{"id":9076,"date":"2022-06-17T23:46:11","date_gmt":"2022-06-17T21:46:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/?p=9076"},"modified":"2022-11-09T10:02:41","modified_gmt":"2022-11-09T09:02:41","slug":"christine-jacquet-pfau-alicja-kacprzak-de-quelques-mots-temoins-dune-pandemie-les-representations-du-covid-19-en-francais-et-en-polonais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/christine-jacquet-pfau-alicja-kacprzak-de-quelques-mots-temoins-dune-pandemie-les-representations-du-covid-19-en-francais-et-en-polonais\/","title":{"rendered":"Christine JACQUET-PFAU, Alicja KACPRZAK, De quelques mots-t\u00e9moins d\u2019une pand\u00e9mie : les repr\u00e9sentations du Covid-19 en fran\u00e7ais et en polonais"},"content":{"rendered":"<h3 id=\"christine-jacquet-pfau-alicja-\" style=\"text-align: center; padding-left: 80px;\">Christine JACQUET-PFAU, Alicja KACPRZAK<\/h3>\n<h2 id=\"de-quelques-mots-t\u00e9moins-d\u2019\" style=\"text-align: center;\"><strong>De quelques mots-t\u00e9moins d\u2019une pand\u00e9mie : les repr\u00e9sentations du Covid-19 en fran\u00e7ais et en polonais<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Christine Jacquet-Pfau<\/strong><br \/>\nLT2D<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, CY Cergy Paris Universit\u00e9<br \/>\nch.jacquet-pfau@orange.fr<\/p>\n<p><strong>Alicja Kacprzak<\/strong><br \/>\nUniwersytet \u0141\u00f3dzki<br \/>\nalicja,kacprzak@uni.lodz.pl<\/p>\n<hr \/>\n<h4><em>\u00a0<\/em><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/h4>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong>La pand\u00e9mie de Covid-19 a suscit\u00e9 une cr\u00e9ativit\u00e9 lexicale in\u00e9dite, observable dans de nombreuses langues. Nous nous proposons, \u00e0 travers quelques exemples, de pr\u00e9senter quelques-unes des ressources trouv\u00e9es par deux langues, l\u2019une romane et l\u2019autre slave, le fran\u00e7ais et le polonais, pour d\u00e9nommer de nouvelles r\u00e9alit\u00e9s et dire de nouveaux comportements. Les n\u00e9ologismes de forme, de sens et par emprunt, ainsi que les mots dont la diffusion s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, sont analys\u00e9s comme des \u00ab\u00a0mots-t\u00e9moins\u00a0\u00bb de cette p\u00e9riode.<\/p>\n<h4><em>\u00a0<\/em><strong>Abstract<\/strong><\/h4>\n<p><strong>A few witness-words about a pandemic: representations of Covid-19 in French and Polish<\/strong><\/p>\n<p>The Covid-19 pandemic has sparked unprecedented lexical creativity, observable in many languages. We will realize, through a few examples, to present some of the resources found by two languages, one romance and the other slavic, French and Polish, to name new realities and to say new behaviors. Neologisms of form, meaning and borrowing, as well as words whose diffusion has accelerated, are analyzed as \u201cwitness words\u201d of this period.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La crise sanitaire mondiale de Covid-19, la plus grave que le monde ait connue depuis un si\u00e8cle, n\u2019est pas une simple r\u00e9p\u00e9tition de celle qu\u2019il a pu vivre par exemple au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avec la grippe dite espagnole ou celle dite \u00ab grippe de Hongkong \u00bb \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. La crise actuelle appara\u00eet en effet dans un contexte de mondialisation o\u00f9 les personnes et les informations circulent tr\u00e8s vite et o\u00f9 l\u2019on pourrait s\u2019attendre avec une similitude des maux et des rem\u00e8des \u00e0 des mani\u00e8res quasi identiques de dire cette situation. Or le langage ne se laisse pas ais\u00e9ment enfermer dans un monde uniformis\u00e9 et semble r\u00e9sister en partie \u00e0 toute standardisation.<\/p>\n<p>Nous proposons, \u00e0 partir de deux langues europ\u00e9ennes, l\u2019une romane et l\u2019autre slave, le fran\u00e7ais et le polonais, d\u2019analyser, \u00e0 travers quelques exemples, les ressources mises en \u0153uvre (cr\u00e9ations autochtones ou r\u00e9utilisation de mots existants avec glissement s\u00e9mantique, emprunts, r\u00e9appropriation de mots pour dire la crise et les mesures sanitaires, sociales et soci\u00e9tales, etc.) depuis le d\u00e9but de la crise sanitaire pour d\u00e9nommer des r\u00e9alit\u00e9s semblables. L\u2019analyse de ce lexique nous permettra de faire appara\u00eetre, face \u00e0 une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 <strong>\u2013<\/strong> une pand\u00e9mie <strong>\u2013<\/strong> des comportements diff\u00e9rents. Nous nous interrogerons ainsi sur ce que disent de nos soci\u00e9t\u00e9s ces \u00ab\u00a0mots-t\u00e9moins\u00a0\u00bb (MATOR\u00c9 1953) d\u2019une crise, que ce soit pour d\u00e9nommer de nouvelles r\u00e9alit\u00e9s ou pour exprimer notre ressenti face \u00e0 une situation totalement impr\u00e9visible et anxiog\u00e8ne (voir JACQUET-PFAU, \u00e0 para\u00eetre).<\/p>\n<p>Pour cette analyse nous utiliserons comme corpus principal deux quotidiens comparables, ouverts sur les cr\u00e9ations dans tous les domaines, <em>Lib\u00e9ration<\/em> pour le fran\u00e7ais et <em>Gazeta Wyborcza<\/em> pour le polonais, ainsi que la base de donn\u00e9es de veille n\u00e9ologique multilingue <em>N\u00e9oveille<\/em> (CARTIER <em>et al.<\/em> 2018).<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h2 id=\"-n\u00e9ologie-et-mots-t\u00e9moins\">1. N\u00e9ologie et mots-t\u00e9moins<\/h2>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Nous savons que la n\u00e9ologie en tant que processus de cr\u00e9ation de n\u00e9ologismes peut avoir des raisons diff\u00e9rentes. Celles-ci, selon Louis Guilbert, correspondraient aux besoins du moment, oscillant entre celui de d\u00e9nommer une entit\u00e9 et celui de produire un effet stylistique (GUILBERT 1975\u00a0: 40-44). Ce point de vue permet de percevoir la diff\u00e9rence entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une lexie comme <em>mot-di\u00e8se<\/em>, apparue dans la premi\u00e8re d\u00e9cennie du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour d\u00e9signer un nouvel outil des r\u00e9seaux sociaux (\u00e0 savoir un mot-cl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du signe typographique croisillon, permettant de retrouver tous les messages qui le contiennent), et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, une lexie comme <em>compil<\/em>, forme famili\u00e8re de <em>compilation<\/em> (d\u00e9signant dans ce cas un recueil de morceaux de musique choisis \u00e9dit\u00e9s sur un support phonographique). Dans de nombreux cas cependant, le besoin de d\u00e9nommer se combine avec celui de produire un effet stylistique, ce qui, en g\u00e9n\u00e9ral, favorise la perception et la m\u00e9morisation du mot nouveau. Cette proc\u00e9dure est souvent exploit\u00e9e par la publicit\u00e9 de tous horizons, marketing et politique en premier lieu. Citons comme exemple le mot <em>dieselgate<\/em> se rapportant au scandale industriel et sanitaire li\u00e9 \u00e0 l\u2019utilisation, par le groupe Volkswagen, de 2009 \u00e0 2015, de diff\u00e9rentes techniques visant \u00e0 r\u00e9duire d\u2019une fa\u00e7on frauduleuse les \u00e9missions polluantes de certains de ses moteurs pendant les tests d\u2019homologation. Le terme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par allusion au scandale du Watergate, affaire d\u2019espionnage politique qui a fortement secou\u00e9 le monde politique am\u00e9ricain au milieu des ann\u00e9es soixante-dix. Le mot <em>dieselgate<\/em> a mis \u00e0 profit l\u2019\u00e9l\u00e9ment<em> \u2011gate<\/em> de <em>Watergate<\/em>, devenu ainsi un suffixe \u00e0 connotation de scandale, toujours productif, avec aujourd\u2019hui le n\u00e9ologisme <em>Pfizergate<\/em> (apparu dans la presse le 03.11.2021 et circulant avec diff\u00e9rentes graphies en fran\u00e7ais\u00a0: Pfizer Gate, PfizerGate, avec des guillemets dans un premier temps, puis sans guillemets) pour nommer un suppos\u00e9 manquement \u2013 largement amplifi\u00e9 par les internautes \u2013 \u00e0 des essais cliniques dans les phases de pr\u00e9paration du vaccin.<\/p>\n<p><em>Mot-di\u00e8se<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, <em>compil<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, <em>dieselgate<\/em>, <em>pfizergate<\/em>, ces n\u00e9ologismes, quelles que soient les raisons de leur apparition, renvoient \u00e0 des entit\u00e9s caract\u00e9ristiques de l\u2019actualit\u00e9, en t\u00e9moignant ainsi de leur importance dans le monde contemporain, suivant l\u2019id\u00e9e, d\u00e9velopp\u00e9e par Georges Mator\u00e9, que l\u2019\u00e9tude des mots d\u2019une langue permet de suivre l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 et que le mot-t\u00e9moin est le \u00ab\u00a0symbole d\u2019un\u00a0changement\u00a0\u00bb, d\u2019ordre social, \u00e9conomique, id\u00e9ologique, esth\u00e9tique&#8230; (MATOR\u00c9 1953\u00a0: 66). Les structures sociales sont ainsi reproduites par les structures lexicales et \u00ab\u00a0le mot-t\u00e9moin [&#8230;] est l\u2019\u00e9l\u00e9ment \u00e0 la fois expressif et tangible qui concr\u00e9tise un fait de civilisation\u00a0\u00bb (MATOR\u00c9 1953\u00a0: 65). Ainsi un verbe comme <em>aff\u00e9ager <\/em>ou un nom comme <em>d\u00eeme saladine <\/em>sont repr\u00e9sentatifs de l\u2019\u00e9poque f\u00e9odale, tout comme le terme <em>kolkhoze <\/em>(et sa variante graphique <em>kolkhoz<\/em>) l\u2019est du syst\u00e8me agricole de l\u2019Union Sovi\u00e9tique. Or, si c\u2019est bien le lexique \u00e9tabli depuis des ann\u00e9es dans une langue qui repr\u00e9sente l\u2019image de la soci\u00e9t\u00e9, ce sont aussi les n\u00e9ologismes qui la v\u00e9hiculent dans son \u00e9tat le plus r\u00e9cent. Les mots-t\u00e9moins (ou les mots \u00ab culturels \u00bb, dans la conception de Robert Galisson) rel\u00e8vent ainsi des domaines cruciaux pour les locuteurs contemporains vivant dans un milieu d\u00e9termin\u00e9 (GALISSON 1987, 1991). Sablayrolles \u00e9voque le concept de mots-t\u00e9moins de l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 en indiquant de nombreux dictionnaires qui en font \u00e9tat (SABLAYROLLES 2019 : 70). Kacprzak consacre un chapitre aux adjectifs n\u00e9ologiques constituant des mots-t\u00e9moins de la r\u00e9alit\u00e9 actuelle (KACPRZAK 2019 : 207-210). De mani\u00e8re plus pr\u00e9cise, l\u2019\u00e9volution du monde professionnel, telle qu\u2019on la voit \u00e0 travers les emprunts n\u00e9ologiques en fran\u00e7ais et en polonais, constitue le sujet d\u2019un article de BOBI\u0143SKA, JACQUET-PFAU et KACPRZAK (2016). D\u2019autres travaux pr\u00e9sentent des noms de conduites \u00ab d\u00e9lictueuses, excessives ou \u00e0 risques \u00bb li\u00e9es au d\u00e9veloppement de l\u2019informatique comme repr\u00e9sentatives de l\u2019\u00e9poque en cours (NAPIERALSKI, SABLAYROLLES 2016). Il en va de m\u00eame de diff\u00e9rents comportements et usages qui marquent la vie politique et sociale contemporaine en laissant une empreinte lexicale en t\u00e9moignage, comme c\u2019est le cas du mot <em>fake news<\/em> associ\u00e9 sans doute pour longtemps au mandat pr\u00e9sidentiel de Donald Trump (JACQUET-PFAU, KACPRZAK, MUDROCHOVA 2020).<\/p>\n<p>Parmi les mots-t\u00e9moins des ann\u00e9es 2020 et 2021, ceux qui sont li\u00e9s \u00e0 la pand\u00e9mie de Covid-19 occupent une place pr\u00e9\u00e9minente, \u00e0 commencer par le terme <em>coronavirus. <\/em>Ce n\u00e9ologisme s\u00e9mantique pour d\u00e9signer le SARS-CoV-2 a \u00e9t\u00e9 obtenu par la restriction de sens du terme sp\u00e9cialis\u00e9 homonyme. Le terme <em>coronavirus<\/em> a en effet \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 en virologie en 1968, les chercheurs s\u2019\u00e9tant inspir\u00e9s du fait qu\u2019au microscope \u00e9lectronique la surface du virus, avec une frange de grandes projections bulbeuses, ressemblait \u00e0 la couronne solaire (\u00ab <em>corona<\/em> \u00bb en anglais). Les archives de la presse fran\u00e7aise dans la base <em>Europresse <\/em>notent les premi\u00e8res apparitions de ce mot en 1980 (les \u00e9l\u00e9ments <em>corona<\/em> et <em>virus<\/em> sont alors \u00e9crits s\u00e9par\u00e9ment), puis en 1990\u00a0(les deux \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9sormais soud\u00e9s)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019infection qui avait entra\u00een\u00e9, au cours de l\u2019ann\u00e9e 1979, la contamination de trente-quatre nouveau-n\u00e9s victimes d\u2019ent\u00e9rocolites ulc\u00e9ro-n\u00e9crosantes \u00e0 la maternit\u00e9 Baudelocque de Paris, a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e par un virus aujourd\u2019hui identifi\u00e9. [&#8230;] Cet agent infectieux, le corona virus, dont la responsabilit\u00e9 semble d\u00e9montr\u00e9e, n\u2019a sans doute pas \u00e9t\u00e9 seul en cause : il est vraisemblable que des germes intestinaux tels que le clostridium sont \u00e9galement en cause. (<strong><em>Le Monde<\/em><\/strong>, 27.03.1980)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>En effet, on est encore loin de la mise au point du fameux m\u00e9dicament anti-rhume. Et ce d\u2019autant plus qu\u2019en toute hypoth\u00e8se il ne soignerait qu\u2019environ 50 % des rhumes, soit ceux qui sont dus au rhinovirus (les autres sont caus\u00e9s par d\u2019autres virus, par exemple le coronavirus). (<strong><em>Le Monde<\/em><\/strong>, 03.03.1990)<\/p><\/blockquote>\n<p>Toutes les autres attestations, tr\u00e8s nombreuses dans <em>Europresse<\/em> (au total 22\u00a0690 le 04.09.2020), sont post\u00e9rieures, mais leur fr\u00e9quence dans la presse prise en compte \u00e9volue en dents de scie. Ainsi, le premier pic d\u2019emploi se dessine \u00e0 partir de mars 2003, au moment de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de \u00ab\u00a0pneumonie atypique\u00a0\u00bb, appel\u00e9e par la suite <em>SARS<\/em> (ou <em>SRAS<\/em>), amplement suivie alors par les journalistes. \u00c0 cette \u00e9poque, le terme <em>coronavirus<\/em> est employ\u00e9 pour \u00e9voquer toute une famille de virus, comme on le constate dans l\u2019extrait ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Un virus de la famille des coronavirus a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 comme la cause la plus probable de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie mondiale de pneumonie atypique, ont annonc\u00e9 hier les Centres de contr\u00f4le des maladies (CDC) am\u00e9ricains. \u00ab Nous avons encore du travail, mais nous pensons \u00eatre sur la bonne piste \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 la directrice des CDC, Julie Gerberding, en pr\u00e9sentant les r\u00e9sultats des \u00e9tudes men\u00e9es pour trouver la cause du Syndrome respiratoire aigu s\u00e9v\u00e8re (SRAS) qui a d\u00e9j\u00e0 fait 17 morts dans le monde, dont quatre hier \u00e0 Hongkong et au Vietnam. (AFP) (<strong><em>Lib\u00e9ration<\/em><\/strong>, 25.03.2003)<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour le polonais, on trouve, dans <em>Gazeta Wyborcza<\/em>, la premi\u00e8re attestation \u00ab\u00a0m\u00e9diatique\u00a0\u00bb du terme <em>koronawirus<\/em> (dans son acception g\u00e9n\u00e9rale) en mai 2003\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Z drugiej strony mo\u017cna si\u0119 zastanawia\u0107, czy drobnoustr\u00f3j powoduj\u0105cy SARS rzeczywi\u015bcie jest nowy. Stawiany na czele listy podejrzanych koronawirus nie jest \u017cadn\u0105 nowo\u015bci\u0105. Do\u015b\u0107 powiedzie\u0107, \u017ce oko\u0142o 20 proc. dzieci ma przeciwko niemu przeciwcia\u0142a. Koronawirusy do tej pory powodowa\u0142y katar, zapalenie gard\u0142a i rzadko zapalenie p\u0142uc i mi\u0119\u015bnia sercowego. Je\u017celi SARS powoduje koronawirus, to uleg\u0142 on uzjadliwieniu. (<strong><em>Gazeta Wyborcza<\/em><\/strong>, 02.05.2003)<\/p>\n<p>[D\u2019autre part, on peut se demander si le virus responsable du SARS est r\u00e9ellement nouveau. En effet, plac\u00e9 en t\u00eate de la liste des microorganismes soup\u00e7onn\u00e9s, ce coronavirus n\u2019est en aucun cas une nouveaut\u00e9. Il suffit de dire qu\u2019environ 20\u00a0% des enfants pr\u00e9sentent des anticorps contre lui. Les coronavirus causaient jusqu\u2019\u00e0 maintenant des rhumes, des pharyngites, rarement des pneumonies et des myocardites. Si le SARS est caus\u00e9 par un coronavirus, cela veut dire que celui-ci est devenu plus virulent.]<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Dans la presse fran\u00e7aise, apr\u00e8s une diminution du nombre d\u2019occurrences li\u00e9es \u00e0 la disparition du SRAS \u00e0 partir de 2004, on observe en 2013-2014 un nouveau pic d\u2019articles contenant le mot <em>coronavirus<\/em>, avec l\u2019apparition d\u2019un nouveau syndrome respiratoire d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0nouveau coronavirus\u00a0\u00bb puis <em>MERS-CoV<\/em> (acronyme de l\u2019anglais <em>Middle East respiratory syndrome-related coronavirus<\/em>), identifi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en avril 2012 en Arabie Saoudite puis r\u00e9pandu essentiellement au Moyen-Orient, mais dont des cas seront enregistr\u00e9s \u00e9galement en Europe\u00a0: \u00ab\u00a0La France se pr\u00e9pare \u00e0 affronter un nouveau coronavirus. Venant du Moyen-Orient, hCoV-EMC est arriv\u00e9 en Grande-Bretagne. L\u2019Institut Pasteur s\u2019organise en France\u00a0\u00bb (<strong>Le Figaro<\/strong>, \u00ab\u00a0Sant\u00e9\u00a0\u00bb, 20.02.2013).<\/p>\n<p>La presse polonaise, dont <em>Gazeta Wyborcza<\/em>, informe aussi sur cette apparition en mai 2013\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u015awiatowa Organizacja Zdrowia ostrzega, \u017ce nowy koronawirus mo\u017ce przenosi\u0107 si\u0119 z cz\u0142owieka na cz\u0142owieka. WHO wyda\u0142o ostrze\u017cenie po tym, gdy francuski minister zdrowia potwierdzi\u0142 informacj\u0119, \u017ce drugi pacjent \u2013 50-letni m\u0119\u017cczyzna \u2013 najprawdopodobniej zakazi\u0142 si\u0119 nowym wirusem z rodziny Coronaviridae od innego chorego (65-latka, kt\u00f3ry niedawno powr\u00f3ci\u0142 z Dubaju). (<strong><em>Gazeta Wyborcza<\/em><\/strong>, 14.05.2013)<\/p>\n<p>[L\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 avertit que le nouveau coronavirus peut \u00eatre transmis d\u2019homme \u00e0 homme. L\u2019OMS a publi\u00e9 cette information apr\u00e8s que le ministre fran\u00e7ais de la sant\u00e9 ait confirm\u00e9 qu\u2019un deuxi\u00e8me patient \u2013 homme \u00e2g\u00e9 de 50 ans \u2013 a \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9 par un nouveau virus de la famille Coronaviridae au contact avec un autre malade (de 65 ans, rentr\u00e9 depuis peu de temps de Duba\u00ef)].<\/p><\/blockquote>\n<p>Enfin, le troisi\u00e8me pic dans la presse fran\u00e7aise d\u00e9bute en 2020, quand, en janvier, un article publi\u00e9 par <em>Le Monde<\/em> annonce dans son titre \u00ab\u00a0Une pneumonie d\u2019origine inconnue en Chine\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Un nouveau coronavirus (CoV) pourrait \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de pneumonie apparue mi-d\u00e9cembre 2019 dans le Hubei, dans le centre de la Chine [\u2026]. Les autorit\u00e9s chinoises ont \u00ab d\u00e9clar\u00e9 que les tests en laboratoire permettaient d\u2019exclure le SRAS-CoV (virus du syndrome respiratoire aigu s\u00e9v\u00e8re), le MERS-CoV (virus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient), la grippe, la grippe aviaire ou un ad\u00e9novirus \u00bb, poursuit l\u2019organisation internationale. \u00ab Par cons\u00e9quent, un nouveau coronavirus ne peut \u00eatre exclu \u00bb, affirment-elles, soulignant n\u00e9anmoins un besoin d\u2019informations suppl\u00e9mentaires.<br \/>\n[\u2026] On ne conna\u00eet toutefois ni son origine, ni sa dur\u00e9e d\u2019incubation, ni le mode de transmission. L&#8217;OMS avait \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e le 31 d\u00e9cembre, par les autorit\u00e9s nationales, d\u2019un groupe de cas de pneumonies d\u2019une origine inconnue dans la ville de Wuhan, o\u00f9 vivent 11 millions de personnes. L\u2019affection se manifeste par une fi\u00e8vre accompagn\u00e9e de difficult\u00e9s respiratoires. Au 3 janvier, le nombre de malades notifi\u00e9 \u00e0 l\u2019OMS s\u2019\u00e9levait \u00e0 44, dont 11 atteints d\u2019une forme s\u00e9v\u00e8re de la maladie. (<strong><em>Le Monde<\/em><\/strong>, 10.01.2020)<\/p><\/blockquote>\n<p>Deux semaines plus tard, le journal<em> Gazeta Wyborcza<\/em> en Pologne informe ses lecteurs que le coronavirus se propage en Chine, mais probablement aussi en Grande-Bretagne. Le mot en question semble \u00eatre d\u00e9sormais utilis\u00e9 avec son sens restreint en d\u00e9signant pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019agent infectieux SARS-CoV-2\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Liczba ofiar ro\u015bnie. Na skutek zara\u017cenia koronawirusem do wczoraj zmar\u0142o 26 os\u00f3b. W ca\u0142ych Chinach wed\u0142ug oficjalnych informacji zara\u017conych jest 830 os\u00f3b. Brytyjczycy wyliczyli jednak, \u017ce mo\u017ce ich by\u0107 du\u017co wi\u0119cej. Wielka Brytania mo\u017ce by\u0107 pierwszym europejskim krajem, w kt\u00f3rym pojawi\u0142 si\u0119 wirus. Co najmniej pi\u0119\u0107 os\u00f3b, kt\u00f3re w ci\u0105gu ostatnich dw\u00f3ch tygodni wr\u00f3ci\u0142y z miasta Wuhan, przebywa w szkockich szpitalach z objawami dotycz\u0105cymi uk\u0142adu oddechowego. (<strong><em>Gazeta Wyborcza<\/em><\/strong>, 25.01.2020)<\/p>\n<p>[Le nombre de victimes augmente. Contamin\u00e9es par le coronavirus, 26 personnes sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es hier. Dans la Chine toute enti\u00e8re, selon les informations officielles, 830 personnes ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9es. Les Britanniques estiment cependant ce nombre bien sup\u00e9rieur. La Grande-Bretagne pourrait \u00eatre le premier pays europ\u00e9en o\u00f9 le virus est apparu. Au moins cinq personnes revenues de la ville de Wuhan au cours de deux derni\u00e8res semaines se trouvent actuellement dans les h\u00f4pitaux \u00e9cossais, pr\u00e9sentant des sympt\u00f4mes respiratoires.]<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 id=\"-la-n\u00e9ologie-de-la-pand\u00e9mie\">2. La n\u00e9ologie de la pand\u00e9mie<\/h2>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Pendant les semaines qui suivent la r\u00e9v\u00e9lation officielle de l\u2019\u00e9tendue de la circulation du virus<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, le terme <em>coronavirus<\/em> en fran\u00e7ais et <em>koronawirus<\/em> en polonais restreint sa signification pour d\u00e9signer essentiellement le virus SARS-CoV-2. En m\u00eame temps, les deux langues (comme beaucoup d\u2019autres certainement) d\u00e9veloppent un lexique riche autour de la pand\u00e9mie, t\u00e9moignant de cette \u00e9poque perturb\u00e9e. Les n\u00e9ologismes qui apparaissent sont cr\u00e9\u00e9s sur des bases vari\u00e9es, dont nous ne retiendrons ici que les plus productives.<\/p>\n<h3 id=\"1-lexies-cr\u00e9\u00e9es-sur-la-base-\">2.1. Lexies cr\u00e9\u00e9es sur la base du terme <em>coronavirus \/ koronawirus <\/em>et des \u00e9l\u00e9ments <em>corona-\u00a0\/ korona-<\/em><\/h3>\n<p>Pour le fran\u00e7ais, la base <em>N\u00e9oveille<\/em> fait appara\u00eetre trois noms et adjectifs pr\u00e9fix\u00e9s\u00a0:\u00a0<em>anti-coronavirus<\/em>, <em>apr\u00e8s-coronavirus<\/em>, <em>post-coronavirus<\/em> et un nom fracto-compos\u00e9\u00a0: <em>infocoronavirus. <\/em>Le polonais a, quant \u00e0 lui, recours \u00e0 l\u2019adjectif suffix\u00e9 <em>konronawirusowy<\/em> qui a servi de base \u00e0 son tour au pr\u00e9fix\u00e9 <em>antykoronawirusowy<\/em>.<\/p>\n<p>En fran\u00e7ais, la forme standard <em>coronavirus<\/em> a tr\u00e8s vite pr\u00e9sent\u00e9 une forme tronqu\u00e9e, <em>corona<\/em>, mais cette forme reste plus rare dans la presse que <em>coronavirus <\/em>(environ 70 cas dans <em>Europresse<\/em> le 04.09.2020), o\u00f9 elle marque un style informel, par exemple dans le contexte d\u2019une citation, d\u2019un dialogue. On en voit deux exemples ci-apr\u00e8s, le premier pr\u00e9sentant la description, par des touristes, de la situation dans la station de sports d\u2019hiver des Contamines-Montjoie en Haute-Savoie o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9, le 7 f\u00e9vrier 2020, le premier foyer de coronavirus\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>A l\u2019office de tourisme, on nous a dit qu\u2019il ne fallait pas s\u2019inqui\u00e9ter. Que si on avait des sympt\u00f4mes de toux, de fi\u00e8vre, il fallait joindre le 15. On va donc profiter de notre s\u00e9jour comme pr\u00e9vu. A la terrasse d\u2019un caf\u00e9, on pr\u00e9f\u00e8re m\u00eame en rire. \u00ab Ici contre le corona, on a le g\u00e9n\u00e9pi ! C\u2019est le meilleur des rem\u00e8des \u00bb. (<strong><em>Le Parisien<\/em><\/strong>, 08.02.2020)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>J\u2019avais bien s\u00fbr pr\u00e9vu d\u2019\u00e9voquer le voyage au temps du corona, masques et interdiction, d\u00e9tour, contretemps et confinement, mais j\u2019en ai eu brusquement marre, et vous devez \u00eatre comme moi, alors parlons plut\u00f4t de ce que nous sommes tous en train de faire, que nous le voulions ou non: habiter les lieux. (<strong><em>Lib\u00e9ration<\/em><\/strong>, 21.03.2021)<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans la presse fran\u00e7aise, notamment <em>Lib\u00e9ration<\/em>, on trouve de nombreux emplois de <em>corona<\/em> dans les contextes \u00e9voqu\u00e9s ci-dessus : on parle des \u00ab inspecteurs corona \u00bb d\u00e9j\u00e0 sur le pont en Allemagne (01.05.2020), dans une rubrique tourisme on mentionne que \u00ab La Croatie se r\u00eave en destination \u201ccorona-free\u201d\u00bb (22.05.2020), on \u00e9voque une \u00ab corona fashion \u00bb, des \u00ab corona-collages \u00bb, des \u00ab corona parties \u00bb, etc. Ce sont les m\u00eames contextes que l\u2019on rencontre \u00e9galement dans <em>Le Monde<\/em> (\u00ab\u00a0Les \u201cCorona Vlogs\u201d, ou l\u2019art de tuer le temps sur YouTube pendant le confinement\u00a0\u00bb, 20.03.2021).<\/p>\n<p>Notons aussi deux appellations famili\u00e8res, voire populaires du virus, cr\u00e9\u00e9es sur l\u2019\u00e9l\u00e9ment <em>corona<\/em>&#8211;\u00a0: <em>corona-machin <\/em>et <em>coronatruc. <\/em>La base <em>N\u00e9oveille<\/em> note \u00e0 son tour (septembre 2020) 41 unit\u00e9s lexicales bas\u00e9es sur l\u2019\u00e9l\u00e9ment <em>corona<\/em>. Elles forment une famille morphologique importante, comportant surtout des compos\u00e9s\u00a0: noms (37) et adjectifs (4). Du point de vue s\u00e9mantique, la famille est diversifi\u00e9e en quelques groupes de sens que les n\u00e9ologismes forment autour de l\u2019\u00e9l\u00e9ment central <em>corona\u00a0\/ coronavirus<\/em>. Il est \u00e0 noter qu\u2019il s\u2019agit majoritairement d\u2019ensembles de mots \u00e0 connotation n\u00e9gative, \u00e9voquant les diff\u00e9rentes facettes de la peur qu\u2019inspire la pand\u00e9mie\u00a0: <em>coronanxi\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>coronaphobie<\/em>, <em>coronapsychose<\/em>, <em>coronapocalypse, coronad\u00e9prime<\/em>. En deuxi\u00e8me lieu, ce groupe de mots \u00e9voque des pratiques d\u00e9lictuelles n\u00e9es avec la pand\u00e9mie\u00a0: <em>corona-d\u00e9linquance<\/em>, <em>corona-fraude<\/em>, <em>coronadeal<\/em>, ainsi que des objets frauduleux qui apparaissent sur le march\u00e9 comme rem\u00e8des miraculeux et indispensables contre la maladie, comme <em>corona-pulv\u00e9risateur<\/em> et <em>packs anti-coronavirus. <\/em>Certains vont m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 parler de <em>coronadictature<\/em> en \u00e9voquant des mesures prises sous couvert de la crise sanitaire. L\u2019ensemble suivant contient les mots qui renvoient \u00e0 la pand\u00e9mie vue comme un d\u00e9sastre \u00e9conomique \u2013 le domaine dans lequel ils s\u2019inscrivent est marqu\u00e9 par le recours \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019anglais \u2013, par exemple <em>coronakrach,<\/em> mais auquel sont propos\u00e9es des solutions, par exemple <em>coronabonds<\/em> et <em>coronawashing<\/em>. Les positions que prennent les gens par rapport \u00e0 la pand\u00e9mie \u00e9voluent entre la n\u00e9gation, avec des mots comme <em>coronaviro-abstentionnistes<\/em> et <em>corona-sceptiques<\/em>, voire <em>coronarebelles<\/em>, et la d\u00e9tresse, avec des mots comme <em>corona-coinc\u00e9s<\/em> et <em>coronasatur\u00e9s\u00a0<\/em>; mais cette crise, surtout en sa premi\u00e8re phase, a aussi \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019expression de la <em>coronasolidarit\u00e9. <\/em>D\u2019autres n\u00e9ologismes, tels <em>coronaland<\/em>, <em>coronaviralie<\/em>,<em> coronafolie, <\/em>apparaissent pour d\u00e9noncer une sorte de viralit\u00e9, voire d\u2019hyst\u00e9risation de la crise sanitaire. Les confinements successifs ont fait appara\u00eetre de nouveaux comportements sociaux, facilit\u00e9s par Internet, exprim\u00e9s par des n\u00e9ologismes comme <em>coronap\u00e9ro, corona-party, coronanniversaire<\/em>. Les jeux \u00e0 distance sont des moments d\u2019\u00e9changes sociaux et l\u2019on parle, par exemple, de <em>coronachallenge<\/em>, <em>fashioncorona, <\/em>alors que d\u2019autres unit\u00e9s lexicales sont cr\u00e9\u00e9es pour d\u00e9signer des activit\u00e9s organis\u00e9es, par exemple <em>coronaculture<\/em>,<em> coronactivit\u00e9<\/em>,<em> coronaide. <\/em>Il convient de pr\u00e9ciser que ces n\u00e9ologismes, rep\u00e9r\u00e9s dans <em>N\u00e9oveille<\/em>, se trouvent plut\u00f4t dans la presse grand public, et n\u2019ont que tr\u00e8s peu d\u2019occurrences dans <em>Lib\u00e9ration<\/em>, voire une seule ou aucune. En revanche, le n\u00e9ologisme <em>coronapiste<\/em>, d\u00e9signant les pistes cyclables trac\u00e9es provisoirement au moment du d\u00e9confinement de 2020 pour favoriser la distanciation physique et \u00e9viter les transports collectifs, s\u2019est p\u00e9rennis\u00e9 avec elles et est entr\u00e9 dans les dictionnaires d\u2019usage.<\/p>\n<p>En polonais, la lexie non standard <em>korona<\/em>, employ\u00e9e comme abr\u00e9viation de <em>koronawirus<\/em>, ne fonctionne qu\u2019\u00e0 l\u2019oral ou bien sur internet. Ceci est d\u00fb sans doute \u00e0 sa forme homonymique de <em>korona<\/em> \u2018couronne\u2019, mot aussi polys\u00e9mique que <em>couronne<\/em> en fran\u00e7ais. Dans le m\u00eame contexte fourmillent aussi des compos\u00e9s sur <em>korona<\/em>-, notamment le mot polys\u00e9mique tr\u00e8s vulgaire <em>koronag\u00f3wno<\/em> \u2018coronamerde\u2019, d\u00e9signant soit la pand\u00e9mie, soit juste le virus. Il en va de m\u00eame de <em>korona\u015bwirus<\/em> \u2018coronaconnard\u2019, not\u00e9 dans des glossaires en ligne avec deux significations diff\u00e9rentes. Le blog nadwyraz.com le d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0appellation donn\u00e9e \u00e0 quelqu\u2019un qui veille d\u2019une mani\u00e8re scrupuleuse \u00e0 observer toutes les restrictions et les gestes barri\u00e8re, qui craint pour sa vie et ses proches\u00a0\u00bb et en m\u00eame temps comme \u00ab\u00a0une appellation raillant le coronavirus qui sugg\u00e8re qu\u2019il a renvers\u00e9 l\u2019ordre du monde.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a><em>. <\/em>D\u2019autres mots comme <em>koronoparanoja<\/em> \u2018coronaparano\u00efa\u2019 et <em>koronopanika<\/em> \u2018coronopanique\u2019, \u00e9voquent l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 face \u00e0 la situation pand\u00e9mique.<\/p>\n<p>La presse polonaise, r\u00e9ticente \u00e0 des compos\u00e9s populaires de ce type, en utilise par contre certains autres comme <em>koronaparty<\/em> (fr. <em>coronapartie<\/em>), se rapportant \u00e0 une mode, qui d\u2019ailleurs ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 souvent pratiqu\u00e9e par les jeunes en Pologne, celle de se r\u00e9unir dans des soir\u00e9es pour attraper ou propager le virus. \u00c0 son tour le terme <em>koronaferie <\/em>(fr. <em>corona vacances<\/em>) renvoie directement \u00e0 la mani\u00e8re de vivre \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Covid-19, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment aux vacances d\u2019hiver 2020-2021 pass\u00e9es \u00e0 la maison \u00e0 cause du confinement. Enfin le mot <em>koronakryzys <\/em>(fr. <em>coronacrise<\/em>), rien qu\u2019en quatre-vingt-dix jours (22.08.21-22.11.21) a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 86 fois dans diff\u00e9rents textes de <em>Gazeta Wyborcza<\/em>, ce qui refl\u00e8te sans doute la mani\u00e8re dont la pand\u00e9mie mod\u00e8le la perception du monde dans sa totalit\u00e9. Citons aussi des noms d\u2019actions sociales, comme <em>korona-zbi\u00f3rka<\/em> \u2018corona-collecte\u2019 ou de d\u00e9marches financi\u00e8res, comme <em>korona-ubezpieczenia <\/em>\u2018corona-assurance\u2019 (en fran\u00e7ais nom d\u2019une compagnie d\u2019assurance), entreprises pour pallier la crise, qui apparaissent dans le quotidien cit\u00e9.<\/p>\n<h3 id=\"2-mots-cr\u00e9\u00e9s-sur-la-base-du-\">2.2. Mots cr\u00e9\u00e9s sur la base du terme <em>covid <\/em><\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, on observe, notamment dans le contexte d\u2019une n\u00e9ologie plus marginale et sans doute plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, de nombreuses cr\u00e9ations sur la base <em>covid<\/em>. Citons comme exemples <em>covidiot<\/em> et <em>covidiotie<\/em> qui, de par leur valeur axiologique n\u00e9gative, fonctionnent comme arguments dans une discussion sur les comportements des personnes ignorant les r\u00e8gles de s\u00e9curit\u00e9 et de sant\u00e9 publique li\u00e9es \u00e0 la pand\u00e9mie de Covid-19. Le mot-valise <em>covidiot<\/em> est apparu d\u2019abord en anglais<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0; il est signal\u00e9 d\u00e8s le 16 mars 2020 dans l\u2019<em>Urban Dictionary<\/em><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, est enregistr\u00e9 \u2013 de m\u00eame que <em>covidiotie<\/em> (angl. <em>idiocy<\/em>) \u2013 comme n\u00e9ologisme dans le <em>Wiktionnaire<\/em>\u00a0d\u00e9signant une \u00ab\u00a0personne qui adopte un comportement consid\u00e9r\u00e9 comme irrationnel ou irresponsable dans le contexte de la pand\u00e9mie de\u00a0COVID-19\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019ampleur de la contamination atteint tous les domaines d\u2019activit\u00e9 et son impact semble avoir des effets durables sur la structure de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 commencer par l\u2019organisation de la recherche, en passant par le <em>covid manager<\/em> charg\u00e9 de faire respecter les mesures sanitaires lors de grands rassemblements. On parle \u00e9galement de <em>covidisme<\/em> et d\u2019\u00e9poque <em>covidis\u00e9e<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Autre effet collat\u00e9ral : devant le mur d&#8217;incertitude que constitue l\u2019avenir covidis\u00e9, Olivier Rousteing s\u2019est replong\u00e9 dans les archives de Balmain pour ressortir, telles quelles, revisit\u00e9es ou hybrid\u00e9es, quelques tenues-phares du couturier fondateur de la maison en 1945. (<strong><em>Le Monde<\/em><\/strong>, \u00ab\u00a0Suppl\u00e9ment t\u00e9l\u00e9vision\u00a0\u00bb, 23.01.2021)<\/p><\/blockquote>\n<p>Signe que cet acronyme a \u00e9t\u00e9 bien int\u00e9gr\u00e9 dans le lexique (il est entr\u00e9 dans <em>Le Petit Robert<\/em> et <em>Le Petit Larousse illustr\u00e9<\/em> dans leur mill\u00e9sime 2022), il a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreux d\u00e9riv\u00e9s, s\u00e9mantiquement transparents, m\u00eame si son usage est restreint dans la presse g\u00e9n\u00e9raliste : <em>covidisme<\/em>, <em>covidiste<\/em>, <em>covid\u00e9en<\/em>, <em>covider<\/em>, <em>covidiable<\/em><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p>En polonais, o\u00f9 l\u2019emprunt <em>covidiota <\/em>est attest\u00e9 aussi, une fois de plus il convient de noter une facilit\u00e9 particuli\u00e8re, plus importante qu\u2019en fran\u00e7ais, de cr\u00e9er les d\u00e9riv\u00e9s. C\u2019est le cas de l\u2019adjectif suffix\u00e9 <em>covidowy<\/em> \u2018de covid\u2019\u00a0: <em>Gazeta Wyborcza<\/em> du 01.10.2020 \u00e9voque dans le titre \u00ab\u00a0Covidowe osiedle\u00a0\u00bb \u2018une r\u00e9sidence de covid\u2019, en parlant d\u2019un ensemble de maisons construites au bord de la Baltique destin\u00e9es \u00e0 servir de maisons de repos pour des convalescents. Le substantif <em>covidowiec<\/em> \u2018malade du covid\u2019 appara\u00eet par exemple dans un autre titre de ce quotidien, \u00ab\u00a0Covidowcy i po\u015brednie ofiary pandemii\u00a0\u00bb<em> \u2018<\/em>Les malades du covid et des victimes indirects de la pand\u00e9mie\u2019, \u00e0 la date du 14 avril 2020. Un autre nom, <em>covidek<\/em>\u00a0\/ <em>cowidek<\/em>, constitue un diminutif cr\u00e9\u00e9 par l\u2019adjonction du suffixe &#8211;<em>ek<\/em>, par lequel le locuteur exprime son attitude r\u00e9ductrice par rapport \u00e0 la maladie. Il en va de m\u00eame pour la lexie <em>covidianie<\/em>\u00a0\/ <em>kowidianie<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 au moyen du suffixe nominal <em>\u2013(i)anin<\/em>, qui est une d\u00e9nomination d\u00e9daigneuse utilis\u00e9e par des personnes corona-sceptiques en parlant de ceux qui observent les restrictions anti-pand\u00e9miques.<\/p>\n<h3 id=\"3-quelques-autres-types-de-n\u00e9\">2.3. Quelques autres types de n\u00e9ologismes-t\u00e9moins<\/h3>\n<p>Parmi les innombrables cr\u00e9ations lexicales que nous avons relev\u00e9es dans notre corpus, nous nous int\u00e9resserons plus particuli\u00e8rement \u00e0 quatre cas de mots-t\u00e9moins qui r\u00e9v\u00e8lent, outre deux des pr\u00e9occupations sanitaires essentielles pendant la pand\u00e9mie, un regard partag\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9, le monde de la sant\u00e9 et le politique et dont la presse, orale comme \u00e9crite, s\u2019est faite r\u00e9guli\u00e8rement le porte-parole.<\/p>\n<p>Ainsi, le terme <em>Covid<\/em> lui-m\u00eame, alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien int\u00e9gr\u00e9 au lexique devenu usuel avec un emploi au masculin, a \u00e9t\u00e9, \u00e0 la suite d\u2019un avis de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en date du 7 mai 2020, repris tr\u00e8s rapidement par la presse avec le genre f\u00e9minin. Aucune recommandation de cette institution ne semble avoir \u00e9t\u00e9 autant et si vite observ\u00e9e et largement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans la presse, orale et \u00e9crite, mais force est de constater que les deux usages coexistent aujourd\u2019hui. Dans sa rubrique \u00ab\u00a0Dire, Ne pas dire\u00a0\u00bb, l\u2019institution explique\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>On devrait [\u2026] dire <em>la covid 19,<\/em>\u00a0puisque le noyau est un \u00e9quivalent du nom fran\u00e7ais f\u00e9minin\u00a0<em>maladie.<\/em> Pourquoi alors l\u2019emploi si fr\u00e9quent du masculin <em>le covid 19\u00a0<\/em>? Parce que, avant que cet acronyme ne se r\u00e9pande, on a surtout parl\u00e9 <em>du corona virus,<\/em> groupe qui doit son genre, en raison des principes expos\u00e9s plus haut, au nom masculin <em>virus<\/em>. Ensuite, par m\u00e9tonymie, on a donn\u00e9 \u00e0 la maladie le genre de l\u2019agent pathog\u00e8ne qui la provoque. Il n\u2019en reste pas moins que l\u2019emploi du f\u00e9minin serait pr\u00e9f\u00e9rable et qu\u2019il n\u2019est peut-\u00eatre pas trop tard pour redonner \u00e0 cet acronyme le genre qui devrait \u00eatre le sien.<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Les usages sont partag\u00e9s sur ce point, comme le montrent <em>Le Petit Robert 2022<\/em>, qui opte pour l\u2019ordre \u00ab n. m. ou n. f. \u00bb, et <em>Le Petit Larousse illustr\u00e9 2022<\/em>, qui inverse la pr\u00e9f\u00e9rence, notant \u00ab\u00a0n.f. ou n.m.\u00a0\u00bb (voir JACQUET-PFAU, \u00e0 para\u00eetre)<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>En polonais, d\u00e8s le d\u00e9but, le mot a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 avec le genre masculin qui n\u2019a pas fait d\u00e9bat, bien que l\u2019\u00e9quivalent polonais de <em>maladie<\/em>, \u00e0 savoir <em>choroba<\/em>, soit aussi au f\u00e9minin. Ce sont des raisons phono-morphologiques qui semblent avoir pr\u00e9valu\u00a0: une terminaison consonantique indique d\u2019habitude le masculin.<\/p>\n<p>Le terme <em>quarantaine<\/em>, utilis\u00e9 pour d\u00e9signer la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart des personnes contamin\u00e9es ou cas contact, utilis\u00e9 dans un premier temps, a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9, d\u00e8s f\u00e9vrier 2020, par le n\u00e9ologisme <em>quatorzaine<\/em>. Les m\u00e9dias s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 cette \u00e9volution linguistique et plusieurs p\u00e9riodiques r\u00e9gionaux fran\u00e7ais publient alors, sous le titre<em> \u00ab\u00a0<\/em>Quarantaine\u2009?\u200a\u00a0Quatorzaine\u200a? Qu\u2019en est-il\u200a?\u00a0\u00bb, un m\u00eame article qui \u00e9voque la disparit\u00e9 entre la lexie en usage depuis longtemps, <em>quarantaine<\/em>, et la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9signe et pour laquelle venait d\u2019\u00eatre propos\u00e9 le n\u00e9ologisme <em>quatorzaine<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0En l\u2019\u00e9tat de la science, la quarantaine s\u2019impose comme la meilleure arme contre le coronavirus. Pourtant, dans la plupart des cas, cette mesure se limite \u00e0 une mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de quatorze jours\u2026 D\u2019o\u00f9 l\u2019apparition de ce terme \u00ab\u2009quatorzaine\u2009\u00bb depuis quelques jours\u00a0\u00bb (L\u2019Est R\u00e9publicain, 28.02.2020)<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence de ce terme dans la presse diminue \u00e0 partir de septembre 2020 avec la r\u00e9duction de cette mesure \u00e0 un maximum de sept jours, faisant ainsi r\u00e9appara\u00eetre une nouvelle lexie dont il fut \u00e9galement d\u00e9battu, \u00e0 commencer par les politiques, <em>septaine<\/em>, qui d\u00e9signait en moyen fran\u00e7ais, d\u2019apr\u00e8s Littr\u00e9, \u00ab\u00a0une quantit\u00e9 de sept choses semblables\u00a0\u00bb. Nous avons le cas ici d\u2019un n\u00e9ologisme s\u00e9mantique, que nous retrouvons, par exemple, avec <em>confinement<\/em>, <em>\u00e9couvillon<\/em>, <em>cluster<\/em>&#8230; Dans <em>Lib\u00e9ration<\/em>, on ne rel\u00e8ve que neuf occurrences, toutes entre le 10.06.2020 et le 17.07.2021.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de constater en polonais la recrudescence des emplois du mot <em>kwarantanna<\/em>, qui, de mot rare avant la d\u00e9tection du premier cas du Covid-19 en Pologne le 4 mars 2020, est devenu tr\u00e8s fr\u00e9quent, avec 3874 attestations dans<em> Gazeta Wyborcza <\/em>jusqu\u2019au 22 novembre 2021. Notons \u00e0 ce sujet les tentatives du gouvernement polonais d\u2019introduire le terme <em>kwarantanna narodowa <\/em>\u2018quarantaine nationale\u2019 dont le caract\u00e8re emphatique \u00e9tait cens\u00e9 attirer l\u2019adh\u00e9sion des Polonais au concept du confinement, ce qui n\u2019a pas eu lieu. Il est \u00e0 souligner que le mot <em>kwarantanna<\/em> n\u2019est pas du tout motiv\u00e9 en polonais (c\u2019est un emprunt au fran\u00e7ais), le locuteur moyen ne l\u2019associant pas au nombre \u00ab\u00a0quarante\u00a0\u00bb comme en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Nous prendrons un troisi\u00e8me exemple pour illustrer tr\u00e8s rapidement les divers aspects des d\u00e9bats linguistiques autour des mots de la pand\u00e9mie en fran\u00e7ais, celui de la distanciation sociale.<\/p>\n<p>L\u2019un des gestes barri\u00e8res r\u00e9guli\u00e8rement rappel\u00e9s comme indispensables depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 d\u2019abord pr\u00e9conis\u00e9 sous la d\u00e9nomination de <em>distanciation sociale<\/em> pour d\u00e9signer la distance n\u00e9cessaire entre deux personnes pour \u00e9viter les risques de contamination<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Ce terme est un calque de l\u2019anglais <em>social distancing<\/em> cr\u00e9\u00e9 aux \u00c9tats-Unis lors de la pand\u00e9mie de grippe dite espagnole. Import\u00e9 par l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 d\u00e8s 2006, ce terme s\u2019est diffus\u00e9 en 2009, lors de la pand\u00e9mie de grippe A (H1N1), puis s\u2019est impos\u00e9 dans la presse francophone avec la pand\u00e9mie de Covid-19. Mais, jugeant que le terme ne refl\u00e9tait pas la r\u00e9alit\u00e9 de la situation, on pr\u00e9conise alors d\u2019employer le terme <em>distanciation physique<\/em> (l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, dans sa rubrique \u00ab\u00a0Dire, ne pas dire\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, recommande l\u2019emploi de \u00ab\u00a0respect\u00a0des distances de\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0de \u00ab\u00a0distance physique\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0mise en place de distances de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb). Il est rapidement souvent utilis\u00e9 avec r\u00e9duction de forme, <em>distance<\/em>, lorsque le contexte \u00e9voque les conditions sanitaires. Le geste utilis\u00e9 pour se dire bonjour en \u00e9vitant les rituels de politesse trop tactiles (serrement de mains, bise\u2026) est d\u00e9sign\u00e9 par l\u2019anglicisme <em>check<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Par temps de coronavirus, le check, nouvelle planche de salut pour se dire bonjour.<br \/>\nAlors que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie nous oblige \u00e0 \u00e9viter tout contact avec l\u2019autre, l\u2019animal social qui r\u00e9siste en nous oblige \u00e0 faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9. (titre d\u2019un article, <em><strong>Le Monde<\/strong><\/em>, 13.03.2020)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le polonais n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 d\u2019hyperonyme correspondant \u00e0 celui de <em>gestes-barri\u00e8res<\/em> en fran\u00e7ais. En effet, le principe bas\u00e9 sur trois (et non pas quatre, la coutume de \u00ab\u00a0faire la bise\u00a0\u00bb n\u2019existant pas en Pologne) \u00ab\u00a0gestes\u00a0\u00bb consid\u00e9r\u00e9s comme incontournables pour \u00e9viter la propagation du virus est en polonais exprim\u00e9 par le sigle <em>DDM (<\/em><em>Dezynfekcja, Dystans, Maseczki<\/em> \u2018D\u00e9sinfection, Distanciation, Masques\u2019). Quant au mot <em>dystans<\/em> \u2018distanciation\u2019, il est utilis\u00e9 par ellipse par rapport \u00e0 <em>dystans spo\u0142eczny<\/em> \u2018distanciation sociale\u2019, dont il constitue un variant stylistique moins officiel et plus fr\u00e9quent. Notons enfin que le polonais a emprunt\u00e9 aussi certains termes \u00e0 l\u2019anglais, dont celui de <em>lockdown<\/em> (le fran\u00e7ais utilisant un mot ancien, <em>confinement<\/em>)<em>, <\/em>l\u2019un des plus embl\u00e9matiques de la pand\u00e9mie de Covid-19.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h2 id=\"conclusion\">Conclusion<\/h2>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>La cr\u00e9ativit\u00e9 lexicale constat\u00e9e depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie est consid\u00e9rable et puise \u00e0 tous les domaines de formations n\u00e9ologiques de la langue. En fran\u00e7ais, d\u00e9rivation autochtone, composition, emprunts, siglaison, d\u00e9rivation \u00e0 partir d\u2019un emprunt ou d\u2019un sigle, cr\u00e9ation de nouveaux sens, reprise d\u2019un terme vieilli ou peu utilis\u00e9, d\u00e9terminologisation, aucun domaine n\u2019est laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9. C\u2019est aussi le cas du polonais, m\u00eame si la port\u00e9e de la cr\u00e9ativit\u00e9 lexicale semble moindre au profit de la p\u00e9riphrase recourant aux unit\u00e9s du lexique tout en mettant \u00e0 profit une facilit\u00e9 particuli\u00e8re, plus importante qu\u2019en fran\u00e7ais, \u00e0 cr\u00e9er des d\u00e9riv\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de quelques exemples de ce foisonnement lexical permet de constater que les n\u00e9ologismes constituent une sorte de r\u00e9pertoire lexico-culturel qui refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une \u00e9poque, perceptible en langue et en discours. Ces mots apportent des informations significatives non seulement sur la soci\u00e9t\u00e9, mais aussi sur sa perception du monde, et sur les valeurs et comportements qu\u2019elle juge positifs ou n\u00e9gatifs. Parmi ces mots-t\u00e9moins, certains s\u2019installeront sur le long terme dans le lexique, d\u2019autres dispara\u00eetront avec la crise, voire une \u00e9tape de la crise (par exemple un nouveau confinement ou une nouvelle \u00ab\u00a0vague\u00a0\u00bb de contamination). S\u2019est ainsi cr\u00e9\u00e9, aussi bien en fran\u00e7ais qu\u2019en polonais, un r\u00e9seau lexical non fig\u00e9 qui t\u00e9moigne des changements de p\u00e9riodes (br\u00e8ves ou longues) et des pratiques, qu\u2019elles soient d\u00e9nomm\u00e9es par des n\u00e9ologismes de forme (fr. <em>t\u00e9l\u00e9travail<\/em>\u00a0\/ pol. <em>praca na odleg\u0142o\u015b\u0107<\/em> \u2018travail \u00e0 distance\u2019, fr. <em>cliqu\u00e9-retir\u00e9<\/em>\u00a0\/ pol. <em>zdalne zakupy<\/em> \u2018courses \u00e0 distance\u2019), des n\u00e9ologismes de sens (fr. <em>confinement<\/em>, <em>distanciation<\/em>, <em>couvre-feu<\/em>, <em>\u00e9couvillon\u00a0; <\/em>pol. <em>wymaz\u00f3wka <\/em>\u2018\u00e9couvillon\u2019, <em>wymazywa\u0107<\/em> \u2018faire un pr\u00e9l\u00e8vement pour d\u00e9pister le coronavirus\u2019), voire encore des emprunts (fr. <em>click and collect\u00a0<\/em>; pol. <em>lockdown, drive-thru<\/em>).<\/p>\n<p>Ajoutons enfin que plusieurs unit\u00e9s lexicales n\u00e9ologiques, comportant les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments en fran\u00e7ais et en polonais\u00a0(<em>coronavirus\u00a0\/ <\/em><em>koronawirus<\/em>, <em>koronaparty\u00a0\/ coronapartie<\/em>, <em>covidiot\u00a0\/ covidiota, covidisme\u00a0\/ covidianizm<\/em>) mais aussi dans beaucoup d\u2019autres langues, constituent des internationalismes pour lesquels il n\u2019est sans doute pas facile d\u2019\u00e9tablir une seule source.<\/p>\n<p>La situation de la pand\u00e9mie de Covid-19 a par ailleurs provoqu\u00e9, dans de nombreux pays, une profonde fracture de la soci\u00e9t\u00e9 entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre la vaccination (fr.\u00a0<em>provax<\/em>\u00a0\/\u00a0<em>antivax <\/em>; pl. <em>proszczepionkowcy<\/em> \/ <em>antyszczepionkowcy<\/em>), entre ceux qui, croyant que combattre le virus revient \u00e0 lutter contre les droits des peuples, \u00e9voquent une <em>panpsychose<\/em> (en polonais <em>panpsychoza<\/em>) et ceux qui, consid\u00e9rant le <em>sanitarisme<\/em> (en polonais <em>sanitaryzm<\/em>) comme un mal n\u00e9cessaire, sont persuad\u00e9s qu\u2019il faut s\u2019y soumettre pour le bien de tous.<\/p>\n<p>Nous sommes donc loin d\u2019avoir \u00e9puis\u00e9 les mots-t\u00e9moins de cette p\u00e9riode si particuli\u00e8re. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, sans doute beaucoup d\u2019autres que ceux que nous avons \u00e9tudi\u00e9s m\u00e9riteraient une \u00e9tude sp\u00e9cifique, mais, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il en appara\u00eetra encore de nouveaux qui t\u00e9moigneront de l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 durant l\u2019\u00e9poque de Covid-19. Au moment o\u00f9 nous r\u00e9digeons notre article, la pand\u00e9mie semble en effet encore devoir durer, obligeant nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 son \u00e9volution.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"r\u00e9f\u00e9rences-bibliographiques\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>ACAD\u00c9MIE FRAN\u00c7AISE, <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em>, \u00ab Dire ne pas dire \u00bb, https:\/\/academie-francaise.fr\/dire-ne-pas-dire.<\/p>\n<p>BOBI\u0143SKA, Anna, JACQUET-PFAU, Christine, KACPRZAK, Alicja, \u00ab L\u2019\u00e9volution du monde professionnel \u00e0 travers les emprunts en fran\u00e7ais et en polonais \u00bb, in HILDENBRAND, Zuzana, KACPRZAK, Alicja, SABLAYROLLES, Jean-Fran\u00e7ois (\u00e9d.), Emprunts n\u00e9ologiques et \u00e9quivalents autochtones en fran\u00e7ais, en polonais et en tch\u00e8que, Limoges, \u00c9ditions Lambert-Lucas, 2016, p. 61-87.<\/p>\n<p>CARTIER, Emmanuel <em>et al.<\/em>, \u00ab D\u00e9tection automatique, description linguistique et suivi des n\u00e9ologismes en corpus : point d\u2019\u00e9tape sur les tendances du fran\u00e7ais contemporain \u00bb, <em>SHS Web of Conferences<\/em>, n. 46, 2018.<\/p>\n<p>GALISSON, Robert, \u00ab Acc\u00e9der \u00e0 la culture partag\u00e9e par l\u2019entremise des mots \u00e0 C.C.P \u00bb, <em>\u00c9tudes de Linguistique Appliqu\u00e9e<\/em>, n.\u00a067, 1987, p. 119-140.<\/p>\n<p>GALISSON, Robert, <em>De la langue \u00e0 la culture par les mots<\/em>, Paris, CLE international, 1991.<\/p>\n<p>GUILBERT, Louis, <em>Cr\u00e9ativit\u00e9 lexicale<\/em>, Paris, Librairie Larousse, 1975.<\/p>\n<p>JACQUET-PFAU, Christine, KACPRZAK, Alicja, MUDROCHOV\u00c1, Radka, \u00ab <em>Fake news<\/em> et autres lexies avec l\u2019\u00e9l\u00e9ment <em>fake<\/em> en fran\u00e7ais, polonais et tch\u00e8que\u00a0\u00bb, in <em>Acta Universitatis Carolinae<\/em> <em>Philologica<\/em>, n.\u00a04, 2020, p.\u00a039-67.<\/p>\n<p>JACQUET-PFAU, Christine, \u00ab Que dit la cr\u00e9ativit\u00e9 lexicale de la crise ? Le cas du fran\u00e7ais pendant la pand\u00e9mie de Covid-19 \u00bb, in LIPINSKA, Magdalena, SZEFLINSKA-BARAN, Magdalena (\u00e9d.), L\u2019art de vivre, de survivre, de revivre. Le 50<sup>e<\/sup> anniversaire des \u00e9tudes romanes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de \u0141\u00f3d\u017a, \u0141\u00f3d\u017a, Wydawnictwo Uniwersytetu \u0141\u00f3dzkiego, \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n<p>KACPRZAK, Alicja, <em>L\u2019adjectif n\u00e9ologique en fran\u00e7ais actuel<\/em>, \u0141\u00f3d\u017a, Wydawnictwo Uniwersytetu \u0141\u00f3dzkiego, 2019.<\/p>\n<p>MATOR\u00c9, Georges, <em>La m\u00e9thode en lexicologie<\/em>, Paris, Didier, 1953.<\/p>\n<p>SABLAYROLLES, Jean-Fran\u00e7ois, <em>Comprendre\u00a0la n\u00e9ologie. Conceptions, analyses, emplois<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas, coll. \u00ab La Lexicoth\u00e8que \u00bb, 2019.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Laboratoires \u00ab\u00a0Lexiques, Textes, Discours, Dictionnaires\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Terme recommand\u00e9e par le Dispositif d\u2019enrichissement de la langue fran\u00e7ais (publi\u00e9 au <em>Journal officiel<\/em> du 23.01.2013) \u00e0 la place de l\u2019anglicisme <em>hashtag<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Apocope de <em>compilation<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Les traductions du polonais sont d\u2019Alicja Kacprzak<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> La d\u00e9claration de pand\u00e9mie par l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) date du 11 mars 2020.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> https:\/\/nadwyraz.com\/blog\/blog-ubierz-sie-w-slowa\/koronamowa-czyli-neologizmy-powstale-w-2020-r-w-zwiazku-z-pandemia-slownik-slow-covidowych (consult\u00e9 le 15.09.2021).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Subst. <em>idiot<\/em>, adj. <em>idiotic<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u201cRelating to the 2020 Covid-19 virus: Someone who ignores the warnings regarding public health or safety. A person who hoards goods, denying them from their neighbors\u201d.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Ces d\u00e9riv\u00e9s fleurissent de pr\u00e9f\u00e9rence sur les r\u00e9seaux sociaux, les blogs, etc.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> https:\/\/www.academie-francaise.fr\/le-covid-19-ou-la-covid-19 (consult\u00e9 le 20.09.2021).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Notons \u00e9galement que <em>Le Petit Robert<\/em> choisi la graphie sans majuscule, <em>covid<\/em>, alors que <em>Le Petit Larousse<\/em> fait le choix d\u2019\u00e9crire <em>COVID-19<\/em> ou <em>covid-19<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Estim\u00e9e d\u2019abord de 1m, elle variera ensuite entre 1m, 1m 50 et 2m.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> https:\/\/www.academie-francaise.fr\/dire-ne-pas-dire (consult\u00e9 le 20.09.2020).<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Per citare questo articolo:<\/p>\n<p>Christine JACQUET-PFAU, Alicja KACPRZAK, \u00ab\u00a0De quelques mots-t\u00e9moins d\u2019une pand\u00e9mie : les repr\u00e9sentations du Covid-19 en fran\u00e7ais et en polonais\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Rep\u00e8res DoRiF,<\/em>\u00a0n. 25 \u2013\u00a0<em>Le lexique de la pand\u00e9mie et ses variantes<\/em>, DoRiF Universit\u00e0, Roma luglio 2022, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/christine-jacquet-pfau-alicja-kacprzak-de-quelques-mots-temoins-dune-pandemie-les-representations-du-covid-19-en-francais-et-en-polonais\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">ISSN 2281-3020<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8924\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/logo-pubblicazione.png\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"49\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Quest\u2019opera \u00e8 distribuita con Licenza\u00a0<a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/3.0\/it\/\">Creative Commons 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