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Mélanie LABELLE

Le travail des terminologues en temps de crise : l’expérience du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada

 

Mélanie Labelle
Division Normalisation terminologique, Bureau de la traduction, gouvernement du Canada
melanie.labelle@tpsgc-pwgsc.gc.ca

 


Résumé
Au début de la pandémie, les terminologues du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada ont élaboré et enrichi en continu un lexique bilingue (français-anglais) visant à faciliter les communications portant sur cette crise. Comportant 450 entrées, le Lexique sur la pandémie de COVID-19 couvre les principaux concepts qui y sont associés. À l’aide d’exemples tirés de ce projet colossal, le présent article décrit les diverses facettes du travail des terminologues, tel qu’il est pratiqué au gouvernement du Canada.

Abstract
At the beginning of the pandemic, terminologists from the Government of Canada’s Translation Bureau developed the bilingual (English-French) Glossary on the COVID-19 pandemic to make communication easier. As the language and terminology evolved, they kept it continually updated; with 450 entries, the glossary covers the most important concepts related to this crisis. The following article describes the various facets of the work of Government of Canada terminologists, using examples from this enormous project.


En réponse à la pandémie de COVID-19, le Bureau de la traduction de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), un ministère du gouvernement du Canada, a produit le Lexique sur la pandémie de COVID-19 (BUREAU DE LA TRADUCTION 2021), afin d’établir une terminologie uniforme, composante essentielle de communications claires et efficaces en situation de crise sanitaire. Ce projet colossal a mis en lumière certaines particularités du travail terminologique, tel qu’il s’effectue au gouvernement du Canada. La première version du Lexique sur la pandémie de COVID-19, mise en ligne le 13 mars 2020, comptait 85 entrées. Nous avons continué de surveiller l’évolution des connaissances et de consigner les notions pertinentes de sorte que, à peine trois mois plus tard, la septième version renfermait 243 entrées. Dans la plus récente mise à jour, accessible depuis le 1er avril 2021, nous avons inclus, entre autres, des notions liées aux variants et à la vaccination. Cette huitième version comporte 450 entrées.

Dans le présent article, nous décrirons d’abord brièvement le contexte dans lequel s’inscrit la pratique de la terminologie au Canada, ainsi que les principes guidant le travail terminologique au Bureau de la traduction. Puis, nous aborderons les circonstances particulières attribuables à la pandémie avec lesquelles il nous a fallu composer pendant l’élaboration du Lexique sur la pandémie de COVID-19. Nous exposerons ensuite la méthode que nous avons utilisée pour créer, puis mettre à jour régulièrement le Lexique. Il sera notamment question de la collaboration à distance entre les membres de l’équipe et du processus de sélection des notions à inclure dans la publication. Finalement, nous présenterons deux cas terminologiques particuliers, à savoir la famille des termes liés au confinement et le mot distanciation. Le premier cas, soit le terme confinement et ses dérivés, illustre parfaitement l’innovation linguistique et la vitesse d’implantation exceptionnelle de la terminologie dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Le second, c’est-à-dire la notion de distanciation physique, démontre l’évolution extrêmement rapide de la langue.

 

Travail terminologique au gouvernement du Canada

 

Au Canada, le statut des deux langues officielles, le français et l’anglais, est protégé par la Loi sur les langues officielles (MINISTÈRE DE LA JUSTICE 2017). Le Bureau de la traduction, organisme fondé en 1934, a pour mission d’appuyer le gouvernement du Canada dans ses efforts pour servir la population canadienne et pour communiquer avec elle dans les deux langues officielles. Le Bureau de la traduction offre des services de traduction, d’interprétation et de terminologie aux diverses institutions gouvernementales non seulement en français et en anglais, mais aussi en langues autochtones, en langue des signes et en langues étrangères. Il met également de nombreux outils et ressources en ligne à la disposition du public.

Environ une quarantaine de terminologues assurent les activités terminologiques du Bureau de la traduction. La gamme de services offerts comprend notamment la recherche d’équivalents dans les deux langues officielles, la formulation de recommandations terminologiques, la création de lexiques adaptés aux besoins du client, ainsi que la participation à des comités de terminologie. En outre, les terminologues du Bureau de la traduction se chargent d’alimenter et de tenir à jour TERMIUM Plus® (GOUVERNEMENT DU CANADA 2021), la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada, en plus de créer des lexiques et des vocabulaires sur divers sujets d’actualité. Les langues de travail sont principalement le français et l’anglais. L’orientation du travail terminologique découle de la mission du Bureau de la traduction. Les produits et les services terminologiques visent donc l’appui au bilinguisme et le traitement égal des deux langues officielles du Canada. À cette fin, les terminologues s’efforcent d’établir une terminologie riche et juste tant en anglais qu’en français, notamment pour faciliter la traduction des documents du gouvernement du Canada. Par conséquent, les domaines traités sont extrêmement variés. En outre, comme une visée communicative est au cœur de cette pratique, les besoins de l’utilisateur et l’usage guident certaines décisions. Selon Dubuc (2002 : 2), « [c]omme chaque langue présente un découpage de la réalité qui lui est propre, la terminologie doit établir le réseau délicat des équivalences et des correspondances interlangues pour respecter l’intégrité des langues en présence. » S’appuyant sur les principes de la terminologie comparée, les terminologues du Bureau de la traduction donnent donc aux locuteurs de l’anglais et du français l’accès aux termes leur permettant de nommer les notions spécialisées.

La démarche s’inscrit dans une optique conceptuelle.

L’optique conceptuelle (dans toutes ses déclinaisons) et les méthodologies qui en sont dérivées reproduit [sic] la démarche du spécialiste du domaine : donner des noms à des concepts (éventuellement les normaliser), structurer les connaissances, délimiter des concepts les uns par rapport aux autres, etc. (L’HOMME 2005 : 1122)

Cette optique diffère des approches affiliées à l’optique lexico-sémantique « [qui] aborde le terme comme une unité lexicale dont la particularité est d’avoir un sens qu’on peut associer à un domaine de la connaissance humaine » (L’HOMME 2020 : 40). À noter que l’approche adoptée au Bureau de la traduction n’applique pas purement la Théorie générale de la terminologie (TGT) de Wüster à l’origine de l’optique conceptuelle, entre autres parce que, comme le note Cabré (2007 : 96), une certaine variation synonymique et la réalisation parfois imparfaite des équivalences entre les langues sont dans la nature du discours. En effet, comme dans la TGT, le concept (que nous appelons « notion »[1]) est au centre de notre démarche. Toutefois, la notion est appréhendée en contexte, c’est-à-dire que le terme et ses traits sémantiques sont relevés dans des textes. Une synthèse des données permet ensuite de dégager la notion qui est à la base de la création du support permettant de consigner les données terminologiques. Ce métissage de l’optique conceptuelle par l’optique lexico-sémantique dans la pratique terminographique est notamment relevé par L’Homme (2020 : 41).

Pour la gestion des données de TERMIUM Plus® et la production de lexiques, nous visons la création d’une fiche par notion et la présence d’une seule notion par fiche (PAVEL 2001 : 20). L’application de ce principe se traduit donc parfois par l’existence de plusieurs fiches pour une unité lexicale donnée. C’est notamment le cas pour le terme immunisation qui peut faire référence à trois notions différentes. Notons également le cas du terme visière qui désignait d’abord la partie de plastique transparent d’un écran facial, mais qui, par métonymie, désigne maintenant également l’écran facial au complet (BUREAU DE LA TRADUCTION 2021). Contrairement à la biunivocité[2] préconisée par la TGT, notre approche tolère une certaine polysémie.

Cela dit, bien que nous ayons pour principe de favoriser l’usage dans nos choix terminologiques, lorsque plusieurs termes sont en circulation pour désigner une même notion, nous devons parfois trancher et désigner un seul terme recommandé, aux fins d’uniformité et de clarté. Cela se produit le plus souvent dans les travaux de comité, c’est-à-dire lorsque des intervenants d’horizons différents sont consultés pour l’établissement d’une terminologie. En outre, comme le mentionne L’Homme (2005 : 1130), « … l’ordre d’apparition des formes linguistiques dans les articles ou les fiches est significatif en ce sens qu’il reflète souvent un choix fait par le terminologue ». En effet, dans le Lexique, des désignations à privilégier dans les deux langues officielles figurent dans les entrées. Aussi, par convention, le premier terme figurant dans une fiche TERMIUM Plus® est appelé « vedette principale » et correspond à la désignation qui serait à privilégier selon le terminologue auteur de la fiche. En cas de normalisation d’une désignation, son statut sera spécifié sur la fiche.

Il faut aussi souligner que la création de néologismes est parfois nécessaire pour désigner de nouvelles réalités dans les deux langues officielles.

En terminologie comparée, les décalages qu’entraînent inévitablement les transferts inter-langues de savoirs spécialisés sont mis en évidence lors du repérage de termes, par l’absence de désignations propres dans une des langues en contact. Dans ce cas, le rôle du terminologue est de décrire les lacunes constatées et de proposer des désignations qui les comblent. (PAVEL 2001: xviii)

Le plus souvent, il s’agit de trouver un équivalent français à une nouvelle désignation apparue en anglais. Ce fut notamment le cas pour le terme caremongering, dont il sera question plus loin. Au Bureau de la traduction, les terminologues peuvent avoir recours à la néologie entre autres à la suite d’une question ponctuelle d’un traducteur ou d’un client ainsi que dans le cadre des travaux généraux visant la création et la mise à jour de contenu pour TERMIUM Plus®. Dubuc (2002 : 118) présente divers modes de formation de néologismes en français : « [l]a formation indirecte, où l’on donne à une unité lexicale existante un sens nouveau, et la formation directe, où l’on crée une nouvelle entité lexicale, soit de toutes pièces, soit par regroupement d’éléments existants ». Les procédés de formation indirecte comprennent l’extension sémantique[3], les changements grammaticaux[4] et les emprunts[5] (DUBUC 2002 : 118-123). La dérivation[6] et la composition[7] sont quant à elles des procédés de formation directe (DUBUC 2002 : 123-129). Divers critères permettent d’évaluer la validité des néologismes créés à l’aide de ces modes de formation. Il s’agit de la brièveté, la maniabilité[8], la motivation, l’adéquation[9], la possibilité de dérivation et l’acceptabilité[10] (DUBUC 2002 : 130-131).

 

Particularités du travail en temps de pandémie

 

La pandémie de COVID-19 a bouleversé l’organisation du travail au gouvernement du Canada, ainsi que partout dans le monde. Au Bureau de la traduction par exemple, avant la pandémie, bon nombre de terminologues travaillaient dans les mêmes locaux et pouvaient donc se consulter en personne tous les jours. En mars 2020, du jour au lendemain, ils se sont plutôt trouvés contraints de travailler chacun chez soi, comme plusieurs de leurs collègues fonctionnaires du gouvernement du Canada.

Cette situation, engendrée par la pandémie, a apporté son lot de défis. Les terminologues ont été forcés de changer leurs méthodes de travail, ainsi que de communiquer et de collaborer autrement. La pandémie a mis à rude épreuve les infrastructures et les outils technologiques à la disposition des travailleurs, ainsi que la résilience de ces derniers, face aux soucis de santé pour leur famille, pour leurs proches et pour eux-mêmes. Or, c’est justement la pandémie qui allait poser aux terminologues un des défis les plus stimulants de leur carrière : créer un lexique pour aider leurs compatriotes à comprendre les enjeux découlant d’une situation mondiale critique et complexe qui évolue rapidement sur une longue période. Face au stress et à l’incertitude que présentait l’avenir en mars 2020, cette possibilité de faire œuvre utile dans la lutte contre la pandémie fut accueillie avec enthousiasme.

Très tôt, le Bureau de la traduction a senti le besoin d’uniformiser et de définir les termes liés à la COVID-19. En effet, en temps de crise, il est essentiel que les communications soient claires et diffusées en temps opportun. Il semblait donc tout indiqué de créer un outil qui aiderait les traducteurs, les rédacteurs, les réviseurs et toutes les personnes chargées de diffuser de l’information à utiliser une terminologie uniforme et juste. Ainsi, les terminologues se sont retroussé les manches et ont produit en quelques jours à peine la première version du Lexique sur la pandémie de COVID-19. L’ensemble du contenu du Lexique est également accessible dans TERMIUM Plus®, sans compter que nous ajoutons régulièrement à notre banque de données terminologiques des notions liées à la pandémie.

 

Méthodologie utilisée pour l’élaboration du Lexique sur la pandémie de COVID-19

 

La conception d’un lexique prend généralement plusieurs mois. Les étapes menant à la diffusion se font successivement et la publication est mise en ligne une fois l’ensemble du processus terminé. Tout d’abord, les terminologues établissent un réseau notionnel[11] (nommé « système de concepts » par l’Organisation internationale de normalisation [ISO 2019]) pour définir la portée de la publication. Ensuite, en gardant ce réseau notionnel à l’esprit, ils dépouillent diverses sources, tant en français qu’en anglais, pour relever les notions et les désignations pertinentes. Après avoir cerné les notions et établi les équivalences, ils rédigent des définitions et des observations dans les deux langues et ajoutent des exemples d’utilisation. À l’exception des désignations privilégiées en français et en anglais, les autres champs de la fiche terminologique (autres désignations, définitions, notes et exemples) sont facultatifs. Au besoin, les terminologues consultent des spécialistes du domaine visé, soit pour obtenir des précisions ou des explications à propos d’une notion en particulier, soit pour obtenir de la rétroaction à propos du contenu. Enfin, ils préparent une bibliographie faisant état des principales sources consultées.

En raison des circonstances particulières liées à la pandémie, nous avons adapté le processus pour l’élaboration du Lexique sur la pandémie de COVID-19. Nous avons réalisé simultanément certaines étapes de production des premières versions. Afin d’assurer l’efficacité de tous les intervenants, nous avons accordé une importance particulière à la coordination de leur travail. Bien que nous ayons dû limiter la consultation de spécialistes en raison de l’échéancier serré, nous avons néanmoins sollicité l’aide de membres de notre réseau de contacts travaillant dans le domaine de la santé. Il faut également souligner l’appui de nos collègues chargés des technologies de l’information, qui ont réussi à mettre en ligne les diverses versions du Lexique dans des délais plus courts qu’à l’habitude.

Afin de répondre rapidement aux besoins terminologiques, nous avons décidé de produire un lexique qui serait évolutif et régulièrement mis à jour, en fonction de la progression de la pandémie. La première version du Lexique, préparée en une semaine, contenait 85 notions et peu de définitions et de notes y figuraient. Rapidement, nous avons réalisé que la pandémie aurait des répercussions sur de nombreux aspects de la vie et nous avons élargi la portée du Lexique pour y inclure notamment les conséquences économiques et les mesures gouvernementales mises en place pour y répondre. La huitième version, mise en ligne le 1er avril 2021, contient des notions liées à la vaccination et aux variants. D’une version à l’autre, le contenu du Lexique a été enrichi, tant en ce qui concerne le nombre de notions que les renseignements terminologiques consignés. Fait remarquable, la quatrième version du Lexique a été mise en ligne le 9 avril 2020, soit moins d’un mois après la première version. Pendant ce premier mois, le Lexique était mis à jour toutes les semaines et le nombre de notions a doublé, passant de 85 à 172.

Pendant les premiers mois de la pandémie, l’ensemble des terminologues du Bureau de la traduction participait au dépouillement. Dans un document de travail collaboratif, chacun inscrivait les termes intéressants relevés pendant ses lectures et pouvait également proposer un équivalent ou indiquer si une fiche terminologique existait déjà pour le terme. Une terminologue se chargeait par la suite de choisir les termes à inclure dans la prochaine version du Lexique, selon l’évolution de la pandémie et le réseau notionnel[12] du Lexique sur la pandémie de COVID-19. Dans notre banque de données terminologiques, TERMIUM Plus®, nous avons créé un code de projet afin d’identifier les fiches portant sur des notions d’intérêt pour le Lexique.

Les notions retenues pour le Lexique sur la pandémie de COVID-19 relevaient de la langue de spécialité et de la langue générale. En effet, comme l’ont noté certains théoriciens, « [la] philosophie et la psychologie cognitives ont démontré qu’il était extrêmement difficile de tracer une ligne de démarcation nette entre les connaissances spécialisées et générales » (CABRÉ 2007 : 93). Il était donc justifié d’élargir la portée du Lexique pour s’assurer que l’ensemble du vocabulaire mobilisé pour la communication dans le cadre de cette crise sanitaire soit compris par l’ensemble des personnes touchées. Fait intéressant, nous avons remarqué un transfert dans la langue générale de termes autrefois uniquement compris par des spécialistes, par exemple « écouvillon », « éclosion »[13] et « grappe de cas » (utilisé au Canada comme équivalent de cluster). Le rôle du terminologue dans de tels cas a été de rendre les désignations déjà en usage en français spécialisé facilement accessibles aux traducteurs et aux rédacteurs pour s’assurer de leur diffusion à plus grande échelle.

Des sources extrêmement variées ont servi à la production du Lexique, notamment des publications scientifiques, des articles de la presse écrite, des émissions de radio, des journaux télévisés, des articles et des émissions de vulgarisation scientifique, ainsi que des sites Web du gouvernement du Canada. Nous avons principalement retenu des sources canadiennes, étant donné que l’usage varie d’un côté à l’autre de l’Atlantique. Par exemple, au Canada et à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), on a rapidement attribué le genre féminin à « COVID-19[14] », alors que selon le Robert (LE ROBERT 2021), il s’agit d’un nom épicène. Étant donné que le Lexique devait refléter l’évolution de la situation sanitaire, nous n’avons pas utilisé de corpus fixe pour le repérage des termes. Notre approche s’apparentait plutôt à une veille documentaire. La lecture des journaux, l’écoute de la radio et des journaux télévisés nous permettait de repérer les principaux sujets d’actualité au fil du temps. Les traducteurs desservant Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada nous soumettaient également les termes d’intérêt repérés dans le cadre de leur travail. Une fois les notions recensées dans les textes de vulgarisation, les terminologues se tournaient vers des sources spécialisées (par exemple dictionnaires médicaux, dictionnaires d’épidémiologie, revues spécialisées et monographies) pour peaufiner les recherches. Il fallait en effet s’assurer que les termes utilisés en contexte de vulgarisation désignaient bien les notions spécialisées et en circonscrire précisément la portée. Là se trouvait justement l’objectif premier du Lexique, soit faciliter les communications gouvernementales en situation de crise, entre autres en facilitant et en accélérant l’accès de la population aux notions spécialisées.

Certaines notions ont dû faire l’objet d’un travail en profondeur. Plusieurs terminologues ont donc mis la main à la pâte pour réaliser des études de cas afin de résoudre les questions plus complexes, notamment pour le choix d’un terme en français pour la notion de « distanciation physique », processus que nous décrirons plus loin. Pour la création de néologismes, nous avons préconisé une collaboration encore plus élargie. Il importe de souligner que certains termes, notamment SARS‑CoV‑2, incitation à l’altruisme et respirateur, ont quant à eux fait l’objet de discussions avec des terminologues de l’Office québécois de la langue française et de Radio-Canada.

Au début de la pandémie, pour trouver un équivalent français pour le terme caremongering[15], nous avons invité tous les terminologues du Bureau de la traduction à participer à un remue-méninge sur notre plateforme de discussion en ligne, exercice au terme duquel ont été retenus les équivalents incitation à l’altruisme, réconfortisme et campagne d’altruisme. Le terme caremongering est un néologisme apparu en anglais au mois de mars 2020 pour désigner le « [m]ouvement qui met de l’avant la pratique consistant à offrir de l’aide ou des soins à ceux qui en ont le plus besoin » (GOUVERNEMENT DU CANADA 2021). Cet exemple est intéressant pour illustrer divers procédés en jeu en cas de néologie tant en français qu’en anglais. Le terme anglais est apparu comme un jeu de mots par opposition au terme scaremongering (qui désigne une personne qui diffuse largement des nouvelles alarmantes) ; ce dernier étant formé par composition par soudure d’éléments anglais en unissant les mots scare et mongering. Divers procédés ont été mis à profit pour désigner en français la notion d’abord cernée dans des contextes en anglais. Les termes incitation à l’altruisme et campagne d’altruisme ont été formés par la coordination de mots existants en français pour refléter la notion en question. Pour le terme réconfortisme, la terminologue qui a proposé cette solution a fait appel à la composition, en soudant le mot français réconfort et le suffixe « ‑isme »[16].

À chaque nouvelle version, l’ensemble du Lexique a été revu pour assurer l’uniformité et la cohérence du contenu. Par exemple, si une désignation à privilégier était modifiée, l’ancienne désignation devait être remplacée dans l’ensemble des définitions et des remarques. Chaque fois, des entrées ont été ajoutées et d’autres ont été modifiées, fusionnées ou supprimées. En plus de l’ajout de nouvelles notions, des définitions ou des notes ont parfois été ajoutées à des entrées existantes pour enrichir le contenu du Lexique. Il faut également noter que les définitions et les observations devaient parfois être mises à jour pour refléter l’évolution des connaissances scientifiques. Par exemple, dans la première définition de la notion de « distanciation physique », il était mentionné qu’une distance minimale d’un mètre devait être maintenue entre les gens. Cette distance est par la suite passée à deux mètres. Finalement, comme les recommandations varient maintenant selon l’endroit et la situation, nous avons reformulé la définition sans mentionner de distance précise pour qu’elle reste valide même en cas de modification des consignes sanitaires.

 

« Confinement » et ses dérivés

 

Pendant la pandémie de COVID-19, les connaissances ont évolué à une vitesse fulgurante. De nouveaux concepts émergeaient presque chaque semaine. Ces concepts devant être nommés, de nombreuses nouvelles désignations sont apparues ou des mots existants ont pris un nouveau sens. Il ne faut pas non plus oublier les termes faisant partie de la langue de spécialité qui sont passés dans la langue générale. Le terme confinement et ses dérivés illustrent bien l’évolution lexicale associée à l’évolution de la réalité.

La première version du Lexique sur la pandémie de COVID-19 (13 mars 2020) contenait les termes isolement et quarantaine. En discours, ces termes étaient souvent utilisés de manière interchangeable, malgré leur sens différent, tant en anglais qu’en français. En effet, l’isolement consiste à mettre une personne infectée à l’écart pour éviter qu’elle ne contamine les autres et la quarantaine consiste à mettre une personne potentiellement infectée à l’écart pendant une période donnée pour s’assurer qu’elle n’a pas contracté la maladie. Dans ce cas particulier, la rédaction de définitions terminologiques[17] claires s’avérait essentielle pour permettre de distinguer ces notions.

Peu de temps après le début de la pandémie est apparue une nouvelle mesure sanitaire. Cette fois, les gens devaient rester à la maison, peu importe s’ils avaient été en contact ou non avec une personne infectée. Le terme quarantaine était parfois utilisé dans ce sens, mais nous avons plutôt proposé le terme confinement obligatoire et son équivalent anglais lockdown dans la deuxième version du Lexique (20 mars 2020). Des définitions pour les notions isolement, quarantaine et confinement obligatoire étaient également fournies pour guider leur utilisation et améliorer la compréhension de leurs nuances sémantiques.

Pour la quatrième version du Lexique (9 avril 2020), nous avons effectué une étude approfondie des notions « isolement », « quarantaine » et « confinement obligatoire ». Nous avons modifié les définitions pour les rendre plus claires et nous avons choisi de laisser tomber l’adjectif obligatoire et de privilégier la désignation confinement. Les termes lockdown et confinement sont des exemples de néologismes de sens obtenus par analogie. En effet, ces termes sont utilisés dans le milieu correctionnel pour désigner le fait d’isoler les prisonniers dans leurs cellules.

Dès avril 2020, il a été question de mettre fin au confinement pour que la population puisse retrouver une vie presque normale. Cette idée était exprimée en français par le substantif déconfinement. Au départ, nous avons eu de la difficulté à trouver un équivalent en anglais. À force de recherches, nous avons constaté que là où le substantif est généralement utilisé en français, des tournures verbales étaient beaucoup plus fréquentes en anglais, par exemple « the lockdown will be lifted », « when should we lift the lockdown? ». Dans la cinquième version du Lexique (23 avril 2020), nous avons inclus une entrée pour déconfinement (ayant pour équivalent la forme nominale lockdown lifting) et l’entrée lever le confinement et mettre fin au confinement (ayant pour équivalent lift the lockdown). Dès la semaine suivant la mise en ligne de cette version, le verbe déconfiner a détrôné les locutions lever le confinement et mettre fin au confinement dans les médias au Canada. Déconfiner a ainsi fait son entrée comme désignation privilégiée dans le Lexique dans la sixième version (7 mai 2020). Pour compléter la famille de termes liés au confinement, le verbe confiner et l’adjectif confiné ont également été ajoutés à la sixième version du Lexique.

À peine un premier déconfinement amorcé qu’il était question de reconfinement. Les désignations reconfinement (lockdown reinstatement) et reconfiner (reinstate the lockdown) ont été consignées dans la septième version du Lexique (11 juin 2020). Nous avons également remarqué en anglais l’apparition de termes formés à partir de confinement, surtout dans des sources québécoises. Selon nos recherches, ces termes, apparus sous l’influence du français, seraient à éviter.

Il est très intéressant de noter que la désignation confinement a donné naissance à de nombreux dérivés, ce qui indique bien le taux d’acceptation de ce néologisme, c’est-à-dire à quel point il s’est intégré solidement et rapidement dans le système linguistique. Ainsi, par l’ajout de simples préfixes, nous avons obtenu des dérivés concis et clairs pour décrire les nouvelles réalités inhérentes à la crise sanitaire. L’implantation de cette famille de termes, comprenant substantifs, verbes et adjectifs, s’est faite de manière tellement naturelle qu’il peut sembler difficile de croire qu’elle est apparue il y a à peine plus d’un an.

 

Notion de « distanciation physique »

 

La notion de « distanciation physique » illustre bien l’évolution extrêmement rapide de la langue pendant la pandémie de COVID-19. En effet, tant la désignation à privilégier en français et en anglais que la notion elle-même ont évolué au cours des années 2020 et 2021. Même si l’évolution de la langue est normale, sa vitesse pendant la pandémie a été exceptionnelle.

Au début de la pandémie, c’est le terme social distancing, défini comme une « Stratégie de prévention de propagation d’une maladie caractérisée par l’évitement des endroits bondés, des lieux de rassemblements et des contacts étroits, ainsi que par le maintien d’une distance d’au moins un mètre entre les personnes[18] », qui était utilisé en anglais. Comme équivalent français à cette notion, nous avions proposé le terme éloignement social afin d’éviter la locution distanciation sociale, car selon nous l’utilisation de distanciation dans ce sens constituait un calque. En effet, le terme éloignement fait référence au fait de se tenir à l’écart alors que le terme distanciation désigne en psychologie le fait de créer une distance entre soi et la réalité. Comme il s’agissait d’une notion tout à fait nouvelle, nous souhaitions suggérer rapidement une désignation qui s’éloignait de l’emprunt pour tenter d’en favoriser l’adoption, d’autant plus que selon nous, le mot « éloignement » correspond tout à fait à la notion.

Avant la diffusion de la troisième version du Lexique (30 mars 2020), l’OMS a émis une recommandation visant à promouvoir l’utilisation de l’expression physical distancing plutôt que social distancing pour mettre l’accent sur le fait que la distance recommandée est bien une distance physique et non une distance émotionnelle ou affective. Comme le terme social distancing était déjà très utilisé, entre autres dans l’affichage, les deux désignations coexistent. Nous avons néanmoins indiqué physical distancing comme désignation privilégiée et social distancing comme autre désignation. En ce qui concerne le français, au terme d’une étude de cas approfondie, nous avons retenu la proposition éloignement sanitaire comme désignation privilégiée. En effet, l’adjectif sanitaire signifie « Relatif à la préservation de l’hygiène et de la santé publique » (DRUIDE INFORMATIQUE 2019). Ce néologisme formé selon le processus de composition par subordination (DUBUC 2002 : 127) nous semblait en effet respecter le mieux les critères de maniabilité, de motivation et d’adéquation.

Entre la publication de la troisième version (30 mars 2020) et de la septième version du Lexique (11 juin 2020), nous avons effectué une veille terminologique pour vérifier l’implantation de notre proposition. L’expression éloignement sanitaire n’a pas été adoptée, probablement parce que les termes distanciation physique et distanciation sociale étaient déjà très répandus dans l’usage, notamment sur les affiches et les marqueurs au sol. Au même moment, nos homologues de l’Office québécois de la langue française ont accepté l’extension de sens du mot distanciation. Cette décision corroborait nos propres conclusions. Nous avons donc revu notre position et retiré le statut de calque aux termes formés à partir du mot de base distanciation et placé distanciation physique en désignation privilégiée. Dans ce cas précis, on notera que deux procédés de formation néologique (composition par subordination et extension sémantique [DUBUC 2002 : 118]) différents ont été utilisés pour obtenir les propositions en concurrence. Comme ces deux procédés sont aussi valables l’un que l’autre, c’est le critère de l’acceptabilité, c’est-à-dire l’implantation du terme dans l’usage, qui nous a permis de trancher.

 

Conclusion

 

En conclusion, les circonstances exceptionnelles entourant la pandémie de COVID‑19 ont donné lieu à de nombreuses innovations linguistiques. De nombreuses notions sont apparues et d’autres sont passées de la langue spécialisée à la langue générale. Au cœur de cette effervescence, les terminologues ont joué un rôle crucial dans l’établissement d’une terminologie uniforme et claire, essentielle pour des communications efficaces. Dans le contexte canadien, où les communications officielles doivent être bilingues, les terminologues s’assurent que des termes adéquats existent en français et en anglais, et que les notions auxquelles ces termes renvoient sont bien définies afin d’éviter les ambiguïtés. Bien qu’ils aient dû ajuster leurs méthodes de travail habituelles, notamment en s’adaptant au télétravail généralisé et en mettant à profit les outils technologiques de communication et de collaboration virtuelles, les terminologues du Bureau de la traduction ont relevé le défi de produire un lexique évolutif pendant même que se déroulait la crise sanitaire et, de toute évidence, leur travail n’a pas été vain, puisque le Lexique sur la pandémie de COVID-19 a été consulté plus de 219 000 fois entre le 13 mars 2020 et le 31 janvier 2022.

                                                                                                              

Références bibliographiques

 

BUREAU DE LA TRADUCTION, Lexique sur la pandémie de COVID-19, gouvernement du Canada, Canada, 1 avril 2021. https://www.btb.termiumplus.gc.ca/publications/covid19-fra.html

CABRÉ, Teresa, « La terminologie, une discipline en évolution : le passé, le présent et quelques éléments prospectifs », in L’HOMME, Marie-Claude, VANDAELE, Sylvie (éd.), Lexicographie et terminologie : Compatibilité des modèles et des méthodes, Presses de l’Université d’Ottawa, Ottawa, 2007, p. 79-109.

CAJOLET-LAGANIÈRE, Hélène et al., Usito, Université de Sherbrooke, dernière mise à jour du contenu 2021-12-17. https://usito.usherbrooke.ca

DRUIDE INFORMATIQUE, Antidote 10, 2019.

DUBUC, Robert, Manuel pratique de terminologie, Linguatech éditeur, Québec, 2002.

GOUVERNEMENT DU CANADA, TERMIUM Plus®, Canada, 2021. https://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2alpha/alpha-fra.html?lang=fra

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LE ROBERT, Le Petit Robert de la langue française, 2021. https://petitrobert.lerobert.com/robert.asp

L’HOMME, Marie-Claude, « Sur la notion de “terme”», Meta, n. 4, 50, décembre 2005, p. 1112-1132. https://www.erudit.org/fr/revues/meta/2005-v50-n4-meta1024/012064ar/#:~:text=La%20d%C3%A9finition%20de%20%C2%AB%20terme%20%C2%BB%2C,vis%C3%A9s%20par%20une%20description%20terminologique

L’HOMME, Marie-Claude, La terminologie : Principes et techniques, Deuxième édition revue et mise à jour, Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 2020.

MINISTÈRE DE LA JUSTICE, Loi sur les langues officielles, L.R.C. (1985), ch. 31 (4e suppl.), gouvernement du Canada, Canada, dernière modification 2017-09-21. https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/o-3.01/page-1.html#h-374947

PAVEL, Silvia, NOLET, Diane, Précis de terminologie, Bureau de la traduction, Gatineau, 2001. https://publications.gc.ca/collections/collection_2007/pwgsc-tpsgc/S53-28-2001F.pdf


[1] Le terme « notion », synonyme de « concept » (PAVEL 2001 : 105), est utilisé au Bureau de la traduction pour désigner « […] la réunion des traits caractéristiques de l’objet désigné par le terme. » (DUBUC 2002 : 35). Dans cette définition, un objet peut être soit concret (par exemple un outil), soit abstrait (par exemple un procédé) (DUBUC 2002 : 34). Il convient également de noter que contrairement à la définition, la notion n’organise pas les traits sémantiques de manière hiérarchique (DUBUC 2002 : 36).

[2] « […] biunivocité : à une forme correspond un seul concept et un concept est exprimé par une seule forme. » (L’HOMME 2020 : 29).

[3] « [L’extension sémantique] suppose l’étirement du sens d’un terme pour lui faire recouvrir une réalité voisine. [La parenté entre le sens original et le sens nouveau] s’établit soit par glissement d’une relation logique, soit par analogie, soit par assimilation. » (DUBUC 2002 : 118-119).

[4] Les changements grammaticaux peuvent être réalisés par un changement de catégorie grammaticale, un changement de genre, un changement de nombre ou un changement de statut (par exemple en cas d’antonomase) (DUBUC 2002 : 120-121).

[5] « L’emprunt est un phénomène par lequel on transfère une unité lexicale d’un système ou d’un sous-système linguistique à un autre. On distingue deux types d’emprunts : l’emprunt extérieur fait à un autre système linguistique et l’emprunt intérieur fait à différents sous-systèmes du système linguistique de référence. » (DUBUC 2002 : 121).

[6] « On appelle dérivation la création d’une forme lexicale par l’ajout d’un suffixe à un radical ou par la suppression d’un élément terminal à un mot. » (DUBUC 2002 : 123).

[7] « On appelle composition la création de nouvelles entités lexicales à partir de mots ou d’éléments préexistants. C’est le procédé le plus employé dans les langues de spécialité pour former des mots nouveaux ; ce procédé contribue à plus de 80 % des créations. » (DUBUC 2002 : 125).

[8] « Il ne suffit pas qu’un terme soit bref. Encore faut-il qu’il ne pose pas de difficultés particulières d’intégration dans le discours. Prononciation difficile et orthographe compliquée sont des éléments dissuasifs. » (DUBUC 2002 : 130).

[9] L’adéquation fait référence à la monosémie de la relation entre le terme et la notion (DUBUC 2002 : 130).

[10] Il faut éviter de créer des néologismes dotés d’associations déplaisantes ou péjoratives afin de favoriser leur adoption (DUBUC 2002 : 131).

[11] Le réseau notionnel est aussi parfois appelé « arbre conceptuel ». Il s’agit de la « [r]eprésentation sous forme arborescente des relations entre les concepts appartenant à un domaine d’activité » (PAVEL 2001 : 103). L’arbre de domaine, soit la « [r]eprésentation sous forme arborescente des parties composant un domaine d’activité » (PAVEL 2001 : 103) est également souvent utilisé en terminologie pour structurer les notions en fonction de leur relation au domaine et aux sous-domaines à l’étude. « [L’arbre de domaine] permet notamment de juger de la pertinence des unités terminologiques et de réduire les bruits (informations parasites) et les silences (carences de renseignements utiles). » (DUBUC 2002 : 52).

[12] Les termes choisis pour les premières versions du Lexique appartenaient principalement au domaine de la médecine (c’est-à-dire des désignations liées à la maladie, à l’épidémiologie, au milieu médical et aux mesures de protection). Par la suite, nous y avons ajouté des appellations officielles du gouvernement canadien, des termes liés aux conséquences sociales, sanitaires et économiques, ainsi que des termes portant sur les assouplissements et la levée des mesures sanitaires. Finalement, pour la huitième version du Lexique (1er avril 2020), nous avons également inclus des termes du champ lexical de la vaccination.

[13] Au Canada, le terme éclosion est utilisé en épidémiologie, alors qu’en Europe c’est le terme « flambée » qui sert à désigner une « [é]pidémie qui se limite à une augmentation localisée de l’incidence d’une maladie. » (BUREAU DE LA TRADUCTION 2021).

[14] Une fiche portant sur le terme « COVID-19 » a été créée dans TERMIUM Plus® le 13 février 2020. Nous y avions alors attribué le genre masculin qui correspondait alors à l’usage. En effet, une confusion régnait entre le virus responsable de la maladie (SARS‑CoV‑2) et la maladie (COVID-19) dans des sources non spécialisées, ce qui pouvait probablement expliquer l’utilisation du genre masculin. Le 21 février 2020, la fiche a été modifiée pour enlever le paramètre de genre et ajouter une note indiquant que le genre de la désignation COVID-19 varie dans l’usage. Le 10 mars 2020, le genre féminin fut finalement attribué à COVID-19, étant donné que le « D » de COVID‑19 désigne le mot de base disease (« maladie » en français). Par contre, une note faisait encore état de l’usage fluctuant du genre, surtout dans les sources non spécialisées. Le genre féminin a néanmoins rapidement été adopté, notamment grâce à la recommandation concertée du Bureau de la traduction, de l’Office québécois de la langue française et de Radio-Canada ainsi que par son utilisation répandue dans les médias canadiens. Nous avons enlevé la remarque portant sur la fluctuation de l’usage dans la cinquième version du Lexique sur la pandémie de COVID-19, diffusée le 23 avril 2020.

[15] La notion de caremongering n’a pas été retenue dans la huitième version du Lexique sur la pandémie de COVID-19, mais la fiche est encore accessible dans TERMIUM Plus®.

[16] « -isme : Indique l’idée d’une prise de position par rapport à une doctrine, une théorie, une idéologie (politique, religieuse, sociale, etc.), un mouvement (littéraire, artistique) ou un mode de vie. » (CAJOLET-LAGANIÈRE 2021).

[17] « La définition terminologique est une brève formule lexicographique qui indique les traits sémantiques distinctifs d’un concept. » (PAVEL 2001 : 22).

[18] Définition de la notion « éloignement social » tirée de la première version du Lexique sur la pandémie de COVID-19 (13 mars 2020). La définition de cette notion désignée par « distanciation physique » dans la huitième version du Lexique (1er avril 2021) est la suivante : « Stratégie de prévention de la propagation d’une maladie infectieuse caractérisée par l’évitement des endroits bondés, des lieux de rassemblement et des contacts étroits, ainsi que par le maintien d’une distance entre les personnes établie par les autorités sanitaires. »


 

Per citare questo articolo:

Mélanie LABELLE, « Le travail des terminologues en temps de crise : l’expérience du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada », Repères DoRiF, n. 25 – Le lexique de la pandémie et ses variantes, DoRiF Università, Roma luglio 2022, https://www.dorif.it/reperes/melanie-labelle-le-travail-des-terminologues-en-temps-de-crise-lexperience-du-bureau-de-la-traduction-du-gouvernement-du-canada/

 

ISSN 2281-3020

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