Ilaria BERLOSE, Giuseppe SOFO

 

Traduire en inclusif : Écriture inclusive, rédaction épicène et traduction, entre le Québec et l’Italie

 

 

Ilaria Berlose*
Université de Montréal
ilaria.berlose@umontreal.ca

Giuseppe Sofo*
Université Ca’ Foscari Venezia
giuseppe.sofo@unive.it


Résumé
Cet article porte sur la négociation de l’inclusion dans la communication institutionnelle au Québec et en Italie, proposant une étude comparée de l’évolution des recommandations pour le langage inclusif dans les deux contextes (Québec et Italie) pour ouvrir le champ à une réflexion sur la traduction de l’écriture inclusive et de la rédaction épicène, et sur une possible traduction/adaptation des stratégies d’inclusion militantes utilisées au Québec dans le contexte italien et dans la langue italienne.

Abstract
This article focuses on the negotiation of inclusivity in institutional communication in Quebec and Italy, proposing a comparative study of the evolution of recommendations for inclusive language in both contexts (Quebec and Italy) to open the field to a reflection on the translation of non-sexist and neutral writing, and on a possible translation/adaptation of the activist strategies of inclusivity used in Quebec for the Italian context and for the Italian language.

 

*Cet article est le résultat d’une réflexion commune et d’un travail collaboratif entre Ilaria Berlose et Giuseppe Sofo. Pour ce qui concerne la rédaction de l’article, Ilaria Berlose a rédigé  les chapitres 1, 2 et 4, et Giuseppe Sofo a rédigé les chapitres 3, 5 et 6. La recherche d’Ilaria Berlose a été subventionnée par le ministère de l’Enseignement supérieur en partenariat avec le Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies, Giuseppe Sofo est boursier de la Fondation Alexander von Humboldt.


1. Introduction

Alors que la féminisation ou, pour mieux dire, la « motion » (SOFO 2019: 113) des titres de fonctions et des noms de métier a suscité de nombreuses discussions dans plusieurs pays comme la France (à propos de la comparaison entre France et Québec, voir ELCHACAR 2019: 86) ou l’Italie, la mise en pratique de ce renouvellement linguistique s’est déroulée sans tensions au Québec, territoire francophone devenu pionnier en matière de féminisation à partir de la fin des années 1970 (voir ibid.: 75-76).

On pourrait même dire à ce propos que la féminisation et la rédaction épicène ont été les domaines à travers lesquels le français du Québec a pris ses lettres de noblesse, s’imposant comme le contexte le plus productif du monde francophone dans ce domaine (voir ELCHACAR 2019: 73-74), et prenant aussi le devant par rapport au français de France, qui est parfois arrivé à adopter les mêmes stratégies avec des années ou des dizaines d’années de retard (voir LANGLOIS 2008: 257).

L’écriture inclusive a pris des formes non seulement différentes, mais parfois opposées, dans les différentes langues, et parfois aussi à l’intérieur de la même langue, en raison de réalités linguistiques et/ou de sensibilités différentes qui favorisent une solution plutôt que l’autre. De plus, le passage d’un langage non inclusif à un langage inclusif nous confronte à un changement de code linguistique, qui pourrait être considéré une première forme de « traduction », au sens métaphorique. Il y a donc un trait traductif dans toute écriture inclusive, même avant sa traduction d’une langue à l’autre, dont il faut tenir compte pour une étude comparative du contexte français et francophone et du contexte italien.

Ce que nous proposons est une étude de différentes stratégies d’inclusivité utilisées dans le contexte québécois (avec un intérêt particulier pour le contexte militant), pour voir si une comparaison entre les deux contextes pourrait favoriser un échange productif, et comment on pourrait voir « la traduction en tant que pratique et discipline » comme « un outil d’intervention directe, tant sur le texte que sur le monde qui l’entoure » (SOFO 2017: XXVI, notre trad.), devenant ainsi un instrument qui « ouvr[e] un espace pour la transformation des pratiques linguistiques » (BESSAÏH 2021: 281, notre trad.).

2. Le contexte québécois et l’OQLF

L’Office québécois de la langue française (OQLF) émet, en 1979, de premières recommandations sur la féminisation des titres de fonctions et des noms de métier. En 1981, un avis sur la féminisation des textes voit le jour. En 2012, l’OQLF crée l’« Autoformation sur la rédaction épicène », accompagnée par des exercices et un corrigé, à support de la « politique gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes, intitulée Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait […] » (OQLF 2020: 1), qui sera mise à jour en 2020. En 2015, un autre avis intitulé « Féminisation des appellations de personnes et rédaction épicène » (voir ELCHACAR 2019: 75-76; OQLF 2020: 7) est publié, suivi par un dernier avis, homonyme, en 2018 (voir OQLF 2018: 417), ce dernier encourageant le personnel de la fonction publique du Québec à mettre en place ces deux pratiques linguistiques inclusives (voir OQLF 2020: 10).

Toutes ces ressources sont aujourd’hui disponibles dans la « Vitrine Linguistique de l’OQLF », à la page consacrée à la «Féminisation et rédaction épicène», qui propose plus de 50 articles sur le sujet, une liste de plus de 1500 appellations de personnes au masculin et au féminin, une liste de termes épicènes ou neutres, ainsi que des « aide-mémoire » en forme de poster[1] et une foire aux questions, et qui permet d’interroger simultanément le Grand dictionnaire terminologique (GDT) et la Banque de dépannage linguistique (BDL). Des ressources sont également disponibles à la section « Ressources du Portail linguistique du Canada » dans le site du gouvernement du Canada, telles que des lignes directrices, une liste de principes et des procédés de l’écriture inclusive, des informations à propos de la représentation de la non-binarité et du vocabulaire respectueux et inclusif et des aide-mémoire et vidéos sur l’écriture inclusive. D’ailleurs, une section est entièrement consacrée aux procédés de l’écriture inclusive dans le cadre de la rédaction d’une lettre ou d’un courriel (voir GOUVERNEMENT DU CANADA). Finalement, de nombreuses universités québécoises offrent à leur communauté universitaire des guides détaillés et des outils pour la mise en pratique de l’écriture inclusive.

Parmi les ressources non spécifiques au Québec, il faut également mentionner la page web Eninclusif.fr, qui propose plusieurs ressources et services liés à l’inclusivité. En particulier, nous tenons à mentionner la page du dictionnaire collaboratif, dans laquelle on peut rechercher un mot et recevoir plusieurs propositions de versions inclusives du terme (forme inclusive, forme non-binaire, doublet, doublet abrégé, synonyme neutre, etc.), avec 78.166 mots déjà référencés.

Tout cela nous montre à quel point les locuteurs et locutrices francophones disposent de ressources utiles pour une utilisation plus inclusive de la langue. Pourtant, si la pratique de la féminisation des appellations de personnes est tenue pour acquise de nos jours au Québec, beaucoup d’efforts sont encore faits, quarante ans après le premier avis de l’OQLF, pour promouvoir un usage concret et généralisé de la rédaction épicène (voir ELCHACAR 2019: 74; OQLF 2020: 10).

3. Écriture inclusive : un nom pour deux réalités

Pour parler d’écriture inclusive dans le contexte québécois, nous devons tout d’abord signaler une différence terminologique importante entre le contexte français et le contexte québécois. Comme le souligne l’OQLF, « en Europe francophone, et spécialement en France, le terme écriture inclusive renvoie à une pratique rédactionnelle qui vise un équilibre dans la représentation des hommes et des femmes dans les textes, notamment par l’emploi de la féminisation lexicale, de l’accord de proximité, des doublets et, plus particulièrement, des doublets abrégés » (VITRINE LINGUISTIQUE), ce qui correspond donc à ce que l’on appelle « rédaction épicène » au Québec et « non-sexist writing » en anglais (BESSAÏH 2021: 267).

Le terme « écriture inclusive » prend ainsi une connotation différente au Québec, désignant ce que l’on définit « neutral writing » en anglais (BESSAÏH 2021: 269), c’est-à-dire « une rédaction qui fait elle aussi appel à la formulation neutre (notamment par l’emploi de noms collectifs ou de tournures épicènes) », mais qui « cherche à éviter les mots marqués en genre, lorsqu’il est question de personnes, sans toutefois faire appel à des néologismes, au contraire de la rédaction non binaire » (VITRINE LINGUISTIQUE). On pourrait ainsi dire que l’écriture inclusive est au Québec une étape intermédiaire entre la rédaction épicène, qui correspond à la définition d’écriture inclusive qu’on donne en France, et la rédaction non binaire.

L’application de la rédaction épicène est en partie mise en question depuis le début du 21e siècle par les milieux académique et militant québécois, à la suite d’un renouvellement de la notion de « genre », déconstruisant le binarisme masculin-féminin (voir ELCHACAR 2019: 80; BESSAÏH 2021: 263, 269-270). Revendiquant une reconnaissance sociale et légale, incluant des requêtes linguistiques, les mouvements trans, intersexe et/ou non binaire se font promoteurs d’une nouvelle forme d’inclusivité linguistique nommée « rédaction non binaire » (voir BESSAÏH 2021: 269-270; CDEACF 2021: 6), définie par le GDT comme « un style rédactionnel qui utilise notamment, pour désigner les personnes non binaires ou pour s’adresser à elles, la formulation neutre (des noms collectifs ou des tournures épicènes, par exemple) » (VITRINE LINGUISTIQUE). Pourtant, cette définition est aussi accompagnée par la note suivante, qui précise la position de l’OQLF à propos de la rédaction non binaire : « L’Office ne conseille pas le recours aux néologismes comme le pronom de troisième personne iel ou le nom frœur en remplacement de frère/sœur que la rédaction non binaire emploie, en complément de la formulation neutre. Ces néologismes restent propres aux communautés de la diversité de genre » (VITRINE LINGUISTIQUE).

Tout d’abord, l’OQLF fait une distinction entre « féminisation lexicale », touchant les mots, et « rédaction épicène », se référant aux textes. Pour ce qui est du premier aspect, l’OQLF conseille d’utiliser les formes féminisées régulières, c’est-à-dire qui « sui[vent] la règle » (sauf pour les cas où une forme différente s’est déjà implantée, comme auteure au lieu d’autrice) ; il souligne l’importance de créer de nouveaux emplois pour certains mots, malgré le développement d’une possible polysémie ; il encourage à oublier le concept de cacophonie ; il recommande d’éviter l’union entre le mot « femme » et les titres de fonction au masculin (voir OQLF 2020: 12-13), produisant ainsi des recommandations très proches de celles indiquées pour l’italien par les chercheuses et les chercheurs qui se sont occupé·es d’écriture inclusive au cours des dernières années.

La rédaction épicène prévoit deux stratégies principales : la « féminisation syntaxique » et la « formulation neutre » (OQLF 2020: 26). En ce qui concerne la féminisation syntaxique, l’OQLF suggère l’utilisation des doublets complets, c’est-à-dire « un ensemble constitué de la forme masculine et de la forme féminine », et cette stratégie est associée, dans le cas où il y aurait un accord à faire entre nom et adjectif, à la règle de proximité (voir OQLF 2020: 29, 30 et 43).

L’accord de proximité, proposé en France et qui était une pratique courante dans le français du dix-huitième et dix-neuvième siècle, mais qui a eu peu de résonance au Québec (voir ELCHACAR 2019: 80-81), propose un accord avec le dernier mot qu’il soit féminin ou masculin. La règle de proximité promue par l’OQLF prévoit, dans un souci de clarté, de placer le nom masculin près de l’adjectif et d’effectuer donc l’accord toujours au masculin (voir VITRINE LINGUISTIQUE; ELCHACAR 2019: 82).

Si les doublets complets ne permettent pas la représentation des personnes trans, intersexes et/ou non binaires, un point de rencontre entre rédaction épicène et rédaction non binaire dans ce sens, d’après Nesrine Bessaïh, pourrait se trouver dans la stratégie commune des doublets abrégés : « Le doublet abrégé est une dénomination issue de la réduction d’un doublet complet au moyen d’un signe de ponctuation ». Bien que cette stratégie ne soit recommandée par l’OQLF que « dans les contextes où l’espace est restreint ou dans les écrits de style télégraphique » (OQLF 2020: 33), elle permettrait d’unir les deux intentions : d’un côté, la visibilité du féminin, de l’autre, la neutralisation du genre (voir BESSAÏH 2021: 271).

L’OQLF suggère de privilégier, dans ce contexte, l’usage des parenthèses ou des crochets. Toutefois, aujourd’hui, c’est le point médian qui s’impose de plus en plus, sous l’influence de la rédaction non binaire, car perçu comme plus discret et fluide (voir BESSAÏH 2021: 268), parce qu’il n’a pas d’autres utilisations dans la langue, et parce que reconnu comme plus accessible que d’autres signes par plusieurs organisations qui s’occupent d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap, parmi lesquelles Accès42.

Dans l’intérêt de rendre les textes de plus en plus inclusifs, nous ne pouvons en effet pas oublier la question de l’accessibilité. Les organisations et les institutions ont intérêt à rendre leurs textes non seulement inclusifs, mais aussi accessibles, et il est vrai que les stratégies plus extrêmes de modification de la langue risquent de réduire l’accessibilité des textes. C’est surtout le cas des néologismes et parfois aussi des doublets abrégés, difficiles à lire par exemple par les logiciels lecteurs d’écran pour personnes malvoyantes ou non-voyantes et difficiles à interpréter pour des personnes qui n’ont pas une formation spécifique.

Il faut aussi souligner que le grand effort de l’OQLF n’a pas toujours produit une uniformisation des choix. D’un côté, comme on l’a vu, parce que la rédaction épicène ou non binaire ont pris des voies différentes, et de l’autre, parce que certaines stratégies ne répondent pas aux besoins spécifiques d’un contexte déterminé.

C’est le cas par exemple des stratégies proposées par l’Unité de soutien au système de santé apprenant du Québec, qui propose des « lignes directrices [qui] respectent les directives proscrites par l’OQLF », mais évitant les formulations neutres ou épicènes qui pourraient introduire une ambiguïté dans le contexte spécifique du domaine de la santé, telles que « spécialiste » pour « expert » et « recherche » pour « chercheurs et chercheuses », ou parce qu’ils sont « méconnus » par la plupart des usagers et usagères ou peu utilisés, telles que « patientèle » pour « patients et patientes » ou « chercheure » pour « chercheuse » (voir SSA 2018). Le défi reste donc celui de négocier entre écriture inclusive, rédaction épicène et rédaction non binaire, tout en conservant la lisibilité et l’accessibilité des textes.

4. Un cas d’étude, la retraduction de Our Bodies Ourselves

Dans ce contexte d’intervention sur la langue, la traduction nous offre, comme le dit Bessaïh « un espace pour la transformation des pratiques linguistiques » (BESSAÏH 2021: 281). C’est en effet dans la rencontre entre les langues qu’on dévoile les résistances de chacune à des pratiques innovantes, et c’est dans cette rencontre qu’on peut en même temps découvrir les possibilités ouvertes par des pratiques linguistiques acceptées dans une langue pour les adopter dans une autre.

C’est dans la transformation au centre de toute traduction qu’on dévoile ainsi la transformabilité de toute langue et de toute écriture, comme on peut le voir dans l’analyse que Bessaïh propose de la traduction collective militante du texte Our Bodies Ourselves (BWHBC 2011). Dans son article « Negotiating Inclusion of Gender and Sexual Diversity Through a Process of Feminist Translation in Quebec », Bessaïh utilise la méthodologie de la « génétique de la traduction » (voir MONTINI, SOFO 2023) qui permet d’investiguer le processus de traduction et de lire l’évolution des textes d’une langue à l’autre et d’une version à l’autre, se concentrant sur la traduction de l’anglais vers le français de Our Bodies, Ourselves, œuvre de référence sur la santé sexuelle et reproductive féminines aux États-Unis, traduite par la collective[2] québécoise La CORPS féministe en 2019 avec le titre Corps accord : guide de sexualité positive (BWHBC 2019), suivi en 2025 par un deuxième volume, Corps accord : Fertilité, grossesse et parentalité (BWHBC 2025).

Bessaïh montre comment un compromis entre rédaction épicène et rédaction non binaire dans le contexte de cette traduction militante pourrait être considéré comme une première mise en pratique de la notion théorique d’intersectionnalité[3] en traduction (voir BESSAÏH, BOGIC 2016: 64). En partant de la mise à jour de 2020 de l’« Autoformation sur la rédaction épicène », qui avait été conçue pour la première fois en 2012 par l’OQLF, nous montrerons, par le biais du cas d’étude susmentionné, Corps accord : guide de sexualité positive, les possibilités et les limites d’une coexistence entre rédaction épicène et la plus récente pratique militante de la rédaction non binaire.

Voici quelques premiers exemples de cette coexistence proposés par Bessaïh, à travers la stratégie commune des doublets abrégés. En ordre, de gauche à droite, il est possible de voir le texte source en anglais, le premier brouillon de la traduction en français et la traduction finale en français :

 

 Figures 1 et 2 : Bessaïh 2021, 274-275 (Reproduction autorisée).

Dans le premier exemple, le nom anglais experts, que nous trouvons traduit dans le premier brouillon de la traduction en français par le masculin générique « experts », est rendu dans la traduction finale en français à travers le doublet abrégé « expert·es », inclusif de tous les genres. Dans le second exemple, l’adjectif anglais neutre fat et le nom anglais neutre advocate, sont présents sous forme d’adjectifs féminins dans la première version en français de l’œuvre, s’accordant au nom de genre féminin « personne ». Étant donné que la personne décrite est « trans queer non binaire », la traduction finale vers le français emploie deux doublets abrégés, « gros·se et militant·e », davantage représentatifs de la fluidité de genre de la personne décrite. Ce signe n’est pas vraiment utilisé dans le contexte italophone, et cela est aussi lié au fait qu’en italien le genre est marqué par une opposition entre morphèmes, plutôt que par l’ajout d’un morphème, comme il est souvent le cas pour le français, ce qui a favorisé l’utilisation d’autres signes et surtout de la barre oblique, refusée dans le contexte français en tant que symbole qui suggère une opposition plutôt qu’une inclusion. Pourtant, il nous semble possible de l’introduire dans la langue italienne, surtout pour les motions qui comportent l’ajout d’un suffixe à la forme masculine pour la création du féminin (voir SOFO 2019).

La formulation neutre, recommandée par l’OQLF, qui la définit comme une formulation privilégiant « les formes qui ne présentent pas d’alternance entre le masculin et le féminin » (OQLF 2020: 48), constitue, d’après Bessaïh, un vrai point de rencontre entre rédaction épicène et rédaction non binaire. Cette formulation peut être mise en pratique par le biais d’un nom, un adjectif ou un pronom épicène (c’est-à-dire qui ne change pas par rapport au genre ; notamment artiste, dynamique ou quiconque), d’une phrase inclusive (par exemple : « L’étudiant paiera la taxe le premier jour du mois » devient « La taxe est payable le premier jour du mois »), d’un nom collectif (notamment un nom indiquant un groupe de personnes) ou de la fonction, ou du mot à genre grammatical fixe « personne » (voir OQLF 2020: 49, 50 et 55; italiques dans l’original).

Voici deux exemples, à cet égard, proposés par Bessaïh :

Figures 3 et 4 : Bessaïh 2021, 273, 276 (Reproduction autorisée).

Dans le premier exemple, le nom anglais viewers est traduit dans la première version en français de l’œuvre par le nom au masculin générique « les spectateurs », qui est remplacé dans la traduction finale par le nom collectif français « le public », inclusif de tous les genres. Dans le second exemple, le nom anglais women est traduit en français premièrement par « femmes », et deuxièmement par le nom à genre grammatical fixe « personnes », respectueux de la pluralité des genres.

Ce dernier choix ne va toutefois pas sans problèmes : si, d’un côté, il permet une plus grande inclusivité, d’un autre côté, certains membres de la collective mettent en évidence l’importance de ne pas effacer complètement le mot « femmes », permettant la visibilisation d’une agentivité et d’un empowerment spécifiquement féminins. Ce mot n’est donc pas remplacé d’une façon systématique par le mot « personnes » dans la version finale en français de l’œuvre, où une alternance entre les différentes stratégies de la féminisation et de la formulation neutre est plutôt mise en œuvre dans le cadre d’une traduction féministe collective, représentative de plusieurs vécus et sensibilités féminines (voir BESSAÏH 2021: 274-277). Un article récent sur l’emploi du mot « personne » en rédaction épicène, utilisé pour « désigner l’être humain en général », vient d’être publié par l’OQLF dans la BDL de la Vitrine Linguistique. L’OQLF conseille d’éviter d’apposer à ce nom un autre nom contenant l’idée de « personne » et suggère d’éviter tout abus du terme, règle génériquement valide en rédaction. D’ailleurs, cet usage serait déconseillé lors d’une différence de sens ou dans le cas d’un manque de précision (VITRINE LINGUISTIQUE).

L’OQLF ne mentionne pas l’introduction de néologismes parmi les stratégies de rédaction épicène recommandées, et cette pratique reste reléguée, pour le moment, à la sphère trans, intersexe et/ou non binaire militante. Malgré cela, l’entrée dans l’usage de certains néologismes (voir l’introduction en 2021 du pronom personnel néologique non binaire iel dans la version en ligne du Robert) et de premiers usages de ces néologismes dans la traduction militante d’œuvres majeures, ouvrent la voie à de possibles évolutions du concept théorique d’inclusion et de sa mise en pratique au sein de la langue française québécoise.

Figure 5 : Bessaïh 2021, 275 (Reproduction autorisée).

C’est le cas de heureuxe, présenté par Bessaïh, qui a été finalement accepté par les éditeurs et les éditrices de Corps accord : guide de sexualité positive, malgré un premier refus. Ces stratégies, il nous semble, nous montrent des pistes possibles pour l’adoption de stratégies équivalentes ou similaires dans le contexte italien.

5. Le contexte italien et une négociation entre les langues et les contextes

Dans le contexte italien, nous assistons depuis quelques années à des tentatives d’introduction de néologismes ou de nouveaux signes dans une perspective inclusive et non-binaire parallèles à ceux que nous avons décrits pour le contexte québécois, tels que : l’utilisation de l’astérisque, de l’arobase, de la voyelle « u » ou du schwa. Il s’agit de tentatives qui introduisent des solutions créatives qui naissent d’une connaissance profonde de la langue et de ses possibilités, agissant directement sur les langues et profitant de leurs caractéristiques plutôt qu’en essayant de les contrarier, mais ces stratégies sont limitées aux cercles militants, souvent rejetées et ridiculisées, et elles ont même été tout récemment interdites par le ministère de l’Éducation italien dans les communications officielles des écoles.

Il serait impossible de dire aujourd’hui si ces solutions arriveront à s’imposer dans le futur, mais il serait également erroné de les rejeter dans un souci d’une supposée défense de la langue. Le cas de l’évolution de la rédaction épicène et de l’écriture inclusive au Québec nous montre cependant que la plupart des raisons invoquées contre leur utilisation est liée à des questions sociolinguistiques et socioculturelles plutôt qu’à des raisons linguistiques. Suivre l’évolution des langues nous permet de suivre l’évolution de nos sociétés et de nos cultures plus que certains locuteurs et locutrices ne semblent le croire.

La première traduction italienne du texte Our Bodies Ourselves a vu le jour en 1974 (BWHBC 1974), dirigée par Angela Miglietti, et c’est Miglietti elle-même qui nous dit dans un entretien de 2007 (VIOLI 2007) qu’elle aurait aimé réaliser cette traduction de façon collaborative, comme son original, mais que cela n’avait pas été possible. Mais il est surtout significatif de noter que si le livre en anglais a continué à évoluer, jusqu’à sa version de 2011 (BWHBC 2011), la dernière édition italienne date de 1977 (BWHBC 1977), avec la traduction de Margherita Leardi pour les passages ajoutés par rapport à la première édition traduite.

Comme le montre Cinzia Scarpino (SCARPINO 2024), le manque de traductions est dû d’un côté au fait que l’édition en anglais de 1984 présentait un nombre de pages double par rapport à la version traduite vers l’italien en 1977, comportant donc des coûts importants pour une nouvelle traduction, et de l’autre côté, à l’évolution de la pensée féministe italienne :

Les calculs liés aux coûts éditoriaux pour la réalisation d’un manuel aussi long et complexe ne sont pas nouveaux. (…) Le peu d’attrait des nouvelles entreprises éditoriales liées à Noi e il nostro corpo dans les années 80 et 90 découle également du tournant pris par le féminisme italien (ainsi qu’américain) vers les discours sur la différence des femmes et l’essentialisme d’origine française. Pour les théoriciennes raffinées du déconstructivisme et de l’« écriture au féminin », Noi e il nostro corpo ne peut que devenir un vestige de l’activisme des années 70.  (SCARPINO 2024 : 98, notre trad.)

À la lumière du travail effectué par la collective LA CORPS féministe sur la dernière version de l’ouvrage, il nous semble intéressant de réfléchir sur des possibles pistes de traduction pour une version italienne de la même édition aujourd’hui. Quelles sont les stratégies indiquées par Bessaïh qui pourraient être adoptées dans le contexte italien et lesquelles seraient encore difficiles à accepter par un lectorat italien?

Il faut en effet souligner que toutes les traductions du livre ont dû tenir compte non seulement de la transformation nécessaire à adapter un texte à une langue différente, mais aussi de la transformation nécessaire à décrire la réalité d’un contexte différent. Comme le souligne encore une fois Scarpino :

Deux éléments étroitement liés ressortent clairement des documents conservés dans les archives du BWHBC. Tout d’abord, la traduction du manuel en italien nécessite – comme ce sera le cas pour toutes les traductions européennes à venir, par exemple celle en allemand – une adaptation au contexte social, législatif et médical de la culture d’accueil. Cela nécessite des coupures, des révisions et des ajouts que le collectif de Boston délègue avec beaucoup de respect et d’intelligence à ses homologues italiennes chargées de la traduction. La collaboration entre le BWHBC et les collectifs féministes locaux repose à son tour sur une relation d’égalité et d’horizontalité entre des femmes appartenant à un réseau international (…). (SCARPINO 2024: 95, notre trad.)

Le contexte italien est aujourd’hui plus réticent que le contexte québécois à la transformation de la langue introduite par l’écriture inclusive, et surtout par la rédaction non binaire. Si les doublets complets et la formulation neutre, qui utilise des noms collectifs ou des tournures épicènes quand possible, sont de plus en plus acceptés dans le contexte italien, mais pas encore si répandus qu’au Québec, l’utilisation des doublets abrégés et surtout des néologismes typiques de la rédaction non binaire militante est encore très limitée.

Notre intention n’est pas celle de suggérer un choix idéal, mais celle d’indiquer plutôt les possibilités que les traductrices ou les traducteurs de cet ouvrage auraient aujourd’hui, aussi grâce à une comparaison avec l’effort d’autres traductrices qui ont déjà fait face au même défi. Si une traduction de l’ouvrage Our Bodies Ourselves qui ne tient aucun compte des stratégies d’inclusivité ne serait plus acceptable aujourd’hui, la question est quel « niveau » d’inclusivité choisir pour la langue et le contexte italien.

Les stratégies adoptées pour la traduction québécoise militante, ainsi que les stratégies d’innovation de la langue utilisées par les contextes militants italiens nous montrent que la langue n’oppose aucune résistance à une traduction expérimentale, qui pourrait « ouvrir des espaces où les pratiques linguistiques peuvent être mises en question et les discours peuvent être transformés » (BESSAÏH 2021: 183, notre trad.). La question qui reste ouverte, et à laquelle devront répondre les traductrices ou traducteurs, ainsi que le lectorat de ce texte, est plutôt si le contexte italien est prêt ou non à une initiative de ce type, avec la prise de position culturelle, politique et linguistique que ce choix comporte.

6. Conclusions

L’analyse du contexte québécois nous a offert un exemple de différentes stratégies d’inclusivité adoptées au cours de l’évolution de la sensibilité linguistique et culturelle des locuteurs et des locutrices de français au Canada. Si certaines de ces stratégies ont déjà été utilisées dans le contexte italien, d’autres pourraient être facilement adoptées, et la traduction militante de textes québécois à propos de l’écriture inclusive et de la rédaction épicène pourrait encourager ce processus.

Ce qui nous semble manquer surtout dans le contexte italien, bien que la recherche ait commencé à produire de nombreux textes sur la question de l’écriture inclusive, ce sont des outils simples de « dépannage » et support pour les individus ou les institutions qui souhaitent rendre leurs textes plus inclusifs, qui fournissent des clarifications et des approfondissements sur la question de l’écriture inclusive, surtout si comprise dans le sens qu’on donne à cette expression au Québec, donc une voie intermédiaire entre rédaction épicène et rédaction non binaire.

En particulier, nous croyons qu’il serait possible en tant que chercheuses et chercheurs de contribuer à la création d’une formation parallèle à celle proposée par l’OQLF mais indiquant les choix qui ont été proposés pour la langue italienne, ainsi que des « aide-mémoire ». Nous estimons aussi qu’il serait possible de donner lieu à des ressources telles que la « banque de dépannage linguistique » ou un dictionnaire collaboratif pour la langue italienne, à travers des projets de recherche collaboratifs, pour promouvoir ces formes d’inclusivité et pour offrir des stratégies simples à adapter par les institutions et les individus.

Le cas d’étude de la traduction militante du texte Our Bodies Ourselves, écrit par le Boston Women Health Book Collective et révisé à plusieurs reprises entre 1971 et 2005, nous a offert la possibilité de lire, à travers la méthode de la génétique des traductions, l’évolution des choix de traduction d’une collective de traductrices québécoises travaillant sur un texte clé pour la formation d’une conscience féministe. Comme Bessaïh l’a très bien montré, cette nouvelle traduction a donné la possibilité d’utiliser des stratégies propres à la rédaction non binaire, à travers une négociation qui advient à la fois à l’intérieur du groupe des traductrices et avec la maison d’édition.

Le manque de traductions de cet ouvrage en italien, après les deux éditions publiées en 1974 et en 1977, nous amène à nous demander quel degré d’inclusivité serait à utiliser pour le contexte italien de nos jours, et à ouvrir à la possibilité de voir ce texte comme corpus idéal pour une traduction expérimentale, qui ne se limite pas à suivre la transformation de la langue, mais qui vise pour la traduction le rôle d’instrument d’intervention directe sur la langue et sur ses usages.

 

Bibliographie

BESSAÏH, Nesrine, BOGIC, Anna, « “Nous les femmes” de 1970 à 2017 à travers les traductions et adaptations de Our Bodies, Ourselves en français », TTR : Traduction, Terminologie, Rédaction, n. 29, 2, 2016, p. 43-71. https://doi.org/10.7202/1051013ar [consulté le 29 novembre 2024].

BESSAÏH, Nesrine, « Negotiating Inclusion of Gender and Sexual Diversity through a Process of Feminist Translation in Quebec », Translation and Interpreting Studies. The Journal of the American Translation and Interpreting Studies Association, n. 16, 2, juin 2021, p. 263-290. https://doi.org/10.1075/tis.19068.bes [consulté le 29 novembre 2024].

BOSTON WOMEN HEALTH BOOK COLLECTIVE, OBOS, Our Bodies Ourselves, New York, Simon & Shuster, 2011 [1971, 1973, 1976, 1979, 1984, 1992, 1998, 2005].

BOSTON WOMEN HEALTH BOOK COLLECTIVE, Noi e il nostro corpo : scritto dalle donne per le donne, Milan, Feltrinelli, 1974.

BOSTON WOMEN HEALTH BOOK COLLECTIVE, Noi e il nostro corpo : scritto dalle donne per le donne. Nuova edizione interamente riveduta e ampliata, Milan, Feltrinelli, 1977.

BOSTON WOMEN HEALTH BOOK COLLECTIVE, Corps accord : Guide de sexualité positive, traduction de LA CORPS FÉMINISTE, Montréal, Les Éditions du Remue-Ménage, 2019.

BOSTON WOMEN HEALTH BOOK COLLECTIVE, Corps accord : Fertilité, grossesse et parentalité, traduction de LA CORPS FÉMINISTE, Montréal, Les Éditions du Remue-Ménage, 2025.

CDEACF, CENTRE DE DOCUMENTATION SUR L’ÉDUCATION DES ADULTES ET LA CONDITION FÉMININE, « Guide d’écriture inclusive : Pour une socialisation et une alphabétisation plus égalitaires des adultes », 2021. https://bv.cdeacf.ca/documents/PDF/CDEACF_GUIDE_redaction-inclusive.pdf?fbclid=IwAR0PCBAcc2_rGlC03hljgc3NwrOPWEtoecNmkzGbzTCH66CFJIAcRIaROs0 [consulté le 29 novembre 2024].

CRENSHAW, Kimberlé, « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », University of Chicago Legal Forum, n. 1, 8, 1989, p. 139-167. http://chicagounbound.uchicago.edu/uclf/vol1989/iss1/8 [consulté le 8 novembre 2024].

GOUVERNEMENT DU CANADA, « Écriture inclusive – Lignes directrices et ressources ». Disponible à : https://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca/fr/cles-de-la-redaction/ecriture-inclusive-lignes-directrices-ressources [consulté le 9 avril 2025].

ELCHACAR, Mireille, « La féminisation de la langue en français québécois : historique et points sensibles », Savoirs en prisme, n. 10, octobre 2019, p. 73-89. https://doi.org/10.34929/sep.vi10.60 [consulté le 9 avril 2025].

ENINCLUSIF.FR. https://eninclusif.fr [consulté le 9 avril 2025].

LANGLOIS, Simon, « L’avenir de la langue française », in PLOURDE, Michel, GEORGEAULT, Pierre (dir.), Le français au Québec, 400 ans d’histoire et de vie, Nouvelle édition, Montréal, Fidès, 2008, p. 517-529.

LA VITRINE LINGUISTIQUE DE L’OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANҪAISE. Disponible à : https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/ [consulté le 9 avril 2025].

MONTINI, Chiara, SOFO, Giuseppe, « Cibler la source : ce que la génétique des traductions fait aux textes », in SOFO, Giuseppe, MONTINI, Chiara (dir.), « Génétique des traductions », Continents manuscrits, n. 21, novembre 2023, p. 1-13. Disponible à : https://journals.openedition.org/coma/11183 [consulté le 9 avril 2025].

OQLF, OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANҪAISE, « Avis de recommandation », 2018. Disponible à : https://www.oqlf.gouv.qc.ca/redaction-epicene/formation-redaction-epicene.pdf [consulté le 9 avril 2025].

OQLF, OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANҪAISE, « Autoformation sur la rédaction épicène », 2020 [2012]. Disponible à : https://www.oqlf.gouv.qc.ca/redaction-epicene/formation-redaction-epicene.pdf [consulté le 9 avril 2025].

ROBUSTELLI, Cecilia, « Parole al femminile », in BENUCCI, Elisabetta, SETTI, Raffaella (dir.), Italia linguistica: Gli ultimi 150 anni: Nuovi soggetti, nuove voci, un nuovo immaginario, Florence, Le Lettere, 2011, p. 59-63.

SABATINI, Alma, Il sessismo nella lingua italiana, Rome, Istituto poligrafico e zecca dello stato,1993 [1987].

SCARPINO, Cinzia, « Il femminismo “second-wave” in Italia. Due casi di studio: La mistica della femminilità e Noi e il nostro corpo », in CESANA, Roberta, PIAZZONI, Irene (dir.), Libri e rose: le donne nell’editoria italiana degli anni settanta, Milan, Milano University Press, 2024, p. 79-98.

SOFO, Giuseppe, « Il genere della traduzione : Per una traductologie d’intervention », de genere, n. 5, octobre 2017, p. I-XXX https://www.degenere-journal.it/index.php/degenere/article/view/119 [consulté le 9 avril 2025].

SOFO, Giuseppe, « Traduction du langage inclusif et échanges entre le français et l’italien », Savoirs en prisme, n. 10, octobre 2019, p. 105-131. https://doi.org/10.34929/sep.vi10.62 [consulté le 9 avril 2025].

SSA, UNITÉ DE SOUTIEN QUÉBEC, « Lignes directrices pour la rédaction inclusive et épicène », 2018. https://ssaquebec.ca/wp-content/uploads/2019/03/LD-2018-01-Re%CC%81daction-inclusive-et-e%CC%81pice%CC%80ne.pdf [consulté le 9 avril 2025].

VIOLI, Stefania, « Noi  e  il  nostro  corpo : storia di una traduzione. Intervista  a Angela  Miglietti »,  in  Zapruder,  mai-août  2007, p. 108-115. https://storieinmovimento.org/wp-content/uploads/2017/12/Zap13_12-Voci.pdf [consulté le 28 avril 2025].

VON FLOTOW, Luise, « Contested Gender in Translation: Intersectionality and Metramorphics », Palimpsestes, n. 22, octobre 2009, p. 245-256. https://doi.org/10.4000/palimpsestes.211 [consulté le 9 avril 2025].

VON FLOTOW, Luise, « Feminist Translation and Translation Studies: In Flux toward the Transnational », PMLA/Publications of the Modern Language Association of America, n. 138, 3, mai 2023, p. 838-844. https://doi.org/10.1632/S003081292300072X [consulté le 9 avril 2025].


 

[1] Les « aide-mémoire » en question sont intitulés comme suit : « Rédiger épicène. Pour des écrits plus inclusifs »; « Les appellations de personnes : des mots précis à découvrir ! »; « Pour des lettres inclusives ».

[2] Nous utilisons ici le terme « la collective » au féminin, plutôt que « le collectif », pour suivre le choix de La CORPS féministe qui s’autodéfinit « la collective pour un ouvrage de référence participatif sur la santé féministe ».

[3] Le terme « intersectionnalité » a été utilisé pour la première fois par la juriste Kimberlé Crenshaw à la fin des années 1980 pour décrire la double oppression – le sexisme et le racisme – vécue par les femmes noires (voir 1989). Ce concept a beaucoup évolué au fil du temps jusqu’à tenir compte aujourd’hui de nombreuses formes d’oppression vécues par les femmes : non seulement le sexisme et le racisme, mais aussi, entre autres, les oppressions liées à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle comme l’homophobie, la transphobie et, plus en général, la queerphobie (voir VON FLOTOW 2009: 3; VON FLOTOW 2023: 840).


Per citare questo articolo:

Ilaria BERLOSE, Giuseppe SOFO, « Traduire en inclusif : Écriture inclusive, rédaction épicène et traduction, entre le Québec et l’Italie », Repères DoRiF, n. 34 – Inclusion, communication institutionnelle et traduction, DoRiF Università, Roma, aprile 2026, https://www.dorif.it/reperes/ilaria-berlose-giuseppe-sofo-traduire-en-inclusif-ecriture-inclusive-redaction-epicene-et-traduction-entre-le-quebec-et-litalie/

ISSN 2281-3020

Quest’opera è distribuita con Licenza Creative Commons Attribuzione – Non commerciale – Non opere derivate 3.0 Italia.