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Weiwei GUO, Sonia BERBINSKI, Corina VELEANU

La création lexicale de la pandémie, entre peur et humour

 

Weiwei Guo
Université Lumière Lyon 2
CeRLA – Centre de recherche en linguistique appliquée
weiwei.guo@univ-lyon2.fr

Sonia Berbinski
Université Lumière Lyon 2
CeRLA – Centre de recherche en linguistique appliquée
Université de Bucarest
soniaberbinski@yahoo.com

Corina Veleanu
Université Lumière Lyon 2
CeRLA – Centre de recherche en linguistique appliquée
corina.veleanu@univ-lyon2.fr


Résumé
Nous proposons une approche plurilingue et comparative des discours dans le contexte de la pandémie COVID-19, à travers lesquels pourront être perçus les défis linguistiques, ainsi que certaines de leurs conséquences extralinguistiques. Les exemples choisis seront interprétés dans une approche contrastive, à la fois dans des contextes officiels, médiatiques, et dans des productions humoristiques dont le but est de résister à l’angoisse.

Abstract
Our research is based on a multilingual and comparative approach of discourse in the context of the COVID-19 pandemic. Several linguistic challenges, as well as their extra-linguistic consequences, are discussed while examples are interpreted according to a contrastive approach which takes into account different contexts (authoritative, media and humorous discourse, the latter aiming at resisting anxiety).


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Introduction : La langue et le langage entre la peur et le rire (jaune)

 

Le temps et les temps mettent leur empreinte sur la vie dans tous ses aspects : le vécu et le dit. Le besoin d’exprimer les aléas du vécu par le dit mène à une redimensionnalisation de la langue et du langage. Pour enfreindre ses peurs provoquées par les vicissitudes de la vie marquée par les épreuves des temps, l’homme cherche des échappatoires qu’il trouve, le plus souvent, entre autres, dans l’humour. Que ce soit un humour situationnel, humour langagier, de caractère, de mœurs ou gestuel, ce phénomène salvateur réussit à « désensorceler » les situations limites dans lesquelles peut se retrouver, à certains moments, l’humanité. La pandémie de coronavirus qui a basculé nos vies dans le petit chaos en l’un des exemples.
La peur et son antidote, l’humour, entretiennent des liens étroits depuis toujours. À noter que le terme « crainte » a subi des évolutions sémantiques et perceptives à travers les époques, et qu’il peut avoir diverses significations avec des valeurs émotionnelles complexes, allant de l’extrême négative de la terreur jusqu’à l’extrême positive de l’amour et du respect, le sens biblique de la crainte étant une des expressions de l’amour envers Dieu ou envers les parents. L’évolution de l’institution de la crainte en institution de la paix, même de l’amour, est un exemple d’une connotation négative qui évolue à travers le temps, du « mal » d’une institution qui est dit et transformé par les mots et l’usage qui en est fait, dans une notion éminemment positive.
Dans notre société soumise à la loi de l’émotion, où l’instantané exhibitionniste et voyeuriste des réseaux sociaux prend sa place comme outil d’organisation de la vie dans la cité, lorsque les dirigeants politiques se mettent à gouverner à travers des tweets et des messages sur Facebook, le sensationnalisme l’emporte sur la réflexion, la réaction affective sur la raison. Principe de l’économie oblige, plus de temps et d’efforts sont nécessaires pour réfléchir et raisonner, la satisfaction se trouvant – ou pas – au bout de ce long processus, alors qu’il est tellement jouissif d’exprimer tout de suite dans un discours limité en nombre de mots et de travail intellectuel, sa réaction spontanée, « à chaud », ainsi que de recevoir, selon les mêmes règles de la spontanéité, les réactions des autres. Il suffit de voir les créations lexicales de la pandémie, à profusion dans toutes les langues (ro. « a (se) covidi » (fr. litl. attraper le covid) ; fr. télétravail, ch. 云生活 (litl. vivre sur le nuage (Cloud)) ; angl. « fist bump » (fr. litl. poing-à-poing), pour ne donner que quelques mots de la crise sanitaire).
La réaction de défense contre la peur d’une bonne partie de la population est le rire. C’est la manifestation d’un état d’émotion humaine qui remplit plusieurs fonctions : il est social « un mode de communication permettant l’affirmation de soi et ayant une fonction de sociabilité. Il est aussi bien agressivité que refuge, facteur d’union que d’exclusion. » (BOUQUET, RIFFAULT 2010 : 13), culturel car il « est prescrit, autorisé ou prohibé selon les sujets (en fonction de l’âge, du sexe, du statut social), le cadre socioculturel, l’objet du message, les émetteurs) » (idem). « Du mécanique plaqué sur du vivant » selon Henri Bergson (BERGSON 1985) ou manière d’accéder à un plaisir interdit par un détour linguistique selon Sigmund Freud (FREUD 1988), le rire « mobilise ou fait vibrer une coupure intérieure qui nous travaille ; entre l’intime et le social, le visible et le caché, la loi normale et la parole inspirée qui risque de la subvertir ». (SIBONY 2010 : 107, cité par BOUQUET, RIFFAULT 2010 : 15) Castigat ridendo moris, disaient les Romains, le rire a aussi un rôle éducatif et judiciaire. Le rire est provoqué par diverses formes de communication : le comique, l’ironie, le mot d’esprit, la raillerie, la moquerie, la satire, la blague, la caricature, l’(auto)dérision, qui, toutes, participent d’un phénomène de communication à part qui est aussi une « Weltanschauung », une manière de voir le monde, à savoir l’humour, « Mode de pensée et état d’esprit qui peut devenir un mode de vie, double processus – à la fois cognitif et affectif – dans l’interaction des partenaires, arme défensive et offensive ayant une fonction personnelle et sociale, l’humour émane d’une subjectivité qui requiert la connivence entre partenaires. » (BOUQUET, RIFFAULT 2010 : 22)
Comme le remarquent Bouquet et Riffault : « l’humour est un moyen de défense face aux situations qui provoquent des sentiments d’angoisse. Selon Freud “l’humour, lui, peut être conçu comme la plus haute de ses réalisations de défense” (FREUD 1988 : 119). Il est alors une prise de distance par rapport à une réalité. L’humour rend la tragédie de la vie plus vivable » (idem). Les chercheurs se sont déjà penchés sur le rôle de l’humour durant la crise du covid-19 et ont étudié, par exemple, l’influence des marques d’humour sur les réseaux sociaux sur l’état émotionnel des internautes. En considérant le rire comme « un moyen efficace de soulager l’anxiété et la peur, de renforcer notre lien social tout en communiquant notre colère vis-à-vis des politiques » (MROWA-HOPKINS, NICHOLLS 2020 en ligne), il est intéressant de suivre la dynamique de la langue dans son effort d’exprimer une réalité socio-médicale grave, tout en se servant de stratégies langagières « décraintifiantes » (inventant un terme signifiant la promesse d’un avenir vécu sans crainte).
Cette période de crise a vu naître une profusion de textes législatifs dans tous les pays du monde, mais également un enrichissement des langues avec des termes créés ad hoc ou dont le sens a été renouvelé et même détourné à la faveur des nouvelles acceptions imposées par le nouveau contexte socio-médical.
Nous proposons, dans ce qui suit, d’inventorier et analyser des situations langagières où les créations lexicales, d’une part, et les divers types de déformations du sens, d’autre part, contribuent à l’enrichissement du vocabulaire des langues par des termes véhiculant des concepts spécifiques à la situation sanitaire vécue. Ce serait également une occasion d’identifier divers types de détournements discursifs à même de « positiver » en « dé-tensionnant » un vécu essentiellement « négatif » dans cette période.

1. Méthodologie et corpus

 

Nous situant dans une approche comparativo-analytique, pluriculturelle et plurilinguistique, nous nous proposons d’identifier, dans une première approximation, les items lexicaux ou discursifs qui constituent le champ sémantico-discursif de « la peur de covid-19 », déclenchant de véritables effrois dans le psychique des usagers d’une langue ou d’une autre. Dans un second temps, et plus en détail, nous allons contrebalancer ce sentiment d’aliénation sociale produit sous l’emprise de la crainte et déclenché souvent par la simple prononciation d’un mot de ce champ de la maladie, en analysant l’offre linguistique mis en marche pour exprimer l’humour « guérisseur ».
Extrait à partir de la toile, notre corpus est composé d’exemples plurilinguistiques, représentant les langues suivantes : français, roumain, chinois, anglais. Plus précisément, nous avons utilisé des listes de termes déjà construites, comme « Le “Dicovid” des mots inventés ! » réalisé par Le Robert à partir des mots créés par les internautes pour dire la crise sanitaire, le Dictionnaire absurde du Covid (SIMON 2020) où l’auteur revient sur les cent mots qui nous ont marqués pendant le confinement afin de faire rire et réfléchir, ainsi que des articles parus dans la presse régionale et nationale appartenant à différentes catégories de lectorat (généralistes, vulgarisation scientifique, féminine, seniors) entre décembre 2020 et la fin du mois de mai 2021. Il nous a semblé intéressant de sonder les perceptions des catégories de lecteurs variées et qui ne sont pas touchées par la crise de la même manière. Du point de vue affectif, on peut remarquer le fait que les publications de vulgarisation scientifique apportent un regard plus neutre, alors que la presse généraliste régit en fonction de leur coloration politique. Un équilibre a été recherché dans la constitution du corpus.
De cette façon, nous pouvons mettre en évidence la force créatrice des langues et leur capacité, régénératrice, d’offrir aux usagers des moyens de défense devant un fléau qui nous a pourri nos vies – la pandémie provoquée par le nouveau coronavirus, tout en sachant que ce virus existe depuis longtemps mais il ne s’est pas manifesté sous de formes aussi agressives que le Covid-19. Le « skopos » de ces stratégies est de dresser des « barrières » à la déprime sociale et individuelle provoquée par cet état de force socio-médical.[1]

2. De la peur panique au fou rire : quelques exemples pour illustrer la « montagne russe » d’émotions de la pandémie

 

Le discours de la pandémie s’est renchéri à plusieurs niveaux (sémantico-lexical, morphosyntaxique, pragmatico-argumentatif et même logico-rhétorique), se développant au niveau intralingual, mais aussi au niveau interlingual. Les stratégies de renouvellement discursif jouent premièrement sur la néologie (dans le sens de SABLAYROLLES 2000, 2011, MEJRI 2011)[2] qui introduit dans chaque langue des termes nouveaux ou revisités sémantiquement offrant une nouvelle dénotation domaniale (spécialisation des termes dans des nouveaux contextes), mais elles agissent aussi au niveau rhétorico-argumentatif dans l’effort de la langue et des langages d’accompagner les usagers dans leur tentative de désensibilisation devant la peur provoquée par ce fléau. Linguistiquement, la « déstabilisation » de la force « craintifiante » du Covid-19 se produit par diverses stratégies langagières basées sur de déformations multiniveaux. Nous n’allons que frôler quelques-uns de ces moyens de réalisation de l’ « humour-contre-la-pandémie », formule que nous utilisons pour nous référer aux efforts des gens de s’encourager pour résister à ce nouveau paradigme de l’existence humaine.

2.1.1 La combinatoire lexicale humoristique

Dans la majorité des cas, les nouveaux lexèmes, chargés sémantiquement et discursivement, sont le résultat de la dérivation lexicale (suffixale, préfixale ou parasynthétique), ou bien de la valorisation de la composante phonétique du langage. On obtient ainsi divers types de détournements qui ont des conséquences tant sur la forme (déformation de la structure morphosyntaxique des mots) que sur le sens (reconstruction de nouvelles lexies, figées, resémantisées et recontextualisées). La base théorique de notre approche repose sur la typologie établie par Jean Pruvost et Jean-François Sablayrolles (2003) et qui met en lumière les matrices internes (morphosémantiques : dérivation, composition ; syntactico-sémantiques : conversion, restrictions et extensions de sens, métaphores ; morphologiques : troncation, déformations phrastiques) et externes (emprunt).

2.2.1.1 Les lexies dérivationnelles et compositionnelles

Les préfixes les plus productifs dans la production de nouveaux termes sont ceux qui ont été extraits des deux grandes dénominations de cette forme de pandémie, à savoir corona – issu de Coronavirus et cov– provenant du mot Covid. Chaque langue emprunte ces préfixes pour créer des termes propres ou pour véhiculer des termes qui aspirent au statut d’universalité. Il est à retenir ainsi les items lexicaux plus ou moins adaptés phonétiquement (français/roumain/anglais) Coronavirus, Coronacoaster, coronavirologie, etc. Ces mots, classifiants, utilisés officiellement, empruntent leur schéma de composition à des créations lexicales marquées stylistiquement, ayant pour but de provoquer l’humour :

Préfixe + N

Français
Coronapéro
Coronoia
Cacoronaphonie
Coronacircus
Coroflipper
Coronadispute
Coronanisme
Coronaphobie
Coronavet[3]
Mélancovid (troncation)
Covidivorce
Covidéprime
Couvid (paronyme de Covid)
Covidisme

Anglais
coronacoinage
coronapocalypse
coronasomnia
coronaction
coronacoaster: The emotional ups and downs of lockdown.
Coronababy / Coronials
Coronallusional
COVIDeo party
Covexit
Coronaspeak

On observe la très grande productivité des formants « corona » et « covid », retrouvés surtout en début de mot, mais qui peuvent aussi apparaître au milieu ou à la fin. Ayant plusieurs syllabes, ils peuvent être tronqués. On peut également se poser la question des hapax graphiques, comme dans l’exemple « COVIDeo party », jeu de mots se basant sur l’élément « -vid- » présent dans les noms communs « video » et « covid », où les majuscules sont employées seulement pour le formant « covid ». Ces formants peuvent également servir de racines, comme dans le cas de « coronanisme » et « covidisme » où le suffixe -isme (très productif et entrant dans la construction des mots qui désignent des idéologies, des courants de pensée) est apposé aux formants.
Le roumain suit le même schéma dans la formation de ces lexies apparemment fantaisistes, mais derrière ces créations transparaît une autre « obsession » de la société, la corruption qui est considérée aussi grave que cette pandémie. C’est pourquoi on voit prendre vie tout un champ sémantico-lexical Coronacorupție (fr. coronacorruption) formé autour de ces deux préfixes. Ainsi, la crise de coronavirus est doublée par la « Criza de Coronaplicus (cu mutaţiile: Coronamită, Coronaşpagă, Coronaparandărăt) »[4] (fr. litl. La crise de Coronaenveloppe, avec ses mutations Coronapotdevin, Coronabackhiche, Coronaprofitillicite).
Le vaccin est venu avec ses adeptes et ses contestataires, ce qui a fait que toutes les langues créent un terme universel (fr./ro./angl.) covidiot (ch. 新冠憨憨 xinguan hanhan où 憨 han a le sens de naïf, crédule), c’est-à-dire celui qui ne respecte pas les mesures de protection anti-Covid ou qui est un antivax (antivacciniste), anti-pass’, anti-masque. Le roumain fait sa propre création en mettant ensemble le préfixe covid- sous une forme légèrement déformée (CoVid – vide partagé) et un mot désignant la bêtise – CoVido-prostia – ou bien la folie – CoVidnebunia (= Covidfolie).
La catégorie verbale connait aussi ses enrichissements lexicaux, organisant même les lexies en paires synonymiques ou antonymiques. Ce sont des verbes construits en général sur une base nominale, soit à partir d’un nom commun : fr. attestarder (attestation remplie tard, lorsqu’on est déjà dans la rue), solimasquer (conserver le masque même quand on est tout seul chez soi), ro. a se covizi, a se încovida (fr. attraper le Covid)/vs/a se decovida (guérir de la maladie Covid), a comorbidita (fr. vivre avec des comorbidités), soit à partir des noms propres, en faisant du porteur de ce nom une cause de l’aggravation de l’état de peur panique de la population : fr. Castexpliquer (expliquer maladroitement à la Jean Castex), ro. a arafatiza et son dérivé nominal arafatizarea formé sur le nom de (Raed) Arafat, le responsable du comité de pilotage du groupe gouvernemental qui décide les mesures draconiennes anti-pandémie. Ce sont des connotations négatives qui annulent le référent initial.

3.2.1.1. Les homophonies et les homonymies au service de l’humour de pandémie

L’une des stratégies linguistiques des plus fréquentes utilisée dans la création lexicale ou phrastique du langage créé dans cette période et qui déclenche l’humour guérisseur s’appuie sur les homophonies/homonymies parfaites ou approximatives. Pour obtenir l’effet désiré, l’humour, l’interprétation des nouvelles créations lexicales ou discursives doivent réactualiser l’ensemble de mémoires [5] encodées derrière la forme synthétique obtenue, à savoir « la mémoire phonétique […], la mémoire sémantico-lexicale […] la mémoire encyclopédique » (BERBINSKI 2016 : 138-139) et la « mémoire discursive » (BERBINSKI 2007 : 261, NYCKEES 2016 : 88).
Pour le chinois, ces mécanismes s’avèrent être très porteurs, engendrant beaucoup de lexies ou des syntagmes se rapportant au sujet traité. Ainsi, on a affaire à divers types de détournements à la faveur de nouvelles créations :
睡睡平安 shuishui ping’an : construit sur une homonymie approximative de 岁岁平安 suisui ping’an (une vie paisible année après année), un vœu prononcé à l’occasion du nouvel an : avoir une vie paisible en dormant.
疫禽 yiqin : homonyme approximative de 疫情 yiqing (épidémie) : animaux de l’épidémie, pour traduire « covidiot ». 禽 (les volailles) est employé comme insulte.
隔空喊话 gekong hanhua : littéralement « crier à travers le ciel », souvent employé pour exprimer une menace. Pendant le confinement, les habitants crient sur le balcon pour communiquer avec les voisins.
疫不容辞 yi burong ci : homonyme de 义不容辞 yi burong ci (devoir de diligence), le morphème devoir est remplacé par épidémie, le sens devient ainsi « l’épidémie oblige ».
战疫 zhan yi : combattre l’épidémie, homonyme de战役 zhan yi (une bataille)
抗疫 kang yi : une autre façon de dire combattre l’épidémie, homonyme de抗议 kang yi (protestation)
La séquence 少移动,不联通 shao yidong, bu liantong signifie « moins de mobilité, pas d’union », devenant le slogan proposé par China Telecom en détournant les enseignes de ses concurrents : China Mobile 移动 yidong et China Unicom联通liantong.
La polysémie du morphème 别 bie donne naissance à la séquence 你别来,我无恙 ni bie lai, wo wu yang signifiant « Si tu ne me rends pas la visite, je serai en bonne santé ». Dans l’expression initiale 别来无恙 bie lai wu yang (j’espère que tu es en forme depuis qu’on s’est vu), il a le sens de « séparer, se quitter » et forme un complément circonstanciel du temps : depuis qu’on s’est quitté. En y ajoutant un sujet, le morphème devient une négation : tu ne viens pas.
La créativité au niveau des lexies simples ou composées est complétée par la très riche créativité discursive, issue de diverses stratégies de production de l’humour : calambours, blagues, allusions, etc.

3.2.2 Les détournements discursifs

La redéfinition du sens des créations lexicales est inséparable de leur fonctionnement discursif. Ainsi, le spectre de la pandémie est chassé par le nombre énorme de blagues créées et circulant sur la toile, ce qui montre le dynamisme de la construction et du renouvellement du sens. Les mécanismes sont divers, à partir des jeux de mots, des mots/phrases valises, en passant par des métaphores de la pandémie, des personnifications à rôle détabouisant, jusqu’à des euphémismes ou paradoxes. Nous allons retenir seulement quelques situations où le Covid-19 est parodié pour mieux effacer son effet nuisible sur le psychique et sur le physique des gens.

3.2.2.1 Déformations phonétiques et mémoire encyclopédique dans l’humour de société (pandémique)

Nous désignons par « l’humour de société » cette forme d’expression humoristique qui transgresse l’espace mental de l’individu, pour être partagé par un groupe plus ou moins étendu. Ce partage dans la moquerie devient de plus en plus nécessaire dans les situations limites, qui semblent ne pas avoir d’issue à l’horizon. La pandémie a déchaîné la force du rire comme thérapie contre la peur généralisée.
Les productions humoristiques affichées sur la toile mettent en action des stratégies qui valorisent tant les facteurs linguistiques que les facteurs extralinguistiques et encyclopédiques (culturels, civilisationnels). Il faut activer ces mémoires pour pouvoir décoder, interpréter le message véhiculé, tout en pouvant partager le sens de l’humour.
L’exploitation des déformations phonétiques fait ressortir l’humour dans l’énoncé suivant : « après le variant brésilien, le variant Breizhilien »[6], moment parodié sur Twitter à la suite de « l’annonce de la découverte du variant breton ». Homophonie parfaite entre brésilien et Breizhilien le sens se laisse découvrir, avec sa charge d’humour, seulement après l’activation de la mémoire encyclopédique et étymologique qui nous permet de nous rappeler que le dérivé adjectival du syntagme créé vient de Breizh, qui est le nom en breton pour désigner la Bretagne. Cette forme circule en parallèle avec « le hashtag VariantBreton », ou encore « Le variant breton a déjà son bol » ayant une inscription sur le bol à café : « covidic », en écho aux noms de famille breton qui finissent en -ic.
Le même mécanisme est mis en marche pour engendrer les situations comiques de l’exemple extrait du Bibamagazine : « La Jamaïque entre dans la course aux vaccins avec son Rasta Zenica. Il n’est pas aussi efficace que les autres mais après la deuxième dose tu n’en as plus rien à foutre… »[7]. En jouant sur le rapprochement phonétique du nom du vaccin AstraZeneca et le nom du mouvement rastafari développé en Jamaïque dans les années 1930, son interprétation ne pourrait pas se charger de sens qu’en activant nos connaissances culturelles partagées sur ce mouvement social jamaïcain. En dehors de cette remémorisation, le sens resterait opaque pour l’interprétant.
En anglais, « you are hot » qui signifie en langage familier « tu es attirant(e) » a pris une nouvelle signification durant la pandémie : « tu as de la fièvre » ; d’ici, la maxime de relation de Grice (GRICE 1979 : 61) est enfreinte lorsque quelqu’un répond à la personne qui prend sa température avec un thermomètre frontal et dit « you are hot » par « oh, thank you ! ».
La même maxime est transgressée dans le texte suivant : « le gouvernement nous autorise les déplacements sur des distances à vol d’oiseau alors que personne ne se déplace en oiseau de nos jours… ». La structure figée « vol d’oiseau » est décomposée et son sens métaphorique est détourné vers le concret. L’idée de distance qui représente le noyau sémantique de ce syntagme disparait et est remplacé par le sème « moyen de transport ». On retrouve cette violation de la loi de la pertinence dans le dialogue aux relents misogynes entre un chauffeur qui est verbalisé par une policière pour l’absence du masque « sans masque c’est 135 euros » et qui répond comme s’il avait répondu à une prostituée qui lui communiquait le prix de ses services « ok, monte ». La version sans misogynie nous montre un policier qui demande à un conducteur d’automobile « papiers, s’il vous plaît » et celui-ci lui répond « y en avait plus, mais si vous voulez j’ai des pâtes », ce qui correspond à la fois à l’esprit d’entraide et à la pression exercé par la « nouvelle normalité » sur notre mental collectif.

3.2.2.2 Déformations phrastiques

À part la composante phonétique qui est le plus souvent valorisée dans ces stratégies, les déformations syntaxiques (ou structurelles) sont une autre source de production de l’humour, sans doute recherché. Ainsi, dans l’énoncé « Le lundi au soleil, c’est une chose corona jamais ! », l’apparente erreur de construction qui fait se succéder deux noms suivis par un adverbe (jamais), représente en fait la recomposition phonétique, derrière un nom (corona) d’une relative « qu’on aura », transformée par le mélange presque verlanesque des syllabes. Cela permet le fonctionnement d’un jeu de mots avec l’abréviation du nom du virus qui est d’ailleurs utilisée pour désigner le virus dans plusieurs langues (espagnol, roumain, portugais, hébreu).
Des parodies syntaxiques ont été créées aussi pour ridiculiser la communication défectueuse des autorités et le chaos législatif et réglementaire qui règne : « Le gouvernement annonce l’annulation du maintien de la suppression des mesures dont l’abandon de la confirmation avait été abrogé. »
La chloroquine, médicament préconisé par les médecins pour guérir du coronavirus, est aussi le sujet d’un canular homonymique basé sur un photomontage à partir d’un vin corse, qui a donné une image qui montre une étiquette collée sur une bouteille de vin et qui lisait « Clos Roquine ». L’idée a été reprise par une société belge, par le producteur français de vin dont l’étiquette avait été utilisée et par un producteur français de bières qui ont fait des dépôts de marques (PIGNON 2020).

3.2.2.3 Déformations sémantico-discursives

Les ambiguïtés et la polysémie jouent leur rôle privilégié dans la production de l’humour. Vivant une période où toutes les valeurs sont renversées, sinon annulées, le sens des mots suit le sens des temps. Ainsi, ce qui est positif, est en fait négatif, et l’inverse. C’est justement ce qui est parodié dans l’exemple suivant : « Pour 2021, soyez tous positifs!»[8]. C’est un jeu de sens construit sur la valeur de l’adjectif « positif » imposée par la crise sanitaire. La déformation productrice de l’humour résulte de la différence entre le sens médical de cet adjectif considéré dans sa qualité de terme médical, spécialisé, imposé par le contexte pandémique et le sens dénotatif utilisé en contexte général, en dehors du domaine de spécialité de la santé. Être positif signifie être infecté par un virus, ici le coronavirus, par conséquent avoir un effet négatif, indésirable sur les gens, sens qui contrevient au sens dénotatif, désignant une valeur désirable.
La personnification accompagnée par l’ambiguïté de construction est aussi de mise. Dans l’extrait « C’est la première fois que mes mains sont plus alcoolisées que moi ! Ce n’est pas évident pour travailler ! », les mains deviennent le référent animé, indépendant du référent porteur. Le verbe cache le double mouvement du procès : alcoolisé intérieurement à la suite de l’ingurgitation de l’alcool/vs/extérieurement, par une action externe. Le référent passif (les mains) devient ainsi un référent actif (rôle qui aurait dû être attribué à la personne qui possède les mains).
Les noms des personnes dépositaires de l’autorité publique et des politiciens sont également des sources de jeux de mots, comme le nom de Jean Castex qui devient «Cassetête» dans une question qui rappelle l’esprit de fronde bien français : « Jean Cassetête a dit pas plus de 6 à table… OK, mais on a le droit à combien de tables ? » Un casse-tête difficile à résoudre, effectivement.

3.2.2.4. Humour multisources

Le plus souvent, le langagier est accompagné par le non verbal, gestuel ou visuel. Les publications se servent de ces moyens multimodaux pour réussir à transmettre le mieux leur message. Les images caricaturales accompagnées par des textes significatifs, des parodies, pamphlets ou simples moqueries sont abondantes autour de notre sujet. Cela met en évidence une force créatrice multiple des producteurs de l’humour.
Les similarités phoniques sont des sources inépuisables d’inspiration qui mettent la néologie à l’honneur ; l’on voit, par exemple, le verbe « droner » pour signifier « envoyer à l’aide d’un drone » dans un dessin humoristique qui montre une table avec huit convives, chacun dans son espace séparé par un panneau de plexiglas, et dont l’un demande à un autre « tu peux me droner le sel ? », au lieu de dire « tu peux me donner le sel ? », alors qu’un drone est en train de planer au-dessus de leurs têtes. « Donner » et « droner » partagent une similarité phonique et graphique qui rend le remplacement très naturel. Emprunté à l’anglais, le nom « drone » a été complètement adopté par le français courant, à tel point qu’une forme verbale a été dérivée. Cet emprunt assimilé s’est fait sur le même modèle que le verbe « flasher », analysé par John Humbley (HUMBLEY 2010 : 28), intransitif en anglais mais transitif en français : on a d’abord emprunté « flash » et « drone » pour ensuite en faire des verbes à la française.
Les observations géniales des internautes rentrent aussi dans la catégorie de l’humour : « On aurait dû se méfier. Une année qui s’écrit 2×20, forcément ça sentait la quarantaine». Les informaticiens ont participé aussi à la farandole des blagues intelligentes : « Il faut désinstaller et réinstaller 2020, je pense qu’il y a un virus. », en jouant sur la polysémie du terme « virus » ainsi que sur sa double appartenance aux domaines de l’informatique et de la médecine.
Les anagrammes combinées avec des noms d’animaux ont aussi été employées pour ridiculiser les théories de la conspiration, notamment sur une photo qui montre deux ratons-laveurs en haut d’un poteau électrique : « La vérité est que la Covid-19 est transmise par les ratons-laveurs. En preuve, il porte un masque et se lave toujours les mains, d’où le surnom « laveur » et en anglais il se nomme Racoon, soit l’anagramme de Corona. Les voici en plein travail d’installation d’une antenne 5G. »
La reprise de slogans caractéristiques à certaines situations sociales nourrit aussi l’imagination des internautes créateurs d’humour, comme dans l’exemple de l’habitude des anglophones d’accrocher une plaque titrant « just married » ainsi que des cannettes faisant du bruit à la voiture des nouveaux mariés au départ de l’église. Sur un dessin intitulé « Après les jeunes mariés, les jeunes vaccinés ! » on peut voir deux jeunes mariés dans une voiture à laquelle est accrochée une plaque sur laquelle il est écrit « just vaccinated » ainsi que des flacons de vaccin étiquetés « covid-19 ».

4. La perception du rire est déterminée culturellement

 

On ne peut pas rire de tout, disent certains, croyance qui a eu à travers le temps des conséquences sévères. Des chercheurs roumains et kazakhs soutiennent que l’humour est nuisible en pandémie dans leur article publié en janvier 2021 dans la revue Healthcare (CURȘEU, COMAN, FODOR, RAȚIU, PANCHENKO 2021). Menée sur un échantillon de 737 participants (556 Roumains et 81 Kazakhs), cette étude arrive à la conclusion pour le moins étonnante que la communication humoristique peut diluer indirectement les effets de la communication officielle au sujet des intentions de comportement de protection :

Finally, our results have implications concerning the use of humor in public health communication. Although, in general, the use of humor is praised in a variety of settings, our results show that exposure to humor may decrease the association between the exposure to general information and the negativity towards COVID-19. The use of humor in public health communication should be cautioned, as these effects indirectly impact the likelihood to engage in protective behaviors. It could be that joking helps in general, yet, in this pandemic, exposure to humoristic communication may indirectly dilute the intended effect of official communication on protective behavioral intentions (CURȘEU, COMAN, FODOR, RAȚIU, PANCHENKO 2021 : 122).

Cette étude, dont l’échantillon est loin d’être représentatif et qui montre les dérives de la science, est contredite par la tradition de la psychologie et de la psychiatrie, comme le montre Kareen Seidler (apud VERGIN 2020)[9], chercheuse et porte-parole de l’Institut Allemand pour l’Humour qui affirme que nous avons le droit de faire des blagues au sujet du coronavirus et qui nomme cela une « hygiène psychique ». Le célèbre psychiatre Victor E. Frankl (ibid)[10], le créateur de la logothérapie, la thérapie par le sens, mise en place après la Seconde Guerre mondiale, était du même avis lorsqu’il affirmait que « l’humour est une arme de l’âme dans la lutte pour la préservation de soi », car l’humour avait aidé les prisonniers de camps d’extermination nazis à survivre psychologiquement aux atrocités auxquelles ils avaient été soumis. Faire des blagues au sujet d’une situation menaçante est sain et normal et cela réduit la peur et la tension, même si ce n’est que pour quelques secondes, cela nous aide à nous distancier de la situation négative. S’amuser ensemble augmente le sentiment d’être ensemble, de faire partie d’une communauté, l’humour social étant employé par les policiers espagnols qui aident les populations isolées. L’humour noir et l’humour agressif ne sont pas bénéfiques dans des situations où on a besoin d’empathie. Le rôle des réseaux sociaux est d’être une source d’inspiration. Il ne faut pas se sentir coupable de rire à une blague sur le coronavirus et il faut penser à des gens comme Victor Frankl, survivant des camps nazis, psychiatre, et au fait que l’humour du camp de concentration peut être un instrument vital de survie (idem).
Au cours de la présente étude, nous avons remarqué que l’humour est peu présent dans les discours officiels et sociaux en Chine, où l’autodérision est pourtant une tradition. Les recherches sur l’humeur en lien avec la pandémie (Google, BAIDU) ne donnent qu’une vingtaine de textes humoristiques, dont la majorité encourage la population à respecter le confinement strict. Dans son interview accordée à FTChinese (la version chinoise de Financial Times), Yue Tao, autrice et professeure à Rotterdam School of Management, partage le contraste d’ambiance entre ses réseaux occidentaux et chinois : « D’un côté, il y a l’émotion mélancolique d’un pays en ruines, et de l’autre, l’humour noir des vacanciers… Il y a une humeur dominante en Chine – c’est une humeur de tristesse ! Ce phénomène n’est pas seulement visible dans les médias, mais il est également très évident lorsqu’on parle à des amis ».[11]  Est-ce le reflet d’une nation unie devant une situation critique ? En tout cas, il n’est pas bon ton aujourd’hui de rire avec l’épidémie si l’on croit à une tribune publiée en janvier 2020 (donc le début de la crise sanitaire) sur Xinhuanet[12], l’organe central de la communication gouvernementale.

Conclusion

 

La recherche que nous avons faite sur ce sujet d’une contemporanéité extrême nous a mis devant un phénomène psychique que rien ne peut annuler – la capacité régénératrice du psychique humain par l’intermédiaire de la création -, tout en nous permettant de vérifier les fonctions argumentatives des créations lexicales, comme l’ont affirmé Pruvost et Sablayrolles : « Les néologismes sont utilisés à diverses fins argumentatives par leurs créateurs qui visent à agir ainsi sur leur(s) interlocuteur(s). » (PRUVOST, SABLAYROLLES 2019 : 76). Après avoir passé en revue les procédés de néologisation, tant dans les matrices internes et externes, on peut conclure à une très grande créativité linguistique, ancrée plus particulièrement dans la dérivation et l’amalgame, dans le détournement discursif et sémantique, et qui met en lumière le poids de l’affect dans le processus de création langagière.
Pour l’homme contemporain, « l’affectivité est trop souvent considérée comme une valeur désuète, […], une culture de la molécule, une culture du chiffre, une culture ‘désaffectivée’ », affirmait dans une interview donnée en 1993 pour L’Express, Boris Cyrulnik. Pourtant, l’affectivité est créatrice d’univers, car elle « crée un monde intime qui va orienter la plupart des décisions, des comportements, des engagements et la représentation du monde des êtres humains » (idem). Face à une agression « psychologique, et neurologique »[13] qui peut aliéner l’homme qui n’est « pas fait pour vivre seul », le seul moyen d’échapper à ces contraintes est la parole, la création. La parole dite ou écrite peut créer ou détruire, calmer ou angoisser ; le neuropsychiatre parle de « la fonction tranquillisante de la parole » et du fait que « quand quelqu’un ne peut pas formuler une phrase, son rythme cardiaque s’accélère » (O’DY SYLVIE 1993). En situation de crise, la parole devient un instrument de pouvoir extraordinaire, une arme dangereuse ou un outil pour soigner l’individu et son groupe social. La parole-pouvoir séduit, fascine, ensorcelle les êtres humains apeurés par l’incertitude, la maladie et la mort. « Les représentations verbales sont très contagieuses » (CYRULNIK 2016 : 99)
En présentant quelques-unes des stratégies de création et de recréation lexicale et discursive, nous avons montré comment l’esprit humain trouve la force de chasser l’angoisse. Linguistiquement, ces moyens d’enrichissement lexical, sémantique et discursif témoignent du dynamisme du langage, trouvé dans un processus incessant de construction et reconstruction du sens par resémantisation et recontextualisation dans un espace sémantico-discursif toujours renouvelé. Il serait intéressant de poursuivre cette recherche sous l’angle de la diachronie courte afin d’observer l’implantation des néologismes, leur entrée dans l’usage ou leur disparition, mais aussi dans une perspective comparative pour dégager les éléments communs avec d’autres périodes de crise qui ont été sources de création linguistique et tenter d’en établir la liste d’axiomes.

Références bibliographiques

 

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VERGIN, Julia, « Coronavirus: Râsul este permis! », DW Deutsche Welle, 24. 03. 2020, https://www.dw.com/ro/coronavirus-r%C3%A2sul-este-permis/a-52896313
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拿疫情编段子,太没底线, http://www.xinhuanet.com/comments/2020-01/23/c_1125495844.htm


[1] Au moment où le présent article est en phase de la dernière révision, Shanghai, capitale économique chinoise à 26 millions d’habitants, est confiné depuis presqu’un mois. L’ambiance n’est plus la même que lors du confinement de Wuhan en 2020 où tout le pays apparaissait uni. La polémique entre « vivre avec le virus » et « zéro covid » fait rage et fait naître de nombreuses nouvelles expressions, ainsi que des discours d’autodérision et d’humour. Ces nouveautés langagières feront l’objet de nos prochains travaux.
[2]Le phénomène de néologie est revisité actuellement dans des recherches (Mortureux 2011, Humbley 2011, Mejri 2011, Sablayrolles 2011) qui essaient de réduire le clivage entre, d’une part, la « néologie (morpho)syntaxique » (conception remontant encore à Brunot 1966, Guilbert 1975, Goosse 1975, Hristea 1979) qui mettait l’accent sur la partie formelle des nouvelles constructions dans une langue et, d’autre part, une « néologie lexicale » faisant place à la « création lexicale » (Dubois 1969, Guilbert 1974, Mortureux 2011) résultant de divers mécanismes ou bien une « néologie sémantique » qui réside dans une superposition de sens permettant ainsi de parler de néologie « quand un mot déjà existant dans une langue ajoute un autre sens» (Sablayrolles 2000 : 150). En fait, les recherches actuelles dans ce domaine envisagent plutôt une approche intégrée, dans les sens d’une sémantique compositionnelle, où le nouveau sens résulte de la projection d’un niveau sur un autre (Berbinski 2015) dans un mouvement circulaire, situant le phénomène dans une perspective combinatoire (Mejri 2011, Sablayrolles 2011).
[3] Exemples retenus partiellement du « Dicovid » des mots inventés !, https://dictionnaire.lerobert.com/dis-moi-robert/raconte-moi-robert/mot-annee/le-dicovid-des-mots-inventes.html.
[4] Titre dans le journal « Ziarul de Suceava », https://www.ziardesuceava.ro.
[5] Ce concept est compris comme « l’ensemble d’instructions stockées dans notre intellect, de nature morphosyntaxique, sémantique, pragmatico-discursives, encyclopédique (traces culturelles, civilisationnelles) à même de fournir aux instances interlocutives toutes les informations nécessaires à la production/interprétation de ce phénomène » (BERBINSKI 2016 : 137).
[6] Exemple extrait de l’article « Humour : quand le variant breton du Covid-19 inspire des blagues », La rédaction, le 16 mars 2021 à 11h15 mis à jour 19 mars 2021 à 15h03.
https://www.pleinevie.fr/vie-quotidienne/societe/humour-quand-le-variant-breton-du-covid-19-inspire-des-blagues-28684,
[7] https://www.bibamagazine.fr/insolite/drole/epidemie-de-covid-19-les-meilleures-blagues-vues-sur-la-toile-pendant-cette-annus-horribilis-128238.html#item=1, « Epidémie de Covid-19 : les meilleures blagues vues sur la Toile pendant cette « annus horribilis » ! », BIBA, par Team Biba, 17 mai 2021
[8] https://www.sudouest.fr/charente-maritime/jonzac/en-images-quand-le-virus-de-l-humour-mele-le-vin-au-covid-19-1160813.php, « En images. Quand le virus de l’humour mêle le vin au Covid-19 », publié le 01/02/2021 à 14h13
[9] Apud Julia Vergin, “Coronavirus: Râsul este permis!”, 24. 03. 2020, DW Deutsche Welle, https://www.dw.com/ro/coronavirus-r%C3%A2sul-este-permis/a-52896313
[10] Apud Julia Vergin, “Coronavirus: Râsul este permis!”, 24. 03. 2020, DW Deutsche Welle, https://www.dw.com/ro/coronavirus-r%C3%A2sul-este-permis/a-52896313
[11] Interview réalisé par Louis Hothothot de Tao Yue, un écrivain shanghaien vivant au Pays bas, publié sur le site chinois de Financial Times : http://www.ftchinese.com/story/001087319?topnav=lifestyle, consulté le 13/09/2021.
[12] 拿疫情编段子,太没底线(c’est vraiment immoral de plaisanter avec l’épidémie) http://www.xinhuanet.com/comments/2020-01/23/c_1125495844.htm, consulté le 13/09/2021.
[13] Dans l’émission « Le Téléphone sonne » de France Inter le 27 avril 2020 à 17h55 le neuropsychiatre expliquait que le confinement altère le fonctionnement du cerveau.


 

Per citare questo articolo:

Weiwei GUO, Sonia BERBINSKI, Corina VELEANU, « La création lexicale de la pandémie, entre peur et humour », Repères DoRiF, n. 25 – Le lexique de la pandémie et ses variantes, DoRiF Università, Roma luglio 2022, https://www.dorif.it/reperes/weiwei-guo-sonia-berbinski-corina-veleanu-la-creation-lexicale-de-la-pandemie-entre-peur-et-humour/

ISSN 2281-3020

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