Anastasia GOLA
La classe de conversation, outil et atout pour l’enseignement de l’oral
Anastasia Gola
Istituto di Istruzione Superiore “Cesare Balbo” di Casale Monferrato
anastasiagola@hotmail.com
Résumé
Dans le cadre des cours de Français Langue Etrangère la classe de conversation constitue un véritable atout pour l’enseignement de l’oral. Ce n’est qu’à travers cette pratique et son utilisation tout au long du parcours d’apprentissage qu’il est possible de parvenir à une compétence communicative qui soit le plus possible authentique. Pour cela un changement des schémas de communication et une modification des rôles en classe s’impose. Le professeur de conversation, grâce à la modulation des facteurs agissant sur la fluidité à l’oral, est essentiel pour guider cette activité langagière afin de rendre la situation interlocutive une précieuse opportunité.
Abstract
Conversation classes are a real asset for teaching oral skills in French as a Foreign Language courses. It is only through this practice and its use throughout the learning process that it is possible to attain communicative competence that is as authentic as possible. To achieve this, we need to change communication patterns and roles in the classroom. By modulating the factors that affect oral fluency, the conversational teacher is essential for guiding this language activity to make the conversational situation a valuable opportunity.
Tout enseignement de l’oral dans le cadre du Français Langue Étrangère devrait nécessairement inclure la conversation qui mérite une place particulière dans la construction d’un parcours pédagogique. C’est à travers une réorganisation des schémas d’interaction et une modification des rôles qu’il est possible de parvenir aux finalités visées dans ce type d’activité langagière. Les démarches pédagogiques et les stratégies pour exploiter ces moments précieux sont nombreuses.
La dénomination « classe de conversation » délimite la spécificité de ce cours centré sur l’oral. Cette pratique didactique prend en compte les objectifs linguistiques, lexicaux et culturels du cours de langue française afin de créer des situations de communication de différentes typologies au sein de la classe. Le caractère d’interaction de ce cours implique la collaboration lors des rapports dialogaux entre les membres de la classe.
En Italie, le décret du ministère du 28 mai 1992 instaure la figure du professeur de conversation en langue étrangère dans l’enseignement supérieur. Celui-ci est une personne de langue maternelle française qui doit posséder un « diplôme obtenu dans le pays ou dans l’un des pays où la langue, objet de la conversation, est la langue maternelle, correspondant à un diplôme de l’enseignement secondaire à condition qu’il soit associé à la vérification des titres professionnels.[1] » (MINISTERO DELLA PUBBLICA ISTRUZIONE 1998 : 175). Ce décret souligne que cette figure est différente du professeur de langue et civilisation française (italien et diplômé à l’université) et tente d’encadrer son rôle :
Estimé que cette intervention didactique, telle qu’elle se présente actuellement, y compris à travers les prestations professionnelles des experts en langue maternelle, doit se distinguer de celle des enseignants de langue et de littérature étrangère, tant par les contenus culturels, didactiques et formatifs qui lui sont propres que par le lien étroit qu’elle entretient avec une culture différente de celle italienne[2];
[…] compte tenu de la fonction spécifique du conversateur en langue étrangère, fonction qui ne doit pas consister à enseigner la littérature, les langues sectorielles ou la grammaire – tâches propres à l’enseignant de langues et civilisations étrangères – mais à se proposer comme modèle de communication également paraverbale et extraverbale, et en tant qu’expert de la culture anthropologiquement considérée, du pays dont il diffuse la langue[3] (MINISTERO DELLA PUBBLICA ISTRUZIONE 1992 : 4).
Ce professeur travaille à présent seulement dans les lycées linguistiques italiens, en co-présence, une heure dans chaque classe. Les élèves ont donc, pendant les heures de cours de français traditionnels[4], une heure de conversation par semaine avec le professeur de conversation qui travaille en co-présence avec le professeur de langue et civilisation française. Le nombre d’heures par semaine serait sans doute à accroître afin de parvenir à une meilleure compétence orale.
Le travail en co-présence est particulièrement efficace lorsque l’alliance pédagogique des deux professeurs devient réciproquement complémentaire. En effet le conversateur peut proposer dans ce but des exercices et des entraînements selon la programmation didactique du professeur ayant un nombre majeur d’heures de cours afin de permettre à l’apprenant de s’approprier[5] et de réemployer les structures linguistiques.
En outre, en Italie le professeur de conversation est un membre, à part entière, du conseil de classe et a le droit de vote délibératif. Cette autonomie de vote est pratiquée notamment lors du vote pour la décision de la note de conduite, qui reflète le respect du règlement scolaire de la part de l’élève ainsi que lors de l’attribution de la note d’éducation civique. En outre, la loi du 3 mai 1999 règlemente l’évaluation de la part du professeur de conversation :
Les propositions de notes pour les évaluations périodiques et finales relatives aux matières qui sont enseignées en co-présence sont formulées indépendamment, pour les domaines de compétence pédagogique respectifs, par chaque enseignant, en concertation avec l’autre enseignant. La note unique est attribuée par le conseil de classe sur la base des propositions faites et des éléments de jugement fournis par les deux enseignants concernés[6]. (GAZZETTA UFFICIALE 1999 : 10)
Selon ces données concernant l’encadrement du professeur de conversation, il devient tout d’abord important de s’interroger sur la place de la classe de conversation dans l’enseignement de l’oral car trop souvent celle-ci n’est que marginale. À travers l’expérience des professeurs de FLE, praticiens quotidiens, mais aussi à travers une réflexion plus théorique du monde académique, il est désormais nécessaire de réfléchir dans le cadre de l’enseignement de l’oral sur cette pratique pédagogique et de promouvoir, par différents moyens, les échanges conversationnels en classe de langue.
Un changement des schémas de communication s’impose lors de la classe de conversation afin de rendre celle-ci plus authentique. En effet ce n’est qu’à travers une modification des rôles et de l’interaction que l’on peut rendre ce moment une véritable opportunité. Le professeur de conversation doit revoir radicalement son rôle, il doit devenir un facilitateur des échanges, de l’interaction et ne pas seulement être le dispensateur du savoir. De manière spécifique, le professeur de conversation va animer la classe, faire débuter la conversation et la relancer pour éventuellement faire rebondir la discussion sur d’autres thèmes, en guidant les apprenants et en équilibrant les prises de parole au sein du groupe. Il pourra corriger les fautes sans bloquer la discussion, en faisant répéter ou reformuler, ou bien en corrigeant les élèves lors d’un moment successif, après avoir pris note des fautes commises. Grâce à ces éléments, on évite que l’apprenant se conduise de manière passive et celui-ci comprend que pendant le cours de conversation le professeur n’est plus l’organisateur institutionnel de l’échange. Ainsi, on peut parvenir à une interaction ayant un caractère plus horizontal et moins hiérarchique. Ce changement de perspective est spécifique du professeur de conversation mais devrait être adopté également par le professeur de langue et civilisation française.
La difficulté de l’enseignement de l’oral étant de réussir à travailler en simultané la forme et le contenu, il faut dépasser la logique d’enseignement transmissive pour entrer dans une logique d’apprentissage co-constructive et interactive afin de placer la parole de l’apprenant au centre du cours. Les finalités de l’enseignant sont multiples mais on peut en souligner deux particulières. La première consiste à munir l’apprenant d’une compétence linguistique (les savoirs et connaissances de grammaire, lexique, phonologie et sémantique par exemple). La deuxième finalité, qui est d’ailleurs complémentaire à la première, vise à conférer à l’apprenant une compétence communicative à travers l’acquisition des composantes de l’acte de communication. L’enseignement d’une langue étrangère cherche donc à doter l’apprenant d’une compétence langagière, réunissant les compétences linguistiques et communicatives. Ce but peut être atteint justement à travers la classe de conversation puisque, en effet, celle-ci est le lieu incitant et enrichissant l’expression orale, pour apprendre à mieux libérer la parole et par conséquent acquérir les outils pour s’exprimer en langue étrangère.
Ainsi, l’objectif principal de ce type de cours mais plus généralement de l’apprentissage de langue étrangère étant la communication, c’est à travers une didactique focalisée sur l’oral que l’apprenant conserve le désir et l’intérêt pour la langue cible, le français. Notamment, à l’aide du grand nombre de méthodes, de ressources et de stratégies possibles, les efforts de l’enseignant doivent aussi converger vers une finalité incontournable : la motivation de l’apprenant. Puisque la compréhension orale et la production orale sont les deux points cruciaux de l’interaction, il est nécessaire de diversifier les activités de communication de manière à accroître ces compétences fondamentales. À travers la réception, la production, l’interaction et la médiation les élèves associent l’usage de la langue aux apprentissages plus théoriques. En particulier, afin de développer de surcroît la dimension interdisciplinaire et interculturelle, l’interaction peut également aboutir en un projet de mobilité ou un programme d’échange, de sorte à rendre l’enseignement actif, dynamique et ouvert sur le monde.
Il est important de tenir compte des facteurs agissant sur la fluidité à l’oral lors des classes de conversation. Tout d’abord l’enseignant peut effectuer un test de niveau de langue des apprenants et faire un sondage des thématiques qui intéressent le public visé, cela permettra de concevoir un cours adapté au public visé. En outre si les élèves ont un temps de préparation avant la tâche orale, ils pourront être moins stressés et avoir une meilleure assurance. En effet cela permet d’apprendre à planifier la production orale et d’avoir bien clair ce que l’on désire exprimer. De plus, les difficultés rencontrées en expression orale par les étudiants peuvent être de différents types : psychologiques, linguistiques (phonétiques, morphosyntaxiques et lexicales), communicatives (discursives et stratégiques), sociolinguistiques et socioculturelles. Enfin le travail sur le traitement des erreurs permet d’apprendre aux élèves à considérer leurs erreurs comme une partie intégrante du processus d’apprentissage, de les motiver et leur permettre d’oser davantage.
L’échange conversationnel devrait être systématiquement inséré, dès le début de l’apprentissage, dans les cours de langue afin de sensibiliser les apprenants à ce type d’activité, en proposant des activités diversifiées en fonction du niveau de langue. Cette diversification peut se baser par exemple sur les distinctions du CECRL qui considèrent la conversation courante « interaction » mais également les discussions formelles ou informelles, la coopération à visée fonctionnelle, l’obtention de biens et services ou encore l’échange d’informations. Ainsi, tout au long du parcours didactique il est important de guider l’apprenant en direction de l’échange et de l’interaction pour orienter son attention vers l’interlocuteur. En particulier, selon le CECRL
Dans les activités interactives, l’utilisateur de la langue joue alternativement le rôle du locuteur et de l’auditeur ou destinataire avec un ou plusieurs interlocuteurs afin de construire conjointement un discours conversationnel dont ils négocient le sens suivant un principe de coopération.
Les stratégies de production et de réception sont constamment utilisées au cours de l’interaction. Existent aussi des classes de stratégies cognitives et de collaboration (également appelées stratégies de discours et stratégies de coopération) propres à la conduite de la coopération et de l’interaction (CONSEIL DE L’EUROPE 2001 :60).
Une activité permettant l’utilisation de ces stratégies et mettant l’élève au centre de l’apprentissage est notamment le jeu de rôle. Il ne nécessite d’aucune mémorisation préalable mais permet d’enseigner la langue vivante. Cette activité enseigne aux apprenants à gérer les imprévus de l’interaction, la spontanéité et l’immédiateté, à s’adapter aux paroles de l’interlocuteur au fur et à mesure du dialogue, à la situation, dans le but d’une communication réelle et authentique.
Les moyens de favoriser et d’encourager l’échange conversationnel sont nombreux. Tout d’abord l’aménagement de la salle doit permettre la division en groupes (un nombre limité d’étudiants est un atout) en étant amovible afin d’être un support facilitant la communication entre les élèves. Pendant les heures de classe de conversation l’ambiance devrait être fondée sur la confiance et le respect pour parvenir à créer un climat d’expérimentation et d’entraide où chacun se sent à l’aise. Le choix des thématiques (pouvant être interdisciplinaires) développe l’intérêt auprès des participants et ce choix peut être revu en fonction de la direction que prend la discussion. On tentera de mettre au centre de la classe la parole des participants de façon à favoriser les prises de parole spontanées et imprévisibles dans une recherche d’authenticité. La diversification des modèles d’interaction et des éventuels documents déclencheurs (notamment pour refléter et s’adapter à l’hétérogénéité du public visé) fournira aux apprenants le plus d’occasions possibles de s’exprimer en langue française et permettra une progression remarquable de la fluidité et de la complexité des phrases.
En guise de conclusion il est possible d’affirmer que la classe de conversation est un outil précieux afin de sensibiliser à la prise de parole à travers des situations interlocutives. Cette classe permet de mener les apprenants vers l’authenticité de la langue et d’en véhiculer la culture en se rapprochant au plus près de situations authentiques de conversation et de communication de la vie courante, à travers différentes stratégies, par le choix des sujets proposés, le mode d’organisation des activités et une modification des rôles au sein de la classe. Enfin, il est souhaitable de promouvoir une insertion bien plus diffusée et systématique de ce type d’activité langagière, nécessaire et essentielle, dans la construction d’un parcours d’enseignement de FLE.
Références bibliographiques
CONSEIL DE L’EUROPE, « Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer. », Les Éditions Didier, Paris, 2001, p.60.
CUQ, Jean-Pierre, GRUCA, Isabelle, Cours de didactique du français langue étrangère et seconde, PUG, Grenoble, 2017, p.102-112.
MINISTERO DELLA PUBBLICA ISTRUZIONE, « Decreto 28 maggio 1992 », Gazzetta Ufficiale della Repubblica Italiana, Roma, 1992, p. 4.
MINISTERO DELLA PUBBLICA ISTRUZIONE, « Decreto Ministeriale 39 del 30 gennaio 1998 Testo coordinato delle disposizioni impartite in materia di ordinamento delle classi di concorso a cattedre e a posti di insegnamento tecnico-pratico e di arte applicata nelle scuole ed istituti di istruzione secondaria e artistica», Gazzetta Ufficiale della Repubblica Italiana, Roma, 1998, p.175.
ISTITUTO POLIGRAFICO E ZECCA DELLO STATO, « Legge 3 maggio 1999, n.124 Disposizioni urgenti in materia di personale scolastico », Gazzetta Ufficiale della Repubblica Italiana, Roma, 1999, p.10.
[1] Texte original : Titolo di studio conseguito nel paese o in uno dei paesi in cui la lingua, oggetto della conversazione, è lingua madre, corrispondente a diploma di istruzione secondaria di secondo grado purché congiunto all’accertamento dei titoli professionali.
[2] Texte original : Ritenuto che tale intervento didattico, allo stato attuale, anche attraverso le prestazioni professionali di esperti di madre lingua, debba differenziarsi da quello dei docenti di lingua e letteratura straniera, sia per quanto riguarda i contenuti culturali, didattici e formativi propri, sia per lo stretto raccordo con una cultura diversa da quella italiana.
[3] Texte original : in considerazione della funzione specifica del conversatore in lingua straniera, funzione che non deve consistere nell’insegnare letteratura, linguaggi settoriali o grammatica – compiti propri del docente di lingua e civiltà straniere – bensì nel proporsi come modello di comunicazione anche paraverbale ed extraverbale e come esperto della cultura, antropologicamente intesa, del Paese di cui diffonde la lingua.
[4] Les élèves des lycées linguistiques en Italie ont cours de français trois heures par semaine les deux premières années de lycée puis quatre heures par semaine les trois dernières années. Le lycée en Italie dure 5 ans.
[5] Voir le concept d’appropriation de CUQ, Jean-Pierre, GRUCA, Isabelle, Cours de didactique du français langue étrangère et seconde, PUG, Grenoble, 2017, p.102-112.
[6] Texte original : Le proposte di voto per le valutazioni periodiche e finali relative alle materie il cui insegnamento è svolto in compresenza sono autonomamente formulate, per gli ambiti di rispettiva competenza didattica, dal singolo docente, sentito l’altro insegnante. Il voto unico viene assegnato dal consiglio di classe sulla base delle proposte formulate, nonchè degli elementi di giudizio forniti dai due docenti interessati.
Per citare questo articolo:
Anastasia GOLA, « La classe de conversation, outil et atout pour l’enseignement de l’oral », Repères DoRiF, numéro hors-série Oral en didactique du FLE et expérientiel : Questionnements et perspectives, DoRiF Università, Roma, dicembre 2023, https://www.dorif.it/reperes/anastasia-gola-la-classe-de-conversation-outil-et-atout-pour-lenseignement-de-loral/
ISSN 2281-3020
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