Julie ABBOU, Ilaria CENNAMO, Maria Margherita MATTIODA

 

Inclusion, communication institutionnelle et traduction : regards croisés[1]

 

 

Julie Abbou
Università degli Studi di Torino
julie.abbou@unito.it

Ilaria Cennamo
Università degli Studi di Genova
ilaria.cennamo@unige.it

Maria Margherita Mattioda
Università degli Studi di Torino
marita.mattioda@unito.it

 

Le questionnement concernant le rapport entre inclusion et langage, que nous avons voulu explorer selon une triple perspective évoquée par le titre, est au cœur de ce numéro de la Revue Repères- DO.Ri.F. Cette perspective de recherche s’inscrit dans le prolongement du parcours esquissé au cours d’une journée d’étude organisée par le groupe de recherche Traduction, IA et institutions du DO.Ri.F, ayant  permis de poser les jalons d’une réflexion collective[2].

Dans ce cadre, nous avons identifié deux angles d’observation principaux. Une première orientation de recherche visait à contribuer à l’étude du langage inclusif en adoptant une perspective s’efforçant d’élargir le champ d’investigation au-delà de la question de la binarité de genre (LÉTOUBLON 2024). Plus précisément, les questions ont porté sur les stratégies d’écriture inclusive et sur leur traduisibilité d’une langue à l’autre, tout en considérant les défis posés notamment par l’adoption de systèmes de traduction automatique neuronale dans la formation universitaire.

Une deuxième orientation s’est attachée à explorer les différentes façons de dire et de traduire l’inclusion dans des contextes de communication institutionnelle variés. Une attention particulière a été accordée aux procédés mobilisés par différentes instances énonciatives dans le but de construire des imaginaires de l’inclusion qui puissent représenter leurs actions et valeurs institutionnelles. Cette perspective a conduit à interroger les représentations discursives de l’inclusion et leur traduisibilité en mettant en avant la multiplicité des conceptualisations et des mises en discours de l’inclusion en rapport avec les différentes sphères de la vie sociale telles que l’éducation, l’employabilité, l’accessibilité et le numérique. En outre, la présentation des résultats obtenus dans le cadre d’expérimentations pédagogiques, d’enquêtes ou d’études de cas en matière d’inclusion et de multilinguisme a permis de recueillir des éléments empiriques qui enrichissent les enjeux abordés dans ce numéro.

Dans le présent dossier, composé de sept articles, nous proposons une réflexion introductive qui servira de toile de fond : le but étant d’offrir un cadre de lecture permettant de situer les différentes approches de l’inclusion, d’en éclairer les usages discursifs et traductifs, ainsi que d’en interroger les reconfigurations à l’ère de l’intelligence artificielle. Ainsi, après un premier tour d’horizon de la généalogie de l’inclusion comme concept (cf. § 1), nous aborderons les défis de l’inclusion telle qu’elle est conceptualisée, affichée et mise en œuvre dans le cadre de la communication institutionnelle (cf.§ 2. La communication institutionnelle au prisme de l’inclusion), et la question glottodidactique du langage inclusif à l’aune de l’IA (cf. § 3. L’inclusion dans le langage : quelles compétences à l’ère de l’IA ?). Si notre première section visera à éclairer la genèse du concept d’inclusion, la deuxième et la troisième section de cette introduction seront articulées afin d’introduire les sept contributions qui composent ce numéro et qui vont donc permettre d’explorer les facettes multiples de l’inclusion au sein des institutions et en tant que compétence traductive.

1. Inclusion : une généalogie complexe

Alors que le terme d’inclusion, comme le concept qu’il supporte, semblait largement faire consensus depuis un certain temps, et ce, à travers un certain nombre de langues, au point de s’être lentement mais sûrement institutionnalisé, il est aujourd’hui mis en question par le gouvernement états-uniens du second mandat de Trump qui en a fait un des mots bannis, à travers les attaques contre le triptyque EDI : Équité, Diversité, Inclusion.

Il est encore bien trop tôt, au moment où sont écrites ces lignes, pour comprendre de quelle façon la notion d’inclusion sera reconfigurée par ce revirement. Mais on peut procéder à l’inverse en s’intéressant à la généalogie de la notion d’inclusion, de manière générale, et en ce qui concerne le langage en particulier.

L’inclusion fonctionne dans un réseau sémantique assez lâche, qui comprend intégration, insertion, diversité, égalité, parité, lutte contre les discriminations, etc. On peut regarder ces termes comme des concepts partageant des airs de famille idéologiques (FREEDEN 1996). Nous nous en tiendrons pour cette section aux significations actives en France et au Québec.

En France, la notion d’inclusion se trouve en premier lieu dans le champ du handicap, puis sera importée dans le champ de l’éducation. D’après Maude Vadot « le terme “inclusion” est en emploi dans les circulaires de l’éducation nationale, au moins depuis 2012. Il s’agira alors d’inclure, par exemple les enfants migrants comme on inclut les enfants porteurs de handicap, ou tout autre enfant “non-standard” ». La notion d’inclusion, dans ce contexte, vient remplacer celle d’intégration, comme l’illustrent les très nombreux schémas de ce type (Fig.1) qui circulent, pour en proposer un dépassement.

Le terme d’intégration, lui, concernera principalement « les membres de cette société n’étant pas nés sur le sol national (les immigrés, étrangers ou naturalisés) » (VADOT 2017 : 97), « et se construira en opposition aux modèles multiculturels anglo-saxons » (Ibid.: 160). Un troisième terme complètera le schéma, celui d’insertion, qui concernera l’entrée sur le marché du travail à partir des années 1960, avant de concerner « d’autres catégories de population privées d’emploi ou confrontées aux emplois précaires : chômeurs de longue durée, travailleurs immigrés (qui sont les premiers licenciés en période de crise), femmes au foyer voulant (re)trouver un emploi » (Ibid. :  156).

On voit donc que ces trois termes concernent les « exclus de la société » et les personnes non-standards. Cependant, on voit également une répartition des termes selon différents rapports sociaux :

  • l’inclusion concerne le handicap, éventuellement les classes populaires et les migrants dans le cadre scolaire, parfois des femmes, et plus récemment, les chômeurs.
  • l’insertion – sociale ou professionnelle – est réservée aux chômeurs et aux immigrés
  • tandis que l’intégration est quasiment uniquement réservée aux étrangers.

L’envers de ces termes sera d’abord discrimination, et non exclusion. Nous sommes ainsi dans un discours républicain : c’est une inclusion sans extérieur, où tout le monde doit être inclus. Si exclusion, il y a, elle se fait alors par l’attribution du non-statut, de la non-existence politique, telle que l’a décrite Butler dans son travail sur l’apatridie (BUTLER & SPIVAK 2009) mais elle n’est jamais, ou très rarement, nommée.

Les contraires de l’inclusion sont ainsi révélateurs des évolutions historiques du paradigme de l’inclusivité. À la fin des années 1990 « les discriminations sont constituées en objet de discours et de politique » (VADOT 2017 : 168). C’est à ce moment-là que se rejoignent les différents publics : « Les publics n’ont cessé de gagner en variété : de l’ordre ethnoracial, les catégories de la (non)-discrimination sont étendues à l’âge, à l’orientation sexuelle, à l’apparence physique, à l’appartenance syndicale, la liste des motifs couverts n’étant pas, selon les avis d’experts, close à l’époque.” (DOYTCHEVA 2015 : 76)

À partir de 2004, on voit un basculement de la lutte contre les discriminations à l’égalité des chances et la promotion de la diversité. (VADOT 2017 : 174). « Ces reformulations marquent bien souvent des inflexions de perspective, en accusant le passage d’une analyse critique des structures sociales à une autre, positive et managériale, qui se construit dans les termes de l’image, de la performance et de l’efficacité, dans le champ de l’entreprise en particulier. » (DOYTCHEVA 2015 : 76)

Vadot, quant à elle, explique ce basculement d’une autre façon : « Parler de lutte contre les discriminations mettait en lumière l’échec du référentiel d’intégration. Mais égalité des chances et promotion de la diversité était très compatible avec le modèle républicain d’intégration. » (VADOT 2017 : 174). On voit comment ces différentes reformulations, de l’intégration à l’égalité des chances sont compatibles d’une part avec le retour du républicanisme dans les années 1990 et d’autre part avec une libéralisation de l’action sociale.

Ce type de mouvement n’est d’ailleurs pas propre à la France, Sara Ahmed écrit en 2012, à propos du Royaume-Uni :

Le terme diversité a été entendu comme un terme de substitution de mots plus anciens tels que égalité des chances ou antiracisme. Nous ne pouvons pas expliquer ces changements de vocabulaire simplement du point de vue d’un développement interne du secteur de l’égalité, dans lequel le terme diversité est d’ailleurs largement soupçonné d’être une importation. On en parle même comme d’un terme étranger. Les critiques suggèrent en particulier que l’usage en hausse du langage de la diversité reflète la propagation d’un discours managérial étasunien. (AHMED [2012] 2019 : §3)

On voit que la notion d’inclusion s’est élaborée historiquement, dans des champs spécifiques, dans le cadre de problématisations spécifiques. Il est un autre champ au sein duquel la notion d’inclusion s’est développée, c’est celui des femmes. En effet, dans l’histoire du féminisme français, l’inclusion a principalement signifié « l’inclusion politique des femmes ».

En France, cette revendication d’inclusion s’est notoirement articulée en termes de parité, depuis le début des années 1990, dans un contexte qui, selon Joan Scott (2005), avait vu un ébranlement de l’universalisme républicain, une crise de la légitimité politique, et simultanément un durcissement du discours sur la « République ».

Dans un tel contexte, réclamer une reconnaissance politique pour un groupe spécifique ouvrait la boite de pandore des réclamations particulières (BERENI 2007). Pour inclure les femmes, les féministes de la parité vont alors présenter leurs revendications non pas comme une dérogation mais comme un renforcement de l’universalisme. Pour cela, il leur faudra faire du genre un rapport différent des autres rapports sociaux, et les paritaristes développeront trois arguments à cet effet :

  • un argument statistique : les femmes ne sont pas un groupe minoritaire mais la moitié de l’humanité
  • un argument technique : les frontières du groupe sont clairement définies par des caractéristiques permanentes
  • un argument anthropologique : la bi-catégorisation sexuelle est une caractéristique universelle de l’humanité

En définissant le genre non pas comme un rapport social mais comme une catégorie, elles en faisaient le seul critère de division acceptable dans l’universalisme (BERENI 2007). Cela a pu fonctionner, car le modèle républicain français fonctionne sur un paradoxe qui associe universalisme et différentialisme dans la définition de la communauté :

D’un côté, le modèle politique français, basé sur une vision constructiviste de la communauté de citoyens (entre autres créée par l’école publique républicaine) était censé s’opposer à une tradition de libéralisme individualiste, dans lequel l’État jouait un rôle minimum. D’un autre côté, le modèle français était supposément contraire au « communautarisme » et au multiculturalisme, puisqu’il était basé sur une séparation stricte entre « société » et « politique », et ne reconnaissait ses citoyens que comme des êtres abstraits (BERENI 2007).

Ce paradoxe républicain éclaire le succès français de la notion d’inclusion qui consiste à inclure les femmes en tant que femme à une communauté d’individus abstraits (universalistes)-figures masculines :

En demandant l’inscription du sexe au cœur même de la définition de la citoyenneté (= la sexuation des individus abstraits), les paritaristes échappaient au fameux « dilemme de la différence » : en se distinguant, d’une part, de la conception universaliste traditionnelle qui ne reconnaît pas le sexe comme catégorie politique, et, d’autre part, d’une vision « participative » de l’inclusion, qui consisterait à demander une représentation des femmes en tant que femmes (SCOTT, cité par BERENI 2005 : 222).

On voit dans ces arguments que l’inclusion n’est pas l’inclusion à la République, ni l’inclusion à une communauté particulière, mais l’inclusion à l’universalisme, au sujet abstrait de l’universalisme.

Pour saisir la généalogie de la notion d’inclusion, toutefois, le seul cas français avec sa spécificité de l’universalisme, ne suffit pas. On peut alors utilement regarder ce qui se passe dans un autre espace francophone, qui est celui du Québec, où l’histoire de l’inclusion est tout à fait différente.

Ricci montre que la Fédération des femmes du Québec a une tradition de collaboration et de solidarité interreligieuse entre les femmes issues de la classe moyenne ou bourgeoise catholique, protestante et juive (2017 : 105). Avant la Révolution Tranquille, les organisations confessionnelles étaient des lieux majeurs de rencontres et d’organisation des femmes (ibid). Cette vision des religions comme communautés va permettre d’une part de penser un certain nombre de catégories sociales en termes de communautés et d’autre part d’adresser à la Fédération des femmes la critique de ne pas représenter également toutes les communautés.

Avec les années 1970, et la diversification de l’immigration, le débat va se reformuler en termes d’intégration, et de diversité, dans un « vocabulaire pluraliste » comme le dit Ricci (2017 : 117)  : « “respect des différences”, “d’égalité et de solidarité entre tous les membres de la société”, et de la “double oppression” que subissaient les femmes autochtones. Ce discours inclusif retournait aux origines de la FFQ [Fédération des Femmes du Québec], qui voulait regrouper toutes les femmes québécoises sans distinction d’origine ethnique, religieuse, ou linguistique »

Il s’agit donc d’inclure de la diversité à la représentation. L’inclusivité est ici un pluralisme. L’inclusion concerne alors non seulement les femmes, mais toutes les communautés racisées, et dans une moindre mesure les minorités de classe, de sexualités, autochtones et de la ruralité.

Les développements contemporains de la notion d’inclusion dans le féminisme québécois en feront quasiment un synonyme de « prise en compte de l’intersectionnalité ». Lépinard parle d’ailleurs « d’inclusion intersectionnelle » (2015 : 153). C’est le féminisme comme activisme qui doit être inclusif des minorités de race, de classe, de sexualités, des autochtones et des ruraux, mais aussi des travailleuses du sexe, et des femmes trans (FOURMENT 2021). Fourment écrit qu’en alliant des conceptions foucaldiennes et matérialistes du pouvoir, les féministes queers matérialistes opèrent une équivalence entre inclus/exclus et dominants/dominés.

« Les exclus sont le pôle minoritaire de plusieurs oppressions (catégories utilisées par les militantes) :

  • patriarcat (homme/femme)
  • hétéronormativité (hétérosexuel/homosexuel)
  • cis-sexisme (cisgenre/trans)
  • capitalisme (bourgeois/populaire)
  • racisme (blanc/racisé)
  • colonialisme (allochtones/autochtones)
  • capacitisme (sans / avec handicap physique ou mental)
  • grossophobie (mince/gros, voluptueux) » (FOURMENT 2021 : 378-379)

Éléonore Lépinard synthétise la lecture canadienne et la lecture française :

« La politique canadienne officielle du multiculturalisme (…) a signifié le rejet de l’assimilation et la valorisation de la diversité culturelle. À l’inverse, le « modèle républicain » français promeut une philosophie de l’intégration, mettant en valeur une culture partagée, nationale plutôt que le pluralisme, un concept abstrait de la citoyenneté, l’indifférence à la couleur et l’assimilation civique et culturelle des migrants comme des minorités religieuses. » (LEPINARD 2015 : 154-155)

Dans les années 2010, cette généalogie s’est encore complexifiée avec l’explosion de la polémique sur l’écriture inclusive, portant la question linguistique au cœur de la notion d’inclusivité.

Lorsqu’en 2017, la polémique sur l’écriture inclusive a éclaté en France, elle a surpris par la violence et de l’ampleur des débats. En effet, la question de la représentation du genre dans le langage faisait tranquillement tache d’huile depuis quelques années, les dernières polémiques remontant aux années 1980, autour de la féminisation des noms de métiers. Mais au-delà de la dimension polémique, c’est aussi une transformation terminologique qui s’est produite. En effet, depuis les années 1980, les travaux linguistiques montraient une impressionnante hétérogénéité terminologique, avec plus de 20 dénominations, dont, par exemple :

antisexisme linguistique ; démasculinisation ; désexisation ; féminisation ; genre altéritaire ; grammaire non-binaire ; langage des femmes ; neutralisation ; parité linguistique ; rédaction épicène ; rédaction non-sexiste ; etc.

C’est seulement à partir de 2017 que les expressions « français inclusif », « langage inclusif » ou « écriture inclusive » s’imposent, au détriment des autres, montrant une nouvelle application du paradigme de l’inclusion aux questions de langage, qui jusqu’ici n’avait pas eu lieu.

En 2016, une agence de communication, Mots-clés, publie un Manuel d’écriture inclusive. La parution du manuel est simultanée au dépôt, le 23 septembre 2016, de la marque « écriture inclusive » à l’Institut National de la Propriété Industrielle, comme « marque verbale ».

Suite à la parution de ce guide, l’agence commercialisera des formations et de l’accompagnement aux entreprises sous forme d’ateliers d’initiation ou de rédaction de contenus éditoriaux.

L’écriture inclusive, telle que définie dans le manuel de l’agence, recouvrirait la féminisation des noms de métiers et l’évitement du masculin générique. Le manuel promeut également l’utilisation typographique du point médian. Le point médian est un signe typographique employé dans des milieux féministes depuis longtemps. S’il est difficile de dater son apparition précise, on en trouve des traces dès la décennie 2000 (ABBOU 2011). Des locutrices interrogées en 2008 disent l’employer car il est lisible, discret et qu’il est dédié à cet usage, contrairement au tiret ou au point classique, et ce, malgré la difficulté technique à le réaliser (ABBOU 2017).

Le choix – par l’agence – de l’expression « écriture inclusive », permet de « neutraliser la charge militante de la formulation », et le choix du point médian permet la promotion d’une forme perçue comme nouvelle, et donc susceptible d’être polémique (communication personnelle). C’est donc paradoxalement avec une dénomination qui se veut « non-politique » que se déclenchera la polémique.

Mais s’il faut saluer le « coup de com’ » de l’agence, il serait naïf de penser qu’une polémique politique d’échelle nationale soit seulement due à une campagne publicitaire. Ce sont plutôt les reconfigurations du contexte politique et idéologique français qui ont fait de l’écriture inclusive une poudrière, dans laquelle l’agence de communication a été l’étincelle (voir ABBOU 2023 pour une analyse détaillée de la controverse).

De plus, il faut une fois de plus, prendre un peu de champ transnational et translingual pour voir qu’hors de France, la notion d’inclusion appliquée à l’écriture est en fait bien présente depuis plusieurs décennies, offrant une généalogie supplémentaire à la notion.

Du point de vue académique, la première occurrence que l’on peut retrouver date de 1976, en anglais, dans un rapport de recherche, qui fait le point sur les nouveaux outils terminologiques proposés par le Département du Travail états-uniens. En d’autres termes, c’est un travail sur la féminisation des noms de métiers, titres et grades : « Sexism, Language and Social Change », par Gertrude Berger et Béatrice Kachuck. On peut y lire :

« From the feminist perspective, not only is the generic term man not inclusive of women on an equal plane with men but the frequency with which jobs are listed as male forms, such as foreman and master intentionally excluded women in fact as well as form » (BERGER & KACHUK 1976)

On ne parle pas encore de « langage inclusif » ou d’ « écriture inclusive », mais c’est une première mention concernant le langage. Le terme apparaît encore dans deux publications, respectivement de 1980 et 1982, à propos des pronoms inclusifs :

  • Todd-Mancillas, William R.; Meyers, Karen Ann. 1980. « The Effects of Inclusive/Exclusive Language on Reading Comprehension, Perceived Human Interest, and Likelihood of Inclusive Pronoun Usage. » Paper presented at the Annual Meeting of the International Communication Association (30th, Acapulco, Mexico, May 18-23, 1980).
  • Flanagan Anna M. & Todd-Mancillas William R. 1982. « Teaching inclusive generic pronoun usage: The effectiveness of an authority innovation‐decision approach versus an optional innovation‐decision approach » Communication Education. Volume 31

Ces travaux montrent que jusqu’alors, « inclusif » est l’une des variations possibles sur le thème de la représentation linguistique du genre, qui est discutée par les linguistes et les féministes depuis la fin des années 1970 et 1980. Mais ce ne sont pas que les linguistes qui commencent à employer ce terme. En 1978, un article d’anthropologie biblique paraît dans Theology Today :

  • Collins, A.Y. (1978). An Inclusive Biblical Anthropology. Theology Today, 34(4): 358-369.

Là encore, l’expression « inclusive language » ou « inclusive writing » n’apparaît pas directement. Il faut attendre 1983, avec la parution de The Inclusive Language Lectionary,[3] publié par le National Council of Churches, le Conseil œcuménique des Églises qui rassemblent les églises pacifistes, protestantes, orthodoxes orientales, afro-américaines et évangéliques aux États-Unis. Il s’agit d’un lectionnaire réformé, c’est-à-dire d’un livre liturgique qui contient des passages des textes religieux, destinés à être lus lors de cérémonies religieuses. C’est la première occurrence d’une longue série de textes inclusifs, de recommandations, de réflexions ou de commentaires sur l’inclusivité dans le langage religieux, par exemple :

  • Withers, B. A. (1985). Inclusive Language and Religious Education. Religious Education, 80(4).
  • Schreck, N. and Leach, M. (compilers). (1986). Psalms Anew: In Inclusive Language. Minnesota: Saint Mary’s Press.
  • Ellingworth, P. (1987). Translating the Bible Inclusively. Meta, 32 (1): 46–54.
  • Hardesty, N. (1987). Inclusive Language in the Church. Louisville: John Knox Press.

Ce sera le début d’une importante production sur la question de l’inclusion des femmes au discours religieux protestant, dans ses différents courants théologiques, qui fait écho aux questions qui traversent les sociétés dans les années 1970. Les questions centrales que soulèvent cette discussion, sont par exemple, chez Nancy Hardesty (1987) :

  • Est-ce que Dieu est de genre masculin/mâle ?
  • Est-ce que Dieu s’est fait homme ou humain dans le christ ?
  • Est-ce que Jésus est l’homme d’un homme ?
  • Est-ce qu’un sauveur masculin peut sauver les femmes ?
  • Si le christianisme est une religion sexiste, les femmes ont-elles une place dedans ?
  • La question du langage inclusif soulève aussi la question de l’inclusivité de l’évangile.
  • À qui s’adressent les écritures ?
  • De qui Dieu est-il le dieu ?

Les évangélistes ajouteront qu’il s’agit également de refléter plus correctement la volonté de dieu, liant ainsi la notion d’inclusion à celle de la diversité : « the diversity that is evident in God’s miraculous creation » (Policy of Inclusive Language in the Life and Ministry of the Community of Christ, 2008).

Ainsi, l’inclusion concerne en premier lieu les femmes, mais également toute minorité. Dans une liste très similaire à ce qu’on peut trouver aujourd’hui, Hardesty liste : « On a human level, an effort to use more inclusive language makes us aware not only of our sexism, but also of our racism, elitism, nationalism, classism, ageism, homophobia, and all our other prejudices » (1987 : 15).

Il faut noter que si Hardesty mentionne ici l’homophobie, ce ne sera que rarement le cas. La plupart des textes élargissent l’inclusion au-delà du genre à la classe, à la race et même parfois aux modèles familiaux (par exemple les couples sans enfant), mais la sexualité est, la plupart du temps, la principale absente de cette inclusion.

Cet engouement protestant pour le langage inclusif se reflète ainsi dans la production académique en théologie, ainsi que dans un grand nombre de livres, d’articles de presse ou de bulletins religieux consacrés à la question dans les années 1980. Au même moment, les féministes et/ou les linguistes anglophones débattent également de cette question de la désignation et de la prise de parole des femmes, mais n’en parlent pas en termes d’inclusion.

Cela est également confirmé par les données de Daniel Elmiger (2020), qui a collecté près de 1200 guides de langue non-sexistes dans près de 30 langues. Parmi les guides anglais, trois des quatre premiers guides à utiliser « Inclusive Language » appartiennent au domaine religieux (protestant) :

  • Metropolitan Community Churches. (1981). Inclusive language policy and guidelines. Hoffman, Miller and Aaron Miller (ed.).
  • Uniting Church Theological Hall. (1989). Policy on Inclusive Language.
  • MacLauchlan, B. (1997). Just language: A guide to inclusive language in the United Church of Canada. Etobicoke: Division of Mission in Canada, United Church of Canada.

La théologie protestante anglophone nord-américaine a ainsi été un important vivier de promotion et de diffusion de la notion de langage inclusif. Ou, pour le dire autrement, l’inclusion est un paradigme qui a été largement promu par l’Église réformée.

Cette généalogie trouvera des prolongements francophones au Québec, où la première référence en français de l’expression « langage inclusif » est canadienne et concerne également la théologie. Il s’agit de :

  • Gourgues, M. (1987). Compte-rendu de l’ouvrage L’Église que voulait Jésus, de Gerhard Lohfink. Laval théologique et philosophique, 43(1).

Deux ans plus tard, au Québec, paraît :

  • Dumais M. and Roy A.-M. (1989). Souffles de femmes. Lectures féministes de la religion. Montréal: Éditions Paulines; Paris: Médiaspaul.

L’ouvrage comporte un chapitre sur le langage inclusif. L’année suivante, en 1990, trois références paraissent mentionnant le langage inclusif, qui sont toutes trois des écrits théologiques québécois.

C’est en 1992 que sort la première occurrence en français qui ne soit pas issue de la religion. Il s’agit d’un article de la linguiste féministe québécoise Hélène Dumais :

  • Dumais H. (1992). « Pour un genre à part entière ». Recherches féministes 5(1): 169–174.

On voit donc que dans le double mouvement interlangue (anglais/français) et transatlantique (Amérique du Nord / Europe), plusieurs sens de l’inclusion circulent et s’entrechoquent, de l’inclusion républicaine du sujet universaliste aux questions de représentations de la diversité, de l’inclusion théologique des croyantes à l’intersectionnalité matérialiste queer en passant par la lutte contre les discriminations.

Ces généalogies hétérogènes confèrent au concept une complexité qui en fait donc un lieu hautement pertinent à interroger.

2. L’inclusion au prisme de la communication institutionnelle

Au cours des dernières décennies, la notion d’inclusion s’est imposée comme un mot-clé incontournable des discours institutionnels (KRIEG-PLANQUE 2012), au point de devenir un véritable opérateur de légitimation des politiques publiques, des pratiques organisationnelles et des stratégies de communication. Loin de constituer un concept univoque, l’inclusion se caractérise par une dimension évolutive et comporte de multiples déclinaisons qu’elles soient économiques, professionnelles, sociales ou culturelles (BOUQUET 2015).

Cette pluralité de sens confère à la notion d’inclusion une complexité particulière (PRINTZ 2020), qui en fait un lieu de tension et de négociation dans les discours institutionnels, tout spécialement en raison du fossé inévitable entre conceptualisation et application d’autant plus que ce terme ne trouve pas son origine dans le champ des sciences humaines et sociales. Il procède plutôt d’un travail de resémantisation qui l’éloigne de ses usages scientifiques originels : dans les productions discursives des institutions il ne renvoie plus à un état ou à une propriété formelle, mais à un processus dynamique et à un objectif normatif visant à construire des sociétés inclusives, à savoir :

based on respect for all human rights and fundamental freedoms, cultural and religious diversity, social justice and the special needs of vulnerable and disadvantaged groups, democratic participation and the rule of law. It is promoted by social policies that seek to reduce inequality and create flexible and tolerant societies that embrace all people. (NATIONS UNIES DESA 2009 : 8).

Cet élan visant à dépasser les différences afin de garantir l’égalité des chances, mais aussi la pleine capacité de l’ensemble de ses membres à participer à la co-construction des institutions sociales, se traduit dans la nécessité d’intégrer les individus, dans leur diversité, aux processus par lequel la société est organisée et gouvernée (NATIONS UNIES DESA 2009). Dans le cadre de la communication institutionnelle, ce déplacement revêt une importance particulière en ce qu’il place le langage au cœur du processus : la compréhension, l’accessibilité et l’appropriation des discours institutionnels deviennent des conditions indispensables à l’élargissement de la participation. Ainsi, appliqué au langage, l’adjectif inclusif renvoie à des pratiques visant à garantir l’accessibilité des contenus, à élargir la participation et à assurer une représentation plus équitable de tous les publics, et en particulier des groupes traditionnellement marginalisés ou exclus. L’inclusion et l’accessibilité s’avèrent être les principes mêmes régissant toute communication institutionnelle dont le but est de produire des discours non discriminants, censés prendre en compte cette diversité. Ce type de communication suppose une attention particulière aux choix linguistiques, terminologiques et énonciatifs, dans la mesure où ceux-ci peuvent soit favoriser la participation et le sentiment d’appartenance, soit, au contraire, reconduire des mécanismes d’exclusion symbolique. Cette reconfiguration notionnelle érige l’inclusion en principe central porteur d’une forte valeur axiologique : si elle est investie d’idéaux d’équité et de justice sociale, elle demeure néanmoins exposée à des usages flous, susceptibles d’en réduire la portée effective sur les pratiques communicationnelles.

Afin de mieux comprendre la place qu’occupe l’inclusion dans ces pratiques, ainsi que les tensions qu’elle cristallise entre visées prescriptives et mises en œuvre discursives, il nous semble pertinent d’explorer le discours terminographique des institutions (RAUS 2013) en tant que révélateur de leur positionnement par rapport à cette notion et, par conséquent, de sa prise en charge dans l’élaboration des politiques de communication[4] . La consultation des bases de données institutionnelles constitue alors une clef d’entrée privilégiée pour explorer les décalages qui se produisent entre langue, pouvoir, idéologie et pratiques de communication au sein des institutions. Si nous admettons que « les terminographes aussi finissent par produire, de par leurs choix, un discours terminographique précis » (RAUS 2013 : 93) et que ce discours peut varier d’une organisation à l’autre, la présence de bases de données institutionnelles de plus en plus riches permet d’identifier des éléments utiles pour sonder les interstices de la communication institutionnelle inclusive.  Donc, au prisme de la notion d’inclusion, comment se configure la communication institutionnelle ?

2.1. La communication inclusive à l’ONU : le portail UNTERM 

Dans la sphère internationale et supranationale, le portail terminologique multilingue de l’Organisation des Nations unies, UNTERM, constitue un outil central de normalisation en assurant la collecte, l’harmonisation et la diffusion de la terminologie liées aux sujets traités par l’Organisation dans ses six langues officielles (anglais, arabe, chinois, espagnol, français, russe). Cette base de données regroupe « des centaines de milliers de termes, y compris les noms officiels des pays, des ensembles de données phraséologiques et toute une série de toponymes et de noms propres »[5]. Dans la page de présentation, disponible en accès ouvert sur Internet, l’ONU affiche son approche de la communication inclusive en intégrant la rédaction épicène qui repose sur le dédoublement lexical :

Le portail est accessible 24 heures sur 24 par des utilisateurs et utilisatrices du monde entier, notamment des traducteurs et traductrices, des interprètes et d’autres membres du personnel, des représentants et représentantes de délégations et des particuliers de tous les pays. (UNTERM)

Ces choix linguistiques témoignent à la fois d’une reconnaissance symbolique et d’un alignement avec un système de valeurs propres à l’institution (égalité, diversité, non-discrimination), et d’une forme de multilinguisme inclusif façonné par les contraintes propres de la communication multilingue (GABORIAUX et al. 2022 ; de SAINT-ROBERT 2022).

Afin de circonscrire l’analyse, nous avons retenu l’expression communication inclusive et l’adjectif inclusif/inclusive en tant que points d’entrée pour l’exploration de cette ressource terminologique institutionnelle.

Dans cette base de données, le syntagme « communication inclusive » fait l’objet de deux fiches distinctes : l’une renvoie à l’Initiative mondiale pour des technologies de l’information et de la communication inclusives (acronyme anglais : G3ict), l’autre aux Lignes directrices pour l’inclusion du handicap dans les communications. Dans les deux cas, les documents de référence opèrent une sémantisation de l’inclusion qui tend à en restreindre la portée conceptuelle, en l’adossant prioritairement à la notion d’accessibilité. Dans les sources citées dans les deux fiches, l’inclusion se voit reconfigurée, d’une part en un ensemble de normes techniques et fonctionnelles d’accès à l’information :

  1. L’UIT [Union Internationale des télécommunications] et l’Initiative mondiale pour des TIC inclusives (G3ict) ont consacré un forum commun à la « Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées : enjeux et perspectives de la normalisation des TIC » le 21 avril 2008 à Genève. Les participants y ont examiné des normes techniques, parlé de développement de produits et discuté de politiques publiques destinées à la mise en œuvre des dispositions de la Convention, qui est entrée en vigueur le 3 mai de cette année[6];

d’autre part, elle est normée en tant que principe régulateur et outil stratégique pour garantir que la communication devienne accessible et puisse être ainsi un levier d’inclusion pour les personnes handicapées :

  1. Dans un monde connecté en permanence, l’aptitude à la communication est une compétence transversale que tout fonctionnaire de l’Organisation des Nations Unies (ONU) doit absolument posséder. Des communications inclusives et accessibles profitent à                toutes     les           personnes, qu’elles soient ou non handicapées. Inclure le handicap dans les communications, c’est tenir compte de la diversité de nos sociétés.[7] »

Cette orientation prend forme dans un texte non contraignant visant à encadrer les usages linguistiques et communicationnels dans l’organisation. En effet, les Lignes directrices pour l’inclusion du handicap dans les communications explicitent les finalités assignées à la communication inclusive et accessible, conçue comme un véritable levier de transformation des pratiques institutionnelles, et introduit des éléments de langage (KRIEG-PLANQUE, OGER 2015) pour sa mise en œuvre. Adressées aux coordonnateurs des communications de l’ONU et aux autres membres du personnel de l’Organisation, elles ont pour but de les aider à rendre toutes les communications inclusives et accessibles, en raison du fait que des « communications inclusives et accessibles permettent de lutter contre les préjugés et la discrimination, et elles favorisent l’inclusion et la participation » (NATIONS UNIES 2022 : 1). Dans cette perspective, l’accessibilité est pensée comme un critère de qualité communicationnelle et de légitimité institutionnelle, à intégrer dès la conception des messages, en fonction de la diversité des publics et des situations de réception :

Les lignes directrices peuvent être utilisées par les membres du personnel de l’ONU dans toutes leurs communications, lorsqu’ils envoient des courriels et des notes de réunion, élaborent des documents, participent à des consultations, échangent sur des plateformes numériques ou mènent      des          campagnes           multimédias.        Établies à partir des meilleures pratiques et illustrées par des exemples, elles conseillent sur l’attitude à adopter face au handicap et expliquent comment créer des contenus inclusifs et accessibles. (NATIONS UNIES 2022 : 3)

Présentées sous forme de recommandations, elles insistent sur la mobilisation de formats pluriels et redondants (langue claire, formats alternatifs, multimodalité), sur le respect des standards internationaux d’accessibilité numérique et sur l’adoption d’un discours non « capacitiste », conforme à une approche fondée sur les droits humains, visant à faire évoluer les mentalités.

L’adjectif « inclusif », qualifiant le type de communication à mettre en œuvre, nous permet d’élargir le cadre de notre réflexion. Insérés dans UNTERM comme mot clé, les résultats obtenus apportent des éléments d’analyse complémentaires.

Tout d’abord, on remarque que le premier résultat proposé (sur un total de 42 fiches extraites qui concernent majoritairement les domaines économique et social) est étiqueté comme « Question de genre » et qu’il figure parmi une liste d’équivalents optionnels (neutre, non genré, non sexiste, sans distinction de genre) pour le terme anglais gender-neutral, ce qui suggère une certaine variation discursive.  Son contenu sémantique dépend directement du terme anglais « gender-neutral » et de sa définition : « Policy, programme or situation that has no differential positive or negative impact in terms of gender relations or equality between women and men. European Institute for Equality ». Toutefois une note d’usage est fournie aux personnels des services linguistiques de l’Organisation afin de les solliciter à prendre en compte la pertinence contextuelle :

Note: L’équivalent à utiliser dépend souvent du substantif auquel « gender-neutral » se rapporte. Exemples : Gender-neutral attitude = attitude (ou conduite) non sexiste, libre (ou exempte) de tout préjugé sexiste, exempte (ou dépourvue) de sexisme. Gender-neutral expression = formulation neutre ; tournure neutre. Gender-neutral first name = prénom mixte ; prénom unisexe. Gender-neutral policy = politique dénuée de considérations genrées, exempte de préjugés sexistes ; politique non sexiste. Gender-neutral toilets = toilettes neutres ; toilettes non genrées ; toilettes mixtes. Gender-neutral writing = rédaction épicène.

Combiné au substantif « langage », « inclusif » revient au domaine des « Droits humains » et du « Handicap » en tant que variante synthétique de langage incluant le handicap. Cette acception, validée par la Section française de traduction de l’ONUG (mai 2021), est toutefois accompagnée d’une recommandation d’usage conseillant de l’employer « Quand il est clair qu’on parle du handicap et que le terme est sous-entendu »[8].  En ce qui concerne la source, la fiche terminologique renvoie aux principes énoncés dans le document : Lignes directrices pour l’inclusion du handicap dans la langue écrite et orale.[9]

2.2. La communication inclusive de l’UE : la base de données IATE

Les discours institutionnels s’inscrivant dans un espace interdiscursif marqué par la circulation de textes et de termes, les pratiques de communication inclusive peuvent être observées par le biais de l’analyse d’outils terminologiques. Dans le contexte européen, la base de données IATE (Interactive Terminology for Europe)[10] permet ainsi d’examiner la manière dont les institutions de l’Union européenne se montrent plus ou moins poreuses aux pratiques linguistiques et communicationnelles de l’inclusion. Afin d’assurer la cohérence méthodologique avec la recherche menée sur les ressources onusiennes, nous avons retenu les mêmes mots-clés, à savoir communication inclusive et inclusif/inclusive. En observant la structuration des fiches, les définitions proposées, les équivalents multilingues et les contextes d’usage, il devient ainsi possible d’interroger la manière dont la communication inclusive se construit à travers les pratiques terminologiques de l’Union européenne.

Le terme complexe « communication inclusive » est enregistré dans deux fiches terminologiques. La première reporte le syntagme exact et sa définition synthétique tout en l’inscrivant clairement dans le champ de la communication : « manière de communiquer verbalement et visuellement afin d’inclure tout le monde et d’éviter les stéréotypes »[11]. La définition retenue par IATE s’appuie sur les textes affichés sur le site du Conseil de l’Union Européenne, et notamment sur le document créé en 2018 par les soins du Bureau pour l’égalité des chances, intitulé La communication inclusive au Secrétariat Général du Conseil. Il est reconnu que :

La langue évolue sans cesse, le vocabulaire change et notre choix de termes devrait traduire cette évolution. S’exprimer de manière neutre, sans préjugés ni stéréotypes, est une façon de tourner le dos à des idées qui n’ont plus cours sur les hommes, les femmes, les personnes handicapées et les autres groupes de la société. (CONSEIL UE 2018 : 5)

Une remarque de type sémantique est insérée dans cette fiche dans le but de préciser que la communication inclusive « Ne couvre pas seulement les problématiques de genre, mais aussi par exemple de handicap » (IATE).

La deuxième occurrence renvoie non pas au concept de communication en tant que tel, mais à une entité, le « réseau sur la communication inclusive », désignant les « représentants et représentantes de tous les services du Secrétariat général du Conseil de l’UE, mis en place pour promouvoir et intégrer la communication inclusive à tous les niveaux dans l’ensemble du SGC » ; elle assume une valeur essentiellement opérationnelle en offrant un point d’observation privilégié de l’institutionnalisation de la communication inclusive à travers ses dispositifs organisationnels[12].

L’analyse des termes corrélés, suggérés dans la fiche « communication inclusive », revêt dès lors un intérêt terminologique particulier, dans la mesure où elle permet de reconstituer le champ notionnel dans lequel le syntagme est inscrit. Les renvois aux fiches IATE concernant langage inclusif et inclusivité produisent une extension sémantique de ce concept, qui se déploie du niveau communicationnel vers des catégories plus englobantes, à la fois discursives et axiologiques.

Une seule fiche est dédiée au terme langage inclusif se référant au même texte du Conseil de l’Union Européenne : il consisterait

« à éviter les formulations susceptibles d’être interprétées comme porteuses de préjugés ou de discriminations envers certaines personnes ou certains groupes sociaux, qu’ils soient liés, par exemple, au genre, à l’orientation sexuelle, au handicap, à l’âge, à l’origine, ou encore à la religion ou aux convictions »[13].

Il est intéressant de constater que le contexte d’usage proposé dans la fiche fait partie d’un document onusien (Le langage inclusif – Contexte et objectif)[14], ce qui inscrit d’emblée la définition du terme dans un interdiscours institutionnel transnational. En outre, ce contexte permet de gloser la définition en lui attribuant une valeur positive : « Comme la langue a le pouvoir de faire évoluer les attitudes culturelles et sociales, l’emploi d’un langage inclusif est un bon moyen de promouvoir l’égalité de genre et de lutter contre les préjugés »[15]. Par ailleurs, la fiche admet comme synonyme l’expression formulation inclusive, accompagnée de la même définition et illustrée par un exemple d’usage (« lorsqu’est utilisée une formulation inclusive telle que “candidates et candidats” »), ce qui renvoie implicitement à la pratique de la rédaction épicène et confirme l’ancrage du terme dans des choix rédactionnels normés. Une attention toute particulière mérite également le renvoi à la fiche consacrée au terme « langage non sexiste », hiérarchisé sous le syntagme « langage neutre du point de vue du genre » et sa forme abrégée « langage neutre », et placé en amont du terme « langage épicène ». Toutes ces variantes sont associées au même énoncé définitionnel : « langage traduisant l’égalité entre les femmes et les hommes et consistant à éviter les formulations susceptibles d’être interprétées comme porteuses de préjugés, discriminatoires ou dégradantes en laissant entendre qu’un sexe est supérieur à l’autre ». Cela pourrait suggérer une tendance à l’homogénéisation  sémantique dans le discours institutionnel, dans la mesure où les sources présentées sont communes aux trois termes (Usage d’un langage neutre du point de vue du genre au Parlement européen, lignes directrices établies par le Parlement européen, 2008[16], et  La communication inclusive au SGC, Bureau pour l’égalité des chances, Secrétariat général du Conseil de l’Union européenne), visant à simplifier les usages dans les pratiques communicationnelles. En revanche, le syntagme « langage épicène » introduit une variante francophone, issue en dehors de l’UE, ainsi que son cadre de référence et d’application, à savoir le Guide romand d’aide à la rédaction administrative et législative épicène, publié par les bureaux cantonaux de Suisse romande[17].

2.3. La communication inclusive dans les pays de l’OCDE

La communication inclusive, selon l’analyse terminologique menée au sein des organisations internationales, a mis en évidence un décalage marqué entre des principes d’orientation (lignes directrices, stratégies, guides) et la réalité du terrain, surtout pour les professionnels des services linguistiques qui doivent gérer les défis du langage inclusif en présence d’un cadre encore très mouvant. Toutefois, ces dynamiques institutionnelles ne peuvent être pleinement comprises sans être replacées dans un espace plus large, où les principes d’accessibilité et d’inclusion se déclinent selon des contextes nationaux, des traditions administratives et des priorités politiques différenciées. Dans cette perspective, le panorama proposé par l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique (OCDE) sur la communication publique accessible et inclusive fournit un autre point d’appui pour interroger les pratiques en vigueur à l’échelle de son périmètre d’action (CAZENEUVE, BELLANTONI 2022). Ce document de travail a l’ambition de présenter une vue d’ensemble des pratiques en matière de communication accessible et inclusive dans des pays membres et partenaires de l’OCDE, afin d’identifier des tendances communes, des lignes de convergence, mais aussi des variations significatives dans la manière dont les États traduisent les principes de communication inclusive. Ce faisant, il met en lumière la part langagière de ces pratiques qui doivent prendre en compte l’accessibilité et l’inclusion des activités de communication dès leur conception. Au niveau notionnel, une distinction essentielle se creuse entre accessibilité :

« Une communication dite accessible ne s’adresse toutefois pas seulement à ces personnes. Le concept d’accessibilité renvoie aussi à l’assimilation, à la clarté et à la lisibilité d’une information. Le langage, la forme et les supports de communication utilisés constituent donc des déterminants importants. » (CAZENEUVE, BELLANTONI 2022 : 12)

et inclusion :

elle comprend bien sûr l’inclusion numérique, mais aussi le fait d’atteindre tous les citoyens, quel que soit leur genre, qu’ils soient jeunes ou âgés, isolés par la géographie, par l’éducation, par un handicap ou encore les facteurs sociaux et urbains. (CAZENEUVE, BELLANTONI 2022 : 13)

La mise en œuvre de la communication inclusive diffère sensiblement selon les pays membres de l’OCDE, entre obligations législatives, outils méthodologiques et innovations technologiques. Si certains pays membres de l’OCDE ont déjà fortement progressé dans la mise en place de normes et de dispositifs institutionnels en faveur d’une communication inclusive, les modalités de mise en œuvre demeurent hétérogènes. L’inclusion se traduit toutefois de manière récurrente par une volonté de rendre l’information intelligible et accessible à tous. Cela passe notamment par l’adoption de politiques de langage clair et simple (voir par exemple la norme ISO TC37 2023, PACI et al. 2024) parfois inscrites dans la loi, comme aux États-Unis, en Allemagne ou en Suède, afin de rendre les contenus techniques ou juridiques compréhensibles par le plus grand nombre. D’autres pays privilégient le multilinguisme comme levier d’inclusion, en multipliant les langues de diffusion pour atteindre les minorités linguistiques ou ethniques (voir par exemple GASPARI 2023, MATTIODA 2024). La communication inclusive de genre constitue un autre axe d’intervention, avec l’élaboration de guides spécifiques dans des pays comme la Belgique, l’Italie ou le Canada (voir par exemple CIOCHETTI, RALLI, 2024, RAUS, 2025), tandis que le recours à des formats alternatifs ou à la communication alternative augmentée vise à inclure les personnes en situation de handicap sensoriel.

2.4. Implications pour la pratique de médiation linguistique

Ce premier tour d’horizon de la terminologie institutionnelle multilingue met en évidence le rôle des choix terminologiques des organisations internationales et leurs effets dans la mise en place des modalités communicationnelles inclusives. En particulier, pour les services linguistiques chargés de la traduction, de la révision et de l’harmonisation des textes, l’inclusion apparaît moins comme une praxis bien implantée que comme un espace en permanente reconfiguration au sein duquel se négocient les rapports entre universalité et particularisme, lisibilité et visibilité, normalisation et reconnaissance des différences. Ces tensions trouvent une résonance particulière lorsqu’elles sont examinées à l’échelle des pratiques professionnelles de médiation linguistique. Si la traduction écrite permet, dans une certaine mesure, des ajustements différés et des stratégies de reformulation réfléchies, l’interprétation de conférence confronte les principes de l’inclusivité linguistique à des contraintes temporelles, cognitives et interactionnelles particulièrement exigeantes. C’est précisément à ce niveau que la contribution d’Igor Facchini dans ce numéro propose un éclairage particulièrement pertinent en examinant les enjeux qui émergent lorsque des stratégies linguistiques sensibles au genre sont mises à l’épreuve des contraintes propres à l’interprétation simultanée. Les entretiens rétrospectifs et semi-structurés, menés auprès d’interprètes de conférence de l’Union européenne, permettent de saisir à la fois les défis pratiques liés au traitement en temps réel et au transfert oral du langage inclusif, ainsi que les enjeux déontologiques qui orientent les choix traductifs en contexte institutionnel. L’étude, contribuant au débat en cours, met en évidence qu’une approche éthique, éclairée par une perspective de genre, peut guider les pratiques des interprètes. Si les choix entre stratégies de neutralité ou de visibilité, conservatrices ou innovantes, s’inscrivent dans de fortes contraintes pratiques, ils confèrent à l’interprétation une agentivité porteuse d’enjeux d’équité linguistique et de justice sociale.

Dans ce sillage, les contributions dans ce numéro de Ilaria Berliose et de Giuseppe Sofo ainsi que celle de Marie-Aude Lefer et Héloïse Grenez offrent un aperçu de différents modes d’appropriation de la communication inclusive de la part des institutions nationales qui peuvent soit adopter des positions normatives explicites, soit laisser une plus grande marge d’interprétation aux acteurs institutionnels. Dans l’espace francophone, où l’écriture inclusive a cristallisé une part importante des débats publics et médiatiques en interrogeant directement les rapports entre langue, pouvoir et représentation, le Québec et la Belgique s’imposent comme deux études de cas emblématiques. Berlose et Sofo proposent une analyse comparée des stratégies d’écriture inclusive dans les contextes francophone (France et Québec) et italien, en abordant l’écriture inclusive comme une pratique d’innovation linguistique et de traduction. Leur étude fait émerger, au Québec, une diffusion institutionnelle « par le haut » des pratiques inclusives, soutenue par des guides de rédaction et des ressources officielles (Vitrine linguistique), et leur intégration progressive dans la fonction publique et le milieu universitaire. Les auteurs soulignent toutefois la nécessité de concilier écriture inclusive, rédaction épicène et rédaction non binaire avec les exigences de lisibilité et d’accessibilité, illustrée par une étude de cas (Corps accord : guide de sexualité positive) montrant les avantages et les limites de la coexistence de ces pratiques. A l’inverse, le contexte italien se révèle marqué par de fortes résistances institutionnelles, comme le montrent les interdictions récentes de ces formes dans les communications officielles scolaires. L’analyse montre néanmoins le potentiel des pratiques militantes et traductives pour transformer les usages linguistiques. Les auteurs plaident, donc, pour le développement, en Italie, d’outils pratiques inspirés du modèle québécois afin d’accompagner l’adoption progressive de stratégies inclusives aussi bien par les institutions que par les individus.

Les pratiques d’écriture inclusive liée au genre, au handicap et à l’origine ethnique en traduction sont au cœur de l’enquête menée parmi les traductrices et les traducteurs belges salarié.e.s et indépendant.e.s dont la langue cible est le français par Lefer et Grenez. En Belgique, l’écriture inclusive s’inscrit dans un cadre normatif structuré, depuis les décrets de 1993 et 2021 sur la féminisation des noms de métiers jusqu’à la publication, en 2024, du guide Quand dire c’est inclure par le Conseil de la langue française. Cette dynamique institutionnelle s’accompagne d’un engagement marqué des traductrices et traducteurs, illustré par la création d’une commission « Inclusivité » au sein de la Chambre belge des traducteurs et interprètes. Les résultats révèlent toutefois une profession divisée sur l’écriture inclusive de genre, malgré l’adoption relativement large de stratégies perçues comme lisibles (féminisation, termes épicènes), tandis que les formes jugées plus militantes sont majoritairement évitées. L’écriture inclusive appliquée au handicap et à l’origine ethnique suscite des attitudes favorables mais demeure marginale. L’ensemble confirme que la transition vers des pratiques plus inclusives est engagée, mais les autrices soulignent le rôle central des lignes directrices institutionnelles et des attentes de la clientèle pour l’évolution des pratiques, ainsi que les enjeux éthiques de la formation en traduction.

3. L’inclusion dans le langage : quelles compétences à l’ère de l’IA ?

L’inclusion représente, comme on vient de le voir, l’un des enjeux majeurs de notre temps. Il s’agit d’une véritable reconceptualisation de la vie sociale qui passe d’abord et surtout par le langage. La révolution artificielle (BARTOLETTI 2020) que nous vivons à présent doit nécessairement être guidée par des savoirs humains conscients du pouvoir exercé par les mots sur le vivre ensemble. Il convient tout particulièrement de remettre en valeur le savoir-faire traductologique humain en tant que compétence fondamentale pour l’interaction humaine avec les nombreux outils multilingues existants.

L’on examinera en particulier alors le lien qui existe entre langage inclusif et opération traductive au niveau de la conception même du phénomène de l’inclusion langagière et des compétences qu’elle engendre et on jettera les bases pour une définition de « traduction inclusive » comme compétence langagière d’aide pour la pré-édition de corpus d’entraînement. Via la remise en valeur de compétences proprement traductives, il s’agit de remettre sur un pied d’égalité les deux apports disciplinaires qui sont à la base de la création de technologies multilingues : l’apport informatique, généralement reconnu, et l’apport linguistique, qui malheureusement reste encore peu visible. Notre visée est notamment pédagogique car nous entendons contribuer à la redéfinition des compétences, et par conséquent à l’évolution des pratiques d’enseignement des langues et de la traduction, dans le but de contrer le phénomène actuel du « language deskilling » (PEETERS et al. 2025 : 15) déjà constaté en cette ère des agents conversationnels.

3.1. Le langage inclusif et la « traduction intralinguistique » : quelle convergence ?

Les études en matière d’inclusion et en matière de traduction ont un premier dénominateur commun qui est représenté par la linguistique. Si les deux univers, l’inclusion et la traduction, se prêtent à des approches pluridisciplinaires riches sur un plan scientifique, c’est aux linguistes qu’on doit le mérite d’avoir proposé les premières définitions fondamentales de ces deux processus langagiers. Revenons tout d’abord, sur la notion de langage inclusif comme « variation diaéthique » élaborée par ALPHERATZ (2018, 2019). Par conséquent, nous reprendrons la définition de « traduction intralinguistique » de Roman JAKOBSON (1963 : 79) dans le but de proposer une définition de langage inclusif en tant que processus traductif intralinguistique.

Selon ALPHERATZ le langage inclusif est un exemple de comportement langagier, dans le sens où il s’agirait d’« une variation relevant de la conscience de genre, d’identité, d’égalité et de la performativité du langage » (ALPHERATZ 2018 : 7) qui a « pour objectif la visibilité/valorisation/prise en compte/reconnaissance de catégories sociales minorisées par un discours dominant qui les invisibilise » (ALPHERATZ 2019). L’inclusivité serait donc une variation linguistique relevant de l’ethos (AMOSSY 2010) de la personne qui parle car elle manifesterait son identité verbale, en témoignant de son positionnement discursif (notamment inclusif) vis-à-vis de la thématique abordée. On comprend donc que l’emploi d’un langage inclusif est le résultat d’une prise de décision spécifique, à savoir d’un choix traductif qui s’opère en reformulant de manière inclusive son propre message. Plus précisément, le langage inclusif découle de stratégies de traduction intralinguistique (ou reformulation, en anglais « rewording ») qui consiste en « l’interprétation de signes linguistiques au moyen d’autres signes au sein de la même langue » (JAKOBSON 1963 : 79). Tout comme Sandra WHITE l’explique, si la traduction interlinguistique « ou la traduction proprement dite, consiste dans l’interprétation des signes linguistiques au moyen d’une autre langue (JAKOBSON 1963 : 79) » (WHITE 1984 : 42), la traduction intralinguistique s’effectue dans une seule langue et ses mises en œuvre sont issues de différentes stratégies (WHITE 1984 : 43-44) : la paraphrase, l’emploi de co-occurrents, la synonymie et l’antonymie, le recours à des mots de la même famille étymologique ou à des mots sémantiquement apparentés.

Il faut noter que ses stratégies de traduction intralinguistique puisent dans les ressources langagières disponibles mais leurs mises en discours varient en fonction des spécificités du projet de rédaction (ou de communication) concerné. Par analogie, les stratégies d’écriture inclusive (Bas Barrio 2020) sont mobilisées en fonction du discours et du contexte concernés, et du cadre monolingue ou multilingue dans lequel elles s’inscrivent. On peut donc proposer de concevoir le langage inclusif en tant que compétence traductive intralinguistique permettant au locuteur de reformuler un discours en puisant dans les variantes inclusives et dans les stratégies discursives qu’il s’avère pertinent de mobiliser dans un contexte socio-communicatif donné.

Au sein du présent dossier, la contribution de Sara Emanuela Cacioppo, intitulée « La didactique de la traduction en contexte de FLE à l’épreuve du genre et de la TAN » permet d’enrichir la présente réflexion en affirmant très ouvertement que dans un cadre multilingue le rôle du traducteur ou de la traductrice est indispensable, et ce notamment en raison des compétences lui permettant de gérer la culture du genre dans le transfert interlinguistique. Cela implique la définition d’une compétence spécifique que l’auteure appelle « compétence de traduction en genre ».

Cacioppo poursuit un objectif novateur dans le cadre de sa recherche car elle entend montrer que l’intégration de systèmes d’IA dans un contexte d’enseignement/apprentissage de la traduction représente un outil d’aide pour l’acquisition de la compétence de genre ainsi que de la compétence de traduction en genre, par le biais de l’activation de la sous-compétence instrumentale.

Son ambition est donc de croiser les études traductologiques appliquées, centrées sur l’adoption des nouvelles technologies, avec les études de genre afin de sensibiliser les apprenant.e.s non seulement à l’utilisation des systèmes d’IA mais également aux défis spécifiquement posés par la question du genre en traduction.

Dans le cadre d’une expérimentation didactique conçue à cet effet, l’auteure essaie de favoriser l’acquisition d’une compétence de traduction en genre tout en développant aussi la sous-compétence instrumentale relevant de l’adoption d’outils de traduction neuronale.

3.2. La « traduction inclusive » comme compétence

Mais dépassons la question du genre pour appréhender plus globalement le sens d’une « traduction inclusive » et reprenons de manière succincte l’analyse théorique proposée dans le cadre d’une précédente contribution (CENNAMO 2017) dont l’objectif était de mettre en avant les trois points de convergence notionnels entre rédaction et traduction. À travers une reprise synthétique de ces derniers, on essaiera de rapprocher les notions d’écriture inclusive et de traduction afin de proposer une conception de traduction inclusive, axée sur la notion de compétence.

Rédaction et traduction peuvent être conçues de manière convergente si elles sont observées sous le prisme du discours (DELISLE 1980 :124-125 ; GAMBIER 2000 : 97 et 105 ; PINEIRA-TRESMONTANT 2020).

En effet, ces deux opérations sont représentatives, tout d’abord, de la caractérisation plurielle de la notion de « compétence langagière » qui selon CHARAUDEAU (2006) comprend quatre dimensions constitutives : situationnelle, discursive, sémantique et linguistique.

En ce qui concerne les dimensions situationnelle et discursive, la prise en compte du « genre de discours » (MAINGUENEAU 2014 : 64 ; KRIEG-PLANQUE 2012 : 106) s’avère fondamentale dans l’exécution de ces deux opérations langagières car c’est en respectant les spécificités expressives du genre discursif d’appartenance qu’on assure la pertinence socio-communicative de la production langagière concernée, qu’elle soit rédactionnelle ou traductive.

L’analyse du discours nous offre enfin un troisième terrain de convergence entre rédaction et traduction qui est celui de l’ancrage socio-culturel du langage : CHARAUDEAU (2007) nous rappelle en particulier le pouvoir du langage lié à la création d’imaginaires socio-discursifs en tant que modes d’appréhension du monde et de création de valeurs jouant un rôle de justification de l’action sociale (individuelle et collective). Pour résumer, ces deux opérations langagières font preuve d’une compétence stratégique qui vise à contextualiser chaque production discursive dans un cadre socio-culturel de référence afin de transmettre un message qui soit porteur de sens pour la communauté de destination.

Sous cet angle d’observation, on pourrait ébaucher une première conception de « traduction inclusive » comme compétence langagière humaine qui permet de restituer, aussi bien dans un cadre intra- qu’inter-linguistique, un discours de départ en assurant non seulement l’« équivalence » (LEDERER et SELESKOVITCH 2001 ; LEDERER 2004 ; LEDERER 2005) du message d’origine mais également l’inclusivité de sa formulation.

Cette compétence se déclinerait en trois ensembles de savoir-faire traductionnels qui seraient principalement impliqués dans la restitution d’éléments langagiers porteurs d’inclusivité :

  1. savoir identifier les choix rédactionnels inclusifs et/ou non inclusifs qui caractérisent le discours de départ ;
  2. savoir adopter des stratégies de traduction ─ intra- et/ou interlinguistique ─ capables d’assurer une reformulation inclusive ciblée ;
  3. savoir rédiger un discours d’arrivée équivalent mais aussi pertinent à son contexte socio-culturel de référence.

Il s’agirait d’une compétence à vocation transdisciplinaire car elle pourrait contribuer à l’évolution des techniques de pré-édition des corpus d’entraînement pour l’implémentation de moteurs neuronaux visant la production de traductions automatiques inclusives. Ces techniques pourraient bénéficier d’une telle posture traductologique en orientant l’élaboration de systèmes neuronaux qui seraient ainsi entraînés sur la base des stratégies de traduction inclusives humaines qui caractérisent (ou qui devraient caractériser) la multiplicité des mises en discours les plus récentes. Les traductologues joueraient ainsi un rôle central dans cette évolution car leur expertise, bilingue et biculturelle, serait la clé non seulement pour la création de corpus parallèles représentatifs des variantes inclusives possibles dans les différentes langues, mais surtout pour l’identification de leurs mises en équivalence.

Dans le cadre du présent dossier, l’article de Nicoletta Armentano, intitulé « La traduction automatique inclusive dans le cadre institutionnel européen : une approche neuronale sous contraintes » a le mérite d’étendre la propriété « situationnelle », que nous avons déjà évoquée en rapport avec les opérations de traduction et de rédaction, à la notion même d’inclusion.

L’auteure souligne la dépendance du concept d’inclusion vis-à-vis de ses contextes de réalisation.

Son étude permet de mieux comprendre que l’inclusion se manifeste concrètement et de manière différenciée en fonction des contextes discursifs et culturels de mise en œuvre.

Tout en intégrant, comme dans l’étude de Cacioppo, la traduction neuronale dans sa démarche expérimentale, la recherche de Nicoletta Armentano se démarque par un objectif spécifique qui n’est pas d’évaluer les prestations des logiciels de TAN en écriture inclusive, mais il s’agit de tester leur capacité à rendre des textes pertinents du point de vue situationnel.

Cette contribution a en effet le mérite d’avoir une orientation ciblée qui s’appuie sur les lignes directrices élaborées par le Parlement européen et le Conseil de l’Europe en matière d’inclusion afin de mettre en avant les défis propres à la traduction inclusive dans le contexte multilingue de l’Union européenne.

3.3. Le langage inclusif entre didactique et traduction : quels défis à l’avenir ?

L’introduction massive des nouvelles technologies dans tous les secteurs du marché du travail impose certainement un processus d’actualisation des pratiques d’enseignement en langue étrangère, à tous les niveaux, afin de former aux compétences instrumentales s’avérant nécessaires aux modalités de travail actuelles. Cela dit, la technologie en premier lieu nécessite une réflexion préalable.

En effet, il faut se rappeler que développement technologique et évolution sociale devraient avancer dans une même direction, celle d’un meilleur bien-être social. C’est pour cette raison que l’innovation devrait être conçue pour répondre, de manière efficace et pertinente, aux besoins de notre temps. Par analogie, l’interdisciplinarité des futurs enseignements devra mobiliser, de manière raisonnée, les différents champs de compétences qui interagissent et interagiront de plus en plus dans le monde professionnel.

L’étude proposée par Rita Bencivenga, Hanane Boutenbat, Angela Celeste Taramasso, et Cinzia Leone, sous le titre « Langage Inclusif et Societal Readiness Level (SRL) : Garantir des Innovations Technologiques Accessibles et Adoptables » met en avant les défis à relever dans ce sens, et surtout dans une perspective pédagogique interdisciplinaire.

Les auteures s’interrogent sur l’intégration de l’inclusion (comme compétence) dans l’échelle Societal Readiness Level (SRL) en soulignant que les équipes de développement technologique gagneraient à être complétées par des linguistes, ainsi que par des experts en communication et en sciences sociales, pour combler les lacunes existantes au niveau des approches interdisciplinaires actuelles, qui négligent encore trop souvent l’importance de l’apport des sciences du langage, humaines et sociales.

Cette étude montre les principales difficultés rencontrées dans l’adoption du langage inclusif dans le cadre de la SRL, en mettant l’accent sur le manque de compétences linguistiques au sein des équipes de développement et en proposant des pistes de solutions. Les auteures insistent tout particulièrement sur le langage inclusif comme facilitateur de l’interaction entre les différentes cultures qui composent nos sociétés contemporaines. Elles s’arrêtent ensuite sur son utilité dans le cadre de l’innovation technologique : le langage inclusif permettrait d’éviter les formulations qui renforcent les stéréotypes, contribuerait à une meilleure compréhensibilité des instructions et des interfaces vis-à-vis des différents profils d’utilisateur, et rendrait les messages plus accessibles aux différents publics concernés, tout en réduisant le risque d’exclusion des communautés marginalisées.

Tout en reconnaissant la fragmentation des solutions qui constituent le langage inclusif dans ses mises en pratique (dont la complexité liée à l’identification de stratégies de traduction inclusive d’une langue-culture à l’autre), cette contribution permet de mieux cerner l’apport des experts en matière d’inclusion et de langage inclusif au sein de véritables équipes multidisciplinaires opérant dans l’innovation technologique. Ces spécialistes pourraient jouer un rôle non seulement en phase de conception des interfaces langagières et d’élaboration d’une documentation technique ou promotionnelle, mais également aux différents moments de vérification des prestations automatiques afin de corriger les biais linguistiques qui pourraient être reproduits par la machine.

Le langage inclusif devrait donc être reconnu comme étant un élément essentiel à la maturité sociétale des innovations, mais pour atteindre cet objectif une action de sensibilisation sociale (impliquant entreprises, institutions et le monde de l’éducation) sera indispensable.

Conclusion

L’ensemble des analyses présentées dans ce numéro invite à une réflexion approfondie sur les évolutions contemporaines des langues et des discours, appelés à accompagner les transformations de la société tout en mobilisant ses propres ressources.

Si le langage inclusif permet de nommer des réalités nouvelles, de rendre visibles des expériences longtemps marginalisées et d’enrichir les pratiques communicationnelles, il soulève également des interrogations quant à ses effets potentiellement paradoxaux (risque de fragmentation excessive, nouvelles formes d’exclusion, tensions entre les modalités engendrées par la mise en œuvre de l’inclusion).

Les contributions réunies ne convergent pas vers une réponse univoque mais dessinent un ensemble de trajectoires possibles, révélatrices de la diversité des sensibilités et des contextes.

Dans cette perspective, la notion d’« hospitalité langagière » proposée par Ricoeur dans le champ de la traduction pourrait offrir un cadre fécond pour penser l’inclusion fondée sur la souplesse de la langue et des discours.

 

Références

ABBOU, Julie, L’antisexisme linguistique dans les brochures libertaires: Pratiques d’écritures et métadiscours, Thèse de doctorat. Aix-en-Provence, Université d’Aix-Marseille, 2011.

ABBOU, Julie, « Pratiques graphiques du genre », Langues et Cités, n. 24, 2013, p. 4-5.

ABBOU, Julie, « (Typo)graphies anarchistes. Où le genre révèle l’espace politique de la langue », Mots. Les langages du politique, n. 113, 2017, En ligne : <http://journals.openedition.org/mots/22637>

ABBOU, Julie, « La langue est-elle toujours un lieu de lutte féministe? De la contrefaçon sémiotique à la libéralisation », Recherches Féministes, n. 32, 2, 2019, p. 235-258.

AHMED, Sara, « Le langage de la diversité », GLAD!, n. 7, 2019 [2012], En ligne : <https://journals.openedition.org/glad/1647>.

ALBRECHT, Jorn, METRICH, René, « La traductologie dans les principaux pays de langues romanes », in ALBRECHT Jorn, METRICH, René (éds.) Manuel de traductologie. Berlin / Boston: De Gruyter, 2016, p. 46-83.

ALPHERATZ, My, « Français inclusif : conceptualisation et analyse linguistique », SHS Web of Conferences,  46 : 13003, 2018.

ALPHERATZ, My, « Français inclusif : du discours à la langue ? », Le Discours et la Langue Revue de linguistique française et d’analyse du discours, Les Défis de l’écriture inclusive, n. 111, 2019, p. 53-74.

AMOSSY, Ruth,  La présentation de soi. Ethos et identité verbale, Paris, PUF, 2010.

ATTANASIO, Giuseppe, GRECO, Salvatore, LA QUATRA, Moreno, CAGLIERO, Luca, TONTI, Michela, CERQUITELLI, Tania, RAUS, Rachele, “E-MIMIC : Empowering Multilingual Inclusive Communication”, IEEE International Conference on Big Data (Big Data), Orlando, FL, USA, 2021, p. 4227-4234, doi: 10.1109/BigData52589.2021.9671868.

BARTOLETTI, Ivana, An artificial revolution: on power, politics and AI, Black Spot Books, 2020.

BAS BARRIO, Mireia, GAUCHOLA, Roser, (éds.), « Le langage inclusif : analyse des techniques linguistiques en langue française », 997 Grau en Estudis d’Anglès i de Francès, 2020, https://ddd.uab.cat/pub/tfg/2020/238483/BasBarrioMireia_TFG2020.pdf

BERENI, Laure, « La parité, nouveau paradoxe des luttes féministes ? », L’Homme & la Société n. 158, 2005, p. 219-227.

BERENI, Laure, « French Feminists Renegotiate Republican Universalism: The Gender Parity Campaign », French Politics, n. 5, 3, 2007, p. 19 – 209.

BERGER, Gertrude, KACHUCK, Beatrice, Sexism, Language and Social Change, United States Department of Labor, 1976.

BOUQUET, Brigitte, « L’inclusion : approche socio-sémantique », La Vie sociale, n. 11, 3, 2015, p. 15-25

BUTLER, Judith, SPIVAK, Gayatri Chakravorty, L’État global, Paris, Payot & Rivages, 2009.

CAZENEUVE, Emilie, BELLANTONI, Alessandro, Communication publique accessible et inclusive : panorama de pratiques de pays de l’OCDE, OCDE, 2022.

CENNAMO, Ilaria, « L’analyse de corpus comparables en contexte de formation en traduction : pour une réflexion pédagogique entre traduction, rédaction et identité », in EL QASEM, Fayza, PLASSARD, Freddie (éds.). Traduire, écrire, réécrire dans un monde en mutation ─ Writing and Translating as changing Practices, Volume 15, n. 2 2017, Revue internationale d’interprétation et de traduction FORUM, Amsterdam/Philadelphia : John Benjamins Publishing Company, 269-287.

CHARAUDEAU, Patrick, « Identités sociales, identités culturelles et compétences », in Hommage à Paul Miclau, 2006, https://www.patrick-charaudeau.com/Identites-sociales-identites.html

CHARAUDEAU, Patrick, 2007, « Les stéréotypes, c’est bien. Les imaginaires, c’est mieux », in BOYER, Henri, (éds.) Stéréotypage, stéréotypes : fonctionnements ordinaires et mises en scène, 4, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 49-62.

CIOCCHETTI, Elena, RALLI, Natascia, “Comunicazione istituzionale inclusiva in Alto Adige: esperienze e questioni aperte”, Italiano LinguaDue, n. 16, 1, 2024, p. 170-185. https://doi.org/10.54103/2037-3597/23832

COLLINS, Adela Yarbro, « An Inclusive Biblical Anthropology », Theology Today, n. 34(4), 1978, p. 358-369.

CONSEIL DE L’UNION EUROPEENNE, La communication inclusive au SGC, Secrétariat Général du Conseil, Union Européenne, 2018, https://www.consilium.europa.eu/media/35450/fr_brochure-inclusive-communication-in-the-gsc.pdf

de SAINT ROBERT, Marie-Josée, « Le multilinguisme de l’Organisation des Nations unies », Mots. Les langages du politique, n. 128, 2022, p. 127-147.

DELISLE Jean, L’analyse du discours comme méthode de traduction, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1980.

DOYTCHEVA, Milena, Politiques de la diversité: sociologie des inégalités et des altérités, Thèse d’Habilitation à diriger des recherches, Paris, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2015.

DUMAIS, Hélène, « Pour un genre à part entière », Recherches féministes, n. 5, 1, 1992, p. 169–174.

DUMAIS, Monique & Roy, Marie-Andrée, Souffles de femmes. Lectures féministes de la religion, Montréal, Éditions Paulines ; Paris, Médiaspaul, 1989.

ELLINGWORTH, Paul, « Translating the Bible Inclusively », Meta, n. 32, 1, 1987,  p. 46–54.

ELMIGER, Daniel, Collection Guides de langue non sexiste / inclusive, version 1.0, Université de Genève, Département de langue et littérature allemandes, 2020.

FLANAGAN, Anna, Todd-Mancillas, William, « Teaching inclusive generic pronoun usage: The effectiveness of an authority innovation‐decision approach versus an optional innovation‐decision approach », Communication Education, n. 31, 1982,  s.p.

FOURMENT, Émeline, Théories en action : appropriations des théories féministes en milieu libertaire à Berlin et Montréal, Thèse de doctorat, Paris, Institut d’Études Politiques de Paris, 2021.

FREEDEN, Michael, Ideologies and Political Theory: A Conceptual Approach, Oxford, Oxford University Press, 1996.

GABORIAUX, Chloé et al., « Politiques des langues dans les organisations internationales », Mots. Les langages du politique n. 128, 2022, p. 9-25.

GAMBIER, Yves, « Traduction et analyses de discours : typologie croisée » [Translation and analysis of discourse: crossed typology], Studia Romanica Posnaniensia, Adam Mickiewicz University Press, Poznan, vol. XXV/XXVI, 2000, p. 97-108.

GASPARI, Federico, “I corpora come risorse per l’uguaglianza digitale tra le lingue ufficiali dell’Unione europea” in RAUS, Rachele (éds.), Per un’intelligenza artificiale a favore del multilinguismo europeo / How Artificial Intelligence can further European multilingualism, Milano, LED edizioni, 2023, p. 55-59.

GOURGUES, Michel, « Compte-rendu de l’ouvrage L’Église que voulait Jésus, de Gerhard Lohfink », Laval théologique et philosophique, n. 43, 1, 1987, s.p.

HARDESTY, Nancy, Inclusive Language in the Church, Louisville, John Knox Press, 1987

HARRIS, Brian, « La Traductologie, la traduction naturelle, la traduction automatique et la sémantique ». Cahiers de linguistique, n. 2, 1973,  p. 133-146.

HOLMES, James S., “The name and nature of translation studies”, in HOLMES, James S. Translated Papers on Literary Translation and Translation Studies Amsterdam, Rodopi, p. 67-80, 1988 [1972].

IATE, Interactive Terminology for Europe, https://iate.europa.eu/home

ISO TC37, 2023, « Langage clair et simple — Partie 1 : Principes directeurs et lignes directrices. ISO 24495-1:2023 ».

JAKOBSON, Roman, Essais de linguistique générale, Paris, Minuit, 1963.

KRIEG-PLANQUE, Alice, Analyser les discours institutionnels, Paris, Armand Colin, 2012.

KRIEG-PLANQUE, Alice, OGER, Claire, « Éléments de langage », in Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics, mis en ligne le 20 septembre 2015. https://publictionnaire.huma-num.fr/notice/elements-de-langage.

LEDERER, Marianne, « Quelques considérations théoriques sur les limites de la traduction du culturel », FORUM. Revue internationale d’interprétation et de traduction/International Journal of Interpretation and Translation. Vol. 2., n. 2, 2004.

LEDERER, Marianne, « Défense et illustration de la Théorie Interprétative de la Traduction », in  ISRAËL, Fortunato, LEDERER, Marianne (éds.), La Théorie Interprétative de la Traduction, Tome I, Caen, Lettres Modernes Minard, 2005, p. 89-140.

LEDERER Marianne, SELESKOVITCH Danica, Interpréter pour traduire, Paris, Klincksieck, 2001.

LÉPINARD, Éléonore, « Praxis de l’intersectionnalité : Répertoires des pratiques féministes en France et au Canada », L’Homme et la Société, n. 198, 2015, p. 149-170.

LETOUBLON, Françoise, « Antoine Meillet et le genre : retour sur la question », Langages, n. 233, 2024/1, p. 59-78.

LOOCK, Rudy, La traductologie de corpus, Presses Universitaires du Septentrion, 2016.

MAINGUENEAU, Dominique, Discours et Analyse du discours, Introduction, Paris, Armand Colin, 2014.

MATTIODA, Maria Margherita, « Intelligence artificielle et diversité linguistique. Quelle gestion équitable pour la garantie des droits linguistiques ? », Language Problems & Language Planning, Special Issue, n. 48, 2, 2024, 46-167, https://benjamins.com/catalog/lplp.48.2

NATIONS UNIES, Lignes directrices pour l’inclusion du handicap dans les communications, mars 2022, https://www.un.org/sites/un2.un.org/files/2204195_f_undis_communication_guidelines.pdf

PACI, Walter et al., “Exploiting ChatGPT to simplify Italian bureaucratic and professional texts”, AI-Linguistica. Linguistic Studies on AI-Generated Texts and Discourses, 1, 1. https://doi.org/10.62408/ai-ling.v1i1.13

PEETERS, Kris, DAEMS, Joke, PLIESEIS, Claudia et al., AI for Translation and Interpreting – A Roadmap for Users and Policy Makers, Conseil Européen pour les Langues / European Language Council, 2025, DOI: 10.5281/zenodo.17531283

PINEIRA-TRESMONTANT, Carmen (éds.), Traductologie et discours : approches théoriques et pragmatiques, Paris, Classiques Garnier, 2020.

PRINTZ, Antoine, « L’inclusion : clarification d’un champ notionnel », Mots. Les langages du politique [En ligne], n. 122, 2020, consulté le 26 février 2020.

RAUS, Rachele (éds.), Inclusione ed elaborazione del linguaggio naturale nell’era dell’intelligenza artificiale generativa, Milano, Ledizioni, 2025.

RAUS, Rachele, La terminologie multilingue, Bruxelles, De Boeck, 2013.

RICCI, Amanda, « Un féminisme inclusif ? La Fédération des femmes du Québec et les femmes immigrantes ou racisées, 1966-1992 », Bulletin d’histoire politique, n. 25, 3, 2017, p. 102-123.

RICOEUR, Paul, Sur la traduction, Paris, Bayard, 2004.

SAUSSURE, Ferdinand (de), Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1916.

SCHRECK, Nancy & LEACH, Maureen (compilers), Psalms Anew: In Inclusive Language, Minnesota, Saint Mary’s Press, 1986.

SCOTT, Joan W., Parité ! L’universel et la différence des sexes, Paris, Albin Michel, 2005.

TODD-MANCILLAS, William, MEYERS, Karen Ann, « The Effects of Inclusive/Exclusive Language on Reading Comprehension, Perceived Human Interest, and Likelihood of Inclusive Pronoun Usage », Paper presented at the Annual Meeting of the International Communication Association, 1980.

UNITED NATIONS DIVISION OF ECONOMIC AND SOCIAL AFFAIRS (DESA), Vision of an inclusive society, Draft, 2009, https://www.un.org/esa/socdev/documents/compilation-brochure.pdf

UNTERM, Le portail terminologique des Nations Unies, https://unterm.un.org/unterm2/fr/

VADOT, Maud, Le français, langue d’ « intégration » des adultes migrants.e.s allophones ? Rapports de pouvoir et mises en sens d’un lexème polémique dans le champ de la formation linguistique, Thèse de doctorat, Montpellier, Université Paul-Valéry Montpellier 3, 2017.

WHITE, Sandra S., « Comment expliquer le sens d’une unité lexicale : Traduction interlinguistique, intralinguistique et intersémiotique », Initial(e)s, n.4, 1984, p. 42-45.

WITHERS, Barbara, « Inclusive Language and Religious Education », Religious Education, n. 80, 4, 1985, s. p.

YVON, François, « La traduction multilingue : analyse d’une prouesse technologique », MediAzioni n. 39, 2023, p.17-34. https://mediazioni.unibo.it/article/view/18785/17272


[1] Julie Abbou a rédigé la section 1. ; Maria Margherita Mattioda a rédigé les paragraphes : 2., 2.1., 2.2., 2.3., 2.4 ; Ilaria Cennamo a rédigé les paragraphes : 3., 3.1., 3.2., 3.3. Le paragraphe introductif et la conclusion ont été rédigés de manière conjointe.

[2] « Inclusion, communication institutionnelle et traduction », journée d’étude organisée par Ilaria Cennamo e Maria Margherita Mattioda le 5 décembre 2024 à l’Université de Turin.

[3] Certains textes mentionnent l’existence d’une Policy of Inclusive Language publié par The World Church, dès 1978, mais dont je n’ai pas retrouvé la trace.

[4] Nous rappelons que « le fait que chaque organisation mette à disposition ses propres ressources lexicales (banques terminologiques ou glossaires) ou ses propres manuels et guides de rédaction et de traduction (voir, entre autres, Cao et Zhao, 2008 ; Leoncini Bartoli, 2016 ; etc.) montre déjà la présence de positionnements différents et de manières variées d’utiliser les ressources linguistiques ». (Gaboriaux et al. 2022 : 14).

[5] UNTERM : https://unterm.un.org/unterm2/fr/about

[6] https://www.itu.int/itunews/manager/display.asp?lang=fr&year=2008&issue=05&ipage=34&ext=html

[7] https://unterm.un.org/unterm2/en/view/2c01f783-44be-498d-adf1-9ab56c1b5e85

[8] https://unterm.un.org/unterm2/fr/view/311d40c0-90ae-434d-8787-84369060fe0e

[9] https://www.ungeneva.org/fr/about/accessibility/disability-inclusive-language

[10] IATE : https://iate.europa.eu/home

[11] Nous soulignons que sa version en italien est plus riche en détails : «  modalità di comunicazione verbale e visiva intesa a garantire che i destinatari si sentano inclusi, valorizzati e rappresentati, evitando discriminazioni, stereotipi e pregiudizi ». https://iate.europa.eu/search/result/1770226753986/1

[12] La référence est la «Stratégie de la diversité et de l’inclusion du secrétariat général du Conseil pour la période 2021-2024» (18.10.2024)

[13] https://iate.europa.eu/entry/result/3576042/all

[14] http://www.un.org/fr/gender-inclusive-language/index.shtml)

[15] https://iate.europa.eu/search/result/1770653879698/1

[16] http://www.europarl.europa.eu/RegData/publications/2009/0001/P6_PUB(2009)0001_FR.pdf

[17] http://www.egalite.ch/uploads/pdf/langage_epicene_guide.pdf


Per citare questo articolo:

Julie ABBOU, Ilaria CENNAMO, Maria Margherita MATTIODA, « Inclusion, communication institutionnelle et traduction : regards croisés », Repères DoRiF, n. 34 – Inclusion, communication institutionnelle et traduction, DoRiF Università, Roma, aprile 2026, https://www.dorif.it/reperes/julie-abbou-ilaria-cennamo-maria-margherita-mattioda-inclusion-communication-institutionnelle-et-traduction-regards-croises/

ISSN 2281-3020

Quest’opera è distribuita con Licenza Creative Commons Attribuzione – Non commerciale – Non opere derivate 3.0 Italia.