Arts et résidences

homéostatiques

 

Numéro coordonné par David Galli

 

 

Ce numéro de revue s’inscrit à la suite d’un événement international organisé en France, à Avignon, avec notre Réseau franco-italien de recherche interdisciplinaire[1]. En approchant collectivement les limites de l’industrie créative (GALLI 2023) et ses processus vivants, nous avons fait apparaître des enjeux artistiques plus spécifiques aux cultures humaines. Les chercheurs et les artistes sont, comme leurs congénères, confrontés à un impératif de régulation (DAMASIO 2026 : 34) lorsqu’ils réalisent leurs activités quotidiennes. Pour interroger le monde, créer des représentations ou communiquer des informations sensibles, ils s’appuient sur leur cerveau et leur corps (SCHOPENHAUER 1819 : 144). Sur le terrain des laboratoires scientifiques et des ateliers artistiques, il est par ailleurs de moins en moins rare d’entendre des collègues raconter les bouleversements viscéraux liés à leurs découvertes. Comme l’explique Antonio Damasio depuis plusieurs décennies[2], une recherche ou une création mobilise notre organisme tout entier pour capter des informations autour de nous (extéroception) mais aussi en nous (intéroception). Publier un article, par exemple, ne résulte pas seulement d’un exercice littéraire ou textuel, il existe des enjeux biologiques qui sous-tendent la problématique explorée par l’auteur. Cet impératif de recherche (GALLI 2021 : 248) n’est pas anodin, il révèle une dynamique irrésistible et en partie dissimulée par les apprentissages culturels que nous avons commencé à étudier dès le milieu du XXe siècle en sciences humaines et sociales : l’homéostasie. Il ne faut pas voir ce concept de Walter Bradford Cannon – inspiré par les apports initiaux de Claude Bernard – comme « un état neutre, mais comme un état dans lequel les opérations du vivant sont régulées positivement » (DAMASIO 2017 : 76), c’est-à-dire dans le but de maintenir les variables corporelles dans une fourchette propice à l’individu. L’homéostasie permet d’étudier des phénomènes communicationnels (ESCARPIT 1976 ; BOUGNOUX 1993 ; GALLI 2020) en prenant en compte cet impératif qui oblige les êtres vivants à se réguler en fonction des événements de leur vie sociale et culturelle.

Chercheurs et artistes, en tant que mammifères impliqués dans des processus de recherche avec leur corps vivant (ANDRIEU 2016 ; MARTIN-JUCHAT 2020 ; GALLI, GALLI 2023), ne peuvent être épargnés de ces contraintes primaires. Il faut nous plonger dans les implications corporelles de nos activités universitaires : lorsque l’on entame un travail réflexif essentiel à toute démarche méthodologique sérieuse, on comprend qu’il n’est pas aisé de nous passer de nos sentiments dans la recherche. Les sentiments sont eux aussi « impérieux » (DAMASIO 2026 : 113). Chacun peut sentir que, malgré les tentatives répétées d’évacuation de ces processus intérieurs par certaines orientations institutionnelles, nos sentiments résistent et s’imposent. Difficile de les occulter quand ils sont à l’origine d’une rencontre inattendue sur le terrain d’enquête ou d’un choix décisif lors de la constitution du corpus. Au fond, ces sentiments « agréables et désagréables correspondent (respectivement) aux fourchettes hautes et basses de l’homéostasie » (DAMASIO 2017 : 169) si bien que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils nous permettraient de mieux documenter une création scientifique (MOLES 1963 ; LAHIRE 2025a) ou artistique.

Pour faire avancer sa carrière, éviter des sentiments désagréables et construire son identité, le chercheur ou l’artiste s’appuie sur des informations à la fois intérieures et extérieures à son corps. Nous avons trop longtemps laissé ce point épistémologique à d’autres spécialistes. Or, les sentiments « homéostatiques sont prêts à offrir à l’extéroception les produits ultimes de l’intéroception : un chez-soi et un propriétaire » (DAMASIO 2026 : 171), ce qui nous rappelle que nous résidons dans un organisme vivant pour mener nos recherches. Aujourd’hui, même les machines les plus élaborées ne peuvent pas dépasser notre condition humaine fondamentalement limitée par cette résidence homéostatique tantôt autonome, tantôt gênante qu’est le corps (GALLI 2018). La résidence consiste à residere, en latin, « séjourner, rester, demeurer[3] » et nous vivons une « assignation à résidence[4] » en devenant très tôt les résidents d’une maison organique que nous ne contrôlons pas complètement (SCHOPENHAUER 1819 ; FREUD 1917). À en croire nos expériences résidentielles de chercheurs, d’artistes ou plus largement d’humains, nous n’y sommes d’ailleurs pas « établi de manière durable ou permanente[5] ». La dimension éphémère de la résidence semble se réaffirmer à chaque fois que je me réveille d’une courte sieste[6], quand je récupère « à la fois la propriété (mon esprit) et son propriétaire (moi) » (DAMASIO 2010 : 10). La propriété impermanente semble donc inhérente à tout processus résidentiel.

Ce cheminement théorique nous impose maintenant d’étendre ce concept de résidence homéostatique à une acception plus classique en sciences humaines et sociales : la résidence pour artistes (DENOIT, DOUZOU 2016) et chercheurs (VILLAGORDO 2012). Il s’agit d’une extension de l’homéostasie à un dispositif humain où le résident explore des questions sociales, scientifiques ou créatives qui portent néanmoins, « de part en part, sur les conditions nécessaires aux individus humains pour se maintenir en vie » (DAMASIO 2026 : 197). Dans de nombreux cas, en effet, le résident est d’abord celui qui est suffisamment conscient de ses sentiments pour développer des arts et des langages. Il se met à parler puis à problématiser, tout en travaillant la matière ou l’écriture. En revenant chaque jour dans ce même espace qui lui est dédié pour un temps limité, son organisme est contraint de réduire les délais entre recherche préalable et création idéale, voire essayer la recherche-création (RENUCCI, GALLI 2022) dans un même mouvement. Très vite, l’artiste ou le chercheur peut construire une liaison entre deux résidences homéostatiques : son corps vivant, d’une part, et un tiers lieu (GALLI, GALLIANO, LAMBERT 2024) qui n’est pas habituel, d’autre part. Les deux formes s’entremêlent et semblent diriger l’individu vers des arts eux-mêmes homéostatiques qui ont pour but de « résoudre un problème causé par les sentiments » (DAMASIO 2017 : 254). Aussi, comment les chercheurs et les artistes s’appuient sur ces processus biologiques pour accomplir leurs travaux ? Sans que nous puissions répondre ici à cette question sur le plan expérimental[7], il est tout à fait possible de prendre appui sur les connaissances de disciplines qui nous semblent parfois éloignées pour contribuer à une science sociale du vivant (LAHIRE 2023, 2025b) depuis les arts et les résidences homéostatiques.

Cette introduction a en ce sens pour ambition de fournir au lecteur une grille d’analyse interdisciplinaire pour aborder les articles au sommaire de ce numéro. En plus des problématiques traitées isolément dans chaque texte, nous ajoutons un prisme de lecture supplémentaire en « reliant des savoirs séparés[8] ». Ainsi, le lecteur pourra découvrir chaque article de manière indépendante, mais il saura également sillonner les développements des auteurs à la lumière des enjeux homéostatiques. Chacun aura dès lors la possibilité d’étendre la portée des mots « arts » et « résidences » – comme dans les précédents paragraphes – pour explorer les différentes publications. Alors que les arts peuvent être primitifs, très élaborés voire industrialisés (BOUQUILLION, MIÈGE, MŒGLIN 2013), les résidences s’organisent sous de nombreuses formes dans les corps vivants, les terrains de recherche, les établissements ou les disciplines. L’activité de création devient dès lors une « nécessité vitale » (LAHIRE 2025a : 63) en contexte scientifique ou artistique qui est analysée par certains auteurs, puis directement expérimentée par d’autres. Le numéro est donc scindé en deux parties complémentaires : « Arts et résidences homéostatiques » (1) puis « Et tout le reste est littérature… » (2).

La première partie s’ouvre par un article sur « La création artistique à l’ère numérique » proposé par Alessandro Leiduan qui choisit une « approche généalogique » de la fiction – art homéostatique des sociétés humaines depuis des siècles – pour révéler sa « spécificité transhistorique ». Selon lui, il y a des « compétences mentales non négociables » qui permettent aux individus d’expérimenter l’art fictionnel, en se logeant à distance, dans une résidence sans « participation immersive ». Selon Judith Caceres et Marie-Caroline Neuvillers, brouiller cette frontière homéostatique « entre réalité et invention » – ou pourrait-on dire, entre résidence et art – peut aussi renforcer certains stéréotypes. Dans leur article, « Quand l’imaginaire nourrit la défiance : représentations des médias et des journalistes dans la fiction audiovisuelle », les deux chercheuses étudient comment les représentations fictionnelles des journalistes sont susceptibles d’alimenter la défiance envers eux.

Laurent Fauré et Thierry Serdane explorent ensuite l’enjeu homéostatique de la reconstitution historique, et la manière dont celle-ci peut relever d’un processus de « (re)création » pour les sociétés humaines. Dans leur article, « L’imaginaire scientifique est-il soluble dans la créativité vidéoludique ? », les auteurs abordent certains dispositifs créatifs en s’appuyant sur ce que nous pourrions appeler ici des résidences collectives et financées, soutenues par les pouvoirs publics dont l’Agence nationale de la recherche (ANR) en France. Dans un registre qui n’est pas si éloigné, Jeanne Ferrari-Giovanangeli étudie le défi homéostatique de la patrimonialisation en interrogeant « l’œuvre immersive ». Son article, « De l’éphémère à l’archive : l’Héritage Immersif en création », revient sur les traces laissées par les participants lors de ce type d’expérience résidentielle à la fois artistique et éphémère. Le « geste d’archive », en particulier, prolonge le geste de création et révèle par la même occasion une dynamique vivante d’archives-créations.

Le geste est également une problématique pour Laura Santone, car son article sur « Fellini et la publicité : entre créativité, rêve et marketing » offre une plongée stimulante dans les résidences homéostatiques de l’artiste. Entre le « publicitaire » et le « cinéaste », les inspirations d’un créateur aux différentes facettes naissent peut-être d’un « même geste » dans des résidences pourtant opposées sur le papier (intéressement économique d’une part, désintéressement artistique d’autre part). Enfin, cette première partie s’achève sur une contribution de Sam Cornu qui aborde la « Réflexivité de la recherche-création : le cas de La Vilenie ». À la fois doctorant et artiste, l’auteur analyse son propre texte dramatique en proposant un codage inédit pour repérer les réseaux de filiations et de réécritures qui lui ont permis d’élaborer sa création théâtrale. Les traces des rencontres et des sentiments de l’artiste croisent la réflexivité du chercheur au sein d’une double résidence homéostatique, à la fois corporelle et universitaire.

À l’issue de cette première série d’articles, nous interrogeons à présent le « reste », autrement dit, un ensemble de textes qui résistent aux « ajustements fonctionnels » (DAMASIO 2026 : 56) imposés par l’industrie créative. Comme le sommaire de ce numéro l’indique, il y a les « Arts et résidences homéostatiques » (1) « Et tout le reste est littérature… » (2). Cette littérature permet de traiter notre problématique avec, par exemple, le reste d’une expérience de contemplation, éphémère, qui libère (SCHOPENHAUER 1819 : 217-342) des contraintes homéostatiques du quotidien. Peut-être que certaines résidences (de retraite) favorisent ce déplacement (en retrait) momentané pour résister aux tentatives de récupération par les logiques marchandes (GARO 1998). Ces activités de création offriraient-elles la possibilité de s’affranchir des pressions aliénantes[9] pendant quelques instants ? Ce moment de suspension et de liberté serait-il décisif pour l’avancement des recherches ? Dès le début de la seconde partie, nous proposons une œuvre, « NOLUOT », élaborée par deux chercheurs qui tentent de se suspendre à une même idée lors d’une résidence. Ils expérimentent une forme d’écriture heuristique qu’il est difficile de classer strictement dans les sciences ou dans les arts. Un peu plus loin, les deux poèmes de Martin Rueff témoignent aussi de ce processus de création qui permet d’écrire le monde autrement. Puis, pour clôturer le numéro, l’ultime fragment proposé par Billel Aroufoune nous invite à prolonger les sentiments à l’oral et à l’international quand, après l’expérience de suspension, revient le moment de résister aux mouvements qui ne cessent de « Proscrire la création » des humains.

En cette période propice à l’avènement d’une société automatique (STIEGLER 2015), il nous faut revenir à ces travaux qui mobilisent l’irréductible « perspective de l’organisme » (DAMASIO 2021 : 173). D’autres processus homéostatiques hérités de la cybernétique de Norbert Wiener pourraient, sinon, limiter la recherche et la création à des correctifs génératifs et statistiques. L’art « d’avant-garde » (HORKHEIMER, ADORNO 1944 : 190) qui se construit aujourd’hui s’oppose à l’industrie en devenant une agrégation de plusieurs perspectives. En effet, bien qu’il soit difficile d’analyser toutes les influences internes (sentiments) et externes (perceptions) de nos écrits, on peut documenter certains événements corporels tout en détaillant avec une certaine réflexivité nos références scientifiques et artistiques. Se mettre à « écrire en phénoménologue » (DEPRAZ 1999) devient aussitôt une solution pour les chercheurs et les artistes, et il est même possible de coupler ce travail à une illustration du corps vivant (GALLI, GALLI 2023) lors des résidences. Mais, en dernière instance, les expériences qui ne sont pas captées par les outils numériques sont également décisives. Enjeu de nos arts homéostatiques, la dimension éphémère des conversations dans la résidence devancera sûrement à l’avenir certaines publications comme les revues (GALLI 2025) en sortie de résidence.

 

Remerciements

Nous adressons nos remerciements les plus sincères aux acteurs de la revue Repères-Dorif pour leur accompagnement dans l’élaboration de cette livraison originale. Nous remercions en particulier les chercheurs et chercheuses qui ont participé aux relectures scientifiques : Katrin Becker (Luxembourg), Edmond Bou Dagher (Liban), Clara Galliano (France), Sophie Guermès (France), Jean-Marc Jullien (France), Catherine Pascale (France), Franck Renucci (France), Gaëtan Rivière (France). Remercions, enfin, les deux chercheuses à l’initiative de notre Réseau franco-italien de recherche interdisciplinaire il y a une quinzaine d’années : Laura Santone (Italie) et Pascale Vergely (France).

 

Hommages

Nous dédions ce numéro de revue à Charlotte Michalak (France) et Danielle Londei (Italie).

 

 

Bibliographie

ANDRIEU, Bernard, Sentir son corps vivant. Émersiologie 1, Vrin, Paris, 2016.

ANDRIEU, Bernard, Au contact du vivant. Émersiologie 3, Vrin, Paris, 2023.

BOUGNOUX, Daniel, Sciences de l’information et de la communication, Larousse, Paris, 1993.

BOUQUILLION, Philippe, MIÈGE, Bernard, MŒGLIN, Pierre, L’industrialisation des biens symboliques. Les industries créatives en regard des industries culturelles, Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 2013.

DAMASIO, Antonio, L’Autre moi-même. Les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions, Odile Jacob, Paris, 2010.

DAMASIO, Antonio, L’Ordre étrange des choses. La vie, les sentiments et la fabrique de la culture, Odile Jacob, Paris, 2017.

DAMASIO, Antonio, Sentir et savoir. Une nouvelle théorie de la conscience, Odile Jacob, Paris, 2021.

DAMASIO, Antonio, L’intelligence naturelle et l’éveil de la conscience, Odile Jacob, Paris, 2026.

DENOIT, Nicole, DOUZOU, Catherine (dir.), La résidence d’artiste, Presses universitaires François-Rabelais, Tours, 2016.

DEPRAZ, Natalie, Écrire en phénoménologue. Une autre époque de la phénoménologie. Encre Marine, Paris, 1999.

ESCARPIT, Robert, Théorie générale de l’information et de la communication, Hachette, Paris, 1976.

FREUD, Sigmund, « Une difficulté de la psychanalyse », in FREUD Sigmund, Œuvres complètes – Psychanalyse, vol. XV : 1916-1920, Presses Universitaires de France, 2002 [1917].

GALLI, David, « L’embarras en communication », Hermès, La Revue, n. 82, 2018, p. 21-29.

GALLI, David, L’adolescent du XXIème siècle nous enseigne la vie, les sentiments et la communication humaine, Thèse de doctorat, Université de Toulon, 2020.

GALLI, David, « L’impératif de recherche », Hermès, La Revue, n. 87, 2021, p. 248-250.

GALLI, David, GALLI, Ophélie, « Arthur Schopenhauer : illustrer le corps vivant du chercheur », Médecine et Philosophie, n. 9, 2023, p. 24-29.

GALLI, David, « L’industrie créative et Schopenhauer », in AROUFOUNE Billel (dir.), À la racine du récit. Écriture, création, communication, L’Harmattan, Paris, 2023, p. 99-110.

GALLI David, GALLIANO Clara, LAMBERT Vincent (dir.), Les tiers lieux culturels. Tome 1 – Identités en création, L’Harmattan, Paris, 2024.

GALLI, David, « Revue d’un temps, intemporelle », Hermès, La Revue, n. 96, 2025, p. 57-62.

GARO, Isabelle, « Art et travail chez Marx : activité et libération », in SAUVAGNARGUES Anne (dir.), Art et philosophie, ENS Éditions, Lyon, 1998, p. 95-105.

HORKHEIMER, Max, ADORNO, Theodor W., La dialectique de la raison. Fragments philosophiques, Gallimard, Paris, 1974 [1944].

LA BOÉTIE, Etienne de, Discours de la servitude volontaire, Mille et une nuits, Paris, 2021 [1576].

LAHIRE, Bernard, Les structures fondamentales des sociétés humaines, La Découverte, Paris, 2023.

LAHIRE, Bernard, Savoir ou périr, Seuil, Paris, 2025a.

LAHIRE, Bernard, Vers une science sociale du vivant, La Découverte, Paris, 2025b.

MARTIN-JUCHAT, Fabienne, L’aventure du corps. La communication corporelle, une voie vers l’émancipation, Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 2020.

MOLES, Abraham, Méthodologie de la création scientifique, FeniXX, Paris, 2020 [1963].

RENUCCI, Franck, GALLI, David, « L’essai. Une recherche-création pour les sciences de la communication », Communication, vol. 39/1, 2022.

SCHOPENHAUER, Arthur, Le monde comme volonté et comme représentation, Presses Universitaires de France, Paris, 1966 [1819, 1844, 1859].

STIEGLER, Bernard, La société automatique. 1. L’Avenir du travail, Fayard, Paris, 2015.

VILLAGORDO, Éric, « Un sociologue en résidence artistique », Culture & Musées, n. 19, 2012, p. 147-168.


[1] Colloque international « Médias & Arts » organisé au sein d’Avignon Université les 19 et 20 septembre 2024, porté par l’École Universitaire de Recherche InterMedius et labellisé par l’Université Franco Italienne, avec le soutien de plusieurs universités partenaires.

[2] Alors que les travaux de Francisco Varela (1946-2001) sont souvent préférés par les chercheurs en sciences humaines et sociales qui souhaitent revaloriser la dimension corporelle de la recherche, les apports d’Antonio Damasio sont plus pertinents pour traiter notre problématique, notamment en sciences de l’information et de la communication.

[3] Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL, 2026). Comme nous l’avons montré (GALLI 2020) à la suite d’autres chercheurs, l’adolescent qui découvre son corps transformé à la puberté semble soudain devenir une personne « qui réside dans un pays qui n’est pas son pays d’origine » (CNRTL, 2026) : un résident dans son propre corps vivant.

[4] Dictionnaire de l’Académie française (2026). Retenons également le verbe « résider » au sens figuré : « Être placé, se trouver dans ; reposer sur. C’est en vous seul que réside notre espoir ». Le corps vivant « repose sur » l’homéostasie pour survivre et se perpétuer, selon une approche scientifique et athée.

[5] Dictionnaire de l’Académie française (2026).

[6] Difficile d’expliquer ce que devient notre résidence homéostatique lorsque nous rêvons – même en partant de l’approche schopenhauerienne (ANDRIEU 2023 : 29-66) ou freudienne – et quand certaines pathologies conduisent l’individu à devenir propriétaire de plusieurs résidences.

[7] Même si on ne fait pas intervenir des neurologues au sommaire de ce numéro de revue, nous pouvons mobiliser leurs apports scientifiques en scrutant les dernières avancées de structures spécialisées comme le Brain and Creativity Institute à Los Angeles, ou travailler directement avec une neurologue comme nous le faisons au quotidien.

[8] Nous cherchons à faire des liens « entre travaux spécialisés et travaux de synthèse » dans la lignée des « révolutionnaires scientifiques » (LAHIRE 2025a : 65).

[9] Comme l’avait annoncé Etienne de La Boétie (1530-1563) en son temps, les sentiments nourrissent cette aliénation homéostatique car « tout être pourvu de sentiment sent le malheur de la sujétion et court après la liberté » (LA BOÉTIE 1576 : 12). Un peu plus tard, Karl Marx (1818-1883) a révélé les pressions (extérieures) du capitalisme sur les corps, et Arthur Schopenhauer (1788-1860) a montré les pressions (intérieures) du vivant sur les individus.

 


Per citare questo articolo:

David GALLI, « Arts et résidences homéostatiques », Repères DoRiF, hors-série – Arts et résidences homéostatiques, DoRiF Università, Roma, giugno 2026, https://www.dorif.it/reperes/david-galli-arts-et-residences-homeostatiques/

ISSN 2281-3020

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