9gionales appartiennent au patrimoine de la France\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> La d\u00e9couverte du \u00ab fonctionnement diglossique \u00bb au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 (GARDY &amp; LAFONT 1990 [1981]) montre que, concernant les langues moins r\u00e9pandues, d\u00e9valorisation et survalorisation reviennent souvent au m\u00eame. Ainsi, un m\u00eame individu peut d\u00e9clarer un attachement sans r\u00e9serve vis-\u00e0-vis de sa langue maternelle, \u00ab langue du c\u0153ur \u00bb, tout en s\u2019en interdisant l\u2019usage en dehors du cercle de connivence, \u00e0 savoir dans l\u2019espace public. On a affaire, dans ce cas-l\u00e0, \u00e0 ce que Fausta GARAVINI (1990) \u2013 et, avant elle, Claire BLANCHE-BENVENISTE (2013 [1983]) \u2013 appelle les \u00ab langues du dimanche \u00bb, qui sont tout le contraire des langues normalis\u00e9es.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Le juriste Giovanni POGGESCHI (2015) propose une int\u00e9ressante distribution entre : droits linguistiques \u00ab de premi\u00e8re cat\u00e9gorie \u00bb, \u00e0 savoir le droit-devoir pour l\u2019immigr\u00e9 d\u2019apprendre la langue du pays d\u2019accueil, droit-devoir qui est le pr\u00e9alable \u00e0 la jouissance de tous les autres droits fondamentaux ; droits linguistiques \u00ab de deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie \u00bb, \u00e0 savoir la protection des langues minoritaires traditionnellement parl\u00e9e dans un territoire donn\u00e9 (exemple : le basque, le breton ou l\u2019occitan en France) ; droits linguistiques \u00ab de troisi\u00e8me cat\u00e9gorie \u00bb, enfin, \u00e0 savoir la valorisation des langues d\u2019origine en pays \u00e9tranger. Le respect de cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie de droits est rare de par le monde. Sur le rapport entre \u00ab didactique des langues et droits linguistique de premi\u00e8re cat\u00e9gorie \u00bb, cf. AGRESTI &amp; MBALLO (2023).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Nous faisons r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la th\u00e9orie et aux travaux produits par le R\u00e9seau international Populations, Cultures, Langues et D\u00e9veloppement (POCLANDE)\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.poclande.fr\">www.poclande.fr<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Le glossonyme <em>patu\u00e0<\/em> est \u00e9galement employ\u00e9 en Italie, en contexte alpin, mais il n\u2019a pas cette acception n\u00e9gative qu\u2019on lui attribue traditionnellement en France, pr\u00e9cis\u00e9ment en raison d\u2019une diff\u00e9rente approche institutionnelle aux langues familiales (AGRESTI &amp; RIVOIRA 2024 : 128-129).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Une remarquable th\u00e8se de doctorat sur l\u2019\u0153uvre et l\u2019enseignement de Jousse, en voie de publication, a \u00e9t\u00e9 soutenue en octobre (2022) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Bordeaux Montaigne par Titus Jacquignon (sous la direction de Jean-R\u00e9mi Lapaire).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> C\u2019est nous qui traduisons de l\u2019italien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>Per citare questo articolo:<\/p>\n<p>Giovanni AGRESTI, \u00ab Langues familiales et entr\u00e9e dans les litt\u00e9raties scolaires : du conflit \u00e0 la coop\u00e9ration ?\u00a0\u00bb, <em>Rep\u00e8res DoRiF,<\/em> n. 31 <em>Langues familiales et entr\u00e9e dans les litt\u00e9racies scolaires<\/em>, DoRiF Universit\u00e0, Roma, febbraio 2025. https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/giovanni-agresti-langues-familiales-et-entree-dans-les-litteraties-scolaires-du-conflit-a-la-cooperation\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">ISSN 2281-3020<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-8924 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/logo-pubblicazione.png\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"49\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Quest\u2019opera \u00e8 distribuita con Licenza\u00a0<a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/3.0\/it\/\">Creative Commons Attribuzione \u2013 Non commerciale \u2013 Non opere derivate 3.0 Italia<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> <a href=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/giovanni-agresti-langues-familiales-et-entree-dans-les-litteraties-scolaires-du-conflit-a-la-cooperation\/\"> Continue de lire&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[419],"tags":[420],"class_list":["post-11848","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-langues-familiales-et-entree-dans-les-litteracies-scolaires","tag-31-langues-familiales-et-entree-dans-les-litteracies-scolaires"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Giovanni AGRESTI, Langues familiales et entr\u00e9e dans les litt\u00e9raties scolaires : du conflit \u00e0 la coop\u00e9ration ? 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