Angelina ALEKSANDROVA

 

Dénominations polylexicales et polysémie : l’exemple des mouvements de la préparation physique

 

 

Aleksandrova Angelina
EDA- 4071, Université Paris Cité
angelina.aleksandrova@u-paris.fr


Résumé 
Cet article examine la polysémie dans les dénominations polylexicales des mouvements de la préparation physique générale (PPG), à travers une analyse fine de 1216 termes recueillis dans des sources spécialisées et des réseaux sociaux. Partant d’une conception fixiste de la polysémie comme phénomène encodé lexicalement, l’étude s’interroge sur la variation sémantique interne aux termes complexes (TmP), en l’absence de contexte. L’analyse révèle que certaines composantes, comme debout ou fente, présentent des variations de sens en position syntagmatique constante et permet d’identifier trois patrons sémantiques : sous-catégorisation, consécutivité temporelle et métonymie de phase. En conclusion, l’article plaide pour une analyse in situ, dans le discours oral spécialisé, afin de mieux comprendre la dynamique du sens et les contraintes syntaxico-sémantiques propres à la phraséologie sportive.

Abstract
This article explores polysemy within French multiword terms used in general physical preparation (GPP), based on a corpus of 1216 items gathered from specialized literature and social media. Adopting a fixed-view approach to polysemy as lexically encoded, the study investigates meaning variation in complex terms (TmP) outside contextual usage. Analysis highlights that certain constituents, such as debout (‘standing’) or fente (‘lunge’), display semantic variation in consistent syntagmatic positions, challenging the notion of reduced polysemy in specialized language. Three semantic patterns are identified: subcategorization, temporal sequencing, and phase-based metonymy. In conclusion, the study calls for corpus-based research on specialized oral discourse to assess semantic flexibility and the syntactico-semantic constraints shaping sports-related phraseology.


 

1. Polysémie et polylexicalité : remarques liminaires

Modéliser la capacité d’une seule forme linguistique d’avoir plusieurs sens présente un défi à la fois théorique et empirique. La multiplicité de sens recouvre en réalité des faits linguistiques différents – polysémie standard, facettes sémantiques, variation sémantique – et la littérature sur les critères identificatoires est abondante (cfr. parmi beaucoup d’autres, ABRARD & STOSIC 2021 ; APRESJAN 1974 ; BARQUE & HAAS 2022 ;  CRUSE 1986 : 54‑68 ; 1995 ; GOSSELIN 1996 ; KLEIBER 1999, 2005, 2008 ; MOLDOVAN 2021 ; PUSTEJOVSKY 1995 ; RIEMER 2005, 2010 ; SCHOGT 1976 ; STOSIC 2021).  Dans le cadre de cet article, nous souscrivons à une conception plutôt fixiste de la polysémie comme un phénomène sémantique encodé au niveau lexical[1]. Autrement dit, les lexèmes portent en eux un certain potentiel sémantique que le contexte vient activer plutôt que générer. Cette position présente l’avantage de mettre en lumière le rôle de la mémoire lexicale dans le processus interprétatif et de rendre compte de la relative stabilité des significations lexicales, tout en reconnaissant le dynamisme de leur activation en discours. Ainsi, selon nous, plusieurs sens stables coexistent dans la mémoire lexicale du locuteur pour qui le mot feuille, par exemple, peut vouloir dire aussi bien une partie d’un végéral, qu’une feuille de papier, d’un journal, etc. et c’est le contexte qui active l’un des ces sens dans la feuille est déchirée, mais ne le crée pas. Cela implique que la construction du sens en discours est en partie contrainte par les modalités sémantiques intrinsèques des lexèmes et demande que ces dernières fassent au préalable l’objet d’une description sémantique minutieuse.

Même si l’idée que les termes se prêtent à des variations sémantiques n’est pas du tout nouvelle (CABRÉ 1999 : 108 ; LERAT 1995 : 188 ; SAGER 1990 : 57 ; THOIRON & BÉJOINT 2010 : 108), il est rare que la question de la polysémie soit au premier plan des discussions dans le domaine terminologique. Principalement étudiée dans des corpus de langue générale, la polysémie des termes spécialisés est souvent qualifiée de phénomène restreint (FABRE et al. 1997 ; LEHRBERGER 2003 : 216 ; L’HOMME 2020). Ce caractère réduit pourrait être dû, en quelque sorte, à un « effet d’optique » : les travaux terminologiques ont massivement investi le domaine nominal, ce qui sous-évaluerait l’étendue du phénomène en laissant de côté d’autres catégories grammaticales. Si les développements récents viennent combler ce manque, il n’en reste pas moins que la polysémie restreinte l’est avant tout à cause du caractère « spécialisé » des productions langagières. Autrement dit, si la multiplicité du sens est plus rarement observée dans les langues spécialisées (LS), c’est parce qu’il est difficile d’opérer une dérivation sémantique sur un signifié-source déjà hautement contraint. Enfin, un troisième argument expliquant le faible potentiel polysémique d’un terme spécialisé – et qui nous intéresse plus particulièrement ici – est que les LS ont pour particularité de compter un nombre élevé de dénominations formellement complexes. En bref, il y aurait une forme d’incompatibilité entre polysémie et polylexicalité.

1.1. Polysémie et LS

Si l’analyse du sens multiple repose quasi exclusivement sur la base de mots morphologiquement simples de langue générale (bouton, livre, etc.), c’est certainement parce que le diagnostic polysémique est difficile à établir. Reposer la question au sujet des unités polylexicales[2] la rend automatiquement encore plus complexe au moins pour trois raisons. Cela suppose d’abord d’avoir une idée la plus claire possible de l’étendue du phénomène et des interférences entre la langue générale et les langues spécialisées (des sublanguages selon LEHRBERGER 2003). Ensuite, afin de recouper la question de la polysémie avec celle du degré de figement, il est important de pouvoir situer la polylexicalité elle-même dans l’entre-deux qui sépare le lexique et la syntaxe. Enfin, si les termes complexes sont des dénominations hautement descriptives, répondant aux besoins informationnels précis, la polysémie des séquences polylexicales interroge fondamentalement le lien entre sens dénotatif et sens compositionnel (PETIT 2004).

Même si, de prime abord, on ne voit pas trop comment un agent chimique persistant peut signifier autre chose que « agent chimique persistant », on ne saurait éluder la question à savoir, théoriquement, sous quelles conditions et à quel niveau la polysémie peut opérer sur un signifiant complexe, ni exclure la possibilité pour un composant de varier sur le plan du signifié. La présente étude propose d’apporter quelques éléments de réponse à cette question en prenant comme cas d’étude les termes de la préparation physique générale (désormais PPG). Comme nous considérons que la polysémie est un phénomène observable en langue, l’ensemble de nos analyses se fera sur les termes hors contexte. Ce choix répond à un double objectif : d’une part, il s’agit de tester si un même composant d’une unité polylexicale peut présenter une variation de sens en position syntagmatique constante ; d’autre part, cela permet de mettre à l’épreuve l’hypothèse selon laquelle certains effets sémantiques sont intrinsèquement portés par les lexèmes eux-mêmes, indépendamment de leur actualisation contextuelle. Cette démarche permet ainsi d’identifier les cas de variation sémantique endogène au lexique spécialisé, préalable nécessaire à toute étude future en discours.

2. Les termes de la préparation physique générale (PPG)

La PPG correspond à l’activité physique plus communément connue sous l’appellation de renforcement musculaire ou musculation : il s’agit d’un ensemble de mouvements qui visent l’amélioration et le maintien d’une forme physique générale et vient en amont de la préparation physique spécifique[3]. Depuis une dizaine d’années, la PPG connait un changement profond par la pratique sportive du crossfit (de cross et fitness, « entrainement physique croisé »). Une popularité mondiale grandissante, un esprit communautaire très fort autour de l’ambition d’une polyvalence athlétique, ainsi que des modalités d’entraînement inédites (cours collectifs hautement inclusifs, entrainements croisés quotidiens, recours systématique à l’anglais, etc.) sont autant de facteurs d’influence sur le vocabulaire de la PPG en France. Cette influence s’observe aussi bien sur le plan quantitatif (une inflation lexicale des dénominations des mouvements résultant soit d’une création, soit d’un transfert d’une discipline existante) que qualitatif par la pénétration d’un vocabulaire hautement spécialisé d’une discipline sportive, dans le lexique français de la PPG[4].

Le vocabulaire de la PPG recouvre un ensemble assez hétérogène de lexèmes venant d’autres domaines (biomécanique, physique, chimie, physiologie, anatomie, etc.) pour désigner :

  • le mode d’entrainement : endurance, force, poids du corps, pliométrie, …
  • le régime/ type d’entrainement : anaérobie, catabolisme, isométrique, …
  • les groupes musculaires sollicités : ischio-jambiers, abdominaux, …
  • les indicateurs de performance ou d’objectifs : distance, cadence, vitesse, puissance, seuil,

Dans ce qui va suivre, nous nous restreignons uniquement à l’ensemble des termes de mouvements et d’exercices (désormais Tm) qui entrent dans le cadre d’une telle programmation.

2.1.  Échantillon de travail

À notre connaissance, les termes de la PPG n’ont jamais fait l’objet ni d’un inventaire ni d’une attention particulière de la part des linguistes. Notre échantillon de travail est le résultat d’une collecte personnelle ayant pour source, d’une part, la consultation d’ouvrages spécialisés (notamment en haltérophilie et musculation) et, d’autre part, une veille personnelle sur les réseaux sociaux des comptes d’entraîneurs et des salles de sport spécialisées en cross-training. À ce jour, nous avons établi un ensemble de 1216 dénominations[5] en anglais (muscle-up, handstand hold, hollow rock, etc.), en français (traction, arraché debout, montée de genoux, etc.) ou combinant les deux codes linguistiques (chest fly prise pronation, curl inversé, overhead fente, montée sur box avec haltères, etc.) que nous qualifions d’« hybrides » (catégorie H dans la figure 1, ci-dessous).

Parmi les Tm français, et dans un ordre décroissant, on retrouve des noms communs (chaise, planche, oiseau), des noms converts de participes passés (arraché, développé, épaulé, jeté)[6] ou encore des noms déverbaux (traction, étirement). Ces Tm monolexicaux, quantitativement peu présents, se combinent avec d’autres pour former des Tm polylexicaux (désormais TmP) qui, eux, constituent la grande majorité des dénominations des mouvements et des exercices[7] (n=1124, 96%). Ainsi, à partir de développé, on obtient les dénominations complexes suivantes :

développé couché
développé couché incliné
développé couché incliné prise serrée
développé couché incliné prise serrée à la Smith machine

Les séquences polylexicales ont fait l’objet de plusieurs typologies plus ou moins complexes[8], qualifiées selon l’approche ou le cadre théorique adopté, de phraséotermes (GRÉCIANO 1997), de collocations ou collocations terminologiques (GLEDHILL & FRATH 2007 ; GONZALES REY 2021 ; MANIEZ 2002 ; TUTIN 2013), de phrasèmes ou énoncés multilexémiques non libres (MEL’ČUK 2013), ou encore de combinaisons lexicales spécialisées (L’HOMME & BERTRAND 2000). Elles correspondent globalement à des « associations de mots ou de suites de mots dans lesquelles le sens du tout est généralement déductible et semble prédictible » (GROSSMANN & TUTIN 2003 : 8). Étant donné ce métalangage assez foisonnant (cfr. GONZALES REY 2021 : 49) précisons que nous distinguons les termes simples[9] (Tm) des termes polylexicaux (TmP). Ces derniers se présentent comme la combinaison de minimum deux constituants aux statuts différents (BASE ou COOCCURRENT), ayant une affinité notionnelle. Par exemple, dans développé couché incliné, développé couché constitue la BASE (il réfère à une classe générique de mouvement de poussée verticale), tandis que incliné est le cooccurrent, qui indique ici la position d’exécution du mouvement. Sur le plan théorique, notre approche se situe à l’intersection des travaux sur les collocations spécialisées (L’HOMME & BERTRAND 2000 ; GLEDHILL 2007) et sur les combinaisons lexicales semi-figées (TUTIN 2013 ; GROSSMANN & TUTIN 2003). Nous retenons de ces travaux l’idée que ces séquences sont sémantiquement motivées (le sens du tout reste compositionnel ou partiellement compositionnel), mais présentent un degré de régularité syntaxico-sémantique suffisant pour faire l’objet d’une description en termes de patrons structuraux.

2.2.  Grille d’analyse et traitement des données

Nous avons constitué une grille d’analyse plurifactorielle à partir de différentes sources consacrées respectivement à la variation sémantique et la description des unités polylexicales dans une perspective lexicologique (GONZALES REY 2021 ; TUTIN & GROSSMANN 2002) ou terminologique (L’HOMME 2015 ; L’HOMME & BERTRAND 2000). Chaque entrée est décrite selon une grille qui renseigne :

  • la langue
  • les variantes lexicales et la forme abrégée
  • la structure morphologique
  • l’étiquetage catégoriel et la structure syntagmatique
  • le degré de figement et d’opacité sémantique
  • les procédés métaphoriques et/ou métonymiques à l’œuvre (respectivement MA et MO dans le tableau ci-dessous)
  • la circulation entre le domaine général (LG) et le domaine spécialisé (LS)
  • etc.

Cette description se fait au niveau des composantes des TmP (les segments, SEG), identifiées au préalable. Ainsi, pour le TmP développé debout avec haltères, nous obtenons :

Cette grille ad hoc des classes sémantiques, vouée à évoluer, catégorise l’information portée par chaque segment : mouvement (MOUV), modalité d’exécution (MOD), NPC (nom de partie du corps), matériel (MAT), POS (position), site (SITE), etc. Des éléments sémantiques sont également disponibles permettant de recouper la classe sémantique générale et la catégorie lexicale, par exemple la modalité d’exécution (MOD) peut être exprimée via un ADJ (debout), un N (force) un PREP_Npc (à un bras), une antonomase (Arnold), etc.

3. Tm et polysémie

Faisons un petit détour du côté des Tm simples (arraché, planche, pompe, chaise, etc.), nécessaire pour deux raisons. La première consiste à souligner la complexité des ressorts métonymiques et métaphoriques dans la création du vocabulaire sportif spécialisé. La seconde tient au fait que ces Tm simples sont susceptibles de se combiner avec un certain nombre d’expansions pour former des TmP.

3.1. Les Tm simples

Les Tm simples de notre échantillon confirment ce que de nombreuses études ont observé dans d’autres domaines spécialisés (cfr. ROSSI 2014, 2019) : ce sont des dénominations résultant d’une stratégie néonymique qui, par le biais de la catachrèse, permet la rencontre entre deux sphères de connaissances. Pour que cette communication soit efficiente, la métaphore assure le passage ou le transfert d’une connaissance d’un domaine connu (ici la LG) vers une sphère spécialisée (ici le LS). La chaise est une position où l’individu, en s’adossant contre un mur, va s’asseoir dans le vide et former ainsi une chaise en gardant un angle de 90° au niveau de ses genoux et de ses hanches. De même, l’exercice de l’oiseau consiste à imiter avec ses bras des battements d’un oiseau en vol alors que faire une fente revient à fendre la position prototypique de ses pieds – joints, parallèles – en les décalant. De manière tout à fait classique, le procédé métaphorique par assimilation, qui repose sur le respect d’une gestalt commune, facilite la mémorisation, et par là-même l’acquisition du nouveau sens spécialisé de chaise, oiseau, fente, etc.

Certains de ces Tm simples peuvent se combiner, unis la plupart du temps par un tiret[11], pour former un Tm composé (chat-vache, oiseau-chien, cambré-gainé, squat-debout, etc.). Ce dernier désigne un mouvement complexe qui consiste en l’enchaînement des deux mouvements, respectivement Tm1 et le Tm2. Autrement dit, pour l’exercice du chat-vache, la personne doit commencer par faire le chat puis poursuivre immédiatement avec l’exécution du mouvement vache. Le sens du nouveau TmP peut être qualifié de compositionnel dans la mesure où l’interprétation de ce type de Tm complexe repose sur une relation de consécutivité, qui reflète l’ordre d’exécution des mouvements[12].

Un cas particulier de Tm simples comme développé, jeté, arraché, etc. doit être isolé. Prenons l’exemple de l’arraché, un mouvement qui consiste à amener en un seul mouvement une charge (la plus lourde possible dans un contexte de compétition) du sol jusqu’au-dessus de la tête, la portant bras tendus. Le Tm peut être analysé comme le résultat d’une métaphtonymie (GOOSSENS 1990), c’est-à-dire d’une interaction[13] entre une métonymie et une métaphore. Le sens spécialisé est obtenu par dérivation métaphorique de l’acception commune du verbe arracher (« détacher avec effort une chose qui tient ou adhère à une autre », cfr. Le Grand Robert Électronique), en ajoutant une spécification sémantique de l’argument : arracher un poids/une barre [du sol]. La composante métonymique de la dénomination est portée par la forme participiale (résultat de l’action désignée par le verbe). L’analyse peut être étendue à d’autres Tm converts de participes :

Plus précisément, sans pour autant pouvoir développer plus en avant ici, on peut y voir un cas spécifique de métaphtonymie cumulative (cumulative metaphtonymy, op.cit. : 338) qui consiste à voir la métonymie comme résultat d’une métaphore (metonymy from métaphore). Autrement dit, la métonymie (symbolisé par symbolisé par) opère sur un transfert de sens métaphorique obtenu au préalable :

Un argument en particulier, à savoir l’absence de la forme substantive de (un) arraché dans l’usage commun, nous fait pencher vers cette explication. Dans le cas contraire, il aurait fallu trancher entre l’analyse proposée ci-dessus et le processus inverse de métaphorisation à partir d’une métonymie : arrachéTm < (un)arraché1 :

Le point commun entre ces cas de figures est que, indépendamment du type de procédé à l’œuvre, la polysémie est le résultat d’une terminologisation. Le mouvement d’un lexème commun vers un domaine de connaissance particulier – ici le sport – a pour résultat la spécialisation de celui-ci.

3.2. Les Tm polylexicaux : quelques exemples

La figure 2 représente la proportion des TmP français en fonction du nombre des constituants (BASE[14] + n° cooccurrents) :

pompe diamant, oiseau à la machine, soulevé de terre avec déficit, épaulé suspension haute, développé assis à la machine convergente, relevé de bassin au sol dynamique avec élastique, traction à la poulie haute prise serrée en pronation

Il convient d’observer que la complexité syntagmatique du TmP ne s’accompagne pas forcément d’une opacité sémantique. Ainsi, même un locuteur néophyte peut isoler les différentes composantes sémantiques d’un TmP comme [relevé de bassin au sol dynamique avec élastique] et cela même si le référent demeure inaccessible ou du moins flou : c’est un mouvement (relever le bassin) que l’on exécute d’une certaine manière (dynamique), à un endroit précis (au sol) à l’aide d’un matériel (avec élastique). Il en va tout autrement pour oiseau à la machine ou pompe diamant pour lesquels une ou plusieurs composantes, suite à une terminologisation, entrave le décodage du sens polylexical et la compréhension du TmP. Dans ce qui suit, nous nous restreignons aux TmP dont la structure est [BASE + 1] et examinons 4 cas de figures.

3.2.1.  Cas 1 : pompe diamant

Considérons l’exemple des termes comme pompe archer, pompe diamant. Le N1BASE désigne le mouvement à exécuter (MOUV = pompe) et le N2, concret ou abstrait[15], indique la modalité d’exécution du mouvement [MOD] et joue le rôle de « qualifieur » (NOAILLY 1990, 1996). Pour les N2 concrets dans la structure [N1-MOUV N2-MOD], la polysémie repose avant tout sur l’analogie de forme : dans un cas, les doigts forment un diamant, dans l’autre les bras sont dans la position d’un archer avant le tir.

3.2.2.  Cas 2 : développé debout

La description fine de chaque constituant permet d’identifier les catégories grammaticales susceptibles d’exprimer la même classe sémantique, dans (1) [MOD] est unité adjectivale qui qualifie le N1-MOUV :

  • 1) développé debout: « le développé est exécuté en étant debout »
  • 2) élévation latérale : « l’élévation est exécutée sur le côté »

Tout comme le N2-MOD diamant plus haut, les ADJ appartiennent à la LG et conservent leur acception dans l’usage commun. Par ailleurs, la substitution paradigmatique préservant la classe sémantique est possible et donne lieu à une série de termes qui désignent des variantes du mouvement désigné par la base (des sous-noms, TUTIN & GROSSMAN 2002) :

  • 3) développé [debout, couché, assis]
  • 4) élévation [latérale, frontale]

3.2.3.  Cas 3 : épaulé debout

En comparant (3) à (5) on met en évidence un nouveau patron sémantique puisque debout ne désigne plus la modalité d’exécution du mouvement d’épaulé et aucune des deux paraphrases n’est acceptable (6 et 7) :

  • 5) épaulé debout: « épaulé (en) réception debout »
  • 6) *l’épaulé est exécuté en étant debout
  • 7) *faire un épaulé en étant debout

Ici l’ADJ désigne la phase finale du mouvement d’épaulé et plus précisément la position dans laquelle la barre épaulée doit être réceptionnée. Nous avons donc deux combinatoires sémantiques différentes :

  • 8) développé debout: « le développé est exécuté en étant debout » [N1- MOUV ADJ2-MOD]
  • 9) épaulé debout : « épaulé (en) réception debout » [N1- MOUV ADJ2-POS]

où l’ADJ, sémantiquement restreint, ne peut être compris que dans le cadre spécialisé des mouvements de préparation physique (par ailleurs, la substitution paradigmatique se retrouve bloquée : *épaulé couché/assis).

3.2.4.   Cas 4 : jeté fente / squat fente

Enfin, prenons l’exemple de deux TmP jeté fente et squat fente qui, tout comme pompe diamant, sont formés sur le modèle d’une séquence binominale [N1 N2], mais exemplifient deux patrons sémantiques de construction.

Le mouvement de jeté consiste à passer une charge des épaules au-dessus de la tête, en la maintenant bras tendus. Dans un contexte compétitif, où la charge doit être la plus lourde possible, la seule façon pour l’athlète de se retrouver le plus rapidement sous le poids de la barre est de raccourcir la distance entre celle-ci et son corps, ce qui revient à se jeter sous la barre, donc d’écarter les pieds et de fléchir les genoux pour se retrouver en position de fente. En bref, jeté fente fonctionne sur la même structure sémantique que épaulé debout, où fente qui est, par ailleurs, un mouvement en soi (faire des fentes, cfr. ci-après), désigne ici la position des pieds dans la phase finale du mouvement de jeté :

  • 10) jeté fente : «jeté (en) réception fente » [MOUV – POS]

Il en va tout autrement pour squat fente. Ce terme renvoie, sur le plan référentiel, à un mouvement complexe qui implique l’exécution consécutive de deux mouvements, un squat puis une fente. Il ne s’agit pas d’une « variante de » squat (comme dans 1), ni de terminer le mouvement de squat en position de fente (comme dans 8). De prime abord, on serait tenté de rapprocher ce TmP aux composés de type chat-vache vus plus haut, le marquage typographique en moins. Cependant, et dans la mesure où l’inversion des composantes reste tout à fait possible pour former un autre mouvement – fente squat (à notre connaissance vache-chat n’est pas attesté) – nous nous rapprochons plus du fonctionnement d’une séquence binominale plutôt libre et dont seule la valeur dénominative permet sa consignation en tant que TmP. Il est évident que seules les études de fréquence d’usage sur un corpus de discours spécialisé à l’oral[16] pourraient apporter un peu plus de lumière sur la cooccurrence des termes de ce type d’une part et les spécificités d’usage d’autre part.

Pour résumer, à une même structure formellement complexe de type [N1 N2] sont associés trois patrons sémantiques qui exemplifient respectivement :

  • une relation de sous-catégorisation (pompe tient la place d’un hyperonyme dans pompe diamant [MOUV – MOD] ;
  • une relation de métonymie temporelle (fente désigne la phase finale d’exécution du mouvement de jeté, ex. 5) jeté fente [MOUV – POS] ;
  • et une relation temporelle de consécutivité (N1 et N2 désignent des mouvements dont les intervalles référentiels d’instanciation sont consécutifs, ex. squat fente [MOUV – MOUV]

4.  Synthèse & Conclusion

En guise de conclusion, faisons une synthèse des observations reflétant l’état actuel de nos travaux sur le vocabulaire de la PPG. Selon que l’on voit la polysémie comme résultat d’une terminologisation (en rapport avec l’usage commun, une acception spécialisée), comme un moyen économique de transfert de connaissances d’un domaine spécialisé à un autre, ou encore comme une multiplicité de sens au sein d’un même domaine de spécialité, l’étendue du phénomène varie. Pour cette étude, nous avons restreint notre périmètre d’observation à la PPG afin d’examiner les cas d’une éventuelle polysémie intra-domaniale et nous nous sommes limitée aux unités polylexicales comportant deux constituants nominaux. Dans ce cas, la polysémie peut être observée théoriquement à deux niveaux. Le premier est celui du signifiant complexe dans son ensemble[17] – le TmP – un cas de figure qui n’est pas observé dans notre échantillon. Le second niveau est celui des composantes elles-mêmes, auquel cas il s’agit de voir si, dans une même position syntagmatique, une unité lexicale peut avoir plusieurs sens. Compte tenu de ces limites, notre attention a été portée sur le second constituant et même si, somme toute, ces cas sont rares, c’est bien ce que nous avons observé avec l’ADJ debout (développé debout, épaulé debout) ou le substantif fente (squat fente, jeté fente). À ce stade de notre travail, nous pouvons constater que, quand un des constituants d’une dénomination polylexicale varie sur le plan du signifié :

  • i. le sens du TmP est au moins en partie compositionnel ;
  • ii. le TmP est constitué exclusivement d’éléments lexicaux. Autrement dit, aucun SEG comportant des informations grammaticales (ayant donc un sens en partie instructionnel) n’est polysémique ;
  • iii. le constituant doit à la fois se trouver dans la même position syntagmatique, être le cooccurrent d’une BASE appartenant à la même classe sémantique et entretenir le même type de rapport avec celle-ci.

Si ces observations permettent de préciser en partie la nature des contraintes à l’origine de la variation sémantique « réduite » du lexique spécialisé, la question de savoir de quel type de variation il s’agit reste entière. Nous avons délibérément laissé cet aspect sous silence parce qu’il mérite une attention toute particulière et des recherches beaucoup plus serrées que celles que nous pouvons réaliser ici.

Décider si la variation d’un constituant d’un TmP relève de la polysémie standard ou de la monosémie complexe n’a rien d’évident. Nous avons vu que fente designe un mouvement dans squat fente [MOUV – MOUV] et une position dans jeté fente [MOUV – POS]. Non seulement la question de la classe sémantique de POS(ITION) doit être approfondie, mais la situation devient moins claire si l’on compare avec le fonctionnement de nuque qui est un nom de partie du corps humain dans les deux TmP suivants :

  • 11) développé nuque[MOUV – SITE] : faire un développé à la barre (départ à la) nuque /*développer la nuque
  • 12) flexion nuque [MOUV – NPC] : faire (un mouvement de) flexion de la nuque / fléchir la nuque

Si l’on considère que la polysémie est encodée en langue et que les facettes sémantiques sont révélées sur le plan discursif (STOSIC 2022), il semblerait que nous sommes devant deux cas de figure différents. Avec fente dont la variation de sens implique un « saut » ontologique (pour dire les choses de façon synthétique, un passage d’un aspect dynamique à un aspect statique), on parlerait plutôt d’une variation polysémique : les deux sens sont exclusifs et reposent sur un mécanisme métonymique qui reflète un glissement référentiel. Nuque en revanche semble être de côté d’une variation de type facettes : en tant que NPC, il désigne une entité physique qui peut servir de repère spatial indiquant le début du mouvement du développé[18].

Au-delà de la nécessité d’affiner les classes sémantiques, il sera également indispensable de mener des analyses comparatives avec le lexique anglais qui – et c’est particulièrement vrai dans le domaine du sport – prédomine. Cela sera l’occasion également de vérifier si la variabilité sémantique est motivée par le mode d’existence des entités dénotées (hypothèse formulée dans ABRARD & STOSIC (2021) dans une perspective interlangues pour l’usage commun) et de poursuivre avec l’analyse des Tm dans les discours sportifs. En effet, seule l’analyse des termes in situ, sur le plan du discours, permettra d’apprécier la dynamicité des composantes sémantiques et mesurer à la fois la plasticité et l’impact des procédés syntaxico-sémantiques de formation. En déterminant quels types de composantes peuvent être pris en charge par le plan non plus lexical (un coach qui énonce « on va faire du développé couché aux haltères ») mais syntagmatique environnant (« prenez des haltères plutôt légers, on commence par du développé couché ») ou encore par le cotexte discursif plus large (« on reprend le matériel pour le travail en développé, allongez-vous sur le banc, … »), nous espérons avoir un retour éclairant sur la construction, le décodage voire l’apprentissage du sens polylexical et ainsi contribuer à une meilleure connaissance de la phraséologie du sport et de l’activité physique.

 

Références bibliographiques

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Note biographique

Angelina Aleksandrova est maîtresse de conférences en sciences du langage au laboratoire EDA-4071 (Université Paris Cité). Ses recherches portent sur le lexique et les formes discursives mobilisées par les coachs sportifs lors des séances d’entraînement destinées au grand public (préparation physique générale, CrossFit). Elle s’attache à caractériser cette forme de discours professionnel oral et à en analyser les dynamiques interactionnelles spécifiques, en mobilisant des outils issus de la sémantique lexicale et de la pragmatique du discours.


[1] Une conception non fixiste de la polysémie considère que le sens d’un mot n’est pas prédéterminé dans le lexique, mais émerge dynamiquement du contexte d’usage, à travers des processus interprétatifs et interactionnels. (RIEMER 2005).

[2] Les difficultés posées par le caractère polylexical pour le traitement lexicographique sont bien connues (MEJRI 2004).

[3] P.ex. le travail de renforcement du pied sera différent pour le cycliste, pour le coureur, le joueur de tennis ou le combattant de MMA.

[4] Nous parlerons du vocabulaire de la PPG, mais les lecteurs ne doivent pas perdre de vue que ces interférences linguistiques avec le jargon du crossfit sont loin d’être un phénomène anecdotique ou passager.

[5] Ces données sont destinées à former la base lexicale multilingue LexMouV (en cours de structuration).

[6] Plusieurs analyses sont possibles, mais nous rejoignons celle de TRIBOUT (2010) pour dire qu’il s’agit de N converts de formes verbales (et non adjectivales) principalement parce que, sur le plan sémantique, les converts ont perdu les propriétés normalemen associées à l’adjectif sous-jacent. Ainsi un arraché (m.sg.) est le résultat de l’action d’ « arracher une barre du sol » et non pas une « barre arrachée ».

[7] Notons toutefois le caractère polymorphe de ce lexique (la coexistence de Tm qui renvoient au même mouvement sur le plan référentiel) et sur l’orthographe non stabilisée des Tm composés qu’on rencontre tantôt avec un tiret de soudure, tantôt sans, p.ex. développé couché / développé-couché.

[8] Notons qu’il n’est pas pour autant toujours évident d’identifier une régularité dans les associations lexicales, mais ce point constitue une grande digression pour notre propos ici.

[9] L’adjectif simple est utilisé par commodité pour désigner un terme monolexical (épaulé, pompe, oiseau, étirement) en distinction avec un Tm polylexical (épaulé debout, étirement du psoas). Il ne préjuge rien du mode de formation morphologique.

[10] Acception dans la langue générale, grille d’analyse empruntée à L’HOMME & POLGUÈRE (2008).

[11] Nous passons sous silence ici les autres procédés de composition observés (soulevé de terre), moins nombreux.

[12] La construction équivalente en anglais, X-to-Y, est d’ailleurs très productive et permet la création de nouveaux mouvements : squat-to-stand, wall walk-to-handstand push-up, etc.

[13] Goossens distingue quatre interactions possibles : métaphore à partir d’une métonymie (metaphor from metonymy), métonymie au sein de la métaphore (metonymy within metaphor), démétonymisation à l’intérieur d’une métaphore (demetonymization inside a metaphor) et métaphore au sein d’une métonymie (metaphor within metonymy).

[14] Le nombre de Tm (BASE) différents est de 32.

[15] Un exemple de N2 abstrait (que nous ne discutons pas ici) est force comme dans arraché force.

[16] En effet, l’oral, moins soumis aux contraintes normatives que l’écrit (manuels, rapports, documents officiels émanant des instances sportives), offre un terrain d’observation privilégié pour détecter d’éventuelles fluctuations dans la construction lexicale des TmP.

[17] Il est illustré dans l’usage commun par la possibilité d’une séquence polylexicale d’avoir une lecture compositionnelle et une lecture semi-figée (certains auteurs préfèrent parler de dédoublement au lieu de polysémie, cfr. MEJRI (2004)).

[18] Un exemple similaire : dans orteils à la barre, le nom du matériel – barre (comme dans développé à la barre/aux haltères) – est utilisé également pour indiquer le SITE du mouvement en tant que cible à atteindre (« ramener les orteils jusqu’à ce qu’ils touchent la barre »).

 


Per citare questo articolo:

Angelina ALEKSANDROVA, « Dénominations polylexicales et polysémie : l’exemple des mouvements de la préparation physique », Repères DoRiF, hors-série – En termes de polysémie. Sens et polysémie dans les domaines de spécialité, DoRiF Università, Roma, ottobre 2025, https://www.dorif.it/reperes/angelina-aleksandrova-denominations-polylexicales-et-polysemie-lexemple-des-mouvements-de-la-preparation-physique/

 

ISSN 2281-3020

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