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Micaela ROSSI

Présentation

 

Micaela Rossi
Università di Genova
micaela.rossi@unige.it

 

Ce nouveau numéro de la revue Repères-DoRiF est le troisième volet appartenant au cycle de la formation organisée par la Fédération des Alliances Françaises – Italie et notre association, après le théâtre en classe de FLE (2019) et la didactique de l’erreur (2020).

Toutefois, ce dernier numéro se différencie profondément de ses prédécesseurs, dans la mesure où la formation de l’année scolaire 2020-2021 a été forcément marquée par l’avènement de la pandémie de COVID-19 et l’application immédiate de la « DAD » ou « DDI », c’est-à-dire la « formation à distance ».

En réalité, le terme « formation à distance » (FAD) n’est pas du tout nouveau (MASSOU et al., 2020), ainsi que les pratiques liées aux contextes de formation en distanciel, au moins depuis les années 1990 (et même avant, voir GLIKMAN, 2021) ; toutefois, comme il arrive souvent dans des contextes d’émergence, ce concept a été soudainement repris, réapproprié et réinvesti en 2020 lors du premier confinement au niveau international.

Les technologies permettant l’accès à la formation en distanciel, les autorités politiques dans le domaine de la formation (à tous les niveaux et dans l’espace géographique mondial) ont très rapidement opté pour un changement radical : pour maintenir l’École et l’Université en vie, pour garantir la continuité des services, pour ne pas s’arrêter, on a rapidement et quelque peu… brusquement, transposé la formation du présentiel au distanciel. Passer à la distance pour réduire la distance, tout en gardant ses distances, voilà le casse-tête chinois auquel les enseignants et les apprenants sont confrontés depuis mars 2020.

Certains parlent à ce propos de distanciel subi (voir HAMON, dans ce numéro) ou forcé (TRINCHERO, 2020), et les problèmes de la formation à distance « pandémique » ont désormais fait l’objet de nombreuses recherches et sondages (entre autres, voir à titre d’exemple l’enquête NESET 20211). Malheureusement, le passage à la technologie à distance n’a pas forcément coïncidé avec une activité de formation à la FAD, ce qui a parfois produit un sentiment d’aliénation chez les enseignants et les apprenants, qui n’étaient pas forcément familiers avec les protocoles de la formation en ligne (PAPI et al., 2020). En 2020, en pleine pandémie, la Fédération AF et le DoRiF ont donc décidé d’apporter leur contribution aux besoins identifiés par les enseignants par un module de formation à distance (comme dans une sorte de mise en abyme) concernant les thématiques de la FAD, les méthodologies actives et participatives, les stratégies les plus efficaces pour la transposition des activités de la classe de FLE en distanciel.

Cette décision nous a amenés à revoir profondément le modèle que nous avions utilisé précédemment, à savoir des formations en présence, compactées sur une journée, dans deux villes différentes à deux dates différentes sur l’année. Nous avons, en revanche, organisé la formation sur trois dates, les formateurs s’alternant, avec le même groupe classe et utilisant la plateforme Zoom, assortie d’un LMS Moodle pour les matériaux et les documents. En plus, nous avons décidé d’impliquer des compétences pédagogiques plus larges que celle de la formation en FLE, pour permettre une synergie avec des formateurs ayant une expérience consolidée de passage à la FAD en temps de pandémie, qui puissent apporter leurs compétences méthodologiques afin d’aider les enseignants à gérer la classe à distance, à réaliser des séquences pédagogiques participatives, à exploiter au maximum les possibilités offertes par les technologies sans oublier les méthodologies.

La synergie entre chercheurs en pédagogie et spécialistes en FLE a permis de réaliser une formation polyphonique, et les différentes voix trouvent aujourd’hui leur place dans ce nouveau numéro de notre revue associative :

  • Yannick Hamon trace un panorama de l’évolution du concept de formation à distance et des problématiques corrélées dès les débuts au moment de la pandémie de 2020 ;
  • Sara Garbarino et Federica Picasso2 se concentrent précisément sur la transposition en distanciel d’un certain nombre de stratégies didactiques pour favoriser la participation active des apprenants (débat, apprentissage coopératif, simulation) ;
  • Giuseppe Martoccia décrit une année de FAD dans les écoles de la Basilicate, par une description des aspects institutionnels et pédagogiques du moment du premier confinement en 2020 ;
  • Raffaele Romano approfondit enfin les thématiques et les stratégies de l’inclusion dans les contextes de formation à distance.

Comme d’habitude, le cadre offert par les articles issus des interventions des formateurs est complété par une bibliographie mise à jour sur la thématique centrale du numéro et par les fiches pédagogiques des expériences effectuées par les enseignants qui ont pris part à la formation.

En ce début de 2022, au moment de cette publication, nous venons de terminer un premier semestre de formation hybride, avec des normes parfois contradictoires et un sentiment de précarité qui domine encore à l’intérieur de nos écoles, ainsi que dans nos universités. Le « distanciel subi » ou « forcé » est encore ressenti comme tel. L’une des questions majeures qui se posent dans le scénario qui nous attend – nous l’espérons – à la fin de cette émergence sanitaire, sera de sélectionner les acquis, trier les bonnes pratiques de ces deux années de « formation à distance en émergence » afin de préserver les points forts et d’analyser les points faibles de cette expérience pour l’avenir. Toutefois, et quoi qu’il advienne, il nous semble important de ne pas abandonner la réflexion sur les pratiques et les expériences qui ont caractérisé les années 2020-2021. Dans une période chaotique et désespérée, nous avons également appris des leçons précieuses pour un modèle de formation plus inclusif et plus participatif, au-delà des écrans ; les acquis de la période pandémique ne doivent pas être dispersés : ce numéro de Repères se propose de contribuer à ce patrimoine collectif.

Bibliographie sommaire

GLIKMAN, V., « Il était une fois. La formation à distance ». Médiations et médiatisations, (6), 2021, 3-11. https://doi.org/10.52358/mm.vi6.228

MASSOU, L., PAPI, C., PULKER ,H., « Des ressources aux pratiques éducatives libres : quelle réappropriation dans la formation ouverte et à distance ? », Distances et médiations des savoirs, 31, 2020, https://journals.openedition.org/dms/5251

PAPI, C., BRASSARD, C., PLANTE, P., SAVARD, I., MENDOZA, G. A. & GÉRIN-LAJOIE, S., « Créer dans l’urgence une formation à distance de qualité pour former… à la formation à distance : tout un défi ! », Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire / International Journal of Technologies in Higher Education, 18(1), 2020, pp.233–240. https://doi.org/10.18162/ritpu-2021-v18n1-20

PERISSINOTTO, A., BRUSCHI, B., Didattica a distanza: Com’è, come potrebbe essere, Laterza, 2020.

TRINCHERO, R., « Insegnare e valutare nella formazione a “distanza forzata” », Scuola7, 181, 2020, https://www.scuola7.it/2020/181/insegnare-e-valutare-nella-formazione-a-distanza-forzata/

VIDAL, M., « L’enseignement à distance, trait d’union en temps de pandémie », Distances et médiations des savoirs, 32, 2020, http://journals.openedition.org/dms/5721


2 TIDA- Team per l’innovazione didattica di Ateneo – Università di Genova (https://utlc.unige.it/teaminnovazionedidattica, cons. 31/12/2021).


Per citare questo articolo:

Micaela ROSSI, « Présentation », Repères DoRiF,  Ateliers Didactique et Recherches,  n. 3 – Méthodologies de didactique et d’évaluation durant l’enseignement à distance, Fédération Alliances Françaises d’Italie et DoRiF Università, Roma, aprile 2022, https://www.dorif.it/reperes/micaela-rossi-presentation/

ISSN 2281-3020