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Alessandra ROLLO

Métaphores et covidiomes dans les discours du Président Emmanuel Macron aux temps de la Covid-19

 

Alessandra Rollo
Università del Salento
alessandra.rollo@unisalento.it


Résumé
Dans le cadre de la théorie de la métaphore conceptuelle, cette contribution vise à analyser les métaphores qui, s’entrecroisant avec les covidiomes engendrés par la pandémie de Covid-19, jalonnent les allocutions du Président Emmanuel Macron durant les mois pandémiques les plus critiques. Nous verrons comment ces représentations conceptuelles, relevant notamment du lexique guerrier, rythment le récit de la pandémie, tout en servant d’outil rhétorique apte à soutenir les décisions gouvernementales.

Abstract
This paper contributes to research on conceptual metaphor theory. In light of the covidioms arising from the Covid-19 pandemic, it reflects on metaphors appearing in French President Emmanuel Macron’s public speeches during the height of the worldwide health crisis. We will see how these conceptual representations, which make particular use of warrior lexicon, weave throughout the narrative of the pandemic, while also serving as rhetorical tools that support government decisions.


 

Introduction

 

Cela fait désormais plus d’un an et demi, à l’heure où nous écrivons, que la population de la planète entière est aux prises avec la pandémie de Covid-19. Issu de l’anglais corona virus disease, cet acronyme, qu’on a parfois du mal à accorder en français quant à son genre (féminin ou masculin, selon que l’on considère comme noyau du syntagme le mot ‘maladie’, ainsi que le recommande l’Académie française, ou le mot ‘virus’, soit l’agent pathogène qui provoque la maladie),[1] est devenu tristement familier pour chacun d’entre nous.

À l’instar de toute crise ou épidémie, un tel phénomène ne pouvait ne pas avoir de retombées sur notre langage, entraînant l’apparition massive de mots nouveaux : « une effervescence », comme le dit Sandrine Reboul-Touré, « qui est tout à fait notable, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de création de mots nouveaux en permanence. […] mais là, avec la pandémie, il y a une explosion de termes nouveaux parce que nous nous trouvons face aussi à de nouvelles réalités qu’il faut pouvoir nommer » (citée dans SORBIER 2020). Parmi les nombreux covidiomes[2] engendrés par ladite pandémie, les expressions métaphoriques, qui feront l’objet principal quoique non exclusif de notre étude, ont été largement utilisées, voire usées, pour parler de la crise sanitaire, notamment les métaphores guerrières et celles de la mer/vague, filées dans les discours institutionnels et médiatiques tant en Europe qu’aux États-Unis (MALAGNINI 2020). Rien de nouveau sous le soleil, pourrait-on dire, vu que la conceptualisation métaphorique est à l’honneur depuis longtemps dans les domaines de la médicine et de la santé publique ; en témoigne la littérature en la matière, qui est plutôt vaste (rappelons entre autres : JACOBI 2008 ; OLIVEIRA 2005, 2009 ; RICHARDT 2005 ; VAN RIJN-VANTONGEREN 1997 ; VANDAELE 2002 ; VANDAELE et al. 2006).

En nous inscrivant dans le cadre de la théorie de la métaphore conceptuelle (TMC) développée par Lakoff et Johnson (1985 [1980], 1999 ; LAKOFF 1987) au sein de la linguistique cognitive (voir aussi GRADY 2007), nous porterons notre attention sur les discours du Président Emmanuel Macron pendant la pandémie, en vue de réfléchir à deux questions majeures, à savoir : a) À quel point les réseaux métaphoriques, qui s’entrelacent avec les nouveaux termes, s’avèrent-ils pertinents pour décrire un événement négatif comme la Covid-19 ? ; b) Dans quelle mesure les expressions relevant du lexique guerrier sont-elles interprétables en tant qu’instruments – ou ‘armes’ – au service d’une stratégie politique ciblée sur la mobilisation de l’unité nationale autour du chef de l’État, dans le but de dissimuler les failles dans la gestion de la crise ?

 

1. La guerre contre le virus : cadre théorique

 

Comme nous l’avons anticipé, la prolifération lexicale enregistrée sous l’impulsion de la pandémie et répondant aux différents besoins sociétaux a fait la part belle aux expressions métaphoriques inhérentes au domaine martial ; pour preuve, les discours des dirigeants du monde entier, dont le Président français Emmanuel Macron, son homologue américain Donald Trump ou le Président chinois Xi Jinping.[3] ‘Guerre, lutte, combat, bataille, ennemi, menace’ : ce sont là des mots liés à l’imaginaire militaire qui ont été utilisés à profusion, contribuant à alimenter la préfiguration d’un scénario conflictuel, à tel point qu’on a parlé de Troisième Guerre mondiale. Il s’en dégage ainsi « un cadrage figural » qui adhère à « la métaphore VAINCRE LE CORONAVIRUS EST UN COMBAT » (PAISSA et al. 2021 : 46).

Une telle démarche est bien consolidée dans la communication médicale, où l’agent pathogène ou la maladie est légitimement conceptualisé(e) comme un ennemi. Il suffit de penser au langage de la bactériologie et de l’immunologie dès la fin du XIXe siècle, et encore au domaine de l’oncologie, où l’on retrouve un florilège d’expressions métaphoriques relevant de la métaphore structurale[4] LA MÉDECINE, C’EST LA GUERRE, à laquelle correspond la sous-métaphore ontologique LA MALADIE/LE CANCER EST UN ENNEMI, soit un adversaire qui menace, attaque et envahit le corps humain (ROLLO 2015 : 14 sq.).[5]

Dépassant la conception plus restreinte propre à la rhétorique classique qui envisageait la métaphore comme un simple artifice stylistique, les tenants de l’approche cognitive, de laquelle nous nous inspirons, lui ont reconnu la valeur de mécanisme cognitif inné dans tout être humain, essentiel pour la structuration des concepts et pour la définition de la réalité quotidienne (LAKOFF, JOHNSON 1985 [1980] : 13-16).[6] Comme le précise KÖVECSES (2010a : 659, 2010b : 204), la conceptualisation métaphorique est un processus sous-tendu par une double instance : « the pressure of our embodiment[7] and the pressure of context », la première étant d’ordre universel, la deuxième étant plus liée à la culture locale. En effet, si notre expérience corporelle, fondée sur la perception des stimuli extérieurs et sur les mouvements du corps, a un poids remarquable sur la structure de notre système conceptuel, l’environnement social influence fortement le choix de certaines métaphores et par là de certaines expressions. Dans la mesure où un signifié est activé par un mapping[8] métaphorique qui s’adapte bien au contexte socioculturel, ce mapping est plus susceptible d’être choisi pour la représentation conceptuelle d’un événement. Aussi les correspondances métaphoriques s’avèrent-elles physiquement et culturellement motivées.

La portée performative de la métaphore tient donc à sa capacité à façonner ce qu’elle dit et à construire nos représentations mentales, forgeant notre attitude face à tel ou tel phénomène ; en l’espèce, la métaphore qui identifie la maladie à un ennemi constitue une analogie inscrite dans le bagage cognitif des récepteurs.

Dans le sillon des études cognitives, Sylvie Vandaele trouve tout à fait logique le recours à la métaphorisation en temps de pandémie. Cela ne l’empêche pourtant pas de blâmer l’usage qui est fait de la métaphore guerrière « dans une rhétorique politique qui dépasse de beaucoup la conceptualisation de la maladie habituelle et qui est cohérente avec les contextes locaux » (citée dans BAILLARGEON 2020). D’après la chercheuse, les discours excessivement imprégnés de cette métaphore, relayée par la plupart des médias, finissent par produire sur les destinataires un effet anxiogène et constituent un terreau idéal pour le développement d’une attitude d’intolérance à l’égard des mesures de confinement, vécues comme un emprisonnement, alors qu’il faudrait privilégier l’appel à la solidarité pour encourager une acceptation plus consciente de certaines dispositions (mesures de distanciation physique et sociale, port du masque).

Jean Pruvost nous donne une ultérieure confirmation du rôle incontournable que joue la métaphore pour exprimer la gravité d’une crise : « lorsque nous avons quelque chose d’important à adresser à la collectivité, notre réflexe est d’avoir recours aux métaphores filées. C’est ainsi que nous pouvons faire passer un message à nos auditeurs. En effet, les mots techniques nous échappent » (cité dans CONRUYT 2020). Parmi les domaines les plus récurrents pour parler d’une épidémie en termes métaphoriques, qui soient accessibles à la majorité des destinataires, il mentionne les champs de la guerre, de la navigation, de la chasse, du corps humain, du sport ; le mot même de confinement, au lieu de l’anglais lockdown, relève de la langue militaire et carcérale, évoquant l’emprisonnement et les frontières. Par rapport au mot crise qui, associé à sanitaire, reste plutôt abstrait, la ‘guerre contre un ennemi’ est d’accès plus immédiat.

Selon l’historienne et spécialiste des épidémies Anne Rasmussen, face à un danger menaçant la sauvegarde de la collectivité sociale, les pouvoirs publics adoptent traditionnellement une approche similaire, qu’il s’agisse d’une vraie guerre ou d’une épidémie. « La métaphore guerrière est historique dans le domaine de la santé publique » (citée dans DUPONT 2020) : de même qu’une guerre est vue comme une menace provenant de l’extérieur, de même une épidémie a été historiquement perçue comme étrangère (venant surtout d’Orient, comme la peste noire ou le choléra). Ce type de représentation, continue l’historienne, n’est pas sans impact sur les mesures mises en œuvre par les gouvernements ainsi que sur leur réception par les citoyens ; pour éviter que l’ennemi pénètre dans son propre pays, il faut ériger des barrières (cordons sanitaires, quarantaines), bref, contrôler les frontières : un classique de tous les temps.

Pendant la pandémie, les images guerrières ont été progressivement appliquées à toute la société, appelée à combattre contre un adversaire invisible et pourtant si puissant et menaçant. Or, le risque est grand qu’on abuse de l’expédient militaire, justificatif et pas particulièrement productif en vue du développement d’un environnement plus empathique. À ce propos, un exemple significatif et, à certains égards, inquiétant nous vient du néologisme castillan balconazi, terme péjoratif issu de la contraction de balcón et de nazi, forgé pour décrire l’inquisiteur confiné qui, dans le rôle de ‘policier’, réprimande de son balcon – et parfois dénonce – ses voisins coupables de circuler dans la rue, quelle qu’en soit la raison. L’italien a ramené le mot untore, désignant les pestiférés pendant la peste de Milan de 1630, autrement dit, ceux qui étaient soupçonnés de répandre volontairement la contagion en infectant choses et personnes par des onguents. Porteur lui aussi d’une forte charge dépréciative, ce mot, qui rappelle les pages mémorables du chef-d’œuvre de Manzoni, a été appliqué aux citoyens qui, insouciants des restrictions, sont présumés contribuer à la diffusion du virus.[9]

 

2. Corpus d’étude

 

À partir des prémisses susmentionnées, notre analyse s’appuiera sur un corpus regroupant les diverses allocutions du Président Emmanuel Macron depuis la première vague de pandémie de Covid-19 (12, 16, 25 mars, 13 avril, 14 juin, 28 octobre, 24 novembre 2020, y compris les vœux du 31 décembre 2020, jusqu’à la conférence de presse du 25 mars 2021, à l’allocution télévisée du 31 mars et au bref discours du 29 avril), sans négliger quelques passages saillants de ses interviews accordées à F2 et à TF1 (14 et 21 juillet, 7 et 14 octobre, 4 décembre 2020, 2 février et 29 avril 2021) concernant des questions plus générales et pas exclusivement la crise sanitaire. Autant de discours qui ont ponctué les actions gouvernementales de confinement, de déconfinement et de reconfinement et où revient avec force, en particulier dans les premières interventions présidentielles, un vocabulaire belliqueux qui configure le Président de la République comme un chef de guerre, alternant avec l’image de père de la Nation (« the State’s father using war vocabulary to frame the crisis », GUIGO 2021 : 97), non sans susciter certaines critiques par l’opposition.

Dans les discours plus récents, en revanche, l’appel à la mobilisation et au strict respect des gestes barrières, qui restent les maîtres-mots, va de pair surtout avec la métaphore de la course, le mot accélération étant décliné dans sa double connotation négative /-/ (propagation rapide et sans relâche du virus) et positive /+/ (nécessité d’avancer sur la production de vaccins et sur les vaccinations).

Le critère de sélection des mots et des expressions ici analysés a été dicté par leur récurrence et par leur saillance cognitive dans la représentation de la pandémie.

 

3. Les formules métaphoriques ‘déconfinées’ dans les interventions du Président français

 

Par souci de vérité, il faut dire que le Président Macron n’est pas le seul à puiser dans le champ lexical de la guerre ; déjà son prédécesseur Hollande, au lendemain des attentats terroristes de 2015, avait déclaré face aux Députés et Sénateurs réunis lors du Congrès à Versailles : « Nous sommes en guerre ».

Pendant le premier discours du 12 mars 2020, Emmanuel Macron, l’air grave et solennel, annonce l’imminente fermeture des crèches, des écoles et des universités pour protéger les plus jeunes et surtout pour réduire la propagation du virus dont ils sont les plus grands vecteurs. Il exprime la reconnaissance de la Nation au personnel soignant digne d’admiration, comparé d’emblée à un groupe de héros : ces héros en blouse blanche… qui n’ont d’autre boussole que le soin, d’autre préoccupation que l’humain, notre bien-être, notre vie, tout simplement. Il insiste sur la mobilisation qui voit impliqué le Pays tout entier tant sur le plan sanitaire que social et économique : Cette crise doit être l’occasion d’une mobilisation nationale de solidarité entre générations.

Tel un père de la nation, Macron invite à ne céder à aucune panique, puisque l’État est là, prêt à prendre en charge la sécurité de ses citoyens :

Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu’il en coûte… Nous allons améliorer les choses en la matière… Nous défendrons nos entreprises de toutes tailles. Nous défendrons l’ensemble des travailleurs et des travailleuses. … nous, Européens… Nous réagirons fort et nous réagirons vite… nous relèverons cet immense défi. (12-03-2020)

Au bout de quatre jours, le 16 mars il confirme, d’un ton hiératique, la mise en place d’un arsenal de mesures contraignantes de confinement, des consignes exceptionnelles visant à endiguer le virus : Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions… en temps de Paix. Le chef de l’État réitère de façon martelante la formule Nous sommes en guerre (6 occurrences), où l’effet d’insistance produit par l’anaphore amplifie l’intensité et l’impact émotif de la métaphore du combat, tout en sonnant la mobilisation de la Nation :

Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. …
Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause. …le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. (16-03-2020)

C’est encore la métaphore guerrière que Macron file le soir du 25 mars, en pleine explosion pandémique, quand il intervient à la télévision lors de la visite d’un hôpital militaire de campagne installé à Mulhouse (Haut-Rhin), épicentre de la crise sanitaire en France. Il rend hommage au courage des soignants érigés en héros en première ligne, suivis des héros ‘ordinaires’, du quotidien (en deuxième ligne), qui font tourner le pays dans les secteurs de l’alimentation, du transport, de l’agriculture, de l’hébergement, etc., et enfin l’arrière-front (la troisième ligne), à savoir les confinés qui télétravaillent :

– Dans cette guerre, il y a en première ligne l’ensemble de nos soignants… Avec un courage exceptionnel, ils font face. …nos soignants qui se battent aujourd’hui pour sauver des vies se sont hier battus, souvent pour sauver l’hôpital, notre médecine. …
Je veux aussi saluer l’ensemble des femmes et des hommes qui sont en deuxième ligne et qui permettent à nos soignants de soigner, et au pays de continuer à vivre. …c’est tout ce peuple travailleur de France qui se bat, qui, je le sais, parfois, est angoissé, souvent pour eux-mêmes et leurs familles, mais permet au pays de vivre. …
Et il y a la troisième ligne, celles et ceux qui peuvent télétravailler ou rester à la maison, arrêter leur activité pour un temps … et qui contribuent aussi à l’effort de la Nation en restant chez eux, en respectant les règles de confinement qui ont été édictées par le gouvernement, en réduisant les contacts, en luttant contre la propagation du virus. (25-03-2020)

Face à une telle urgence, l’armée proprement dite ne reste pas en marge :

– Chacun a un rôle, et dans ce contexte nos armées ont un rôle et je veux les en remercier, et je terminerai par là. Nos armées sont déjà mobilisées comme ici, à Mulhouse, avec cet hôpital de campagne dans lequel je viens de me rendre et par la mobilisation aussi du service de santé dans son intégralité. (25-03-2020)

C’est la narration d’une crise sanitaire globale qui prend appui sur un vocabulaire conjuguant de nouveaux termes (télétravailler, confinement…) et un registre martial (le mot guerre est répété 6 fois), le tout soutenu par un contexte iconique tout aussi prégnant (une tente kaki en toile de fond, le chef de l’État apparaît masqué pour la première fois) : …toute la Nation est engagée, engagée dans ce combat. L’image que nous renvoient ces mots est celle d’un leader qui se sent investi de la mission de guider la Nation.

On a là une démonstration concrète du changement sémantique en cours, observe Pruvost (cité dans CONRUYT 2020). Durant la Première Guerre mondiale, la ‘première ligne’ désignait la première tranchée, le bataillon en avant des combats, remplacé, en cas de bombardement, par la deuxième ligne qui se trouvait derrière, prête à se battre. Dans le discours du Président français, la formule première ligne se réfère aux soignants (médecins, infirmiers, aides-soignants, etc.) qui combattent dans les hôpitaux pour sauver des vies et pour contrer la pandémie meurtrière de coronavirus, donc ceux qui sont au front, mais la deuxième ligne ne peut pas prendre la relève, s’agissant d’une tout autre catégorie qui comprend les femmes et les hommes qui assurent la survie du pays par leur activité quotidienne. D’ailleurs, l’« abus de mots », qui « correspond à des modifications de sens […] qui transgressent l’ordre sémantique de la langue » (PAVEAU 2009 : 110), ne date pas d’hier – Locke en parlait déjà au XVIIe siècle – et la communication moderne, que ce soit au niveau institutionnel ou médiatique, nous en offre plusieurs exemples.

Le rappel de la première, deuxième et troisième ligne revient dans le discours du 13 avril, lorsque Macron remercie le dévouement de ceux qui ont déployé leurs énergies pour le bien du Pays. Si la lutte contre le virus doit continuer, on aperçoit cependant une lueur d’espoir qu’on pourra enfin s’en sortir et, peu à peu, déconfiner, pourvu que la collectivité poursuive ses efforts : Les résultats sont là. …L’espoir renaît, avec une reprise anaphorique de ce dernier énoncé peu après. Notons le passage conclusif de cette adresse : Mes chers compatriotes, nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les Jours Heureux, où la promesse d’un retour à une période plus radieuse évoque dans l’imaginaire politique l’après 1945.[10] Cet espoir se concrétise dans un programme de déconfinement défini mi-juin, permettant de tourner la page du premier acte… de la crise :

– La lutte contre l’épidémie n’est donc pas terminée mais je suis heureux, avec vous, de cette première victoire contre le virus. (14-06-20)

Dans les interviews accordées en juillet (14 et 21), touchant diverses questions de nature économique et sociale, des mots comme masques, mobilisation, accélération deviennent prépondérants. C’est aussi l’occasion pour le Président Macron de réaffirmer le génie du peuple français et les valeurs qui sont les siennes :

– Mais non, vous savez, nous sommes le pays des Lumières. Dans le pays des Lumières, moi, je crois à la rationalité et donc à la rationalité scientifique. (14-07-2020)

Même référence trois mois plus tard :

– Je pense qu’il faut, dans le pays des Lumières et de PASTEUR,[11] qu’on arrête d’avoir des espèces de débats permanents sur les faits ou la vérité scientifique. Il y a un conseil scientifique qui joue un rôle essentiel. (14-10-2020)

Nous avons mentionné ci-dessus le mot accélération. En effet, à côté de la métaphore de la guerre, une autre métaphore structurale imprègne de plus en plus les discours présidentiels : celle de la COURSE, d’abord du virus, ensuite des chercheurs, des épidémiologistes et des maisons pharmaceutiques chargés de mettre au point les vaccins et d’en augmenter la production. Cela est évident surtout à partir du mois d’octobre (d’où l’instauration d’un nouveau couvre-feu afin d’arrêter la marche du virus) :

– L’épidémie continue de monter… le virus circule plus vite depuis plusieurs semaines. (07-10-2020)
– Donc, le virus repart, recircule très vite partout en Europe et dans notre pays. …c’est notre objectif… c’est freiner le virus… nous sommes tous en quelque sorte les acteurs de cette bataille contre le virus et de notre réussite… on se remobilise partout dans le pays pour essayer de gagner cette bataille. (14-10-2020)
Le virus circule en France à une vitesse que même les prévisions les plus pessimistes n’avaient pas anticipée… l’accélération soudaine de l’épidémie [2 fois] Si nous ne donnons pas aujourd’hui un coup de frein brutal aux contaminations [2 fois] (28-10-2020)

En novembre on enregistre une timide régression du virus, comme le montre le lexique employé par Macron, dont la tonalité devient moins dysphorique :

– Le nombre de cas positifs journaliers à la COVID-19 a fortement reculé. …nous avons aussi commencé une lente décrue. …nous avons freiné la circulation du virus. (24-11-2020)

Au fur et à mesure, l’accent est mis sur un aspect essentiel qui va devenir dès lors la priorité absolue : vaccination et stratégie de recherche sur le traitement (04-12-2020).

L’année qui a changé le visage du monde se conclut par le discours du 31 décembre. Le Président de la République, installé dans un fauteuil et non pas à son bureau comme le veut la tradition, exprime depuis l’Élysée ses vœux pour la nouvelle année : un discours d’une quinzaine de minutes pendant lequel il loue le civisme et l’esprit de responsabilité collective des Français au cours de 2020. Puis il évoque l’arrivée du vaccin en France, dans lequel on va placer tous ses espoirs : L’espoir est là dans ce vaccin que le génie humain a fait advenir en un an seulement. … L’espoir est là, et l’espoir grandit chaque jour.

Si dans la première phase de la pandémie, Emmanuel Macron privilégie le canal de la communication directe depuis l’Elysée sous le format de l’allocution solennelle, depuis la fin de 2020 il choisit de faire profil bas quant aux annonces pour laisser le devant de la scène au Premier ministre et au ministre de la Santé. Il rappelle que l’exécutif, les autorités sanitaires et les acteurs locaux œuvrent de concert dans la gestion de la crise sanitaire, mais il fait néanmoins savoir que c’est à lui de prendre les décisions définitives et d’effectuer ses adresses aux Français.

L’entretien du 2 février 2021 se place sous le signe de la satisfaction pour l’arrivée des vaccins, alors que le virus continue sa course :

– …il y a quelques semaines encore, nous ne pensions pas avoir de vaccin si vite, donc il faut qu’on se représente tous l’extraordinaire accélération que nous sommes en train de vivre. … d’accélérer ces doses-là. … Aujourd’hui, le virus circule à une grande vitesse. (02-02-2021)

L’image de la vitesse – dans la production et distribution des doses – prend toute son ampleur dans le discours du 25 mars, où elle est véhiculée surtout par la réitération de l’adverbe vite (13 fois) :

– …nous sommes dans une course de vitesse entre la troisième vague et la campagne vaccinale partout en Europe. … Là, nous devons aller très vite pour vacciner au plus vite et nous protéger face à ce virus. …construire nos capacités à répondre le plus vite possible en Européens à ces mutations. (25-03-2021)

Et encore, les deux voies de l’accélération – du virus et de la vaccination – marquent de façon pressante l’allocution télévisée du 31 mars, imposant une mobilisation :

– …l’épidémie accélère. …nous sommes en train de subir cette accélération à cause du variant …partout le virus circule vite, de plus en plus vite… Oui, il faut freiner le virus. … Notre enjeu principal aujourd’hui c’est donc d’accélérer, encore et encore. … Les vaccinations sont en cours et elles accélèrent partout. … Alors oui, aujourd’hui, pour le mois qui vient, il nous faut nous mobiliser. (31-03-2021)

Autre désignation fréquente de la pandémie : celle d’une vague, suivant la métaphore ontologique L’ÉPIDÉMIE EST UNE VAGUE, associée à la métaphore d’orientation LE PLUS EST EN HAUT / LE MOINS EST EN BAS : un événement soudain qui s’amplifie, qui monte, un déferlement de forces incontrôlées telle une mer en tempête, et c’est bien de cela que l’on parle. Il s’agit d’une projection interdomaniale très efficace qui matérialise bien l’image frappante du phénomène Covid-19. Les occurrences du mot vague sont disséminées tout au long de notre corpus, presque toujours en collocation avec l’adjectif numéral. En voici quelques exemples :

– Sur le plan sanitaire, d’abord, tout est mis en œuvre pour que le service, nos services de santé puisse faire face à la vague. (25-03-2020)
– Nous sommes dans ce qu’on a souvent appelé cette deuxième vague. Et ça remonte partout en Europe. (14-10-2020)
– Elles se révèlent toutefois insuffisantes pour endiguer une vague qui aujourd’hui touche toute l’Europe. (28-10-2020)
– Car nous devons tout faire pour éviter une troisième vague (24-11-2020)
– Après un confinement dur lors de la première vague au printemps 2020, puis ce qu’on a appelé un confinement adapté lors de la seconde vague à l’automne dernier… (31-03-2021)

Dans son bref message du 29 avril, livré en marge de ses annonces à la PQR où il présente le calendrier de la levée des restrictions et confirme le combat pour la vaccination (Maintenant, notre combat, c’est de vacciner le plus vite possible …je veux reprendre mon bâton de pèlerin et aller dans les territoires pour prendre le pouls du pays), le Président confie à ses compatriotes les trois qualités essentielles pour le retour à une vie normale : Résistance, détermination, unité, insistant pour la énième fois sur la nécessité d’avancer avec les vaccins :

– Nous aurons raison de ce virus par nos précautions, nos mesures de restriction et par la tenaille que nous exerçons avec le vaccin, et donc nous devons continuer d’accélérer cette vaccination. (29-04-2021)

À remarquer, enfin, l’emploi récurrent – 19 fois – du verbe tenir comme intransitif signifiant ‘résister’, qui condense l’attitude belliqueuse face au virus : Macron exhorte son peuple à ne pas relâcher ses efforts dans l’attente de la fin des sacrifices et des interdictions, ainsi qu’à tenir les gestes barrières afin de réduire les risques de contagion pour soi et son entourage :

– C’est cette France fraternelle qui nous permettra de tenir et de vaincre. (25-03-2020)
– Et les vertus qui, aujourd’hui, nous permettent de tenir, seront celles qui nous aideront à bâtir l’avenir, notre solidarité, notre confiance, notre volonté. (13-04-2020)
– Confiance en notre capacité à surmonter cette épreuve. Nous devons tenir, chacun à notre place… (28-10-2020)
– Aujourd’hui, nous tenons ensemble. Demain, nous vaincrons ensemble. (24-11-2020)
– …notre capacité d’abord à tenir les gestes barrières pour éviter de l’attraper… On va continuer à gérer ainsi cette épidémie avec un objectif qui est de tenir, de protéger les plus faibles… (02-02-2021)
– Nous ne sommes pas sortis de l’épidémie… Il faudra donc continuer, dans les jours et les semaines à venir, à tenir, à résister… (Discours 29-04-2021)

Et voilà qu’un autre mot revient à cinq reprises (plus deux formes adjectivales) : résilience, une capacité dont le peuple français a su faire preuve :[12]

– …j’ai décidé, sur proposition de la ministre des Armées et du chef d’état-major des Armées, de lancer l’opération Résilience. (25-03-2020)
– Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons …la prévention, la résilience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises à venir. (13-04-2020)
– On sortira de cela en étant une Nation plus résiliente. On va continuer à surmonter nos défis. …mais on va aussi – et on est en train de le faire – apprendre à être une Nation plus résiliente (14-10-2020)
– Notre Nation a traversé cette année avec une telle unité et une telle résilience : rien ne peut lui résister. (31-12-2020)

Ci-dessous, deux récapitulatifs graphiques des mots/domaines métaphoriques les plus féconds (Fig. 1) et des ‘covidiomes’ saillants (Fig. 2) relevés dans notre corpus :[13]

 

4. La métaphore guerrière face au coronavirus : flou linguistique ou ‘arme’ politique ?

 

Même si, à la base, la métaphore conceptuelle reflète notre vision du monde, force est de constater que, dans la mesure où elle est habilement exploitée, elle devient un outil rhétorique précieux – « la reine des figures rhétoriques » (PAISSA et al. 2021 : 28) – voué à la captation et à la persuasion[14], parfois utilisé à des fins de manipulation, et là, c’est la porte ouverte à ce que l’on qualifie de « dérives de la métaphore » (JAMET (dir.) 2008). Tel pourrait être le cas du vocabulaire militaire convoqué, au cours des mois de pandémie, par plusieurs gouvernants qui justifient ainsi leurs prises de position : en état de guerre et donc d’urgence, il faut faire tout ce qu’il faut pour combattre l’ennemi.

Il est indéniable que le coronavirus a installé, toutes proportions gardées, une ambiance guerrière tant sur le plan factuel que linguistique : état d’urgence, couvre-feu, attestations de déplacement, hôpitaux de campagne, mobilisation des forces armées, cortèges de camions militaires transportant des cercueils, mais ce n’est pas pour autant une guerre, qui, on ne doit pas l’oublier, laisse derrière elle tant de victimes, mais aussi tant de violences et de destructions… Les mots ont un poids et un usage métaphorique démesuré de cette notion pourrait être fourvoyant. Au final, c’est une ‘guerre’ que la plupart d’entre nous ont menée en restant enfermés à la maison et en se mettant en télétravail. Et ce n’est pas non plus une guerre qui peut aboutir à un traité de paix : pas d’accord possible avec le virus.

Mais quels sont au juste les ressorts de la rhétorique guerrière dont Macron a usé et abusé lors de ses premières allocutions ? Nous allons tenter de répondre à cette question en faisant un rapide survol des réflexions avancées là-dessus par des spécialistes de différents domaines d’étude.

D’une part, il y aurait la confusion et le flou des mots qui semblent avoir perdu leur sens, si bien qu’on parle de ‘guerre’ quoique la plupart des citoyens de la société contemporaine n’aient aucune expérience directe de ce qu’est une vraie guerre : telle est l’explication suggérée par les chercheuses en philosophie Déborah Brosteaux et Juliette Lafosse (2020). Elles estiment que le fait de transformer l’épidémie en un événement guerrier ou en quelque chose de semblable, évoquant constamment le courage des héros qui combattent, risque d’« infléchir le problème » et de faire passer sous silence des enjeux qui sont surtout d’ordre sanitaire, socioéconomique et politique. Bref, cela peut fausser le point de vue des récepteurs et donner une vision partielle, sinon partiale, de la réalité.

Pour Mariette Darrigrand, sémiologue spécialisée dans l’analyse du discours médiatique, la métaphore guerrière est une « évidence ancestrale » (citée dans GARRAT-VALCARCEL 2020) en période de crise. Rabâcher l’image de la guerre en tant qu’événement exceptionnel à ceux qui ne l’ont pas vraiment connue sert à donner un halo épique à une crise sanitaire hors du commun où tout un chacun est mobilisé pour faire quelque chose de grandiose, c’est un exercice symbolique de la fonction guerrière.

De son côté, l’historien et universitaire Jean Garrigues pense que les sociétés fonctionnent toujours par analogie avec des périodes précédentes (la dernière pandémie mondiale a été la grippe espagnole de 1918, en période de guerre). « On essaye de réactiver la mythologie de la guerre dans une société qui a oublié la guerre » (cité dans Ibid.), affirme le spécialiste, mais il doute que les jeunes Français soient réceptifs à ce genre de référents.

D’autre part, derrière une telle rhétorique, on peut entrevoir en filigrane une stratégie politique bien choisie, comme le précise l’expert en communication de crise Florian Silnicki. Celui-ci juge « inapproprié » le type de lexique qui résonne dans les discours du Président français « et surtout, en inadéquation avec la culture sociétale et sociologique » (cité dans CONRUYT 2020), vu que la plupart des Français n’ont pas vécu la guerre. Selon toute vraisemblance, « ce vocabulaire belliqueux est une tentative de rasseoir le pouvoir du président de la République » à un moment qui n’est certes pas facile pour le chef de l’exécutif, à cause des pressions tant de l’opposition que de l’opinion publique qui critiquent les approximations et les retards gouvernementaux. C’est une stratégie de communication emphatique qui, accentuant l’effet alarmiste, vise à éveiller un sentiment de responsabilité et à mobiliser l’unité nationale, afin d’assurer une plus grande légitimé à un « homme qui se pose […] en chef de guerre et donc, en homme incontesté sur l’échiquier politique ». Quelle meilleure façon, alors, qu’un scénario guerrier qui, par sa nature, exige l’engagement et la participation unitaire des citoyens ?

La dernière, juste sur l’axe temporel, mais non la moindre est la voix d’Agnès Steuckardt, spécialiste en analyse du discours et professeure à l’université de Montpellier 3. À propos de ce que les nouveaux mots disent de la période que l’on traverse, elle souligne que certains noms ont été « imposés, formatés » par le gouvernement (attestation dérogatoire, non-essentiel) et pour ce qui est de la métaphore guerrière, elle tranche : « C’est une façon de penser la crise imposée et critiquable. Une épidémie n’est pas une guerre » (citée dans CIAVATTI 2021).

 

Conclusion

 

Il est clair pour nous tous que la pandémie de Covid-19 a non seulement bouleversé notre vécu mais a aussi ‘infecté’ notre langue et modifié notre façon de parler ; un phénomène viral de tous côtés qui a tracé une ligne de démarcation entre un avant et un après, remettant en cause l’idée même de normalité : Nous ne sommes pas dans un temps normal (07-10-2020).

À l’issue de notre étude, nous pouvons affirmer que la métaphore martiale, nourrie de lexies qui ont émergé avec la propagation du virus ou qui ont subi une mutation sémantique (confinement, reconfinement, distanciation sociale, gestes barrières, attestation…), a étayé les prises de parole au sommet de l’État français, en particulier pendant la première période de l’année 2020. D’autres constructions métaphoriques, telles que celles de la mer/vague et de la course, ont néanmoins rythmé les discours présidentiels, reflétant des conceptualisations largement partagées.

Notre analyse nous a permis de noter une évolution sur le plan lexical dans les allocutions et entretiens des premiers mois 2021, où Macron a acquis un ton plus paternaliste, en faisant surtout appel à la mobilisation collective, à la résistance et à la responsabilité de ses citoyens, et en misant sur l’accélération de la campagne de vaccination en tant que condition préalable aux réouvertures.

Nous avons également questionné les motivations envisageables à une rhétorique guerrière prudemment ancrée sur la légitimité symbolique du Conseil scientifique. Si la conversion du langage de la maladie en langage de la guerre reflète une longue tradition dans la sphère de la santé publique, son usage répété s’en trouve cependant mal placé, entraînant des glissements sémantiques dangereux. Sur le plan politique stricto sensu, ce genre de lexique s’avère un outil sciemment employé afin de valoriser l’action du gouvernement et de dissimuler ses manques. Il nous semble que la remarque de Vandaele (citée dans BAILLARGEON 2020) à ce sujet est très judicieuse. Les dérives potentielles de la métaphore guerrière dépendent finalement de la manière dont elle est employée : l’idée d’être en guerre peut aboutir à une surveillance excessive, réveiller des sentiments hostiles, même agressifs, mais elle peut aussi motiver une plus grande coopération et solidarité, et c’est bien là notre souhait.

 

Références bibliographiques

 

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Sitographie

 

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Corpus

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Discours du 16 mars 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/16/adresse-aux-francais-covid19

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Discours du 13 avril 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/04/13/adresse-aux-francais-13-avril-2020

Discours du 14 juin 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/06/14/adresse-aux-francais-14-juin-2020

Interview du 14 juillet 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/07/14/14-juillet-2020-interview-president-de-la-republique

Interview du 21 juillet 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/07/21/laccord-decide-au-conseil-europeen-est-sans-precedent-sur-tf1-emmanuel-macron-revient-sur-les-enjeux-et-limpact-de-laccord-pour-la-france

Interview du 7 octobre 2020, https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/les-informes-de-france-info/la-visite-d-emmanuel-macron-dans-les-alpes-maritimes-son-interview-televisee-sur-place-la-question-climatique-les-informes-du-mercredi-7-octobre_4115303.html

Interview du 14 octobre 2020, https://www.vie-publique.fr/discours/276714-emmanuel-macron-14102020-covid-19-couvre-feu

Discours du 28 octobre 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/10/28/adresse-aux-francais-28-octobre

Discours du 24 novembre 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/11/24/adresse-aux-francais-24-novembre

Discours du 4 décembre 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/12/04/le-president-emmanuel-macron-repond-aux-questions-de-brut

Vœux du 31 décembre 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/12/31/voeux-2021-aux-francais

Interview du 2 février 2021, https://www.vie-publique.fr/discours/278464-entretien-emmanuel-macron-02022021-covid-19

Conférence de presse du 25 mars 2021, https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-17426-fr.pdf

Discours du 31 mars 2021, https://www.vie-publique.fr/discours/279295-emmanuel-macron-31032021-covid-19

Interview et discours du 29 avril 2021, https://www.ladepeche.fr/2021/04/29/interview-exclusive-emmanuel-macron-presente-un-deconfinement-en-quatre-etapes-9517378.php, https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/emmanuel-macron-appelle-les-francais-a-la-resistance-a-la-determination-et-a-l-unite-face-au-virus-video_13947057/

 


 

[1] L’édition 2021 du dictionnaire Le Petit Robert, où figure le mot covid, admet la variation entre le masculin et le féminin.

[2] Mot-valise attesté désignant les mots de l’actuelle pandémie de Covid-19 (ledevoir.com 2020). Il convient de souligner que « idiomes » dans covidiomes n’a rien à voir avec «expression idiomatique» et la phraséologie.

[3] La reine Elizabeth II a fait aussi allusion à la Seconde Guerre mondiale pendant son discours solennel du 5 avril 2020, afin d’inciter les Anglais à faire preuve de résilience face à la maladie, mais ensuite elle a privilégié un ton plus empathique, rejetant l’analogie avec la guerre.

[4] Selon l’approche de Lakoff et Johnson, on peut distinguer trois types de métaphores correspondant à trois modalités de perception de la réalité : 1) métaphores structurales (elles structurent un concept abstrait et complexe en termes d’un autre concept connu, plus clair et plus défini) ; 2) métaphores d’orientation (elles donnent au concept une orientation spatiale) ; 3) métaphores ontologiques (elles identifient et catégorisent un concept abstrait comme une entité discrète et quantifiable).

[5] Nous renvoyons également à cet article pour plus de références bibliographiques sur la métaphore dans le cadre de la linguistique et de la sémantique cognitive.

[6] D’après Lakoff et Johnson, les métaphores conceptuelles sont des constructions mentales (gestalts) qui reflètent notre manière de conceptualiser le monde et se réalisent dans une pluralité de formes lexicales, d’où la distinction terminologique entre métaphore – la structure cognitive sous-jacente, située sur le plan de la pensée – et expression métaphorique – l’occurrence verbale (instanciation), située sur le plan de la langue. Comme le remarque Kleiber (2016 : 25-26), s’il n’y avait qu’une unité lexicale qui « actualise » le concept métaphorique, il n’y aurait pas lieu de parler de métaphore conceptuelle (ce serait là une métaphore lexicale), tout comme on ne parlerait pas de « champ conceptuel » si un concept était réalisé par un seul lexème.

[7] Selon le principe innovateur d’embodiment (ou ‘corporéité’), loin d’être une entité abstraite, l’esprit est enraciné dans le corps qui interagit avec l’environnement, lequel lui permet d’avoir une série de perceptions sensorielles, d’où l’expression ‘cognition incarnée’.

[8] Par mapping (ou ‘carte conceptuelle’) on entend une correspondance ontologique entre deux espaces conceptuels différents : un domaine expérientiel généralement concret (‘domaine source’) est projeté (mapped) sur un autre domaine expérientiel abstrait (‘domaine cible’), décrit et compris sous les traits du premier.

[9] Mentionnons également le néologisme covidiot, covidiota en italien et en espagnol, calqué sur l’anglais covidiot (mot-valise formé par la fusion de covid + idiot) : apparu dès la fin de mars 2020, ce mot a été bienvenu pour qualifier les irresponsables face à l’épidémie, ceux qui, négligeant les mesures de confinement et les gestes barrières, ont risqué de mettre en danger leur propre santé et celle des autres (ANTONELLI 2020 : 191). Selon l’interprétation ‘négationniste’ et ‘réductionniste’, le sens du mot italien covidiota a été renversé pour désigner ceux qui croient en la pandémie, considérés comme étant naïfs (TRECCANI ; BUFALE.NET).

[10] Le texte français adopté à l’unanimité par le Conseil national de la Résistance le 15 mars 1944 était initialement intitulé Les Jours heureux par le C.N.R.

[11] Le nom est en lettres majuscules dans le texte intégral de l’interview.

[12] Parmi les tout derniers ‘covidiomes’, signalons covilience, mot-valise né de la contraction de covid + résilience. Néologisme inventé par le chef de l’État et son entourage engagés dans la préparation de l’après-covid, il désigne le plan à moyen et long terme pour sortir la France de la crise sanitaire et économique.

[13] En plus des nombreuses occurrences du mot virus (150) et de l’acronyme Covid (37, dont 5 inhérentes à l’application TousAntiCovid).

[14] Nous ne nous attarderons pas ici sur le potentiel et les usages argumentatifs de la métaphore, qui sont bien reconnus dans les discours politiques et médiatiques mais qui se manifestent également dans d’autres types de discours de spécialité. Nous nous contentons de citer trois volumes parmi les plus récents : BONHOMME et al. (dir.) (2017), DOMENEC, RESCHE (éds.) (2018), PAISSA et al. (eds.) (2021).


 

Per citare questo articolo:

Alessandra ROLLO, « Métaphores et covidiomes dans les discours du Président Emmanuel Macron aux temps de la Covid-19 », Repères DoRiF, n. 25 – Le lexique de la pandémie et ses variantes, DoRiF Università, Roma luglio 2022, https://www.dorif.it/reperes/alessandra-rollo-metaphores-et-covidiomes-dans-les-discours-du-president-emmanuel-macron-aux-temps-de-la-covid-19/

ISSN 2281-3020

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