Print Friendly, PDF & Email

Alida Maria Silletti

Savoir d’opinion vs savoir de révélation dans Le Livre noir du coronavirus. Du fiasco à l’abîme : le cas du futur simple

 

 

Alida Maria Silletti
Università degli studi di Bari Aldo Moro
alida.silletti@uniba.it


Résumé

À l’appui des stratégies et des procédés du discours politique manipulatoire (CHARAUDEAU 2006 ; 2011 ; 2019 ; 2020), qui seront appliqués aux occurrences du futur simple – emplois temporel et prédictif –, nous essaierons d’identifier le positionnement du sujet parlant dans son acte d’énonciation et ses retombées auprès des destinataires dans Le Livre noir du coronavirus. Du fiasco à l’abîme (juillet 2020). Nous montrerons que l’emploi des temps verbaux peut renforcer les stratégies manipulatoires du Rassemblement national en vue d’orienter ses (é)lecteurs vers « sa » vérité.

Abstract

On the basis of some strategies and processes of the manipulatory political discourse (CHARAUDEAU 2006 ; 2011 ; 2019 ; 2020), which will be applied to simple future in its temporal and predictive values, this research intends to identify the positioning of the speaker in his/her enunciative act and its consequences for the target audience in Le Livre noir du coronavirus. Du fiasco à l’abîme (July, 2020). The analysis will show that verbal tenses may strengthen Rassemblement national‘s manipulatory strategies in order to direct readership/ electorship towards “its” truth.


 

1. Introduction

Lors du Conseil européen extraordinaire du 17 au 21 juillet 2020, l’Union européenne signe un accord budgétaire sans précédent, créant pour la première fois un endettement commun afin de relancer les économies des pays touchés par la crise de coronavirus. Le 9 juillet, les 23 eurodéputés du Rassemblement National (RN) – groupe « Identité & Démocratie » – diffusent le Livre noir. La gestion de la crise du coronavirus par l’Union Européenne[1], accusant l’UE (ainsi que la France) d’une « grande faillite » (p. 2) et dressant « le bilan de [son] action, ou plutôt de [son] inaction, […] confrontée à cette crise sanitaire et financière » (p. 2). Cette publication n’est pour autant pas isolée[2] : trois semaines plus tard, le 28 juillet, Marine Le Pen présente au siège du RN Le Livre noir du coronavirus. Du fiasco à l’abîme, au sein duquel, au niveau national, le parti accuse le Président de la République et le gouvernement français d’une gestion catastrophique de la crise sanitaire[3]. Le Livre noir du coronavirus. Du fiasco à l’abîme (désormais LNC), que le RN dédie aux victimes de la Covid-19 et à leurs proches (p. 3), se veut la révélation « d’une sourde mais étrange défaite [engendrant] l’ampleur du déclassement français » (p. 7).

Dans cette recherche, notre attention sera focalisée sur ce qui relève, d’après le RN, de révélations à propos de la Covid-19 par rapport à la gestion de l’épidémie en France. Pour ce faire, nous nous appuierons, d’une part, sur l’analyse du discours politique de tradition française à partir des travaux de Patrick Charaudeau (2006 ; 2011 ; 2019 ; 2020), qui nous permettront d’identifier le positionnement du sujet parlant dans son acte d’énonciation et ses retombées auprès des destinataires ; d’autre part, sur la morphosyntaxe du verbe. En particulier, nous aborderons le futur simple – valeurs temporelle et modale – selon la Grammaire méthodique du français de Riegel et al. (1994), pour examiner ses occurrences dans le LNC. Notre propos est de montrer que certains emplois des temps verbaux, dans le co(n)texte où ils sont utilisés, peuvent contribuer à renforcer les stratégies utilisées par les politiques pour orienter l’électorat, même à des fins manipulatoires, vers « leur » vérité. Il en est ainsi du LNC, au sein duquel le RN, en dépit du « recul nécessaire » (p. 168) qu’il déclare prendre, fournit, comme ce travail le montrera, une interprétation des événements fondée sur le refus du statu quo par une attaque généralisée contre le Président de la République et le gouvernement français.

 

2. Le Livre noir du coronavirus. Du fiasco à l’abîme

Conçu par le RN comme un recueil qui veut « analyser la crise pour chercher à comprendre les dysfonctionnements, leurs causes immédiates comme leurs raisons plus profondes » (p. 168), Le Livre noir du coronavirus. Du fiasco à l’abîme, téléchargeable gratuitement depuis le site web officiel du RN, compte 168 pages réparties en une introduction, deux sections et une brève conclusion. Sur la couverture, figure l’accroche – sous forme de citation, entre guillemets et dépourvue d’auteur – « Ils savaient, ils ont menti, ils continuent de tâtonner dans le brouillard… ». Hymne et formule magique en apparence, le RN invective tout ce à quoi le pronom « ils » est rapporté, à savoir le Président de la République Emmanuel Macron, le Premier Ministre Édouard Philippe et son gouvernement, accusés de ne pas avoir su gérer la crise sanitaire en France.

Le titre est placé au centre de la couverture, au premier plan par rapport à un coronavirus, à l’arrière-plan, que l’on peut distinguer par un cercle rosâtre couronné de pointes de différentes tailles[4]. L’Introduction (p. 7-10) s’ouvre par une comparaison. La commémoration, le 17 mai 2020, à Montcornet, de la bataille homonyme de la Seconde Guerre mondiale par le Président de la République, dans le cadre des célébrations « 2020, année de Gaulle »[5] qu’E. Macron évoque pour consacrer également « l’esprit de résistance » des Français face au coronavirus –, est l’occasion, pour le RN, de souligner la « sourde mais étrange défaite » (p. 7) des Français, en 2020, suite à l’« état de guerre » déclaré par E. Macron, « qui révéla finalement les faiblesses du commandement, l’indigence de la logistique, les errances stratégiques » (p. 7). À l’intérieur de cette métaphore guerrière, apparaît le procédé discursif de l’exagération[6] par énumération et par dramatisation du scénario, dans un contexte de crise dont E. Macron est considéré comme le responsable[7]. Dans l’introduction est ensuite présenté le cadre sanitaire, politique, économique et social dans lequel la France a été plongée dès le début de l’épidémie de Covid-19, tout comme les conséquences de cette situation dans un avenir proche, mais aussi à moyen/ long terme.

Le procédé de l’exagération par dramatisation du scénario réapparaît à plusieurs reprises dans les deux sections du LNC, visant, selon le RN, à « concourir à la manifestation, sinon de LA[8] vérité, du moins des vérités qui ont été dissimulées tout au long du drame dans lequel notre pays a été précipité, vérités occultées pouvant aller jusqu’au mensonge d’État » (p. 10). Si la première section, « Autopsie d’un fiasco » (p. 13-84), est consacrée aux crises profondes – sanitaire, économique et politique – qui touchent la France, la seconde, « Gestion de l’épidémie de Covid-19. Chronologie d’un fiasco » (p. 87-163), concerne leur effet, à savoir le déclin français. Cette dernière section ne comporte que des énumérations d’extraits tirés des médias et de déclarations attribuées pour la plupart à des représentants du gouvernement, longues de deux lignes en moyenne et dépourvues de co(n)texte[9]. Le RN se sert de ces citations pour montrer l’inertie et l’inefficacité des mesures du gouvernement français, et leurs retombées désastreuses pour les citoyens – le refus du statu quo et la victimisation du peuple sont des traits qui caractérisent le discours populiste du RN.

 

3. Discours d’expert, types de savoir et discours de manipulation en temps de pandémie

Au fur et à mesure que l’épidémie de Covid-19 devient mondiale[10], et comme cela était déjà arrivé au cours d’autres crises sanitaires de l’époque contemporaine[11], marquées par un contexte d’incertitude et d’urgence (NOUAILLE-DEGORCE 2020), la politique fait appel et confiance aux experts scientifiques. En France, le 12 mars 2020, le Président de la République fait référence pour la première fois au « Conseil scientifique Covid-19 » – composé pour la plupart de médecins experts en épidémies – pour annoncer aux Français une situation épidémique dramatique, par rapport à laquelle E. Macron déclare adosser ses décisions à l’avis de ce Conseil (GAMBARDELLA et KESSER 2021). Dans ce contexte, le rôle de l’expert s’élève au-dessus des autres voix pour éclairer la décision des pouvoirs publics face à l’incertitude créée par un risque immédiat résultant d’une menace nouvelle et inconnue. Pourtant, cet appel à l’expertise n’est pas exempt de risques. Ceux-ci peuvent résulter tant d’une décision impopulaire qui est assumée par le gouvernement que de l’adoption d’une décision opposée à celle de l’expert, avec, le cas échéant, une défiance ou le rejet de celui-ci par les citoyens. Les décisions des experts et, en amont, du gouvernement, peuvent ainsi être contestées par les destinataires de ces mesures, comme le prouve le LNC, qui s’inscrit dans le contexte caractérisé par la gestion de l’épidémie de Covid-19 de la part du gouvernement français.

Pour analyser la source du savoir des experts scientifiques et pour souligner ce qui ne relève pas de ce savoir, nous aborderons la structuration des savoirs sur le monde à partir de la distinction proposée par Charaudeau (2020 : 29) entre « savoirs de connaissance » et « savoirs de croyance ». Le savoir de connaissance, qui existe en dehors de la subjectivité du sujet, concerne une connaissance centrée sur les faits du monde et ses explications sont données via un Tiers, un « il vrai » impersonnel et neutre (CHARAUDEAU 2020 : 29). Ce « Tiers » peut être tantôt l’ordre des choses, tantôt la science, tantôt la révélation : il ne donne pas de jugement de valeur du sujet parlant car il n’est que le porte-parole de ce savoir. Ainsi son discours établit-il une vérité absolue qui dérive de la science – « savoir savant » – ou de la transcendance – « savoir de révélation » (CHARAUDEAU 2020 : 29). La source du savoir des experts scientifiques qui sont entrés dans le débat public et politique lors de l’épidémie de coronavirus repose sur une vérité scientifique qui relève d’un « savoir savant ». Cette vérité procède par reproduction des expériences, elle est attestée et elle peut être vérifiée suite à une démonstration[12] tout en étant provisoire car sa vérité est établie « jusqu’à preuve du contraire » (CHARAUDEAU 2020 : 39). Cet aspect distingue le savoir savant du savoir de révélation, dont la vérité ne peut être ni prouvée ni vérifiée. Ce savoir sous-tend une adhésion totale et non-rationnelle du sujet, par soumission, au discours d’un « Tiers – Il vrai » (CHARAUDEAU 2020 : 30) porteur d’un savoir présenté sous forme de vérité absolue[13]. Aucune contradiction provenant d’autres savoirs et aucune preuve ne peuvent le réfuter et les discours sur lesquels il s’appuie relèvent de la « modalité de l’évidence » (CHARAUDEAU 2020 : 30).

En revanche, les savoirs de croyance concernent des valeurs mentales, ils procèdent d’un jugement, d’évaluations sur les comportements et les opinions des êtres du monde, et ils sont caractérisés par une polarisation et par une prise de position du sujet. Ils sont portés par un « On-vrai » (CHARAUDEAU 2020 : 31) qui intériorise un savoir subjectif et non-vérifiable en vue de le partager : ce sujet s’impose au monde pour le décrire – « savoir d’expérience » – ou pour y porter des jugements – « savoir d’opinion ». Dans un savoir d’opinion, qui est typique, entre autres, des slogans publicitaires ou politiques – et que nous retrouvons dans le LNC –, le sujet prend position à partir d’une évaluation, d’un calcul relevant d’une modalité axiologique ou épistémique[14], en s’engageant par une opinion personnelle ou pour le groupe dont il fait partie. Cette opinion est donc relative : si elle est universellement partagée, son garant de vérité est une « vox populi » au-dessus des individus, une doxa (CHARAUDEAU 2020 : 33)[15]. Comme Charaudeau (2006) le souligne, dans le discours politique il n’est pas rare que le sujet parlant « masque » un savoir d’opinion avec un savoir de connaissance pour chercher à persuader ses interlocuteurs en érigeant une norme morale d’opinion en savoir absolu de connaissance. Lorsque cela se produit, une vérité d’appréciation personnelle est délibérément présentée comme une vérité d’opinion universelle, engendrant « un effet de tromperie car le récepteur ignore l’intention du manipulateur et se laisse abuser par le faux-semblant de son énonciation » (CHARAUDEAU 2020 : 86). Le sujet manipulateur peut utiliser différentes stratégies discursives pour convaincre ses récepteurs et les inciter à agir dans la direction qu’il leur présente. Il peut assumer des rôles, dont celui de guide[16], à savoir de sujet doté d’un charisme qu’il peut exercer en tant que leader politique manipulant des foules, voire comme prophète mystifiant les croyants. En outre, le manipulateur peut se servir de procédés discursifs tels que l’exagération, la généralisation et l’amalgame.

À l’appui des exemples du corpus, nous mettrons en relation les remarques qui précèdent avec le discours du RN dans le LNC.

 

4. Les valeurs du futur simple français

Dans la Grammaire méthodique du français (GMF)[17], au chapitre consacré au groupe verbal, section sur l’emploi des modes et des temps du verbe, notamment à l’indicatif, Riegel et al. (1994 : 312) rappellent que le futur simple – qui projette un procès dans l’avenir en l’envisageant « avec une certaine part d’hypothèse et d’incertitude », bien que la probabilité de réalisation de l’événement soit très élevée – peut se charger de valeurs temporelles et exprimer également des valeurs modales associées à l’avenir.

Dans ses valeurs temporelles, le futur simple peut être utilisé en corrélation avec des indicateurs temporels marquant la distance entre le moment de l’énonciation et le fait futur, ou bien avec des adverbes ou compléments circonstanciels marquant le prospectif[18]. Par ailleurs, des subordonnées temporelles ou hypothétiques peuvent également renvoyer à l’avenir par opposition au présent de l’énonciation[19].

Dans ses valeurs modales, le futur simple peut être utilisé pour accomplir trois types d’actes de langage : la promesse, l’injonction, la prédiction. Dans tous ces cas, si la phrase est assertive, la situation et le contexte permettent de préciser l’acte de langage accompli. Parmi les différents emplois modaux du futur simple qui sont présentés par Riegel et al. (1994)[20], notre attention sera focalisée sur l’emploi prédictif. Dans l’exemple proposé dans la GMF, « Les poissons seront fiers de nager sur la terre et les oiseaux auront le sourire » (p. 314) – tiré d’une chanson de Bob Dylan –, le futur sert à énoncer une prédiction dont la réalisation sera située dans une époque future indéterminée, autrement dit une prophétie. Au paragraphe suivant, nous nous pencherons sur l’expression de la prophétie au futur simple au sein du LNC.

 

5. Futur temporel et futur prédictif dans le LNC : une manipulation maquillée en savoir de révélation

À l’aide du logiciel Anatext, l’analyse lexicométrique des verbes par lemme nous a permis d’identifier les occurrences du futur simple dans le LNC[21]. Par rapport à ces occurrences, au nombre de 120, nous avons exclu les cas où le futur simple apparaît au sein de citations[22] et les exemples où ce temps verbal est utilisé pour introduire un propos à autrui, dans son emploi de perspective (RIEGEL et al. 1994)[23] – ces occurrences figurent surtout dans la deuxième section du LNC. Au final, notre sélection a concerné 16 occurrences du futur simple apparaissant dans l’introduction, dans la première section et dans la conclusion générale du LNC.

Les remarques théoriques qui précèdent soulignent que le RN se sert d’un discours manipulatoire pour convaincre ses destinataires de la « vérité » des déclarations qui sont présentées dans le LNC. Pour atteindre son but, le sujet manipulateur peut avoir recours à des figures pathémiques et aux émotions qui les sous-tendent, parmi lesquelles la peur est l’une des plus puissantes. Charaudeau (2019 ; 2020) distingue les peurs par « châtiment de Dieu », les peurs par fatalisme, les peurs prédictives et les peurs aléatoires. Parmi celles-ci, à notre avis les peurs prédictives font l’objet du LNC : elles sont caractérisées par la probabilité reconnue qu’un événement catastrophique se produira ou se reproduira, ainsi que par la connaissance de la cause qui l’a engendré. Par ailleurs, puisque la peur s’intensifie d’autant plus que la menace n’est pas bien circonscrite, comme dans le cas d’un ennemi invisible (le coronavirus), l’effet de ces sentiments est, selon Charaudeau (2020 : 120), un état d’angoisse qui alimente des informations non vérifiées servant de base à la création du coupable idéal. Dans le LNC, ces coupables sont le Président de la République et le gouvernement français, responsables, par leur gestion « politicienne » (p. 22), « comptable » (p. 45) de la pandémie, de ne pas avoir su la prévoir, la maîtriser et protéger les citoyens. Ces prémisses mettent en évidence que l’avenir que le RN fait présager à ses destinataires est sombre, caractérisé par « un temps, de l’énergie, des vies » qui seront gaspillés, perdus :

 

(1) Et faute d’études irréfutables, nous perdrons encore du temps, de l’énergie et donc des vies. Inacceptable. (p. 47)

 

L’ex. (1) figure dans un encadré[24] dont le titre est « Chloroquine : la molécule populiste ! » (p. 47). À son intérieur, le RN défend les positions du médecin Didier Raoult contre « le mépris de certaines élites scientifiques ou parisiennes et de leurs relais médiatiques pour les solutions trop simples et peu onéreuses » (p. 47). Le futur temporel, perdrons, est révélateur d’un avenir catastrophique et inéluctable car les erreurs déjà commises se répéteront, engendrant une situation « inacceptable ». Dans la prémisse, où le RN souligne que la cause de la situation dénoncée est le manque d’études irréfutables, la responsabilité est imputée à l’attitude du Ministre de la Santé Olivier Véran et du Président de la République, qui auraient senti que « la persécution du « gourou marseillais »[25] pouvait devenir dangereuse ». La référence est au médecin Didier Raoult[26], que le RN appuie, et les études irréfutables, quant à elles, sont celles qui prouveraient, d’après le RN, la validité des théories de D. Raoult. Pourtant, ces études ne sont pas conduites par le gouvernement, d’où une situation catastrophique qui ne pourra que perdurer. La réitération du contexte dramatique présent dans l’avenir émerge de l’ex. 2, où un autre futur temporel envisage que les événements présentés se réaliseront si deux conditions se produisent : d’une part, une deuxième vague, par une subordonnée hypothétique de premier type ; d’autre part, toutes les prémisses qui précèdent, suite auxquelles un savoir d’opinion (donc de croyance) est présenté comme un savoir de connaissance fondé sur des bases réputées être scientifiques (tout porte à croire que), donc sauf preuve du contraire :

 

(2) Reste que la question n’est du coup toujours pas tranchée et tout porte à croire que la polémique reviendra si deuxième vague il y a. (p. 47)

 

Les cinq autres cas de futur temporel (dont les ex. 3 et 4) relèvent de configurations sémantico-syntaxiques dans lesquelles le RN envisage « son » avenir à partir de données basées sur l’expérience présente – catastrophique – qui vont sans doute se reproduire, mais les domaines concernés ne sont pas les mêmes, d’où une mise en relation et un lien de cause à effet difficiles à envisager, pouvant aboutir à l’amalgame[27]. L’attention est déplacée des conséquences sanitaires de la pandémie à ses retombées, représentées par des crises enchaînées où sont rassemblés l’économie et le domaine social (ex. 3 et 4), l’aspect démographique et le côté judiciaire, la souveraineté nationale et le rôle de la France au niveau européen et international (ex. 4). Par ces thèmes, le RN annonce les crises majeures qui vont frapper la France et qui trouvent leur raison d’être dans les prémisses dramatiques où apparaissent les futurs simples temporels. Le RN a également recours au procédé discursif de l’exagération, comme en témoigne l’emploi de noms et d’adjectifs qui mettent en évidence des chiffres très élevés (bond, majeure) auxquels s’ajoutent les chiffres toujours négatifs – mais généralement approximatifs – vers le haut :

 

(3) Il ne fait guère de doute que lorsque les mécanismes de soutien à l’économie mis en place pendant le confinement seront levés, le choc économique deviendra un choc social d’ampleur majeur. On s’attend à ce que les chiffres du chômage fassent un bond de 2 points pour excéder 10 %, que la consommation recule de 10 % […] (p. 53)

 

(4) Bien sûr, on forme le vœu que la crise sanitaire, politique et économique de 2020, qui a révélé tout l’affaissement d’un système, ne conduise pas aux mêmes catastrophes. Pour autant, on aurait tort de croire que la crise économique dont les effets ne font que commencer, et qui ne manquera pas d’être suivie par une crise sociale de grande ampleur, peut être traitée selon les méthodes et en vertu des principes qui ont cours depuis tant d’années. Ceux-ci ont failli […]. La crise mortifère dont nous sortons à peine a redonné sens à des mots qui avaient disparu de la grammaire politique des puissants : la Nation, l’État-stratège, la souveraineté, les frontières. C’est sur ces bases que devra être reconstruite la France d’après. (p. 84)

 

La référence à des bases assurées, sur lesquelles le RN peut appuyer ses prévisions sur l’avenir, est également soulignée par des propositions principales en début de phrase qui annoncent les propos du RN au futur. Tel est le cas d’il ne fait guère de doute (ex. 3)/ on aurait tort de croire (ex. 4) par rapport à la crise économique qui engendrera un choc social de grande ampleur/ d’ampleur majeur, et de c’est sur ces bases (ex. 4). Ces prémisses, accompagnées de la forte probabilité que les mécanismes de soutien économique utilisés pendant le confinement termineront – en opérant une généralisation implicite par « Tout le monde sait qu’ils seront levés » – et que la France a subi une crise mortifère, préconisent un avenir sombre, mais aussi l’espoir d’un avenir à reconstruire. Ce nouvel avenir devra être bâti sur des bases « connues », à savoir les erreurs à ne plus répéter. Pour ce faire, la France redonnera sens à des mots qui avaient disparu de la grammaire politique des puissants : la Nation, l’État-stratège, la souveraineté, les frontières, autrement dit les mots-clés sur lesquels le Front national/ RN et Marine Le Pen ont toujours construit leur consensus. La dernière phrase de l’ex. 4, qui clôt la section « Autopsie d’un fiasco », recèle une « vérité doctrinale » (CHARAUDEAU 2020 : 39) inscrite dans le savoir de révélation et vise un retour à une origine presque mythique à laquelle la France doit aspirer. C’est grâce à un guide charismatique que cet avenir prometteur d’un retour à un passé mythique, précédant la crise politique qui a commencé selon le RN bien avant 2020, pourra être atteint.

Ce détournement du savoir d’opinion en savoir de révélation émerge également des 9 occurrences du futur simple dans sa valeur modale de futur prédictif. Tous les cas – dont l’ex. 5, contenant la plupart de ces occurrences – figurent au début du LNC, généralement en série :

 

(5) Dans des circonstances aussi difficiles, il ne revient pas aux forces politiques de l’opposition de s’ériger en procureurs. Le temps viendra où la justice passera, si elle l’estime nécessaire. Le temps viendra où des commissions d’enquête parlementaires dignes de ce nom seront mises en place. Le temps viendra où les Français seront appelés à se prononcer par la voie des urnes. Ils sauront alors se souvenir de la manière dont les affaires de l’État ont été conduites au cours du premier semestre de l’année 2020. (pp. 8 et 10)

 

Après avoir rappelé « la faillite des politiques publiques menées depuis plusieurs décennies » (p. 8), qui auraient engendré « l’effondrement structurel de notre pays » (p. 8), les futurs prédictifs de l’ex. 5 permettent au RN de diriger le regard des lecteurs vers l’avenir pour leur faire comprendre ce que la France et les Français ont dû subir, en prévoyant une punition pour les responsables de ces maux. Le leader charismatique devient ainsi un juge suprême – sans pour autant s’y ériger (il ne revient pas aux forces politiques de l’opposition de s’ériger en procureurs) – qui conçoit « la punition […] comme le « châtiment de Dieu » » (CHARAUDEAU 2020 : 102). Il s’agit de l’effet des comportements de ceux qui ont provoqué la situation de crise, qui doivent être punis selon une justice apparemment divine : en témoigne le temps viendra où en série, répété trois fois, suivi du futur prédictif et faute de déterminations temporelles. L’indétermination temporelle future est également soulignée par les deux passifs seront mises en place et seront appelés dépourvus de complément d’agent. Pourtant, on n’a affaire ni à une punition provenant d’une entité divine ni à un futur indéterminé. Les « justiciers » sont, à tour de rôle, des juges, des commissions d’enquête parlementaires, des Français. Quant à l’avenir, il est proche et déterminé : c’est le moment où les Français pourront dessiner le nouvel avenir de la France par leur vote aux élections – les élections régionales de 2021 mais surtout la présidentielle de 2022 –, lorsqu’ils sauront alors se souvenir de la manière dont les affaires de l’État ont été conduites au cours du premier semestre de l’année 2020. C’est donc l’annonce d’« une Apocalypse salvatrice » (CHARAUDEAU 2020 : 103) qui se répercutera sur les coupables. Les outils linguistiques et discursifs que nous venons de présenter, y compris le futur simple dans ses emplois temporel et prédictif, contribuent à renforcer le discours manipulatoire du RN, qui vise à cibler son (é)lectorat à l’approche du rendez-vous électoral national de mai 2022. À ce moment-là, les Français auront finalement leur mot à dire à partir de « LA » vérité que le RN leur a révélée par le biais d’un savoir d’opinion – et qui continue à l’être – apparemment déguisé en savoir de révélation.

 

6. En guise de conclusion

Dans cette étude, nous avons essayé de mettre en évidence des stratégies et des procédés du discours politique manipulatoire en les rapportant au discours du RN via Le Livre noir du coronavirus. Du fiasco à l’abîme. Dans ce recueil, présenté fin juillet 2020, le RN fait le point sur la gestion de l’épidémie de Covid-19 en France en vue de discréditer l’action du Président de la République et du gouvernement français. Les constats du RN sont présentés comme très fiables et, bien que l’adjectif « certain » ne soit jamais utilisé dans son acception de « tenu pour assuré »[28] – cet adjectif est toujours employé comme indéfini[29] –, le niveau de probabilité très élevé des affirmations présentées relève de l’emploi d’une négation syntaxique au sein de propositions principales comme « il ne fait guère de doute que/ tout porte à croire que/ il y a fort à parier que » suivies de complétives au futur, ou bien d’expressions comme « vraisemblablement inévitables ».

Nous avons montré que le recours au futur simple – emploi temporel et emploi prédictif – peut concourir à renforcer les opinions, les points de vue, les jugements du RN et de Marine Le Pen. Pour ce faire, ce parti (et sa leader) ont recours à des savoirs d’opinion, donc des savoirs de croyance, comme s’il s’agissait de savoirs de révélation, donc des savoirs de connaissance. Dans ce cas, le leader charismatique se dote du rôle de guide des Français afin de les conduire vers un avenir sombre, catastrophique, menaçant, qui est le résultat de la situation actuelle. Cependant, les Français pourront, à partir de cette situation, dont ils ont pris conscience, regarder au-delà de la pandémie et de ses conséquences en vue de « reconstruire » la France, comme il résulte également des futurs simples employés. Or, cette refondation sera possible si plusieurs conditions sont mobilisées : la connaissance du présent, donc la manière dont le gouvernement français a géré l’épidémie ; la punition des responsables, à savoir le gouvernement français et, en amont, le Président de la République ; la revanche des Français. Le RN cherche ainsi, en disqualifiant ses adversaires politiques, à convaincre, à séduire les destinataires du LNC – des adhérents, des sympathisants et donc de possibles électeurs – que la seule solution pour surmonter le choc pandémique, c’est le vote des Français. Ceux-ci devront choisir le RN, ce qui pourrait se vérifier, concrètement, dans un avenir proche, celui des élections régionales de juin 2021 mais surtout de l’élection présidentielle de 2022, premier rendez-vous électoral national post-pandémie pour redonner le pouvoir aux Français[30].

 

Références bibliographiques

BRES, Jacques, LABEAU, Emmanuelle, « De la grammaticalisation des formes itive (aller) et ventive (venir) : valeur en langue, emplois en discours », in SAUSSURE, Louis de, RIHS, Alain (dir.), Études de sémantique et pragmatique françaises, Berne, Peter Lang, 2012, p. 143-165.

CHARAUDEAU, Patrick, « La situation de communication comme lieu de conditionnement du surgissement interdiscursif », Travaux neuchâtelois de linguistique, n. 44, 2006, p. 27-38.

CHARAUDEAU, Patrick, « Réflexions pour l’analyse du discours populiste », Mots, 97, numéro thématique « Les collectivités territoriales en quête d’identité », 2011, p. 101-116.

CHARAUDEAU, Patrick, « De l’état victimaire au discours de victimisation : Cartographie d’un territoire discursif », Argumentation et Analyse du Discours [En ligne], n. 23, 2019, http://journals.openedition.org/aad/3408 (dernière consultation le 29 avril 2021).

CHARAUDEAU, Patrick, La manipulation de la vérité, Limoges, Lambert-Lucas, 2020.

CREPON, Sylvain et al., Les faux-semblants du Front national, Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), 2015.

GAMBARDELLA, Sophie, KESSER, Nils, « Consensus et incertitude scientifique. Retour d’expérience d’un membre du Conseil scientifique du Covid-19 », Cahiers Droit, Sciences & Technologies, n. 12, 2021, p. 135-144.

GOSSELIN, Laurent, Les modalités en français, Amsterdam-New York, Rodopi, 2010.

IGOUNET, Valérie, Les Français d’abord : Slogans et viralité du discours Front national (1972-2017), Paris, Inculte, 2017.

KRIEG-PLANQUE, Alice, OLLIVIER-YANIV, Caroline, « Poser les « petites phrases » comme objet d’étude », Communication & langages, n. 168, vol. 2, 2011, p. 17-22.

LIDILEM, Anatext, Université de Grenoble-Alpes, http://phraseotext.univ-grenoble-alpes.fr/anaText/ (dernière consultation le 08 avril 2021).

MOIRAND, Sophie, « Instants discursifs d’une pandémie sous l’angle des chiffres, des récits médiatiques et de la confiance », Repères-DoRiF, ce numéro.

NOUAILLE-DEGORCE, Louis, « L’expertise scientifique au défi de la crise sanitaire », Les papiers de recherche de l’ENA, octobre 2020, https://www.ena.fr/Recherche/Publications/Collection-Les-papiers-de-recherche-de-l-ENA (dernière consultation le 29 avril 2021).

RIEGEL, Martin et al., Grammaire méthodique du français, Paris, PUF, 1994.

SILLETTI, Alida M., « Les emplois d’« ALLER + Vinf » et sa traduction en italien : le cas du futur simple », Repères-DoRiF, numéro thématique « Recherches sur la syntaxe verbale en français et en italien. Hommage à Claire Blanche-Benveniste », n. 6, 2015, https://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?art_id=195 (dernière consultation le 25 mai 2021).

SINI, Lorella, Il Front National di Marine Le Pen. Analisi del discorso neofrontista, Pise, Edizioni ETS, 2017.

VETTERS, Carl, LIÈRE, Audrey, « Quand une périphrase devient temps verbal : le cas d’aller + infinitif ». Faits de langue, numéro thématique « Le futur », Paris, Ophrys, 2009, p. 27-36.

WIEVIORKA, Michel, Le Front national, entre extrémisme, populisme et démocratie, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2013.

 

 

[1] Ce Livre noir est téléchargeable depuis le site web d’Identité et démocratie, au lien https://www.id-france.eu/wp-content/uploads/2020/07/livre-noir-covid-def-web.pdf.

[2] Rappelons que, le 20 avril 2021, les 23 eurodéputés du RN présentent un nouveau Livre noir de la gestion calamiteuse de la stratégie vaccinale de l’UE, disponible sur le site web d’Identité et démocratie : https://www.id-france.eu/wp-content/uploads/2021/04/lvre-noir-vaccin-final.pdf.

[3] En fait, sur le site officiel du parti, l’annonce de publication et le pdf de ce texte paraissent déjà le 18 mai 2020.

[4] Pour une analyse de l’iconographie et de la symbolique utilisées par le Front National, nous renvoyons, entre autres, à Igounet (2017).

[5] https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020-annee-de-gaulle.

[6] L’exagération permet de présenter toute suggestion, accusation, ou même un état de frustration de manière exagérée mais « rassurante » auprès de ceux qui les reçoivent, au point d’y adhérer (CHARAUDEAU 2020 : 87).

[7] Ces traits sont typiques du discours populiste (CHARAUDEAU 2011) utilisé par le RN. À ce propos, nous renvoyons à Wieviorka (2013), Crépon et al. (2015) et Sini (2017), entre autres, pour une analyse du discours du Front national et de Marine Le Pen.

[8] Dans l’original.

[9] L’impression est d’avoir affaire à des formules proches des « petites phrases » (KRIEG-PLANQUE et OLLIVIER-YANIV 2009).

[10] Le 11 mars 2020, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus déclare que la diffusion de la Covid-19 est désormais considérée comme une pandémie (https://www.who.int/director-general/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19—11-march-2020).

[11] Voir, à ce propos, Moirand (ce numéro).

[12] À cet égard, Charaudeau (2020 : 29) cite les lois de Kepler, la loi de gravitation universelle et le principe d’Archimède.

[13] Charaudeau (2020 : 30) rappelle que le discours religieux et les idéologies relèvent du savoir de révélation.

[14] Pour un approfondissement sur les modalités en français, nous renvoyons à Gosselin (2010).

[15] Tel est le cas des énoncés à valeur générale (dictons et proverbes) ou de tout énoncé à valeur morale que l’on considère comme universel (CHARAUDEAU 2020 : 33).

[16] Les deux autres rôles signalés par Charaudeau (2020 : 86-87) sont celui de conseilleur et d’animateur, selon leur force d’incitation.

[17] Nous renvoyons à Silletti (2015) pour une étude plus ponctuelle des emplois du futur simple français selon différentes approches. Celle que nous avons retenue pour le présent article a été choisie pour sa clarté en vue de l’application des emplois du futur simple français au LNC.

[18] En voici un exemple : « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, / Je partirai » (Hugo) (RIEGEL et al. 1994 : 312).

[19] Tel est le cas du futur utilisé dans la proposition principale d’une subordonnée hypothétique : « Si tu viens, elle partira » (RIEGEL et al. 1994 : 312).

[20] Il s’agit du futur injonctif, du futur de promesse, du futur prédictif, du futur d’atténuation, du futur d’indignation, du futur de conjecture ou de supposition (RIEGEL et al. 1994 : 313-314).

[21] Cette analyse n’a montré aucun résultat pour ‘aller + infinitif’ relativement aux emplois du futur simple que nous examinerons, comme il était prévisible à partir des emplois sémantico-aspectuels de cette périphrase, pour lesquels nous renvoyons à Vetters et Lière (2009) et à Bres et Labeau (2012), entre autres.

[22] Voici un exemple dans lequel le RN rapporte une déclaration : « […] « Ce sera gratuit », avait également indiqué le 29 avril la secrétaire d’État Agnès Panier-Runacher. » (p. 127).

[23] Au sein d’un contexte passé, le futur simple fait référence à des événements qui ont eu lieu postérieurement au moment évoqué, en se concentrant, en perspective, sur les effets futurs des événements passés, comme le montre cet exemple contenant deux occurrences de futur simple de perspective (déclarera ; assistera) : « Lors d’un point presse le même jour, Olivier Véran déclarera : « Nous avons préféré à l’annulation du match de foot entre Lyon et la Juventus de Turin ce soir un dispositif d’information adapté […] » […]. Deux semaines plus tard, on assistera à une explosion du nombre de cas de Covid-19 dans la région Auvergne-Rhône-Alpes » (p. 138).

[24] Dans la première partie du LNC, différents encadrés thématiques portent sur des sujets qui suscitent le débat et pour lesquels le RN présente « sa » vérité. Tel est le cas de la polémique sur le port du masque (p. 9), sur la « véritable » origine du coronavirus (p. 16) ou sur l’emploi de la chloroquine, entre autres.

[25] Italique et guillemets dans l’original.

[26] Didier Raoult est par ailleurs l’auteur, en février 2021, de Carnet de guerre COVID-19. Le plus grand scandale sanitaire du XXIe siècle.

[27] Par le procédé de l’amalgame, on opère « des rapprochements entre des faits, des causes, des conséquences, [pour] […] les lier entre elles et […] donner l’illusion d’une explication globale » (CHARAUDEAU 2020 : 87).

[28] Article « certain », Dictionnaire Larousse, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/certain/14291.

[29] Rappelons que, dans le LNC, certain est souvent utilisé comme épithète indéfinie pour dénigrer. En témoigne cet exemple sur l’origine du coronavirus : « La question est d’autant plus cruciale que la France, très réticente à l’origine, en fut la cheville ouvrière sur l’insistance de l’industriel Mérieux et l’ardeur d’un certain Jean-Pierre Raffarin » (p. 16).

[30] Nous faisons notamment référence au tract « Donnons le pouvoir au peuple » présenté par Marine Le Pen et Jordan Bardella pour les élections européennes de 2019.


 

Per citare questo articolo:

Alida Maria SILLETTI, « Savoir d’opinion vs savoir de révélation dans Le Livre noir du coronavirus.Du fiasco à l’abîme : le cas du futur simple » , Repères DoRiF, n. 24 – Constellations discursives en temps de pandémie, DoRiF Università, Roma luglio 2021, https://www.dorif.it/reperes/alida-maria-silletti-savoir-dopinion-vs-savoir-de-revelation-dans-le-livre-noir-du-coronavirus-du-fiasco-a-labime-le-cas-du-futur-simple/

ISSN 2281-3020

 

Quest’opera è distribuita con Licenza Creative Commons Attribuzione – Non commerciale – Non opere derivate 3.0 Italia