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Maria BRILLIANT

« Immigration choisie » : l'expert contre le politique. Analyse d’une correspondance publique (2005-2006)

Maria Brilliant
Membre du Groupe de Recherche ADARR - http://www.tau.ac.il/~adarr
Université de Tel-Aviv
maria.brilliant@gmail.com

Mots clefs : Immigration – formule – expert – correspondance – polémique.

Introduction

« L’immigration choisie » : une formule

Il arrive qu’une expression soit lancée sur la scène publique à un moment propice, et qu’elle soit immédiatement happée et propagée par les médias. Sa circulation intensive dans la sphère publique et politique, combinée à son imprécision sémantique, suscitent alors rapidement des polémiques relayées par la presse. C’est le processus qui se déclencha en France avec l’apparition de l’expression « immigration choisie », et c’est pourquoi on peut y voir une « formule », dans le sens que donne à ce terme Alice Krieg-Planque :

un ensemble de formulations qui, du fait de leurs emplois à un moment donné et dans un espace public donné, cristallisent des enjeux politiques et sociaux que ces expressions contribuent en même temps à construire (2009 : 7).

Krieg-Planque précise que « construction de la formule comme référent social et construction de la formule comme objet polémique sont indissociables » (2003 : 18). Du fait que la formule n’est pas un objet consensuel, elle oblige chacun à se situer par rapport à elle : elle devient un objet à la fois dominant, et perpétuellement questionné. En concomitance avec son figement linguistique, son imprécision sémantique donne ainsi lieu à de nombreuses polémiques, tant dans la sphère politique que dans la société civile. Elles portent sur la signification qu’on peut lui attribuer, et sur les enjeux socio-politiques des interprétations auxquelles elle donne lieu.

Parmi les diverses polémiques (politiques, civiles, institutionnelles)2 suscitées par la formule « immigration choisie » sur la place publique, il en est une qui présente une particularité intéressante : il s’agit de celle qui opposa « le savant et le politique », en l’occurrence Patrick Weil, le « savant » spécialiste de l’immigration, à Nicolas Sarkozy, le « politique » Ministre de l’Intérieur à ce moment-là et responsable du dossier de l’immigration dans le gouvernement. Rappelons que Weil, politologue, historien et sociologue des migrations, a préparé deux rapports importants sur ce sujet à la demande de Lionel Jospin (alors Premier Ministre socialiste sous le gouvernement de « cohabitation » de Chirac) en 1997, rapports dont les grandes lignes ont inspiré l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’immigration, ainsi que d’une loi sur la nationalité (en 1998). Le cas particulier de polémique publique auquel il a pris part survint autour de la formule en juin et juillet 2005, à la suite de la convention de l’UMP de juin 2005, lors de laquelle le principe de l’immigration choisie fut adopté par le gouvernement.

Les médias ayant ouvert un large espace délibératif sur la formule, ils firent appel à des experts pour « éclairer » leurs lecteurs. Patrick Weil fut questionné, ce qui en soi ne relève que d’une routine journalistique. Par contre, il est beaucoup plus inhabituel que le politique critiqué et mis en cause par le savant lui réplique directement, ouvrant ainsi la voie à une polémique publique puisque leur correspondance fut publiée par les journaux. Cette confrontation diffère des autres discours polémiques diffusés par les médias sur « l’immigration choisie »en ce qu’elle instaure un dialogue suivi entre deux adversaires qui se posent en spécialistes de l’immigration, et qui défendent des points de vue contradictoires en exposant leurs raisons de façon systématique. A la circulation des discours orchestrée par les médias, où les attaques et les contre-attaques fusent sans qu’un face à face entre adversaires soit établi, se substitue un véritable échange où les locuteurs présentent des argumentations distinctes et contradictoires autour des tenants et des aboutissants d’une même « formule ».

Une analyse discursive et argumentative de cet échange doit permettre de dégager les argumentaires des deux partis tels qu’ils sont déployés aux yeux du lecteur, mais aussi de voir les modalités d’une confrontation publique qui se réclame de la controverse savante. Que nous apprend-elle non seulement sur les raisons des uns et des autres concernant la régulation de l’immigration en France, mais aussi sur la façon dont des enjeux politiques ou idéologiques s’investissent dans un débat raisonné ? Plus particulièrement, comment la formule est-elle traitée dans cet espace de discussion entre l’expert de l’immigration qui marque la mésestime dans laquelle il la tient par la stratégie qui consiste à ne jamais l’utiliser explicitement – et son instigateur et défenseur ?

L’analyse portera ici sur la réaction de Patrick Weil à l’« immigration choisie », parue sous forme d’entretien dans Le Monde du 12 juin 2005, ainsi que sur l’échange de lettres publié par ce même quotidien le 13 juillet 2005 entre Nicolas Sarkozy qui répond aux propos critiques de Patrick Weil, et la réplique de ce dernier à Nicolas Sarkozy. J’évoquerai ensuite deux échanges de lettres subséquents qui prirent place en février-mars puis en août-septembre 2006, lorsqu’ils introduiront des arguments nouveaux ou des perspectives différentes sur le sujet. En suivant le déroulement linéaire de ce débat et en examinant les modalités du « dialogue de sourds » (ANGENOT 2008) qui se met en place, on verra comment l’utilisation explicite ou le gommage délibéré de la formule, ainsi que le choix et l’explicitation raisonnée des aspects qu’elle recouvre, mettent en place une confrontation entre positions antagonistes fortement dichotomisées.

Genèse de la formule

Le 13 janvier 2005, lors de ses vœux à la presse, Nicolas Sarkozy – alors Président de l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire), principal parti politique de droite en France – prononça cette phrase qui ne passa pas inaperçue : « La question des quotas d’une immigration choisie au lieu d’une immigration subie doit faire l’objet de débats sans tabous et sans exclusive ». La phrase fut amplement reprise et commentée par les médias ; l’expression « immigration choisie » - flanquée de son repoussoir « immigration subie » - venait de frapper les esprits : elle se répandit dans les journaux, circula dans la sphère publique et politique, et devint sujette à polémiques sans jamais se stabiliser dans une définition consensuelle. La formule « immigration choisie » semblait pour certains être l’instrument par lequel la classe politique apporterait un remède au « problème » de l'immigration en France, pour d’autres elle renforçait la xénophobie et les atteintes aux droits de l’homme, - d'autant plus qu'elle venait en corrélation avec son contraire, « immigration subie » ; l'une impliquait l'autre, le choix supposait un tri, et un rejet. L'UMP se ressaisit très vite, lorsqu'elle comprit les conséquences désastreuses de ce « choix » malheureux de mots, et les discours officiels s'en démarquèrent. Cependant, le mal était fait, et tous les opposants à l' « immigration choisie » (incluant Patrick Weil) brandirent le drapeau outragé de l'immigration subie.

La formule « immigration choisie » s’inscrit dans la continuité des controverses publiques sur l’immigration en France depuis la fin du XIXe siècle, à l’occasion desquelles diverses formulations commencèrent à circuler. On peut y voir autant d’ « ancêtres » de notre formule puisqu’il s’agit d’unités lexicales complexes qui, selon les termes de Courtine citant J.-P. Faye, « condensent en eux une masse considérable de discours auxquels ils servent, en quelque sorte, d'équivalents sémantiques ou de paradigmes primitifs » (1981 : 32). A titre d’exemple, on peut évoquer la notion de « seuil de tolérance »3, qui figurait dans une « enquête d'opinion publique » conduite en 1971 par l'Ined (Institut National d'Etudes Démographiques) sur les « attitudes des Français à l'égard de l'immigration étrangère », notion utilisée pour renvoyer à « la proportion d'étrangers, dans une région ou un secteur, au-delà de laquelle l'accommodation se fait difficilement, provoquant des risques de tension » (MORICE 2007 : 379).

De nombreuses expressions associées au débat sur l’immigration circulèrent dans l’espace public dans les décennies qui suivirent, certaines à connotation fortement dépréciative et à la vie éphémère telle l’ « immigration sauvage »4, analysée par Colette Guillaumin (1984)5, et d’autres devenant des formules qui s’implantèrent durablement en acquérant un sens normatif – perdant ainsi de leur polémicité (telle « sans papiers » qui se substitua au terme à connotation péjorative de « clandestins »6). Ces exemples ne sont cités que pour donner une idée du climat entourant l’immigration en France à la veille des vœux de Sarkozy.

Formule et flou sémantique

Le parcours de ce que Krieg-Planque nomme « la proto-formule » (2003 : 233) (ici, l'occurrence du syntagme immigration choisie dans les années précédant les vœux de Sarkozy, parfois avec des variantes, mais avec circulation restreinte et sans guillemets – ce qui indique un emploi transparent qui n’attire pas l’attention du lecteur) est aussi intéressant que sa genèse en tant que « formule ». Néanmoins, je ne me cantonnerai ici à ces deux termes : immigration + choisie, qu’à partir du moment où leur figement lexical s’accompagne d’une imprécision sémantique – ouvrant ainsi la voie à leur « carrière » formulaire. En assignant une formule à un « référent social » (dans ce cas de l’ « immigration choisie », la formule renvoie aux immigrés que l’on « choisira » d’accueillir), on la désigne « comme élément d'un savoir commun à tout locuteur d'une formation sociale donnée dans une conjoncture déterminée » (COURTINE 1981 : 32). Cependant, le partage de ce « savoir commun » est illusoire, puisque si cette formule « immigration choisie » est effectivement devenue une « unité qui signifie quelque chose pour tous » - elle ne signifie pas « la même chose pour tous », et c’est pourquoi elle porte déjà en elle les germes de la conflictualité qu’elle engendre. Une de ces polémiques fait l’objet du présent travail.

Le débat sur l’ « immigration choisie » entre occultation critique et justification de la formule

Entretien avec Patrick Weil déclencheur de la polémique (Le Monde 12 juin 2005)

Trois questions apparemment « neutres »7 sont posées par la journaliste Laetitia Van Eeckhout (spécialiste de l’immigration au journal Le Monde) à l’historien, non pas pour aider à décrypter la formule du ministre mais bien pour lui demander son avis en tant qu’expert. On examinera ici les deux premières.

Première question : « Que pensez-vous de la proposition du ministre de l’intérieur de fixer le nombre d’immigrants, catégorie par catégorie ? »

Il s’agit d’une question relativement générale : on demande l’avis d’un « spécialiste » sur une proposition ministérielle. On remarque que l’expression « immigration choisie » ne figure pas en toutes lettres, mais fait l’objet d’une paraphrase qui met l’accent sur la régulation et la limitation (fixer le nombre), mais aussi sur la sélection effectuée par « catégories ». Ce dernier terme peut recouvrir des tris de toutes sortes : appliqué à des immigrants, il gagnerait à être explicité. La question induit cependant d’elle-même la réponse car elle met en marche tout un inter-discours. En particulier, elle se rapporte à l’assimilation entre l’ «  immigration choisie » et les « quotas d’immigrants » établie par nombre de commentaires dans les médias, qui se retrouve plus loin dans la bouche de Weil, et que le journal a significativement choisi pour chapeauter l’interview : « La méthode des quotas est la plus mauvaise qui soit ». Le terme de « quotas » lié à la notion d’immigration est précisément de ceux que le parti politique de N. Sarkozy évite soigneusement d’utiliser à cause des violents remous qu'il avait provoqués dans l'espace public. Effectivement, comme le dit Amossy,

Avant d’examiner l’exploitation argumentative d’un lexème, il faut rappeler qu’il n’est pas à prendre comme une entité complète et close qui secréterait en elle-même son propre sens. Il fait partie d’un interdiscours dans lequel il se charge de connotations diverses, et où il acquiert souvent d’emblée une coloration polémique (2010b : 138).

Pour illustration, prenons ce communiqué publié le 10 juin 2005 dans Le Monde par la LDH (Ligue des Droits de l’Homme, organisation non gouvernementale) :

L’introduction de quotas ethniques que souhaite Nicolas Sarkozy relève d’une logique de ségrégation lourde de risques communautaristes. Le recours à des quotas par profession que paraît préférer Dominique de Villepin8 reviendrait à transférer aux organisations patronales le pouvoir de réguler les flux migratoires, c’est-à-dire à traiter les migrants comme des marchandises.

L’argumentation utilisée par la LDH est celle de l’analogie, rarement probante selon PLANTIN (1996 : 47), mais facilement explicative et capable d’amener rapidement l’auditoire à des associations affectives. L’ONG utilise en effet une métaphore puissante, facilement vérifiable par les définitions lexicographiques du mot « quotas » : « Quantité, nombre ou pourcentage fixé d’avance », avec l’ajout : « Quantité maximale d’un bien que peut importer un pays ou une entreprise ». S’il peut sembler légitime que des « pays ou entreprises », à la suite de calculs de rentabilité ou autres considérations, décident de limiter leurs importations de produits, il n’en va pas de même lorsque le terme quota se rapporte à des êtres humains. D’une part, l’analogie qui se fait entre des objets et des personnes est fortement dépréciative pour ces dernières ; d’autre part, tout « pourcentage fixé d’avance » recèle un risque discriminatoire, immédiatement repéré par les associations dans la proposition de pratiquer l’immigration choisie. La LDH utilise ici un argument de poids qui sera repris, sous des formes variées, par beaucoup d’autres organisations humanitaires : « traiter les migrants comme des marchandises ». Parallèlement, l'Etat est accusé de mépris envers les migrants, et de remettre en question leur légitimité en tant qu'êtres humains, argument qui sera repris contre l’UMP par la plupart des autres partis politiques. On comprend donc la résistance gouvernementale à utiliser ce terme, et la portée du discours polémique qui s’en empare.

En effet, si la question à M. Weil s’énonce pudiquement en utilisant le terme de « catégorie », il semble que nul ne peut en être dupe, et certainement pas son destinataire, dont la réponse n’a rien d’ambigu :

Le fait de vouloir créer une hiérarchie entre les immigrants légaux selon leur voie d’entrée en France, de distinguer entre les "bons" ­ ceux qui viennent pour travailler ­ et les "mauvais" ­ ceux qui viennent dans le cadre du lien familial et de l’asile ­ revient à exciter les tensions et la stigmatisation selon les origines.

Il serait en outre anticonstitutionnel de limiter le regroupement familial ou le nombre de réfugiés, car cela porte atteinte aux droits fondamentaux. Il est sans aucun doute légitime de discuter d’une plus grande ouverture de la France à des étrangers venant pour travailler, mais ils ne viendront pas se substituer aux autres immigrés légaux, qui ont obtenu le droit d’asile ou qui sont entrés sur le territoire grâce au regroupement familial ; ils s’y ajouteront, en réalité, dans des proportions limitées.

Vouloir contrôler, subordonner le flux migratoire comme souhaite le faire Nicolas Sarkozy relève d’un interventionnisme archaïque. Proposer d’avoir une immigration irrégulière zéro, se dire que l’on va pouvoir complètement maîtriser le mouvement est parfaitement irréaliste dans un monde qui se globalise. On doit certes réguler mais on ne peut pas tout maîtriser.

On remarque que la réponse se décompose en trois temps, selon une argumentation qui va en s’amplifiant. Dans un premier temps, Weil ne s’attache qu’aux conséquences directes d’une politique présentée à travers une formule qu’il se refuse à utiliser, mais dont il ne traite pas moins en en répertoriant les aspects négatifs. Selon lui, en créant une discrimination entre les immigrants (les « bons », ceux qui viennent pour travailler, et les « mauvais », ceux qui ne viennent que pour rejoindre leur famille ou profiter du droit d’asile), la politique de l’immigration choisie serait humainement dévastatrice. D’autre part, la polarisation que peut supposer la formule « immigration choisie » revient également à stigmatiser certains selon leurs origines – ce qui semble être une extrapolation développée par l’expert qui intègre dans son propre discours une partie des échanges polémiques autour de la formule. Le second paragraphe de sa réponse se veut intimidant et dissuasif ; dissuasif, en agitant la menace de l’anticonstitutionnalité de l’immigration choisie qui suppose des mesures visant à limiter le regroupement familial9 ; et intimidant, dans l’affirmation que l’immigration choisie comme plus grande ouverture à des immigrés travailleurs ne se substituerait pas à l’immigration actuelle, elle s’y ajouterait.

On peut déjà à ce stade remarquer que « l’image projetée par chacun des partenaires fait l’objet d’une réaction de la part de l’interlocuteur » (AMOSSY 2010 : 132), puisque Weil réagit autant à la formule d’ « immigration choisie » qu’à l’image préalable projetée par le ministre, tout en renforçant son propre ethos : « Le locuteur se dévoile dans les modalités de sa parole, même lorsqu’il ne se réfère pas à lui-même (ibid : 113). L’ethos que projette ici le locuteur est celui d’un professionnel qui sait quelle est la bonne voie – ce qui implique que le ministre ne le sait pas ou, pire, ne le veut pas. La critique se fait directe contre Nicolas Sarkozy : non seulement Weil l’accuse de vouloir contrôler ou même fermer les frontières, ce qui relève – dit-il – d’un « interventionnisme archaïque », mais il lui impute aussi une attitude « irréaliste ». Avec son choix de l’immigration choisie, Sarkozy chercherait à endiguer un flot qui fait naturellement partie de la globalisation actuelle. L'ironie dépréciative est flagrante, d'autant plus qu'elle est suivie de jugements de valeur sous-entendus ; succédant à une concession à Sarkozy (« On doit certes réguler ») par laquelle il admet la légitimité de vouloir établir des règles à appliquer contre l'immigration irrégulière, le « mais » suivant (« mais on ne peut pas tout maîtriser ») est une critique qui détruit la concession précédente, laissant entendre que le but de Sarkozy n'est pas uniquement de « réguler », mais que la notion d’ « immigration choisie » révèle une prétention à vouloir tout contrôler ce qui, selon Weil, est totalement irréalisable.

P. Weil se positionne ainsi clairement dans ce débat, non seulement contre les intentions qu’il prête à N. Sarkozy concernant sa politique d’immigration (ce qui fait partie de son ethos préalable), mais aussi au-dessus : il projette nettement son ethos d’expert, tout en affirmant ses opinions humanistes. Il s’expose à la fois en tant que chercheur, expert dans la problématique de l’immigration, et penseur – qui critique au nom des valeurs sur lesquelles il s’appuie. Il entame sérieusement l’image de son adversaire en montrant celui qui soutient le bien-fondé de l’immigration choisie comme irréaliste, irresponsable, manquant d’expérience, et inconscient de la globalisation du monde.

La seconde question : « un système de quotas par professions se justifierait-il davantage ? » est plus spécifique.

Elle permet tout d’abord de faire apparaître les présupposés contenus dans la première question, et l’on comprend rétrospectivement que si les termes « catégorie par catégorie » ne s’appliquaient pas explicitement à des « quotas » par professions, ils pouvaient effectivement être traduits comme s’appliquant à la seconde interprétation de l’immigration choisie figurant dans le communiqué de la LDH : « quotas ethniques ». Si la formulation de la journaliste avance clairement le terme de « quotas », elle interroge néanmoins la possibilité d’une justification en le liant au tri par profession. Cette fois-ci, la question est précise et demande une réponse spécifique. M. Weil discrédite d’emblée l'idée en la qualifiant de « contre-productive » : l’immigration choisie ne favorise pas, ni ne peut être l’équivalent d’une « immigration économique » :

Même s’il s’agissait de fixer des quotas en termes professionnels, ce serait contre-productif. Si l’on veut ouvrir la France à plus d’immigration économique, l’expérience prouve que la méthode des quotas est la plus mauvaise qui soit, car elle provoque les effets inverses à ceux qui sont recherchés.

P. Weil pose que « la méthode des quotas est la plus mauvaise qui soit » puisque « les quotas de non qualifiés sont toujours dépassés et les quotas de qualifiés jamais atteints ». On remarque que l’expert a totalement élagué la formule « immigration choisie », en recadrant tout son argumentaire sur le seul terme de « quotas ». Il semble cependant rejoindre Sarkozy sur un point : l’ « immigration économique ». Cette expression entérinée s’applique à des étrangers entrés sur le territoire national avec l’autorisation explicite d’y travailler, et Weil sous-entend ici qu’elle pourrait être souhaitable, bien qu’elle soit l’un des aspects de l’ « immigration choisie » ; cependant, les modalités par lesquelles Sarkozy compte l’appliquer (par la méthode des « quotas », selon lui) l’incitent à également la disqualifier.

En écartant la formule « immigration choisie », et en n’en retenant que le sens de « quotas » qui fait déjà polémique et qu’il réfute intégralement, Weil prend position dans le débat public. Par ailleurs, il ne se borne pas à rester dans les limites de son domaine, car il présente une opinion personnelle déconnectée des questions qui lui sont adressées, quand il accuse N. Sarkozy de calcul électoral en remettant l’immigration au cœur du débat public. Il tire profit de son autorité d’expert pour dépasser le cadre de son domaine en énonçant un jugement de valeur sur son adversaire.

Quoi qu’il en soit, en réaction aux entretiens publiés par la presse, Nicolas Sarkozy envoie une lettre publique à Patrick Weil, à laquelle ce dernier réplique par le même biais. Les deux lettres sont publiées par Le Monde le 13 juillet 2005. Le fait même que le ministre ait jugé bon de répondre aux critiques de l’expert, et qui plus est publiquement, indique que son avis ne lui est pas indifférent, qu’il le considère comme un pair10 qu’il cherche à convaincre et, avec lui, leurs lecteurs, et qu’il a confiance en soi et en sa formule ; le fait qu’à sa suite, l’expert ait décidé de répliquer révèle sa résistance à la rhétorique du ministre. Je vais maintenant aborder l’analyse de ces deux lettres.

1.2 Réaction contradictoire de Nicolas Sarkozy à Patrick Weil : une justification raisonnée de la formule.

En commençant sa lettre par la phrase : « Vous avez qualifié de contre-productives les propositions faites par l’UMP pour une politique d’immigration choisie et d’intégration réussie », Sarkozy recadre le débat en le recentrant sur sa formule passée sous silence par Weil. Sachant que la France souffre de désordres dus à l’intégration pour le moins imparfaite de nombreux immigrés, il pose, par la coordination en « et », une relation de conséquence entre l’immigration – que l’on « choisira » - et l’intégration des immigrés – qui se fera alors dans l’harmonie. Par cette simple phrase d’introduction, il implique d’emblée que P. Weil, qui réfute et évacue la formule, refuse en même temps l’ « intégration réussie » qui en découle.

Sarkozy présente une défense élaborée de l’ « immigration choisie », en utilisant des variantes qui en sont autant d’interprétations. On peut distinguer trois temps principaux dans sa lettre. En premier lieu, il reprend l’attaque principale de Weil pour amoindrir sa portée et la retourner contre lui. La seconde partie, sous couvert d’ « éclairer » l’expert sur des points qui lui auraient prétendument échappé, précise les axes principaux de la loi qu’il se propose de promulguer en vue d’implémenter l’ « immigration choisie ». Et enfin, sa lettre se termine sur une concession apparente à l’expert, en reprenant à son compte une recommandation constructive faite par ce dernier – tout en y apportant certaines modifications.

a) arguments de reprise et de réfutation :

S’appuyant sur des statistiques suggérant une forte hausse de l’immigration, Sarkozy retourne l’accusation de Weil contre lui : « C'est le système actuel de régulation des flux migratoires qui mérite sans conteste le qualificatif de "contre-productif" ». Sarkozy n’ignore certes pas que Weil connait les chiffres sur le bout des doigts. S’il les présente ainsi, on peut supposer qu’ils ne sont pas attaquables. Ce qui, par contre, peut faire l’objet d’une contestation, c’est l’explication qu’il en donne :

Depuis 197411, les flux migratoires n'ont jamais cessé. Ils ont pris une ampleur considérable entre 1997 et 2002, puisque l'immigration légale a augmenté de 70 %, tandis que l'immigration illégale, alimentée par l'explosion de la demande d'asile et la démission de l'Etat en matière d'éloignement, a atteint des seuils jamais égalés par le passé. L'immigration de travail, celle qui répond à des besoins identifiés de notre économie, représente actuellement 5 % des flux migratoires, contre 95 % pour l'immigration dite de droit, c'est-à-dire l'immigration familiale et l'asile.

Sarkozy assimile ici l’« immigration choisie » à « l’immigration de travail » (variante à l’ « immigration économique ») qu’il justifie en soulignant son utilité : elle « répond à des besoins identifiés de notre économie ». En creux, on peut lire que ceux qui la repoussent refusent également de résoudre les problèmes économiques de la France. De plus, notons qu'il amalgame par deux phrases consécutives l’immigration « dite de droit » (regroupement familial et demandes d’asile) avec l’immigration illégale ; il crée ainsi une confusion dans l'esprit du lecteur, qui pourra lui être utile lorsqu'il voudra limiter l’immigration « non choisie » à l’aide de celle qu’il préconise. De même, en avançant que l’Etat a failli dans son rôle d’ « éloigner » les immigrants « illégaux », il disqualifie son adversaire (l’Etat qui ne s’est pas doté d’une législation adéquate), en valorisant à nouveau l’immigration choisie qui, elle, donnera les moyens de ne pas faillir à la tâche.

Le Ministre donne pour exemples à suivre des pays qui sont « sortis de ces contradictions et hypocrisies ». En soulignant de manière ironique le fait qu’il s’agit de démocraties : « Il ne m’est pas revenu que ces pays n’étaient pas des démocraties », Sarkozy repousse implicitement l’accusation de faire de « l’étatisme archaïque ». Les termes utilisés par Sarkozy : « contradictions et hypocrisies » visent autant les gouvernements antérieurs de la France que les propos de P. Weil, qui défend les systèmes migratoires précédents tout en préconisant des réformes bien éloignées de celles que propose l’UMP par l’ « immigration choisie ».

b) arguments d’ « infrastructure »

Ce que j’appelle l’ « infrastructure » est la mise en place élaborée des nouvelles propositions gouvernementales en vue de réguler l’immigration. Or, Sarkozy ne se contente pas de les présenter telles qu’elles, il les enrobe d’une ironie critique voilée : « Je crains que vous n’ayez pas examiné les propositions de l’UMP avec une attention suffisante ». Cette phrase n’est pas anodine, puisqu’elle s’adresse sinon « au », du moins à l’un des meilleurs spécialistes de l’immigration en France. On peut certainement présupposer qu’en tant que tel, M. Weil a justement épluché les propositions de M. Sarkozy sur l’immigration choisie, et ne se soit pas arrêté à la notion de « quotas ». Il semblerait donc que cette insinuation, en semant le doute sur le professionnalisme de l’historien, soit plus destinée aux tiers (aux lecteurs du Monde, entre autres) qu’à M. Weil, et qu’elle vise à le discréditer. Bien que Sarkozy sache (je le suppose) que Weil a étudié les propositions de l’UMP, il décide de représenter au public l’initiative d’une immigration choisie, terme qu’il revendique et brandit d’entrée de jeu comme un défi à son adversaire qui a choisi de faire l’impasse sur la formule : « Vous avez qualifiées de contre-productives les propositions faites par l’UMP pour une politique d’immigration choisie ». Il s’agit clairement, dans la lettre ouverte, d’une véritable polémique publique et non pas d’une simple confrontation agonique entre deux protagonistes. Les propositions de Sarkozy sont au nombre de trois, mais je ne relèverai ici que certains exemples emblématiques de l’argumentaire du ministre autour de la formule dont il se fait le défenseur.

« Le Parlement et le gouvernement français doivent fixer chaque année le nombre maximal de personnes qui seront autorisées à entrer en France ». On remarque à nouveau dans la paraphrase l’une des significations possibles de l’ « immigration choisie ». A l’appui de cette assertion, Sarkozy présente un argument – selon lui – imparable : « C’est quand même bien le minimum que la France décide qui a le droit de s’installer sur son territoire et qui ne l’a pas. » L’expression « quand même » affiche l’irritation du Ministre, qui lance un appel au « sens commun » fondé sur une analogie en creux – chacun a le droit de décider (de « choisir », justement) qui peut s’introduire chez lui, c’est-à-dire de gérer le territoire qui lui appartient. L’analogie entre le public et l’individuel vise à donner à la solution de « l’immigration choisie » une dimension de simple bon sens, d’évidence.

Sarkozy s’appuie par ailleurs sur le modèle américain, qui fixe chaque année des « plafonds ou des quotas, peu importe le terme ». Par sa manière désinvolte de minimiser l’impact des termes, il cherche à se placer au-dessus de ce qu’il présente comme une simple querelle de mots. En même temps, il n’évacue pas le terme controversé et accepte de se confronter aux objections qu’il déclenche – tout en accolant à l’interprétation rebutante que « quotas » donne de l’immigration choisie le terme de « plafonds », qui vient l’adoucir. On ne peut cependant ignorer qu’avec les plafonds également, une limite numérique sera établie en vue de déterminer la part d’ « immigration économique » souhaitée par rapport à l’immigration familiale. Et l’on remarque en même temps que l’ « immigration économique » est celle qui semble être « choisie », tandis que l’ « immigration familiale » fait partie de celle qui n’est pas « choisie » - qui est donc « subie », si l’on ose reprendre cet autre terme occulté du discours officiel, et qui ne manque pas cependant de refaire surface de temps en temps.

D’autre part, Sarkozy se défend de vouloir établir des « quotas par métiers » dont Weil avait indiqué que c’était un des aspects de la politique d’immigration choisie. Il rejette simplement son assertion, mais sans expliciter ce qu’il entend par respecter le « plafond annuel » qui sera prévu par le gouvernement. S’il se réfère à un « plafond annuel » comme opposition à « quotas par métiers », il peut laisser supposer que toute son « immigration choisie » ne se base pas uniquement sur son aspect économique, mais que d’autres facteurs entreront en ligne de compte. En laissant planer l'ambiguïté sur le terme de « plafonds », il contribue à renforcer le flou que comporte la formule.

Notons par ailleurs que Sarkozy conteste l’assertion de Weil que le projet d’immigration choisie serait inconstitutionnel en raison de la « limitation du regroupement familial ». Selon lui, il ne s’agit pas d’« arrêter » le regroupement familial, mais de « le maîtriser » : l’immigration choisie permet de le rationaliser et d’éviter les abus, afin qu’il corresponde aux « capacités d’accueil de la France »12.

c) arguments de concession (partielle…)

Dans le but d’expliquer encore plus à fond sa nouvelle politique d’ « immigration choisie », tout en montrant son ouverture à d'autres suggestions, Sarkozy soulève le dossier des élèves et étudiants. Il est, dit-il, « en accord total » avec une proposition qu’avait publiée Weil dans un livre paru quelques mois auparavant. « J'ai été très attentif » dit-il, révélant ainsi qu'il avait compulsé l'ouvrage de son opposant avec sérieux et – apparemment – sans parti pris. La proposition de Weil se basait sur l'exemple américain, qui suggère de « donner un droit d'inscription automatique aux filières d'excellence aux 7 % des meilleurs bacheliers de chaque établissement scolaire ». Cependant, bien que développant cette idée avec enthousiasme, Sarkozy y apporte « deux nuances », qui ne vont pas dans la même direction, mais qui lui permettent de suggérer son impartialité et son absence de rancune vis-à-vis de qui l’a dénigré – alors que nous verrons, dans la réponse de P. Weil, que les « nuances » qu'il propose sont bien plus importantes que la portée qu’il semble leur donner ici.

Sa lettre s’achève sur une profession de foi : le ministre ne semble plus défendre uniquement sa politique d'immigration choisie, mais il s'adresse à tous les Français dans un appel mettant en avant les valeurs qui guideront ses actes selon ses convictions.

1.3 Riposte réfutative publique de Patrick Weil à Nicolas Sarkozy

La réponse de M. Weil est plus agressive. La plupart de ses arguments reposent sur des statistiques que le Ministre de l’intérieur, en tant que préposé à l’immigration dans son gouvernement, est supposé connaître. Continuant à ignorer ostensiblement la formule du ministre pour la réduire à sa seule dimension de « quotas », l’expert reprend point par point ceux de Sarkozy pour les ébranler, sinon les démolir. Y figurent les insinuations d'ignorance, de mauvaise foi, jusqu'aux attaques ad hominem. On sait que ces dernières attaquent la personne et non plus l’argument, mais peuvent néanmoins être parfaitement valides lorsqu’elles exposent que l’adversaire « is not really committed to good deliberation or careful thinking in this case on account of ulterior motives, does not really share values or beliefs or principles which are presupposed in this context », c’est-à-dire lorsque l’échange interactionnel est au moins aussi important que le raisonnement exposé (Brinton dans Amossy (1999 : 4)). C'est un véritable réquisitoire de « savant » que donne M. Weil, tout en renforçant à nouveau son ethos aux dépens de celui auquel il réplique.

a) accusation d'ignorance / immigration familiale

Tout d’abord, là où Sarkozy s’étonnait que l’immigration ayant été officiellement stoppée en 1974, le regroupement familial aurait dû se tarir de lui-même, Weil balaie l’objection en la qualifiant de « phénomène banal » constaté dans tous les pays européens d’immigration après 1945. Par l’expression « contrairement à des croyances largement répandues », il inclut Sarkozy dans le groupe très vaste de personnes qui croient en la doxa sans la vérifier, ce qui est une accusation grave envers un politicien qui se targue de prôner une politique d’immigration plus efficace que les précédentes.

b) accusation de mauvaise foi

En ce qui concerne l’objectif fixé par Nicolas Sarkozy d’arriver à 50 % d’immigration de travail, qui est l’une des modalités de sa politique d’immigration choisie – à l’instar des pays cités par le ministre et que Weil énumère exactement dans le même ordre (manifestant ainsi à quel point il a bien lu la lettre de son correspondant), Weil affirme : « la réalité est bien plus complexe ». A nouveau, l’historien écarte (avec un certain mépris ?) le raisonnement du Ministre : soit ce dernier pêche par duplicité, soit par ignorance, auxquels cas Weil se permet de « l’éclairer ». L’expert indique que l’exemple sur lequel se base Sarkozy est celui des Etats-Unis, pour les « quotas d’immigration familiale », politique que Weil développe amplement pour en montrer l’insuffisance et les défauts – et l’on remarque que l’expert utilise tout naturellement le terme de « quotas », bien que le ministre ait tenté de le diluer en le présentant comme une alternative à des « plafonds ».

c) accusation d'anti-constitutionalité

L’accusation ad hominem tu quoque de Sarkozy est reprise par Weil pour la retourner à son tour contre le ministre, auquel il rappelle judicieusement qu’à la même occasion, le Conseil constitutionnel avait rejeté un article de la loi de 2003 promue par Sarkozy – « disposition à laquelle vous teniez beaucoup ». En rappelant à Sarkozy – et aux lecteurs – que sa demande n’était alors pas constitutionnelle, Weil démontre que le ministre fait des erreurs de jugement – dans le meilleur des cas, ou si l'« erreur » était voulue, que Sarkozy ne fonctionne pas en harmonie avec les valeurs de la France. Il le discrédite ainsi dans sa fonction, et dans son jugement.

d) Menaces / arguments ad hominem

Dans sa lancée de projection des perspectives dangereuses qu'ouvriraient les propositions de Sarkozy, Weil enchaîne sur une critique non plus sur le seul sujet de la lettre (la politique d'« immigration choisie » et d’intégration réussie mise en avant par Sarkozy, que l’expert traduit encore comme étant simplement un système de « quotas »), mais utilise maintenant des arguments ad hominem (tels que définis plus haut) contre le Ministre, en lui (et nous) mettant sous les yeux la manière impétueuse et irréfléchie par laquelle il avance en préparant un nouveau projet de loi 18 mois à peine après la promulgation de la loi précédente sur le même sujet :

Beaucoup de choses restent à changer dans la politique française d'immigration, mais ces changements relèvent plus aujourd'hui – vous le savez bien – du management et de la réforme administrative que de grandes lois annoncées à coup de tambour et de trompettes.

Notons le dédain affiché par la formulation de « tambour et trompettes » - puisque Sarkozy a publiquement annoncé vouloir préparer une loi portant sur l’ « immigration choisie ». De plus, on remarque également l'accusation voilée de mauvaise foi lorsque l'expert dit à Sarkozy « vous le savez bien ». Il implique que si le ministre le sait, mais n'agit pas de cette manière, c'est dans un autre but que celui de réellement vouloir résoudre la problématique migratoire.

e) argument de reprise – sans concession

Enfin, tout en remerciant le ministre de lui avoir indiqué que deux de ses propositions lui semblaient intéressantes en matière d'égalité des chances scolaires, Weil s'en prend aux « nuances » émises par Sarkozy : « Vous émettez deux réserves – de taille – qui dénaturent quelque peu ma proposition ». Il montre à Sarkozy à quel point il serait nocif de laisser à la discrétion du directeur de chaque lycée la décision d'envoyer tel ou tel élève dans une grande école (selon une des « nuances » de Sarkozy), car c'est le baccalauréat « qui sert de critère ». Il insiste sur ce point – qui devrait pourtant sembler évident, même à Sarkozy, laisse entendre Weil.

Le contraste est ainsi saisissant, entre la tournure optimiste et conciliatoire adoptée par Sarkozy dans son apologie de l’ « immigration choisie », et le ton méprisant par lequel Weil balaye l’argumentation du ministre sans jamais se référer à la formule. Tandis que Sarkozy concluait sa lettre par une profession de foi, Weil la retourne contre lui pour démontrer que la voie que choisit Sarkozy ne le mènera pas à cette société idéale qu'il appelle de ses vœux.

2. Prolongement et dissolution de la polémique publique

La polémique publique entre ces deux hommes ne cesse pas avec l’échange épistolaire que l’on vient d’analyser. Entre février et mars 2006, un autre échange prend place, mais seules les lettres de P. Weil ayant été publiées13, je ne m’y attarderai pas car la polémique ne constitue pas un échange polémique public à proprement parler. Par contre, après que la loi proposée par Sarkozy fut adoptée par l'Assemblée Nationale en mai 2006, un autre échange de correspondance plus virulent encore eut lieu en août 2006 (à la suite d’une entrevue de P. Weil dans le journal Sud-Ouest) après la promulgation de cette loi visant à promouvoir une « immigration choisie », et après la circulaire de juin 2006 qui sonnait la fin du sursis accordé aux familles d'enfants scolarisés. En effet, les enfants scolarisés étrangers (ainsi que leurs familles) n’entraient pas dans le cadre de l’immigration choisie. P. Weil, interviewé par le journal Sud Ouest le 27 août 2006, considérait comme étant un « affichage politique » l'annonce de Sarkozy qui promettait environ 6000 régularisations pour septembre, sur la base d'environs 30000 demandes déposées par des parents (dans les faits, le chiffre définitif de régularisations atteindra pourtant 6924 personnes, le 20 septembre 2006). C'est le ton que garde P. Weil tout au long de l'entrevue, puisqu'il accuse également Sarkozy d'utiliser le concept d' « immigration choisie » - cette fois-ci explicitement – comme un « slogan publicitaire aux effets les plus néfastes », créant cette hiérarchie entre « bons » (travailleurs) et « mauvais » (les familles) immigrants. Précisons qu’un slogan, d’après Reboul (1975), est une « formule brève et incitative », qui « parle aux masses », qui « comporte une facette de tromperie éventuelle », mais surtout qui « fige la pensée » ; on a besoin de slogans « pour se dispenser de penser » (REBOUL 1975 : 53). C’est dire à quel point l’expert, en assimilant la formule au slogan, la dévalorise … Il continue à imputer à Sarkozy des opérations de camouflage des statistiques qui ne lui sont pas favorables en ce qui concerne l'immigration, dans le but – selon Weil – de ne pas déplaire à Le Pen ou de Villiers (dirigeants des partis d’extrême droite en France)… On remarque que l'expert sort de plus en plus de son domaine d'expertise pour interpréter les actions ministérielles et les discréditer, en faisant passer ces interprétations pour des faits établis.

Dès le 31 août, Sarkozy réplique à Weil de manière très détaillée puisque, dit-il, il s'agit « d'une critique à peu près systématique de la politique de l'immigration que je conduis au ministère de l'intérieur ». Le Ministre se défend des accusations proférées par l'historien à son encontre, et il attaque directement la responsabilité de M. Weil dans l'augmentation de l'immigration incontrôlée puisque la loi RESEDA de mai 1998 fut largement établie d'après le rapport que Weil soumit au Gouvernement Jospin. Si le nombre de demandeurs d'asile a quadruplé en six ans (1996 à 2002/3), c'est parce que, selon Sarkozy, Weil a été « l'inspirateur » de la politique d' « asile territorial ». Si la situation de l'immigration en France est « calamiteuse », dit-il, c'est tout simplement « le fruit du laxisme du gouvernement de l'époque face au dossier difficile et complexe de l'immigration ». Mais au-delà d'accuser le gouvernement précédent des dérives dans la politique d'immigration en France, la lettre est bien plus personnelle, et sous des dehors généraux, elle cherche à son tour à discréditer les critiques de l'historien, sinon l'historien lui-même. Weil prétendait que certains articles de la loi sur l' « immigration choisie » seraient rejetés par le Conseil Constitutionnel pour leur violation des droits de l'homme : cela n'arriva pas, ce qui permet à Sarkozy d'exposer « toutes les contre-vérités et les caricatures qui ont été propagées depuis des mois à des fins politiciennes sous couvert de commentaires savants ». Il est remarquable que chacun accuse l’autre, à tour de rôle, de visées « politiciennes », et l’on assiste à une surenchère de dénonciations et de rejet de responsabilités. Tous deux semblent avoir dépassé le stade des insinuations et de l’implicite : c’est de manière très explicite, avec nombre d’arguments ad hominem, que les critiques sont proférées.

En ce qui concerne l'accusation récurrente de M. Weil selon laquelle le ministre, par sa politique d’immigration choisie, créait une hiérarchie entre les « bons » et « mauvais » immigrants, la réplique de Sarkozy est relativement surprenante, car il abonde dans le sens de son détracteur, tout en déplaçant le terme d’ « immigrants » (qui prenait les êtres humains en ligne de compte) pour ne parler que de « migrations » (concept déshumanisé et problématisé) :

Mon intention est bien d'opérer une distinction entre bonnes et mauvaises migrations. Les bonnes migrations sont celles qui sont maîtrisées par l'Etat, régulées, acceptées, voulues, organisées en concertation avec le pays d'origine, en un mot choisies. […] Les mauvaises migrations sont celles par lesquelles le migrant entre illégalement, en violant les lois de la république et le droit international.

M. Sarkozy relève bien évidemment l'accusation d' « affichage politique » proférée par M. Weil, au sujet des régularisations de familles d'enfants scolarisés :

Je suis surpris et déçu de vos commentaires …. Ces déclarations lapidaires, sur un sujet aussi complexe et aussi sensible, engageant l’avenir de familles et de leurs enfants, mais aussi la cohésion sociale de notre pays, me semblent davantage animées par un esprit de polémique, inhabituel chez un universitaire, que par une analyse impartiale. Vous savez fort bien que ma marge de manœuvre dans ce dossier est restreinte.

On remarque que Sarkozy met ici en cause le statut et l'ethos d'expert de l'historien, en suggérant que le but de M. Weil est moins dicté par la recherche d'une solution équitable au problème, que par le désir de discréditer le Ministre UMP. Ceci rejoint ma remarque précédente, selon laquelle chacun d’entre eux reprend les arguments de l’autre pour les retourner contre son opposant. Cependant, l'énoncé qui clôt le paragraphe a une connotation sibylline : serait-ce que M. Sarkozy n’a pas le pouvoir d’effectuer plus de régularisations ? Pourquoi ? Ne serait-il pas aussi omnipotent que M. Weil l’indique ? Ou bien M. Weil connaît les rouages administratifs et aurait dû, en toute honnêteté, les exposer au lieu de discréditer le ministre ? On remarque dans l'ensemble que dans cette lettre, M. Sarkozy choisit l'argumentation défensive (« La France n'a évidemment pas les moyens d'être le seul pays au monde qui ouvre ses frontières à toutes les familles ayant des enfants à scolariser ») dont l'hyperbole n'est pas exclue. Mais elle se veut aussi être conciliante, car après avoir exposé les raisons humanitaires qui l'ont poussé à régulariser un certain nombre de familles, il conclut par « Cette solution était la seule permettant de concilier la justice et l'intérêt général ».

Tout en continuant dans la lignée qui consiste à se renvoyer la balle de responsabilité pour l’état de l’immigration, M. Weil, dans sa réponse du 11 septembre 2006, attaque vigoureusement les interprétations données par Sarkozy aux chiffres existants (« Ce n'est vraiment pas sérieux ! »). Il accuse le Ministre de chercher « une fois encore à affoler inutilement le public », et que si la situation lui semble « catastrophique », Sarkozy devrait aussi en tirer les conséquences pour lui-même (puisqu’il est l’instigateur de la politique gouvernementale d’immigration choisie)… On a le sentiment que les gants ont été ôtés, et que le vernis de civilité ne freine plus l’argumentation accusatrice explicite. M. Weil prétend que la situation est « normale et banale » (en impliquant, à nouveau, que M. Sarkozy devrait le savoir), et insiste tout au long de sa lettre sur le manque de professionnalisme politique de son correspondant. D’un côté, il le critique effectivement presque systématiquement sur toutes ses approches du problème, mais de l’autre il semble vouloir l’éduquer – un peu comme on essaie de réfréner un enfant rétif – à comprendre la complexité de ce à quoi il se heurte. Les exemples abondent de ce genre d’ « admonestations » de Weil à Sarkozy, mais sa critique la plus virulente porte de manière détournée sur cette formule d’ « immigration choisie » :

distinguer entre les bons – ceux que l’on choisirait – et les mauvais – ceux qui ont des droits et que l’on subirait –, c’est choisir d’exciter les tensions entre Français, quand elles ont besoin d’être apaisées. Aucun immigré légal n’est "subi".

Il est à noter que de même que Sarkozy avait effectué un glissement des immigrés vers l’immigration, Weil effectue le glissement inverse, en appliquant aux êtres humains, les immigrés, l’adjectif dépréciatif de « subi ».

Si les normes de politesse continuent à être utilisées dans cet échange de correspondance, on peut noter un crescendo de véhémence dans les répliques de part et d’autre, sans doute parce que la polémique ne porte plus seulement sur le problème de l’immigration et les sens accolés à l’ « immigration choisie », mais chacun se défend des accusations ad hominem de l’autre, en surenchérissant… S’il paraît certain que les arguments ministériels n’ont pas réussi à convaincre l’expert, il semblerait que pour le ministre cet exercice rhétorique de persuasion ait été bénéfique dans la mesure où il pouvait ainsi saisir d’emblée une résistance argumentée à son « immigration choisie », et en concevoir peut-être les moyens de la contourner dans des débats ultérieurs moins « savants ». Bien que la polémique ne soit sans doute pas close entre ce savant et ce politique, les médias n’en rapportent plus d’échos. Après l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence (en mai 2007) figureront dans la presse uniquement des entrevues (critiques) avec Patrick Weil, mais le nouveau Président de la République n’y répondra plus directement : ayant gravi l’échelon suprême dans la hiérarchie institutionnelle, il ne peut donc plus être considéré comme « pair » de qui que ce soit. Ceci démontre à nouveau qu’une polémique ne peut se conduire qu’entre des protagonistes faisant partie d’un niveau hiérarchique équivalent, et que l’une des manières de terminer une polémique est effectivement lorsqu’un élément extérieur s’y greffe et l’enraye – en l’occurrence l’élection à la présidence de Nicolas Sarkozy.

Conclusion

Cette polémique possède une caractéristique particulière : elle se déroule sous l’impulsion d’une formule – « immigration choisie ». L’avis de l’expert sur la formule et les significations dont elle est peut être investie (y compris la politique qu’elle désigne) est sollicité par la presse ; l’expert, qui dénigre systématiquement les propositions de Sarkozy en matière d’immigration en se basant sur ses connaissances et ses valeurs, évacue ostensiblement la formule et ses variantes ministérielles comme si elle était hors de propos. Si Weil, qui élude systématiquement la formule, la mentionne une seule fois, c’est pour la traiter de « slogan publicitaire aux effets les plus néfastes » avec ses connotations péjoratives, montrant ainsi le mépris qu’il éprouve à son égard. S’il lui accorde la concession d’ « immigration économique » souhaitable, c’est pour la disqualifier si elle s’accomplit par la méthode de « quotas » qui, selon lui, montrent la nature véritable de l’ « immigration choisie ». Ses réactions suscitent la réponse critique du politique instigateur de la formule, et ministre chargé de ce dossier dans le gouvernement. Sarkozy reprend et rehausse la formule, recentrant le débat sur l’ « immigration choisie » en l’associant à ce qui en serait sa conséquence, l’ « intégration réussie », passant du stade de l’explication à celui d’une justification fondée sur des arguments logiques. Il est donc intéressant de constater que tout ce débat public se déroule autour d’une formule présente même dans son absence, et que sa finalité est de démontrer, pour l’un, son adéquation aux « problèmes » suscités par l’immigration, et pour l’autre, son manque total de pertinence dans ce contexte.

Dans l’échange entre le savant et le politique, la formule est prise dans une entreprise d’examen systématique où sa pertinence et sa validité font l’objet d’un débat argumenté et rigoureux entre un opposant et un proposant – ce qui est loin d’être toujours le cas dans une polémique autour d’une formule donnée. L’on assiste alors à un échange purement argumentatif entre personnages prêts à discuter publiquement de leurs divergences en matière d’immigration – c’est une polémique dialogique telle que définie par Plantin14, « caractérisée par le développement et la confrontation de points de vue en contradiction à propos d’une même question. » Le destinataire direct est sans doute celui que l’on cherche plus ouvertement à persuader, ou inversement à disqualifier, en raison du statut qu’il s’est acquis dans le domaine en question et qui risque d’influencer le public. Le fait que cette polémique se déroule par le biais de lettres publiques (sous forme de lettres ouvertes) montre cependant, non seulement que l’avis de l’expert importe au politique puisqu’il prend la peine de lui répondre directement, mais aussi que le politique tente également de faire basculer l’opinion publique vers ses vues à lui. Il se crée ainsi une « démultiplication des destinataires », c’est-à-dire que le « destinataire d’origine » désigné dans la lettre est « redoublé par les lecteurs » (ADAM 1998 : 50).

Les divergences profondes des deux locuteurs sont traitées sur un mode courtois, sans aucune des violences verbales qui accompagnent souvent une polémique,- ce qui semblerait témoigner d’une correspondance sincère entre personnes qui s’estiment et qui tentent mutuellement de se convaincre. Cependant, la contestation systématique des arguments avancés par l’opposant, à tour de rôle, le ton ironique et les attaques ad hominem indiquent bien qu’au sein du grand débat public institué en France au sujet de l’immigration, la polémique entre eux est sévère, sans concessions, et irréductible.

On peut également remarquer que la polémique déclenchée par la formule « immigration choisie » ne présente pas uniquement un échange de vues théorique. Les deux protagonistes s’impliquent en projetant leurs propres visions du monde, liées à des positions politiques opposées, et incompatibles. C’est dans ce cadre que les deux adversaires glissent incessamment de la controverse savante à la polémique publique avec ses jeux de rivalité, ses exercices de positionnement et ses tentatives de discréditer l’autre pour mobiliser l’opinion en faveur de leur thèse propre.

Le politique reste persuadé que par l’application de sa formule, les problèmes liés à l’immigration en France seront résolus ; le savant poursuit inlassablement sa critique, qui montre son engagement d’intellectuel dans la cité. Du fait que chacun alimente obstinément sa propre trajectoire d’argumentation, on a parfois le sentiment qu’il s’agit entre eux d’un « dialogue de sourds » (ANGENOT 2008) : Weil ne dévie pas de sa condamnation des quotas (dont l’étude fait partie de son domaine d’expertise) ; Sarkozy continue son apologie de l’ « immigration choisie », en tant qu’homme politique qui a su trouver « la formule » performative qui résoudra les problèmes migratoires de la France. L’adjectif « performative », qui provient du verbe anglais to perform utilisé généralement avec une action, convient à cette formule puisque Austin lui-même indique que son sens est proche de celui d’operative (opératoire) (AUSTIN 1970 : 42), et il semblerait que c’est bien ainsi que Sarkozy compte l’utiliser. Le public réussira-t-il à mieux se forger sa propre opinion, après les avoir lus ? Ou bien ne prendra-t-il, de cette polémique publique, que les arguments qui renforceront l’opinion préalable qu’il avait pu avoir jusqu’ici ? Quoi qu’il en soit, et sous sa forme polémique même, le débat argumenté autour de la formule contribue à construire un espace de délibération sur la place publique.

Bibliographie :

ADAM, Jean-Michel, « Les genres du discours épistolaire », in, SIESS, Jürgen, La lettre entre réel et fiction, Paris, Sedes, 1998, p.37-53.

AMOSSY, Ruth, « The argument ad hominem in an interactional perspective », Proceedings of the Fourth International Conference on Argumentation, Amsterdam, 1999 (site ADARR : “bibliographie annotée sur l’argument ad hominem”).

AMOSSY, Ruth, La présentation de soi. Ethos et identité verbale, Paris, PUF, 2010.

AMOSSY, Ruth, L’argumentation dans le discours, Paris, Armand Colin, 2010 (b).

ANGENOT, Marc, Dialogues de sourds. Traité de rhétorique antilogique, Paris, Mille et une nuits, 2008.

AUSTIN, J. L., Quand dire, c’est faire, Paris, Le Seuil, 1970.

BRILLIANT, Maria, « L’émergence de la polémique autour de la formule "immigration choisie" dans la presse française (janvier-juillet 2005), Semen n.31, 2011, p.113-128.

COURTINE, Jean-Jacques, « La notion de "condition de production de discours" », Langages, n. 62, juin 1981, p. 19-32.

GUILLAUMIN, Colette, « Immigration sauvage », Mots 8, 1984, p.43-51.

KRIEG-PLANQUE, Alice, « Purification ethnique ». Une formule et son histoire, Paris, CNRS Editions, 2003.

KRIEG-PLANQUE, Alice, La notion de formule en analyse du discours. Cadre théorique et méthodologique, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2009.

MORICE, Alain, « Du seuil de tolérance au racisme banal, ou les avatars de l'opinion préfabriquée », Journal des anthropologues n° 110-111, 2007, p. 379-408.

PLANTIN, Christian, L'Argumentation. Paris, Le Seuil, 1996.

PLANTIN, Christian, « L'Argumentation », in CHARAUDEAU, Patrick et Dominique MAINGUENEAU, Dictionnaire d'analyse du discours, Paris, Le Seuil, 2002, p.66-72.

REBOUL, Olivier, Le slogan, Paris, PUF, 1975.

1
Ce travail a été mené dans le cadre du projet 734/08 de la Israel Science Foundation.

2
Les polémiques politiques liées à la formule « immigration choisie » ont été esquissées dans mon article paru dans SEMEN n° 31, avril 2011, p.113-128.

3
Notion empruntée au vocabulaire médical où elle renvoie à « la théorie immunologique selon laquelle un corps vivant ne peut accueillir et assimiler un corps étranger que si ce dernier ne dépasse pas un certain seuil » (Morice 2007 : 405, note 7).

4
En 1973, un groupe d’extrême-droite établi en France en 1969, « Ordre Nouveau », lança une campagne à l’aide d’affiches agressives intitulées « Halte à l’immigration sauvage ».

5
Guillaumin étudie l’expression en tant que « sème », c’est-à-dire une « lexie figée » dans laquelle l’adjectif polysémique est perçu selon trois niveaux sémantiques, mais son association au substantif d’immigration la transmute en ce que l’on nomme maintenant une formule, transformée par le traitement politique qui en a été fait, et par la force qu’elle acquiert en s’accrochant à une « idéologie dominante » (Guillaumin 1984 : 50).

6
Le nom composé “sans-papiers” devint une formule en été-automne 1996, dans ce qui fut communément défini comme l’ « affaire des sans-papiers de l’église Saint-Bernard » (église dans laquelle s’étaient réfugiés 300 Africains après avoir été évacués de l’église Saint-Ambroise. Du fait qu’il furent évacués à nouveau par les forces de l’ordre, l’affaire eut des répercussions très fortes dans l’opinion publique.)

7
Je précise que l’adjectif « neutre » signifie : « qui s’abstient ou refuse de prendre position dans un débat, dans un conflit opposant plusieurs personnes, plusieurs thèses, plusieurs partis » (TLF).

8
Premier Ministre.

9
La Constitution de 1946 précise que « les étrangers dont la résidence en France est stable et régulière ont, comme les nationaux, le droit de mener une vie familiale normale » ; ce droit comporte « la faculté pour ces étrangers de faire venir auprès d’eux leurs conjoints et leurs enfants mineurs… » (renseignements fournis par P. Weil).

10
J'utilise ici le nom de "pair" dans le sens ou bien que faisant partie de sphères différentes dans la vie publique, tous deux sont reconnus comme étant des spécialistes dans leurs domaines respectifs.

11
1974 : année où le gouvernement de Giscard d’Estaing décréta « l’immigration zéro ». Aucun immigré de travail n’était plus admis, seul le regroupement familial et le droit d’asile étaient tolérés.

12
De plus, Sarkozy utilise un argument ad hominem de la catégorie tu quoque en remémorant à son correspondant qu’on l’avait également accusé d’ « anticonstitutionnalité » lorsqu’il fit adopter le passage du « délai de rétention administrative de 12 à 32 jours, et qu’il fut alors « blanchi » par le Conseil Constitutionnel.

13
Dans la revue Esprit, mai 2006, pp.79-88, ainsi que sur le site de P. Weil.

14
Article « Argumentation » rédigé par Plantin dans le dictionnaire d’analyse du discours de Charaudeau et Maingueneau, 2002, p.71.

Per citare questo articolo:

Maria BRILLIANT, « Immigration choisie » : l'expert contre le politique. Analyse d’une correspondance publique (2005-2006), Repères DoRiF n. 5 - La formule en discours : perspectives argumentatives et culturelles - coordonné par Ruth Amossy, Alice Krieg-Planque et Paola Paissa , DoRiF Università, Roma novembre 2014, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=178

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