{"id":9351,"date":"2022-11-07T22:45:43","date_gmt":"2022-11-07T21:45:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/?p=9351"},"modified":"2022-11-23T12:18:59","modified_gmt":"2022-11-23T11:18:59","slug":"nora-gattiglia-la-ligue-on-tadule-discours-homophobe-et-domination-symbolique-dans-la-lutte-entre-foot-populaire-et-football-business","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/nora-gattiglia-la-ligue-on-tadule-discours-homophobe-et-domination-symbolique-dans-la-lutte-entre-foot-populaire-et-football-business\/","title":{"rendered":"Nora GATTIGLIA, \u00ab La Ligue, on t\u2019adule \u00bb : discours homophobe et domination symbolique dans la lutte entre foot populaire et football business"},"content":{"rendered":"<h3 id=\"nora-gattiglia\" style=\"text-align: center; padding-left: 80px;\">Nora GATTIGLIA<\/h3>\n<h2 id=\"-\u00ab-la-ligue-on-t\u2019adule-\u00bb-:\" style=\"text-align: center;\"><strong> \u00ab La Ligue, on t\u2019adule \u00bb : discours homophobe et domination symbolique dans la lutte entre foot populaire et football business<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Nora Gattiglia<\/strong><br \/>\nUniversit\u00e0 di Genova<br \/>\n<a href=\"mailto:nora.gattiglia@edu.unige.it\">nora.gattiglia@edu.unige.it<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<br \/>\n<\/strong>\u00a0L\u2019article vise \u00e0 analyser la production discursive des supporters de football, notamment les banderoles affich\u00e9es dans les stades de France pendant le championnat 2019-20 de deux s\u00e9ries de football professionnel. Le corpus se compose de banderoles m\u00e9talinguistiques au sujet des pratiques discursives des supporters (tels les chants et les insultes) stigmatis\u00e9es en tant qu\u2019\u00ab homophobes \u00bb par la ministre des Sports Roxana Maracineanu et sanctionn\u00e9es par la Ligue du Football Professionnel. Une premi\u00e8re distinction entre discrimination, agression, violence et haine sera trac\u00e9e. Ensuite, les strat\u00e9gies discursives des supporters seront analys\u00e9es dans le cadre de l\u2019Analyse du Discours, en faisant r\u00e9f\u00e9rence aux \u00e9tudes qui se sont centr\u00e9es sur les violences verbales et le discours de haine (FRACCHIOLLA <em>et al<\/em>. 2013 ; LORENZI BAILLY, MO\u00cfSE 2021). Trois strat\u00e9gies discursives principales seront d\u00e9crites : l\u2019\u00e9vocation de l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 des accusations d\u2019homophobie et la revendication d\u2019un vocabulaire \u00ab homophobe \u00bb ; l\u2019interpr\u00e9tation des accusations d\u2019homophobie comme un moyen pour r\u00e9primer le mouvement ultras, qui est d\u00e9crit comme un mouvement populaire victime d\u2019une violence \u00e9litiste ; la d\u00e9nonciation de l\u2019hypocrisie des institutions (\u00e9tatiques et sportives) sur le sujet. Dans le cadre d\u2019une opposition entre autorit\u00e9s et supporters, le discours anti-homophobie devient alors le signe de l\u2019oppression symbolique sur un groupe domin\u00e9 en lutte pour la l\u00e9gitimit\u00e9 dans son champ social et discursif.<\/p>\n<p><strong>Abstract<\/strong><br \/>\nThe aim of this article is to analyze the discursive production of football fans, with a focus on the banners displayed in the stadiums of France during the 2019-20 professional football championships (L1, L2). The corpus consists of the metalinguistic banners concerning the discursive practices of the supporters (chants, insults) blamed as \u201chomophobic\u201d by the Minister of Sports Roxana Maracineanu and sanctioned by the Ligue du Football Professionnel (Professional Football Ligue). First, a distinction between discrimination, aggression, violence, and hate will be drawn. Secondly, the discursive strategies of supporters will be analyzed within the framework of French Discourse Analysis, notably following recent studies on verbal violence and hate speech (FRACCHIOLLA <em>et al<\/em>. 2013 ; LORENZI BAILLY, MO\u00cfSE 2021). Three main discursive strategies will be described: the definition of the accusations of homophobia as illegitimate and the explicit adoption of a \u201chomophobic\u201d vocabulary; the interpretation of such accusations as a way to attack the <em>ultra<\/em> movement, a people\u2019s movement that is described as the victim of an elitist violence; and the denunciation of the hypocrisy of both governmental and football authorities on the theme of homophobia. Within the scenario of a confrontation between authorities and supporters, the anti-homophobic discourse highlights the symbolic oppression of a dominated group, fighting for its legitimacy in its own social and discursive fields.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"introduction\">Introduction<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le 24 ao\u00fbt 2019, un match de football de Ligue 1 (L1) est interrompu en raison des chants homophobes scand\u00e9s par des supporters<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Cette sanction marque un tournant dans la production discursive des supporters. Dans les journ\u00e9es de championnat suivantes, les interruptions des matchs s\u2019encha\u00eenent. Du 24 ao\u00fbt au 6 octobre 2019, les banderoles au sujet de l\u2019homophobie dans les stades \u2013 et surtout des sanctions \u2013 se multiplient. La plupart d\u2019entre elles pr\u00e9sentent une particularit\u00e9 : ce sont des banderoles m\u00e9talinguistiques, qui touchent au sujet du vocabulaire utilis\u00e9 par les supporters et de la l\u00e9gitimit\u00e9 des autorit\u00e9s \u00e0 interdire des pratiques linguistiques affirm\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans cet article, nous analysons les banderoles parues dans la p\u00e9riode ao\u00fbt-octobre 2019 dans le cadre d\u2019une approche sociolinguistique. Deux questions se sont pos\u00e9es \u00e0 notre analyse : d\u2019abord, le choix des strat\u00e9gies discursives des supporters face aux sanctions, d\u00e9nonc\u00e9es comme autant de violences symboliques ; ensuite, nous nous interrogeons sur la nature des propos homophobes dans les stades et du discours qui les entoure : est-ce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un discours agressif, violent ou haineux ? Par cette question, l\u2019article cherche \u00e0 combler des vides dans l\u2019analyse de la violence dans les stades. Premi\u00e8rement, nous avons rejet\u00e9 toute d\u00e9finition omni-compr\u00e9hensive de la violence regroupant des comportements qui ne rel\u00e8vent pas de la m\u00eame dynamique relationnelle ; deuxi\u00e8mement, la violence a \u00e9t\u00e9 souvent \u00e9tudi\u00e9e comme une caract\u00e9ristique n\u2019appartenant qu\u2019aux seuls supporters ; dans cet article, nous cherchons \u00e0 d\u00e9gager les dynamiques violentes entre tous les acteurs impliqu\u00e9s, et le faisons en utilisant des instruments sociolinguistiques. Dans le cadre d\u2019approches sociologiques, on a surtout \u00e9tudi\u00e9 l\u2019oralit\u00e9 des supporters, sous l\u2019angle de l\u2019humour et des vannes (BROMBERGER 1988 ; LESTRELIN 2020), de la construction de l\u2019identit\u00e9 ultra (FLEURY 2013) et des chants en tant qu\u2019instrument d\u2019appropriation d\u2019un territoire (BONJOUR 2021). Les productions discursives \u00e9crites sont rest\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cart des analyses, bien qu\u2019elles repr\u00e9sentent un genre fondamental pour \u00e9tudier l\u2019expression des supporters du fait de leur permanence, surtout dans les photos partag\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux, et de leur multimodalit\u00e9, ce qui permet des effets chor\u00e9graphiques au service d\u2019un spectacle hors le terrain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"i-le-vocabulaire-des-discrimin\">I. Le vocabulaire des discriminations<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quelques notions pr\u00e9liminaires sont n\u00e9cessaires avant de pr\u00e9senter le corpus, notamment en ce qui concerne une distinction entre les actes de langage discriminatoires, agressifs, violents ou haineux.<\/p>\n<h3 id=\"i1-la-discrimination\">I.1 La discrimination<\/h3>\n<p>La discrimination na\u00eet d\u2019une diff\u00e9renciation parmi des groupes qui ne saurait \u00eatre neutre. Il s\u2019agit d\u2019\u00ab\u00a0un processus [\u2026] qui \u00e9tablit une hi\u00e9rarchie, une opposition entre du <em>mieux<\/em> et du <em>moins bien<\/em>, ce qui rel\u00e8ve alors d\u2019un jugement de valeur moral\u00a0\u00bb (CHARAUDEAU 2017\u00a0: 84)<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. D\u2019ailleurs, toute diff\u00e9renciation entre groupes implique une \u00e9valuation, puisque le seul fait de poser deux classes impose une di-vision (BOURDIEU 2015)\u00a0: une diff\u00e9rence entre perspectives sur le monde qui s\u2019accompagne d\u2019une axiologie pr\u00e9cise. Sur un plan discursif, la discrimination est propre aux \u00e9nonc\u00e9s qui positionnent le groupe cible vers le p\u00f4le n\u00e9gatif.<\/p>\n<h3 id=\"i2-l\u2019agression[3]\">I.2 L\u2019agression<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a><\/h3>\n<p>L\u2019agression r\u00e9pond \u00e0 une menace (qu\u2019elle soit r\u00e9elle ou per\u00e7ue) port\u00e9e \u00e0 ce qui est du \u00ab\u00a0mien\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb. Toutes les agressions ne font pas recours \u00e0 la violence : au contraire, leur but est souvent de dissuader la cible de l\u2019attaque gr\u00e2ce \u00e0 des \u00ab\u00a0comportements ritualis\u00e9s ou formes de parades\u00a0\u00bb (FRACCHIOLLA 2013) : l\u2019agression est donc une performance de la force et du pouvoir. Le mot \u00ab\u00a0performance\u00a0\u00bb implique la pr\u00e9sence d\u2019un regard d\u2019autrui\u00a0: on peut bien d\u00e9crire l\u2019agression comme \u00ab\u00a0un effort, une forme de mise en tension, pour se faire reconna\u00eetre, percevoir par autrui\u00a0\u00bb (FRACCHIOLLA 2013 : 20). C\u2019est donc un acte qui veut signifier sa pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019Autre : elle est \u00e9loquente. En \u00e9tablissant un dialogue avec sa cible, l\u2019agression parle \u00e0 l\u2019agress\u00e9.<\/p>\n<h3 id=\"i3-les-violences\">I.3 Les violences<\/h3>\n<p>La violence est caract\u00e9ris\u00e9e par la perte du sens relationnel qui caract\u00e9risait l\u2019agression. La violence rejette l\u2019Autre, elle rejette sa parole et sa pr\u00e9sence sur la sc\u00e8ne : la cible est condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019invisibilit\u00e9, \u00e0 la perte de son statut social de personne.<\/p>\n<p>On ne peut pas, pourtant, imaginer une violence singuli\u00e8re. On devrait plut\u00f4t parler de \u00ab\u00a0violences\u00a0\u00bb plurielles, violences physiques, violences verbales, violences symboliques, chacune avec sa cible, sa finalit\u00e9, ses instruments et ses effets. Aux fins de l\u2019analyse, nous ne consid\u00e9rerons ici que les violences symboliques.<\/p>\n<h4 id=\"i31-les-violences-symboliques\">I.3.1 Les violences symboliques<\/h4>\n<p>Les violences symboliques s\u2019ins\u00e8rent dans la lutte que chaque groupe m\u00e8ne pour imposer une repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 : \u00ab\u00a0La lutte pour le pouvoir symbolique est [&#8230;] une lutte pour l\u2019imposition d\u2019un principe de perception du monde\u00a0\u00bb (BOURDIEU 2015 : 125). La revendication d\u2019un pouvoir d\u00e9finitoire touche aux questions de l\u2019identit\u00e9 de deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019enjeu principal de la l\u00e9gitimit\u00e9 symbolique est la possibilit\u00e9 de se d\u00e9finir, \u00e9chappant ainsi aux d\u00e9finitions impos\u00e9es par autrui (BOURDIEU 1979) ; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, lutter pour la l\u00e9gitimit\u00e9, c\u2019est lutter pour la reconnaissance, pour \u00eatre entendu, vu, reconnu. C\u2019est dans la dialectique entre l\u2019autod\u00e9finition et la reconnaissance que r\u00e9side le pouvoir symbolique. Quand la relation ne permet pas de dialectique, et qu\u2019un groupe d\u00e9tient de mani\u00e8re exclusive les instruments qui permettent de faire circuler une vision du monde, la violence \u00e9clate.<\/p>\n<h3 id=\"i4-la-haine-et-ses-discours\">I.4 La haine et ses discours<\/h3>\n<p>D\u00e9finir la haine est une op\u00e9ration complexe. Est-ce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un sentiment qui se fonde sur des \u00e9motions n\u00e9gatives exacerb\u00e9es et sur des \u00ab\u00a0blessures de reconnaissance\u00a0\u00bb (FRACCHIOLLA, MO\u00cfSE 2021)\u00a0? Ou serait-elle une configuration d\u2019\u00e9motions et de sentiments caract\u00e9ris\u00e9e par une posture prolong\u00e9e d\u2019hostilit\u00e9 envers une personne ou un groupe \u00e0 cause de leurs caract\u00e9ristiques inn\u00e9es, soient-elles r\u00e9elles ou per\u00e7ues ? (SANTERINI 2021\u00a0: 8)<\/p>\n<p>On peut retenir trois notions-clefs de ces d\u00e9finitions. D\u2019abord, la continuit\u00e9 dans le temps, ce qui diff\u00e9rencie la col\u00e8re, \u00e9motion \u00ab\u00a0chaude\u00a0\u00bb et irr\u00e9fl\u00e9chie, de la haine, \u00e9motion \u00ab\u00a0froide\u00a0\u00bb, qui se nourrit de passions asociales, comme le ressentiment (PULCINI 2020).<\/p>\n<p>Ensuite, la haine se caract\u00e9rise par une relation sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, per\u00e7ue comme mena\u00e7ante\u00a0: l\u2019Autre qui nous ignore, nous blesse dans l\u2019intime.<\/p>\n<p>Finalement, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 cibl\u00e9e est imagin\u00e9e comme tr\u00e8s homog\u00e8ne, ayant des traits constitutifs et stables qui permettent au sujet haineux de cr\u00e9er une repr\u00e9sentation immuable de l\u2019objet de sa haine, quelles que soient les circonstances.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"ii-la-cr\u00e9ation-du-corpus\">II. La cr\u00e9ation du corpus<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le corpus se compose des banderoles apparues dans les stades de France durant la p\u00e9riode qui va du 24 ao\u00fbt au 06 octobre 2019. Ce corpus a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir des images publi\u00e9es sur Facebook et sur Twitter par des comptes d\u00e9di\u00e9s aux pratiques spectaculaires des supporters, comme Ultras Made in France et 100% Ultras de France<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Parmi les images publi\u00e9es, nous avons gard\u00e9 celles qui correspondaient \u00e0 la d\u00e9finition de discrimination et parues pendant trois championnats de Ligue 1 et Ligue 2 (2018-19 ; 2019-20 ; 2020-21). Sur 3228 images, nous avons r\u00e9pertori\u00e9 70 banderoles discriminantes, divis\u00e9es selon l\u2019ann\u00e9e de parution et la cible (homosexuels ; femmes ; masculinit\u00e9s non traditionnelles)<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Pendant le championnat 2018-19, 15 banderoles ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es, dont 5 banderoles homophobes, 5 sexistes et 5 machistes ; l\u2019ann\u00e9e suivante, les banderoles discriminantes ont \u00e9t\u00e9 44, dont 37 banderoles homophobes ; et dans le troisi\u00e8me championnat (2020\/2021), 11 banderoles, dont 3 banderoles homophobes.<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, on remarque que les banderoles proprement discriminatoires sont tr\u00e8s peu nombreuses, mais il y a un pic dans le nombre des banderoles homophobes en 2019, plus pr\u00e9cis\u00e9ment entre ao\u00fbt et octobre. Ces banderoles sont caract\u00e9ris\u00e9es par une particularit\u00e9 : ce sont pour la plupart des banderoles m\u00e9talinguistiques, qui se penchent sur le vocabulaire utilis\u00e9 par les supporters et sur la censure qui frappe des pratiques langagi\u00e8res habituelles, comme dans ce cas\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Arbitre, enc**\u00e9e, est-ce homophobe pour une femme ? \u00bb<sup> <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> <\/sup>(Kop de la Butte, Angers)<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour mieux comprendre le sens de ces \u00e9nonc\u00e9s, nous les avons encadr\u00e9s dans les conditions socio-temporelles de leur production, en cherchant \u00e0 d\u00e9gager le sens d\u2019un discours anim\u00e9 par plusieurs acteurs et qui s\u2019\u00e9tale sur plusieurs mois.<\/p>\n<p>L\u2019analyse du corpus suit deux phases : dans un premier moment, nous reconstruisons la gen\u00e8se du d\u00e9bat ; dans un second, nous d\u00e9crivons les divers positionnements affich\u00e9s face aux accusations d\u2019homophobie\u00a0; en m\u00eame temps, nous nous interrogeons sur la nature des banderoles analys\u00e9es : s\u2019agit-il d\u2019actes de langage agressifs, violents, ou haineux\u00a0? Qui en est la cible ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"iii-reconstruction-du-d\u00e9bat-i\">III. Reconstruction du d\u00e9bat institutionnel sur l\u2019homophobie dans les stades (23 mars-25 mai 2019)<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019analyse du corpus devrait \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par une reconstruction du cadre des \u00e9v\u00e9nements qui ont anticip\u00e9 et en quelque sorte permis la parution des banderoles recueillies. En effet, une premi\u00e8re \u00ab\u00a0affaire homophobie\u00a0\u00bb surgit dans les deux derniers mois du championnat de football 2018-19. Pendant les matchs de ce championnat, tout comme dans les championnats pr\u00e9c\u00e9dents, les banderoles et les chants des virages sont parsem\u00e9s de \u00ab\u00a0p\u00e9d\u00e9s\u00a0\u00bb ou d\u2019\u00ab\u00a0encul\u00e9s\u00a0\u00bb. Le 23 mars, lors d\u2019une interview pour France Info<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, la Ministre des Sports, Roxana Maracineanu, se dit favorable aux sanctions contre les clubs dont les supporters s\u2019expriment de mani\u00e8re homophobe, en d\u00e9clarant encourager \u00ab\u00a0fortement\u00a0<em>la Ligue de football professionnel pour qu\u2019il y ait des p\u00e9nalit\u00e9s et que les clubs deviennent plus responsables\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Cette d\u00e9claration d\u00e9clenche un d\u00e9bat entre, d\u2019une part, les repr\u00e9sentants des institutions d\u2019\u00c9tat (notamment la Ministre des Sports) et, d\u2019autre part, les repr\u00e9sentants des institutions du football, en particulier la Pr\u00e9sidente de la Ligue du Football professionnel, Nathalie Boy de la Tour. Trois jours apr\u00e8s l\u2019entretien de Roxana Maracineanu, \u00e0 l\u2019occasion de la signature d&#8217;une convention avec la Ligue internationale contre le racisme et l\u2019antis\u00e9mitisme (Licra), Nathalie Boy de la Tour intervient devant le S\u00e9nat en se disant contraire aux sanctions pr\u00f4n\u00e9es par la Ministre\u00a0: les chants homophobes ne seraient que \u00ab\u00a0du folklore\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0, des expressions employ\u00e9es par les supporters qui, tout comme des enfants, \u00ab\u00a0<em>n\u2019ont pas forc\u00e9ment l\u2019impression de blesser\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Les deux positions s\u2019expriment essentiellement dans les m\u00e9dias traditionnels (radio, t\u00e9l\u00e9vision, presse quotidienne) par le biais d\u2019interviews et de conf\u00e9rences de presse. Apr\u00e8s l\u2019implication du collectif Rouge Direct<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> et de l\u2019association Urgence Homophobie, la Ligue met fin \u00e0 la question avec des sanctions contre les clubs de Lens<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> et de Grenoble<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, dont les supporters avaient prof\u00e9r\u00e9 des insultes homophobes.<\/p>\n<p>Vers la fin du championnat, la Ligue et les directions des clubs pr\u00f4nent des initiatives qui devraient servir de symbole : le 17 mai (journ\u00e9e mondiale contre l\u2019homo-transphobie), le collectif Rouge Direct est invit\u00e9 par le club lensois \u00e0 une rencontre avec les dirigeants et les supporters ; la Ligue sollicite les capitaines et les entra\u00eeneurs des \u00e9quipes, de m\u00eame que les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de match et les arbitres, \u00e0 porter des brassards arc-en-ciel pendant l\u2019avant-derni\u00e8re journ\u00e9e du championnat, le 17 et le 18 mai \u2013 sans que cette initiative n\u2019engendre de r\u00e9action particuli\u00e8re de la part des supporters.<\/p>\n<p>Le championnat se cl\u00f4t le 25 mai 2019.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"iv-le-cadre-socio-temporel-de-\">IV. Le cadre socio-temporel de la prise de parole des supporters (24 ao\u00fbt-06 octobre 2019)<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est lors du championnat suivant que le d\u00e9bat prend de l\u2019ampleur et que les ultras font leur apparition comme des acteurs discursifs \u00e0 part enti\u00e8re. Le d\u00e9bat change de direction et s\u2019enracine dans le territoire des supporters, le stade. Les virages r\u00e9agissent aux interruptions des matchs, pr\u00f4n\u00e9es par le Pr\u00e9sident Emmanuel Macron avant la reprise du championnat. Selon les supporters ultras, les sanctions brisent la normalit\u00e9 du jeu : en interrompant l\u2019action sur le terrain, elles alt\u00e8rent le bon d\u00e9roulement du match. Elles d\u00e9passent les normes r\u00e9glant le monde du football en introduisant un ordre venu de l\u2019ext\u00e9rieur, qui mine les pratiques ultras et qui d\u00e9finit comme des transgressions graves des pratiques qui \u00e9taient la norme jusqu\u2019\u00e0 ce moment. Les ultras r\u00e9agissent de mani\u00e8re tr\u00e8s forte, avec plusieurs banderoles au sujet des sanctions contre les propos (d\u00e9finis comme) homophobes, comme le montre cette banderole :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le P\u00e8re No\u00ebl est une ordure<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> sans \u2018Je t&#8217;encule Th\u00e9r\u00e8se\u2019 ferait autant r\u00eaver qu&#8217;un stade sans second degr\u00e9 \u00bb (Kop Virage Nord, Olympique Lyon)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le moment discursif montre une prolif\u00e9ration de banderoles dans la quatri\u00e8me journ\u00e9e du championnat L1 (dix-neuf banderoles affich\u00e9es du 31 ao\u00fbt au 01 septembre)<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. La dynamique est diff\u00e9rente de celle du championnat pr\u00e9c\u00e9dent. En printemps 2019, toute intervention sur la sc\u00e8ne publique\u00a0au sujet de l\u2019homophobie dans les stades (entretiens dans les journaux et les plateaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, tweets) n\u2019avait int\u00e9ress\u00e9 que les autorit\u00e9s, les supporters figurant comme objet de leur discours\u00a0: ils sont souvent d\u00e9crits comme emport\u00e9s par leur passion et, de ce fait, comme peu capables de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la justesse des pratiques \u00ab\u00a0anciennes<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u00a0\u00bb auxquelles ils sont accoutum\u00e9s, telles les insultes homophobes. \u00c0 l\u2019\u00e9gard de cette communaut\u00e9 de fanatiques quelque peu na\u00effs, il faudrait alors assumer avant tout une posture p\u00e9dagogique pour \u00ab leur expliquer que m\u00eame s&#8217;ils n&#8217;ont pas conscience de la port\u00e9e homophobe des termes qu&#8217;ils utilisent \u2013 \u2018 p\u00e9d\u00e9, encul\u00e9 \u2019 \u2013, ces insultes le sont bel et bien et peuvent faire beaucoup de mal\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du championnat 2019-2020, au contraire, ce sont les supporters (pour la plupart, des \u00e9quipes de L1) qui se sentent impliqu\u00e9s dans le d\u00e9bat, et qui prennent la parole en choisissant les espaces (les stades) et les canaux (les banderoles) per\u00e7us comme les plus appropri\u00e9s. Ce qui est le plus int\u00e9ressant, ils affichent une posture de r\u00e9flexivit\u00e9 m\u00e9talinguistique par le biais des banderoles. De mani\u00e8re pol\u00e9mique, ils affirment la l\u00e9gitimit\u00e9 du vocabulaire employ\u00e9 et son incompatibilit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e avec les accusations d\u2019homophobie\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Faire la queue leu leu c\u2019est homophobe\u00a0?<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb (supporters montpelli\u00e9rains)<\/p><\/blockquote>\n<p>Seule la Ministre des Sports garde \u00e0 l\u2019\u00e9poque une ligne intransigeante contre l\u2019homophobie. D\u2019ailleurs, les institutions du football sont inamovibles\u00a0: la FFF refuse de donner son approbation aux interruptions des matchs pour des chants homophobes<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a><em> et le<\/em> Pr\u00e9sident Macron se convertit au \u00ab\u00a0pragmatisme\u00a0\u00bb et au \u00ab\u00a0bon sens\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. Ainsi, le d\u00e9bat s\u2019\u00e9teint, malgr\u00e9 une derni\u00e8re tentative de la part du monde associatif, le 20 d\u00e9cembre, de solliciter des actions de la part de la Ligue contre les chants homophobes que l\u2019on peut encore entendre lors des matchs. Mais on est, justement, en d\u00e9cembre : la France est secou\u00e9e par des manifestations de masse et plusieurs services publics sont en gr\u00e8ve (transports, \u00c9ducation Nationale, fonction publique). Les vacances de No\u00ebl approchent. Quelques mois apr\u00e8s, une pand\u00e9mie \u00e9clate. C\u2019est la fin du d\u00e9bat contre l&#8217;homophobie pendant le championnat. Seulement trois banderoles sur le m\u00eame sujet seront affich\u00e9es l\u2019ann\u00e9e suivante. Le d\u00e9bat ne prendra plus l\u2019ampleur qu\u2019il avait pendant les mois d\u2019ao\u00fbt-octobre 2019.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"v-strat\u00e9gies-discursives-des-\">V. Strat\u00e9gies discursives des supporters contre les sanctions anti-homophobie<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On peut classer les r\u00e9ponses des groupes ultras dans trois strat\u00e9gies g\u00e9n\u00e9rales : le d\u00e9ni de toute l\u00e9gitimit\u00e9 des accusations d\u2019homophobie et la revendication d\u2019un vocabulaire \u00ab\u00a0homophobe\u00a0\u00bb\u00a0; l\u2019interpr\u00e9tation des accusations d\u2019homophobie comme un moyen pour r\u00e9primer le mouvement ultras (et donc comme une violence symbolique) ; la d\u00e9nonciation de l\u2019hypocrisie des institutions (\u00e9tatiques et sportives) sur le sujet. Dans les sous-chapitres suivants, nous montrerons les strat\u00e9gies discursives propres \u00e0 chaque groupe de banderoles. Deux proc\u00e9d\u00e9s caract\u00e9risent notamment les banderoles du premier groupe, qui misent sur la ridiculisation des propos des autorit\u00e9s (notamment, celles de la Ministre des Sports)\u00a0: le paradoxe et une strat\u00e9gie qui lui est proche, l\u2019ironie. Bien que le th\u00e8me de la l\u00e9gitimit\u00e9 symbolique soit parfois touch\u00e9 par ces banderoles, il n\u2019est pas th\u00e9matis\u00e9 de mani\u00e8re explicite. En revanche, les banderoles du deuxi\u00e8me groupe d\u00e9noncent clairement ce qui est per\u00e7u comme l\u2019\u00e9ni\u00e8me tentative d\u2019opprimer les supporters en censurant leurs pratiques \u2013 dans le cas des sanctions visant les propos homophobes, il s\u2019agit de la censure des pratiques langagi\u00e8res. Ces banderoles sont caract\u00e9ris\u00e9es par des traits que l\u2019on pourrait qualifier de \u00ab\u00a0populistes\u00a0\u00bb\u00a0: elles \u00e9voquent une opposition nette entre une \u00e9lite inefficace et une collectivit\u00e9 issue du \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb. Une discrimination cach\u00e9e est alors d\u00e9voil\u00e9e : derri\u00e8re la pr\u00e9tendue lutte \u00e0 l\u2019homophobie, les supporters et leur culture seraient la cible ultime d\u2019une attaque \u00e0 leurs pratiques expressives, leur identit\u00e9 et, finalement, leur existence.<\/p>\n<p>Seul le troisi\u00e8me groupe de banderoles semble reconna\u00eetre l\u2019urgence de la lutte aux propos et aux geste homophobes. Pourtant, toute transformation en ce sens ne pourrait se borner \u00e0 une accusation des comportements des supporters. Ces banderoles d\u00e9noncent comme sp\u00e9cieuses et la cible et les m\u00e9thodes mises en place par les institutions \u2013 c\u2019est l\u00e0 que s\u2019ouvre un espace de r\u00e9flexion autour de la question elle-m\u00eame\u00a0: l\u2019homophobie, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des stades.<\/p>\n<h3 id=\"v1-revendication-des-propos-ho\">V.1 Revendication des propos homophobes et mise en sc\u00e8ne de la virilit\u00e9<\/h3>\n<p>Les banderoles qui nient l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0question homophobe\u00a0\u00bb montrent deux logiques, imbriqu\u00e9es l\u2019une dans l\u2019autre. La premi\u00e8re vise \u00e0 se revendiquer des propos homophobes, alors que la seconde consiste \u00e0 ridiculiser la lutte contre l\u2019homophobie dans les stades. On peut trouver des banderoles qui font recours au paradoxe et \u00e0 l\u2019ironie, comme dans cet exemple<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Roxana, LFP : sac \u00e0 merde c\u2019est une insulte ? \u00bb (supporters nantais)<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u00e0, la question est oratoire\u00a0: elle \u00ab\u00a0ne vise ni \u00e0 s\u2019informer, ni \u00e0 s\u2019assurer un accord\u00a0\u00bb (PERELMAN, OLBRECHTS-TYTECA (1958 [2008]). Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une pseudo-question paradoxale\u00a0: \u00ab En contredisant une description fid\u00e8le de la r\u00e9alit\u00e9 le [paradoxe] se mesure \u00e0 elle\u00a0; en niant cette description, il en pr\u00e9suppose l\u2019existence\u00a0\u00bb (MORTARA GARAVELLI (1988[2020]). La banderole pr\u00e9tend s\u2019interroger sur la trivialit\u00e9 du gros mot \u00e9voqu\u00e9\u00a0: trivialit\u00e9 apparemment anodine, sauf dans un contexte d\u2019\u00e9nonciation boulevers\u00e9 par des normes nouvelles, contraires au bon sens. \u00a0L\u2019apostrophe \u00e0 la Ministre des Sports et \u00e0 la Ligue du Football Professionnel est alors cens\u00e9e remettre de l\u2019ordre dans une situation de perte (pr\u00e9tendue) de rep\u00e8res. Ainsi, les deux autorit\u00e9s sont convoqu\u00e9es en tant qu\u2019autorit\u00e9s linguistiques pour faire le tri entre des insultes \u00ab\u00a0l\u00e9gitimes\u00a0\u00bb et d\u2019autres qui rel\u00e8veraient en revanche du \u00ab\u00a0politiquement incorrect\u00a0\u00bb et qui devraient \u00eatre censur\u00e9s.<\/p>\n<p>Le paradoxe est d\u2019ailleurs \u00e0 la base d\u2019une autre strat\u00e9gie discursive, l\u2019ironie. Les \u00e9nonc\u00e9s ironiques nient ce qui est, ce que l\u2019on sait vrai\u00a0; mais surtout, ils nient l\u2019opinion d\u2019autrui. Ce sont des \u00ab\u00a0\u00e9chos d\u2019un \u00e9nonc\u00e9 ou d\u2019une pens\u00e9e dont le locuteur entend souligner l\u2019erreur, l\u2019inadmissibilit\u00e9, l\u2019inopportunit\u00e9 ou l\u2019inad\u00e9quation\u00a0\u00bb (SPERBER, WILSON 1978 dans MORTARA GARAVELLI\u00a0(1988 [2020] : 241, notre traduction)\u00a0: les banderoles ayant recours \u00e0 l\u2019ironie renvoient \u00e0 un discours autre, toujours pr\u00e9sent, qui fait ici l\u2019objet d\u2019un <em>reductio ad absurdum<\/em>. \u00c0 cet effet, on peut consid\u00e9rer les banderoles suivantes\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab UB 87 &#8211; MF 91 : preuve que l\u2019homosexualit\u00e9 a sa place dans les stades \u00bb <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a> (Kop Virages Sud et Nord, Olympique Lyon)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non \u00e0 l\u2019homophobie, soutien aux havrais \u00bb (supporters rouennais)<\/p><\/blockquote>\n<p>La mise en ridicule de la bataille men\u00e9e par les autorit\u00e9s sous-tend une normalisation des propos homophobes. Les insultes et les injures d\u00e9finies comme \u00ab\u00a0homophobes\u00a0\u00bb rel\u00e8veraient plut\u00f4t d\u2019un jeu ou d\u2019une mise en sc\u00e8ne compr\u00e9hensible seulement des initi\u00e9s. Une banderole met en \u00e9vidence la futilit\u00e9 des pr\u00e9tentions de la Ministre des Sports :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Roxana, tu nages \u00e0 contre-courant\u00a0\u00bb (Collectif Ultras Paris, Paris Saint-Germain)<\/p><\/blockquote>\n<p>La normalisation des propos homophobes, qui permet de les qualifier de pratiques ludiques, n\u2019est possible que si l\u2019on pose l\u2019existence d\u2019une identit\u00e9 de genre h\u00e9g\u00e9monique chez les supporters.<\/p>\n<p>Il existe, en effet, une identit\u00e9 normative du \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb supporter (LESTRELIN 2020\u00a0; FLEURY 2013). Celle-ci est tr\u00e8s proche de la norme masculine dominante, d\u00e9finie comme configuration identitaire qui m\u00e9lange \u00ab\u00a0force physique, fermet\u00e9 morale et puissance sexuelle\u00a0\u00bb (Rasera, REnAHy 2013) ; les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments sont repris par une deuxi\u00e8me d\u00e9finition, qui a l\u2019avantage de nommer l\u2019autre p\u00f4le du binarisme de genre et de souligner l\u2019aspect performatif de la masculinit\u00e9 sociale : \u00ab\u00a0force physique, opposition \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 et \u00e0 ses expressions imagin\u00e9es (sensibilit\u00e9, pleurs et affections) dans une volont\u00e9 de faire face aux \u00e9v\u00e9nements ou d\u2019exhiber un c\u00f4t\u00e9 guerrier de soi\u00a0\u00bb (MO\u00cfSE, PONS, ROSIER 2021 : 78\u00a0; les auteures citent GUIONNET, NEVEU 2009).<\/p>\n<p>Les banderoles affichent une identit\u00e9 ultra-virile. Les injures homophobes puisent dans cet imaginaire pour construire une image repoussoir du vrai homme et, en cons\u00e9quence, du bon supporter, celle de l\u2019homosexuel (CLAIR 2012). La discrimination se fait donc dans l\u2019\u00e9vocation de l\u2019homosexualit\u00e9 comme penchant n\u00e9gatif des traits pris\u00e9s par les supporters, comme n\u00e9gation de l\u2019identit\u00e9 qui est valoris\u00e9e. Mais les insultes homophobes peuvent \u00eatre revendiqu\u00e9es justement parce qu\u2019elles sont per\u00e7ues comme des plaisanteries innocentes. S\u2019il n\u2019y a pas d\u2019homosexuels chez les supporters, qui pourrait se sentir insult\u00e9\u00a0? Pas d\u2019homosexuels<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, donc, juste des adversaires qui sont <em>trait\u00e9s <\/em>d\u2019homosexuels et qui r\u00e9torquent de la m\u00eame fa\u00e7on. Les groupes adverses se trouvent sur un plan de parit\u00e9 ; les deux se revendiquent d\u2019une identit\u00e9 virile et se lancent des insultes mettant en discussion cette identit\u00e9 collective ; ces insultes sont pr\u00e9visibles et ne sortent pas des normes communicationnelles auxquelles on s\u2019attend. Une homosexualit\u00e9 qui se veut fantasm\u00e9e est ainsi au centre d\u2019un \u00e9change mutuel d\u2019insultes, dont la ritualit\u00e9 permet d\u2019affaiblir la violence potentielle.<\/p>\n<p>Pourtant, cette ritualit\u00e9 n\u2019est pas de l\u2019ordre de l\u2019insulte en tant que \u00ab\u00a0rite priv\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0singulier\u00a0\u00bb (BOURDIEU 2015 : 35), qui se veut un geste accompli par un particulier sans qu\u2019il (ou elle) puisse s\u2019appuyer sur la force des rites \u00ab\u00a0publics, officiels, accomplis par tout le groupe\u2026\u00a0\u00bb. L\u2019insulte \u00ab\u00a0est sans garantie institutionnelle, sans autorisation ni autorit\u00e9\u00a0\u00bb, ce qui pr\u00e9suppose le risque, pour la personne qui insulte, d\u2019un renversement soudain de la situation\u00a0: en r\u00e9agissant, en r\u00e9pondant sur le m\u00eame ton, la cible vis\u00e9e peut blesser l\u2019ancien agresseur en attaquant sa face, au sens de Goffman. Ce type de renversement n\u2019est possible que dans des \u00e9changes o\u00f9 ce sont des particuliers qui s\u2019affrontent, en mettant en jeu leur identit\u00e9 personnelle. L\u00e0 o\u00f9 ce sont des identit\u00e9s collectives \u2013 et donc des r\u00f4les sociaux \u2013 qui sont impliqu\u00e9es, la situation se fait diff\u00e9rente. Aucune face n\u2019est atteinte dans le cas des supporters : comme l\u2019explique Fracchiolla (2013 : 31) \u00e0 propos des d\u00e9bats entre hommes et femmes politiques, \u00ab\u00a0ce qui diff\u00e9rencie l\u2019agression de la violence verbale est que l\u2019agression demeure dans un cadre s\u00e9cure\u00a0\u00bb, o\u00f9 l\u2019attaque vise une fonction publique, un r\u00f4le, et non la personne en tant qu\u2019individu.<\/p>\n<p>Or, c\u2019est le cas des banderoles homophobes. Elles parlent \u00e0 une collectivit\u00e9<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> qui est saisie dans l\u2019exercice de ses fonctions publiques, et le font au sein d\u2019une repr\u00e9sentation ritualis\u00e9e dont les th\u00e8mes et les identit\u00e9s sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablies. Elles s\u2019ins\u00e8rent \u00e0 plein titre dans l\u2019ordre du rite, qui comporte \u00ab\u00a0une configuration spatiale, un protocole, un sc\u00e9nario programm\u00e9, des canaux [\u2026], des codes [\u2026], des formes rh\u00e9toriques, des styles d&#8217;apparence des principaux acteurs [\u2026], des commentaires pr\u00e9alables, une ex\u00e9g\u00e8se ult\u00e9rieure qui encadrent l&#8217;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb (BROMBERGER 1990 : en ligne). Pourtant, elles appartiennent \u00e9galement \u00e0 l\u2019ordre de la ritualisation, comme c\u2019est le cas dans les parades d\u2019animaux \u00ab\u00a0o\u00f9 l\u2019on mesure sa force l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre, tout en \u00e9vitant en g\u00e9n\u00e9ral de se blesser\u00a0\u00bb et qui ont le but de revendiquer le contr\u00f4le d\u2019une ressource (FRACCHIOLLA 2013 : 23) \u2013 dans le cas des ultras, le territoire g\u00e9ographique et symbolique du stade. Les insultes sont des performances tr\u00e8s ritualis\u00e9es, qui n\u2019ont pas pour but de blesser l\u2019adversaire. Il s\u2019agit donc d\u2019une conduite agressive et non pas violente contre le groupe adverse insult\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire contre la <em>cible explicite<\/em> des insultes homophobes.<\/p>\n<h4 id=\"v11-un-cas-de-ridiculisation-v\">V.1.1 Un cas de ridiculisation violente<\/h4>\n<p>La d\u00e9fense du vocabulaire utilis\u00e9 et surtout des normes communicatives ritualis\u00e9es passe, comme on l\u2019a vu, par la ridiculisation de la lutte men\u00e9e par les institutions, per\u00e7ue comme une bataille hors lieu et hors mesure.<\/p>\n<p>Quelques banderoles montrent un cot\u00e9 moqueur, dans une posture quelque peu enfantine :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Chez nous, pas d\u2019homophobie \/ la Ligue, la Ligue on t\u2019adule \/ la Ligue, la Ligue on t\u2019accule\u00a0\u00bb (Nemausus, N\u00eemes) (v. image\u00a01)<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans la plupart des cas, la mise en ridicule des accusations d\u2019homophobie fait recours \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s divers : (a) la banderole d\u00e9nonce le c\u00f4t\u00e9 sp\u00e9cieux des interdictions, comme le font les banderoles analys\u00e9es dans le chapitre V.1 plus haut ; ou elle (b) demande de porter attention \u00e0 des infractions de l\u2019ordre social et moral bien plus graves, qui caract\u00e9riseraient les adversaires et qu\u2019il serait donc capital de d\u00e9noncer au lieu de se pencher sur des \u00e9pisodes d\u2019homophobie pr\u00e9sum\u00e9e :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Pas de probl\u00e8me d\u2019homophobie \u00e0 Lyon, juste de la p\u00e9dophilie \u00bb (supporters st\u00e9phanois)<\/p><\/blockquote>\n<p>Une troisi\u00e8me strat\u00e9gie (c) consiste \u00e0 piocher dans le champ s\u00e9mantique de l\u2019homosexualit\u00e9 en gardant le sens m\u00e9taphorique de la p\u00e9n\u00e9tration anale (forc\u00e9e) comme acte de soumission violente des autorit\u00e9s envers les supporters :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab LFP, on ne risque pas d&#8217;\u00eatre homophobes \u00e0 se faire enculer \u00e0 longueur d\u2019ann\u00e9e avec vos arr\u00eat\u00e9s !!! \u00bb (Merlus Ultras, Lorient)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u00ab Vous nous prenez pour des animaux ! \u00cates-vous zoophiles ? \u00bb (supporters st\u00e9phanois)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u00ab Bienvenue au groupe INEOS<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>, \u00e0 Nice aussi on aime la p\u00e9dale !\u00a0\u00bb (Populaire Sud, OGC Nice)<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans la derni\u00e8re banderole, le mot \u00ab\u00a0p\u00e9dale\u00a0\u00bb est peint aux couleurs de l\u2019arc-en-ciel, un choix communicatif que l\u2019on retrouve dans deux autres banderoles sign\u00e9es par la Populaire Sud, supporters de l\u2019OGC Nice (images 2-4). Ce sous-groupe de banderoles nous semble m\u00e9riter une attention particuli\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Bienvenue au groupe INEOS, \u00e0 Nice aussi on aime la p\u00e9dale !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0OM<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a> : Supporter un club LGBT pour lutter contre l\u2019homophobie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0LFP \/ Instances : des parcages pleins pour des matchs plus gay\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Dans ces banderoles, les mots \u00ab\u00a0p\u00e9dale\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0club LGBT\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0gay\u00a0\u00bb sont tous \u00e9crits aux couleurs de l\u2019arc-en-ciel<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Ces couleurs repr\u00e9sentent la lutte pour les droits de la communaut\u00e9 LGBTQ+, ce qui permet d\u2019associer les trois mots \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 de mani\u00e8re imm\u00e9diate, avec un langage iconique qui ne tient pas compte des connotations et des usages. Aucune diff\u00e9rence n\u2019est pos\u00e9e entre deux substantifs utilis\u00e9s dans le cadre de l\u2019autonomination de la communaut\u00e9 (\u00ab\u00a0LGBT\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0gay\u00a0\u00bb) et un terme injurieux servant une h\u00e9t\u00e9ronomination discriminatoire (\u00ab\u00a0p\u00e9dale\u00a0\u00bb). Toute fronti\u00e8re entre forme injurieuse et forme respectueuse, entre l\u00e9gitime et interdit, est brouill\u00e9e par le biais d\u2019un moyen visuel qui impose une pr\u00e9tendue \u00e9quivalence.<\/p>\n<p>En outre, l\u2019utilisation des couleurs arc-en-ciel soustrait tout sens originaire au symbole, qui est investi d\u2019autres significations. Ce proc\u00e9d\u00e9 correspond \u00e0 la parodie, un processus de retournement et d\u2019inversion d\u2019un discours qui reste pourtant reconnaissable m\u00eame dans des formes travesties (BERTRAND 2006). D\u2019apr\u00e8s Freud (1988), la parodie a pour but la \u00ab\u00a0d\u00e9gradation\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0ce qui est haut plac\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; dans ce cas, la Populaire Sud bouleverse l\u2019\u00e9chelle de valeurs \u00e9tablie par le discours institutionnel, qui pose le respect des identit\u00e9s LGBTQ+ comme une valeur positive. En s\u2019appropriant un symbole dont ils renversent et parodient le sens, la Populaire Sud commet une violence homophobe d\u2019ordre symbolique.<\/p>\n<h3 id=\"v2-entre-d\u00e9nonciation-de-la-d\">V.2 Entre d\u00e9nonciation de la domination symbolique et \u00e9chos populistes<\/h3>\n<p>Plusieurs banderoles pr\u00e9sentes dans le corpus accusent les autorit\u00e9s de mener une campagne r\u00e9pressive contre le mouvement des ultras et des supporters<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>, d\u00e9j\u00e0 frapp\u00e9s par d\u2019autres interdictions (interdiction d\u2019allumage des fumig\u00e8nes, parfois de d\u00e9placement) et des sanctions (amendes, huis clos, garde \u00e0 vue). Les banderoles qui expriment cette vision dans le cadre d\u2019une revendication des propos homophobes se rallient parfois \u00e0 cette vision\u00a0; dans ce chapitre, pourtant, nous analyserons les banderoles qui d\u00e9noncent de mani\u00e8re explicite la connexion entre lutte contre l\u2019homophobie et la r\u00e9pression-oppression des supporters.<\/p>\n<p>Plusieurs traits rapprochent ces banderoles d\u2019un cadre interpr\u00e9tatif de type populiste (ROSANVALLON 2020). La narration qui \u00e9merge des banderoles est la suivante : un groupe est priv\u00e9 de ses droits et\/ou de ses ressources au profit d\u2019un groupe \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb qui vient de l\u2019ext\u00e9rieur (1) ; le sentiment de d\u00e9possession se manifeste dans des repr\u00e9sentations qui renversent la relation oppresseur-opprim\u00e9 entre les deux groupes (2) ; la d\u00e9possession est imput\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite, \u00e0 laquelle le groupe ne fait plus confiance du fait de sa corruption (3) ; les discours du groupe d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 sont caract\u00e9ris\u00e9s par l\u2019expression non contr\u00f4l\u00e9e de contenus tabous (4). Dans les paragraphes suivants, nous isolons chaque \u00e9l\u00e9ment pour permettre une analyse plus fine.<\/p>\n<p><em>Attaque aux ressources <\/em><\/p>\n<p>Les sanctions qui condamnent les propos homophobes dans les stades sont pr\u00e9sent\u00e9es comme l\u2019\u00e9ni\u00e8me d\u00e9marche r\u00e9pressive des autorit\u00e9s. Les supporters d\u00e9noncent une attaque ill\u00e9gitime \u00e0 leurs pratiques langagi\u00e8res qui sont devenues un sujet \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb, mot employ\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 suivant dans le sens de \u00ab\u00a0\u00e9loign\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, \u00ab int\u00e9ress\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0n\u2019appartenant qu\u2019\u00e0 une \u00e9lite\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Le \/ Football se perd \/ Politique est leur sujet \/ Pd encul\u00e9 \/ Dites-vous que c\u2019est notre vocabulaire\u00a0\u00bb (supporters st\u00e9phanois)<\/p><\/blockquote>\n<p>Les initiales des banderoles forment le sigle LFPPD, correspondant \u00e0 \u00ab\u00a0Ligue de Football Professionnel \u2018p\u00e9d\u00e9\u2019\u00a0\u00bb. Le sigle incorrect attire l\u2019attention sur l\u2019effet d\u2019\u00e9cho du mot \u00ab\u00a0interdit\u00a0\u00bb, l\u2019interdiction venant d\u2019une \u00e9lite \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb tr\u00e8s distante du monde du football. Les autorit\u00e9s semblent alors vouloir imposer leurs normes langagi\u00e8res depuis une position d\u2019extran\u00e9it\u00e9 totale \u00e0 la culture du stade\u00a0; une position qui correspond \u00e0 des lieux d\u2019expression privil\u00e9gi\u00e9e, auxquels les supporters ne peuvent pas acc\u00e9der, comme le d\u00e9clare la banderole suivante :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0PARIS SAINT-GERMAIN, LFP, laissez-moi te chanter, d\u2019aller te faire enmmm\u2026 Je passerai pas \u00e0 la TV parce que mes mots ne sont pas tr\u00e8s gais\u00a0\u00bb (Gradins Populaire Ouest, Metz)<\/p><\/blockquote>\n<p>La banderole s\u2019inspire de la chanson \u00ab\u00a0Balance ton quoi\u00a0\u00bb de la chanteuse belge Ang\u00e8le, dans un renversement du sens qui est d\u2019autant plus grand que la chanson d\u2019Ang\u00e8le d\u00e9nonce tout comportement sexiste et machiste. En m\u00eame temps, cette strat\u00e9gie permet aux supporters de se repr\u00e9senter en tant qu\u2019exclus du m\u00e9dia par excellence, la t\u00e9l\u00e9vision. Une s\u00e9paration nette est trac\u00e9e entre les supporters, qui se revendiquent d\u2019un vocabulaire \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb (comme l\u2019on nommait autrefois les virages), et la culture h\u00e9g\u00e9monique des institutions.<\/p>\n<p>Les deux groupes parlent deux langues diff\u00e9rentes : l\u2019une, celle des institutions, jouit d\u2019un capital linguistique et culturel plus grand, qui lui donne acc\u00e8s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ; l\u2019autre, dont le capital linguistique, symbolique et culturel a moins d\u2019espace et moins de poids sur la sc\u00e8ne publique, a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 d\u00e9fendre la possibilit\u00e9 de s\u2019exprimer dans son territoire, le stade. C\u2019est bien l\u00e0 que le discours de supporter jouit d\u2019une plus grande capacit\u00e9 \u00e0 se faire entendre et \u00e0 \u00eatre reconnu des interlocuteurs.<\/p>\n<p>La ligne est \u00e9galement trac\u00e9e entre le politiquement correct des m\u00e9dias traditionnels et des institutions, dont les choix s\u00e9mantiques sont vus comme une mani\u00e8re de \u00ab\u00a0changer les repr\u00e9sentations sociales\u00a0\u00bb (M\u00c4\u00c4TT\u00c4, ROMAIN, SINI 2021 : 114). Au contraire, les supporters se positionnent sur l\u2019axe du \u00ab\u00a0franc-parler\u00a0\u00bb, de l\u2019expression \u00ab\u00a0sans entrave contre ce que l\u2019on consid\u00e8re une police de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>). Ainsi, le conflit entre ces deux langues se configure comme un conflit autour des d\u00e9finitions (\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019une discrimination? \u00bb ; \u00ab Qui sont les sujets discrimin\u00e9s ? \u00bb), ce qui correspond \u00e0 la d\u00e9finition de lutte symbolique. Cette banderole, qui reproduit l\u2019entr\u00e9e d\u2019un vocabulaire, en t\u00e9moigne (v. image 2) :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Banderoles sur l\u2019homophobie : alors on n\u2019attend pas les <em>[Magic Fans]<\/em> \/ Encul\u00e9 : nom masculin terme vulgaire utilis\u00e9 par les minist\u00e8res pour casser le cul aux supporters \/ Football :\/ Nom masculin \/ Sport populaire \/ g\u00e9r\u00e9 par des mercenaires \/ tu\u00e9 par les minist\u00e8res\u00a0\u00bb (supporters st\u00e9phanois)<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9nonc\u00e9 s\u2019ouvre avec un titre \u00e0 structure bisegmentale avec deux points, ce qui caract\u00e9rise plusieurs banderoles. Ce proc\u00e9d\u00e9, emprunt\u00e9 aux conventions de la presse, contribue \u00e0 cr\u00e9er ou \u00e0 convoquer des \u00ab\u00a0dossiers\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0faits du jour\u00a0\u00bb (BOSREDON, TAMBA 1992). C\u2019est le cas de la premi\u00e8re partie de l\u2019\u00e9nonc\u00e9. Dans le reste de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, la structure bisegmentale renvoie au genre du vocabulaire, avec des mots-clefs suivis des d\u00e9finitions. Il s\u2019agit d\u2019une op\u00e9ration de d\u00e9coupage de l\u2019espace conceptuel et de ce qu\u2019on pourrait appeler une <em>contre-nomination<\/em>\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019op\u00e9ration vise les normes langagi\u00e8res qui envahissent l\u2019espace des supporters ; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les nouvelles d\u00e9finitions, plac\u00e9es dans le cadre \u00e9nonciatif du stade, attirent l\u2019attention sur les enjeux cach\u00e9s et sur la d\u00e9marche per\u00e7ue de purification du langage de la part des institutions, qui d\u00e9coulent d\u2019une volont\u00e9 de r\u00e9primer les supporters. Selon les auteurs de cette banderole, l\u2019intervention sur le vocabulaire des supporters s\u2019inscrirait donc dans le cadre d\u2019une d\u00e9possession plus vaste : la soustraction du jeu du football. Le premier adjectif choisi pour qualifier ce mot est \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019un <em>topos <\/em>du supporterisme. Les supporters (en t\u00e9moignent les gadgets vendus par les groupes) \u00e9voquent avec nostalgie une \u00e9poque \u00ab\u00a0originelle\u00a0\u00bb, quand le football \u00e9tait plus simple, plus pur et non asservi aux int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques des diffuseurs, des grandes \u00e9quipes et des joueurs surpay\u00e9s. Les supporters se plaignent de la perversion du football moderne, que se sont appropri\u00e9 des \u00e9lites incomp\u00e9tentes et, surtout, \u00ab\u00a0mercenaires\u00a0\u00bb. Des leaders corrompus, qui n\u2019ont pas d\u2019id\u00e9aux et qui condamnent le football \u00e0 sa mort par la main des minist\u00e8res.<\/p>\n<p><em>Renversement de la relation oppresseurs-opprim\u00e9s<\/em><\/p>\n<p>Un renversement de la relation oppresseurs-opprim\u00e9s et de la condition de \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb est pr\u00e9sent\u00e9 dans plusieurs banderoles\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Stop \u00e0 l\u2019ultraphobie\u00a0\u00bb (Collectif Ultras Paris, Paris Saint-Germain)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand on veut se d\u00e9barrasser des ultras, on les accuse d\u2019homophobie\u00a0\u00bb (Ultrem 1995, Reims)<\/p><\/blockquote>\n<p>Les supporters portent au jour un malentendu sur ce que signifie d\u2019\u00eatre discrimin\u00e9 dans les stades :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab \u00catre interdit de d\u00e9placement, pointer au commissariat sans jugement, faire de la GAV pour avoir soutenu son \u00e9quipe&#8230; voil\u00e0 les vraies discriminations dans les stades fran\u00e7ais\u00a0! \u00bb (Brigade Loire, Nantes)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La LFP se sert de l&#8217;homophobie \/ pour sodomiser nos libert\u00e9s ! \/ A Paris vous avez toujours des pr\u00e9textes \/ en Bois de Boulogne \/ pour nous la mettre&#8230;\u00a0\u00bb (Winners, Olympique Marseille)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le doute reste sur les raisons du malentendu : ne serait-il une mystification consciente de la part des autorit\u00e9s ? On pourrait se demander, <em>cui prodest\u00a0<\/em>? Quelques banderoles cherchent \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cet interrogatif en \u00e9voquant des int\u00e9r\u00eats propres \u00e0 la politique.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Arr\u00eat\u00e9s, homophobie\u00a0: le championnat de la D\u00e9magogie a repris lui aussi\u00a0\u00bb (Collectif Ultras Paris, Paris Saint-Germain)<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais il ne s\u2019agit pas que de propagande \u00e9lectorale. La r\u00e9pression polici\u00e8re et la confiscation de la culture des supporters pourraient profiter \u00e0 d\u2019autres groupes, amenant \u00e0 une transformation de l\u2019univers des supporters\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0LFP \/ Instances : des parcages pleins pour des matchs plus gay\u00a0\u00bb (Populaire Sud, OGC Nice)<\/p><\/blockquote>\n<p>La relation entre perte de la libert\u00e9 et homosexualit\u00e9 contribue \u00e0 d\u00e9finir les supporters comme les v\u00e9ritables victimes de la man\u0153uvre des institutions. Cibl\u00e9s par des attaques externes, les supporters risquent de perdre leur territoire et leur identit\u00e9.<\/p>\n<p>On peut reconna\u00eetre dans ces banderoles des \u00e9l\u00e9ments propres aux discours populistes, notamment ceux qui s\u2019inspirent de la th\u00e9orie du Grand Remplacement de Renaud Camus. Il s\u2019agit de peurs \u00ab\u00a0identitaires\u00a0\u00bb, nourries par le sentiment \u00ab\u00a0d\u2019une invasion, d\u2019une d\u00e9sidentification, d\u2019un d\u00e9classement et d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb (CHARAUDEAU 2016\u00a0: 37) qui menacent le groupe natif.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><em>M\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une \u00e9lite corrompue<\/em><\/p>\n<p>La m\u00e9fiance envers les institutions s\u2019accompagne d\u2019une d\u00e9nonciation de leur hypocrisie. L\u2019appui donn\u00e9 par la Ministre des Sports fran\u00e7aise \u00e0 la Coupe du Monde au Qatar en 2022 a soulign\u00e9 une contradiction entre la d\u00e9fense des droits LGBTQ+ dans les stades de France, et une totale indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la situation des droits humains au Qatar, o\u00f9 l\u2019homosexualit\u00e9 est punie de mort.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Roxana, tu parleras d\u2019homophobie au Qatar en 2022 ?\u00a0\u00bb (Lyon 1950, Olympique Lyon)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Coupe du Monde au Qatar, les stades sont-ils homologays\u00a0?\u00a0\u00bb (Gradins Populaires Ouest et Gruppa Metz, Metz)<\/p>\n<p>\u00ab FIFA, Roxana, Schiappa : l\u2019homophobie n\u2019est-elle grave que sans p\u00e9trodollars ? \u00bb (Kop Virage Nord, Olympique Lyon)<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019indiff\u00e9rence des institutions est mise en relation avec la corruption : face aux \u00ab\u00a0p\u00e9trodollars\u00a0\u00bb, personne n\u2019ose mentionner les droits LGBTQ+.<\/p>\n<p>Deux \u00e9l\u00e9ments se r\u00e9p\u00e8tent : la corruption des \u00e9lites d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et, de l\u2019autre, la translation, dans l\u2019engagement contre l\u2019homophobie, d\u2019une cible l\u00e9gitime (le Qatar) \u00e0 une cible innocente (les supporters).<\/p>\n<p>Le sentiment de d\u00e9ception \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9lites concerne \u00e9galement les leaders cens\u00e9s repr\u00e9senter le peuple des stades, \u00e0 savoir les repr\u00e9sentants des institutions du football et les directions des clubs\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Gestion des supporters \/ vous \u00eates largay \/les ultras sont catalogay \/ le football est fatigay \/ arretez d\u2019\u00e9pilogay \/ c\u2019est avant qu\u2019il fallait dialogay. Mais qu\u2019en pense le d\u00e9l\u00e9gay ?\u00a0\u00bb (Red Kaos, Grenoble)<\/p><\/blockquote>\n<p>La rime et l\u2019orthographe chamboul\u00e9e de tous les mots en fin de banderole, qui sert de mise en relief, cr\u00e9ent un effet de paroxysme. Le lecteur est presque \u00e9puis\u00e9 par la r\u00e9p\u00e9tition insens\u00e9e (et c\u2019est l\u00e0 le point) du mot \u00ab\u00a0gay\u00a0\u00bb\u00a0; ce proc\u00e9d\u00e9 stylistique reproduit la sensation d\u2019\u00e9puisement des supporters (d\u00e9j\u00e0 opprim\u00e9s, puisque \u00ab\u00a0catalogu\u00e9s\u00a0\u00bb par les forces de l\u2019ordre) face \u00e0 une obsession qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec le d\u00e9bat entre les dirigeants et les supporters. Une derni\u00e8re banderole suit le m\u00eame fil rouge, en accusant les dirigeants d\u2019incomp\u00e9tence :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Votre nouvelle pseudo lutte contre l\u2019homophobie ne masquera pas votre incomp\u00e9tence en termes de gestion des supporters\u00a0\u00bb (Ultra Boys, Racing Club Strasbourg)<\/p><\/blockquote>\n<p>Les \u00e9lites s\u2019av\u00e8rent ainsi incapables de remplir leurs fonctions de gestion et de d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats du peuple des stades\u00a0; leur ralliement \u00e0 une \u00ab\u00a0pseudo lutte\u00a0\u00bb peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une trahison des attentes des supporters.<\/p>\n<p><em>Expression de contenus tabous<\/em><\/p>\n<p>Certains auteurs (BROMBERGER 1988 ; LESTRELIN 2020) ont voulu voir dans les propos outranciers des supporters une rupture des contraintes du quotidien, en ligne avec une interpr\u00e9tation du football comme d\u2019un hybride entre spectacle et rite (BROMBERGER 1990, 1995, 2020\u00a0; MIGNON 1998)\u00a0: en tant que spectacle, le supporterisme se nourrit de l\u2019originalit\u00e9 et de l\u2019audace des performances, l\u2019immutabilit\u00e9 apotropa\u00efque des performances sacr\u00e9es n\u2019appartenant pas aux \u00e9volutions des supporters dans les virages ; en tant que rite, le supporterisme permettrait la mise en sc\u00e8ne d\u2019\u00e9motions autrement refoul\u00e9es (BROMBERGER 1995).<\/p>\n<p>Pourtant, cette interpr\u00e9tation nous semble quelque peu na\u00efve, surtout \u00e0 l\u2019\u00e9poque des r\u00e9seaux sociaux o\u00f9 des discours autrefois tabous prolif\u00e8rent en permettant tout type de d\u00e9bridement path\u00e9mique\u00a0: indignation, col\u00e8re, haine peuvent trouver leur place dans les collectivit\u00e9s num\u00e9riques. On est \u00e9galement loin des provocations langagi\u00e8res propres aux mouvements contestataires des ann\u00e9es 1960 et 1970, quand la trivialit\u00e9 de certains slogans servait \u00e0 d\u00e9masquer les hypocrisies de la classe intellectuelle et bourgeoise (ORKIBI 2013). Les supporters, au contraire, d\u00e9fendent des habitudes discursives qui n\u2019ont rien de transgressif, ni de r\u00e9volutionnaire. De quelle lib\u00e9ration s\u2019agit-il, donc\u00a0? La d\u00e9fense d\u2019une perspective machiste et discriminante est une d\u00e9fense du statu quo qui ne va avancer aucune direction \u00e9mancipatrice\u00a0: quand il s\u2019agit de phrases discriminantes, la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb de la parole co\u00efncide avec une libert\u00e9 h\u00e9doniste et singuli\u00e8re, incapable d\u2019entrer en relation avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, celle-ci \u00e9tant seulement fantasm\u00e9e dans l\u2019espace contraignant d\u2019un imaginaire re\u00e7u. Cette lib\u00e9ration serait donc une libert\u00e9 sans-responsabilit\u00e9s qui ne songe pas aux cons\u00e9quences de son dire, ce qui serait plut\u00f4t une \u00ab\u00a0cause-effet du n\u00e9opopulisme\u00a0\u00bb (SANTERINI 2021\u00a0: 70).<\/p>\n<h3 id=\"v3-revendication-des-valeurs-a\">V.3 Revendication des valeurs anti-homophobe et r\u00e9action \u00e0 la domination symbolique<\/h3>\n<p>Les banderoles analys\u00e9es jusqu\u2019ici nient toute l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 la lutte contre l\u2019homophobie, vue comme un pr\u00e9texte pour r\u00e9primer les ultras. En revanche, d\u2019autres banderoles soulignent l\u2019importance du th\u00e8me. Il s\u2019agit de six banderoles qui expriment de mani\u00e8re claire une posture anti-homophobe. Elles d\u00e9noncent le traitement d\u2019une juste bataille de la part des autorit\u00e9s du football et de l\u2019\u00c9tat :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0LFP, Ministres : l\u2019homophobie est un vrai sujet \u2026 et vous le ridiculisez !\u00a0\u00bb (Malherbe Normandy Kop, Le Havre)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous faire la le\u00e7on sur la pr\u00e9tendue homophobie de nos tribunes apr\u00e8s \u00eatre all\u00e9 promouvoir le sport fran\u00e7ais au Qatar ? Vous nous prenez vraiment pour des cons\u00a0!\u00a0\u00bb (Brigade Loire, Nantes)<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019opposition vous\/nous qui sous-tend plusieurs banderoles est particuli\u00e8rement parlante dans cet exemple :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Chez nous ni racisme ni homophobie, chez vous incomp\u00e9tence et connerie\u00a0\u00bb (Gladiators N\u00eemes, N\u00eemes)<\/p><\/blockquote>\n<p>Ces groupes ultras se revendiquent des valeurs antiracistes et anti-homophobes qui ne seraient pas partag\u00e9es par des institutions \u00e0 la fois incomp\u00e9tentes et b\u00eates, des institutions qui se trompent de cible. Les ultras ne peuvent pas se reconna\u00eetre dans les accusations d\u2019homophobie qui les frappent. Une banderole r\u00e9agit avec du m\u00e9pris \u00e0 l\u2019image d\u00e9form\u00e9e renvoy\u00e9e par les institutions.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Racistes, homophobes et bient\u00f4t cannibales : tremble Marl\u00e8ne<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a> \u00bb (Ultramarines, Girondins de Bordeaux)<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019hyperbole cr\u00e9\u00e9e par le <em>crescendo <\/em>p\u00e9joratif des substantifs ridiculise les accusations d\u2019homophobie en \u00e9voquant la d\u00e9formation ultime : le cannibale, figure hybride entre l\u2019humain et l\u2019animal, entre le civilis\u00e9 et le primitif.<\/p>\n<p>Un conflit autour du pouvoir symbolique se joue autour de la d\u00e9finition d\u2019homophobie aussi bien que des groupes ultras. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des dirigeants, les institutions politiques occupent une position de dominants dans le champ politique, qui leur permet de p\u00e9n\u00e9trer dans un autre champ pour imposer leur pouvoir d\u00e9finitoire. Ces derni\u00e8res banderoles repr\u00e9sentent autant de formes de r\u00e9volte contre l\u2019imposition h\u00e9t\u00e9rodirecte d\u2019une d\u00e9finition de soi-m\u00eame. Si le dominant est \u00ab\u00a0celui qui est capable d\u2019imposer sa propre d\u00e9finition de lui-m\u00eame\u00a0\u00bb (BOURDIEU 2015 : 55), les ultras se pr\u00e9sentent comme des domin\u00e9s qui cherchent \u00e0 rectifier une narration tordue sur leur culture. L\u2019enjeu, c\u2019est la reconnaissance de la part des Autres de son identit\u00e9, donc la revendication d\u2019un capital symbolique, cette \u00ab\u00a0forme d\u2019\u00eatre per\u00e7u qui implique de la part de ceux qui per\u00e7oivent une reconnaissance de celui qui est per\u00e7u\u00a0\u00bb (BOURDIEU 2015 : 131)<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"vi-et-les-supporters-lgbtq--\">VI. Et les supporters LGBTQ+ ?<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans les banderoles analys\u00e9es jusqu\u2019ici, et dans le d\u00e9bat en g\u00e9n\u00e9ral, il manque un acteur fondamental : ce sont les supporters qui ne se reconnaissent pas dans une identit\u00e9 de genre binaire ou dans une orientation sexuelle h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Dans les rares banderoles qui se rallient \u00e0 la lutte anti-homophobie, les identit\u00e9s LGBTQ+ sont nomm\u00e9es :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Instrumentalisation d\u2019une lutte l\u00e9gitime par des opportunistes. Courage aux LGBT+ et nique la LFdP !\u00a0\u00bb (Merlus Ultras, Lorient)<\/p><\/blockquote>\n<p>Pourtant, les identit\u00e9s non-normatives sont toujours un \u00ab\u00a0eux\u00a0\u00bb qui est pos\u00e9 comme un sujet externe au groupe ultras. C\u2019est justement cette mentalit\u00e9 qui rend possible la justification des propos homophobes comme insultes rituelles d\u00e9munies de force destructrice. Nous avons parl\u00e9, \u00e0 ce propos, de \u00ab\u00a0cible explicite\u00a0\u00bb\u00a0des insultes : le destinataire pos\u00e9 par les auteurs des banderoles injurieuses. Et pourtant, il y a toujours un r\u00e9f\u00e9rent cach\u00e9. Il s\u2019agit des individus qui se reconnaissent dans l\u2019identit\u00e9 ou dans la pratique qui est mobilis\u00e9e pour blesser, diminuer, attaquer les adversaires. Une cible implicite, r\u00e9f\u00e9rentielle, qui n\u2019est jamais pr\u00e9sente sur la sc\u00e8ne m\u00eame lorsqu\u2019on exprime de la solidarit\u00e9. Les supporters LGBTQ+ ne prennent jamais la parole pour signifier leur pr\u00e9sence, ce qui s\u2019explique par l\u2019h\u00e9g\u00e9monie d\u2019une masculinit\u00e9 normative qui rend si difficile d\u2019\u00eatre ultra si on ne peut ou si on ne veut pas s\u2019y reconna\u00eetre. Un seul groupe ose parler \u00e0 la premi\u00e8re personne plurielle et ainsi briser l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 identitaire. Ce sont les Ultramarines (Bordeaux), qui affirment :<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab <\/em>Nous sommes gays, h\u00e9t\u00e9ros, lesbiennes, trans\u2026 et ensemble on nique tous ceux qui veulent nous faire taire\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Les Ultramarines disent \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, ils disent \u00ab\u00a0ensemble\u00a0\u00bb\u00a0: ils se repr\u00e9sentent comme un groupe uni par leur lutte contre le silence impos\u00e9 par les dominants. C\u2019est le seul cas o\u00f9 l\u2019on entend une polyphonie de voix\u00a0au lieu de l\u2019identit\u00e9 homog\u00e8ne affich\u00e9e par les autres banderoles\u00a0: plusieurs identit\u00e9s se fondent pour la cause commune, le seul cas de v\u00e9ritable lutte contre l\u2019homophobie.<\/p>\n<h2 id=\"vii-conclusion\">VII. Conclusion<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le corpus montre la multiplicit\u00e9 des approches des supporters face aux sanctions contre les discours homophobes\u00a0: de la revendication des propos homophobes, justifi\u00e9s en termes de\u00a0tradition et de rite, \u00e0 la solidarit\u00e9 avec les victimes de l\u2019homophobie. On fera quelques remarques conclusives sur la nature des relations discursives des supporters entre eux et avec les autres acteurs concern\u00e9s : quand a-t-on affaire \u00e0 la violence ?<\/p>\n<p>Le cadre g\u00e9n\u00e9ral du d\u00e9bat autour de l\u2019homophobie dans les stades, donc de l\u2019affrontement entre institutions et supporters, peut \u00eatre analys\u00e9 dans les termes d\u2019une <em>lutte contre la domination symbolique<\/em>. Les supporters s\u2019engagent pour conserver leurs pratiques langagi\u00e8res et leurs d\u00e9finitions de ce qui constitue une discrimination homophobe, tout en d\u00e9fendant la validit\u00e9 d\u2019un cadre de valeurs identitaires. Il s\u2019agit donc de faire valoir leur capital symbolique et linguistique.<\/p>\n<p>Les propos homophobes lanc\u00e9s contre les supporters adverses sont un cas d\u2019<em>agression<\/em> : une forme de parade qui s\u2019inscrit dans un rite de la virilit\u00e9 normative. Les interlocuteurs se trouvent dans une position de parit\u00e9, ce qui leur permet d\u2019\u00e9changer sur le m\u00eame ton en s\u2019adressant \u00e0 une identit\u00e9 de groupe, qui sert une fonction publique, et non \u00e0 une identit\u00e9 personnelle. Pourtant, ces propos posent en m\u00eame temps un r\u00e9f\u00e9rent cach\u00e9, les homosexuels (tels qu\u2019ils sont per\u00e7us dans l\u2019imaginaire des stades) : ils sont la cible r\u00e9f\u00e9rentielle des insultes, une cible qui n\u2019a pas le droit de s\u2019exprimer.<\/p>\n<p>Combien de personnes se sentent-elles concern\u00e9es par les insultes scand\u00e9es par leurs potes et n\u2019osent rien dire ? C\u2019est dans cette n\u00e9gation, et de la parole, et de la possibilit\u00e9 d\u2019exister diff\u00e9remment, que se situe la <em>violence<\/em>. On a d\u00e9pass\u00e9 la \u00ab\u00a0fronti\u00e8re distincte entre agression et violence\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le maintien d\u2019un \u00ab\u00a0sens relationnel\u00a0\u00bb (FRACCHIOLLA 2013). Ce sens relationnel nous permet de voir l\u2019Autre et \u00e0 l\u2019Autre de se manifester tel qu\u2019il est. Or, dans le cas des propos homophobes dans les stades, l\u2019Autre est invisible. L\u2019homosexuel, ainsi que toutes les autres identit\u00e9s non conventionnelles, n\u2019existe qu\u2019en dehors du cadre du supporterisme. Ce type de violence touche au syst\u00e8me symbolique, mais en m\u00eame temps elle risque de le d\u00e9passer. La prise de parole sur la sc\u00e8ne publique et l\u2019identit\u00e9 de l\u2019Autre deviennent invisibles, elles n\u2019ont pas le droit d\u2019exister. Comme l\u2019explique Hannah Arendt dans <em>Les origines du totalitarisme <\/em>(1967[2009]), la privation du droit de parler sur la sc\u00e8ne publique, donc d\u2019appara\u00eetre dans le monde social, d\u00e9shumanise. Ainsi, la violence atteint son paroxysme \u2013 m\u00eame si les agresseurs n\u2019y voient qu\u2019une blague \u00ab\u00a0innocente\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2 id=\"--r\u00e9f\u00e9rences-bibliographique\"><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"r\u00e9f\u00e9rences-bibliographiques\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ARENDT, Hannah, <em>Le origini del totalitarismo<\/em>, Torino, Einaudi, \u00e9dition italienne 1967 [2009].<\/p>\n<p>BERTRAND, Dominique, \u00ab Introduction : \u00c9tat des lieux \u00bb, <em>Seizi\u00e8me Si\u00e8cle<\/em>, n. 2, 2006, p. 7-19.<\/p>\n<p>BONJOUR, <strong>Th\u00e9ophile<\/strong>,\u00a0\u00ab\u00a0Quand la foule chante \u2018 On est l\u00e0\u00a0! \u2019\u00a0\u00bb,\u00a0<em>G\u00e9ographie et cultures<\/em>\u00a0[En ligne], n. 111, 2019. Consult\u00e9 le\u00a027 ao\u00fbt 2021.<\/p>\n<p>BOSREDON, Bernard, TAMBA, Ir\u00e8ne, \u00ab\u00a0Th\u00e8me et titre de presse : Les formules bisegmentales articul\u00e9es par un \u2018deux points\u2019 \u00bb, in\u00a0<em>L\u2019Information Grammaticale<\/em>, n. 54, 1992, p. 36-44.<\/p>\n<p>BOURDIEU, Pierre, <em>Sociologie g\u00e9n\u00e9rale. Vol. I. Cours au Coll\u00e8ge de France (1981-1983)<\/em>, Paris, Points, 2015.<\/p>\n<p>BOURDIEU, Pierre, <em>La Distinction. Critique sociale du jugement<\/em>, Paris, Minuit, 1979.<\/p>\n<p>BROMBERGER, Christian, \u00ab Sur les gradins, on rit&#8230; aussi parfois. Fac\u00e9tie et moquerie dans les stades de football \u00bb, <em>Le Monde alpin et rhodanien. Revue r\u00e9gionale d&#8217;ethnologie<\/em>, n. 3-4, 1988, p. 137-156.<\/p>\n<p>BROMBERGER, Christian, \u00ab\u00a0Para\u00eetre en public\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Terrain<\/em>\u00a0[En ligne], n. 15, 1990, mis en ligne le 09 juillet 2007. Consult\u00e9 le 27 ao\u00fbt 2021.<\/p>\n<p>BROMBERGER, Christian, \u00ab Football as World-View and as Ritual \u00bb, <em>French Cultural Studies<\/em>, n. 6, 18, 1995, p. 293-311.<\/p>\n<p>BROMBERGER, Christian, \u00ab Le football aujourd&#8217;hui entre fiert\u00e9 urbaine et globalisation \u00bb, document en ligne, <a href=\"https:\/\/www.academia.edu\/30284375\/Le_football_aujourd_hui_entre_fierte_urbaine_et_globalisation_docx?email_work_card=view-paper\">https:\/\/www.academia.edu\/30284375\/Le_football_aujourd_hui_entre_fierte_urbaine_et_globalisation_docx?email_work_card=view-paper<\/a>. Consult\u00e9 le 27 ao\u00fbt 2021.<\/p>\n<p>CHARAUDEAU, Patrick, \u00ab\u00a0Du discours politique au discours populiste. Le populisme est-il de droite ou de gauche\u00a0?\u00a0\u00bb, in Corcuera F. <em>et al.<\/em> (dir.), <em>Les discours politiques. Regards crois\u00e9s<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2016, p.32-43.<\/p>\n<p>CHARAUDEAU, Patrick, \u00ab Les in\u00e9galit\u00e9s sont-elles solubles dans le discours ? \u00bb, <em>Cadernos de Linguagem e Sociedade<\/em>, n. 18, 1, 2017, p. 82-94.<\/p>\n<p>CLAIR, Isabelle, \u00ab Le p\u00e9d\u00e9, la pute et l&#8217;ordre h\u00e9t\u00e9rosexuel \u00bb, <em>Agora d\u00e9bats\/jeunesses<\/em>, n. 60, 2012, p. 67-78.<\/p>\n<p>EHRENBERG, Alain, \u00ab La rage de para\u00eetre \u00bb, <em>Autrement<\/em>, n. 80, 1986, p. 148-158.<\/p>\n<p>FLEURY, Guillaume, \u00ab Carri\u00e8res et engagement au sein d\u2019un groupe de supporters de foot en \u00c9quateur \u00bb, Cahiers des Am\u00e9riques latines [En ligne], 74, 2013. Consult\u00e9 le 18 ao\u00fbt 2021.<\/p>\n<p>FRACCHIOLLA, B\u00e9atrice, \u00ab\u00a0De l\u2019agression \u00e0 la violence verbale. De l\u2019\u00e9thologie \u00e0 l\u2019anthropologie de la communication\u00a0\u00bb, in FRACCHIOLLA, B\u00e9atrice, ROMAIN, Christina, MO\u00cfSE, Caroline et AUGER, Nathalie (dir<em>.). Violences verbales. Analyses, enjeux et perspectives<\/em>. Rennes, PUR, 2013, p. 19-35.<\/p>\n<p>FRACCHIOLLA, B\u00e9atrice, MO\u00cfSE, Claudine, \u00ab\u00a0Je suis <em>\u00e9mu<\/em>\u2022e et je te haine\u00a0\u00bb, in LORENZI BAILLY, Nolwenn, MO\u00cfSE, Claudine, (dir.), <em>La haine en discours<\/em>, Lormont, Le Bord de l\u2019eau, 2021, p. 15-44.<\/p>\n<p>FREUD, Sigmund, <em>Le mot d\u2019esprit et sa relation \u00e0 l\u2019inconscient<\/em>, Paris, Gallimard, 1988.<\/p>\n<p>GINHOUX, B\u00e9rang\u00e8re, \u00ab Comment devient-on un \u00ab gars du groupe \u00bb quand on est une fille : Carri\u00e8re et combines des supportrices ultras \u00bb, <em>Agora d\u00e9bats\/jeunesses<\/em>, n. 71, 2015, p. 7-21.<\/p>\n<p>GUYON, St\u00e9phanie, \u00ab Supporterisme et masculinit\u00e9 : l\u2019exemple des Ultra \u00e0 Auxerre \u00bb, <em>Soci\u00e9t\u00e9s &amp; Repr\u00e9sentations<\/em>, n. 24, 2007, p. 79-95.<\/p>\n<p>HOURCADE, Nicolas, \u00ab Les ultras fran\u00e7ais \u00bb, <em>Panoramiques<\/em>, n. 61, 2002, p. 111-115.<\/p>\n<p>HOURCADE, Nicolas, \u00ab\u00a0L&#8217;\u00e9mergence des supporters \u2018ultras\u2019 en France\u00a0\u00bb, <em>Agora d\u00e9bats\/jeunesses<\/em>, n. 13, 2003, p. 75-89.<\/p>\n<p>HOURCADE, Nicolas, \u00ab\u00a0Les groupes des supporters ultras\u00a0\u00bb, <em>Agora D\u00e9bats\/jeunesses<\/em>, n. 37,1, 2004, p. 32-42.<\/p>\n<p>LESTRELIN, Ludovic \u00ab Par le d\u00e9tour de l\u2019humour \u00bb, <em>Terrain<\/em> [En ligne], mis en ligne le 17 d\u00e9cembre 2020. Consult\u00e9 le 16 ao\u00fbt 2021.<\/p>\n<p>LORENZI BAILLY, Nolwenn, MO\u00cfSE, Claudine, \u00ab Introduction\u00a0\u00bb, in LORENZI BAILLY, Nolwenn, MO\u00cfSE, Claudine (dir.), <em>La haine en discours<\/em>, Lormont, Le Bord de l\u2019eau, 2021, p. 5-14.<\/p>\n<p>M\u00c4\u00c4TT\u00c4, Simo K. et al., \u00ab\u00a0Quand le \u2018politiquement correct\u2019 (d\u00e9-)masque la haine\u00a0\u00bb, in LORENZI BAILLY, Nolwenn, MO\u00cfSE, Claudine (dir.), <em>La haine en discours<\/em>, Lormont, Le Bord de l\u2019eau, 2021, p. 101-128.<\/p>\n<p>MIGNON, Patrick, \u00ab Supporters ultras et hooligans dans les stades de football \u00bb <em>Communications<\/em>, n. 67, 1998, p. 45-58.<\/p>\n<p>MO\u00cfSE, Claudine <em>et al.<\/em>, \u00ab Quand la haine fait son genre \u00bb, in LORENZI BAILLY, Nolwenn, MO\u00cfSE, Claudine (dir.), <em>La haine en discours<\/em>, Lormont, Le Bord de l\u2019eau, 2021, p.73-100.<\/p>\n<p>MORTARA GARAVELLI, Bice, <em>Manuale di retorica<\/em>, Firenze-Milano, Giunti\/Bompiani, 1988[2020].<\/p>\n<p>ORKIBI, Eithan, \u00ab Violence sociale et mouvements sociaux\u00a0: une approche rh\u00e9torique\u00a0\u00bb, in FRACCHIOLLA, B\u00e9atrice, ROMAIN, Christina, MO\u00cfSE, Caroline et AUGER, Nathalie (dir<em>.). Violences verbales. Analyses, enjeux et perspectives<\/em>. Rennes, PUR, 2013, p. 55-68.<\/p>\n<p>PERELMAN, Cha\u00efm, OLBRECHTS-TYTECA, Lucie, <em>Trait\u00e9 de l\u2019argumentation. La nouvelle rh\u00e9torique<\/em>, Bruxelles, \u00c9ditions de l\u2019Universit\u00e9 de Bruxelles, 1958[2008].<\/p>\n<p>PULCINI, Elena, <em>Cura e giustizia. <\/em><em>Le passioni come risorsa sociale<\/em>, Torino, Bollati Boringhieri, 2020.<\/p>\n<p>RASERA, Fr\u00e9d\u00e9ric, RENAHY, Nicolas, \u00ab Virilit\u00e9s : au-del\u00e0 du populaire \u00bb, <em>Travail, genre et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, 29, 2013, p. 169-173.<\/p>\n<p>SANTERINI, Milena, <em>La mente ostile. Forme dell\u2019odio contemporaneo<\/em>, Milano, Raffaello Cortina, 2021.<\/p>\n<p>SPERBER, Dan, WILSON, Deirdre, \u00ab Les ironies comme mentions\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e9tique<\/em>, 36, 1978, p. 399-412.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Dans cet article, nous utiliserons le mot \u00ab\u00a0supporters\u00a0\u00bb en fonction d\u2019hyp\u00e9ronyme, pour d\u00e9signer les spectateurs des matchs de football. Cet usage est partiellement impropre, puisqu\u2019on risque par-l\u00e0 de masquer la distinction entre les \u00ab\u00a0supporters\u00a0\u00bb traditionnels et les \u00ab\u00a0ultras\u00a0\u00bb. Les ultras se revendiquent d\u2019une identit\u00e9 sp\u00e9cifique, caract\u00e9ris\u00e9e par la participation active au match et par une attitude\u00a0non-consensuelle vis-\u00e0-vis de la direction du club (HOURCADE 2002). Dans l\u2019article, nous utiliserons le mot \u00ab\u00a0ultras\u00a0\u00bb seulement pour d\u00e9signer des groupes qui se d\u00e9finissent en tant que tels.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> C\u2019est l\u2019auteur qui souligne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Ici, nous nous bornerons \u00e0 l\u2019agression comme acte qui d\u00e9coule de l\u2019agressivit\u00e9, consid\u00e9r\u00e9e en tant qu\u2019\u00e9tat d&#8217;\u00e2me.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Apr\u00e8s avoir recens\u00e9 tous les groupes de supporters de Ligue 1 et Ligue 2, nous avons men\u00e9 des recherches dans leurs comptes Facebook et Twitter, sans r\u00e9sultats. Peu de groupes ont un compte\u00a0; souvent, ceux-ci ne sont plus utilis\u00e9s ou ne partagent pas de photos de banderoles, \u00e0 l\u2019exception du compte Facebook Furania Photos, consacr\u00e9 aux photos du virage st\u00e9phanois. Les rares images des banderoles trouv\u00e9es \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes sur les comptes \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ralistes\u00a0\u00bb d\u00e9di\u00e9s\u00a0: Ultras Made in France et 100% Ultras de France.<\/p>\n<p>Sur Twitter, nous avons men\u00e9 des recherches autour des mots \u00ab\u00a0banderole\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ultra\u00a0\u00bb, en d\u00e9sactivant le filtre contre les contenus inappropri\u00e9s, \u00e9galement sans r\u00e9sultats.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Les banderoles qui repr\u00e9sentent la masculinit\u00e9 comme force physique (v. \u00a7V.1) en sont un exemple.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Le match \u00e9tait dirig\u00e9 par une femme arbitre.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a><a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sports\/foot\/video-foot-la-ministre-des-sports-denonce-lattitude-inadmissible-de-certains-supporters-et-souhaite-des-penalites_3246641.html\">https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sports\/foot\/video-foot-la-ministre-des-sports-denonce-lattitude-inadmissible-de-certains-supporters-et-souhaite-des-penalites_3246641.html<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Lors du m\u00eame entretien, comme le relate <em>Le Parisien<\/em>, la Ministre consid\u00e8re les chants homophobes comme des manifestations d\u2019un discours de haine\u00a0: \u00ab Certaines pratiques dans trop de stades sont d\u00e9gradantes et haineuses \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.leparisien.fr\/sports\/football\/la-ministre-des-sports-s-attaque-aux-insultes-homophobes-dans-les-stades-23-03-2019-8038362.php\">https:\/\/www.leparisien.fr\/sports\/football\/la-ministre-des-sports-s-attaque-aux-insultes-homophobes-dans-les-stades-23-03-2019-8038362.php<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sports\/foot\/ligue-1\/chants-homophobes-en-tribune-pour-beaucoup-de-supporters-ca-fait-partie-du-folklore-estime-la-presidente-de-la-lfp_3250569.html\">https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sports\/foot\/ligue-1\/chants-homophobes-en-tribune-pour-beaucoup-de-supporters-ca-fait-partie-du-folklore-estime-la-presidente-de-la-lfp_3250569.html<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/p>\n<p>En outre, Nathalie Boy de la Tour met en avant la difficult\u00e9 des arbitres, d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0<em>tr\u00e8s concentr\u00e9s sur le match\u00a0\u00bb, \u00e0 s\u2019apercevoir des insultes homophobes scand\u00e9es par les virages. Dans le but de rem\u00e9dier \u00e0 cette difficult\u00e9, la Ligue et la Licra proposent, quelque mois plus tard, de cr\u00e9er une fiche de signalement des actes haineux. La fiche est disponible depuis le 9 juillet 2019 sur le site de la Licra.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Rouge Direct est un collectif n\u00e9 apr\u00e8s la fin des activit\u00e9s de l\u2019association militante Paris Foot Gay, due au constat de \u00ab\u00a0la triste r\u00e9alit\u00e9 du non recul de l\u2019homophobie au sein des f\u00e9d\u00e9rations ou chez les supporters\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/rougedirect.org\/presentation\/\">https:\/\/rougedirect.org\/presentation\/<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022). En se donnant le r\u00f4le de \u00ab\u00a0vigie citoyenne\u00a0\u00bb, Rouge Direct se d\u00e9finit comme un \u00ab\u00a0lanceur d\u2019alerte\u00a0\u00bb contre l\u2019homophobie dans le sport, et notamment dans le football, qu\u2019elle ait lieu dans les stades, les m\u00e9dias ou sur les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Pendant le match Lens-Valenciennes (12\/04\/2019), le groupe ultra des Red Tigers, supporters lensois, scande des chants homophobes, en d\u00e9clenchant l\u2019intervention du collectif Rouge Direct qui saisit la Ligue, le 15 avril. Le porte-parole des Red Tigers Pierre Revillon nie imm\u00e9diatement toute intention homophobe de la part des ultras, et invite le collectif \u00e0 se confronter, dans la volont\u00e9 d\u2019arr\u00eater le \u00ab\u00a0buzz m\u00e9diatique\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit de l\u2019un des tr\u00e8s rares cas de prise de parole publique de la part des supporters durant cette p\u00e9riode (\u00e0 notre connaissance, le seul). <a href=\"https:\/\/france3-regions.francetvinfo.fr\/hauts-de-france\/rc-lens-vafc-supporters-lensois-se-defendent-etre-homophobes-apres-ouverture-enquete-suite-chants-1656266.html\">https:\/\/france3-regions.francetvinfo.fr\/hauts-de-france\/rc-lens-vafc-supporters-lensois-se-defendent-etre-homophobes-apres-ouverture-enquete-suite-chants-1656266.html<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Au lendemain du match Grenoble-Lens (20\/04\/2019), le collectif Rouge Direct et l\u2019association Urgence Homophobie interpellent la Ligue dans un Tweet. Urgence Homophobie d\u00e9clare \u00e9galement sur Twitter l\u2019intention de porter plainte au sujet des chants homophobes entonn\u00e9s par le groupe ultra Red Kaos (Grenoble).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> La r\u00e9f\u00e9rence est au film culte du m\u00eame nom, caract\u00e9ris\u00e9 par un humour cinglant qui na\u00eet du contraste entre la posture pieuse de deux personnages principaux, des b\u00e9n\u00e9voles en permanence t\u00e9l\u00e9phonique le soir de No\u00ebl, et l\u2019univers de leurs assist\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Une journ\u00e9e de championnat s\u2019\u00e9tale sur plusieurs jours de la semaine, normalement entre le vendredi et le dimanche.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a><a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sports\/foot\/video-foot-la-ministre-des-sports-denonce-lattitude-inadmissible-de-certains-supporters-et-souhaite-des-penalites_3246641.html\">https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sports\/foot\/video-foot-la-ministre-des-sports-denonce-lattitude-inadmissible-de-certains-supporters-et-souhaite-des-penalites_3246641.html<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Les propos rapport\u00e9s sont de Bertrand Lambert, pr\u00e9sident de PanamBoyz &amp; Girlz United, club de football amateur engag\u00e9 dans la lutte contre l\u2019homophobie, qui collabore en cette p\u00e9riode avec la Ligue du Football Professionnel \u00e0 la cr\u00e9ation de \u00ab\u00a0livrets p\u00e9dagogiques\u00a0\u00bb. <a href=\"https:\/\/www.leparisien.fr\/sports\/lutte-contre-l-homophobie-la-ligue-de-football-devoile-son-plan-d-action-12-05-2019-8070591.php\">https:\/\/www.leparisien.fr\/sports\/lutte-contre-l-homophobie-la-ligue-de-football-devoile-son-plan-d-action-12-05-2019-8070591.php<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Ce type de pseudo-question est mieux d\u00e9crit dans le paragraphe V.1, <em>infra<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Pourtant, il <em>d\u00e9clare \u00eatre favorable aux interruptions des matchs dans le cas de propos racistes. <\/em><a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/societe\/lgbt\/football-noel-le-graet-contre-totalement-l-arret-des-matchs-en-raison-de-chants-homophobes_3610629.html\">https:\/\/www.francetvinfo.fr\/societe\/lgbt\/football-noel-le-graet-contre-totalement-l-arret-des-matchs-en-raison-de-chants-homophobes_3610629.html<\/a><em>. <\/em><em>Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Emmanuel Macron avait justifi\u00e9 son choix en mettant en avant la possibilit\u00e9 d\u2019un recours instrumental aux insultes homophobes de la part des supporters. Dans ce sens, il d\u00e9clare le 10 septembre \u00e0 France Info\u00a0: \u00ab\u00a0&#8230;On ne va pas se mettre \u00e0 mettre des r\u00e8gles qui seraient comme la loi qui tombe. Je ne sais pas si vous \u00eates supporters de foot, mais moi je sais comment je ferais : je ferais des insultes \u00e0 cinq minutes d&#8217;un match que je suis en train de perdre\u00a0\u00bb. <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/societe\/homophobie\/homophobie-dans-les-stades-il-faut-etre-intraitable-sur-le-fond-declare-emmanuel-macron_3611419.html\">https:\/\/www.francetvinfo.fr\/societe\/homophobie\/homophobie-dans-les-stades-il-faut-etre-intraitable-sur-le-fond-declare-emmanuel-macron_3611419.html<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Les sigles correspondent \u00e0 deux groupes ultras : les Ultramarines Bordeaux et les Magic Fans (Saint-\u00c9tienne). Les deux groupes sont li\u00e9s par un jumelage, alors que la rivalit\u00e9 entre supporters de l\u2019Olympique Lyon et ceux du Saint-\u00c9tienne est tr\u00e8s forte. C\u2019est pour cela que les Ultras Bordeaux sont souvent cibl\u00e9s par les supporters lyonnais.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> On parle toujours d\u2019hommes homosexuels. La condition des femmes dans les stades reste peu enqu\u00eat\u00e9e (avec les exceptions de GUYON 2007 et de GINHOUX 2015). En g\u00e9n\u00e9ral, elle s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s compliqu\u00e9e du fait des normes identitaires qu\u2019on vient de d\u00e9crire.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> Cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019attaque homophobe <em>ad personam<\/em> dans les groupes de supporters\u00a0; \u00e0 cet effet, v. GUYON 2007.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a> Groupe britannique propri\u00e9taire de l\u2019OGC Nice depuis le d\u00e9but du championnat 2019-20.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Olympique Marseille.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Ici, la barre oblique fait partie du texte de la banderole. Cette banderole sera analys\u00e9e plus bas.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Ainsi que le nom des adversaires, \u00ab\u00a0OM\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> Cette posture de d\u00e9nonciation de la r\u00e9pression institutionnelle dont les supporters sont les victimes trouve son expression la plus compl\u00e8te dans le mouvement \u00ab\u00a0Supporters \u2260 Criminels\u00a0\u00bb, qui proteste contre les interdictions et les sanctions contre les supporters.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> La r\u00e9f\u00e9rence est \u00e0 Marl\u00e8ne Schiappa, Secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat charg\u00e9e de l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations (2017-2020), qui avait condamn\u00e9 les chants homophobes dans les stades, tout en saluant les interruptions des matchs lors d\u2019un entretien pour France Info, le 27 ao\u00fbt 2019. <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/societe\/lgbt\/football-la-prochaine-fois-je-quitterai-le-stade-quand-il-y-aura-des-chants-homophobes-promet-marlene-schiappa_3592375.html\">https:\/\/www.francetvinfo.fr\/societe\/lgbt\/football-la-prochaine-fois-je-quitterai-le-stade-quand-il-y-aura-des-chants-homophobes-promet-marlene-schiappa_3592375.html<\/a>. Consult\u00e9 le 30 janvier 2022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> C\u2019est l\u2019auteur qui souligne.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Per citare questo articolo:<\/p>\n<p>Nora GATTIGLIA, \u00ab \u00ab La Ligue, on t\u2019adule \u00bb : discours homophobe et domination symbolique dans la lutte entre foot populaire et football business \u00bb, <em>Rep\u00e8res DoRiF,<\/em>\u00a0n. 26 \u2013\u00a0<em>Les discours de haine dans les m\u00e9dias : des discours radicaux \u00e0 l\u2019extr\u00e9misation des discours publics<\/em>, DoRiF Universit\u00e0, Roma, novembre 2022, https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/nora-gattiglia-la-ligue-on-tadule-discours-homophobe-et-domination-symbolique-dans-la-lutte-entre-foot-populaire-et-football-business\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">ISSN 2281-3020<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8924\" src=\"https:\/\/www.dorif.it\/reperes\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/logo-pubblicazione.png\" 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