Klara DANKOVA

 

La polysémie en terminologie : le cas du domaine textile (XVIIIe – XXIe siècles)

 

 

Klara Dankova
Università Cattolica del Sacro Cuore
klara.dankova@unicatt.it


Résumé
Appliquée au domaine textile, cette recherche vise à souligner les enjeux relatifs à l’interprétation et à la gestion des données terminologiques, dus à la polysémie dans les langues de spécialité. Pour comprendre le développement de nouveaux termes ayant la même forme linguistique, la terminologie du textile est observée dans une fenêtre temporelle longue, du XVIIIe siècle jusqu’à présent. Quatre vocables terminologiques – FIBRE, FIL, TISSU et ÉTOFFE – sont analysés, en utilisant le modèle de FRASSI (2021), s’appuyant sur la Lexicologie Explicative et Combinatoire. Pour rendre compte de la différence entre les concepts spécialisés et les sens de la langue générale, les sens de ces quatre vocables enregistrés dans les dictionnaires de langue sont également examinés. Une perspective diachronique met en évidence l’évolution des connaissances spécialisées dans le domaine d’intérêt.

Abstract
This study, applied to the field of textiles, highlight some issues relating to the interpretation and management of terminological data, arising from polysemy in specialised languages. To better understand the development of new terms with the same linguistic form, textile terminology is observed over a long period, from the eighteenth century to the present day. Four vocables terminologiques in French – FIBRE, FIL, TISSU and ÉTOFFE – are analysed, using a descriptive model by FRASSI (2021), based on Explanatory and Combinatorial Lexicology. The difference between specialised concepts and general language meanings is also analysed based on the meanings of these four vocables recorded in language dictionaries. A diachronic perspective highlights the evolution of specialised knowledge in the field of interest.


1. Introduction

La polysémie est un phénomène qui concerne les unités lexicales de la langue générale aussi bien que celles ayant le statut de terme. En terminologie, la monosémie et l’univocité des termes, préconisées par la théorie classique, n’étaient qu’ « un vœu pieux » pour Wüster même, reconnaissant que l’univocité est possible seulement dans des cas spécifiques, tels que les formules chimiques (LERAT 2016 : 77). Dans les langues de spécialité, la polysémie représente le résultat des procédés de formation néologique s’appuyant sur des concepts déjà connus et diffusés (cfr. HUMBLEY 2006) : de nouveaux termes sont créés à partir d’une forme existante par un changement de sens, notamment par métaphore ou métonymie (SABLAYROLLES 2019 : 164-166). La polysémie dans les textes de spécialité constitue un obstacle pour le traitement des données terminologiques, notamment pour l’extraction semi-automatique des termes et leur représentation formelle, ainsi que pour la traduction, surtout la traduction automatique, car le sens d’une unité terminologique[1] peut être déterminé seulement en fonction du contexte dans lequel elle est utilisée.

Dans ce panorama, notre recherche vise à analyser la polysémie dans le domaine textile, en vue de mettre en évidence l’existence du phénomène aussi bien que la nécessité de sa description précise. Pour ce faire, nous adoptons la modélisation de FRASSI (2021), développée en appliquant les principes de la Lexicologie Explicative et Combinatoire (MEL’CUK et al. 1995, MEL’CUK 2013, POLGUÈRE 2016) à l’analyse de la polysémie en terminologie. Tandis que dans la langue générale, plusieurs lexies appartiennent au même vocable, dans les langues de spécialité, ce sont les termes qui structurent la polysémie d’une « entité terminologique plus générale », appelée vocable terminologique (VT) (FRASSI 2021: 33-35)[2]. Nous partageons aussi l’affirmation de POLGUÈRE (2016) selon laquelle pour définir une lexie, dans notre cas une unité terminologique, il faut également définir tous les copolysèmes qui font partie du même vocable. Ainsi est-il possible de reconstruire la structure sémantique du vocable, en mettant en évidence les relations entre les copolysèmes (POLGUÈRE 2016 : 239). Relativement à la polysémie régulière, nous adoptons la définition proposée par APRESJAN (1974) établissant une condition minimale[3], tout en reconnaissant qu’il y a une vaste échelle de régularités qui va de la condition minimale – au moins deux vocables qui présentent les mêmes dérivations de sens – au cas idéal de la régularité : chaque vocable ayant le sens x a également le sens y (BARQUE & CHAUMARTIN 2009 : 7).

La recherche s’insère dans les travaux du projet TERM-DIACHRO[4], portant sur l’analyse de la terminologie des sciences et des arts et métiers en diachronie (cfr. ZANOLA 2014, 2021a ; GRIMALDI 2017 ; PISELLI 2019 ; ZOLLO 2020), dans la continuité de l’étude sur la terminologie des fibres textiles (DANKOVA 2023). De nombreuses études ont montré l’intérêt de l’adoption d’une perspective diachronique en terminologie (cfr. ZANOLA 2021b) : étudier le développement du patrimoine linguistique dans un domaine de spécialité signifie aussi retracer des innovations dues au progrès scientifique et technologique, tout en observant l’influence des facteurs extralinguistiques, notamment économiques, politiques ou sociétaux, sur la création des terminologies[5].

C’est dans cette optique que nous nous proposons de décrire l’évolution d’une série de vocables terminologiques de base du domaine, FIBRE, FIL, TISSU et ÉTOFFE, dans la période longue allant du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours. Étant donné qu’il s’agit également de vocables de langue générale, nous allons distinguer les sens en langue générale des sens relevant du domaine textile. Le travail descriptif s’appuie sur un corpus documentaire spécialisé aussi bien que sur un ensemble de ressources lexicographiques (cfr. § 3). Les données recueillies permettent de reconstruire l’histoire des termes et des concepts du domaine d’intérêt, en mettant en évidence les changements majeurs dans l’évolution des connaissances spécialisées.

2.   L’analyse de la polysémie dans le domaine textile

La terminologie technique du domaine textile en français hexagonal est très complexe. À titre d’illustration, plusieurs termes peuvent être utilisés pour désigner le même concept relatif au tissage en fonction de la spécialité du tisserand[6]. La terminologie française du textile est également caractérisée par la polysémie : la forme tapisserie, par exemple, peut désigner deux concepts complètement différents : TAPISSERIE I[7] ‘tissu réalisé sur un métier haute lisse ou basse lisse à l’aide du point des Gobelins’ et TAPISSERIE II ‘broderie faite au point de croix sur un canevas’ (ANQUETIL 1977 : 175). La polysémie peut être régulière ; des cas intéressants concernant la création de vocables terminologiques par métonymie peuvent être analysés dans le sous-domaine des fibres textiles. Ceux-ci relèvent de deux types d’extension régulière (DANKOVA 2023) :

1) le terme désignant un produit (un nom de marque) se transforme, au fil du temps, en nom de la catégorie des fibres textiles (un nom générique), dans les cas suivants par exemple :

    • HÉTÉROFIL II[8] (ICI Fibres) désignant les fibres bi-composant de type core/sheath;
    • MODAL II (Lenzing) désignant les fibres de viscose modifiée ;
    • NYLON II (Dupont) désignant le polyamide 6.6 ou le polyamide en général ;
    • SILIONNE II (Compagnie de St.- Gobain) désignant les fibres continues de verre ;
    • VERRANNE II (Compagnie de St.- Gobain) désignant les fibres discontinues de verre.

2) le nom d’un procédé de fabrication devient aussi le nom d’une fibre textile, et cela sous forme d’un nom générique (ex. VISCOSE II) ou d’un nom de marque (ex. ALCERU II).

Dans cette étude[9], le choix d’approfondir la structure de quatre vocables terminologiques contenant des termes désignant les concepts de base du domaine textile dans la période du XVIIIe siècle jusqu’à présent permettra de rendre compte des aspects principaux de l’évolution des connaissances spécialisées.

C’est à partir du XVIIIe siècle que la production textile fut considérablement accélérée grâce à une série d’innovations technologiques (cfr. ARCHIVES NATIONALES 2024 : 154-155), allant de la navette volante de John Kay (1733) pour le tissage des étoffes sur les métiers à tisser manuels (BAUM & BOYELDIEU 2018 : 438) à la mule-jenny de Crompton (1779), une machine à filer avec un renvideur à mouvement automatique (BAUM & BOYELDIEU 2018 : 435). Dans le contexte français, caractérisé par l’augmentation des échanges commerciaux à l’échelle internationale, le secteur textile contribue de manière significative à la croissance économique du pays (ZANOLA 2016 : 66). Cette conjoncture favorable est renforcée par le développement de grands projets encyclopédiques, dont les Descriptions des Arts et métiers (1771-1783) et l’Encyclopédie (1751-1772), visant à recueillir et à diffuser les connaissances spécialisées de l’époque.

3.   L’évolution des vocables terminologiques FIBRE, FIL, TISSU et ÉTOFFE

La structure polysémique des vocables terminologiques ainsi que leur évolution dans le temps ont été reconstruites en identifiant les concepts désignés à chaque période à l’aide d’un ensemble de textes spécialisés constituant notre corpus documentaire de référence. Sur la base de la modélisation de FRASSI (2021) pour la description de vocables terminologiques, une proposition de structuration de relations entre les termes constituant les VT est présentée et argumentée. Celle-ci est représentée aussi graphiquement dans une série de figures, élaborées en adoptant le modèle de POLGUÈRE (2016 : 250)[10].

La description de l’évolution des  VT envisagés suit l’ordre dans lequel les concepts en question entrent dans le système de la production textile :

  • FIBRE: matière textile ;
  • FIL: semi-produit résultant de la transformation des fibres textiles ;
  • TISSU et ÉTOFFE : produits textiles fabriqués à partir des fils.

Le corpus documentaire couvre la période considérée (XVIIIe – XXIe siècles) et contient les typologies de sources suivantes : manuels et traités techniques, dictionnaires encyclopédiques, recueils terminologiques. Les ouvrages consultés classés par siècle et par typologie sont indiqués dans la liste ci-après :

XVIIIe siècle

  • dictionnaires encyclopédiques : Dictionnaire universel de Commerce de Savary des Bruslons (1723-1730) ; Encyclopédie de DIDEROT & D’ALEMBERT (1751-1772) ; Descriptions des Arts et métiers (1761-1782) ; Arts et métiers mécaniques (1782-1791), Commerce (1783-1784) et Manufactures, arts et métiers (1784-1828) de l’Encyclopédie méthodique (1782-1832).

XIXe siècle

  • dictionnaires encyclopédiques : Dictionnaire général des tissus anciens et modernes de BEZON (1859-1863) ;
  • manuels et traités techniques : Nouveau manuel complet de la fabrication des tissus de toute espèce de TOUSTAIN (1859) ; Étude sur les tissus : généralités, filature, tissage de PARANT (1874) ; Manuel du commerce des tissus de BOURDAIN (1885).

XXe et XXIe siècles

  • dictionnaires encyclopédiques : Dictionnaire pratique des tissus de GILONNE (1930) ; Les étoffes. Dictionnaire historique de HARDOUIN-FUGIER et al. (EDH, 1994) ; Dictionnaire encyclopédique des textiles de BAUM & BOYELDIEU (DET, 2018) ;
  • manuels et traités techniques : Aide-mémoire de l’industrie textile de DE PRAT (1913) ; Le tissage d’ANQUETIL (1977) ; Aide-mémoire Textiles techniques de WEIDMANN (2010) ;
  • recueils terminologiques : Vocabulaire technique des tissus : français, anglais, italien du CIETA (1959) ; Lexique des fils et des étoffes (LFE, 1996).

La nature des ouvrages consultés n’est pas comparable selon les périodes, ce qui peut avoir une influence sur les résultats obtenus : cette limite s’explique essentiellement pour des raisons de disponibilité. Néanmoins, vu que toutes les périodes contiennent des sources premières destinées, avant tout, aux experts du secteur[11], il est possible de considérer ce corpus suffisant pour la description des VT de base, comme FIBRE, FIL, TISSU et ÉTOFFE.

Pour ce qui est de l’analyse des vocables FIBRE, FIL, TISSU et ÉTOFFE dans la langue générale, nous nous concentrons sur l’enregistrement des lexies appartenant au secteur textile dans un ensemble de dictionnaires de langue, publiés dans la période envisagée :

  • Dictionnaire de l’Académie française (DAF) (1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878, 1935, 2000) ;
  • Dictionnaire de la langue française de Littré (1872-1877) ;
  • Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (DAALF) (1966) ;
  • Trésor de la langue française informatisé (TLFi) (1971-1994) ;
  • Petit Robert (PR) (2024).

Pour la période contemporaine, la structure de ces vocables sera présentée au moyen des descriptions du Réseau Lexical du Français (RL-fr)[12], une ressource lexicographique développée par le laboratoire ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française)[13] dans le cadre de l’approche descriptive de la Lexicologie Explicative et Combinatoire.

3.1 FIBRE

Dans le domaine textile, le VT FIBRE comporte actuellement trois unités terminologiques, représentées dans la fig. 1 :

Les occurrences de FIBRE I désignant une matière textile d’origine végétale, provenant de la tige ou des feuilles des plantes, telles que, respectivement, le chanvre et l’abaca, sont déjà documentées dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, même si les ouvrages encyclopédiques de cette période définissent fibre seulement dans son sens anatomique ‘formation d’aspect filamenteux, végétale ou animale’ (cfr. Encyclopédie 1751-1772). Dans l’Encyclopédie méthodique, par exemple, Roland de La Platière emploie ce terme pour décrire les fibres d’abaca à usage textile :

[1]       dans le pays [aux Philippines], on appelle de ce nom les fibres préparées du figuier bananier dont on vient de parler : on emploie ces fibres dans beaucoup de sortes de toileries & en cordages. On y voit des étoffes mélangées d’abaca, de soie & de coton : on en brode ; on en fait de la dentelle, &c (ROLAND DE LA PLATIÈRE, 1785/ t. I : V).

Le terme FIBRE I est utilisé par des experts jusqu’à présent, notamment pour répondre au besoin de catégoriser les différentes matières textiles d’origine naturelle, qui émerge, entre autres, lors de la description des tissus anciens, fabriqués en utilisant uniquement des ressources naturelles. Ainsi, le Vocabulaire (1959)[14] du CIETA (Centre International d’Étude des Textiles Anciens) en propose-t-il une définition technique : ‘cellules réunies en faisceaux plus ou moins compacts dans l’écorce des tiges ou des feuilles et qui peuvent être extraites pour constituer des fils’. Celle-ci est reprise ensuite dans d’autres ouvrages adoptant une perspective historique, dont ANQUETIL (1977 : 189), qui, dans certains contextes, ajoute à fibre l’adjectif longue[15] (« fibre longue de la tige du lin », p. 94) pour distinguer ce sens de celui de FIBRE II.

Le terme FIBRE II ‘matière textile’ se développe vers la fin du XIXe siècle, probablement par extension de sens de FIBRE I ; fibre est utilisé pour désigner toutes matières textiles, non seulement celles issues de la tige ou des feuilles des plantes :

[2]       On désigne sous le nom de byssus une étoffe de filaments qui proviennent de certains mollusques. Celui de la pinne-marine est très long, très fin ; son moëlleux et son brillant lui donnent une grande ressemblance avec la soie. La pinne-marine est nommée coquille porte-soie par Aristote, qui signalait dans le byssus de ce mollusque une fibre textile (BEZON 1863/t. VIII : 401).

[3]        FIBRES. – Les fibres sont les brins des matières[16], tels que la nature les fournit (PARANT 1874 : 1).

Jusqu’à l’introduction de FIBRE II, les matières textiles ont été désignées par plusieurs termes en fonction de leur origine, parmi lesquels : FIBRE I, bourre ‘masse d’éléments textiles d’origine végétale de courte longueur’ (ex. coton), laine ‘poils des bêtes à laine’ (ex. mérinos) ou soie ‘matière textile secrétée par certaines espèces d’animaux’ (ex. byssus). Fibre s’est imposé comme le nom de la catégorie probablement à cause de la ressemblance de forme entre les FIBRES I et les FILS I (cfr. § 3.2), impliqués dans la production textile.

Avec le développement des matières textiles d’origine chimique qui peuvent se présenter sous forme d’éléments de grande ou de courte longueur[17], le terme FIBRE II.1 ‘élément textile discontinu de courte longueur’ apparaît, vraisemblablement par restriction de sens de FIBRE II : défini en tant qu’ ‘élément de matière textile de longueur réduite, susceptible d’être filée’ (LFE 1996), le terme FIBRE II.1 s’oppose à filament, ‘élément textile de très grande longueur’ (WEIDMANN 2010 : 284).

Les dictionnaires de langue générale n’enregistrent une lexie FIBRE avec un sens textile qu’à partir de la deuxième moitié du XXe siècle (DAALF 1966), en se limitant à FIBRE II ‘matière textile’. Nous avons remarqué que, dans certains cas, la définition lexicographique peut être restrictive ; la dernière édition du Dictionnaire de l’Académie (2000), par exemple, exclut les fibres textiles de courte longueur :

[4]       FIBRE nom féminin
II. Toute substance filamenteuse, d’origine naturelle ou artificielle, susceptible d’une utilisation industrielle.
1. TEXTILE. Fibre textile, élément fin, très long et flexible qui peut faire l’objet d’un travail de filature. Le coton, le lin, la laine, la soie sont des fibres naturelles. La viscose et le polyester sont des fibres chimiques. Fibres artificielles, fibres synthétiques (DAF 2000 : FIBRE).

Dans la description du RL-Fr, le sens ‘matière textile’ appartient à la lexie FIBRE I.2 ‘matériau’. Le vocable FIBRE inclut quatre autres lexies : FIBRE I.1a ‘partie d’une chose physique’, FIBRE I.1b ‘élément du corps’, FIBRE I.1c ‘substance d’un certain type’ et FIBRE II ‘trait de caractère’[18].

3.2 FIL

Issu très probablement du terme FIL I ‘semi-produit utilisé dans la fabrication de textiles’, le vocable terminologique fil comporte trois autres termes, FIL I.1, FIL I.2 et FIL I.3 : à l’exception de FIL I.1 ‘fil de lin ou de chanvre’, ces unités terminologiques sont utilisées couramment par des experts jusqu’à aujourd’hui. La fig. 2 décrit l’organisation des termes du VT FIL[19] :

Contrairement au terme du VT FIBRE avec le sens le plus générique, FIBRE II ‘matière textile’, celui du VT FIL, c’est-à-dire FIL I, représente un terme textile qui a une longue histoire dans la langue française : le TLFi (1971-1994) en recense une première attestation datant environ de 1170 (« li filz d’or », dans le roman Érec et Énide de Chrétien de Troyes). Le terme FIL I est défini dans la plupart des ouvrages consultés : l’analyse de ces définitions a permis d’observer comment ce concept a évolué dans la période considérée. Comparons, par exemple, la définition de SAVARY (1723-1730) avec celle proposée par WEIDMANN (2010) :

[5]       FIL. Corps long & délié, qu’on fait avec quelques matieres molles & douces, en les tortillant ensemble avec un rouet, ou avec un fuseau, ou quelqu’autre machine propre à les tordre, & à les unir en un seul tissu (SAVARY 1723-1730 : FIL).

[6]      FIL. Terme général désignant un assemblage de fibres ou de filaments utilisables pour des fabrications textiles (WEIDMANN 2010 : 283).

Pour ce qui est de la fabrication du FIL I, le procédé décrit dans la définition de SAVARY (1723-1730) prévoit l’emploi exclusif des matières d’origine naturelle, alors que dans la définition de WEIDMANN (2010), la présence des termes FIBRE II.1 et, notamment, filament indique l’utilisation des fibres chimiques.

Certains ouvrages du XVIIIe siècle, notamment SAVARY (1723-1730) et Encyclopédie (1751-1772), enregistrent aussi le terme avec un sens plus restreint, FIL I.1 ‘fil de lin ou de chanvre’ :

[7]       Ce qu’on appelle Fil, sans y rien ajouter, pour en spécifier la matiere, s’entend toujours du Fil, qui est fait avec de la filasse de lin, ou de chanvre, & qui sert à coudre & à fabriquer divers ouvrages de lingerie (SAVARY 1723-1730 : FIL).

[8]        FIL (Econ. rustiq.) on prépare avec l’écorce du chanvre, séchée, peignée, divisée, une matiere qu’on appelle filasse (voy. l’article Filasse), qui tordue au fuseau ou au roüet sur elle même, forme un petit corps rond, continu, flexible, & résistant, qu’on appelle fil (Encyclopédie 1751-1772 : FIL).

La présence de ce terme témoigne de l’importance de ces deux plantes pour la fabrication de fils dans le contexte français. Selon l’EDH (1994 : 192), le terme FIL I.1 a été diffusé jusqu’au XIXe siècle, une période dans laquelle s’affirme en France la production cotonnière (CHASSAGNE 1986). Cependant, notre analyse a révélé sa présence – plus spécifiquement avec le sens ‘fil de lin’ – dans deux ressources plus récentes, le LFE (1996) et le DET 2018. Le choix d’inclure ce terme pourrait être expliqué par les besoins terminologiques des experts travaillant dans le domaine des tissus anciens : signalant son caractère vieilli par la marque « ANC. », le DET (2018 : 262) précise que l’emploi de FIL I.1 est limité à la « description des tissus ou de tapisserie de basse ou de haute lisse ».

Le développement de l’utilisation des fibres chimiques dans la production textile a entraîné l’introduction de FIL I.2 ‘élément textile de très grande longueur’, une restriction de sens par rapport à FIL I :

[9]       Fil (M) 1 – élément textile de grande longueur, constitué de filaments continus, susceptible d’être tissé ou tricoté (LFE 1996 : FIL).

[10]     En réalité, le terme fil désigne le « fil continu », les autres « fils » étant généralement des « filés de fibres » (DET 2018 : FIL).

Constitués de filaments continus, les FILS I.2, appelés aussi fils continus, sont fabriqués à partir des fibres d’origine chimique, obtenues par extrusion du polymère à travers une filière (WEIDMANN 2010 : 17) ; éventuellement, ils peuvent être produits avec de la soie, le seul filament d’origine naturelle. La création de ce terme répond au besoin de distinguer ce type de fils de ceux fabriqués à partir des FIBRES II.1 (‘éléments textiles discontinus de courte longueur’), appelés aussi filés de fibres. Dans notre corpus de documentation, cette distinction est bien mise en évidence dans ANQUETIL (1977 : 94, 190) ou dans le DET (2018 : 264).

Le VT FIL contient aussi une unité terminologique qui peut être située dans le sous-domaine du tissage, FIL I.3 ‘fil de chaîne’, créée, très probablement, par restriction de sens de FIL I ‘semi-produit utilisé dans la fabrication de textiles’. Contrairement aux autres termes de ce VT, le FIL I.3 n’est pas défini par rapport à sa structure (c’est-à-dire la matière textile utilisée, l’élément de grande ou de courte longueur, etc.), mais selon sa position dans l’armure d’un tissu. Cette unité terminologique a été relevée uniquement dans le DET 2018 ; les autres ouvrages consultés – du BOURDAIN (1885) à ANQUETIL (1977) en passant par WEIDMANN (2010) – préfèrent désigner ce concept avec un terme plus précis, fil de (la) chaîne ou seulement chaîne :

[11]     Dans un tissu, on donne le nom de chaîne aux fils qui sont placés dans le sens de la longueur de l’étoffe. Les fils que les tisserands font passer transversalement avec la navette entre les fils de la chaîne forment ce qu’on appelle la trame (BOURDAIN 1885 : 77).

[12]     Fil de chaîne. Ensemble de fils longitudinaux d’un tissu (ANQUETIL 1977 : 189).

[13]     La technique de base du tissage consiste à entrecroiser deux séries de fils perpendiculaires, à savoir : des fils se chaîne dans le sens longitudinal et un ou des fils de trame dans le sens transversal (WEIDMANN 2010 : 142).

En consultant les dictionnaires de langue générale, nous avons remarqué qu’ils enregistrent FIL I ‘semi-produit utilisé dans la fabrication de textiles’ ainsi que FIL I.1 ‘fil de lin ou de chanvre’, lié à la description des tissus anciens, tandis que les deux autres unités terminologiques avec des sens plus techniques – FIL I.2 ‘élément textile de très grande longueur’ et FIL I.3 ‘fil de chaîne’ – font défaut.  Le terme de base FIL I est enregistré dans les dictionnaires à partir de la première moitié du XIXe siècle : sa définition prévoit, dans une première étape, une fabrication exploitant des matières d’origine naturelle (DAF 1835, DAF 1878, Littré 1873-1874, DAF 1935), les fibres chimiques n’étant considérées qu’à partir de la deuxième moitié du XXe siècle (DAALF 1966 et les dictionnaires successifs). Dans ce cas aussi, certaines définitions lexicographiques de FIL I, dont celles du TLFi (1971-1994) et du DAF (2000), ne décrivent qu’une partie de ce concept textile :

[14]     A. – TEXT. Fibre longue et déliée d’une matière textile naturelle ou fibre continue d’une matière synthétique. Fil de ver à soie ; fil de nylon, de rayonne.
P. méton. Ensemble de brins de ces matières tordus ou filés (TLFi 1971-1994 : FIL).

[15]     I. Long brin de matière textile.
1. Brin souple, plus ou moins fin, qu’on obtient en étirant et en assemblant par torsion des fibres naturelles ou artificielles (DAF 2000 : FIL).

Le TLFi définit d’abord une lexie du vocable FIL en tant que ‘filament textile d’origine naturelle [seulement la soie] ou synthétique’; ce choix influence la portée de la définition d’une autre lexie, FIL I, qui suit, en faisant référence aux matières citées précédemment : ainsi les fibres naturelles, à part la soie, aussi bien que les fibres artificielles ne sont-elles pas considérées. La définition du DAF (2000) est plus complète : néanmoins, pour désigner toutes les fibres manufacturées, l’emploi du terme fibres artificielles n’est pas précis, car celui-ci ne désigne que les fibres fabriquées par traitement chimique de polymères naturels (DET 2018 : 257). Le terme correct dans ce contexte serait fibres chimiques ou fibres manufacturées.

Relativement à FIL I.1 ‘fil de lin ou de chanvre’, dont l’emploi se limite, dès le début du XXe siècle, au contexte des tissus anciens, il est surprenant de noter son enregistrement aussi dans certains dictionnaires de langue publiés à partir de la deuxième moitié du XXe siècle (DAALF 1966, TLFi 1971-1994, PR 2024). Cependant, le sens qu’ils recensent est plus spécifique, il est limité à ‘fil de lin’, tandis que les dictionnaires publiés dans la période précédente (DAF 1718-1935, Littré 1873-1874) indiquent ‘fil de lin ou de chanvre’.

À la différence de notre corpus de documentation, les sources lexicographiques de la période envisagée fournissent aussi d’autres sens textiles de FIL : ‘fil de soie’, ‘fil métallique’ et, seulement jusqu’à la huitième édition du DAF (1935), le sens ‘long filament textile d’origine végétale’, qui est exprimé, dans le domaine textile, par le terme FIBRE I. Le vocable FIL décrit dans le RL-Fr contient une lexie du domaine textile, FIL I.1 ‘objet’ (syn. BRIN I), le sens couvert par le terme FIL I ; et trois autres lexies : FIL I.2 ‘objet’ (‘fil à linge’), FIL I.3 ‘objet’ (syn. CABLE 1 ‘corde’) et FIL II ‘objet’ (syn. CABLE 2 ‘câble électrique’)[20].

3.3 TISSU

Dans la terminologie textile d’aujourd’hui, le terme tissu désigne un ‘ouvrage résultant du procédé de tissage’. Au XVIIIe siècle, il s’agissait d’une unité terminologique (TISSU II) faisant partie du VT TISSU, ainsi structuré :

Le terme de base TISSU I ‘bande composée de gros fils de chanvre’ est attesté selon Rey (2010 : TISSU) depuis le XIIe siècle. Dans notre corpus de documentation, nous ne l’avons repéré que dans les sources du XVIIIe siècle (SAVARY 1723-1730, Encyclopédie 1751-1772, Encyclopédie méthodique – Commerce 1783-1784) :

[16]     Tissu se dit aussi de certaines bandes, composées de gros fils de chanvre que les Cordiers ont seuls le droit de fabriquer, & qui servent aux Bourreliers à faire des sangles pour les chevaux de bât & autres bêtes de somme (Encyclopédie 1751-1772 : TISSU).

Le terme avec le sens plus générique, TISSU II ‘ouvrage résultant du procédé de tissage’, apparaît selon l’EDH (1994 : 380) au XVIIe siècle et il se maintient jusqu’à présent. Les définitions de ce concept, repérées dans les ouvrages de toute la période considérée, reposent principalement sur l’entrelacement des fils de chaîne et de trame sur un métier, un procédé de fabrication appelé tissage. L’analyse des définitions a montré que le principe du tissage n’a pas changé au fil du temps :

[17]     TISSU. Se dit de toutes sortes d’étoffes, rubans &autres semblables ouvrages faits de fils entrelassés sur le métier avec la navette, dont les uns sont de long, que l’on appelle la Chaîne, & les autres de travers que l’on nomme Tréme (SAVARY 1723-1730 : TISSU).

[18]     tissu n.m. Etoffe réalisée par l’entrecroisement perpendiculaire de deux ensembles de fils : les fils de chaîne et les fils de trame. Cet entrecroisement se fait lors du tissage (DET 2018 : TISSU).

Nous avons observé que certaines descriptions définitoires des tissus ne permettent pas d’identifier avec certitude le concept désigné, et cela notamment si celles-ci ne font pas référence aux fils de chaîne et de trame ou à l’entrecroisement perpendiculaire des fils. Nous les avons repérées, entre autres, dans le manuel de TOUSTAIN (1859) :

[19]     Les tissus artificiels sont ceux que l’on exécute journellement de mille façons diverses, qui produisent ces variétés infinies qu’offre la fabrication, à l’aide de moyens variés, propres à transformer les matières premières en étoffes, dont les différentes combinaisons sont destinées à pourvoir à nos besoins, à flatter nos goûts ou satisfaire notre fantaisie (TOUSTAIN 1859 : 8).

[20]     Le croisement de l’étoffe constitue à lui seul sa formation et le genre de fil employé, ainsi que sa position relative dans le corps de l’étoffe fait la différence qui existe entre toutes les étoffes possibles depuis les tissus les plus fins jusqu’aux tissus les plus communs (TOUSTAIN 1859 : 12).

Cet auteur appelle les tissus dans le sens textile tissus artificiels, pour les distinguer de ceux du domaine de l’anatomie, désignés aussi par le terme tissus naturels (TOUSTAIN 1859 : 7-8). Les deux extraits ne fournissent pas de données précises sur le procédé de fabrication de tissus ; ils ne proposent que des critères utilisés pour leur description et leur classement, dont le type du croisement des fils, le type de fil utilisé et sa position (direction) dans la structure du tissu. De plus, le produit résultant est appelé indifféremment tissu ou étoffe. Néanmoins, le classement des tissus (TOUSTAIN 1859 : 11-25) incluant aussi des ouvrages qui ne sont pas tissés, tels que les tissus maillés et tressés (1859 : 21-23), confirme que le terme est employé pour désigner les structures textiles de manière générale, par extension de sens de TISSU II.

Dans d’autres ouvrages tels que celui de DE PRAT (1913), le terme est défini avec précision dans le sens de TISSU II ‘ouvrage résultant du procédé de tissage’ [21], mais son emploi ne correspond pas toujours à la définition donnée [22] :

[21]     Du tissu. – Un tissu rectiligne résulte de l’entrecroisement de fils dont les uns, disposés à l’avance, parallèlement entre eux et dans le sens de la longueur, portent le nom de chaîne et les autres insérés, perpendiculairement aux premiers, portent le nom de trame ou duite (DE PRAT 1913 : 201).

[22]     Tissus à mailles et à fils curvilignes. – Comprennent tous les tissus à mailles formées par la révolution d’un seul fil non tendu autour de lui-même et d’aiguilles génératrices ou par le croisement de deux systèmes de fils tendus conservant des vides entre eux. Comprennent les tissus de bonneterie (tricots unis, tricots façonnés), le tulle (tulle uni, tulle façonné), la dentelle, la broderie (DE PRAT 1913 : 209).

Utilisé par rapport aux étoffes tricotées, tissu[21] dans l’extrait [22] désigne, lui aussi, les structures textiles en général, indépendamment du type d’entrelacement des fils.

Le terme TISSU II ‘ouvrage résultant du procédé de tissage’ a servi probablement aussi à la création de l’unité terminologique TISSU II.1 désignant un concept plus spécifique, ‘étoffes d’or ou d’argent ’ :

[23]     Les Marchands & Ouvriers en Draps d’or, d’argent & de soye, nomment particulièrement Tissu, toutes étoffes d’or ou d’argent pleines & unies, sans fleurs, frisures ni façons : quelques uns mettent les tissus d’or & d’argent au rang des draps d’or & d’argent (Savary 1723-1730 : TISSU).

Relevé dans les ouvrages encyclopédiques du XVIIIe siècle (SAVARY 1723-1730, Encyclopédie 1751-1772, Encyclopédie méthodique – Commerce 1783-1784), ce terme témoigne de l’habitude des commerçants et des ouvriers travaillant avec les étoffes d’or ou d’argent d’utiliser un nom simplifié, TISSU II.1, pour désigner leur principal article, correspondant, le plus souvent, aux draps d’or et d’argent.

Parmi les trois termes du VT TISSU au XVIIIe siècle, seulement TISSU II ‘ouvrage résultant du procédé de tissage’ est enregistré dans les dictionnaires de langue générale, plus spécifiquement dans les articles du verbe TISTRE du DAF (1718-1798) en tant que ‘certains petits ouvrages tissus au métier’. À partir de l’édition suivante (1835[22]), le DAF enregistre TISSU dans une entrée autonome. Jusqu’à la huitième édition du DAF (1935), le vocable TISSU inclut TISSU II (‘étoffe tissée’) et un nouveau sens ‘tissure, texture’ apparaît (DAF 1835-1935, Littré 1873-1874[23]). Dès la deuxième moitié du XXe siècle, les dictionnaires de langue (DAALF 1966, TLFi 1971-1994, PR 2024) enregistrent une autre lexie avec un sens plus large, incluant deux types de produits textiles : les étoffes tissées et tricotées. Les définitions proposées sont très précises :

[24]    TISSU. 1. Surface souple et résistante constituée par un assemblage régulier de fils textiles entrelacés, soit tissés (V. Tissage), soit maillés (V. Maille, tricot ; et aussi Filet, réseau, tulle) (DAALF 1966 : TISSU).

[25]    TISSU. A. – 1. Matière souple et mince obtenue par l’assemblage régulier de fils ou de fibres entrecroisés, soit par mailles avec un seul fil, soit par tissage avec plusieurs fils (TLFi 1971-1994 : TISSU).

Le RL-Fr décrit le vocable TISSU structuré en deux lexies : TISSU I ‘objet’ (syn. TOILE I, DRAP II, ÉTOFFE) et TISSU II ‘élément du corps’. La lexie TISSU I appartient au domaine textile et concerne, probablement, des étoffes tissées aussi bien que tricotées, tandis que TISSU II relève du domaine de l’anatomie[24].

Contrairement aux définitions lexicographiques, dans notre corpus documentaire tissu n’est jamais défini en tant que ‘produit textile résultant des procédés de tissage ou de tricotage’. Même si l’emploi de TISSU II dans certains ouvrages (v. TOUSTAIN 1859 et DE PRAT 1913) n’est pas cohérent, l’analyse des combinaisons de deux termes faisant référence au procédé de fabrication, indémaillable et non(-)tissés, a montré qu’actuellement, dans le domaine textile, le terme désigne, principalement, un produit tissé. Pour désigner les structures textiles indémaillables, consistant dans des mailles qui ne peuvent pas se défaire, les bases de données terminologiques (GDT 1989[25], Termium Plus 1994) ainsi que le manuel de WEIDMANN (2010) et le DET (2018) utilisent uniquement le terme tricot (tricot indémaillable), même si tissu indémaillable semble être plus diffusé (tissu indémaillable : 6820 occurrences sur Google, tricot indémaillable : 749 occurrences sur Google[26]). Par ailleurs, la combinaison tissu indémaillable est indiquée aussi dans l’article INDÉMAILLABLE du PR 2024.

Les structures non tissés (ex. le feutre) sont désignées dans ces ressources terminologiques (GDT 2021, Termium Plus 2019, WEIDMANN 2010 : 179-185, DET 2018 : 443-444) par le terme non(-)tissés (sans l’ajout de tissu) : les deux bases de données terminologiques choisissent ce terme comme terme vedette de la fiche correspondante, mais, dans la description des données, le terme tissu non(-)tissé est également admis. Le GDT explique ce choix par la diffusion du sens plus général de tissu ‘matériau textile souple’ :

[26]     Dans le terme tissu non tissé, tissu est employé par extension avec le sens plus général de « matériau textile souple ». Il est, par ailleurs, consigné dans certains ouvrages dictionnairiques et est acceptable au même titre que bière sans alcool, par exemple (GDT : NON-TISSÉ).

 3.4 ÉTOFFE

Le dépouillement de notre corpus de documentation a révélé l’existence du vocable ÉTOFFE au XVIIIe siècle. Les quatre unités terminologiques identifiées sont représentées dans la fig. 4 :

Repérées dans l’article ÉTOFFE de l’Encyclopédie (1751-1772), les unités terminologiques ÉTOFFE I.1 et ÉTOFFE I.2 concernent les matières utilisées dans la fabrication de deux produits textiles, respectivement, les chapeaux et les TISSUS II.1. Ces emplois peuvent être liés au sens du verbe é(s)toffer ‘garnir d’étoffe, rembourrer’ (EDH 1994 : 186). Le terme ÉTOFFE II ‘ouvrage qui se fabrique sur le métier’ n’est recensé que dans les ouvrages du XVIIIe siècle (SAVARY 1723-1730, Encyclopédie 1751-1772, Encyclopédie méthodique – Commerce 1783-1784) :

[27]     On appelle Estoffe en général, toutes sortes d’ouvrages ou tissus d’or, d’argent, de soie, de fleuret, de laine, de poil, de coton, de fil, & autres matieres, qui se fabriquent sur le métier (SAVARY 1723-1730 : ESTOFFE).

[28]    ÉTOFFE, s. f. (Ourdissage.)​ est un nom général qui signifie toutes sortes d’ouvrages d’or, d’argent, de soie, laine, poil, coton ou fil, travaillés au métier ; tels sont les velours, les brocards, les moeres, les satins, les taffetas, draps, serges, &c. (Encyclopédie 1751-1772 : ÉTOFFE).

Employé couramment dès la fin du XVIe siècle jusqu’au XVIIIe siècle (EDH 1994 : 186), ÉTOFFE II avait le même sens que TISSU II, introduit au XVIIe siècle. Enfin, le vocable ÉTOFFE contient aussi l’unité terminologique ÉTOFFE II.1 ‘étoffe de laine légère’. Sa description dans l’Encyclopédie fait penser qu’il s’agit d’une restriction de sens d’ÉTOFFE II, bien que la création d’ÉTOFFE II par extension de sens d’ÉTOFFE II.1 soit également tout à fait envisageable :

[29]    ÉTOFFES se dit plus particulierement de certaines sortes d’étoffes de laine legeres, qui servent pour les doublures ou les robes des femmes, comme les brocatelles, les ratines, &c. (Encyclopédie 1751-1772 : ÉTOFFES).

Actuellement, étoffe[27] est utilisé avec le sens ‘structure plus ou moins plate composée de fibres’ (ÉTOFFE II.2), une extension de sens d’ÉTOFFE II ‘ouvrage qui se fabrique sur le métier’. Une délimitation précise de ce concept est fournie dans les ouvrages plus récents, par exemple, dans WEIDMANN (2010) et dans le DET (2018) :

[30]    ÉTOFFE. Masse cohérente plus ou moins plate, composée de fibres animales, végétales ou chimiques, quel qu’en soit le mode de liaison, tissage, tricotage, généralement destinée à l’habillement ou à l’ameublement (DET 2018 : ÉTOFFE).

[31]     L’industrie des textiles recouvre l’ensemble des entreprises produisant ou traitant les textiles […]. Les technologies concernées englobent par conséquent : […] la réalisation des étoffes par tissage, tricotage, tressage ou non-tissés (WEIDMANN 2010 : 13).

Le terme étoffe désigne donc toute structure textile, plus ou moins plate, fabriquée à partir des fibres, indépendamment du procédé de production ; il peut entrer dans la création de termes complexes désignant différentes typologies, dont étoffe tissée, étoffe tricotée (DET 2018 : 245). L’emploi d’étoffe dans ce sens peut être documenté dans certains ouvrages spécialisés déjà dans la deuxième moitié du XIXe siècle (TOUSTAIN 1859[28], BEZON 1859) et dans la première moitié du XXe siècle (GILONNE 1930), même s’ils n’en proposent pas de définition :

[32]    Le Taffetas est une étoffe de soie dont le tissu ne varie jamais comme fabrication, mais seulement comme aspect. C’est le plus simple de tous les tissus. […] Ainsi, sous quelque nom que l’on désigne une étoffe fabriquée comme le taffetas, quelque soit le pays d’où elle provienne, ce sera toujours du taffetas (BEZON 1859, vol 1 : 23).

[33]     Tout tissu comprend deux éléments principaux : La chaîne ou fils longitudinaux et parallèles tenant toute la longueur de l’étoffe, et la trame, fils transversaux s’entrelaçant avec les premiers suivant les armures à obtenir (GILONNE 1930 : 221-222).

L’enregistrement d’étoffe (ÉTOFFE II.2) dans le Dictionnaire textile français – allemand – anglais proposé par DE PRAT (1913 : 337, 344) montre que dans cet emploi, étoffe est concurrencé par tissu, utilisé, en principe, pour désigner des produits tissés (TISSU II) :

[34]     français                                                    allemand                                              anglais
Étoffe (tissu)                                           Zeug. Stoff. Tuch                                Cloth. Stuff. Goods.
Tissu[29]                                                     Gewebe. Zeug                                     Cloth. Fabric

Seules deux unités terminologiques du vocable ÉTOFFE sont recensées aussi dans les dictionnaires de langue générale : ÉTOFFE I.1 ‘matières pour la fabrication de chapeaux’ et ÉTOFFE II ‘ouvrage qui se fabrique sur le métier’. La première est enregistrée tout au long des XVIIIe et XIXe siècles (DAF 1718-1878, Littré 1873-1874), tandis que la deuxième l’est pendant toute la période considérée. Au XVIIIe siècle, les Dictionnaires de l’Académie (1718-1798) ne fournissent qu’une définition imprécise d’ÉTOFFE II : il n’est pas mentionné que l’ « ouvrage » est fabriqué sur le métier. Les définitions deviennent plus précises à partir de l’édition de 1835 :

[35]     Ouvrage de soie, de laine, de fil d’or, d’argent, etc. pour faire des habits, des meubles, etc. (DAF 1798 : ÉTOFFE).

[36]     Tissu de soie, de laine, de coton, de poil, de fil d’or ou d’argent, etc., dont on fait des habits, des meubles, etc. (DAF 1835 : ÉTOFFE).

[37]     Matière tissée dont on fait des habits ou des garnitures d’ameublement (DAF 2000 : ÉTOFFE).

L’enregistrement d’ÉTOFFE II ‘ouvrage qui se fabrique sur le métier’ dans les dictionnaires de langue jusqu’à nos jours montre comment l’usage de la langue générale diffère de celui des experts : leur emploi d’ÉTOFFE II semble ne pas dépasser le XVIIIe siècle. En plus, de même que dans le cas de TISSU, certains dictionnaires publiés à partir de la deuxième moitié du XXe siècle (DAALF 1966, TLFi 1971-1994, PR 2024) recensent le sens ‘structure textile tissée ou tricotée’ d’ÉTOFFE, créé probablement par extension de sens d’ÉTOFFE II : un emploi qui ne correspond pas à l’usage des experts du textile. Ce sens est aussi le seul qui est enregistré dans la ressource RL-Fr : étoffe (syn. TISSU I)[30].

3. Conclusion

En se focalisant sur le domaine textile, notre étude a cherché à mettre en évidence l’existence du phénomène de la polysémie dans les langues de spécialité et le besoin de sa description précise, qui s’avère être d’une grande importance pour l’interprétation correcte des données terminologiques.

L’adoption d’une perspective diachronique visant à retracer l’évolution de quatre vocables terminologiques contenant des termes clés du domaine – FIBRE, FIL, TISSU et ÉTOFFE – depuis le XVIIIe siècle jusqu’à présent a permis de saisir également l’évolution technologique de ce domaine : celle-ci se reflète, notamment, dans l’introduction de termes FIBRE II.1 et FIL I.2 désignant des concepts très spécialisés, respectivement, ‘élément textile discontinu de courte longueur’ et ‘élément textile de très grande longueur’, dont la naissance est liée au développement des fibres chimiques vers la fin du XIXe siècle.

Relativement aux VT TISSU et ÉTOFFE, l’analyse a montré que les principes de fabrication des structures textiles désignées par les termes TISSU II[31] et ÉTOFFE II.2[32] n’ont pas changé, même si actuellement celles-ci sont produites au moyen des machines et des technologies plus avancées. Quant au développement de nouveaux termes, nous avons constaté qu’ils ont été créés par extension (ex. FIBRE I ‘long filament textile d’origine végétale’ -> FIBRE II ‘matière textile’) ou par restriction de sens (ex. FIL I ‘semi-produit utilisé dans la fabrication de textiles’ -> FIL I.3 ‘fil de chaîne’). Tandis que les termes structurant les VT FIBRE et FIL sont employés par des experts jusqu’à nos jours, ceux des VT TISSU et ÉTOFFE, en usage au XVIIIe siècle, ne sont presque pas utilisés : la seule exception est constituée par le terme TISSU II ‘ouvrage résultant du procédé de tissage’. Par conséquent, à présent, il n’y a plus de vocables terminologiques TISSU et ÉTOFFE, car les deux formes linguistiques ne désignent qu’un concept : tissu (‘ouvrage résultant du procédé de tissage’) et étoffe (‘structure plus ou moins plate composée de fibres’).

Analysant les vocables correspondants de la langue générale à l’aide de leur description dans les dictionnaires de langue de la période envisagée aussi bien que dans le RL-fr, nous avons observé qu’il y a une grande différence entre les concepts désignés dans la terminologie du textile et les sens de la langue générale. En limitant l’analyse au domaine du textile, nous avons remarqué que cette différence va au-delà du fait de ne pas considérer certains concepts très spécialisés (FIBRE I, FIBRE II.1, FIL I.2, FIL I.3, TISSU I, TISSU II.1, ÉTOFFE I.2, ÉTOFFE II.1). En premier lieu, les dictionnaires enregistrent d’autres sens qui n’ont pas été repérés dans notre corpus documentaire : pour FIL ‘fil de soie’, ‘fil métallique’, ‘long filament textile d’origine végétale’ ; pour TISSU ‘tissure, texture’. Dans certains cas, la période d’enregistrement ne correspond pas à celle de l’usage effectif de l’unité terminologique par des experts : l’exemple le plus frappant est celui d’ÉTOFFE II ‘ouvrage qui se fabrique sur le métier’ enregistré dans la dernière édition du DAF (2000), même si dans les milieux spécialisés, le terme ÉTOFFE II n’a été utilisé couramment que jusqu’au XVIIIe siècle.

Relativement aux définitions, nous avons relevé que certaines ne couvrent pas complètement le concept spécialisé en question : par exemple, dans le TLFi (1971-1994), la définition d’une lexie du vocable FIL exclut l’emploi des fibres artificielles et de toutes les matières naturelles, à l’exception de la soie, de la fabrication des FILS I. Enfin, à la différence des textes de spécialité, certains dictionnaires (DAALF 1966, TLFi 1971-1994, PR 2024) attribuent à une lexie des vocables TISSU et ÉTOFFE le même sens ‘structure textile tissée ou tricotée’ : celui-ci est absent dans la terminologie textile, qui réserve des termes spécifiques aux concepts impliqués, à savoir tissu ‘structure textile tissée’ et tricot ‘structure textile tricotée’.

Notre parcours terminologique décrivant l’évolution de certains VT polysémiques dans le domaine du textile a mis en évidence la création de nouveaux termes par restriction ou extension de sens des termes existants, distinguant clairement les concepts véhiculés. La comparaison entre la description des concepts dans la littérature spécialisée et celle fournie dans les sources lexicographiques a permis de souligner l’importance d’avoir recours à des sources attestées ne se limitant pas aux données lexicographiques.

 

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[1] Les termes unité terminologique et terme sont utilisés comme synonymes.

[2] Dans le domaine du commerce international, par exemple, le vocable terminologique travail contient trois termes (FRASSI 2021 : 33-35):

  • travail1 ‘activité exercée par X dans un endroit Y pendant une période K, à travers le moyen Z et consistant en V contre paiement de la somme U dans l’objectif d’atteindre le résultat W’ ;
  • travail2 ‘activité générale exercée par la collectivité X à l’intérieur de l’espace Y dans l’objectif d’atteindre les résultats Z d’ordre économique’ ;
  • travail3 ‘activité générale exercée par X comparable au travail’.

[3]« Polysemy of a word A with the meaning ai and aj is called regular if, in the given language, there exists at least one other word B with the meaning bi and bj , which are semantically distinguished from each other in exactly the same way as ai and aj and if ai and bi, aj and bj are non-synonymous » (APRESJAN 1974 : 16).

[4] Les principales pistes de recherche du projet TERM-DIACHRO sont présentées dans DANKOVA (2023 : 22-24). Voir aussi le site : https://centridiricerca.unicatt.it/otpl-progetti-term-diachro, (dernière consultation : 15/11/2024).

[5] Pour l’approfondissement des principales questions théoriques et méthodologiques liées au développement des études de terminologie diachronique, nous renvoyons à DANKOVA (2023 : 15-21).

[6] Le concept ‘représentation graphique de l’ordre dans lequel sont passés les fils de la chaîne dans les lisses des lames’ est appelé rentrage par les cotonniers et les lainiers, remettage par les soyeux et enfilage par les rubaniers de Saint-Étienne (ANQUETIL 1977 : 175).

[7] La numérotation adoptée suit le modèle proposé par POLGUÈRE (2016 : 250) : les écarts de sens plus importants sont marqués par les chiffres romains, tandis que ceux qui sont moins significatifs sont marqués par des chiffres arabes. À la différence de FRASSI 2021, le vocable terminologique et les termes y appartenant sont indiqués en petites capitales. Les termes qui ne font pas partie des vocables terminologiques du domaine textile ainsi que les formes linguistiques/les dénominations sont indiquées en italique.

[8] Les termes désignant un produit (les noms de marque) ou un procédé de fabrication présentent le numéro I (ex. HÉTÉROFIL I, VISCOSE I, etc.).

[9] La question de la polysémie des vocables terminologiques FIBRE et FIL a été soulevée aussi dans DANKOVA (2023 : 52-55, 70-76).

[10] Pour plus d’informations, nous renvoyons à la note en bas de page n. 7. Les liens de co-polysémie dans les structures des VT n’étant basés que sur des hypothèses, nous préférons ne pas les étiqueter dans les figures.

[11] Pour le XVIIIe siècle, les ressources utilisées ne sont que des dictionnaires encyclopédiques ; pourtant, ceux-ci ne peuvent pas être comparés à ceux publiés aux XXe et XXIe siècles : les Descriptions (1761-1782), par exemple, contiennent des traités techniques expliquant les arts et métiers en fournissant, éventuellement, aussi des planches et/ou des sections portant sur l’explication des termes en français ou en plusieurs langues, constituant, dans certains cas, de véritables glossaires.

[12] La ressource peut être exploitée grâce à l’instrument de navigation Spiderlex: https://lexical-systems.atilf.fr/spiderlex/, (dernière consultation : 15/11/2024).

[13] Voir le site: https://www.atilf.fr/, (dernière consultation : 15/11/2024).

[14] Voir le site: https://cieta.fr/fr/vocabulaire/, (dernière consultation : 30/05/2024).

[15] Il ne faut pas confondre cet emploi avec le terme fibre longue utilisé dans le sous-domaine de la filature : celui-ci désigne les matières textiles de plus de 60 mm, en opposition à fibre courte, désignant les matières textiles de 25 à 60 mm (DET 2018 : 271).

[16] Cette définition de FIBRE II concerne toutes les matières textiles à l’exception de la soie, car celle-ci ne se présente pas sous forme de brins, elle est « donnée toute filée par la nature » (PARANT 1874 : 1).

[17] Les fibres chimiques sont fabriquées par filage, ou bien l’extrusion du polymère à travers une filière ; l’élément textile de très grande longueur ainsi obtenu peut être ensuite découpé pour constituer la fibre discontinue (WEIDMANN 2010 : 17 ; DET 2018 : 270). Le procédé de production de fibres discontinues d’une longueur déterminée, consistant dans le découpage des filaments de viscose, a été breveté pour la première fois en 1912 par Paul Girard de Lyon (LUC 1929 : 540).

[18] Voir le site: https://spiderlex.atilf.fr/fr/q/*fibre***I.1a;*fibre***I.1b;*fibre***I.1c;*fibre***I.2;*fibre***II (dernière consultation : 15/11/2024).

[19] Le pointillé de la flèche vers fil I.1 est utilisé pour marquer qu’à présent, le terme FIL I.1 désigne un concept ancien.

[20] Voir le site : https://spiderlex.atilf.fr/fr/q/*fil***I.1;*fil***I.2;*fil***I.3;*fil***II, (dernière consultation : 15/11/2024).

[21] Tissu (‘structure textile’) ne fait pas partie du VT TISSU.

[22] La sixième édition du DAF présente l’entrée TISSU, mais sa description est quand même fournie encore dans l’article TISTRE.

[23] Avec la marque « vieilli », ce sens est recensé aussi dans le TLFi (1971-1994).

[24] Voir le site: https://spiderlex.atilf.fr/fr/q/*tissu***I;*tissu***II, (dernière consultation : 15/11/2024).

[25] Les années indiquent la dernière mise à jour des fiches terminologiques.

[26] La recherche des occurrences a été effectuée le 30/05/2024.

[27] Le terme étoffe est en italique, car, à présent, il n’y a plus de vocable terminologique ÉTOFFE.

[28] Cfr. § 3.3.

[29] Ici, le terme est employé pour désigner les TISSUS II.

[30] Voir le site : https://spiderlex.atilf.fr/fr/q/*%C3%A9toffe***, (dernière consultation : 15/11/2024).

[31] Procédé de fabrication: le tissage.

[32] Procédés de fabrication: le tissage, le tricotage, le tressage, le procédé pour la production de non-tissés.

 


Per citare questo articolo:

Klara DANKOVA, « La polysémie en terminologie : le cas du domaine textile (XVIIIe – XXIe siècles) », Repères DoRiF, hors-série – En termes de polysémie. Sens et polysémie dans les domaines de spécialité, DoRiF Università, Roma, ottobre 2025, https://www.dorif.it/reperes/klara-dankova-la-polysemie-en-terminologie-le-cas-du-domaine-textile-xviiie-xxie-siecles/

 

ISSN 2281-3020

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