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Rémy Porquier

L’oraliseuse

 

Extraits de l’entretien avec L. G., “oraliseuse”.

 

— Vous avez parlé tout à l’heure des récitations quand vous étiez élève. Vous vous souvenez de vos récitations à l’école ?

—  Oui, certaines, mais ça dépend quelle école. A l’école primaire, il y avait des fables de La Fontaine, et des trucs comme ça. Et aussi des choses très courtes de Desnos :

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi  parlant français
Parlant latin et javanais
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Et pourquoi pas ?

Et les dromadaires :

Avec ses quatre dromadaires
Don Pedro d’Alfaroubeira
Courut le monde et l’admira.
Il fit ce que je voudrais faire
Si j’avais quatre dromadaires.

et aussi des chansons d’Anne Sylvestre, on les chantait à la colo ( elle chantonne).

Mais je me souviens surtout des choses en anglais. En CM, on avait commencé l’anglais et il y a eu deux assistants. La première année, c’était Celia, « miss Celia », elle était drôle, elle jouait au football avec les garçons. Elle nous apprenait des nursery rhymes et des limericks. Il fallait qu’on les sache par cœur avant d’avoir la traduction. Elle disait que c’étaient la musique et le rythme qui étaient importants. Moi, ça m’étonnait parce que pour moi, la musique, c’étaient des chansons ou des instruments. Mais Celia, pour nous expliquer, nous demandait de lui réciter et de lui apprendre nos comptines et les paroles pour sauter à la corde. Elle avait un accent !

— Des comptines ? Lesquelles ?

— Oh, il y avait

Une, deux, trois, quatre
La grenouille veut se battre.
Cinq, six, sept, huit,
Allez vous cacher bien vite.
Neuf, dix, onze, douze,
La grenouille est très jalouse,
Treize, quatorze, quinze, seize,
de toutes les grenouilles anglaises.

et des choses comme ça.

— Et les nursery rhymes, vous vous en souvenez ?

— Ah mais oui, il y avait

Tinker, tailor,
soldier, sailor
rich man, poor man,
beggar man, thief.

et aussi

Baa, baa, black sheep,
Have you any wool?
Yes, sir, yes, sir,
Three bags full;
One for the master,
And one for the dame,
And one for the little boy
Who lives down the lane.

—  Ah mais le deuxième est chanté, et le premier, on dirait du rap. Vous avez parlé aussi des limericks ?

— Ah oui, ça, c’était après, avec Tommy, l’assistant d’anglais après Celia. Il était à moitié indien et parlait des langues de l’Inde. On était en CM2 et après on l’a retrouvé au collège, il était resté dans la ville. Il nous a fait apprendre des limericks et aussi des poésies d’un irlandais, Milligan.

— Et les limericks, vous vous en souvenez ?

— Quelques-uns, oui. Tommy faisait comme Celia, il fallait les apprendre avant de connaitre le sens. On n’avait pas le texte écrit. Il fallait écouter et reproduire, tour à tour. Et il nous reprenait, assez jovial mais exigeant, avec toujours les mains levées bougeant à hauteur des oreilles et de la bouche, et nous disant « phono, phono », pour ‘phonétique’, insistant sur la prosodie, rythme, intonation et l’accent tonique. J’ai dû comprendre à ce moment-là pourquoi l’année d’avant Celia voulait apprendre nos comptines françaises, car elle n’y mettait pas l’accent au bon endroit et ça nous amusait. A l’époque, on ne nous parlait pas d’ ’’accent tonique’’.

— Et alors, les limericks ?

— Ah oui, bon, euh, j’ai oublié de dire que le Tommy indien nous faisait réciter non pas individuellement mais par paires ou par quatre. Pour un limerick de quatre vers, soit on est deux, ça fait deux vers chacun, suivis ou alternés, et si on est quatre, ça fait un vers chacun. J’ai compris après qu’on retenait autant les vers des autres que les siens parce qu’on était forcés de se régler.

— Et donc ?

— Oui, enfin, par exemple, comme limerick

There was an Old Man of Peru,
Who watched his wife making a stew;
But once by mistake,
In a stove she did bake,
That unfortunate Man of Peru.

Et allez, un autre

There was a young man from Larkhall
Who went to a masquerade ball
Dressed up as a tree,
But he failed to foresee
His abuse by the dogs in the hall.

 

— Eh bien dites donc, vous avez une mémoire impressionnante, efficace en tous cas.

— Je ne vous ai pas dit que le Tommy indien connaissait aussi des limericks assez joyeux, ‘’paillards’’ il disait, mais que nous étions trop jeunes (en CM2 et en sixième…) pour les connaître, mais que nous pourrions bien plus tard les découvrir. Ce que j’ai fait  plus tard, donc, dont la fameuse Lady of Spain (There was a young lady of Spain …)

— Et les récitations, vous les avez continuées après,  dans vos études, je veux dire ?

— Moins, on en faisait moins. Un peu en latin, parce qu’il y avait un prof qui ne savait pas finir ses cours, et dix minutes avant la fin, il nous disait : ‘’Prenez page x, le passage y ‘’ –un texte en latin, naturellement, Cicéron ou je ne sais plus –, ‘’et le premier qui le récite par cœur a un 20’’. Ce sont les seuls 20 que j’ai jamais eus en latin, mais je n’ai aucune mémoire de ces textes. Aucune.

— Alors que vous avez encore les Desnos, les limericks, …

— Oui, mais ça me revient, il y a une autre histoire de récitation, Racine, Iphigénie. Ouh là, ça revient, c’est un peu long, ça fait rien ? Bon, on y va, c’est Iphigénie qui parle

Mon père,
Cessez de vous troubler, vous n’êtes point trahi :
Quand vous commanderez, vous serez obéi.
 Ma vie est votre bien, vous voulez le reprendre :
Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre.
D’un œil aussi content, d’un cœur aussi soumis,
Que j’acceptais l’époux que vous m’aviez promis
Je saurai, s’il le faut, victime obéissante,
Tendre au fer de Calchas une tête innocente ;
Et, respectant le coup par vous-même ordonné,
Vous rendre tout le sang que vous m’avez donné.
Si pourtant ce respect, si cette obéissance
Paraît digne à vos yeux d’une autre récompense ;
Si d’une mère en pleurs vous plaignez les ennuis,
J’ose vous dire ici qu’en l’état où je suis,
Peut-être assez d’honneurs environnaient ma vie
Pour ne pas souhaiter qu’elle me fût ravie,
Ni qu’en me l’arrachant, un sévère destin,
Si près de ma naissance, en eût marqué la fin.

Popopopopopo popopopopopo, pfff, j’arrête, Iphigénie, acte quatre scène quatre…

Là, ça, je m’en souviens très très bien, c’était en troisième, avec Madame Agay. Là, c’était chaud, elle était très exigeante. On devait tous choisir un  passage dans un auteur du programme, roman, poésie ou théâtre. Deux ou trois minutes chacun. Elle nous apprenait à parler, avec des consignes : aller lentement, marquer les pauses, syllaber les mots longs, respirer, etc. Pour mon passage d’Iphigénie, je me rappelle,

Peut-être assez d’honneurs environnaient ma vie
Pour ne pas souhaiter qu’elle me fût ravie,

elle m’avait fait compter les syllabes pour bien prononcer sou-haiter, alors que j’avais prononcé [swete], il manquait un pied à l’alexandrin.

Elle nous disait : « ce n’est pas l’annuaire du téléphone, ce n’est pas le code civil, ce n’est pas la liste des courses, c’est un TEXTE ORAL, il faut le dire, pas le lire ». Comme elle était du Nord, elle se moquait un peu de notre accent du Sud-Ouest mais elle disait que ça aidait pour les alexandrins (elle rit) « pour ne pas sou-haiter qu’elle me fût ravie »…

— Ce passage d’Iphigénie, tout à l’heure, comme vous l’avez fait, c’était presque chanté, on vous disait aussi d’en faire une musique, de parler de façon musicale ?Elle nous disait : « ce n’est pas l’annuaire du téléphone, ce n’est pas le code civil, ce n’est pas la liste des courses, c’est un TEXTE ORAL, il faut le dire, pas le lire ». Comme elle était du Nord, elle se moquait un peu de notre accent du Sud-Ouest mais elle disait que ça aidait pour les alexandrins (elle rit) « pour ne pas sou-haiter qu’elle me fût ravie »…

— Non mais, Madame Agay – nous, on l’avait surnommée Laurette, elle s’appelait Laure, Laurette à cause de la chanson de Michel Delpech – elle avait monté au collège une petite troupe de théâtre pour les élèves, il y avait quelques profs aussi qui jouaient, et on faisait des choses assez marrantes, Ionesco, Tardieu, et elle nous demandait de jouer avec nos voix, « mais jouez avec vos voix, c’est des instruments ! ».

— Et vous, qu’est-ce que vous jouiez ?

— Dans les pièces ? Ah non, moi, là, je ne jouais pas, je m’occupais des répétitions et (elle rit) j’étais souffleuse, j’aimais bien ça, je connaissais les textes par cœur, c’était utile.

— Et après vos études secondaires, vous avez fait beaucoup de choses.

— Après mes études secondaires, j’ai eu l’occasion, comme monitrice de colonie de vacances, et plus tard dans le cadre d’une association, de lire des textes, publiquement si on peut dire, car quand je iisais pour moi-même, quand je lisais toute seule des choses écrites, j’avais tendance à les oraliser, à les sonoriser. Toute seule parce que je ne pouvais pas faire ça dans les lieux publics ou les  transports où je lisais des choses écrites. Remarquez, j’avais bien vu que des gens, dans le train, le bus ou le métro, ou sur des bancs de square, lisaient en bougeant les lèvres. Aussi dans les églises, même si je n’y suis pas beaucoup allée, sauf quelquefois pour des mariages ou des enterrements, et je me demandais si les gens murmuraient leur texte, dans leur livre de paroissien, en français ou en latin…

—  Une question : pourquoi vous intitulez-vous ‘’liseuse’’, plutôt que ‘’lectrice’’ ?

— Question prévue… Vous pensez peut-être au livre de Raymond Jean et au film, avec Miou-Miou, La lectrice…  C’est vrai, c’est le même travail, si c’est un travail. Lectrice, c’est le féminin de lecteur. Mais comme ce mot a plusieurs sens, au féminin comme au masculin, il peut désigner un lecteur ou une lectrice à l’université, dont le rôle n’est pas de lire mais d’enseigner. D’ailleurs, en anglais, on a deux mots différents, reader et lecturer. Mais moi maintenant, ce que je fais, ce n‘est pas lire des textes, les lire oralement, d’ailleurs je n’ai pas le texte sous les yeux, c’est  les dire, c’est dire les textes, pour moi ils sont de l’oral, même si, ou comme si, ils n’avaient pas été écrits, vous voyez ?

— Bon, vous les lisez d’abord, écrits, pour les apprendre, comme à l’école, les mémoriser, pour ensuite pouvoir les dire, sans plus avoir à les lire sur du papier, c’est bien ça ?

–  Oui, c’est ça, tout à fait. Oh je sais bien que la plupart ont  été écrits sans être oralisés, ou en même temps, on ne sait pas, ça dépend aussi si c’est de la poésie ou du roman ou du théâtre. Mais, vous savez bien, la littérature, c’est d’abord, à l’origine, de la tradition orale. C’était transmis et relayé par des gens qui ne connaissaient pas l’écriture.

– Et qui du coup avaient une grande mémoire orale …

– Du coup, comme vous dites. Mais la mémoire orale est bien antérieure à l’écriture.  Sans remonter bien loin, allez donc lire ce qu’a écrit Per-Jakez Helias, dans Le cheval d’orgueil, ou dans Le quêteur de mémoire.  Les conteurs se faisaient reprendre par leurs auditeurs, illettrés pour la plupart, quand ils avaient modifié, ou non respecté, tel détail ou telle formulation du récit. Maintenant, ces textes, enfin ces contes, ils ont été transcrits, souvent publiés, pas tous, loin de là, mais ils  viennent de la tradition orale, de la mémoire orale, avec le chant de l’oralité, on peut dire.

– Oui. Enfin, « le chant de l’oralité », l’écrit ne le conserve pas.  Il y faut des voix, c’est ça ?

– Alors, justement, vous avez dit tout à l’heure que je disais un texte comme du rap. Quelqu’un a dit qu’une partie des troubadours du Moyen-âge disaient ou chantaient peut-être comme du rap. On n’a rien enregistré à l’époque, sauf les paroles transcrites ensuite, plus tard. Mais les troubadours, ou les aèdes avant, ou les bardes, ils étaient dans la tradition orale, la plupart probablement illettrés. Ce qu’ils avaient appris, musique et paroles, c’était par transmission orale. Quand ils inventaient des chants, c’était oralement, et même les accompagnements, ils les apprenaient et les connaissaient sans lire des partitions.  Vous voyez ? Alors, l’oralité…

Et puis vous savez, la poésie, c’est souvent des rimes et un rythme, c’est ça aussi qui aidait à mémoriser oralement. Regardez les enfants, avec les comptines, ils apprennent ça avant de savoir écrire :

Une poule sur un mur
Qui picote du pain dur
Picoti picota
Lève la queue et puis s’en va

Et ils retiennent.

Tenez, il y a un cas intéressant. C’est ancien, c’est du douzième siècle, celui qui a inventé, enfin on dit que c’est lui, la sextine, Arnault Daniel, xiie siècle. Ça ne vous dit rien ? Au départ, on a six mots et il faut les mettre au bout de six vers, six fois dans six strophes, les mêmes mots, pas dans le même ordre[1]. C’est pour la mémoire, pour « retenir », comme on dit. La mémoire orale.

— Justement, c’est pour ça que vous vous dites ‘’oraliseuse’’ ? J’y reviens, vous voyez. Oral, je comprends, mais ‘’liseuse’’ ? Vous ne lisez pas, vous dites !

— J’aurais dû être ‘’oradiseuse’’ ? Oui, ça sonne moins bien. Une oraliseuse, c’est une qui oralise, et ‘’diseuse’’, ce n’est pas vraiment ce que je fais. Oui, je dis des textes, mais pour les avoir lus, ça vient toujours de textes écrits. Mais vous savez, diseuse et diseur, ça se disait un temps, c’était  employé dans certains cabarets. Il paraît que le nom du Théâtre de Dix-heures, un théâtre de chansonniers, ça vient de là, à ce qu’on m’a dit. Et d’ailleurs, pendant une période, quand je lisais, enfin disais, en public, j’avais des feuilles dans les mains, je faisais semblant de lire ce que je disais, d’oraliser de l’écrit dans l’instant. Mais il n’y avait rien sur les feuilles. Et puis maintenant, depuis deux, hm, trois ans, je viens sans feuilles, mains vides. Avant, quand j’allais dans les fêtes ou les maisons de retraite, certains à la fin me demandaient mes feuilles, pour garder les textes !

— Mais dites, de tout ce que vous avez récité, dit, lu depuis des années, vous l’avez totalement en mémoire, là, maintenant.

— Bon, c’est un peu bizarre. Si vous me demandez une liste de titres ou d’auteurs, je ne pourrai pas vous la donner. Mais si vous me donnez le titre ou l’auteur, probablement oui, tout ça doit être rangé là-dedans (se tapote le front). Ça me rappelle une blague (elle rit), quelqu’un qui dit : « Oui, c’est vrai, j’ai une très bonne mémoire des noms, mais je ne me souviens plus desquels ».

— Vous êtes un peu comme Stéphane Hessel…

— Ah oui, Stéphane Hessel en captivité, qui récitait des poésies[2], il avait une belle mémoire orale, et lui ne pouvait pas réviser. Il y avait aussi Le Lionnais, qui avait une mémoire visuelle exceptionnelle et décrivait en détail des tableaux à ses compagnons de captivité[3].

— Stéphane Hessel connaissait et récitait des poésies dans trois langues différentes. Et vous ? Vous avez récité tout à l’heure des limericks et des nursery rhymes. Vous ‘’oralisez’’ en anglais ? Dans d’autres langues ? Vous avez bien enregistré Langues sans visas ?

— Non, moi je n’ai enregistré qu’en français. Langues sans visas, c’est un écho, un hommage aussi, à Poésie sans passeport, d’Armand Robin. Le premier qui ait présenté à la radio des poésies de diverses langues en version bilingue[4]. Il y a dans les enregistrements des systèmes très variés et complexes d’alternance entre les deux langues. On a essayé de refaire un peu ça dans Langues sans visas.

— Vous avez un exemple ?

— Oui, on peut en écouter un. C’est une poésie de Spike Milligan, dont j’ai parlé avant.  Mais là pour le français c’est ma voix mais pour l’anglais, c’est quelqu’un d’autre, enfin quelqu’une.

[L’enregistrement comporte une alternance des voix et parfois des surimpressions, dont la présentation écrite ci-dessous ne peut rendre compte]

 

Mais il y a plus court, à quatre voix : deux en anglais, deux en français. On écoute ?[5]

— Eh bien, on finit quand même sur du français, et sur votre voix. Merci, Laura Guez.

 

RP 2020

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[1] Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Sextine

[2] Une voix pour la poésie, CD de 24 poèmes extraits deÔ ma mémoire : la poésie, ma nécessité, dits par Stéphane Hessel et mis en musique par Laurent Audemard, Indigène éditions, 2013.

[3] Arrêté par la Gestapo, incarcéré en 1944 au camp allemand de Dora, François Le Lionnais décrit chaque jour, pour ses compagnons de captivité, pendant la litanie de l’appel, qui peut durer huit heures, un tableau différent du musée du Louvre, qu’il détaille. Voir François Le Lionnais La Peinture à Dora. Le Nouvel Attila, 2016. Voir aussi Olivier Salon, Le Disparate François Le Lionnais, Tentative de recollement d’un puzzle autobiographique. Le Nouvel Attila, 2016.

[4] Armand Robin, Poésie sans passeport. Editions UBACS, 1990. Robin a traduit en français des poésies d’une quinzaine de langues différentes.

[5] (enregistrement : anglais, voix 1 en bleu, voix 2 en vert ; français, voix 1 en marron , voix 2 en rouge)


 

Per citare questo articolo:

Rémy PORQUIER, « L’oraliseuse » , Repéres DoRiF, n. 24 – Constellations discursives en temps de pandémie, DoRiF Università, Roma luglio 2021, https://www.dorif.it/reperes/remy-porquier-loraliseuse/

ISSN 2281-3020

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