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Françoise Favart

Discours populiste et interdiscours en période de Covid-19

 

Françoise Favart
Università degli Studi di Trieste
ffavart@units.it


Résumé

En nous appuyant sur un corpus constitué d’énoncés provenant du site du Rassemblement National et du blog de Jean-Luc Mélenchon, nous montrerons comment, favorisées par le contexte de crise sanitaire, des factions politiques aussi éloignées se rejoignent dans leurs stratégies et dans leurs enjeux discursifs. Pour ce faire, nous étudierons en particulier les phénomènes argumentatifs qui étayent le discours dit populiste en nous appuyant sur leurs principales stratégies verbales de manipulation ou de persuasion.

Abstract

Based on a corpus from the Rassemblement National website and Jean-Luc Mélenchon’s blog, the aim of this article is to show how, favoured by the context of a health crisis, such distant political factions use identical strategies and discursive issues. In particular, we will study the argumentative phenomena on which the so-called populist discourse is based, drawing on their main verbal strategies of manipulation or persuasion.


 

1. Introduction

Dans le débat public français actuel, les termes populisme ou populiste enveloppent tout le spectre politique. De fait, des leaders plus ou moins charismatiques de droite et de gauche occupent l’espace médiatique présent, dans lequel, pour conquérir l’adhésion des électeurs, ils produisent régulièrement des textes et des stratégies discursives de type populiste.

Les textes relevant du discours politique sont habituellement mis en relation avec leur contexte extérieur : conjoncture, situation, circonstances… (MAINGUENEAU 2010 : 85). Toutefois, les analyses les plus récentes ont mis en évidence que la distinction entre l’« intérieur » et l’« extérieur » du texte politique est contestable, et que tout texte est le fruit d’une activité de discours qui est par nature indissociablement linguistique et sociale (Idem). En prenant la notion de populisme dans une perspective synchronique, nous étudierons des prises de parole politiques relatives à la crise de la Covid-19. Nous tiendrons compte de l’environnement discursif dans lequel s’inscrivent les énonciations[1] qui formeront notre corpus.

Celui-ci est constitué d’énoncés provenant du site officiel du Rassemblement National[2] et du blog de Jean-Luc Mélenchon[3], par conséquent de la France Insoumise. Dans notre analyse, nous montrerons que la situation que connaît la France depuis mars 2020 rapproche ces deux factions politiques opposées, non seulement dans leurs stratégies argumentatives, mais aussi dans leurs enjeux discursifs.

Après avoir brièvement délimité le discours populiste tel que nous l’entendons aujourd’hui, nous définirons l’environnement dans lequel s’inscrivent les productions discursives du RN et de J.-L Mélenchon. Nous étudierons ensuite les phénomènes argumentatifs qui étayent le discours dit populiste en nous appuyant sur les principales stratégies verbales de manipulation ou de persuasion (CHARAUDEAU 2011 : 106-112).

 

2. Le populisme, un concept vaste et controversé

Aux divers usages historiques de populisme[4], associé aussi bien à la démagogie et au fascisme (FASSIN 2017 : 81) qu’au poujadisme[5], vient aujourd’hui s’ajouter un emploi fréquent largement relayé par les médias. Cette attitude récente qui contribue à la diffusion du terme a également pour effet, dans le langage courant, de produire un élargissement sémantique. Ainsi, tant dans son usage nominal qu’adjectival, le lexème dépend-il très souvent d’une attitude énonciative qui rejette et même condamne le locuteur et les propos qui sont cités ou commentés. Le terme populiste marque alors un refus d’adhérer à la parole d’autrui. Pour reprendre la formule de P. Ricœur (1990), c’est généralement le discours de « l’autre » et rarement le sien propre qui est qualifié de populiste. Si l’usage contemporain du terme revêt majoritairement une acception négative, il n’en reste pas moins que des positions différentes existent. Nous pensons notamment à E. Laclau qui considère le terme populisme comme neutre :

 

Le populisme n’est pas pour moi un terme péjoratif, mais une notion neutre […]. Le populisme est une façon de construire le politique. Il joue la base contre le sommet, le peuple contre les élites, les masses mobilisées contre les institutions officielles figées (entretien du Monde du 9 février 2012).

 

D’autres usages, moins fréquents mais importants, donnent à la notion de populisme une valeur positive. Certains acteurs politiques y voient en effet une manière d’attribuer au peuple, souverain démocratiquement, une faculté d’opinion et de jugement qui doit être écoutée. En d’autres termes, le populisme est envisagé comme une attitude politique qui ne s’oppose pas à la démocratie (CHARAUDEAU 2011 : 102). Plus subtilement encore, dans la lignée des travaux d’E. Laclau[6] et de C. Mouffe[7], certaines recherches voient le populisme comme une critique radicale, mais légitime, de la démocratie représentative dont on ne peut nier la crise actuelle (ROSENVALLON 2006 : 127).

Parmi les traits caractéristiques du populisme, nous retiendrons qu’il émerge toujours en situation de crise sociétale (DORNA 2004-2005 : 70) et qu’il nécessite un leader charismatique qui incarne, dans la plupart des cas, une figure de sauveur face à la situation de crise. Au plan des mécanismes discursifs, le discours populiste s’appuie sur des stratégies qui visent à l’exaltation nationale, qui encouragent la rupture avec les pratiques du passé et avec les gouvernants en place, qui mettent en exergue la source du mal et donnent à voir une forme de victimisation. Il laisse également apparaître le sentiment que la majorité de « base » n’est pas écoutée ou entendue. Le discours se construit alors sur le rejet des élites dans une dynamique d’opposition entre eux (les gouvernants, les élites) et nous (le peuple, les citoyens qui subissent).

 

3. Environnement de mise en discours et objet sémiotique

Nous savons que les causes profondes de l’émergence du discours populiste sont la crise de la société moderne, les dysfonctionnements de la démocratie représentative, les transformations des identités individuelles et nationales, etc. (DORNA 2004-2005 : 65-99). Ainsi, pour juger du populisme d’un discours importe-t-il d’analyser le contexte sociohistorique où il apparaît et la situation de communication qui engendre un certain processus énonciatif (CHARAUDEAU 2011 : 105).

 

3.1. La crise sanitaire comme objet sémiotique de médiatisation

À la différence d’autres épidémies qui touchèrent la France (par exemple la grippe espagnole de 1918), la médiatisation que connaît la crise sanitaire de la Covid-19 ouvre des espaces discursifs plus vastes. En outre, au plan sémiotique cette crise présente des traits spécifiques :

  • un trait principal : inattendue
  • une origine géographique : la Chine
  • une date de début : approximativement décembre 2019[8]
  • un hypothétique événement déclencheur : le contact de l’homme avec un animal (le pangolin)
  • des acteurs (dans la tentative de sortie de crise) : les états/ les gouvernants, les scientifiques et les personnels sanitaires
  • un mécanisme : propagation à travers la population mondiale
  • des victimes : les êtres humains
  • une dramatisation : une propagation de plus en plus massive et une augmentation des cas
  • des sauveurs : les gouvernants, aidés des scientifiques, qui adoptent les « bonnes » mesures[9].

Nous ajouterons encore qu’en raison de sa forte médiatisation, cette crise sanitaire constitue une référence partagée au sein de l’espace discursif.

 

3.2. La Covid-19 et le cadre sociohistorique

Dans un premier temps, la crise sanitaire se présente comme l’occasion pour rassembler des forces de tous bords et défendre la santé des citoyens. Une impression initiale d’unité qui se mue rapidement en un miroir grossissant des tensions qui animent le pays. On remarque ainsi que la gestion de la crise de la part des autorités françaises, au fur et à mesure que les complications s’accentuent, devient pour des figures politiques de l’opposition une occasion pour discréditer le gouvernement et pour contester les décisions prises[10]. Ce n’est donc pas l’origine en soi de la crise (qui est accidentelle) mais sa gestion : approvisionnement en masques, confinement/reconfinement, fermeture des bars et restaurants, vaccination, etc. qui fera émerger des discours populistes. En outre, si la crise se présente comme le sujet central des énonciations du RN et de JLM nous verrons qu’elles sont le siège d’une forte interdiscursivité (CHARAUDEAU, MAINGUENEAU  2002 : 324).

En ce qui concerne le contexte sociohistorique, nous rappelons que cette crise coïncide avec la phase finale du quinquennat d’E. Macron et la préparation de l’élection présidentielle de 2022 ainsi qu’avec deux tours des élections municipales.

 

4. Corpus et approche méthodologique

4.1. Le support médiatique

Le blog ou le site internet sont des médiums qui se ressemblent dans leur structure et s’inscrivent dans une même forme ambivalente de généricité. En effet, d’une part elle se nourrit des genres en vigueur, mais de l’autre elle remodèle profondément les genres dont elle s’inspire, les enrichissant par de nouveaux invariants qui les transforment en genres numériques (BONHOMME 2015 : 44). Tant le site du RN que le blog de JLM présentent une mise en page qui permet d’accéder à l’actualité du parti ainsi qu’à des billets postés sous les étiquettes de : articles, lettres, communiqués, vie parlementaire, vidéos, etc. Il est question dans les deux cas d’une sorte de vitrine, d’une valorisation de soi qui constituent une instance médiatique privilégiée à l’heure où les acteurs du monde politique manifestent la volonté d’opérer une communication de plus en plus directe avec le citoyen. Il convient également de souligner que les destinataires des énoncés sont pour la plupart, les lecteurs des sites évoqués. On imagine aisément qu’il s’agit principalement d’un destinataire déjà acquis à la cause des énonciateurs.

 

4.2. Méthodologie

En nous appuyant sur un corpus allant d’avril 2020 à février 2021, nous étudierons les stratégies discursives du RN[11] et celles de JLM[12]. Afin de mettre en lumière les procédés argumentatifs et discursifs utilisés, nous nous appuierons sur les quatre principales stratégies persuasives ou de manipulation décrites par P. Charaudeau (2011 : 106-112).

  1. La situation de crise ou la victimisation par laquelle les acteurs politiques exploitent le ressentiment et la forte insatisfaction de la population. Un élément qui se fond parfois avec l’identification de la source du mal.
  2. La source du mal qui, plus que la crise elle-même, concerne les décisions gouvernementales. Elle sert souvent à faire apparaître le thème du complot et à trouver un bouc émissaire.
  3. Les formes d’exaltation des valeurs nationales et une attitude portant au souverainisme. Les procédés se rattachant à cette stratégie font appel à des valeurs qui s’inscrivent comme élément unificateur ou de rapprochement d’une communauté.
  4. L’identification du sauveur qui représente le peuple ou les citoyens considérés comme des victimes. Dans le cas présent le sauveur peut aussi prendre la forme de mesures salvatrices.

 

5. Analyse

Certains extraits proposés pourraient trouver leur place au sein de deux stratégies argumentatives distinctes, nous les présentons dans la catégorie qui nous paraît la plus pertinente en relation au contexte de mise en discours.

 

5.1. La situation de crise ou victimisation

5.1.1. RN

  1. Car il s’agit, aux yeux de nos compatriotes, d’une crise absolument majeure, qui bouleversera les choses de fond en comble et remettra les principes de patriotisme et de souveraineté au premier rang des priorités […]. (JAMET – 2020)

  2. En septembre dernier, Marseille et Aix-Marseille Métropole avaient été punies par le gouvernement qui avait décidé arbitrairement de fermer les bars et restaurants. (RAVIER – décembre 2020)

  3. Si cette reconnaissance de l’État était nécessaire, elle est malheureusement insuffisante et partielle. En effet, le gouvernement n’a pas cru bon d’intégrer les étudiants en kinésithérapie dans la liste des bénéficiaires. Cette exclusion est totalement injustifiable […]. (BILDE – février 2021)

 

5.1.2. JLM

  1. Encore ! Pour la quatrième fois depuis la crise sanitaire le président de la République nous parle […]. Un véritable feuilleton de bavardagesnous est infligé. (MÉLENCHON – 2020)

  1. Mais ce qui se construit est d’une exceptionnelle signification pour le pays à la veille de la vague de débâcle économique qui s’annonce. (Idem)

  1. […] plus de 900 000 personnes dans le monde sont mortes du Covid-19. 400 millions de femmes et d’hommes ont perdu leur emploi. On estime qu’au moins un demi-milliard d’êtres humains vont basculer dans la pauvreté d’ici la fin de l’année. (MÉLENCHON – 2020a)

  1. Comment comprendre le caractère radical des mesures prises pour la fermeture des bars, restaurants, établissements de nuit, salles de sport si tout autour on ne pratique pas la même rigueur[13] ? Pourquoi les restaurants mais ni le métro ni le bus ? Pourquoi les bars mais ni la fac ni les cantines ? Pourquoi Marseille mais pas Lyon ou Paris ? (MÉLENCHON – 2020b)

 

Parmi les thèmes abordés tant par le RN que par JLM émerge la précarité économique qui touche certains secteurs professionnels dont celui de la restauration. On voit ainsi que les deux camps s’accordent sur « l’injustice » des mesures adoptées. Ils évoquent par exemple la situation de la ville de Marseille ou celle des professions parasanitaires comme les kinésithérapeutes. Ces éléments mettent en avant ce qu’ils considèrent comme la mauvaise gestion de crise de la part de l’État qui prendrait des mesures insuffisantes (RN. 3) ou mal adaptées (JLM. 4). On relève également un recours au pathos avec une tendance à la dramatisation aussi bien dans les propos du RN (1) que dans ceux de JLM (2 et 3). L’exemple (RN. 1) met en outre en lumière une idée d’unité nationale et un appel au souverainisme.

 

5.2. La source du mal

5.2.1. RN

  1. Comment ont-ils pu être à ce point imprévoyants, vaniteux, verbeux ; comment ont-ils pu être à ce point insouciants du sort des Français dont la santé, la vie est maintenant en danger ? (COLLARD – 2020)

  2. Combien de temps les mensonges, combien de temps le maintien du dogme de l’ouverture des frontières […] ? (COLLARD – 2020)

  3. Et qu’il faille maintenant choisir entre qui va vivre et qui va mourir ? […] Qui ? Pères, mères, frères, sœurs, voisins, voisines, anonymes, des surnuméraires… L’horreur ! (COLLARD – 2020)

  4. Le tardif confinement profite d’allégement dans les banlieues, qu’à la Castellane, à Marseille, les dealeurs continuent de dealer au motif tranquille et con que le virus est un « virus de blancs» ! (COLLARD – 2020a)

  5. Si le gouvernement peut augmenter l’Aide médicale d’État dédiée aux clandestins qui s’élèvera à 1,06 milliard d’euros en 2021, il peut et il doit consacrer quelques millions d’euros pour soutenir les étudiants essentiels qui nous permettent de tenir le choc et de sauver des vies. (BILDE – 2021)

  6. Pompeusement annoncé par E. Macron comme un “Pilier du plan de relance”, la reconquête de la souveraineté sanitaire et industrielle deviendrait l’un des objectifs prioritaires de l’exécutif […]. Objectif contredit d’ores et déjà par la réalité des décisions prises et les faiblesses structurelles du système de santé national. (MÉLIN – 2021)

5.2.2. JLM

  1. D’abord, il y a cette annonce incroyable : l’exécutif va créer sa propre commission d’enquête sur la gestion de la crise sanitaire par l’exécutif. Autrement dit, le pouvoir macroniste s’attribue le pouvoir de se contrôler lui même. (MÉLENCHON – 2020)

  2. Mais en France, Macron nous a refusé de rétablir, même temporairement, un modeste impôt sur la fortune. Le monde peut bien s’écrouler autour de lui, le président Macron restera toujours le président des riches. (MÉLENCHON – 2020a)

  3. Il s’agissait d’approuver le nouveau plan de confinement du pays. Il n’était pas question de l’amender, ou de le discuter de quelque façon que ce soit. Le parlement n’a jamais été un lieu de décision en macronie. Oui ou non. Point final. (Idem)

  4. Le monarque décide tout seul, dans le secret, sans en informer même son Conseil des ministres. (Idem)

  5. Le 2 mars c’est le rapport de visite de l’OMS en Chine : on peut arrêter le virus, à condition de faire des dépistages massifs et ultra-rapides, […]. Rien de tel en France. Au contraire le dépistage et le masque sont moqués par les ministres. (MÉLENCHON – 2021)

  6. Par ailleurs, la multiplication des élevages concentrationnaires de masse et leurs conditions terribles favorisent ensuite la multiplication de virus. (MÉLENCHON – 2021b)

Parmi les différentes sources du mal apparaît l’incapacité ou l’inaptitude des dirigeants à faire face à la situation de crise. De manière générale, il est question de dévaloriser l’adversaire. Que ce soit à gauche ou à droite, le Président de la République ou les membres du gouvernement sont donnés à voir comme incompétents et peu attentifs aux besoins des Français. Ils sont décrits par des traits qui touchent directement leur caractère ou leur manière d’agir. On voit ainsi se dessiner un pouvoir « arrogant, vaniteux, verbeux » (RN. 1) mais aussi autoritaire (JLM. 1, 2, 3 et 4) qui fait abstraction de la séparation des pouvoirs. L’accusation de non-respect de la démocratie est plusieurs fois soulignée : Le monarque décide tout seul, dans le secret (JLM. 4). Le gouvernement est aussi accusé de ne pas tenir compte des mesures qui ont été mises en place dans d’autres pays (les voisins) ou des recherches effectuées notamment sur la transmission du virus par les animaux. On observe ici encore le recours au pathos de la part du RN. Ce parti insiste sur le manque de crédibilité d’un gouvernement qui ment aux citoyens (RN. 2) alors que du côté de JLM l’accent est mis sur le peu d’attention pour les petites gens au profit des riches. On perçoit par ailleurs, dans les deux camps, la volonté de mettre en avant une attitude complotiste.

 

5.3. L’exaltation des valeurs nationales, le souverainisme

5.3.1. RN

  1. Comment ont-ils pu refuser de fermer les frontières pendant qu’elles se fermaient ailleurs, presque partout ? Comment ont-ils osé railler la fermeture des frontières, pourtant de bon sens, par nos voisins souverains ? Comment ont-ils osé mentir à ce point ? (COLLARD – 2020)

  2. La « bonne cause » qui fait que des Français, honnêtes et peut-être trop crédules, mais comment leur en vouloir ?, sont sortis sans masque, au risque d’attraper le virus. (COLLARD – 2020a)

  3. De la retenue quand sous le souffle de l’épidémie le gouvernement organisait un premier tour contagieux des élections et que, confiants, beaucoup allaient à l’urne. (COLLARD – 2020a)

  4. La France des livreurs, des taxis, des éboueurs, des facteurs, des agriculteurs, des infirmiers, des médecins, des aides-soignantes, enfin, faute de pouvoir tous les nommer, Oui à cette grande petite France sans laquelle, aujourd’hui, nous serions morts ! (COLLARD – 2020a)

  5. Les Français ne veulent pas que l’après-Coronavirus ressemble à l’avant. Ils veulent que l’État relocalise les productions essentielles en priorisant le « Made in France ». (JAMET – 2020)

 

5.3.2. JLM

  1. Ainsi a-t-il été attribué 7 milliards à l’industrie automobile alors que 17 % seulement des véhicules vendus en France sont produits sur place et 83% sont importés. 15 milliards ont été attribués à l’industrie aéronautique. Mais Air France passe une commande de 4 milliards à Bombardier qui produit au Canada. (MÉLENCHON – 2020)

  2. Le même jour monsieur Castex est à la télé pour une super brève intervention sans conviction. On y apprend que les frontières n’étaient toujours pas fermées alors que le variant du covid frappe à tour de bras chez nos voisins. (MÉLENCHON – 2021)

  3. On n’est pas prêt de le voir si on continue avec la complaisance des pouvoirs à lécher les mains de Pfizer. (Idem)

  4. Sanofi est issue d’une entreprise publique. Elle a été entièrement construite par l’État français […]. Elle est sous perfusion d’argent public. Et pourtant, sert grassement ses actionnaires avant la France. Le gouvernement le sait. Il ne fait rien. Suspect. (MÉLENCHON – 2021a)

C’est en soulignant que le gouvernement n’agit pas pour l’intérêt du pays, du moins pas pour celui des Français honnêtes, de la petite France que le RN et JLM mettent en avant l’attachement aux valeurs nationales. Laissant entendre que dans la même position, ils auraient adopté des stratégies visant à défendre l’industrie française et à protéger les citoyens. On observe également que la crise sanitaire est l’occasion pour revenir sur la question des frontières convoquant une fois encore une attitude souverainiste. Tant le RN que JLM regrettent que la France ne les ait pas fermées au moment voulu alors que nos voisins « souverains » (RN. 1) l’avaient déjà fait. Le renvoi aux valeurs nationales est présent en outre dans l’utilisation du terme peuple de la part de JLM.

 

5.4. L’identification du sauveur ou de mesures salvatrices

5.4.1. RN

  1. Or, seul un État stratège, comme l’envisage la Présidente du Rassemblement national, serait en mesure de mener à bien des relocalisations stratégiques dans les domaines militaire, industriel, médical/scientifique et banque/assurance. (JAMET – 2020)

  2. Car il s’agit, […] d’une crise absolument majeure, qui bouleversera les choses de fond en comble et remettra les principes de patriotisme et de souveraineté au premier rang des priorités, que les Français sont désormais déterminés à appliquer et comme l’a maintes fois préconisé la candidate du renouveau national à la présidence de la République. (JAMET – 2020)

  3. Puisque notre territoire avait subi un traitement d’exception il y a quelques semaines, je demande qu’il en soit de même aujourd’hui : le gouvernement doit autoriser la réouverture des bars et restaurants de notre département, puisque le virus n’y circule presque plus ! (RAVIER – 2020)

 

5.4.2. JLM

  1. Ce grand recul démocratique s’incarne dans la loi sur l’état d’urgence sanitaire. Dès sa création, les députés insoumis ont voté contre. (MÉLENCHON – 2020)

  2. C’est pourquoi nous avons proposé un impôt exceptionnel sur les profiteurs de crise. Ce genre de dispositif a été mis en place dans de nombreux pays du monde pendant les deux guerres mondiales. (MÉLENCHON – 2020a)

  3. Gouverner est aussi une affaire de doigté. La bonne décision est celle qui est argumentée, justifiée par des raisons claires, et soutenue par une conduite cohérente des décideurs. (MÉLENCHON – 2020b)

  4. Plus que jamais, je crois être dans le vrai en proposant qu’on en finisse avec un régime constitutionnel capable de telles dérives ! (MÉLENCHON – 2020c)

  5. J’alerte sur le fait qu’il faut préparer et organiser le déconfinement. J’ai droit à mon habituelle rasade de moqueries et accusations de démoraliser la population. Le 29 mars j’alerte, six mois avant, sur le risque d’une 2ème vague et je redemande demande la planification du déconfinement. (Idem)

  6. Dès le mois d’avril j’explique : « nous sommes partisans du fait que le vaccin contre le coronavirus soit universel, gratuit, distribué à tous sans aucun profit ». Rien du côté Macron. (Idem)

Le RN identifie le sauveur en la figure de la Présidente du Rassemblement national ou de la candidate du renouveau national à la présidence de la République (RN. 1 et 2) mais aussi en présentant des mesures qui se démarquent de celles adoptées par l’actuel gouvernement. Dans certains cas, elles concernent la crise sanitaire au plan national, dans d’autres elles se limitent à une réalité spécifique comme celle de la ville de Marseille (RN. 3). La stratégie de JLM s’appuie principalement sur une dévalorisation de l’autre qui passe par le rappel de mesures que les membres de la France Insoumise ont identifiées pour sortir de la crise, mais dont le gouvernement ne tient pas compte. On relève également une forme de victimisation et d’injustice de celui qui, tout en ayant des solutions, n’est pas écouté.

 

6. Stratagèmes[14] discursifs

L’analyse nous a permis d’observer chez deux partis aux antipodes, la présence d’un dispositif argumentatif commun. Celui-ci peut être envisagé comme une macrostructure argumentative qui révèle des stratagèmes discursifs adoptés par les deux camps. Nous en retiendrons trois : 1) un recours au pathos qui s’inscrit dans une rhétorique de peur (FAVART 2014 : 259-272), 2) une dévalorisation de l’adversaire qui passe entre autres par la dénonciation d’attitudes complotistes, 3) une forte interdiscursivité.

 

6.1. Le recours au pathos

La rhétorique de la peur se caractérise par une tendance marquée au pathos, notamment à travers des choix lexicaux qui renvoient à une dramatisation ou une surdramatisation du discours : crise absolument majeure, 900 000 personnes dans le monde sont mortes du Covid-19, la vague de débâcle économique, la vie est maintenant en danger, etc. L’incitation à la peur passe en outre par la convocation des affects qui s’identifient aux proches dont nous pourrions être séparés en raison des défaillances de l’État : pères, mères, frères, sœurs, voisins, voisines, anonymes, des surnuméraires, etc. Le domaine des affects convoque également une forme de solidarité à l’égard des plus humbles ou de ceux qui se sont exposés au premier plan face au virus et dont le gouvernement ne semblerait pas se soucier : 400 millions de femmes et d’hommes ont perdu leur emploi. On estime qu’au moins un demi-milliard d’êtres humains vont basculer dans la pauvreté d’ici la fin de l’année, la France des livreurs, des taxis, des éboueurs, des facteurs, des agriculteurs, des infirmiers, des médecins, des aides-soignantes, etc. Il est clair que face à de tels constats, à un avenir incertain et à une sortie de crise qui l’est tout autant, la peur trouve un terrain plus que fertile.

 

6.2. Dévalorisation et complotisme

On le sait, tout leader populiste prétend désigner les véritables ennemis, ceux d’en-haut (les élites), ceux d’alentour (le système) ou ceux d’ailleurs ou venant d’ailleurs […] et plus particulièrement les ennemis cachés à l’intérieur du corps national (TAGUIEFF 2012 : 67) convoquant ainsi une attitude complotiste qui débouche sur la dévalorisation de l’autre.

D’une part, comme on l’a relevé chez JLM nous avons affaire à un pouvoir autoritaire : le monarque, la macronie qui ne respecte pas les institutions de la démocratie. Cela laisse entendre que l’exécutif agit ou trame dans l’ombre. Il est notamment question d’un comportement suspect avec les actionnaires des laboratoires pharmaceutiques ou encore d’agissements dans le secret. De plus, selon le RN, le pouvoir en place ment aux citoyens par omission ou en donnant de fausses informations.

 

6.3. L’interdiscursivité

La crise sanitaire est une occasion, voire un prétexte, pour convoquer l’interdiscursivité et mettre en avant des sujets chers au RN et à la FI. La relocalisation des industries s’inscrit ainsi dans une vision nationaliste et implique le domaine de la santé et les laboratoires pharmaceutiques dont la France dépend pour s’approvisionner en vaccins. On comprend toutefois que l’opposition à la délocalisation concerne l’industrie française en général et un retour au Made in France. JLM évoque notamment Air France qui reçoit des aides de l’État mais qui commande ses appareils au Canada. Du côté du RN, la Covid-19 permet à B. Bilde et G. Collard de revenir sur des questions liées à l’immigration et de soulever des polémiques raciales. De fait, les trafiquants de drogue ne porteraient pas de masque en vertu du fait que la Covid-19 serait un virus de Blancs. On déduit ainsi que les trafiquants de drogue ne sont pas franco-français. On a également pu lire que : l’immigration sur notre sol, loin d’être un droit, est avant tout un privilège (BILDE 2019). Dans ce contexte sanitaire, les frontières deviennent plus que jamais un sujet de discorde et leur fermeture semble une évidence pour les deux partis. Difficile dans ce cas de ne pas voir une relation entre frontières et politiques migratoires. On signalera également que, pour conférer de la crédibilité à leurs propos tant le RN que JLM ont recours à l’argumentation par l’exemple, celui des voisins. Ceux qui ont adopté un dispositif de cloisonnement national pour garantir la sécurité de leurs citoyens. Le sujet ne surprend en rien au plan du RN, il est en revanche plus étonnant de le voir apparaître dans les propos de JLM, qui s’est souvent affiché comme un partisan de l’Europe. Dans tous les cas, qu’il s’agisse de frontières, de masques ou de vaccins, il est toujours question de dévaloriser l’exécutif en signalant que tous, voisins et non (la Chine), semblent avoir été meilleurs que la France. Une position qui peut interpeller de la part de figures politiques qui revendiquent avec ardeur le souverainisme et les valeurs nationales.

 

Conclusion

Dans cette analyse, nous avons montré comment des factions politiques aussi éloignées se rejoignent dans des stratégies argumentatives de type populiste et dans les stratagèmes discursifs mis en place. Cette jonction peut être entendue comme le fruit du contexte social et historique dans lequel elle s’inscrit. On relève ainsi toute l’importance d’une prise en compte conjointe des dimensions linguistique et sociale du discours. Nous remarquons en outre que le contexte social agit dans deux dimensions distinctes. D’une part, il constitue l’origine des énoncés de type populiste : c’est la crise sanitaire qui est à l’origine des propos formulés par le RN et par JLM. De l’autre, il sert des enjeux pragmatiques qui vont bien au-delà de la sortie de crise et qui consistent notamment à se positionner de manière avantageuse dans l’espace politique, en vue des élections à venir (présidentielles mais aussi régionales). On voit bien ainsi l’intérêt de ne pas séparer la construction d’univers de sens et celle des communautés qui les rendent possibles, car l’activité énonciative est au centre d’un dispositif. Elle doit gérer sa présence à la fois dans le monde qu’elle construit et dans le monde où elle se construit, légitimer la situation d’énonciation dont elle prétend surgir (MAINGUENEAU, GUILBERT 2019 : 190).

 

 

Références bibliographiques

BONHOMME, Marc, « La problématique des genres de discours dans la communication sur internet », Travaux neuchâtelois de linguistique, n. 63, 2015, p. 31-47.

CHARAUDEAU, Patrick, « Réflexions pour l’analyse du discours populiste », Mots. Les langages du politique, n. 97, 2011, p. 101-116.

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DORNA, Alexandre, « Matériaux pour l’étude du discours politique », Argumentum [En ligne], n. 3, 2004-2005,  https://www.fssp.uaic.ro/argumentum/numarul%203/Argumentum_nr._3_2004-2005_Cap.IV.pdf (consulté le 3 février 2021).

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[1] Nous renvoyons ici à D. Maingueneau (2004 : 1-13).

[2] Dorénavant RN.

[3] Dorénavant JLM.

[4] Sur ce point, nous renvoyons entre autres à P. Charaudeau (2011 : 102).

[5] Le poujadisme est un mouvement politique et syndical français qui voit le jour en 1953. Il renvoie à une attitude corporatiste et à un refus de l’évolution socio-économique.

[6] Voir en particulier : La Raison populiste (2008).

[7] Voir en particulier : Pour un populisme de gauche (2018).

[8] Le patient zéro est identifié le 1er décembre 2019, dans la province du Hubei, en Chine centrale.

[9] Nous empruntons à J.-P. Dufiet (2011 : 195) le plan ci-dessus que nous adaptons à la crise de la Covid-19.

[10] Des situations analogues seront observées dans d’autres pays comme l’Italie.

[11] https://rassemblementnational.fr/.

[12] https://melenchon.fr/.

[13] Cet extrait renvoie aux mesures de restriction mises en place pour la ville de Marseille.

[14] Nous empruntons le terme à A. Schopenhauer qui l’utilise dans son Art d’avoir toujours raison (1864, trad. 1983) à propos des stratégies discursives à mettre en place pour « battre » son adversaire.


 

Per citare questo articolo:

Françoise FAVART, « Discours populiste et interdiscours en période de Covid-19 » , Repères DoRiF, n. 24 – Constellations discursives en temps de pandémie, DoRiF università, Roma luglio 2021, https://www.dorif.it/reperes/francoise-favart-discours-populiste-et-interdiscours-en-periode-de-covid-19/

ISSN 2281-3020

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