{"id":13161,"date":"2026-04-17T15:16:27","date_gmt":"2026-04-17T13:16:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/?p=13161"},"modified":"2026-04-17T21:05:55","modified_gmt":"2026-04-17T19:05:55","slug":"alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/","title":{"rendered":"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels  de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets"},"content":{"rendered":"<h3 id=\"alain-rabatel\" style=\"text-align: center;\">Alain RABATEL<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"les-enjeux-communicationnels-e\" style=\"text-align: center;\"><strong>Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Alain Rabatel<\/strong><br \/>\nProfesseur \u00e9m\u00e9rite en Sciences du Langage \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Claude-Bernard, Lyon 1<br \/>\n(Ecole Sup\u00e9rieure du Professorat et de l\u2019Education \u2013ESPE de l\u2019Acad\u00e9mie de Lyon)<br \/>\n<u><a id=\"OWA41cab07c-b3a9-7ec1-8e39-90f78f204eed\" class=\"x_OWAAutoLink\" title=\"mailto:Alain.Rabatel@univ-lyon1.fr\" href=\"mailto:Alain.Rabatel@univ-lyon1.fr\" data-linkindex=\"0\">Alain.Rabatel@univ-lyon1.fr\u00a0<\/a><\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce texte<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> se propose de pr\u00e9senter ma th\u00e9orisation linguistique de la notion de point de vue (d\u00e9sormais PDV, pour renvoyer \u00e0 cette th\u00e9orisation) ainsi que la constellation des concepts th\u00e9oriques produisant l\u2019effet-PDV\u00a0: prise en charge et responsabilit\u00e9 \u00e9nonciatives, argumentation directe ou indirecte, effacement \u00e9nonciatif, intentionnalit\u00e9,\u00a0subjectivit\u00e9 et objectivisation<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Il est \u00e9videmment impensable de pr\u00e9senter compl\u00e8tement toutes ces notions dans un seul texte, aussi privil\u00e9gierai-je ici la notion de PDV. Je consacrerai une premi\u00e8re partie \u00e0 la probl\u00e9matique de co-construction du sens, puis pr\u00e9senterai dans une deuxi\u00e8me partie les outils th\u00e9oriques pour une analyse pragma-\u00e9nonciative des PDV. Dans une troisi\u00e8me partie m\u00e9thodologique je proposerai quelques \u00e9tudes de cas illustrant des articulations souhaitables entre PDV et tel ou tel concept susmentionn\u00e9 pour penser d\u2019embl\u00e9e des discours complexes, en raison de la diversit\u00e9 de leurs marques et de leurs types d\u2019organisation, complexit\u00e9 encore accrue par des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019hybridation, la multitude des vis\u00e9es, l\u2019entrecroisement polyphonique des voix et le dialogisme des PDV en confrontation. Autrement dit, le propos essentiel que je vise est d\u2019entrer dans les m\u00e9canismes de la co-construction du sens et le d\u00e9voilement des enjeux communicationnels et interactionnels r\u00e9sultant de la confrontation des PDV.<\/p>\n<h3 id=\"-pr\u00e9ambule-au-cadrage-th\u00e9ori\">1. Pr\u00e9ambule au cadrage th\u00e9orique : la co-construction du sens et de ses enjeux interactionnels et communicationnels<\/h3>\n<p>Une distinction nette entre sens et interpr\u00e9tation est difficile \u00e0 tenir. Certes, la compr\u00e9hension repose sur des instructions, voire des contraintes, qui gouvernent le sens, mais elle rencontre rapidement le palier de l\u2019interpr\u00e9tation, avec la saisie des ambigu\u00eft\u00e9s, des mots sous-sp\u00e9cifi\u00e9s, des jeux de langage, des \u00e9carts par rapport \u00e0 des normes (COSERIU 2001), des variations (affectant le choix et l\u2019ordre des mots, les types de progression th\u00e9matique, la mise en relief, les marques de syntaxe dite expressive ou \u00e9motive, les donn\u00e9es suprasegmentales), des choix de planification, etc.\u00a0: tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont \u00e0 interpr\u00e9ter en faisant intervenir les intentions du locuteur ou celles qu\u2019il pr\u00eate \u00e0 d\u2019autres que lui. Autrement dit, d\u00e8s le niveau de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, <em>a fortiori<\/em> des discours, la distinction sens\/interpr\u00e9tation est probl\u00e9matique, si l\u2019on consid\u00e8re, avec Strawson 1970,<\/p>\n<ul>\n<li>que le sens ne se r\u00e9duit pas au contenu propositionnel de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (ce qu\u2019il appelle le sens A)\u00a0;<\/li>\n<li>qu\u2019il int\u00e8gre aussi celui de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 en rapport avec la r\u00e9f\u00e9rence : c\u2019est \u00e0 ce niveau que le sens s\u2019appuie sur l\u2019identification des signes indexicaux, sur ses conditions de v\u00e9rit\u00e9 en termes vrai\/faux (<em>i.e.<\/em> le sens B)\u00a0;<\/li>\n<li>enfin, qu\u2019il culmine dans le sens de l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 comme acte, mobilisant la prise en compte du contexte, d\u00e9gageant les valeurs modales et les actes de langage des acteurs de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 comme du locuteur auteur de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (<em>i.e.<\/em> le sens C).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces propositions de Strawson peuvent \u00eatre crois\u00e9es avec les options th\u00e9oriques de Bally\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut donc pas attribuer la valeur d\u2019une phrase tant qu\u2019on n\u2019y a pas d\u00e9couvert l\u2019expression, <em>quelle qu\u2019elle soit<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, de la modalit\u00e9\u00a0\u00bb (BALLY 1965\u00a0: 36).<\/p>\n<p>Rep\u00e9rer les actes de langage (AL) des \u00e9nonc\u00e9s et leurs modalit\u00e9s aff\u00e9rentes est relativement facile lorsque les \u00e9nonc\u00e9s sont particuli\u00e8rement explicites et que le destinataire est <em>in praesentia,<\/em> comme en (1)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>(1) Maintenant, mon petit monsieur, tu sors, et vite !<\/p><\/blockquote>\n<p>Cet \u00e9nonc\u00e9 exprime une modalit\u00e9 d\u00e9ontique et comprend un AL directif indiquant un ordre, signifi\u00e9 par le s\u00e9mantisme du verbe, sa tournure imp\u00e9rative \u00e0 l\u2019indicatif, l\u2019emploi du \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb, en lien avec l\u2019adresse p\u00e9jorative \u00ab\u00a0mon petit monsieur\u00a0\u00bb, qui ne laissent pas d\u2019autre alternative au destinataire que de d\u00e9barrasser imm\u00e9diatement le plancher. Cependant, m\u00eame dans ce cas banal, l\u2019extraction des AL est d\u00e9licate, parce que les \u00e9nonc\u00e9s sont souvent susceptibles d\u2019en exprimer simultan\u00e9ment plusieurs. Si on prend en compte la prosodie (forte intensit\u00e9, avec quatre intonations descendantes suivies de pauses longues entre les adverbes et l\u2019ordre), ainsi que les donn\u00e9es co-verbales multimodales\u00a0(mimique avec un regard froid, rictus de col\u00e8re, gestuelle marquant l\u2019exasp\u00e9ration, ponctuant le discours et accompagnant le regard vers la sortie), l\u2019exemple (1) exprime indirectement un AL expressif d\u2019exasp\u00e9ration, et donc une modalit\u00e9 appr\u00e9ciative n\u00e9gative, avec les deux adverbes \u00ab\u00a0maintenant\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0et vite\u00a0\u00bb. Ce deuxi\u00e8me AL conduit \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter l\u2019ordre comme une menace, vu la force illocutoire d\u2019engagement du locuteur dans son \u00e9nonc\u00e9, que l\u2019on pourrait reformuler ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0tu sors tout de suite, sinon je te mets dehors <em>manu militari<\/em>\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9crit ne verbalise pas toujours ces donn\u00e9es\u00a0: ici, la prosodie est marqu\u00e9e par le point d\u2019exclamation et les virgules, la dislocation concernant l\u2019allocutaire (\u00ab\u00a0mon petit monsieur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb), la mise en relief de l\u2019adverbe de temps\u00a0; mais les donn\u00e9es multimodales ne sont pas verbalis\u00e9es, il faut les imaginer. C\u2019est ce travail que fourniraient l\u2019acteur et le metteur en sc\u00e8ne, si cet \u00e9nonc\u00e9 devait \u00eatre adapt\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne\u00a0; c\u2019est aussi ce travail que doit faire tout lecteur s\u2019il veut comprendre les enjeux de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, leurs dimensions communicationnelles et interactionnelles.<\/p>\n<p>En revanche, ces donn\u00e9es sont pr\u00e9sentes, f\u00fbt-ce sommairement, dans l\u2019exemple suivant\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>(2) \u00ab &#8220;Merci pour l\u2019Ovaltine, ma bonne Martha.&#8221; Malgr\u00e9 le sourire, c\u2019\u00e9tait un cong\u00e9. \u00bb (P.D. James, [1962] <em>\u00c0 visage couvert<\/em>, Paris, Fayard, 1989\u00a0: 25)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le remerciement est un AL expressif exprimant la reconnaissance du locuteur pour un service rendu (avoir procur\u00e9 une boisson<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>)\u00a0; il est accompagn\u00e9 d\u2019une adresse affectueuse (\u00ab\u00a0ma bonne Martha\u00a0\u00bb) et d\u2019un \u00ab\u00a0sourire\u00a0\u00bb renfor\u00e7ant la modalit\u00e9 appr\u00e9ciative positive. On ne peut cependant exclure une \u00e9ventuelle condescendance\u00a0car les remerciements et marques d\u2019amiti\u00e9s appuy\u00e9s d\u2019un sup\u00e9rieur \u00e0 un inf\u00e9rieur sont souvent interpr\u00e9t\u00e9s n\u00e9gativement. Dans ces conditions, par-del\u00e0 l\u2019AL de gratitude, le remerciement \u00e9quivaut \u00e0 un AL directif de cong\u00e9diement temporaire, et donc \u00e0 une modalit\u00e9 d\u00e9ontique indirecte (ou d\u2019arri\u00e8re-plan) : ainsi Martha est-elle invit\u00e9e, aussi poliment que fermement, \u00e0 quitter la pi\u00e8ce<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Les exemples (1) et (2) renvoient \u00e0 plusieurs niveaux de subjectivit\u00e9. En\u00a0(1), la subjectivit\u00e9 appara\u00eet d\u00e8s la formulation syntaxique, prosodique et multimodale des AL d\u2019ordre, d\u2019exasp\u00e9ration et de menace envers l\u2019allocutaire, assortie d\u2019un certain m\u00e9pris. En (2) \u2013 \u00e0 la diff\u00e9rence de (1), o\u00f9 il n\u2019y avait qu\u2019un seul locuteur \u2013, il y en a deux : le locuteur de l\u2019AL de remerciement est un locuteur ench\u00e2ss\u00e9<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> et le locuteur ench\u00e2ssant est celui qui raconte<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Dans ces conditions, il ne faut pas confondre la subjectivit\u00e9 du locuteur ench\u00e2ss\u00e9 avec celle du locuteur ench\u00e2ssant. Ce dernier se contente d\u2019attester de la v\u00e9rit\u00e9 de la sc\u00e8ne et des AL, modalit\u00e9s et \u00e9motions du locuteur ench\u00e2ss\u00e9, suivant les conventions des r\u00e9cits r\u00e9alistes, et plus largement, les conventions et maximes qui r\u00e9gissent tous les \u00e9changes, <em>a fortiori<\/em> dans un texte informatif ou argumentatif. C\u2019est seulement si le locuteur ench\u00e2ssant s\u2019autorisait un commentaire sur la brutalit\u00e9 du cong\u00e9diement qu\u2019il manifesterait sa subjectivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de celle du locuteur ench\u00e2ss\u00e9. \u00c0 d\u00e9faut, le texte est dit \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb, du point de vue du locuteur ench\u00e2ssant, parce qu\u2019il est cens\u00e9 rapporter fid\u00e8lement ce qui s\u2019est dit, ce qui s\u2019est pass\u00e9, par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 extralinguistique, ou par rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019une fiction qui se pr\u00e9sente comme vraisemblable. Dans ce genre de configuration dialogique, il y a donc deux sources distinctes de subjectivit\u00e9, celle du personnage et celle du locuteur ench\u00e2ssant, cette derni\u00e8re n\u2019\u00e9tant indiscutable que si elle est manifeste.<\/p>\n<p>Ainsi les \u00e9nonc\u00e9s peuvent-ils se lire \u00e0 deux niveaux, l\u2019un, \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb, rendant compte de la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb des \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s, des \u00e9changes rapport\u00e9s, l\u2019autre, subjectif, renvoyant aux intentions des acteurs\/locuteurs ench\u00e2ss\u00e9s et, \u00e9ventuellement, aux jugements ou commentaires du locuteur ench\u00e2ssant. On se souvient que Saussure, dans \u00ab\u00a0De l\u2019essence double du langage\u00a0\u00bb, insistait sur un certain nombre de dualit\u00e9s structurantes qui organisent la vie des langues\u00a0: langue\/parole, synchronie\/diachronie, paradigme\/syntagme, etc. Cette nouvelle dualit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par les dimensions objective\/subjective du langage n\u2019est pas r\u00e9pertori\u00e9e comme telle dans le <em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, ni dans les <em>\u00c9crits de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em>. En revanche, Saussure nous met sur sa voie dans ses notes\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>On n\u2019est pas dans le vrai en disant : un fait de langage veut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 plusieurs points de vue ; ni m\u00eame en disant : ce fait de langage sera r\u00e9ellement deux choses diff\u00e9rentes selon le point de vue. Car on commence par supposer que le fait de langage est donn\u00e9 hors du point de vue.<br \/>\nIl faut dire\u00a0: primordialement, il existe des points de vue\u00a0; sinon, il est simplement impossible de saisir un fait de langage.<br \/>\nL\u2019identit\u00e9 que nous avons commenc\u00e9 par \u00e9tablir, tant\u00f4t au nom de telle consid\u00e9ration tant\u00f4t au nom de telle autre, entre deux termes eux-m\u00eames de nature variable, est absolument le seul fait premier, le seul fait simple d\u2019o\u00f9 part l\u2019investigation linguistique.<br \/>\n(Saussure, \u00ab\u00a0De l\u2019Essence double du langage\u00a0\u00bb, <em>\u00c9crits de Linguistique G\u00e9n\u00e9rale<\/em> 2002\u00a0: 19)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>Voici notre profession de foi en mati\u00e8re linguistique. En d\u2019autres domaines, on peut parler des choses &#8220;\u00e0 tel ou tel point de vue&#8221;, certain qu\u2019on est de retrouver un terrain ferme dans l\u2019objet m\u00eame. En linguistique, nous nions en principe qu\u2019il y ait des objets donn\u00e9s, qu\u2019il y ait des choses qui continuent d\u2019exister quand on passe d\u2019un ordre d\u2019id\u00e9es \u00e0 un autre, et qu\u2019on puisse se permettre de consid\u00e9rer des &#8220;choses&#8221; dans plusieurs ordres, comme si elles \u00e9taient donn\u00e9es par elles-m\u00eames<br \/>\nR\u00e9sum\u00e9 le plus g\u00e9n\u00e9ral<br \/>\nVoici le sens le plus g\u00e9n\u00e9ral de ce que nous avons cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir\u00a0: il nous est interdit en linguistique, quoique nous ne cessions de le faire, de parler &#8220;d\u2019une chose&#8221; \u00e0 diff\u00e9rents points de vue, ou d\u2019une chose en g\u00e9n\u00e9ral, parce que c\u2019est le point de vue qui seul FAIT la chose.<br \/>\n(Saussure, [Notes pour un livre sur la linguistique g\u00e9n\u00e9rale, 2] in \u00ab\u00a0Anciens documents\u00a0\u00bb, <em>\u00c9crits de Linguistique G\u00e9n\u00e9rale<\/em> 2002\u00a0: 201)<\/p><\/blockquote>\n<p>Saussure ne dit pas que la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019existerait pas ind\u00e9pendamment du langage, il souligne que le mat\u00e9riau linguistique ne donne pas une id\u00e9e \u2018objective\u2019 de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de mots neutres sans histoire. De fait, le mode de donation de la r\u00e9f\u00e9rence comporte des traces du point de vue de l\u2019\u00e9nonciateur sur ce m\u00eame objet, par exemple \u00e0 travers les choix lexicaux, les modalisations, etc., car il n\u2019est pas possible de dissocier l\u2019objet de son commentaire, comme si la modalit\u00e9 n\u2019existait que dans le <em>modus<\/em> et pas dans le <em>dictum <\/em>(DUCROT 1993).<\/p>\n<p>Un dernier point encore\u00a0: comme la dimension objective de la r\u00e9alit\u00e9 construite par le langage passe par la d\u00e9notation, on serait tent\u00e9 de consid\u00e9rer que la dimension subjective rel\u00e8verait de la connotation. Cette hypoth\u00e8se est en contradiction avec les remarques pr\u00e9c\u00e9dentes, aussi vaut-il la peine de clarifier cette question. La connotation est d\u00e9finie comme une forme de signification seconde des mots, \u00e0 travers les signifi\u00e9s indirects, implicites, subjectifs, socio-culturels qui s\u2019ajoutent au sens litt\u00e9ral, d\u00e9not\u00e9. Les exemples souvent cit\u00e9s (voiture\/bagnole, concierge\/bignole) mettent en relation la connotation avec les registres, notamment la variation sociolectale<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Cette conception restrictive h\u00e9rit\u00e9e de Hjelmslev soul\u00e8ve des difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re difficult\u00e9\u00a0: le sens n\u2019est pas seulement dans les mots, ni dans l\u2019ordre des mots r\u00e9gl\u00e9 par la syntaxe, il d\u00e9passe le cadre des relations intraphrastiques, par de multiples relations d\u2019ordre rh\u00e9torico-textuel de nature macro-structurale. C\u2019est le cas avec les structures de jonction et de disjonction\u00a0; de similitude (compl\u00e9mentarit\u00e9, \u00e9quivalence, parall\u00e9lisme, fusion, mise en abyme) et de diff\u00e9rence (opposition, inversion)\u00a0; d\u2019ouverture et de cl\u00f4ture\u00a0; d\u2019arri\u00e8re-plan et d\u2019avant-plan\u00a0; de valorisation et de d\u00e9valorisation, etc., qui entrent dans la construction de syst\u00e8mes de repr\u00e9sentations et de valeurs polaris\u00e9es.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me difficult\u00e9\u00a0: le sens d\u00e9passe ces donn\u00e9es parce qu\u2019il r\u00e9sulte aussi des attentes, des hypoth\u00e8ses des r\u00e9cepteurs qui contribuent par leurs questions \u00e0 \u00eatre plus attentifs \u00e0 certains \u00e9l\u00e9ments et non \u00e0 d\u2019autres, et qui, de ce fait, co-construisent le sens. D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche int\u00e9grative de la connotation (KERBRAT-ORECCHIONI 1977), \u00e0 un triple niveau\u00a0: en premier lieu, un niveau ancr\u00e9 dans le signifiant. En deuxi\u00e8me lieu, un niveau qui envisage les relations entre le mot et l\u2019\u00e9nonc\u00e9, le mot et le texte\u00a0: ce niveau est incommensurablement plus complexe que le premier, d\u2019abord parce que ce n\u2019est pas la m\u00eame chose que de penser les relations entre le mot et l\u2019\u00e9nonc\u00e9, le mot et le texte, avec ses diverses isotopies\u00a0; ensuite parce que ces relations sont tr\u00e8s diverses, comme on l\u2019a vu plus haut, avec les relations bas\u00e9es sur structures rh\u00e9torico-textuelles macro-structurales. \u00c0 quoi s\u2019ajoutent des donn\u00e9es prosodiques, des jeux avec les sons, les graphies, les espaces, \u00e9ventuellement qui jouent un r\u00f4le structurant significatif, comme l\u2019a bien vu Jakobson. En troisi\u00e8me lieu, un niveau hors du signe et du texte, avec les associations d\u2019id\u00e9es en prise sur la situation, le v\u00e9cu des r\u00e9cepteurs<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me difficult\u00e9\u00a0: si on s\u2019appuie sur les seuls \u00e9l\u00e9ments marqu\u00e9s pour analyser la subjectivit\u00e9, on est devant une vraie impasse, car on laisse penser que le non marqu\u00e9, qui \u00e9quivaut \u00e0 la norme, \u00e0 ce qui est attendu, \u00e9chapperait aux jugements de subjectivit\u00e9. On passe ainsi de l\u2019id\u00e9e de normativit\u00e9 \u00e0 celle d\u2019objectivit\u00e9, alors que la norme repose sur des usages dominants qui rel\u00e8vent de la dimension intersubjective : c\u2019est vrai non seulement par rapport \u00e0 des choix d\u2019ordre paradigmatique (cf. le couple voiture\/bagnole), mais plus encore avec la dimension syntagmatique de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 ou du texte. C\u2019est pourquoi il faut abandonner l\u2019id\u00e9e d\u2019un mod\u00e8le vertical du sens \u2013 selon lequel le c\u0153ur du sens serait dans la d\u00e9notation et s\u2019\u00e9tofferait en int\u00e9grant des couches sup\u00e9rieures sur lesquelles le contr\u00f4le diminuerait \u00e0 mesure que cro\u00eetraient la part subjective \u2013 pour le remplacer par un mod\u00e8le horizontal (j\u2019y reviendrai plus bas avec Rastier) dans lequel tout fait sens dans l\u2019organisation du discours, les \u00e9l\u00e9ments marqu\u00e9s comme les \u00ab\u00a0non marqu\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le couple d\u00e9notation\/connotation rend mal compte de la nature profond\u00e9ment ambivalente des PDV d\u00e8s le niveau de la d\u00e9notation, qui donne prise \u00e0 une analyse en termes de subjectivit\u00e9\u00a0: parce que m\u00eame l\u2019emploi des mots les plus objectivants possibles (comme les proc\u00e9d\u00e9s marquant l\u2019effacement \u00e9nonciatif) n\u2019exclut pas de les consid\u00e9rer sous l\u2019angle des calculs subjectifs du locuteur\u00a0; parce que le travail de r\u00e9f\u00e9renciation au plan de la d\u00e9notation n\u2019est jamais totalement explicite, qu\u2019il est travers\u00e9 par des ellipses, des implicites, etc., qui doivent \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s pour d\u00e9gager le sens d\u00e9notatif d\u2019un \u00e9nonc\u00e9. C\u2019est ce que montre l\u2019exemple de Ducrot\u00a01980 pour illustrer la notion de PDV, en (3) :<\/p>\n<blockquote><p>(3) Jeanne, ayant termin\u00e9 ses malles, s\u2019approcha de la fen\u00eatre, mais la pluie ne cessait pas. (Maupassant, <em>Une vie<\/em>)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le locuteur premier raconte et d\u00e9crit la situation en se mettant \u00e0 la place de Jeanne, qui est le centre de perspective<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, bien qu\u2019elle ne prononce pas une parole. Les inf\u00e9rences situationnelles font entendre que, puisque Jeanne boucle ses malles, elle va partir en voyage. La recherche de la coh\u00e9rence de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 am\u00e8ne \u00e0 conclure que la pluie contrecarre ses projets.\u00a0De plus, son mouvement vers la fen\u00eatre fait entendre que Jeanne savait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il pleuvait et veut v\u00e9rifier s\u2019il pleut toujours. Ce qui fait que si l\u2019on devait transposer la sc\u00e8ne au cin\u00e9ma, il faudrait s\u2019appuyer sur les inf\u00e9rences des donn\u00e9es d\u00e9notatives pour montrer, en cam\u00e9ra subjective, une pi\u00e8ce vue par les yeux du personnage, qui ferme sa malle, regarde vers la fen\u00eatre, avec une bande-son faisant entendre le bruit de la pluie qui cro\u00eet<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> \u00e0 mesure qu\u2019elle s\u2019approche de la fen\u00eatre, puis, en fin de compte, le regard qui s\u2019arr\u00eate sur la vue de la pluie qui tombe \u00e0 verse, retardant le d\u00e9part. Dans ce cadre, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 constatif fournit un certain nombre de donn\u00e9es \u00ab dites\u00a0\u00bb objectives\u00a0: mais objectives signifie que les destinataires n\u2019ont pas d\u2019autres choix que ceux-l\u00e0 pour se repr\u00e9senter la sc\u00e8ne. Dans ce cadre th\u00e9orique, la d\u00e9notation est construite par l\u2019ensemble des constituants de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, selon une conception que Rastier nomme un \u00ab\u00a0mod\u00e8le plat de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb\u00a0qui se laisse mal appr\u00e9hender \u00e0 partir du couple d\u00e9notation\/connotation :<\/p>\n<blockquote><p>En proposant un mod\u00e8le plat, nous la concevons non plus comme un transit de la pens\u00e9e vers le langage, mais comme une action qui \u00e0 tout le moins permet de passer d\u2019un signe \u00e0 ce qui le suit, et en somme de produire un passage \u00e0 partir d\u2019un passage pr\u00e9c\u00e9dent. Cela t\u00e9moigne certes d\u2019une activit\u00e9 de la pens\u00e9e, mais n\u2019en est pas simplement une expression, c\u2019est une action de transformation du s\u00e9miotique qui met \u00e9videmment en jeu des perceptions et des repr\u00e9sentations, mais ne s\u2019y r\u00e9sume pas. (<em>ibid.<\/em>\u00a0: 85)<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans l\u2019exemple (3), d\u2019autres inf\u00e9rences peuvent \u00eatre convoqu\u00e9es, mais l\u00e0 encore, si tant est qu\u2019elles rel\u00e8vent de la connotation, <em>c\u2019est d\u2019une connotation qui r\u00e9interpr\u00e8te les m\u00eames donn\u00e9es textuelles que pr\u00e9c\u00e9demment, en les rapportant aux modalit\u00e9s des instances \u00e9nonciatives<\/em>. En ce sens, (3) peut donc se lire <em>aussi<\/em> comme exprimant modalement un d\u00e9sir de partir et une d\u00e9ception de ne pouvoir le faire, qui renvoient \u00e0 Jeanne, et non au narrateur. D\u2019embl\u00e9e, plusieurs observations peuvent \u00eatre tir\u00e9es de l\u2019exemple\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>i) Le PDV est indiqu\u00e9 par des mots pleins (<em>cessait<\/em>) comme par des morph\u00e8mes grammaticaux\u00a0: l\u2019imparfait, la n\u00e9gation, le connecteur argumentatif, le d\u00e9fini qui indique la saillance de la pluie dans la m\u00e9moire de Jeanne, alors qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019incipit du texte.<\/li>\n<li>ii) Le PDV est certes plus marqu\u00e9 dans la proposition coordonn\u00e9e par <em>mais.<\/em> Toutefois la proposition avec le PS, avant le <em>mais,<\/em> n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9e de subjectivit\u00e9 pour autant\u00a0: c\u2019est toujours le PDV du support \u00e9nonciatif Jeanne, puisqu\u2019on peut inf\u00e9rer une intentionnalit\u00e9 et associer une modalit\u00e9 volitive au d\u00e9placement, car, si elle va vers la fen\u00eatre, c\u2019est qu\u2019elle <em>veut <\/em>partir et v\u00e9rifier si elle le <em>peut<\/em>. Et, comme elle ne le peut pas, elle est <em>d\u00e9\u00e7ue<\/em><a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Ainsi, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 n\u2019est plus seulement constatif, il est satur\u00e9 de trois modalit\u00e9s subjectives.<\/li>\n<li>iii) Il est donc faux de consid\u00e9rer que les \u00e9l\u00e9ments marqu\u00e9s sont seuls subjectifs et que les \u00e9l\u00e9ments non marqu\u00e9s seraient objectifs.<\/li>\n<li>iv) L\u2019\u00e9nonc\u00e9 global est donc subjectif de part en part, mais selon un gradient : c\u2019est ce qui me fait distinguer un PDV embryonnaire dans le premier plan (autour du pass\u00e9 simple) \u2013 qui se d\u00e9finit davantage par une appr\u00e9hension globale des ph\u00e9nom\u00e8nes que par la th\u00e8se d\u2019une pr\u00e9tendue objectivit\u00e9 \u2013 et un PDV repr\u00e9sent\u00e9 dans le deuxi\u00e8me plan, qui commente et d\u00e9taille les impressions globales du premier plan, de fa\u00e7on plus subjective avec l\u2019imparfait de valeur s\u00e9cante<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. On gagnerait \u00e0 manipuler l\u2019\u00e9nonc\u00e9 pour s\u2019apercevoir que l\u2019on pourrait expliciter davantage la subjectivit\u00e9, dans les deux propositions, comme en (3b)\u00a0:<\/li>\n<\/ul>\n<blockquote><p>(3b) Jeanne, ayant termin\u00e9 ses malles, s\u2019approcha <em>vivement \/ impatiemment<\/em> de la fen\u00eatre\u00a0<em>; <\/em>mais, <em>h\u00e9las, pensait-elle,<\/em> la pluie ne cessait pas\u00a0<em>!<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019ajout d\u2019un adverbe renforce l\u2019impatience dans la premi\u00e8re proposition, le point-virgule \u00e0 valeur expressive dramatise les sentiments contraires, le point d\u2019exclamation et l\u2019interjection <em>h\u00e9las<\/em>, associ\u00e9s \u00e0 l\u2019incise, avec son <em>verbum sentiendi<\/em>, transforment le PDV repr\u00e9sent\u00e9 en discours indirect libre. Les manipulations des \u00e9nonc\u00e9s objectivent les effets qui r\u00e9sultent des modifications terme \u00e0 terme et modifient l\u2019appr\u00e9hension globale de l\u2019\u00e9nonc\u00e9.<\/p>\n<p>On peut conclure des analyses des trois exemples pr\u00e9c\u00e9dents un certain nombre de th\u00e8ses relatives \u00e0 l\u2019\u00e9nonciation <em>et<\/em> \u00e0 la r\u00e9f\u00e9renciation, \u00e0 leur dimension profond\u00e9ment dialogique, tant dans les situations monologales que dialogales, monologiques que dialogiques\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>La premi\u00e8re rapporte les ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques et leur signification \u00e0 une ou \u00e0 diff\u00e9rentes sources \u00e9nonciatives internes aux \u00e9nonc\u00e9s et aux textes, d\u00e9finies par les valeurs modales et les intentions qui \u00e9mergent lors de la construction des objets de discours, donc des effets-PDV qui en d\u00e9coulent. Ces modalit\u00e9s sont ici distinctes des AL, puisque Jeanne ne parle pas, \u00e0 la diff\u00e9rence des locuteurs de (1) et (2).<\/li>\n<li>La deuxi\u00e8me requiert de distinguer les niveaux o\u00f9 les acteurs de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 communiquent et interagissent et celui de l\u2019\u00e9nonciation \u00e9non\u00e7ante.<\/li>\n<li>La troisi\u00e8me concerne l\u2019analyse plus pr\u00e9cise des deux niveaux pr\u00e9c\u00e9dents, selon que le discours est monologal (un locuteur) ou dialogal (plusieurs locuteurs)\u00a0; selon qu\u2019il exprime un unique PDV, par-del\u00e0 quelques variations formelles mineures (monologisme) ou plusieurs PDV (dialogisme) (RABATEL 2008\u00a0: 361ss).<\/li>\n<li>La quatri\u00e8me int\u00e8gre la part du destinataire co\u00e9nonciateur qui analyse les diff\u00e9rents PDV en confrontation, se demande si ces derniers correspondent \u00e0 des cumuls de significations (<em>PDV cumulatifs<\/em>) ou au contraire \u00e0 des incompatibilit\u00e9s (<em>PDV substitutifs<\/em>) (RABATEL 2021\u00a0: 63-65), qui, dans tous les cas, doivent \u00eatre hi\u00e9rarchis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Confronter la validit\u00e9 de ces th\u00e8ses \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des discours requiert l\u2019emploi d\u2019un certain nombre d\u2019outils \u2013 notamment la jonction ou disjonction du locuteur et de l\u2019\u00e9nonciateur, capitale pour la pleine compr\u00e9hension de l\u2019analyse de l\u2019exemple (3), Jeanne \u00e9tant en fait une \u00e9nonciatrice seconde, non locutrice \u2013 et d\u2019une m\u00e9thodologie pour les mettre en \u0153uvre. C\u2019est ce que je voudrais illustrer \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n<h3 id=\"-les-outils-:-cadre-th\u00e9orique\">2. Les outils : cadre th\u00e9orique pragma-\u00e9nonciatif<\/h3>\n<p>Quel sens donner \u00e0 \u00ab\u00a0pragmatique\u00a0\u00bb dans une \u00ab\u00a0conception pragma-\u00e9nonciative de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb\u00a0? Elle est ici au c\u0153ur du texte\/du discours (ce qui n\u2019exclut pas des dimensions pragmatiques en dehors des discours), renvoyant \u00e0 cette id\u00e9e de Benveniste que l\u2019\u00e9nonciation actualise le tr\u00e9sor de la langue en vue de communiquer, d\u2019exprimer quelque chose, et de produire des effets sur les interlocuteurs pr\u00e9sents ou sur des destinataires absents. Fondamentalement, il s\u2019agit de partager une certaine fa\u00e7on de dire le monde, ce qui touche \u00e0 la dimension argumentative des discours, et aussi aux probl\u00e9matiques de la prise en charge et de la responsabilit\u00e9 \u00e9nonciatives. J\u2019y reviendrai ult\u00e9rieurement, en abordant les questions de m\u00e9thode, mais il est important d\u2019avoir cette conception en t\u00eate, d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Compte tenu de la complexit\u00e9 des notions \u00e0 pr\u00e9senter, et pour ne pas faire perdre au lecteur le fil de mon propos, je choisis de n\u2019exposer dans le corps du texte que mes propres conceptions. J\u2019utiliserai en revanche les notes pour des compl\u00e9ments bibliographiques, des discussions \u00e9pist\u00e9mologiques pour situer mes convergences ou divergences avec d\u2019autres auteurs plus anciens ou contemporains. Je le ferai avec la retenue et la modestie que recommandent Goldsmith et Laks 2021\u00a0dans l\u2019introduction<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a> de leur ouvrage, que nul linguiste ne devrait ignorer : les auteurs notent combien l\u2019<em>hybris<\/em> des chercheurs les conduit \u00e0 durcir exag\u00e9r\u00e9ment les diff\u00e9rences quand ils veulent se faire un nom, contre leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs ou concurrents, et combien les m\u00eames, une fois install\u00e9s, ont une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 ranger tout le monde derri\u00e8re leur banni\u00e8re, f\u00fbt-ce au prix de l\u2019estompage de diff\u00e9rences qu\u2019ils eussent exhib\u00e9es en d\u2019autres temps\u2026 Bref, la critique est chose n\u00e9cessaire, mais il faut se souvenir d\u2019o\u00f9 nous venons, des circonstances dans lesquelles nos anciens travaillaient et faire aussi bien qu\u2019eux. Il s\u2019ensuit que mon usage des notes ne doit pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une attitude de m\u00e9pris envers des donn\u00e9es secondaires\u00a0; certes, elles sont secondes par rapport \u00e0 mon propos, mais elles sont plut\u00f4t \u00e0 consid\u00e9rer comme le socle sans lequel ma r\u00e9flexion n\u2019aurait tout simplement pas pu exister. La science est une aventure collective, et, sans ignorer les luttes d\u2019influence pour occuper des positions hautes dans le champ, il faut viser la v\u00e9rit\u00e9 avec honn\u00eatet\u00e9, bienveillance et modestie, tout particuli\u00e8rement dans le d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es et la recherche scientifique.<\/p>\n<h4 id=\"1-locuteurs-\u00e9nonciateurs\"><em>2.1. Locuteur(s), \u00e9nonciateur(s)<\/em><\/h4>\n<p>La doxa linguistique consid\u00e8re le locuteur ou l\u2019\u00e9nonciateur comme des parasynonymes ainsi que le confirme l\u2019existence d\u2019un seul terme pour \u00e9voquer celui qui parle, (<em>Speaker <\/em>ou <em>Sprecher<\/em>, en anglais ou en allemand). C\u2019est aussi ce que laisse penser Benveniste, qui n\u2019utilise que le terme de <em>locuteur<\/em>, bien qu\u2019il analyse des discours dans lesquels ce dernier est susceptible de produire des discours ancr\u00e9s ou non dans la situation d\u2019\u00e9nonciation \u2013 ce qui indique pourtant l\u2019existence d\u2019une d\u00e9liaison possible entre le locuteur et les positions \u00e9nonciatives qu\u2019il adopte. Pour clarifier ce point, un certain nombre d\u2019\u00e9nonciativistes fran\u00e7ais (DESCLES, DUCROT, CULIOLI, BRES, RABATEL) ou \u00e9trangers (N\u00d8LKE) ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 distinguer les instances du locuteur et de l\u2019\u00e9nonciateur (RABATEL 2010). Je d\u00e9finis, suivant Ducrot, le locuteur (L)<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> comme l\u2019instance de prof\u00e9ration des paroles (orales ou \u00e9crites) et l\u2019\u00e9nonciateur (E) comme l\u2019instance support des PDV. L, tout en \u00e9tant le centre instanciel des op\u00e9rations \u00e9nonciatives<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, est aussi une substance subordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience sensorielle, dot\u00e9e d\u2019un corps \u2013 avec ses dimensions prosodiques, multimodales \u2013 d\u2019une histoire qui p\u00e8se sur les relations avec autrui et sur le commerce qu\u2019il entretient avec lui-m\u00eame (auto-r\u00e9flexivit\u00e9, parole int\u00e9rieure). La cat\u00e9gorie des L se subdivise en locuteurs primaires et locuteurs seconds (l2), sources de discours rapport\u00e9s\/repr\u00e9sent\u00e9s (RABATEL 2003) dans le discours de L1, sous toutes leurs manifestations (AUTHIER-REVUZ 1995, 1998, 2020, ROSIER 1999, RABATEL 2008\u00a0: 349-355). De m\u00eame, E se subdivise entre supports premier (E1) ou seconds (e2) des PDV. L1 et E1, l2 et e2 peuvent \u00eatre conjoints si L ou l expriment leur propre PDV<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, disjoints dans le cas contraire. E1 pr\u00e9suppose toujours l\u2019existence d\u2019un L1\u00a0; en revanche, il n\u2019y a pas d\u2019obligation \u00e0 ce qu\u2019un e2 implique la pr\u00e9sence d\u2019un l2 avec lequel il serait en syncr\u00e9tisme, sauf dans un discours direct, car les e2 peuvent \u00eatre des constructions projectives construites par L1\/E1, sans que ce dernier ne donne \u00e0 e2 un statut de locuteur second, comme c\u2019est le cas de Jeanne dans l\u2019exemple (3). C\u2019est ce que Ducrot 1984\u00a0: 204-205 et Banfield 1995 analysent, l\u2019un \u00e0 propos de perceptions repr\u00e9sent\u00e9es dans des r\u00e9cits h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tiques au pass\u00e9, l\u2019autre, \u00e0 propos des discours indirects libres, comme des \u00ab\u00a0phrases sans paroles\u00a0\u00bb, au sens o\u00f9 les PDV sont associ\u00e9s \u00e0 des fa\u00e7ons de voir, des id\u00e9es formul\u00e9es par L1 mais exprimant le PDV et les modalit\u00e9s de e2.<\/p>\n<p>En situation monologale, il n\u2019y a qu\u2019un L1 et un E1, et une infinit\u00e9 de l2 ou de e2<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, avec un avantage dissym\u00e9trique foncier en faveur de L1\/E1, par rapport aux l2 et e2, car c\u2019est L1 qui d\u00e9cide de les citer ou non, de les \u00e9voquer selon telle ou telle modalit\u00e9 de discours rapport\u00e9\/repr\u00e9sent\u00e9, plus ou moins longuement<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, tout en choisissant d\u2019orienter l\u2019interpr\u00e9tation des PDV de l2 ou e2 par ses coupes, ses discours d\u2019escorte (choix des verbes rapporteurs, choix de ce qui est cit\u00e9 ou omis, pr\u00e9sence de commentaires). La dissym\u00e9trie est encore plus forte si l\u2019on songe que L1 peut certes faire valoir ses propres PDV qu\u2019il prend en charge directement, mais il peut aussi rapporter des PDV de l2\/e2 sans pr\u00e9ciser son propre PDV par rapport \u00e0 ces PDV repr\u00e9sent\u00e9s, ou encore mettre en sc\u00e8ne des PDV d\u2019\u00e9nonciateurs seconds non locuteurs, sans leur donner la parole. Dans tous les cas d\u2019ench\u00e2ssement, il y a toujours potentiellement plus de locuteurs\/\u00e9nonciateurs seconds que de locuteurs\/\u00e9nonciateurs premiers, voire plus d\u2019\u00e9nonciateurs seconds sans parole que de l2\/e2, tant il est plus commode aux L1 de reconstruire les PDV de e2 selon leurs propres int\u00e9r\u00eats, en faisant \u00e9cho de fa\u00e7on tr\u00e8s allusive \u00e0 l\u2019interdiscours ou \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes intertextuels, \u00e0 des discours anonymes, \u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes, \u00e0 la rumeur, ce qui permet d\u2019\u00e9chapper aux v\u00e9rifications portant sur la justesse des citations et des discours rapport\u00e9s, (RABATEL 2012c\u00a0: 68-71). Peu ou prou, on retrouve ces stratifications dialogiques dans les situations dialogales.<\/p>\n<h4 id=\"2-centres-d\u00e9ictiques-centres-\"><em>2.2 Centres d\u00e9ictiques, centres modaux<\/em><\/h4>\n<p>La disjonction\/conjonction du locuteur et de l\u2019\u00e9nonciateur repose sur une disjonction\/conjonction th\u00e9orique compl\u00e9mentaire, entre centre d\u00e9ictique et centre modal. Le centre d\u00e9ictique repose toujours sur le locuteur, toutes les actualisations personnelles et spatio-temporelles \u00e9tant calcul\u00e9es par rapport \u00e0 son actualit\u00e9. Ce dernier a certes le choix de r\u00e9aliser des \u00e9nonc\u00e9s embray\u00e9s ou d\u00e9sembray\u00e9s par rapport \u00e0 sa situation d\u2019\u00e9nonciation, mais il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il est toujours le centre de la deixis. Il en est de m\u00eame pour tous les locuteurs, seconds, avec un avantage pour le locuteur premier, dont la deixis l\u2019emporte sur celle du locuteur second comme le confirment les transpositions de personne et de marques spatio-temporelles de l2, recalcul\u00e9es par rapport \u00e0 la deixis de L1. De m\u00eame, le locuteur\/\u00e9nonciateur premier est toujours centre modal des PDV qu\u2019il prend en charge\u00a0: en ce sens, il y a jonction du locuteur, de l\u2019\u00e9nonciateur et du centre modal. Il faut cependant envisager que L1\/E1 se mette \u00e0 la place d\u2019un \u00e9nonciateur dont il rapporte le PDV et imagine la subjectivit\u00e9, sans le faire parler. L1\/E1 imagine donc aussi les modalit\u00e9s aff\u00e9rentes \u00e0 la subjectivit\u00e9 de e2, sans pour autant partager n\u00e9cessairement ces m\u00eames valeurs modales\u00a0: en ce sens, l\u2019\u00e9nonciateur second est un sujet modal autonome, disjoint de toute activit\u00e9 locutive. Une telle disjonction des centres d\u00e9ictique et modal n\u2019appara\u00eet pas lorsque le locuteur prend en charge ses propres PDV, dans un contexte monologique\u00a0: en ce cas le locuteur premier, qui est aussi \u00e9nonciateur premier, est \u00e0 la fois centre d\u00e9ictique et centre modal. Mais d\u00e8s que le locuteur rapporte ou repr\u00e9sente en contexte dialogique des PDV qui ne sont pas les siens \u2013 non seulement dans les discours rapport\u00e9s\/repr\u00e9sent\u00e9s, mais encore dans les assertions feintes, ludiques, hypoth\u00e9tiques, contrefactuelles ou dans des PDV sans paroles, que L reconstruit par empathie \u2013, il y a disjonction entre le centre d\u00e9ictique qu\u2019est L1 et le centre modal qui se trouve soit dans le locuteur\/\u00e9nonciateur second, soit dans un \u00e9nonciateur second. Mais pour illustrer ces diff\u00e9rentes situations, il faut pr\u00e9senter d\u2019abord le concept linguistique de point de vue (PDV), qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 exemplifi\u00e9 avec l\u2019exemple (3), dans l\u2019espoir que cela aide le lecteur \u00e0 mieux int\u00e9grer les th\u00e9orisations suivantes.<\/p>\n<h4 id=\"3-point-de-vue-\"><em>2.3 Point de vue <\/em><\/h4>\n<p>En langue naturelle, la lexie complexe <em>point de vue<\/em><strong>,<\/strong> comme ses \u00e9quivalents <em>Standpunkt<\/em>, <em>Punto di vista<\/em>, <em>Punto de vista<\/em>, <em>Point of view, <\/em>etc., signifie au sens litt\u00e9ral un lieu (un <em>point<\/em>), d\u2019o\u00f9 se tient un observateur, ce point \u00e9tant propice \u00e0 la vue, sans exclure les autres sens. Ce point offre une perspective organis\u00e9e permettant de (se) repr\u00e9senter mim\u00e9tiquement (<em>darstellen<\/em>) un segment du \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb, ou projectivement (<em>sich vorstellen<\/em>). Cette dualit\u00e9 souligne d\u2019une part la proximit\u00e9 entre empathie<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0 et point de vue, d\u2019autre part un air de famille avec les th\u00e9ories g\u00e9om\u00e9triques ou optiques de la perspective, plus restreintes et r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 d\u2019autres s\u00e9mioses que le langage (RABATEL 2025b, c). Au sens figur\u00e9, la lexie signifie une opinion (partielle, partiale) ou un jugement (plus r\u00e9flexif). Ma th\u00e9orisation du PDV int\u00e8gre les significations et exp\u00e9riences anthropologiques de la vie ordinaire \u2013 de la perception sensorielle vers le sensible, le conceptuel et le praxique \u2013 dans une probl\u00e9matisation et une mod\u00e9lisation qui optimisent l\u2019analyse des discours dans leur infinie diversit\u00e9. Le <em>point<\/em> est un site\/rep\u00e8re spatio-temporel ou un lieu ou une position (intellectuelle) r\u00e9elle ou fictive\u00a0; la <em>vue<\/em> peut \u00eatre de nature sensorielle ou conceptuelle\u00a0; l\u2019instance site du PDV peut \u00eatre un observateur ou un locuteur. Ce dernier peut renvoyer \u00e0 un <em>locuteur\/\u00e9nonciateur premier ou second<\/em> dont la voix est <em>source<\/em> de PDV ou \u00e0 un <em>\u00e9nonciateur second non locuteur<\/em>, <em>support<\/em> d\u2019un PDV qui est le r\u00e9sultat m\u00e9diatis\u00e9 d\u2019une repr\u00e9sentation projective, imaginaire, pour tout dire fictive, par L1\/E1 (ou l2\/e2 envers un autre e2). Le concept linguistique de <em>point de vue<\/em> r\u00e9fute l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle les mots diraient objectivement et en toute transparence le r\u00e9el (Saussure 2002\u00a0: 19), analysables seulement en termes de v\u00e9riconditionnalit\u00e9. Est PDV toute pr\u00e9dication qui, donnant une quelconque information sur un quelconque objet-du-discours, relative \u00e0 sa d\u00e9notation, renseigne <em>de surcro\u00eet<\/em> sur le PDV de l\u2019\u00e9nonciateur sur l\u2019objet (RABATEL 2017\u00a0: 42-44), et donc aussi sur les AL et les modalit\u00e9s explicites ou sous-jacents \u00e0 son expression directe ou indirecte. Son rep\u00e9rage et son analyse reposent sur les traces d\u00e9ictiques de la pr\u00e9sence personnelle du locuteur mais aussi (et surtout) sur celles qui permettent d\u2019<em>inf\u00e9rer<\/em> l\u2019empreinte de l\u2019\u00e9nonciateur \u00e0 partir de la <em>r\u00e9f\u00e9renciation <\/em>de l\u2019objet-du-discours, tout particuli\u00e8rement quand celle-ci est d\u00e9connect\u00e9e des marques d\u00e9ictiques. La r\u00e9f\u00e9renciation est bi-face, objectivante quant \u00e0 la d\u00e9notation, subjectivante quant \u00e0 la repr\u00e9sentation modalis\u00e9e de l\u2019objet-de-discours\u00a0; elle traverse \u00ab\u00a0tous les paliers de la description linguistique\u00a0\u00bb (RASTIER 2015\u00a0: 99, RABATEL 2017\u00a0: 51-57)\u00a0: <em>i. a.<\/em> nomination, qualification, quantification, modalisation, temporalit\u00e9, aspectualit\u00e9, connexion, ordre des mots, mise en relief, progression th\u00e9matique, figuralit\u00e9, etc. De ce fait, le PDV ne n\u00e9cessite pas l\u2019expression d\u2019un jugement explicite \u2013 lequel a cependant l\u2019avantage de faciliter son rep\u00e9rage (<em>ibid.<\/em>\u00a0: 44-45).<\/p>\n<p>Le PDV est donc une construction orient\u00e9e, modalis\u00e9e, dont la dimension argumentative (au sens d\u2019AMOSSY 2018 ou de RABATEL 2018a) est fondamentale. Tout PDV, analys\u00e9 \u00e0 travers ses enjeux cognitifs, interactionnels, est rapport\u00e9 \u00e0 une intentionnalit\u00e9, dans le cadre d\u2019une conception \u00e9nonciative qui n\u2019est pas exclusivement locuteuro-centr\u00e9e ou texto-centr\u00e9e\u00a0: l\u2019intentionnalit\u00e9 \u00e9merge des donn\u00e9es textuelles et aussi des hypoth\u00e8ses que les interpr\u00e8tes \u00e9mettent en fonction de leur situation et de leurs questionnements\u00a0; elle est multiple, intersubjective, dialogique, concernant autant L1\/E1 que les l2\/e2 ou e2 et les destinataires.<\/p>\n<p>Ce cadre th\u00e9orique permet l\u2019analyse des <em>formes et strat\u00e9gies <\/em>du PDV. Tout texte comprend une multitude de PDV \u00e9manant d\u2019un support unique ou de plusieurs (entit\u00e9s individuelles, collectives ou anonymes)\u00a0; ces derniers peuvent multiplier les PDV sur des objets-de-discours semblables ou diff\u00e9rents. Tous ces PDV, en premi\u00e8re ou en troisi\u00e8me personnes, peuvent\u00a0\u00eatre explicites ou implicites\u00a0; plus ou moins synth\u00e9tiques ou d\u00e9taill\u00e9s, subjectifs ou objectivants, originaux ou doxaux. Ils peuvent se suivre, \u00eatre ench\u00e2ss\u00e9s, se r\u00e9pondre (PDV cumulatifs), se contredire (PDV substitutifs), etc. Si tout PDV n\u2019est pas n\u00e9cessairement subjectif, au plan de l\u2019expression, il l\u2019est, au plan de l\u2019intention, puisqu\u2019il correspond toujours aux calculs de l\u2019\u00e9nonciateur \u2013 m\u00eame en cas d\u2019<em>effacement \u00e9nonciatif\u00a0<\/em>\u2013 et qu\u2019il vise pragmatiquement \u00e0 construire des repr\u00e9sentations et des v\u00e9rit\u00e9s partag\u00e9es.<\/p>\n<p>Au plan textuel, l\u2019empan le plus fr\u00e9quent d\u2019un PDV est la <em>pr\u00e9dication<\/em>, avec son modus et son dictum (<em>m\u00e9so-PDV<\/em>), sa limite inf\u00e9rieure est la <em>lexie <\/em>(<em>micro-PDV<\/em>), si elle fait \u00e9cho \u00e0 un PDV identifiable, avec son contenu s\u00e9mantique, ses modalit\u00e9s et vis\u00e9es \u2013 <em>e. g<\/em>. connotation, mot-formule, phras\u00e9ologie, st\u00e9r\u00e9otype \u2013, sa limite sup\u00e9rieure, un <em>texte<\/em> de taille variable pour peu qu\u2019il soit subsumable par un th\u00e8me\/une th\u00e8se dominants (<em>macro-PDV<\/em>). L\u2019\u00e9tude du PDV rel\u00e8ve d\u2019une translinguistique, des \u00e9nonc\u00e9s au discours, rendant compte des PDV du producteur du texte, des acteurs internes au texte et aussi de ceux des r\u00e9cepteurs interpr\u00e8tes du texte, suivant leurs hypoth\u00e8ses et parcours de lecture, index\u00e9s sur leur situation et leurs pr\u00e9occupations (<em>m\u00e9ta-PDV<\/em>)<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a> \u2013 en quoi les PDV sont pleinement actualis\u00e9s au terme d\u2019une co-construction, sym\u00e9trique ou asym\u00e9trique, selon les situations, la nature \u00e9crite ou orale des discours, leur genre.<\/p>\n<h3 id=\"-m\u00e9thodologie-:-penser-d\u2019em\">3. M\u00e9thodologie : penser d\u2019embl\u00e9e le complexe<\/h3>\n<p>J\u2019illustrerai la m\u00e9thode sur des textes de genres vari\u00e9s, en privil\u00e9giant volontairement les textes en troisi\u00e8me personne, car ils paraissent plus objectivants, ou plut\u00f4t parce que leur subjectivit\u00e9 est davantage masqu\u00e9e que dans les textes en premi\u00e8re personne, dont j\u2019analyserai toutefois quelques extraits. Dans l\u2019ensemble, je privil\u00e9gierai des textes narratifs, tout en essayant de montrer que la m\u00e9thode est tout aussi performante pour rendre visible ce qui est sinon invisible, du moins masqu\u00e9, dans des textes informatifs, \u00e0 vis\u00e9e explicative ou argumentative. Comme je ne peux raisonnablement envisager tous les cas et traiter de toutes les marques \u00e0 fond, je renverrai en tant que de besoin \u00e0 un certain nombre de compl\u00e9ments bibliographiques qui permettront au lecteur de pouvoir approfondir tel ou tel aspect. Les diff\u00e9rentes sections ci-dessous sont toutes centr\u00e9es sur l\u2019analyse des PDV\u00a0; selon les sections, je d\u00e9velopperai plus en d\u00e9tail l\u2019articulation entre PDV et telle ou telle notion connexe. Cependant, il est clair que toutes ces notions se retrouvent (plus ou moins) partout. Pour contrebalancer les effets p\u00e9nibles du discours th\u00e9orique de la deuxi\u00e8me partie (temp\u00e9r\u00e9s, je l\u2019esp\u00e8re, par le fait qu\u2019ils th\u00e9orisent l\u2019analyse des exemples de la premi\u00e8re partie, j\u2019adopterai ci-apr\u00e8s une d\u00e9marche inductive, partant de l\u2019analyse des exemples pour remonter \u00e0 des consid\u00e9rations th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<h4 id=\"1-niveaux-sources\/supports-et-\"><em>3.1 Niveaux, sources\/supports et formes de subjectivit\u00e9 et d\u2019intentionnalit\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation historique\u00a0: le cas des narrations en troisi\u00e8me personne et au pass\u00e9<\/em><\/h4>\n<p>La premi\u00e8re difficult\u00e9 concerne l\u2019interpr\u00e9tation des textes au pass\u00e9 et en troisi\u00e8me personne \u2013souvent des r\u00e9cits mais pas seulement \u2013 qui semblent parler de quelque chose, de quelqu\u2019un, et qui semblent raconter quasi objectivement. Comme le disait Benveniste 1966\u00a0: 241, dans l\u2019\u00e9nonciation historique, \u00ab\u00a0personne ne parle\u00a0; les \u00e9v\u00e9nements semblent se raconter eux-m\u00eames\u00a0\u00bb. Le mot important ici, c\u2019est le verbe \u00ab\u00a0sembler\u00a0\u00bb. Ce type d\u2019\u00e9nonciation non ancr\u00e9e dans la situation d\u2019\u00e9nonciation \u00ab\u00a0semble\u00a0\u00bb objectif et produit des effets d\u2019objectivit\u00e9. Mais cela n&#8217;emp\u00eache pas que ce type d\u2019\u00e9nonciation fasse place \u00e0 des formes indirectes ou cach\u00e9es de subjectivit\u00e9, du locuteur ou des personnages. C\u2019est notamment ce qui se passe quand le narrateur raconte en se mettant empathiquement \u00e0 la place des autres, en l\u2019occurrence, un \u00e9nonciateur-personnage, comme dans l\u2019exemple (4), qui, \u00e0 la diff\u00e9rence de (3), pr\u00e9sente une situation dialogique plus complexe puisqu\u2019H\u00e9l\u00e8ne, qui est le centre principal des PDV, int\u00e8gre r\u00e9cursivement dans ses propres PDV ceux qu\u2019elle pr\u00eate \u00e0 Milan :<\/p>\n<blockquote><p>(4) <em>Milan en vint \u00e0 raconter les premi\u00e8res ann\u00e9es de leur amour<\/em>\u00a0; <strong>il raconte bien<\/strong> ; <u>les yeux d\u2019H\u00e9l\u00e8ne brillaient d\u2019excitation<\/u>\u00a0; <em>il en arriva \u00e0 la mort d\u2019Octave<\/em>.<br \/>\n<strong>\u00ab\u00a0C\u2019est un crime\u00a0!\u00a0\u00bb<\/strong> <em>s\u2019\u00e9cria-t-elle<\/em>. (Vailland, <em>Les mauvais coups<\/em>, Livre de poche\u00a0: 78)<\/p><\/blockquote>\n<p>Suivant une lecture rapide de Benveniste, on pourrait en premi\u00e8re lecture, sur la base des th\u00e8ses selon lesquelles le PS est un temps objectif<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, consid\u00e9rer l\u2019ensemble du fragment comme une narration h\u00e9t\u00e9ro-di\u00e9g\u00e9tique objective, non focalis\u00e9e (ce que Genette, dans une de ses gloses, nomme la focalisation z\u00e9ro (FZ), c\u2019est-\u00e0-dire une narration non focalis\u00e9e<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>), tant dans les passages au pass\u00e9 simple que dans le fragment descriptif \u00e0 l\u2019imparfait, \u00ab\u00a0les yeux d\u2019H\u00e9l\u00e8ne brillaient d\u2019excitation\u00a0\u00bb. Mais une analyse plus fine, consid\u00e9rant que le PS n\u2019est pas n\u00e9cessairement un temps objectif (RABATEL 2008\u00a0: 436-442), et la prise en compte du contexte, am\u00e8nent \u00e0 consid\u00e9rer que la premi\u00e8re proposition correspond \u00e0 un PDV embryonnaire (italique) d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, qui \u00e9coute Milan raconter, et serait sous son charme, jugerait qu\u2019il choisit de raconter tel \u00e9pisode pour la s\u00e9duire, et qu\u2019elle est effectivement sous son charme<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Telle est la valeur contextuelle de \u00ab\u00a0Milan en vint \u00e0 raconter\u00a0\u00bb (<em>vs<\/em> \u00ab\u00a0Milan raconta\u00a0\u00bb). La deuxi\u00e8me proposition repose sur un contraste temporel, le pr\u00e9sent actuel pouvant permuter avec un imparfait. Ce sont deux verbes de vis\u00e9e s\u00e9cante (contrairement \u00e0 la vis\u00e9e globale du PDV embryonnaire), qui installent le lecteur dans la conscience d\u2019H\u00e9l\u00e8ne. La narration au pr\u00e9sent, tr\u00e8s alerte, \u00e9quivaut \u00e0 un discours direct libre d\u2019H\u00e9l\u00e8ne\u00a0: soit un PDV assert\u00e9 d\u2019H\u00e9l\u00e8ne (caract\u00e8res gras). La derni\u00e8re proposition de la phrase est analysable comme PDV embryonnaire d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, qui est plus particuli\u00e8rement sensible \u00e0 l\u2019\u00e9pisode, et laisse entendre subliminalement, une fois de plus, que l\u2019accent sur cet \u00e9pisode correspond \u00e0 un choix de Milan de faire impression sur elle, vu le parall\u00e9lisme de la tournure \u00ab\u00a0il en arriva\u00a0\u00bb (<em>vs<\/em> \u00ab\u00a0il arriva\/\u00e9voqua) avec \u00ab\u00a0il en vint\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019initiale et \u00e0 la finale de la phrase, comme pour mieux t\u00e9moigner de la strat\u00e9gie de s\u00e9duction de Milan, telle qu\u2019H\u00e9l\u00e8ne se l\u2019imagine. Dans cette perspective, il n\u2019est pas indiff\u00e9rent que les deux propositions intercalaires correspondent \u00e0 la verbalisation de la s\u00e9duction sur H\u00e9l\u00e8ne, d\u2019abord sur le mode d\u2019un discours direct libre qui peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une pens\u00e9e, ensuite sur celui, plus explicite, d\u2019un discours direct. Comme si le propos devait \u00eatre compris ainsi, en explicitant des actes de langage implicites\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mais <\/em>qu\u2019est-ce qu\u2019il raconte bien, <em>il <\/em>est <em>vraiment formidable<\/em>\u00a0\u00bb, en mettant l\u2019accent sur la source de son excitation et ses intentions\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mais <\/em>qu\u2019est-ce qu\u2019il <em>me<\/em> raconte bien\u00a0: <em>il sait me toucher<\/em>\u00a0\u00bb. Cette analyse subjectivise le texte, sur la base de ce qu\u2019il dit ou laisse entendre, en restitue les enjeux communicatifs et actionnels du point de vue des acteurs eux-m\u00eames. Elle explique que m\u00eame le fragment \u00e0 l\u2019imparfait, \u00ab\u00a0les yeux d\u2019H\u00e9l\u00e8ne brillaient d\u2019excitation\u00a0\u00bb, malgr\u00e9 la mise \u00e0 distance de l\u2019emploi du pr\u00e9nom<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>, est un fragment de PDV repr\u00e9sent\u00e9 d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, comme si elle se disait\u00a0: \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que je suis excit\u00e9e \u00e0 l\u2019entendre\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0: la reformulation subjective en premi\u00e8re personne est l\u00e9gitime car c\u2019est H\u00e9l\u00e8ne qui est excit\u00e9e, et pas le narrateur.<\/p>\n<p>Les modalit\u00e9s pr\u00eat\u00e9es par le texte aux deux personnages (modalit\u00e9 appr\u00e9ciative d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, modalit\u00e9 boulique de Milan, imagin\u00e9e par H\u00e9l\u00e8ne, de vouloir la s\u00e9duire) ne sont en aucun cas partag\u00e9es, \u00e9prouv\u00e9es par E1, en l\u2019absence de marques de confirmation ou de distanciation du narrateur. Ici, l\u2019analyse des PDV requiert une analyse en termes de prise en charge<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. E1 a bien un PDV, mais ce dernier se borne \u00e0 prendre en compte (au sens que je donne \u00e0 ce concept, \u00e0 la suite de Roulet 1987) la r\u00e9alit\u00e9 des faits racont\u00e9s \u00e0 travers les PDV des personnages, au plus pr\u00e8s de leur subjectivit\u00e9. Si PDV de E1 il y a, il repose sur la dimension cognitive (et la convention narrative) selon laquelle le narrateur donne \u00e0 croire au lecteur que les PDV des personnages, leurs \u00e9motions, leurs intentions sont tels qu\u2019il les raconte.<\/p>\n<p>Cela dit, les situations de prise en compte ne sont pas toujours faciles \u00e0 analyser, non tant dans le diagnostic du ph\u00e9nom\u00e8ne que dans ses effets pragma-\u00e9nonciatifs. Il peut en effet \u00eatre l\u00e9gitime de se demander si une absence de marque <em>explicite <\/em>d\u2019accord ou de d\u00e9saccord ne pourrait pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un accord ou un d\u00e9saccord <em>implicites<\/em>, que j\u2019appelle respectivement consonance ou dissonance (RABATEL 2017\u00a0: 116-122). Cela semble \u00eatre le cas de l\u2019exemple suivant\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>(5) Apr\u00e8s, il s\u2019\u00e9tait fait naturaliser fran\u00e7ais, et s\u2019\u00e9tablit en France, mais demeura n\u00e9anmoins francophile. (Gary, <em>Les clowns lyriques<\/em> Folio\u00a0: 33)<\/p><\/blockquote>\n<p>Je ne reviens pas sur les lectures na\u00efves selon lesquelles (5) serait en narration objective avec focalisation z\u00e9ro. L\u2019hypoth\u00e8se la plus consistante, c\u2019est que le personnage sans parole (e2) support du PDV manifeste le d\u00e9sir de devenir fran\u00e7ais et garde son amour de la France y compris apr\u00e8s, la naturalisation obtenue, avoir beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 les Fran\u00e7ais, qui auraient pu le d\u00e9go\u00fbter de sa francophilie. Il n\u2019est pas impensable d\u2019imaginer que E1 soit d\u2019accord\u00a0; et cela semble \u00eatre aussi le cas de l\u2019\u00e9crivain Romain Gary, voire m\u00eame la personne priv\u00e9e Roman Kacew qui s\u2019engagea dans la R\u00e9sistance aupr\u00e8s de de Gaulle, aspira lui-aussi \u00e0 \u00eatre naturalis\u00e9, fut parfois d\u00e9\u00e7u par le comportement des Fran\u00e7ais, qu\u2019il ne jugea pas toujours \u00e0 la hauteur de leur histoire. Ici, ce sont des donn\u00e9es culturelles, extralinguistiques, qui autorisent l\u2019hypoth\u00e8se de la consonance, en appui sur le \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb. Ailleurs, ce sont des donn\u00e9es textuelles (mais hors du cotexte \u00e9troit de l\u2019exemple) qui sont pertinentes, comme dans les situations o\u00f9 les personnages mentent, font \u00e9talage de leur mauvaise foi (RABATEL 2022).<\/p>\n<p>Les exemples pr\u00e9c\u00e9dents reposent sur un contraste de personnes entre une narration h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique avec un narrateur plut\u00f4t discret et des personnages souvent cantonn\u00e9s dans le statut d\u2019\u00e9nonciateurs sans parole, sauf lorsqu\u2019ils sont aussi locuteurs de discours ench\u00e2ss\u00e9s. De m\u00eame, ils reposent sur un contraste temporel (temps du premier plan <em>vs<\/em> de deuxi\u00e8me plan) et aspectuel (vis\u00e9es globale <em>vs <\/em>s\u00e9cante). Qu\u2019en est-il dans les narrations qui m\u00ealent une narration ench\u00e2ssante au pass\u00e9 simple, et en troisi\u00e8me personne, tout en usant abondamment de fragments en premi\u00e8re personne\u00a0et au pr\u00e9sent\u00a0? C\u2019est le cas de l\u2019exemple (6), qui consiste en une sorte de monologue int\u00e9rieur embryonnaire dans lequel Ricout, un policier fran\u00e7ais int\u00e8gre, kidnapp\u00e9 par des collaborateurs pronazis, durant la deuxi\u00e8me guerre mondiale, s\u2019astreint au calme, pour ne pas \u00eatre emport\u00e9 par ses \u00e9motions, afin de pouvoir calculer comment \u00e9chapper \u00e0 ceux dont il pense qu\u2019ils vont le tuer d\u00e8s qu\u2019ils le pourront.<\/p>\n<blockquote><p>(6) <em>Ricout avala consciencieusement son sang, d\u00e9glutit. Du calme. Incline [inclina] la t\u00eate sur l\u2019\u00e9paule gauche pour que le sang cesse de couler dans le seul \u0153il qui y voit [voyait] encore quelque chose<\/em><a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a><em>.<\/em> <strong>Si on va [allait] jusqu\u2019au bois de Chaville, ce sera [serait] d\u00e9sert, et je suis [serais] un homme mort. Il faut [faudra\/faudrait] que je me barre avant. Il va [y aura\/aurait] y avoir des ralentissements. On passe [passera] par Suresnes, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il faudra [ou faudrait] sauter.<\/strong> <em>Contracte [contracta] ses muscles.<\/em> <u>\u00c7a fonctionne [fonctionnait]. \u00c0 droite, le cingl\u00e9 qui aime [aimait] cogner, r\u00e9actif, dangereux. \u00c0 gauche, le moustachu, un mou. <\/u><strong>\u00c0 gauche donc.<\/strong> <u>La voiture ralentit [ou ralentissait],<\/u> <strong>bien group\u00e9 en boule, projection des deux jambes \u00e0 gauche, vers la poign\u00e9e bien d\u00e9gag\u00e9e, coup de talon, la porti\u00e8re s\u2019ouvre [s\u2019ouvrira\/s\u2019ouvrirait], coups de reins, je plonge [plongerai\/plongerais], en boule sur la chauss\u00e9e, apr\u00e8s, courir le plus vite possible et \u00e0 Dieu va.<\/strong> <u>Reprend [reprit ou reprenait], encore et encore, l\u2019encha\u00eenement des gestes, tendu, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt<\/u>. (Manotti Dominique, <em>Le corps noir<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, 2004\u00a0: 119-120)<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Tous les pr\u00e9sents n\u2019ont pas la m\u00eame valeur, certains permutent indubitablement avec des pass\u00e9s simples (PS), d\u2019autres avec des imparfaits (IMP), qui sont respectivement les temps prototypiques des premier et deuxi\u00e8me plans \u2013 ou d\u2019autres temps de second plan, tels des pr\u00e9sents, des futurs \u2013 et rares sont ceux pour lesquels il y a une h\u00e9sitation, comme le confirment les permutations temporelles entre crochets. Les \u00e9v\u00e9nements objectifs indiquant une succession des actions sont au PS (\u00ab\u00a0inclina\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0contracta\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0reprit\u00a0\u00bb), et on les retrouve plut\u00f4t au d\u00e9but avec des PS exprimant des PDV embryonnaires de e2. La preuve en est que si l\u2019on devait transformer l\u2019holophrase \u00ab\u00a0Du calme\u00a0\u00bb avec un verbe conjugu\u00e9, on utiliserait un verbe de parole ou de pens\u00e9e au PS, tels que respectivement, \u00ab\u00a0Du calme, se dit-il\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Du calme, pensa-t-il\u00a0\u00bb. Compte tenu du cotexte, avec \u00ab\u00a0encore et encore\u00a0\u00bb, il est possible d\u2019imaginer un verbe conjugu\u00e9 \u00e0 l\u2019IMP, indiquant que Ricout ne cesse de se r\u00e9p\u00e9ter mentalement les gestes pour \u00e9chapper aux collaborateurs. Ailleurs, les pr\u00e9sents n\u2019ont pas cette valeur temporelle, mais une valeur commentative d\u2019un \u00e9v\u00e9nement mentionn\u00e9 dans la phrase pr\u00e9c\u00e9dente, comme \u00ab\u00a0fonctionne\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019IMP renforce l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la conscience de Ricout, dans un PDV repr\u00e9sent\u00e9 analytique par rapport au PDV embryonnaire pr\u00e9c\u00e9dent. Ailleurs encore, comme ce dernier planifie sa fuite, les futurs de second plan peuvent rester tels quels ou permuter avec des conditionnels pr\u00e9sents, qui installent davantage encore la sc\u00e8ne dans la pens\u00e9e de Ricout car ils sont souvent la marque de discours indirects libres (PDV assert\u00e9s), qui ont une valeur analytique prospective, Ricout anticipant sur ce qu\u2019il aura \u00e0 faire et se r\u00e9p\u00e9tant mentalement les actes \u00e0 accomplir<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>. Ce serait la m\u00eame chose avec les autres holophrases\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 gauche, le moustachu, un mou. \u00c0 gauche donc\u00a0\u00bb, pour lesquelles on pourrait inclure des verbes conjugu\u00e9s de premier plan corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 des pr\u00e9sentatifs marqueurs de PDV (RABATEL 2008\u00a0: 117-150)\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 gauche, le moustachu, <em>c\u2019est <\/em>un mou\/. <em>Ce sera<\/em> \u00e0 gauche donc.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans les extraits pr\u00e9c\u00e9dents, les PDV indiquent donc diff\u00e9rents niveaux et diverses formes de subjectivit\u00e9 et donc aussi d\u2019intentionnalit\u00e9<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>\u00a0: celles de L1\/E1 par-dessus celle de ses personnages ((5))<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>\u00a0; celles des diff\u00e9rents \u00e9nonciateurs, avec des successions ou des ench\u00e2ssements de PDV ((5), et <em>infra<\/em>, (7))\u00a0; avec des successions de formes de PDV (embryonnaire, repr\u00e9sent\u00e9, assert\u00e9) comme en (5) et en (6). Sans compter la subjectivit\u00e9 et l\u2019intentionnalit\u00e9 des r\u00e9cepteurs, parmi lesquels les analystes, qui cherchent \u00e0 objectiver leur subjectivit\u00e9 (RABATEL 2017\u00a0: 161-172).<\/p>\n<h4 id=\"2-le-jeu-des-points-de-vue-dan\"><em>3.2 Le jeu des points de vue dans les textes en premi\u00e8re personne\u00a0: auto- et h\u00e9t\u00e9ro-dialogisme, effacement \u00e9nonciatif, argumentation directe et indirecte, responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative<\/em><\/h4>\n<p>Les m\u00e9canismes du PDV dans les textes en troisi\u00e8me personne sont op\u00e9ratoires pour l\u2019analyse des PDV dans les textes en premi\u00e8re personne. Il suffit de consid\u00e9rer que L1\/E1 confronte par une sorte de r\u00e9flexivit\u00e9 auto-dialogique ses propres PDV actuels avec des PDV ant\u00e9rieurs qu\u2019il a pu tenir, ou des PDV hypoth\u00e9tiques ou encore, par une r\u00e9flexivit\u00e9 h\u00e9t\u00e9ro-dialogique, confronte ses PDV avec ceux des autres (v. <em>supra<\/em> la fin de la note 19). Dans le premier cas, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est en lui, dans le second, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de lui, chez les autres. Je vais rapidement illustrer ces notions dans un texte litt\u00e9raire<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, avant d\u2019\u00e9tudier plus minutieusement un texte philosophique, afin de montrer que la probl\u00e9matique du PDV concerne tous les genres de textes, religieux (RABATEL 2008 : 207-255), m\u00e9diatiques (RABATEL 2017), didactiques (RABATEL 2004b), scientifiques (RABATEL 2021\u00a0: 547-567).<\/p>\n<p>L\u2019extrait ci-dessous raconte les souvenirs personnels de l\u2019\u00e9crivain hongrois I. Kert\u00e9sz, suite \u00e0 sa d\u00e9portation au camp d\u2019Auschwitz, avec beaucoup de juifs de son pays d\u2019origine, la Hongrie.<\/p>\n<blockquote><p>(7) <strong>Je n\u2019aurais jamais cru<\/strong>, par exemple, <em>que je me transformerais si vite en un vieil homme fl\u00e9tri<\/em>. Au pays, il faut du temps pour cela, cinquante ou soixante ans au moins\u00a0; au camp, trois mois ont suffi pour que mon corps me trahisse. Je peux affirmer qu\u2019il n\u2019y a rien de plus p\u00e9nible, de plus d\u00e9courageant que de relever, de comptabiliser jour apr\u00e8s jour <em>ce qui meurt en nous<\/em>. \u00c0 la maison, m\u00eame si je n\u2019y accordais pas trop d\u2019attention, j\u2019\u00e9tais dans l\u2019ensemble en harmonie avec mon organisme, j\u2019aimais bien \u2013 pour ainsi dire \u2013 cette machinerie. Je me rappelle un apr\u00e8s-midi d\u2019\u00e9t\u00e9, je lisais dans ma chambre un roman captivant pendant que ma main caressait avec une agr\u00e9able distraction la peau docilement lisse de ma cuisse, brunie par le soleil, aux poils dor\u00e9s, tendue sur mes muscles. \u00c0 pr\u00e9sent, <em>cette m\u00eame peau pendouillait, rid\u00e9e, elle \u00e9tait jaune et dess\u00e9ch\u00e9e, recouverte de toutes sortes d\u2019abc\u00e8s, de ronds bruns, de ger\u00e7ures, de crevasses, de rugosit\u00e9s, et de squames qui, surtout entre les doigts, provoquaient des d\u00e9mangeaisons d\u00e9sagr\u00e9ables<\/em>. \u00ab\u00a0La gale\u00a0\u00bb, affirma avec un hochement de t\u00eate Bandi Citrom quand je les lui eus montr\u00e9es. <strong>J\u2019\u00e9tais \u00e9bahi<\/strong> <em>par la vitesse, l\u2019allure effr\u00e9n\u00e9e avec laquelle, jour apr\u00e8s jour, mouraient, fondaient et disparaissaient la mati\u00e8re qui recouvrait mes os, l\u2019\u00e9lasticit\u00e9, la chair<\/em>. <em>Chaque jour, <strong>j\u2019\u00e9tais surpris<\/strong> par une nouveaut\u00e9, une nouvelle difformit\u00e9 sur cette chose de plus en plus \u00e9trange et \u00e9trang\u00e8re qui avait jadis \u00e9t\u00e9 un bon ami\u00a0: mon corps<\/em>.\u00a0 (Imre Kert\u00e9sz <em>\u00catre sans destin<\/em> [1975] 1998\u00a0: 227-228)<\/p><\/blockquote>\n<p>Les fragments en italiques restituent la vitesse de d\u00e9gradation de son corps \u00e0 travers la mesure des signes de distance entre son corps, cette si belle \u00ab\u00a0machinerie\u00a0\u00bb avec laquelle il \u00e9tait \u00ab\u00a0en harmonie\u00a0\u00bb, nagu\u00e8re\u00a0: le passage sans transition du jeune homme au \u00ab\u00a0vieil homme fl\u00e9tri\u00a0\u00bb est soulign\u00e9 \u00e0 travers des signes de sid\u00e9ration devant la vitesse du processus, notamment par le biais de signes de mise \u00e0 distance de ce corps de jeune homme qui lui devient \u00e9tranger, comme l\u2019indiquent les expressions\u00a0 \u00ab\u00a0ce qui meurt en nous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0cette m\u00eame peau\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la mati\u00e8re qui recouvrait mes os\u00a0\u00bb, etc.,<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>. Il y a donc un contraste dans la construction de la cha\u00eene anaphorique entre des formes en premi\u00e8re personne (\u00ab\u00a0mon organisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mon corps\u00a0\u00bb) et des formes en troisi\u00e8me personne (\u00ab\u00a0cette machinerie\u00a0\u00bb) qui visent le m\u00eame r\u00e9f\u00e9rent, sous deux PDV diff\u00e9rents brutalement confront\u00e9s. Ce contraste brutal lui fait prendre conscience d\u2019abord d\u2019un corps en parfait \u00e9tat de marche, dont il n\u2019avait pas mesur\u00e9 combien c\u2019\u00e9tait un bien pr\u00e9cieux et ensuite d\u2019une \u00ab\u00a0machinerie\u00a0\u00bb qui, par-del\u00e0 les signes de d\u00e9gradation, renvoie \u00e0 la machine nazie du \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb qui vise \u00e0 d\u00e9truire les corps, les \u00e2mes, tout un peuple enfin. D\u2019o\u00f9 son effarement devant un corps qui lui devient \u00e9tranger, comme l\u2019indique la sid\u00e9ration avec laquelle il assiste \u00e0 son d\u00e9labrement\u00a0: \u00ab\u00a0Chaque jour, j\u2019\u00e9tais surpris par une nouveaut\u00e9, une nouvelle difformit\u00e9 sur cette chose de plus en plus \u00e9trange et \u00e9trang\u00e8re qui avait jadis \u00e9t\u00e9 un bon ami\u00a0: mon corps.\u00a0\u00bb Ce contraste des marques personnelles de proximit\u00e9 et de distance est encore redoubl\u00e9 par celui de trois temporalit\u00e9s qui se succ\u00e8dent\u00a0sans transitions : celle de l\u2019\u00e9criture, longtemps apr\u00e8s que Kert\u00e9sz sera revenu des camps, celle du temps de sa d\u00e9portation, celle encore du temps d\u2019avant. Il existe enfin un troisi\u00e8me contraste entre l\u2019espace de la maison, du camp, et celui de l\u2019\u00e9criture, qui cherche \u00e0 faire partager l\u2019innommable. Le r\u00e9cit restitue ainsi le traumatisme du camp, du point de vue de trois \u00e9nonciateurs diff\u00e9rents, E1, le narrateur, qui raconte ses exp\u00e9riences traumatisantes \u2013 en \u00e9voquant les PDV de e1\u2019 (celui du temps de l\u2019horreur des camps), e1\u2019\u2019 (celui du temps du bonheur dans le cocon familial) \u2013, et doute que son exp\u00e9rience puisse \u00eatre partag\u00e9e. Le PDV fondamental (macro-PDV) est donc celui de qui est revenu du camp, voire qui est revenu de tout,\u00a0et a conscience de la difficult\u00e9 sinon de l\u2019impossibilit\u00e9 de faire comprendre l\u2019inconcevable d\u2019une d\u00e9gradation en \u00ab\u00a0trois mois\u00a0\u00bb qui \u00e9quivaut \u00e0 un processus \u00ab\u00a0de cinquante ou soixante ans au moins\u00a0\u00bb, comme l\u2019indiquent les verbes en caract\u00e8res gras au pass\u00e9, \u00ab\u00a0je n\u2019aurais jamais cru\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0j\u2019\u00e9tais surpris\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0j\u2019\u00e9tais \u00e9bahi\u00a0\u00bb. L\u2019exemple (7) est fortement auto-dialogique\u00a0(except\u00e9 l\u2019\u00eelot textuel \u00ab\u00a0la gale\u00a0\u00bb qui rel\u00e8ve de la polyphonie). Cette dimension est tr\u00e8s pr\u00e9gnante dans la plupart des r\u00e9cits en <em>je<\/em>, avec des PDV qui concernent la m\u00eame source, \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes et dans des circonstances diff\u00e9rentes (autrement dit des autres <em>de <\/em>soi). Cependant, elle n\u2019exclut pas la possibilit\u00e9 de faire \u00e9cho aux points de vue d\u2019autres personnes ou d\u2019entit\u00e9s collectives (autrement dit des autres <em>que<\/em> soi). Dans tous les cas, l\u2019avantage du jeu auto-dialogique des PDV permet de rendre compte de la complexit\u00e9 des \u00eatres humains, selon les \u00e9v\u00e9nements auxquels ils sont expos\u00e9s et qui ne les laissent pas indemnes ou encore d\u2019apr\u00e8s les tensions ou contradictions qui les habitent, comme l\u2019illustre l\u2019exemple suivant.<\/p>\n<p>L\u2019exemple (8) est extrait d\u2019un texte informatif relevant des genres du discours philosophique, en l\u2019occurrence, le genre du dictionnaire, que l\u2019auteur met en \u0153uvre de fa\u00e7on tr\u00e8s personnelle, en se situant dans la lign\u00e9e du <em>Dictionnaire philosophique<\/em> de Voltaire ou des <em>Propos<\/em> du philosophe Alain (RABATEL 2014). C\u2019est ce qui explique le ton tr\u00e8s personnel de certaines entr\u00e9es, qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 \u00e9clairer des concepts par le recours \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience personnelle, et donc aussi l\u2019emploi, tout \u00e0 fait original dans ce genre de texte, de la premi\u00e8re personne.<\/p>\n<blockquote><p>(8) Enfant, j\u2019avais demand\u00e9 \u00e0 mon p\u00e8re ce que cela signifiait, dans la vie politique, qu\u2019\u00eatre de droite ou de gauche. Il me r\u00e9pondit : <em>\u00ab\u00a0\u00catre de droite, c\u2019est vouloir la grandeur de la France. \u00catre de gauche, c\u2019est vouloir le bonheur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u00a0 [\u2026] <\/em>[La d\u00e9finition, dans sa bouche, \u00e9tait de droite. C\u2019est pourquoi elle lui plaisait]<em>.<\/em> <u>Mais un homme de gauche pourrait \u00e9galement s\u2019y retrouver, s\u2019il croit peu ou prou au bonheur. [<strong>C\u2019est pourquoi elle ne me d\u00e9plait pas<\/strong>.] \u00ab\u00a0Car enfin, <strong>dira notre homme de gauche<\/strong>, la France et la grandeur ne sont que des abstractions dangereuses. Le bonheur des Fran\u00e7ais, voil\u00e0 qui m\u00e9rite autrement d\u2019\u00eatre poursuivi\u00a0!\u00a0\u00bb <\/u>(Comte-Sponville <em>Dictionnaire philosophique<\/em>, article \u00ab\u00a0Droite\/Gauche\u00a0\u00bb, PUF, 2001\u00a0: 184)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le texte \u00e9voque d\u2019abord la d\u00e9finition du clivage politique gauche\/droite selon le p\u00e8re de Comte-Sponville, dans deux phrases qui forment deux m\u00e9so-PDV successifs (italiques). Comte-Sponville lui oppose une d\u00e9finition antagoniste, par retournement de la formule, qui renverse les polarit\u00e9s n\u00e9gatives et positives sous-jacentes aux deux propositions (soulignement). Le p\u00e8re formule deux phrases oppos\u00e9es sans lien logique marquant explicitement laquelle l\u2019emporte sur l\u2019autre\u00a0: il utilise des lexies qui expriment dans un cas un micro-PDV positif (\u00ab\u00a0grandeur\u00a0\u00bb), dans l\u2019autre, \u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb, qui correspond \u00e0 un micro-PDV implicitement n\u00e9gatif, vu l\u2019antith\u00e8se des deux phrases, en redoublant l\u2019opposition par un singulier affectivement connot\u00e9 (\u00ab\u00a0la France\u00a0\u00bb) \u00e0 une pluralit\u00e9 \u00e0 valeur d\u00e9pr\u00e9ciative (\u00ab\u00a0les Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb)<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. Tout cela est implicite et s\u2019accommode d\u2019une formulation objectivante, avec effacement \u00e9nonciatif<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>, comme si sa d\u00e9finition allait de soi et n\u2019avait pas \u00e0 \u00eatre discut\u00e9e. Il ne se revendique pas explicitement de droite, c\u2019est son fils qui le cat\u00e9gorise comme tel (m\u00e9ta-PDV, entre crochets). Dans le m\u00eame temps (de l\u2019\u00e9criture), L1\/E1 marque explicitement sa proximit\u00e9 et donc son accord avec la conception d\u2019\u00ab\u00a0un homme de gauche\u00a0\u00bb, \u00e9voqu\u00e9 une seconde fois par la formulation \u00ab\u00a0notre homme de gauche\u00a0\u00bb (soulignement et gras), dont il imagine la r\u00e9ponse en forme d\u2019objection argument\u00e9e au discours paternel. Ainsi l\u2019extrait convoque-t-il deux entit\u00e9s distinctes, le p\u00e8re, puis un repr\u00e9sentant id\u00e9altypique de la gauche, qui chacun, prennent en charge leur propre PDV, et deux PDV de L1\/E1, celui qu\u2019il avait recueilli enfant de son p\u00e8re, qu\u2019il se contente de prendre en compte et celui qu\u2019il est devenu en capacit\u00e9 de formuler, \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, avec lequel E1 est explicitement d\u2019accord, f\u00fbt-ce sous la forme d\u2019une litote\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est pourquoi elle ne me d\u00e9plait pas\u00a0\u00bb, qui s\u2019oppose \u00e0 la d\u00e9finition du p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0la d\u00e9finition, dans sa bouche, \u00e9tait de droite.\u00a0\u00bb Et L1\/E1 ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est pourquoi elle lui plaisait\u00a0\u00bb. Le contraste est \u00e9loquent\u00a0: l\u2019homme de gauche se revendique de gauche, l\u2019homme de droite non\u00a0: c\u2019est le fils, de gauche, qui cat\u00e9gorise le PDV de son p\u00e8re comme PDV d\u2019un homme de droite, ce qui marque la dissonance entre Comte-Sponville adulte et son p\u00e8re. Le texte mentionne bien d\u2019autres traces de cette dissonance, ne serait-ce la fa\u00e7on dont L1\/E1 mentionne d\u2019abord les arguments de la droite et ensuite ceux de la gauche, qui a le dernier mot, car, comme le dit Ducrot, les arguments qui pr\u00e9c\u00e8dent \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb ont une valeur moindre que ceux qui suivent la conjonction<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>. Cette th\u00e8se est confirm\u00e9e aussi par le fait que l\u2019homme de gauche r\u00e9pond au PDV du p\u00e8re et d\u00e9monte ses arguments\u00a0: \u00ab\u00a0la France et la grandeur ne sont que des abstractions dangereuses. Le bonheur des Fran\u00e7ais, voil\u00e0 qui m\u00e9rite autrement d\u2019\u00eatre poursuivi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cet exemple permet de comprendre la distinction entre prise en charge et responsabilit\u00e9 \u00e9nonciatives<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>. Le p\u00e8re prend en charge sa d\u00e9finition de la droite, ne prend pas en charge sa d\u00e9finition de la gauche, sans le dire explicitement (dissonance). Le p\u00e8re est \u00e9galement responsable de la fa\u00e7on dont il hi\u00e9rarchise sans le justifier les deux PDV en les pr\u00e9sentant sous la forme de l\u2019effacement \u00e9nonciatif. Le deuxi\u00e8me locuteur\/\u00e9nonciateur second, l\u2019homme de gauche, prend en charge sa d\u00e9finition de la gauche <em>et<\/em> sa critique de la d\u00e9finition de la droite\u00a0; de plus, il est responsable de la confrontation hi\u00e9rarchis\u00e9e, objectiv\u00e9e et explicit\u00e9e des deux PDV. Quant \u00e0 Comte-Sponville, il est responsable de la fa\u00e7on dont il oppose les PDV du p\u00e8re et de l\u2019homme de gauche, de la fa\u00e7on dont il met en sc\u00e8ne un PDV de droite qui ne dialogue pas ni ne se justifie, mais fait reposer son PDV sur des valeurs, pr\u00e9sent\u00e9es comme allant de soi. Comte-Sponville ne prend pas en charge le PDV du p\u00e8re, il se contente de le prendre en compte, dans un premier temps, et de le d\u00e9monter, dans un second temps, \u00e0 travers d\u2019abord son m\u00e9ta-PDV distanci\u00e9, puis la r\u00e9ponse imaginaire (prosopop\u00e9e) de l\u2019homme de gauche. Enfin, il est responsable de donner l\u2019avantage au PDV de gauche, qu\u2019il prend explicitement en charge, avec une force d\u2019engagement illocutoire apparemment faible (la litote), mais qui, en r\u00e9alit\u00e9, est tr\u00e8s forte par-del\u00e0 les apparences. C\u2019est pourquoi le macro-PDV de (7) revient \u00e0 montrer et \u00e0 d\u00e9montrer la sup\u00e9riorit\u00e9 du PDV de la gauche sur celui de la droite. Si le lecteur partage ce macro-PDV et le sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 de la vision de la Gauche sur celle de la droite, au plan conceptuel et axiologique, ce macro-PDV prend une dimension qualitativement autre, celle d\u2019un m\u00e9ta-PDV en co-\u00e9nonciation avec L1\/E1.<\/p>\n<p>La sc\u00e9nographie \u00e9nonciative dialogique des PDV s\u2019accompagne donc de ph\u00e9nom\u00e8nes connexes indispensables \u00e0 la saisie des enjeux pragmatiques de l\u2019effet-PDV\u00a0: prise en charge, responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative implicite, mais aussi argumentation directe ou indirecte. L\u2019extrait met en confrontation deux modes d\u2019argumentation bien distincts\u00a0: le p\u00e8re, qui donne son avis sans le justifier, s\u2019appuie sur des effacements \u00e9nonciatifs lui permettant d\u2019argumenter sans argumenter explicitement (ce que j\u2019appelle l\u2019argumentation indirecte et Amossy la dimension argumentative) uniquement en s\u2019appuyant sur des inf\u00e9rences de repr\u00e9sentations et de sch\u00e9matisations (GRIZE 1990, AMOSSY 2018, RABATEL 2018a) pr\u00e9sent\u00e9es comme allant de soi. C\u2019est pourquoi ce type d\u2019argumentation indirecte est souvent efficace, puisqu\u2019il argumente sans y paraitre en laissant aux destinataires la charge de conclure et de tirer d\u2019eux-m\u00eames la le\u00e7on des choses, si \u00e9vidente qu\u2019il n\u2019est pas besoin d\u2019insister (RABATEL 2008\u00a0: 145-150).\u00a0 D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, Comte-Sponville fait argumenter l\u2019homme de gauche en discutant, retournant les arguments de l\u2019adversaire, en utilisant toutes les marques de l\u2019argumentation logique de nature syllogistique comme chez Aristote (argumentation directe ou vis\u00e9e argumentative d\u2019AMOSSY 2018).<\/p>\n<h4 id=\"3-l\u2019\u00e9thique-du-chercheur-co\"><em>3.3 L\u2019\u00e9thique du chercheur confront\u00e9 \u00e0 l\u2019analyse dialogique des PDV dans un texte complet\u00a0 <\/em><\/h4>\n<p>Je commenterai ci-apr\u00e8s l\u2019article d\u2019un chroniqueur politique, Olivier Picard (OP) post\u00e9 sur le site du <em>Nouvel Observateur<\/em> (ou encore <em>L\u2019Obs<\/em>, pour la communaut\u00e9 des lecteurs et amis du magazine), dans la rubrique \u00ab Le PLUS (T\u00e9moins, experts, Opinions) \u00bb, qui affiche d\u2019embl\u00e9e sa triple vis\u00e9e : celle de commenter l\u2019actualit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 un expert et de concilier expertise et subjectivit\u00e9. Je choisis cet article m\u00e9diatique en raison de ce triple positionnement, qui me semble avoir beaucoup de prix, selon ma conception d\u2019un journalisme professionnel engag\u00e9 mais pas enrag\u00e9 (RABATEL 2017) et aussi selon ma position \u00e9pist\u00e9mologique, qui consid\u00e8re qu\u2019il est indispensable au chercheur de contr\u00f4ler la subjectivit\u00e9 inh\u00e9rente (et positive !) de ses hypoth\u00e8ses par une d\u00e9marche d\u2019objectivation de l\u2019analyse et une attitude ouverte, afin de n\u2019\u00eatre pas prisonnier de ses hypoth\u00e8ses et aveugle aux donn\u00e9es qui en appellent de nouvelles. J\u2019examinerai ce texte (dans des encadr\u00e9s sur fond de couleur) en \u00e9tant particuli\u00e8rement sensible au ph\u00e9nom\u00e8ne de stratification \u00e9nonciative, avec ses commentaires de commentaires\u2026 auxquels j\u2019ajouterais les miens dans des commentaires qui suivent l&#8217;encadr\u00e9, ce qui fait que le texte int\u00e8gre de multiples m\u00e9ta-PDV. Je pr\u00e9cise que l\u2019absence de commentaire signifie que je suis d\u2019accord avec ceux d\u2019OP. Nous sommes ici au c\u0153ur de la co-construction du sens, quand les r\u00e9cepteurs des messages s\u2019impliquent dans leur lecture des textes et entrent en dialogue avec le texte, son auteur ainsi qu\u2019avec des commentateurs pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>Pour ma part, mes commentaires tenteront de mettre en relief des \u00e9l\u00e9ments de m\u00e9thode pour \u00e9viter de tomber dans un certain nombre de travers analytiques, notamment celui de donner d\u2019un texte une analyse souvent juste, \u00e9tay\u00e9e, dans le d\u00e9tail, mais qui est unilat\u00e9rale, et en devient partielle et partiale, appauvrissant ainsi les enjeux du texte. J\u2019insisterai donc sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019objectiver ses hypoth\u00e8ses subjectives en les confrontant aux donn\u00e9es textuelles, en d\u00e9gageant et hi\u00e9rarchisant les inf\u00e9rences bas\u00e9es sur le dit et sur ses implicites de diverse nature, en se m\u00e9fiant des analyses unidirectionnelles, en l\u2019occurrence d\u2019une grille de lecture psychologisante et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e survaloris\u00e9e au d\u00e9triment de donn\u00e9es situationnelles, g\u00e9n\u00e9riques et m\u00e9diatiques. Cet ensemble de pr\u00e9cautions est encore plus n\u00e9cessaire dans les situations de r\u00e9cursivit\u00e9, comme c\u2019est le cas ici, o\u00f9 ces op\u00e9rations concernent les d\u00e9clarations d\u2019Alain Jupp\u00e9, l\u2019analyse qu\u2019en fait OP et celle que je fais r\u00e9cursivement, r\u00e9flexivement et m\u00e9tadiscursivement de sa propre analyse. C\u2019est dire l\u2019importance d\u2019une r\u00e9flexivit\u00e9 qui doit \u00eatre aussi (et surtout) auto-r\u00e9flexive.<\/p>\n<p>Le texte ci-apr\u00e8s est un texte m\u00e9diatique publi\u00e9 sur le site du<em> Nouvel Obs<\/em>, un hebdomadaire de gauche, dans une rubrique intitul\u00e9e Le Plus. Il porte sur la mise en examen de Nicolas Sarkozy (NS), l\u2019ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, pour des infractions \u00e0 la l\u00e9gislation concernant le financement des campagnes \u00e9lectorales, en l\u2019occurrence, celle de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2012. Cette mise en examen intervient au moment o\u00f9 ce dernier ambitionne de revenir au premier rang en se pr\u00e9sentant \u00e0 la primaire des R\u00e9publicains pour choisir leur candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection de 2017, dans laquelle il doit affronter un certain nombre de concurrents, dont Alain Jupp\u00e9 (AJ), qui est un temps le favori des sondages. Finalement, la concurrence entre NS et AJ profitera \u00e0 un troisi\u00e8me candidat, Fran\u00e7ois Fillon. L\u2019article ci-dessous analyse les deux tweets r\u00e9dig\u00e9s par AJ cons\u00e9cutifs \u00e0 la mise en examen de son \u00ab\u00a0camarade\u00a0\u00bb de parti et concurrent, NS.<\/p>\n<hr \/>\n<p>(9)<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13202 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1.jpg\" alt=\"\" width=\"589\" height=\"767\" srcset=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1-200x260.jpg 200w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1-230x300.jpg 230w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1-400x521.jpg 400w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1.jpg 589w\" sizes=\"(max-width: 589px) 100vw, 589px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">OP est pr\u00e9sent\u00e9 par la r\u00e9daction et recommand\u00e9 (\u00ab\u00a0parrain\u00e9\u00a0\u00bb) par une coll\u00e8gue comme chroniqueur autoris\u00e9, compte-tenu des \u00e9tats de service de Aude Baron, reportrice \u00e0 Europe 1 (2006), Radio France (2006-2007), cheffe de rubrique LePost, espace participatif du journal <em>Le Monde<\/em> (\u00e0 partir de 2008), puis cofondatrice et co-r\u00e9dactrice en chef de LE PLUS &#8211; <em>L\u2019Obs<\/em>, de 2011 \u00e0 2014, notamment. Cette derni\u00e8re fonction, bien connue des lecteurs de l\u2019hebdomadaire, autorise ces derniers \u00e0 se repr\u00e9senter OP comme un professionnel particuli\u00e8rement perspicace, \u00e0 la diff\u00e9rence de ceux qui se sont laiss\u00e9s prendre \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9l\u00e9gance\u00a0\u00bb du message d\u2019AJ, comme l\u2019indique la petite introduction de LE PLUS.<\/p>\n<p>L\u2019effacement \u00e9nonciatif de la formule, \u00ab\u00a0pas si \u2018\u00e9l\u00e9gant\u2019 qu\u2019il n\u2019y para\u00eet\u00a0\u00bb, \u00e9vite de pointer des responsabilit\u00e9s\u00a0: on peut se demander si la formulation, qui correspond au PDV d\u2019OP, vu le verbe \u00ab\u00a0estime\u00a0\u00bb, n\u2019est aussi prise en charge par la rubrique. \u00c9tant donn\u00e9 que Le PLUS donne la parole \u00e0 OP, et que ce dernier est recommand\u00e9, pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0notre chroniqueur\u00a0\u00bb on peut conclure \u00e0 une prise en charge implicite, autrement dit \u00e0 une consonance entre le PDV d\u2019OP et celui de la rubrique, voire, au-del\u00e0, celui de la R\u00e9daction de <em>L\u2019Obs<\/em>. Cette consonance est d\u2019autant plus plausible qu\u2019elle se construit contre le groupe de tous ceux qui ont conclu \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance des <em>posts<\/em> d\u2019AJ en se basant sur ce qu\u2019ils disent, dont ils font une lecture na\u00efve, sans voir les implicites du discours, ce qu\u2019autorise le choix du m\u00e9dium, Twitter, avec ses discours limit\u00e9s qui sont un bon moyen de ne pas trop en dire, tout en alimentant la machine \u00e0 inf\u00e9rences (ici, \u00e0 charge contre NS). En ce sens, Le PLUS, comme l\u2019analyse d\u2019OP ci-dessous, montre qu\u2019un bon journaliste doit \u00eatre un expert et avoir une opinion aussi, en l\u2019occurrence, une opinion sur la strat\u00e9gie d\u2019AJ qui aurait sciemment, intentionnellement, utilis\u00e9 ce m\u00e9dia.<\/p>\n<p>En outre, l\u2019effacement \u00e9nonciatif de la formule permet \u00e0 LE PLUS de ne pas nommer les na\u00effs, ce qui m\u00e9nage leur susceptibilit\u00e9\u00a0: s\u2019il est excusable que des lecteurs lambdas prennent des messages au pied de la lettre, il est plus discutable que des journalistes tombent dans ce travers, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de messages politiques.\u00a0\u00a0 En ce sens, le fait de ne pas donner de noms s\u2019explique vraisemblablement par le souci de m\u00e9nager la face de confr\u00e8res et d\u2019\u00e9viter de possibles conflits au cas o\u00f9 ils prendraient mal l\u2019accusation de na\u00efvet\u00e9 ou de superficialit\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-13203 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-2-1.jpg\" alt=\"\" width=\"589\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-2-1-200x81.jpg 200w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-2-1-300x122.jpg 300w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-2-1-400x163.jpg 400w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-2-1.jpg 589w\" sizes=\"(max-width: 589px) 100vw, 589px\" \/><\/p>\n<p>Le texte d\u2019OP commence par un (deuxi\u00e8me) effacement \u00e9nonciatif (\u00ab\u00a0En politique il faut toujours se m\u00e9fier des apparences\u00a0\u00bb). Ce jugement, pr\u00e9sent\u00e9 comme une v\u00e9rit\u00e9 absolue (ou d\u2019\u00e9vidence) pose le principe (sans le formuler m\u00e9tadiscursivement comme un principe m\u00e9thodologique) qu\u2019il faut toujours tenir compte, pour l\u2019interpr\u00e9tation des messages, du genre dont ils rel\u00e8vent (discours politique) et du contexte situationnel\u00a0: AJ et NS sont des dirigeants de premier plan, concurrents pour repr\u00e9senter leur parti, Les R\u00e9publicains, \u00e0 l\u2019\u00e9lection de 2017. Les \u00ab\u00a0apparences\u00a0\u00bb invitent donc \u00e0 ne pas prendre pour argent comptant des d\u00e9clarations de soutien, <em>a fortiori<\/em> d\u2019\u00ab\u00a0amiti\u00e9\u00a0\u00bb entre concurrents.<\/p>\n<p>Un autre principe m\u00e9thodologique fondamental est de tenir compte de la nature du m\u00e9dia et du m\u00e9dium<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. Ce deuxi\u00e8me principe n\u2019est pas explicite, ni explicit\u00e9 m\u00e9tadiscursivement, \u00e0 cet emplacement. Toutefois, il fera l\u2019objet de trois commentaires conclusifs tr\u00e8s pertinents relativement au format et au choix du m\u00e9dia, dans le point 3 de l&#8217;encadr\u00e9 suivant.<\/p>\n<p>Circonstance aggravante mentionn\u00e9e au passage : la d\u00e9claration d\u2019AJ est POURTANT \u00ab\u00a0un mod\u00e8le du genre\u00a0\u00bb, ce qui accro\u00eet la na\u00efvet\u00e9 des coll\u00e8gues. OP ne l\u2019\u00e9voque pas directement, il la fait entendre, et c\u2019est moi qui l\u2019explicite dans un m\u00e9ta-PDV dont je suis responsable et \u00e0 propos duquel OP pourrait toujours dire qu\u2019il n\u2019a jamais dit rien de tel. D\u2019ailleurs, iI temp\u00e8re sa critique en invoquant deux circonstances att\u00e9nuantes. L\u2019une est acceptable\u00a0: la r\u00e9action des coll\u00e8gues a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e0 chaud\u00a0\u00bb ; l\u2019autre est plus discutable\u00a0: le tweet d\u2019AJ est celui d\u2019un \u00ab\u00a0bon\u00a0professionnel\u00a0\u00bb de la politique, donc difficile \u00e0 analyser sous tous ses aspects, car son auteur serait un sp\u00e9cialiste des coups tordus. L\u2019argument semble excuser les \u00ab\u00a0journalistes politiques\u00a0\u00bb, mais cette excuse est largement vid\u00e9e de sa pertinence en vertu de l\u2019adage ant\u00e9rieur, \u00ab\u00a0en politique il faut toujours se m\u00e9fier des apparences\u00a0\u00bb, qui s\u2019impose d\u2019abord aux \u00ab\u00a0journalistes politiques\u00a0\u00bb. Ainsi OP se construit-il un statut de professionnel averti, par une position de surplomb \u00e9nonciatif (sur-\u00e9nonciation) qu\u2019il construit sur fond d\u2019une autre \u00ab\u00a0apparence\u00a0\u00bb, celle de sa confraternit\u00e9\u2026 L\u00e0 encore, ces choix de positionnement rel\u00e8vent de sa responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative globale, tout comme le choix, non justifi\u00e9, d\u2019analyser le deuxi\u00e8me tweet avant le premier, et d\u2019en donner, comme on va le voir, une lecture possible, mais r\u00e9ductrice.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-13204 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-3-1.jpg\" alt=\"\" width=\"589\" height=\"595\" srcset=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-3-1-66x66.jpg 66w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-3-1-200x202.jpg 200w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-3-1-297x300.jpg 297w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-3-1-400x404.jpg 400w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-3-1.jpg 589w\" sizes=\"(max-width: 589px) 100vw, 589px\" \/><\/p>\n<p>OP proc\u00e8de alors \u00e0 un examen attentif du message de ce deuxi\u00e8me tweet (regardons \u00e7a de pr\u00e8s\u00a0\u00bb) afin d\u2019illustrer sa th\u00e8se concernant les intentions cach\u00e9es d\u2019AJ, \u00e0 savoir charger son ami (concurrent) NS derri\u00e8re l\u2019expression (minimaliste et fielleuse) de son amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Commentaire du point n\u00b0 1\u00a0: Le b\u00e9n\u00e9ficiaire du souhait n\u2019est pas NS, mais \u00ab nous tous\u00a0\u00bb. AJ esp\u00e8re que Les R\u00e9publicains ne seront pas affect\u00e9s par l\u2019affaire. Il n\u2019y a pas de soutien explicite \u00e0 NS.\u00a0Pire, et OP ne le dit pas ouvertement, NS est pr\u00e9sent\u00e9 implicitement d\u2019abord comme un accus\u00e9\u00a0: faire \u00ab\u00a0pr\u00e9valoir\u00a0son bon droit\u00a0\u00bb pr\u00e9suppose qu\u2019il est un accus\u00e9 potentiel, du fait de sa mise en examen. Plus grave encore, NS est l\u2019objet d\u2019un sous-entendu terrible, d\u2019\u00eatre celui par qui le scandale et les difficult\u00e9s risquent de mettre en p\u00e9ril \u00ab\u00a0nous tous\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire son parti, \u00e0 un moment crucial\u00a0; en bref, un deuxi\u00e8me sous-entendu se profile, celui de faire perdre son camp au moment d\u00e9cisif o\u00f9 il pourrait reprendre la direction du pays<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>. \u00c0 l\u2019inverse, AJ se positionne comme le garant de l\u2019int\u00e9r\u00eat de son parti et de ceux dont il escompte les votes\u2026<\/p>\n<p>Commentaire du point n\u00b0 2\u00a0: L\u2019explication qu\u2019OP donne de la formulation d\u2019AJ est juste, m\u00eame si elle est doublement ambigu\u00eb\u00a0: car, outre le pr\u00e9suppos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent, elle peut sous-entendre une v\u00e9rit\u00e9 autrement d\u00e9rangeante : on peut avoir le droit pour soi, mais pas forc\u00e9ment la morale\u2026 Cela dit, OP ne souligne pas qu\u2019AJ utilise, malgr\u00e9 ces implicites assassins, un contenu plus aimable\u00a0: car invoquer le \u00ab\u00a0bon droit\u00a0\u00bb, c\u2019est autre chose qu\u2019\u00e9voquer une \u00ab\u00a0suspicion de culpabilit\u00e9\u00a0\u00bb. Il est cependant probable que cette amabilit\u00e9 vise moins NS que les futurs \u00e9lecteurs r\u00e9publicains de la primaire. En ce sens, l\u2019euph\u00e9misation des charges contre NS est une tactique, contrebalanc\u00e9e par l\u2019\u00e9vocation des \u00ab\u00a0moments difficiles\u00a0\u00bb dont OP fait un commentaire tr\u00e8s juste, en entrant, en bon professionnel, dans les d\u00e9tails de l\u2019accusation, avec les motifs de la mise en examen de NS, que ne peuvent ignorer les responsables politiques\u00a0; mais que les lecteurs n\u2019ont pas forc\u00e9ment bien en t\u00eate.<\/p>\n<p>En outre, \u00e9voquer des \u00ab\u00a0moments difficiles\u00a0\u00bb allude peut-\u00eatre aux propres moments difficiles d\u2019AJ, apr\u00e8s ses propres ennuis pour la justice, et laisse entendre qu\u2019il n\u2019avait gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu par ses camarades, lorsqu\u2019il avait pris sur lui les charges pour \u00e9pargner Jacques Chirac et ne pas compromettre ses chances pour devenir pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Bref, la formule finale pourrait \u00eatre entendue implicitement comme une invitation \u00e0 ce que NS fasse comme lui, accepte de payer pour ne pas nuire \u00e0 son parti et \u00e0 son futur candidat \u00e0 la future \u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Ces hypoth\u00e8ses sont tout sauf farfelues, elles d\u00e9coulent de la prise en compte de la situation politique, et de la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server un appareil politique. Ce faisant, AJ se d\u00e9marque nettement des autres prises de position des soutiens de NS, et montre l\u00e0 encore, par-del\u00e0 une querelle des egos \u2013 sur laquelle insiste beaucoup OP en psychologisant \u00e0 l\u2019exc\u00e8s le diff\u00e9rend entre les concurrents \u2013, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir en m\u00e9nageant le parti, sans lequel la victoire est impossible. De ce point de vue, le titre de l\u2019analyse du deuxi\u00e8me tweet, en invoquant une hypocrisie fonci\u00e8re (\u00ab\u00a0magnifiquement faux-cul\u00a0\u00bb) r\u00e9duit par trop les messages d\u2019AJ \u00e0 un r\u00e8glement de compte et \u00e0 un simple conflit de personnes, ce qu\u2019il est aussi, mais pas essentiellement, vu leurs diff\u00e9rences de ligne politique durant la primaire en consid\u00e9ration des enjeux de pouvoir pour l\u2019appareil politique.<\/p>\n<p>Commentaire du point n\u00b0 3\u00a0: La formule \u00ab\u00a0amiti\u00e9s\u00a0\u00bb, au pluriel traduit une force illocutoire faible, en l\u2019absence de tout qualificatif. (Une autre hypoth\u00e8se, plus technique, compl\u00e9mentaire, est que la limitation du nombre de caract\u00e8res des tweets emp\u00eache les \u00e9panchements.)<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas indiff\u00e9rent qu\u2019OP ait choisi d\u2019analyser le deuxi\u00e8me tweet d\u2019AJ avant le premier. Le titre qu\u2019il donne \u00e0 ses commentaires du deuxi\u00e8me tweet, \u00ab\u00a0AJ sabote la communication de crise, mine de rien\u00a0\u00bb est assez sibyllin\u00a0: le sabotage tient-il \u00e0 l\u2019importance des implicites de son tweet, \u00e0 la fa\u00e7on apparemment aimable de soutenir NS sans dramatiser sa mise en examen (comme le font en revanche les soutiens de NS)\u00a0? Ce qui est certain, c\u2019est que ces hypoth\u00e8ses sont balay\u00e9es par le premier tweet, et par le fait d\u2019avoir post\u00e9 deux tweets successifs, \u00e0 huit minutes d\u2019\u00e9cart. Mais en ce cas, le sabotage vise non seulement NS, il se retourne contre AJ.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13205 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-4-1.jpg\" alt=\"\" width=\"589\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-4-1-200x132.jpg 200w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-4-1-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-4-1-400x265.jpg 400w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-4-1.jpg 589w\" sizes=\"(max-width: 589px) 100vw, 589px\" \/><\/p>\n<p>Le commentaire du point n\u00b0 1 d\u2019OP, dans son premier tweet, est partiellement juste. Sauf que si l\u2019on inversait l\u2019ordre des propositions : \u00abNS est un citoyen comme les autres, pas plus que les autres, certes, mais pas moins que les autres\u00bb, le commentaire serait plus aimable pour NS. L\u2019ordre des propositions n\u2019est donc pas indiff\u00e9rent, il permet une lecture \u00e0 charge contre AJ, pour mieux soutenir la th\u00e8se que le monde politique est un marigot de crocodiles. Les inf\u00e9rences qu\u2019OP tire, avec ses sous-entendus, sont justes ; mais il est responsable de leur ordre et des effets interpr\u00e9tatifs qu\u2019il sugg\u00e8re.<\/p>\n<p>Au demeurant, il n\u2019est pas indiff\u00e9rent qu\u2019AJ exhibe, \u00e0 propos de NS, sa qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0citoyen\u00a0\u00bb, et pas celle d\u2019ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, qu\u2019il tienne un discours factuel sans passion, l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres (les amis de NS) se sont pr\u00e9cis\u00e9ment indign\u00e9s qu\u2019un ancien pr\u00e9sident soit trait\u00e9 ainsi\u2026 D\u2019une part, en agissant ainsi, on peut consid\u00e9rer qu\u2019il entend rabaisser NS au rang des citoyens ordinaires\u00a0: c\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019interpr\u00e9tation que feront les amis de NS, et celle que sous-entend OP. D\u2019autre part, on peut faire une hypoth\u00e8se alternative (PDV substitutifs) qui n\u2019alimente pas la th\u00e8se des mauvaises intentions d\u2019AJ. Mettre en avant le statut d\u2019ancien pr\u00e9sident de NS pourrait donner l\u2019impression que les hommes politiques sont intouchables, th\u00e8se qui serait tr\u00e8s contreproductive en g\u00e9n\u00e9ral et en particulier dans le contexte de la future \u00e9lection pr\u00e9sidentielle. \u00c0 l\u2019inverse, \u00e9voquer les droits des citoyens conf\u00e8re \u00e0 AJ un ethos pr\u00e9sidentiel, car, en tant que candidat \u00e0 la fonction supr\u00eame, il manifeste la conscience d\u2019\u00eatre le garant de l\u2019ind\u00e9pendance de la justice, ce qui implique de ne pas contester ses d\u00e9cisions, donc la mise en examen de NS. Bref, en r\u00e9duisant ainsi le PDV d\u2019AJ, OP d\u00e9forme son PDV, ou en r\u00e9duit la complexit\u00e9, par une reformulation\/explicitation \u00e0 charge, en sur-\u00e9nonciation<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a> : c\u2019est presque le PDV d\u2019AJ, mais la formulation r\u00e9oriente le PDV initial dans un sens hypocrite et calculateur qui n\u2019est pas le tout de son PDV.<\/p>\n<p>Commentaire du point n\u00b0 2\u00a0: Les interpr\u00e9tations d\u2019OP sont l\u00e9gitimes dans l\u2019optique de sa th\u00e8se. Cependant elles sont un for\u00e7age du premier SMS d\u2019AJ\u00a0: invoquer la pr\u00e9somption d\u2019innocence en prenant l\u2019exemple de \u00ab\u00a0n\u2019importe quel d\u00e9linquant\u00a0\u00bb laisse entendre que NS serait d\u00e9linquant. Or AJ ne fait pas cette comparaison, il \u00e9voque tout citoyen, ce qui lui \u00e9vite de se prononcer sur le fond de l\u2019affaire. L\u00e0 encore, la reformulation est en sur-\u00e9nonciation, toujours \u00e0 charge contre AJ.<\/p>\n<p>Commentaire du point n\u00b0 3\u00a0: OP commence par exprimer un jugement subjectif n\u00e9gatif envers AJ en parlant d\u2019une formule formidablement condescendante\u00a0\u00bb, avec des inf\u00e9rences tout aussi n\u00e9gatives sur le cynisme de celui qui jugerait inutile pour sa propre image de \u00ab\u00a0tirer sur une ambulance\u00a0\u00bb. Qu\u2019AJ ait pu penser cela est possible, mais rien dans son SMS n\u2019autorise \u00e0 faire cette inf\u00e9rence, sauf \u00e0 \u00eatre de mauvaise foi ou \u00e0 faire pr\u00e9valoir ses jugements sur la cruaut\u00e9 du monde politique lorsqu\u2019il s\u2019agit de lutte pour le pouvoir. C\u2019est donc, pour la troisi\u00e8me fois ici, une reformulation en sur-\u00e9nonciation.<\/p>\n<p>En revanche, OP \u00e9voque plus justement le fait de respecter \u00ab\u00a0la proc\u00e9dure et les libert\u00e9s\u00a0\u00bb, hypoth\u00e8se \u00e9voqu\u00e9e en conclusion de l\u2019article, lorsqu\u2019OP cite \u00ab\u00a0l\u2019h\u00e9ritier aquitain de Montesquieu\u00a0\u00bb. Cependant, le PDV tr\u00e8s subjectif et \u00e0 charge d\u2019OP sur AJ est patent, dans la mesure o\u00f9 cette hypoth\u00e8se est pr\u00e9sent\u00e9e sans modalisation dans une assertion affirmative comme un jeu, \u00ab\u00a0AJ voul[ant] donner le sentiment de respecter la proc\u00e9dure\u00a0\u00bb, comme si sa position n\u2019\u00e9tait que verbale.<\/p>\n<p>Cette hypoth\u00e8se n\u2019est pas fausse\u00a0: en fran\u00e7ais, un certain nombre d\u2019adverbes tels \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9videmment\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sans doute\u00a0\u00bb peuvent s\u2019interpr\u00e9ter au positif ou laisser entendre qu\u2019ils doivent se comprendre au sens n\u00e9gatif :\u00a0 c\u2019est d\u2019ailleurs une des caract\u00e9ristiques de la communication politique, surtout quand elle vise des concurrents, des adversaires : dire qu\u2019il faut \u00ab\u00a0naturellement respecter ce droit\u00a0\u00bb laisse entendre que ce n\u2019est pas forc\u00e9ment si \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb. Dommage qu\u2019OP n\u2019ait pas comment\u00e9 la valeur de l\u2019adverbe, qui venait \u00e0 l\u2019appui de ses hypoth\u00e8ses. Cependant, si l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019OP n\u2019est pas fausse, elle n\u2019est pas totalement vraie non plus, faute d\u2019explorer une autre piste que l\u2019id\u00e9e de tuer symboliquement son concurrent sous des protestations d\u2019amiti\u00e9s, \u00e0 savoir celle d\u2019un positionnement de pr\u00e9sidentiable, endossant par avance une posture de garant des institutions.<\/p>\n<p>Au total, l\u2019analyse globale d\u2019OP, qui rec\u00e8le beaucoup de remarques justes, bien qu\u2019incompl\u00e8tes, conc\u00e8de trop d\u2019importance, selon moi, \u00e0 une grille de lecture psychologisante, \u00e0 la vision st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de la lutte politique comme combat des chefs impitoyable et hypocrite, ce dont t\u00e9moignent ses trois reformulations en sur-\u00e9nonciation. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019indique d\u2019embl\u00e9e le titre g\u00e9n\u00e9ral du commentaire, \u00ab\u00a0Un premier tweet magnifiquement faux-cul\u00a0\u00bb, titre \u00e0 charge contre AJ, et qui attribue \u00e0 AJ des implicites qui sont plausibles, mais tr\u00e8s r\u00e9ducteurs. On pourrait objecter qu\u2019en politique, il faut non seulement se m\u00e9fier des apparences, mais aussi, et peut-\u00eatre m\u00eame plus, des st\u00e9r\u00e9otypes que bien des journalistes alimentent en repr\u00e9sentant la vie politique comme une guerre entre concurrents, qui serait d\u00e9nu\u00e9e d\u2019enjeux id\u00e9ologiques, \u00e9conomiques, sociaux et institutionnels, comme si les politiques n&#8217;agissaient qu\u2019en fonction de leurs int\u00e9r\u00eats propres, et jamais en fonction de ceux du pays.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13206 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-5-1.jpg\" alt=\"\" width=\"589\" height=\"396\" srcset=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-5-1-200x134.jpg 200w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-5-1-300x202.jpg 300w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-5-1-400x269.jpg 400w, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-5-1.jpg 589w\" sizes=\"(max-width: 589px) 100vw, 589px\" \/><\/p>\n<p>Venons-en \u00e0 la conclusion d\u2019OP.<\/p>\n<p>La survalorisation de la lecture psychologisante st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e est renforc\u00e9e par le commentaire sur les deux tweets, \u00e9voquant par contraste des \u00ab\u00a0t\u00e9moignages d\u2019affection\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0plus chaleureux\u00a0\u00bb. AJ est d\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9 comme ayant intentionnellement fait le choix d\u2019un type de communication g\u00e9nial, qui l\u2019oblige \u00e0 la concision (et donc l\u2019exon\u00e8re d\u2019\u00e9panchements, au pr\u00e9texte des contraintes de format) et qui lui donne un ethos de modernit\u00e9 en choisissant un r\u00e9seau plut\u00f4t que les longs et classiques communiqu\u00e9s envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019Agence France Presse.<\/p>\n<p>Dans un deuxi\u00e8me mouvement, cependant, selon OP, les choix d\u2019AJ se retournent contre lui, en raison de la maladresse d\u2019avoir tweet\u00e9 deux messages de suite et de donner l\u2019impression de corriger les effets n\u00e9gatifs du premier message. Il est vrai que le premier ne comportait pas de signe d\u2019amiti\u00e9. Mais on peut objecter que, d\u2019une part, si AJ avait \u00e9t\u00e9 plus chaleureux, personne ne l\u2019aurait cru et il serait pass\u00e9 pour un hypocrite, vu le conflit larv\u00e9 entre NS et lui\u00a0; d\u2019autre part, et plus fondamentalement, que la survie d\u2019un appareil politique exige dans des circonstances dramatiques de pr\u00e9server l\u2019essentiel, ce qu\u2019il fait dans son deuxi\u00e8me tweet, tout en m\u00e9nageant autant que faire se peut la face de NS.<\/p>\n<p>Tout se passe comme si OP accordait une grande importance au fait d\u2019avoir tweet\u00e9 \u00e0 peu d\u2019intervalle, comme si cela \u00e9tait un aveu que son premier tweet n\u2019\u00e9tait pas totalement ad\u00e9quat ; c\u2019est de fait un aveu indirect. Mais c\u2019est aussi un habile rectificatif, qui le rend plus amical en apparence et plus soucieux de l\u2019avenir du parti. Dans les deux cas, le choix de s\u2019en tenir \u00e0 une communication elliptique est habile, parce qu\u2019il focalise sur le message sur NS et surtout sur l\u2019avenir des R\u00e9publicains, et laisse dans l\u2019ombre ce qui concerne les calculs d\u2019AJ. De ce point de vue, dire d\u2019AJ qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00ab superbement et habilement hypocrite\u00a0\u00bb, mais qu\u2019il a fait une \u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb en r\u00e9digeant deux tweets successifs est une hypoth\u00e8se unilat\u00e9ralement \u00e0 charge, exclusivement centr\u00e9e sur des calculs personnels relevant du combat des chefs.<\/p>\n<p>S\u2019il est certain qu\u2019AJ assume ses deux tweets, il assume aussi le choix du m\u00e9dium et d\u2019un format pour aller \u00e0 l\u2019essentiel et choisissant de ne pas donner prise \u00e0 trop d\u2019inf\u00e9rences, qui sont potentiellement proportionnelles \u00e0 la longueur de ses d\u00e9clarations. De ce point de vue, les deux tweets successifs, qui int\u00e9ressent surtout les commentateurs, reposent sur les m\u00eames m\u00e9canismes et pr\u00e9sentent les m\u00eames avantages. Le choix de Twitter est un choix discursif habile qui \u00e9vite de se prononcer sur le fond, de soutenir quelqu\u2019un que la plupart juge ind\u00e9fendable et de pr\u00e9server l\u2019avenir en m\u00e9nageant toutes les susceptibilit\u00e9s. Avantage subsidiaire non n\u00e9gligeable, c\u2019est un choix qui laisse aux commentateurs critiques la charge de toutes sortes d\u2019implicites, notamment de sous-entendus \u00e0 charge, tout en offrant le moins de prise possible \u00e0 de tels commentaires. C\u2019est ainsi que si AJ fait un \u00ab\u00a0service minimum\u00a0\u00bb envers NS, il veut \u00e9viter le reproche d\u2019insinc\u00e9rit\u00e9 tout en se donnant la posture d\u2019un chef de parti (ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9, pour le RPR<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>) et d\u2019un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique (qu\u2019il aspire \u00e0 \u00eatre). \u00c0 tout prendre, cette grille d\u2019analyse, plus complexe, me semble plus conforme aux complexit\u00e9s m\u00eames du combat politique, avec ses mesquineries personnelles et ses ambitions collectives.<\/p>\n<p>OP prend bien \u00e9videmment en charge toutes ses sur-\u00e9nonciations, mais il est, de plus, responsable, \u00e9nonciativement, de son macro-PDV critique, tout comme il est responsable d\u2019avoir analys\u00e9 d\u2019abord le 2<sup>e<\/sup> tweet d\u2019AJ, avant le premier, et d\u2019en donner une lecture r\u00e9ductrice, alors que le deuxi\u00e8me tweet est objectivement plus amical et d\u00e9note une posture pr\u00e9sidentielle. Or ce choix ne fait que renforcer la lecture n\u00e9gative d\u2019OP. Telle est sa responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative, qui m\u00e9rite selon moi d\u2019\u00eatre interrog\u00e9e, et m\u00eame critiqu\u00e9e, moins pour ce qu\u2019elle dit que pour ce qu\u2019elle omet (des hypoth\u00e8ses plus aimables envers AJ et qui prennent en compte la complexit\u00e9 de la situation) et pour ce qu\u2019elle ne justifie pas (l\u2019inversion de l\u2019analyse des deux tweets).<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, le dispositif adopt\u00e9 \u2013 avec les textes sources d\u2019AJ, les commentaires d\u2019OP et les miens propres \u2013 me semble instructif \u00e0 plus d\u2019un titre au plan m\u00e9thodologique. D\u2019abord, en ce qu\u2019il montre l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une analyse qui d\u00e9passe les donn\u00e9es communicatives brutes (qui fait\/dit quoi) en les rapportant \u00e0 des actes de langage, des centres modaux diff\u00e9rents, surtout lorsque l\u2019on se confronte \u00e0 des textes complets. Ensuite, parce qu\u2019il met en relief le fait fondamental que ces m\u00e9canismes \u00e9nonciatifs n\u2019ont de pertinence qu\u2019en \u00e9tant articul\u00e9s avec des donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9riques, situationnelles. Enfin, parce qu\u2019il souligne l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une vigilance critique envers ses propres grilles d\u2019analyses, qui peuvent \u00eatre s\u00e9duisantes parce qu\u2019elles \u00e9clairent non seulement des aspects cach\u00e9s ou discrets de la communication, mais dont il faut toujours se m\u00e9fier d\u00e8s lors que leur radicalit\u00e9 et leur exclusivit\u00e9 repose sur des points aveugles d\u00e9coulant de ses propres hypoth\u00e8ses et analyses. Or ce n\u2019est pas la beaut\u00e9 intellectuelle d\u2019une explication unique et unitaire qui compte, c\u2019est son aptitude \u00e0 \u00e9clairer les complexit\u00e9s des textes. En d\u2019autres termes, \u00e0 ne pas s\u2019interroger sur les implications de ses hypoth\u00e8ses, on risque de croire avoir trouv\u00e9 le Graal alors qu\u2019on se ferme d\u2019autres portes tout aussi int\u00e9ressantes, et, dans bien des cas, compl\u00e9mentaires pour donner une appr\u00e9hension plus complexifi\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s complexe par elle-m\u00eame, et que l\u2019analyse ne gagne pas \u00e0 appauvrir. Les v\u00e9rit\u00e9s partielles \u00e9rig\u00e9es en v\u00e9rit\u00e9 unique sont partiales\u2026 Bien \u00e9videmment, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une vigilance autor\u00e9flexive a particuli\u00e8rement de sens quand on ne se satisfait pas d\u2019analyser des extraits et qu\u2019on prend le taureau par les cormes, c\u2019est-\u00e0-dire v\u00e9rifie la validit\u00e9 de ses concepts et de sa m\u00e9thodologie \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de textes complets, de discours ancr\u00e9s dans leur actualit\u00e9 comme dans la n\u00f4tre, en essayant d\u2019objectiver rationnellement sa propre subjectivit\u00e9 de chercheur (RABATEL 2013), ce qui devrait \u00eatre le B-A BA de toute d\u00e9marche scientifique. Bref, un journaliste, un chercheur peuvent \u00eatre \u00ab engag\u00e9s \u00bb, mais pas \u00ab enrag\u00e9s \u00bb, selon la belle formule d\u2019H. Arendt (RABATEL 2017), sauf \u00e0 prendre le risque de faire violence aux personnes, \u00e0 la complexit\u00e9 du r\u00e9el et \u00e0 ne pas \u00e9clairer suffisamment les r\u00e9cepteurs.<\/p>\n<h3 id=\"conclusion\">Conclusion<\/h3>\n<p>J\u2019ai essay\u00e9 de montrer que ma th\u00e9orie du PDV est une probl\u00e9matique int\u00e9gr\u00e9e visant \u00e0 rendre compte des questions du sens, de sa co-construction et de ses interpr\u00e9tations, dans un cadre qui fait la part belle au locuteur (comment faire autrement\u00a0?) mais aussi aux destinataires des messages, qui sont de v\u00e9ritables co-\u00e9nonciateurs, r\u00e9agissant aux questions que les discours leur opposent ou posant eux-m\u00eames des questions in\u00e9dites aux discours, en fonction de leur situation et de leurs pr\u00e9occupations. \u00c0 partir de l\u00e0, les co-\u00e9nonciateurs se muent en acteurs capables d\u2019agir en ayant conscience<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a> des enjeux des textes et des discours. Le PDV s\u2019inscrit sur un socle anthropologique plus vaste, l\u2019empathie, qui n\u2019est pas totalement ext\u00e9rieur \u00e0 la linguistique, puisque d\u00e8s qu\u2019il y a empathie, il y a des d\u00e9centrements, des confrontations de PDV, donc dialogisme. C\u2019est dans ce cadre dialogique et pragma-\u00e9nonciatif qu\u2019il faut embrasser, articuler la constellation des notions que j\u2019ai rassembl\u00e9es autour du concept de PDV, <em>prise en charge<\/em> (avec ses d\u00e9clinaisons), <em>responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative<\/em>, <em>d\u00e9multiplication des centres d\u2019intentionnalit\u00e9, de\u00a0subjectivit\u00e9 et de\u00a0modalit\u00e9<\/em>,\u00a0<em>alt\u00e9rit\u00e9<\/em> (avec <em>les autres que soi <\/em>et <em>les autres de soi<\/em>), les liens entre \u00e9nonciation et <em>argumentation directe<\/em> ou <em>indirecte.<\/em> L\u2019ensemble de ces concepts sont autant d\u2019outils pour se mouvoir dans la vie des id\u00e9es comme dans la vie quotidienne en s\u2019ouvrant aux PDV des autres, en les mettant en ordre pour penser la complexit\u00e9<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>. Ce sont aussi des outils pour mettre en lumi\u00e8re des ph\u00e9nom\u00e8nes cach\u00e9s, parfois non marqu\u00e9s, et cependant significatifs, bref, pour d\u00e9passer l\u2019illusion de la transparence du langage et rendre visible<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a> ce qu\u2019une lecture superficielle risquerait de manquer. Dans l\u2019ensemble des notions, le c\u0153ur du c\u0153ur du syst\u00e8me, ce sont les notions solidaires d\u2019\u00e9nonciateur et de PDV. Elles sont cruciales pour mettre au jour les PDV cach\u00e9s, sans parole. On ne sera pas \u00e9tonn\u00e9 que ces concepts soient cruciaux \u00e9galement pour l\u2019analyse des documents hybrides, verbo-iconiques ou iconiques<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>. Mais ceci est une autre histoire\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 id=\"r\u00e9f\u00e9rences-bibliographiques\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h3>\n<p>ACHARD-BAYLE Guy, GUERIN Maximilien, KLEIBER Georges &amp; KRYLYSHIN Marina (dir.), 2018, <em>Les sciences du langage et la question de l\u2019interpr\u00e9tation (aujourd\u2019hui). Actes du colloque de l\u2019ASL 2017<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas.<\/p>\n<p>AMOSSY Ruth, 2018, \u00ab\u00a0La dimension argumentative du discours. Enjeux th\u00e9oriques et pratiques \u00bb, <em>Argumentation et analyse de discours<\/em>, 20, <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.2560\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.2560<\/a><\/p>\n<p>AUTHIER-REVUZ Jacqueline, 1995, <em>Ces mots qui ne vont pas de soi<\/em>. <em>Boucles r\u00e9flexives et non-co\u00efncidences du dire,<\/em> T. 1-2, Paris, Larousse.<\/p>\n<p>AUTHIER-REVUZ Jacqueline, 1998, \u00ab \u00c9nonciation, m\u00e9ta-\u00e9nonciation. H\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s \u00e9nonciatives et probl\u00e9matiques du sujet \u00bb, in VION Robert (\u00e9d.), <em>Les sujets et leurs discours. \u00c9nonciation et interactions<\/em>, Aix-en-Provence, Publications de l\u2019Universit\u00e9 de Provence, 63-79.<\/p>\n<p>AUTHIER-REVUZ Jacqueline, 2020, <em>La repr\u00e9sentation du discours autre<\/em>, Berlin, Boston, De Gruyter.<\/p>\n<p>BALLY Charles, 1913, <em>Le Langage et la vie, <\/em>Gen\u00e8ve, Atar.<\/p>\n<p>BALLY Charles, 1965, <em>Linguistique g\u00e9n\u00e9rale et linguistique fran\u00e7aise<\/em>, Bern, A. Francke AG Verlag.<\/p>\n<p>BANFIELD Ann, [1982] 1995, <em>Phrases sans parole. Th\u00e9orie du r\u00e9cit et du style indirect libre<\/em>, Paris, <em>\u00c9ditions du <\/em>Seuil.<\/p>\n<p>BENVENISTE \u00c9mile,1966, <em>Probl\u00e8mes de Linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, 1<em>,<\/em> Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>BERTHOZ Alain &amp; JORLAND G\u00e9rard (dir.), 2004, <em>L\u2019empathie<\/em>, Paris, Odile Jacob.<\/p>\n<p>CHARAUDEAU Patrick, 1992, <em>Grammaire du sens et de l\u2019expression<\/em>, Paris, Hachette.<\/p>\n<p>COMBETTES Bernard, 1992, <em>L\u2019Organisation du texte<\/em>. Metz, Universit\u00e9 de Metz, Centre d\u2019analyse syntaxique de l\u2019Universit\u00e9 de Metz.<\/p>\n<p>COSERIU Eugenio, 2001, <em>L\u2019Homme et son langa<\/em>ge, Louvain, Paris, Peeters.<\/p>\n<p>DUCROT Oswald, 1980, \u00ab\u00a0Analyses pragmatiques\u00a0\u00bb, <em>Communications, <\/em>32, 11-60.<\/p>\n<p>DUCROT Oswald, 1984, <em>Le dire et le dit<\/em>, Paris, \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p>DUCROT Oswald, 1993, \u00ab\u00a0A quoi sert le concept de modalit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb in DITTMAR Norbert &amp; REICH Astrid (\u00e9ds), <em>Modalit\u00e9 et acquisition des Langues<\/em>, Berlin, Walter de Gruyter, p. 111-129.<\/p>\n<p>GAUDIN-BORDES Lucile, MONTE Mich\u00e8le &amp; SALVAN Genevi\u00e8ve (dir), 2020,<em> Les postures \u00e9nonciatives. Autour des propositions d\u2019Alain XXX, Corela, <\/em>Hors-S\u00e9rie 32<em>.\u00a0 <\/em><\/p>\n<p>GENETTE G\u00e9rard, 1972, <em>Figures 3<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>GOLDSMITH John &amp; LAKS Bernard, 2021,\u00a0<em>Aux origines des sciences humaines. Linguistique, philosophie, logique, psychologie,<\/em> <em>1840-1940<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>GRIZE Jean-Blaise, 1990, <em>Logique et langage,<\/em> Gap, Paris, Ophrys.<\/p>\n<p>JOST Fran\u00e7ois, 1987, <em>L\u2019\u0153il-cam\u00e9ra. Entre film et roman<\/em>, Lyon, Presses universitaires de Lyon.<\/p>\n<p>KERBRAT-ORECCHIONI Catherine, 1977, <em>La connotation<\/em>, Lyon, Presses universitaires de Lyon.<\/p>\n<p>MAINGUENEAU Dominique, 2022, \u00ab Les multilocuteurs \u00bb, <em>Argumentation et Analyse du Discours<\/em> [En ligne], 29, <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/6765\">http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/6765<\/a><\/p>\n<p>NUSSBAUM Martha, 2012, <em>Capabilit\u00e9s. Comment cr\u00e9er les conditions d\u2019un monde plus juste ?<\/em> Paris, Flammarion.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 1997\/2023, <em>Une histoire du point de vue<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9dition, Limoges, Lambert-Lucas, avec un avant-propos in\u00e9dit.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 1998\/2023, <em>La Construction textuelle du point de vue,<\/em> 2<sup>e<\/sup> \u00e9dition, Limoges, Lambert-Lucas, avec un avant-propos in\u00e9dit. Traduction en italien de Lorella Martinelli, <em>La costruzione testuale del punto di vista<\/em>, 2025, TAB edizioni, Roma.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2004a\/2023, <em>Argumenter en racontant<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9dition, avec un avant- et un apr\u00e8s-propos in\u00e9dits, Limoges, Lambert-Lucas.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2004b, \u00ab\u00a0D\u00e9s\u00e9quilibres interactionnels et cognitifs, postures \u00e9nonciatives\u00a0et co-construction des savoirs : co-\u00e9nonciateurs, sur-\u00e9nonciateurs et archi-\u00e9nonciateurs\u00a0\u00bb, in RABATEL Alain (\u00e9d), <em>Interactions orales en contexte didactique. Mieux (se) comprendre pour mieux (se) parler et pour<\/em><em> mieux (s\u2019)apprendre<\/em>, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 29-66.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2005, \u00ab\u00a0La part de l\u2019\u00e9nonciateur dans la construction interactionnelle des points de vue\u00a0\u00bb, <em>Marges linguistiques,<\/em> 9, 115-136. En ligne sur le site de Texto.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2006, \u00ab\u00a0La dialogisation au c\u0153ur du couple polyphonie \/ dialogisme chez Bakhtine\u00a0\u00bb, <em>Revue romane<\/em>, 41-1, 55-80.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2008\/2020, <em>Homo narrans. Pour une analyse \u00e9nonciative et inter\u00adaction\u00adnelle du r\u00e9cit. Tome 1. Les points de vue et la logique de la narration. Tome 2. Dialogisme et polyphonie dans le r\u00e9cit, <\/em>Limoges, Lambert-Lucas.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2009, \u00ab\u00a0Prise en charge et imputation, ou la prise en charge \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e\u00a0\u00bb, <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, 162, 71-87. En ligne.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2010, \u00ab\u00a0Retour sur les relations entre locuteurs et \u00e9nonciateurs. Des voix et des points de vue\u00a0\u00bb, in COLAS-BLAISE Marion, KARA Mohamed, PERRIN Laurent &amp; PETITJEAN Andr\u00e9 (dir), <em>La question polyphonique ou dialogique en sciences du langage<\/em>, Metz, Celted, Universit\u00e9 de Metz, 357-373.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2012a, \u00ab\u00a0\u00c9nonciateur, sujet modal, modalit\u00e9, modalisation\u00a0\u00bb, in MAURY-ROUAN Claire (dir), <em>\u00c9nonciation, interaction, discours. Hommages \u00e0 Robert Vion<\/em>, Aix-en-Provence, Publications de l\u2019Universit\u00e9 de Provence, 53-70.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2012b, \u00ab\u00a0Les relations Locuteur \/ Enonciateur au prisme de la notion de voix\u00a0\u00bb, in Ducard Dominique, DUFAYE Lionel &amp; GOURNAY Lucie (\u00e9ds), <em>Les th\u00e9ories \u00e9nonciatives aujourd\u2019hui\u00a0: un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s Benveniste<\/em>, Paris, Ophrys, 207-226.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2012c, \u00ab\u00a0Positions, positionnements et postures de l\u2019\u00e9nonciateur\u00a0\u00bb, <em>Travaux neuch\u00e2telois de linguistique<\/em>, 56, 23-42. En ligne.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2013, \u00ab\u00a0L\u2019engagement du chercheur, entre \u2018\u00e9thique d\u2019objectivit\u00e9\u2019 et \u2018\u00e9thique de subjectivit\u00e9\u2019\u00a0\u00bb, <em>Argumentation et Analyse de Discours,<\/em> 11, <a href=\"http:\/\/aad-revues.org\/1526\">http:\/\/aad.revues.org\/1526<\/a><\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2014, \u00ab\u00a0Des formules aphoristiques (dans le <em>Dictionnaire philosophique<\/em> de Comte-Sponville) au service du sujet philosophant\u00a0: co-\u00e9nonciation, sur-\u00e9nonciation, sous-\u00e9nonciation\u00a0\u00bb, in COSSUTTA Fr\u00e9d\u00e9ric &amp; CICUREL Francine (dir), <em>Les Formules philosophiques<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas,\u00a0163-198.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2016, \u00ab\u00a0Si la didactique du fran\u00e7ais (re)croisait linguistique, litt\u00e9rature\u00a0et politique\u00a0\u00bb, in PETITJEAN Andr\u00e9 (dir), <em>Didactiques du fran\u00e7ais et de la litt\u00e9rature<\/em>, Metz, CREM, Universit\u00e9 de Lorraine, <em>Recherches textuelles<\/em> 14, 309-325.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2017, <em>Pour une lecture linguistique et critique des m\u00e9dias. \u00c9thique, empathie, point(s) de vue<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas. En ligne (t\u00e9l\u00e9chargeable sur le site de l&#8217;\u00e9diteur).<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2018a, \u00ab\u00a0Pour une reconception de l\u2019argumentation\u00a0\u00e0 la lumi\u00e8re de la dimension argumentative \u00bb <em>Argumentation et analyse de discours<\/em>, 20, <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/2493\">http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/2493<\/a>\u00a0; DOI\u00a0: 10.4000\/aad.2493<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2018b, \u00ab\u00a0Les parcours interpr\u00e9tatifs des pr\u00e9suppos\u00e9s et des sous-entendus, de la phrase au texte et \u00e0 sa mise en page\u00a0\u00bb, in BIGLARI Amir &amp; BONHOMME Marc (\u00e9ds), <em>La pr\u00e9supposition, entre th\u00e9orisation et mise en discours<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 443-462.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2021, <em>La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2022, \u00ab\u00a0Dispositifs premiers et seconds de repr\u00e9sentation \/ d\u00e9voilement de la mauvaise foi\u00a0\u00bb, in SZLAMOWICZ Jean (\u00e9ds), <em>La mauvaise foi<\/em>, <em>un dispositif discursif, Observables<\/em>, 2. En ligne.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2024, \u00ab Des r\u00e9percussions de changements de support, format et m\u00e9dia sur la transposition des discours repr\u00e9sent\u00e9s en discours potentiels montr\u00e9s\u00a0\u00bb, in BARTELMEBS H\u00e9l\u00e8ne, COLAS-BLAISE Marion, MARNETTE Sophie &amp; ROSIER Laurence (\u00e9ds), <em>Mat\u00e9rialit\u00e9s des discours rapport\u00e9s<\/em>, Louvain-la-Neuve, Academia, 59-70.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2025a, \u00ab\u00a0L\u2019apport simplexe de la probl\u00e9matique des points de vue \u00e0 la complexit\u00e9 \u00e9nonciative\u00a0\u00bb, in La complexit\u00e9 dans le langage, in Danh Th\u00e0nh DO HURINVILLE Danh Th\u00e0nh, DAO Huy-Linh &amp; WISSNER Inka\u00a0 (\u00e9ds), <em>La complexit\u00e9 dans le langage<\/em>, Paris, \u00c9ditions Honor\u00e9 Champion, 165-192.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2025b, \u00ab\u00a0\u00c9nonciation, r\u00e9f\u00e9renciation et points de vue, du texte aux documents verbo-iconiques ou iconiques\u00a0\u00bb, <em>T\u00f3picos del seminario<\/em>, 53, 30-46, <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.35494\/topsem.2025.1.53.874\">https:\/\/doi.org\/10.35494\/topsem.2025.1.53.874<\/a>.<\/p>\n<p>RABATEL Alain, 2025c, \u00ab\u00a0Des points de vue dans les textes et les images (et de leurs relations avec les notions de perspective et d\u2019observateur) \u00bb, in LUCE Jean-Marc (\u00e9d), <em>Observateurs et spectateurs dans l\u2019art et la litt\u00e9rature de l\u2019Antiquit\u00e9 au milieu du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 27-84<em>.<\/em><\/p>\n<p>RASTIER Fran\u00e7ois, 2015, <em>Saussure au futur<\/em>, Paris, Les Belles Lettres.<\/p>\n<p>ROSIER Laurence, 1999, <em>Le discours rapport\u00e9. Histoire, th\u00e9ories, pratique<\/em>, Louvain-la-Neuve, Duculot.<\/p>\n<p>ROULET Eddy, 1981, \u00ab\u00a0\u00c9changes, interventions et actes de langage dans la structure de la conversation\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes de linguistique appliqu\u00e9e<\/em>, 44, 7-39.<\/p>\n<p>SAUSSURE Ferdinand de, 2002, <em>\u00c9crits de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>SONESSON G\u00f6ran, 1989, <em>Pictorial Concepts. Inquiries into the semiotic heritage and its<\/em><em> relevance to the interpretation to the visual world<\/em>, Malm\u00f6, Lund University Press.<\/p>\n<p>STRAWSON Peter Frederick, 1970, \u00ab\u00a0Phrase et acte de parole\u00a0\u00bb, <em>Langages<\/em>, 17, 19-33. En ligne.<\/p>\n<p>VION Robert, 2001,\u00a0\u00ab\u00a0\u201cEffacement \u00e9nonciatif\u201d et strat\u00e9gies discursives\u00a0\u00bb, in DE MATTIA Monique &amp; JOLY Andr\u00e9 (\u00e9ds) <em>De la syntaxe \u00e0 la narratologie \u00e9nonciative, hommage \u00e0 Ren\u00e9 Rivara<\/em>. Gap, Paris, Ophrys, 331-354.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Une premi\u00e8re version de ce texte, \u00e9crit \u00e0 la demande de coll\u00e8gues d&#8217;Am\u00e9rique Latine, devait paraitre en 2025 en espagnol sous le titre \u00ab Los desaf\u00edos comunicativos e interactivos del an\u00e1lisis pragma-enunciativo de los puntos de vista (1) \u00bb (trad. Eduardo Serrano Orejuela), dans\u00a0 Eduardo Serrano Orejuela y Oscar Iv\u00e1n Londo\u00f1o Zapata (coords.), <em>Panorama actual de los estudios del discurso: avances y desaf\u00edos<\/em>, Buenos Aires: Biblos. H\u00e9las, la situation politique et \u00e9conomique du pays a conduit l&#8217;\u00e9diteur \u00e0 abandonner ce projet de publication. La pr\u00e9sente version fran\u00e7aise, avec ses compl\u00e9ments \u2013 dans la section 3.2 et avec l&#8217;ajout de la section 3.3, qui propose une longue analyse d&#8217;un texte complet et met en oeuvre la plupart des notions ant\u00e9rieures, tout en ajoutant un certain nombre de consid\u00e9rations m\u00e9thodologiques \u2013 est la version originale et compl\u00e8te du projet initial. Je remercie chaleureusement la revue Rep\u00e8res-Dorif d\u2019avoir accept\u00e9 de publier ce long texte, conform\u00e9ment \u00e0 sa vis\u00e9e premi\u00e8re.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Objectivisation, et non pas objectivit\u00e9, pour indiquer un processus et non un \u00e9tat durable ainsi qu\u2019une d\u00e9marche scientifique qui objectivise \u00e0 partir d\u2019hypoth\u00e8ses subjectives rationnelles et soumises \u00e0 la vigilance critique (Rabatel 2013).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> C\u2019est moi qui souligne. Reste \u00e0 savoir \u00e0 qui r\u00e9f\u00e9rer les valeurs modales\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> La marque \u00ab\u00a0Ovaltine\u00a0\u00bb est propre \u00e0 l\u2019Angleterre. En Suisse ou en France, le nom est \u00ab\u00a0Ovomaltine\u00a0\u00bb. Voir la notice Wikip\u00e9dia.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> De fait, Martha, la nannie (nounou) a abord\u00e9 une question qui d\u00e9plait \u00e0 sa ma\u00eetresse\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> On pourrait remplacer locuteur ench\u00e2ssant par locuteur repr\u00e9sentant, citant, locuteur premier et locuteur ench\u00e2ss\u00e9 par locuteur repr\u00e9sent\u00e9, cit\u00e9, second. Voir <em>infra<\/em>, 2.1, pour une d\u00e9finition plus pr\u00e9cise de ces locuteurs.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Dans d\u2019autres contextes, il pourrait expliquer, informer, argumenter, ordonner.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> D\u2019un point de vue pragma-\u00e9nonciatif, il est insuffisant de diagnostiquer un emploi populaire, sauf \u00e0 croire que le signe fait sens en faisant abstraction des intentions du locuteur\/\u00e9nonciateur\u00a0: d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de v\u00e9rifier (si possible) si le locuteur parle \u00e0 un tiers ou s\u2019adresse \u00e0 la personne, adopte toujours ce sociolecte\u00a0; dans le cas o\u00f9 il joue de la variation, s\u2019il utilise ce terme pour connoter un discours populaire m\u00e9prisant ou connivent, s\u00e9rieux, surjou\u00e9, ludique, etc.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Ces remarques ne pr\u00e9tendent pas faire le tour des discussions autour du couple d\u00e9notation\/connotation\u00a0; pour une analyse plus approfondie, voire, outre les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es, Sonesson 1989.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> D\u2019aucuns emploient concurremment l\u2019expression sujet de conscience, centre focal, sujet modal second.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Auricularisation interne selon Jost 1987.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Si l\u2019on devait poursuivre l\u2019exercice de transposition \u00e0 la sc\u00e8ne, il faudrait que le visage de Jeanne exprime d\u2019abord l\u2019espoir, et finalement, devant la fen\u00eatre, une forte d\u00e9ception.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Cela signifie que la premi\u00e8re proposition ne correspond pas \u00e0 une focalisation z\u00e9ro (dans les termes de Genette 1972) et la deuxi\u00e8me pas davantage \u00e0 une focalisation externe. (3) correspond \u00e0 une focalisation interne, adoptant le PDV de Jeanne. Je renvoie \u00e0 Rabatel 1997 et 1998 pour la critique des focalisations genettiennes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Voir aussi la magnifique d\u00e9claration de Dewey \u00e0 l\u2019\u00e9gard de nos dettes intellectuelles envers les g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es, p. 335 de Goldsmith &amp; Laks 2021.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Toutefois, \u00e0 la diff\u00e9rence de la conception abstraite de l\u2019\u00e9nonciation ducrotienne (privil\u00e9giant le locuteur L au d\u00e9triment du locuteur lambda, \u00eatre du monde, consid\u00e9rant que le sujet parlant est du domaine extralinguistique), je r\u00e9cuse ces diktats (Rabatel 2005, 2012a).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Le concept culiolien d\u2019op\u00e9ration \u00e9nonciative englobe toutes les op\u00e9rations \u00e9nonciatives de quantification, qualification, modalisation, et aussi celles qui rel\u00e8vent des choix d\u2019une \u00e9nonciation personnelle ancr\u00e9e dans la situation d\u2019\u00e9nonciation ou d\u2019une \u00e9nonciation d\u00e9sembray\u00e9e, \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0th\u00e9orique\/impersonnelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Que L1\/E1 formule un PDV doxal ou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, par exemple, n\u2019emp\u00eache en rien qu\u2019il consid\u00e8re ce PDV comme le sien. Dire que c\u2019est \u00ab\u00a0son propre PDV\u00a0\u00bb ne dit pas autre chose que c\u2019est un PDV que L1\/E1 prend en charge sans passer par la m\u00e9diation d\u2019une instance autre, seconde.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Ces locuteurs seconds peuvent \u00eatre cod\u00e9s l2\u03b1 \/e2\u03b1, l2 \u03b2\/e2 \u03b2, l2 \u03b3\/e2 \u03b3, l2\u03b4\/e2\u03b4\u00a0; l2\u03b5\/e2\u03b5, etc., si le besoin d\u2019anonymisation se fait sentir. Sinon, l2\/e2 peuvent \u00eatre suivis des initiales des noms et pr\u00e9noms de la source ou du support, en minuscules, pour marquer leur dimension instancielle seconde.\u00a0 Faut-il pr\u00e9ciser que ces instances secondes sont tout sauf secondaires, qu\u2019elles sont en capacit\u00e9 de renvoyer dans leurs discours seconds \u00e0 d\u2019autres discours seconds par une r\u00e9cursivit\u00e9 en principe infinie, mais limit\u00e9e par nos capacit\u00e9s de m\u00e9morisation et de compr\u00e9hension \u00e0 deux, voire, plus exceptionnellement, \u00e0 trois niveaux d\u2019ench\u00e2ssement. Ce qui fait que la dimension instancielle n\u2019a de sens que dans une cha\u00eene d\u2019instances, qu\u2019un l2\/e2 peut \u00eatre second par rapport \u00e0 L1\/E1 et premier par rapport \u00e0 un l3\/e3, etc.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Sans compter le compactage et le reformatage d\u2019\u00e9nonc\u00e9s multiples d\u2019un m\u00eame locuteur (Rabatel 2008\/2020) ou de locuteurs collectifs, que Maingueneau 2022 appelle des multilocuteurs, intervenant plut\u00f4t dans un cadre institutionnel ou rituel, comme dans le cadre d\u2019une prestation de serment ou d\u2019une pri\u00e8re, les paroles rapport\u00e9es une fois \u00e9tant cens\u00e9es \u00eatre prononc\u00e9s par X locuteurs diff\u00e9rents au m\u00eame moment. Ce qui fait que les fr\u00e9quences imagin\u00e9es par Genette 1972 (singulative, it\u00e9rative, r\u00e9p\u00e9titive) devraient \u00eatre affin\u00e9es, notamment en ce qui concerne la fr\u00e9quence singulative, qui peut renvoyer \u00e0 un locuteur (fr\u00e9quence singulative singuli\u00e8re) ou \u00e0 plusieurs (fr\u00e9quence singulative collective).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> L\u2019empathie (Berthoz &amp; Jorland 2004) est la capacit\u00e9 de se d\u00e9centrer, pour se mettre \u00e0 la place d\u2019autrui, imaginer ses points de vue et comprendre pourquoi il r\u00e9agit ou se comporte diff\u00e9remment de soi. D\u00e9cliner ses composantes cognitives revient \u00e0 imaginer ce que l\u2019autre <em>per\u00e7oit<\/em>, <em>ressent<\/em>, <em>pense<\/em>, <em>dit<\/em> ou <em>fait<\/em>, domaines essentiels (et existentiels) o\u00f9 se (re)jouent l\u2019agir et le p\u00e2tir humains. Ce d\u00e9centrement correspond d\u2019abord \u00e0 une localisation spatio-temporelle autre que la sienne, puis \u00e0 un d\u00e9placement beaucoup plus abstrait, envisageant les choses dans un autre cadre situationnel et notionnel que le sien, selon d\u2019autres valeurs ou formes de sensibilit\u00e9 que les siennes. L\u2019empathie rec\u00e8le donc aussi une dimension \u00e9motionnelle, qui explique la confusion fr\u00e9quente et regrettable avec la sympathie\u00a0: car on peut empathiser sur autrui pour mieux le dominer. L\u2019empathie n\u2019est positive que corr\u00e9l\u00e9e avec la bienveillance (Nussbaum 2012). Les marques ou faisceaux de marques mis en branle par l\u2019activit\u00e9 empathique sont largement en intersection avec la probl\u00e9matique du point de vue (PDV), puisque ce dernier est \u00e9galement un ph\u00e9nom\u00e8ne projectif, le locuteur imaginant des situations avec les yeux, les sensibilit\u00e9s, les valeurs, les savoirs, les besoins des autres. La dimension empathique du PDV fait donc sens d\u00e8s qu\u2019il y a une alt\u00e9rit\u00e9 demandant, pour \u00eatre saisie, un d\u00e9placement\u00a0: cette alt\u00e9rit\u00e9 concerne en premier lieu des <em>autres que soi<\/em>\u00a0; elle concerne aussi les <em>autres de soi<\/em>, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans le sujet lui-m\u00eame. Ainsi, un locuteur peut empathiser avec lui-m\u00eame, s\u2019il \u00e9voque des hypoth\u00e8ses, cherche \u00e0 v\u00e9rifier s\u2019il partage toujours le m\u00eame PDV qu\u2019autrefois alors que les circonstances ont chang\u00e9, etc.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Ces diff\u00e9rents empans de PDV seront exemplifi\u00e9s \u00e0 propos de l\u2019exemple (7).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Sur les marquages de bornage externe des PDV, avec notamment l\u2019opposition des premiers et seconds plans, voir Combettes 1992. Pour une synth\u00e8se sur les marques internes, voir Rabatel 2008\u00a0: 76-83.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> En r\u00e9alit\u00e9, Genette donne des gloses diff\u00e9rentes et contradictoires de la FZ\u00a0: voir Rabatel 1997\/2023.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Milan vient de croiser H\u00e9l\u00e8ne en v\u00e9lo et lui propose de marcher ensemble. Elle refuse, de peur du qu\u2019en-dira-t-on. Aussi Milan d\u00e9gonfle-t-il le pneu de son v\u00e9lo, comme si elle avait crev\u00e9, pour justifier qu\u2019il marche avec elle &#8211; et en profiter pour la s\u00e9duire\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Sans doute une formulation avec \u00ab\u00a0ses yeux\u00a0\u00bb effacerait la distance.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Sur cette probl\u00e9matique, voir Rabatel 2009 et 2017\u00a0: 87-122. La prise en charge repose sur le fait que le locuteur assume la v\u00e9rit\u00e9 de son propos\u00a0\u2013 cette v\u00e9rit\u00e9 pouvant \u00eatre mesur\u00e9e par sa conformit\u00e9 avec le r\u00e9el extralinguistique, par rapport \u00e0 un vrai universel, par rapport \u00e0 des opinions jug\u00e9es vraies pour un groupe ou un individu, en sorte qu\u2019un locuteur peut prendre en charge une contre-v\u00e9rit\u00e9, des st\u00e9r\u00e9otypes, des mensonges\u00a0\u2013 ainsi que les valeurs qu\u2019il v\u00e9hicule. Je distingue la <em>PEC<\/em> pour les \u00e9nonc\u00e9s qui expriment le PDV de L1\/E1 (ou de l2\/e2) des <em>quasi-prises en charge<\/em> des PDV reconstruits empathiquement par L1\/E1 et imput\u00e9s \u00e0 un \u00e9nonciateur second, Jeanne, dans l\u2019exemple (3), H\u00e9l\u00e8ne, dans l\u2019exemple (4). \u00c0 un niveau ult\u00e9rieur, L1\/E1 marque son <em>accord <\/em>ou son<em> d\u00e9saccord<\/em> avec les PDV des autres ou se contente de les prendre en compte sans pr\u00e9ciser son positionnement (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 100).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Les verbes \u00ab\u00a0cesse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0voit\u00a0\u00bb font partie d\u2019un deuxi\u00e8me plan subordonn\u00e9 au premier plan, \u00e0 ne pas confondre avec des deuxi\u00e8mes plans autonomes (Combettes 1992).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Dans l\u2019exemple (6), les verbes entre crochets sont des permutations destin\u00e9es \u00e0 tester les plans et, partant, leur attribution \u00e0 des PDV diff\u00e9rents. Comme pour (4), les fragments en italique marquent des PDV embryonnaires, les fragments soulign\u00e9s, des PDV repr\u00e9sent\u00e9s, et ceux en gras, des PDV assert\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Ces exercices de permutation objectivent et explicitent des PDV. Il n\u2019y a pas de jugement de valeur permettant de dire que les explicitations ou permutations sont meilleures que l\u2019original. Cela peut \u00eatre le cas, mais ce n\u2019est pas obligatoire, ni n\u2019est le but. Ind\u00e9pendamment du but didactique des permutations, il est utile de prendre en compte ces derni\u00e8res dans la formulation argument\u00e9e des jugements esth\u00e9tiques\u00a0: il est bon d\u2019\u00e9tayer ses jugements stylistiques sur la grammaire et sur les effets d\u00e9coulant de choix grammaticaux. C\u2019est ce qui me permet de juger que les verbes au futur sont plus pertinents, en contexte, que les conditionnels pr\u00e9sents\u00a0: ils cadrent mieux avec une situation o\u00f9 il faut trancher en urgence, et donc d\u00e9cider (futur) sans qu\u2019on ait le temps de la d\u00e9lib\u00e9ration et de la distance (conditionnel pr\u00e9sent). Comme le futur va de pair avec le pr\u00e9sent, le conditionnel pr\u00e9sent avec l\u2019imparfait, cela signifie aussi que les transpositions des pr\u00e9sents en imparfaits ne s\u2019imposent pas davantage.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Sur cette notion, qui est partiellement en relation avec celle de sujet (individuel ou collectif) et d\u2019identit\u00e9\/alt\u00e9rit\u00e9, voir respectivement Rabatel 2017\u00a0: 155-158 et Rabatel 2021\u00a0: 367-387.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Cette subjectivit\u00e9 peut s\u2019accompagner de diverses postures \u00e9nonciatives, de co-, sur- et sous-\u00e9nonciation. La sur-\u00e9nonciation, la sous-\u00e9nonciation et la co-\u00e9nonciation sont des formes de positionnement (des postures \u00e9nonciatives) du locuteur par rapport \u00e0 un PDV tiers\u00a0avec lequel L1\/E1 fait entendre globalement son accord, tout en modulant l\u2019accord\u00a0: avec la co-\u00e9nonciation l\u2019accord est complet et sans r\u00e9serve\u00a0; avec la sur-\u00e9nonciation, l\u2019accord est feint, parce que L1\/E1 reformule le PDV de l\u2019autre en le tirant dans son sens\u00a0; avec la sous-\u00e9nonciation, l\u2019accord est minimal, et fait entendre une distance qui ne va pas jusqu\u2019au d\u00e9saccord explicite. Voir plus pr\u00e9cis\u00e9ment Rabatel 2012b\u00a0: 34-40 et Gaudin-Bordes &amp; al. 2020.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Le lecteur trouvera de nombreux autres exemples de ces PDV en <em>je<\/em> analys\u00e9s en d\u00e9tail, dans Rabatel 2008\u00a0: 514-522 et, surtout, dans Rabatel 2025a.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> Ce processus est \u00e0 prendre au premier degr\u00e9, dans sa dimension litt\u00e9rale. Il fonctionne aussi, \u00e0 un autre niveau, figural, comme le raccourci m\u00e9taphorique du processus de chosification et de n\u00e9antisation qui aboutit \u00e0 l\u2019extermination des juifs. Ces deux niveaux ne sont pas \u00e0 confondre, comme d\u2019ailleurs la r\u00e9alit\u00e9 des camps de concentration et celle, d\u2019une autre nature, des camps d\u2019extermination. Le complexe d\u2019Auschwitz combinait les deux types de camp : ce qui explique que le jeune Kert\u00e9sz, en raison de la date de son incarc\u00e9ration, de son jeune \u00e2ge et de sa (relative) r\u00e9sistance, n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 d\u2019embl\u00e9e dirig\u00e9 vers les chambres \u00e0 gaz d\u2019Auschwitz-Birkenau (Auschwitz II) mais vers le camp de concentration d\u2019Auschwitz I.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> Chaque phrase du p\u00e8re correspond \u00e0 deux m\u00e9so-PDV, qui comportent chacun des micro-PDV. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 global du p\u00e8re fait entendre un macro-PDV en faveur de la droite, m\u00eame si ce dernier n\u2019est pas justifi\u00e9, vu l\u2019absence de lien logique entre les deux phrases, parce que les micro-PDV s\u2019opposent terme \u00e0 terme et que les polarit\u00e9s positives l\u2019emportent sur les polarit\u00e9s n\u00e9gatives (du PDV du p\u00e8re, qui ne ressent pas le besoin de s\u2019expliquer davantage).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> Sur l\u2019effacement \u00e9nonciatif, qui est un simulacre par lequel l\u2019\u00e9nonciateur s\u2019efface apparemment de son \u00e9nonciation pour lui donner un tour objectivant, voir Vion 2001\u00a0: 334, Charaudeau 1992\u00a0: 692 et Rabatel 2008\/2020\u00a0: 577-582.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Selon Ducrot 1980, qui d\u00e9veloppe cette analyse \u00e0 propos de l\u2019exemple (3), la valeur argumentative de <em>mais <\/em>repose sur une opposition argumentative implicite, qui ne concerne pas l&#8217;opposition des propositions <em>P mais Q<\/em> elles-m\u00eames, mais leurs conclusions argumentatives implicites, qui sont anti-orient\u00e9es. Son analyse vaut pour des \u00e9nonc\u00e9s dans lesquels P <em>mais<\/em> Q a un seul \u00e9nonciateur, en l\u2019occurrence, Jeanne, dans l\u2019exemple (3). Ce n&#8217;est plus exactement le m\u00eame cas chez Comte-Sponville, car le <em>mais<\/em> n\u2019oppose pas deux PDV dans la voix du p\u00e8re (comme cela aurait pu \u00eatre le cas), il oppose le PDV du p\u00e8re au PDV d\u2019un homme de gauche, dialogique, qui r\u00e9pond au PDV adverse. Et comme c\u2019est L1\/E1 qui est l\u2019agent de la confrontation, on comprend qu\u2019il se sert de cette sc\u00e9nographie \u00e9nonciative pour s\u2019opposer id\u00e9ologiquement \u00e0 son p\u00e8re par la m\u00e9diation d\u2019un tiers\u2026 Le dialogisme sophistiqu\u00e9 de l\u2019extrait n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la pertinence de l\u2019analyse.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> La <em>responsabilit\u00e9 <\/em>porte sur la gestion globale d\u2019un texte (ou d\u2019un fragment significatif) tandis que la PEC porte sur l\u2019\u00e9nonc\u00e9, sur les choix de citer tel ou tel, de telle ou telle fa\u00e7on, d\u2019organiser les discours, ce qui est mis en avant ou ellips\u00e9. Voir Rabatel 2017\u00a0: 123, 134-140.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> J\u2019\u00e9voque ici la prise en compte du param\u00e8tre du m\u00e9dia (le r\u00e9seau), voire du m\u00e9dium \u00e9lectronique, avec son formatage des messages qui influe sur les strat\u00e9gies discursives et argumentatives et donc p\u00e8se sur les analyses que l\u2019on peut en faire selon que l\u2019on prenne en compte ou ignore ces param\u00e8tres. Dans d\u2019autres contextes, on pourrait s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019influence du support. Tous ces param\u00e8tres mat\u00e9riels sont encore plus \u00e0 analyser dans les cas de transposition o\u00f9 les changements de media\/m\u00e9dium, de format ou de support modifient le message\u00a0: c\u2019est le cas du passage du texte \u00e0 l\u2019image, dans des tableaux (Rabatel 2024, 2025b, c) ou pour les adaptations cin\u00e9matographiques d\u2019un r\u00e9cit de fiction ou d\u2019un t\u00e9moignage, voire pour les remixages d\u2019\u0153uvres musicales, etc.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Sur les superpositions de pr\u00e9suppos\u00e9s et de sous-entendus, voir Rabatel 2018b.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> Voir supra, note 31.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> Le Rassemblement pour la R\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 le nom du parti de droite avant qu\u2019il ne soit rebaptis\u00e9 les R\u00e9publicains.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> Je ne dis pas en <em>claire<\/em> conscience.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> Ce que j\u2019appelle la mobilit\u00e9 empathique\u00a0: voir Rabatel 2016 et 2017\u00a0: 59-74.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> Ils peuvent aussi servir \u00e0 rendre plus visibles les \u00eatres invisibles qui n\u2019ont pas la faveur des m\u00e9dias, ou p\u00e2tissent de traitements m\u00e9diatiques contestables (Rabatel 2017).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> Voir notamment Rabatel 2025b, c.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Per citare questo articolo:<\/p>\n<p>Alain RABATEL, \u00ab Les enjeux communicationnels et interactionnels\u00a0 de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Rep\u00e8res DoRiF,<\/em>\u00a0n. 34 \u2013\u00a0<em>Inclusion, communication institutionnelle et traduction<\/em>, DoRiF Universit\u00e0, Roma, aprile 2026, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">ISSN 2281-3020<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-8924 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/logo-pubblicazione.png\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"49\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Quest\u2019opera \u00e8 distribuita con Licenza\u00a0<a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/3.0\/it\/\">Creative Commons Attribuzione \u2013 Non commerciale \u2013 Non opere derivate 3.0 Italia<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> <a href=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/\"> Continue de lire&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[454],"tags":[452,453],"class_list":["post-13161","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-varia34","tag-34-inclusion","tag-communication-institutionnelle-et-traduction"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets - Rep\u00e8res-Dorif<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"it_IT\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets - Rep\u00e8res-Dorif\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Continue de lire...\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Rep\u00e8res-Dorif\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2026-04-17T13:16:27+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-04-17T19:05:55+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"589\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"767\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Orvale\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Scritto da\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Alain RABATEL\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Tempo di lettura stimato\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"90 minuti\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"Orvale\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/be5f529c70120fdda9afb763971d717f\"},\"headline\":\"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets\",\"datePublished\":\"2026-04-17T13:16:27+00:00\",\"dateModified\":\"2026-04-17T19:05:55+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/\"},\"wordCount\":20057,\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/rabatel-1-1.jpg\",\"keywords\":[\"34 - Inclusion\",\"communication institutionnelle et traduction\"],\"articleSection\":[\"Varia (34)\"],\"inLanguage\":\"it-IT\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/\",\"name\":\"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets - Rep\u00e8res-Dorif\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/rabatel-1-1.jpg\",\"datePublished\":\"2026-04-17T13:16:27+00:00\",\"dateModified\":\"2026-04-17T19:05:55+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/be5f529c70120fdda9afb763971d717f\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"it-IT\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"it-IT\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/rabatel-1-1.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/rabatel-1-1.jpg\",\"width\":589,\"height\":767},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/\",\"name\":\"Rep\u00e8res-Dorif\",\"description\":\"Autor du Fran\u00e7ais: langues, cultures et plurilinguisme\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"it-IT\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.dorif.it\\\/reperes\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/be5f529c70120fdda9afb763971d717f\",\"name\":\"Orvale\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"it-IT\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/d1f962340761948aa72825921b12c22d66f83c4526d447ab70ba4e4167f348d5?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/d1f962340761948aa72825921b12c22d66f83c4526d447ab70ba4e4167f348d5?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/d1f962340761948aa72825921b12c22d66f83c4526d447ab70ba4e4167f348d5?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Orvale\"},\"url\":\"\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets - Rep\u00e8res-Dorif","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/","og_locale":"it_IT","og_type":"article","og_title":"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets - Rep\u00e8res-Dorif","og_description":"Continue de lire...","og_url":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/","og_site_name":"Rep\u00e8res-Dorif","article_published_time":"2026-04-17T13:16:27+00:00","article_modified_time":"2026-04-17T19:05:55+00:00","og_image":[{"width":589,"height":767,"url":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Orvale","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Scritto da":"Alain RABATEL","Tempo di lettura stimato":"90 minuti"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/"},"author":{"name":"Orvale","@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/#\/schema\/person\/be5f529c70120fdda9afb763971d717f"},"headline":"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets","datePublished":"2026-04-17T13:16:27+00:00","dateModified":"2026-04-17T19:05:55+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/"},"wordCount":20057,"image":{"@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1.jpg","keywords":["34 - Inclusion","communication institutionnelle et traduction"],"articleSection":["Varia (34)"],"inLanguage":"it-IT"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/","url":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/","name":"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets - Rep\u00e8res-Dorif","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1.jpg","datePublished":"2026-04-17T13:16:27+00:00","dateModified":"2026-04-17T19:05:55+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/#\/schema\/person\/be5f529c70120fdda9afb763971d717f"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/#breadcrumb"},"inLanguage":"it-IT","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"it-IT","@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/rabatel-1-1.jpg","width":589,"height":767},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/alain-rabatel-les-enjeux-communicationnels-et-interactionnels-de-lanalyse-pragma-enonciative-des-points-de-vue-pour-une-approche-holistique-des-points-de-vue-dans-des-textes-complexes\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Alain RABATEL, Les enjeux communicationnels et interactionnels de l\u2019analyse pragma-\u00e9nonciative des points de vue : pour une approche holistique des points de vue dans des textes complexes et complets"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/#website","url":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/","name":"Rep\u00e8res-Dorif","description":"Autor du Fran\u00e7ais: langues, cultures et plurilinguisme","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"it-IT"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/#\/schema\/person\/be5f529c70120fdda9afb763971d717f","name":"Orvale","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"it-IT","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d1f962340761948aa72825921b12c22d66f83c4526d447ab70ba4e4167f348d5?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d1f962340761948aa72825921b12c22d66f83c4526d447ab70ba4e4167f348d5?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d1f962340761948aa72825921b12c22d66f83c4526d447ab70ba4e4167f348d5?s=96&d=mm&r=g","caption":"Orvale"},"url":""}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13161","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13161"}],"version-history":[{"count":28,"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13161\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13269,"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13161\/revisions\/13269"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13161"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13161"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13161"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}