Billel AROUFOUNE
Proscrire la création[1]
Billel Aroufoune
Maître de conférences
Université de Toulon
billel.aroufoune@univ-tln.fr
Derrière chaque œuvre empêchée une main de geôlier ou de bourreau obstruant le chemin. La main est d’une taille dont les yeux n’arrivent pas à voir l’extrémité, sans limite, sans vergogne, elle frappe fort.
Parler de l’œuvre c’est lui donner vie, la vivre c’est lui enlever de sa racine ce qui fait d’elle la fierté du démiurge.if
Pourquoi interdire quand on peut dire ?
L’inter n’est-il pas celui qui permet la réciprocité ?
Interdire. Exclure. Empêcher.
L’inter n’est pas celui qui met en relation, mais bien plutôt le bourreau. L’ennemi du démiurge que nul reconnaît. Placer une après l’autre les idées perdues d’un jeune poète, d’un rêveur, d’un compositeur, puis faire défiler les images qui sortent de sa tête ouverte, un crâne fracassé, un cerveau bien nourri, une boue terrassant ses jambes figées dans l’espace.
L’on comprend rapidement le choix de cet être honnis…
L’on comprend rarement la contrainte qui accélère son travail créatif !
Il ne peut, il ne doit, il ne doit surtout pas réfléchir, penser, parler de sujets et d’objets proscrits dans l’espace public, pourtant ouvert et libre, mais très souvent maudits par cette même main. Celle-là même qui frappe sans tenir compte de l’espace, ôtant la vie à un tas de choses sur son passage.
La main ne considère pas, ne voit pas, ne pense pas, elle obéit.
Qui proscrit jette l’opprobre sur celui qui en s’exprimant se retrouve tête collée contre le bois froid de l’échafaud. La condamnation est immédiate ! Ni juge, ni procès, ni juré, ni tribunal.
La sentence tombe avant que l’œuvre n’éclore…
[1] Extrait de Fragments de pensées et d’expériences (Aroufoune, écritures libres, été 2025).
Per citare questo articolo:
Billel AROUFOUNE, « Proscrire la création », Repères DoRiF, hors-série – Arts et résidences homéostatiques, DoRiF Università, Roma, giugno 2026, https://www.dorif.it/reperes/billel-aroufoune-proscrire-la-creation/
ISSN 2281-3020
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