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Maria Cristina PALAZZI

L’interprétation de dialogue et les expressions de politesse : une expérience didactique

Maria Cristina Palazzi
SSLMIT IUSLIT – Université de Trieste
mpalazzi@units.it

Mots clefs : interaction – interprétation de dialogue – politesse - jeux de rôle

La politesse c’est d’abord et avant tout, toujours et partout, la prise en compte d’autrui
(KERBRAT-ORECCHIONI 2000 : 33)

La politesse sur le plan verbal est une activité aux multiples facettes dont les contenus, ainsi que la forme et la présentation exigent une composition harmonieuse, qui peut être tantôt favorisée tantôt violée par les choix linguistiques. Certains auteurs comme BROWN et LEVINSON (1978, 1987) et KERBRAT-ORECCHIONI (2005) considèrent cette politesse comme un ensemble de stratégies qui assurent le bon déroulement de l’interaction. Or, cette interaction doit être envisagée en fonction du lien étroit qui l’associe au contexte, comme le dit THALER (2011 : 63) « Ce n’est pas une forme isolée qui est polie, mais une forme associée à un certain contexte ». Nous nous concentrerons dans cet article sur la politesse mise en œuvre par les interlocuteurs lors d’interactions exolingues en présence d’interprète, en nous référant aux catégories étudiées par KERBRAT-ORECCHIONI (1992, 2005, 2011). L’interprète, comme l’illustre WADENSJÖ (1998), se révèle comme un participant actif à l’interaction, puisque son activité ne concerne pas seulement la traduction de ce que disent les interlocuteurs, mais aussi la coordination de leurs énoncés. Le rôle de l’interprète de dialogue1 a déjà fait l’objet d’études, surtout pour ce qui est de l’interprétation dans les services publics et dans les domaines juridique et médical. Nous nous concentrerons ici sur le contexte didactique, en rejoignant ce que dit FALBO (2012 : 102) à propos de cette forme d’interprétation de dialogue quand elle la définit comme « une sorte d’hyperonyme regroupant toute interprétation qui s’effectue en face à face, prioritairement en consécutive, dans différents contextes situationnels »

Le contexte didactique sur lequel se fonde cette analyse a pour objectif de vérifier comment les formes de politesse sont perçues, appréhendées et reproduites par les étudiants d’interprétation lors d’interactions qui s’insèrent dans un parcours de formation à l’interprétation de dialogue, dont l’objectif est de faire atteindre aux étudiants un niveau de performance proche de la réalité professionnelle.

1. Situation didactique

En partant du principe que les leçons doivent avoir, plus qu’un caractère descriptif (comment on enseigne l’interprétation), un caractère prescriptif pour répondre à la question « comment faut-il faire ou comment apprend-on en faisant ? », le programme du cours d’interprétation de dialogue italien-français de deuxième année de Master en Interprétation et Traduction de l’Université de Trieste prévoit des jeux de rôle simulant un événement communicatif. Les exemples analysés sont tirés d’un corpus de 11 jeux de rôle enregistrés en situation de contrôle continu, qui prévoyaient la participation de 11 étudiants-interprètes2. L’interaction simulée consistait en une interview : une journaliste française (désormais locuteur A), souhaite connaître de près l’offre touristique de la région Frioul-Vénétie-Julienne, et elle s’adresse au responsable du secteur concerné (désormais locuteur B). La situation de communication prévoit que les deux locuteurs simulent de connaître uniquement leur propre langue, justifiant ainsi la présence d’un interprète pour communiquer. Bien que certains chercheurs aient exprimé des perplexités sur ces jeux de rôle (NIEMANTS 2012), nous estimons que ce type d’exercice à des fins didactiques présente, avec l’appui d’autres modalités didactiques, le « noyau dur » de ces unités (BALLARDINI 2006 : 49), ainsi que « the key method for developing interpreting and discourse management skills which are sensitive to the purpose of the interaction and the constraints of particular communicative contexts »  (PÖCKHACHER 2004 : 17). Il présente, à notre sens, des aspects intéressants, qui permettent de mieux tester les connaissances et les compétences acquises par les interprètes. Nous avons en effet observé que la situation qui reproduit une interaction réelle vise toujours à faire ressortir, mieux que d’autres exercices, la capacité de mise en œuvre des efforts d’interprétation par l’étudiant allant au-delà de la simple transmission du message. Ceci sous-entend que les enseignants ne peuvent faire abstraction du niveau d’assimilation du processus interprétatif, ni éviter d’évaluer en même temps le bon ou le mauvais développement de la chaîne des opérations cognitives qui assurent la réussite de l’interprétation.

Pour toutes nos interactions simulées, il était indispensable de fournir à l’étudiant-interprète toutes les informations utiles à la définition de la situation d’interaction. En particulier, il était important de savoir que le locuteur A et le locuteur B partageaient, dans le cadre de leurs compétences respectives, des connaissances générales sur le monde du tourisme, qui constitue la toile de fond des dialogues : le locuteur italien (LOC B) était censé jouer le rôle d’expert en la matière, et le locuteur français (LOC A) s’adressait à lui pour mieux connaître la réalité de la région. Quant aux interprètes, ils avaient des connaissances partagées partielles avec les locuteurs, étant donné qu’ils avaient eu la possibilité pendant la première partie du cours d’analyser certains aspects du tourisme de la région Frioul-Vénétie-Julienne, ce qui avait généré une bonne familiarité, surtout avec les noms des lieux et certaines traditions. Ce travail d’appréhension d’informations sur la thématique objet de l’interaction peut être vu comme le travail de recherche que tout interprète devrait mener en vue d’une mission.

1.1. Le corpus

Les jeux de rôles gravitent autour de la promotion touristique, analysée sous différentes facettes en fonction des sujets et des locuteurs concernés, comme le montre le tableau ci-dessous3 :

Tabella1

Sujet
Locuteur A
Locuteur B

Interprète

Plan municipal [PM1]

Journaliste française

Responsable de la Mairie

Interprète 1

Plan municipal [PM2]

Journaliste française

Responsable de la Mairie

Interprète 2

Saison touristique de la localité balnéaire de Grado [G1]

Journaliste française

Responsable du Consortium de la localité balnéaire

Interprète 3

Saison touristique de la localité balnéaire de Grado [G2]

Journaliste française

Responsable du Consortium de la localité balnéaire

Interprète 4

Saison touristique de la localité balnéaire de Grado [G3]

Journaliste française

Responsable du Consortium de la localité balnéaire

Interprète 5

Réseaux sociaux [SN1]

Journaliste française

Responsable de l’Agence de Promotion touristique

Interprète 6

Réseaux sociaux [SN2]

Journaliste française

Responsable de l’Agence de Promotion touristique

Interprète 7

Résidences secondaires [RS1]

Journaliste française

Responsable de l’Agence de Promotion touristique

Interprète 8

Résidences secondaires [RS2]

Journaliste française

Responsable de l’Agence de Promotion touristique

Interprète 9

Consortium de Promotion Tourisme Trieste [PTS1]

Journaliste française

Responsable du Consortium de Promotion touristique

Interprète 10

Consortium de Promotion Tourisme Trieste [PTS2]

Journaliste française

Responsable du Consortium de Promotion touristique

Interprète 11

Tab. 1 - Corpus

Pour chaque dialogue, un script avait été élaboré sous forme de canevas. Les discours ont toujours été oralisés et réélaborés, et nous pouvons donc affirmer que les onze dialogues constituent chacun une interaction autonome.

Les étudiants étaient libres d’utiliser ou pas un système de prise de notes. Il est important de préciser que les étudiants avaient tous appris des notions de technique de prise de notes dans les deux cours d’interprétation (première et deuxième année), sans pour autant suivre un véritable cours d’interprétation consécutive. Les questions et réponses étant souvent mémorisables sans notation en raison de leur durée, le choix de se servir ou pas de la technique de prise de notes était pris en pleine autonomie. Toutefois, conformément à l’approche de THIERY (1981 : 100), qui considère la prise de notes comme un temps accessoire et non comme un temps fort en consécutive, l’objectif du contrôle continu était principalement de vérifier la bonne maîtrise de la chaîne de tous les efforts liés aux opérations cognitives du processus interprétatif : après une série d’exercices propédeutiques, les étudiants étaient surtout formés à développer un effort d’écoute et d’analyse attentif et sélectif, afin d’apprendre à bien saisir le vouloir dire de l’orateur.

2. Analyse

Si l’on interroge des locuteurs, comme le dit KERBRAT-ORECCHIONI (2011), pour savoir ce que représente pour eux la politesse, ils répondent régulièrement qu’elle consiste avant tout à « saluer », « remercier » et « s’excuser ». C’est à partir de ce constat que notre analyse prendra en considération les tours de parole où il est possible de relever la présence de formules de politesse concernant le remerciement, le plaisir de se rencontrer et le regret (les excuses) dû (dues) à l’impossibilité de faire quelque chose. L’expression de ces sentiments intéresse dans la plupart des cas la séquence d’ouverture, ce qui n’est guère étonnant puisque c’est au début de l’interaction que généralement les interlocuteurs essayent de co-construire un terrain propice afin d’atteindre le but qu’ils se sont fixé. En effet, nous avons constaté que les expressions de remerciement sont toujours présentes dans les deux premiers tours des séquences d’ouverture, en raison de la nature même de ces prises de contact. S’agissant des expressions liées au plaisir de se rencontrer, les formules sont présentes surtout dans le deuxième tour de parole (dans 10 dialogues sur 11). Quant aux expressions de regret et d’excuses, elles sont elles-aussi présentes surtout dans le deuxième tour de parole (5 cas sur 11, dont 4 associés aux expressions de plaisir et un à celles de remerciement). Nous nous concentrerons en particulier sur les stratégies traductives mises en œuvre par les interprètes face à la politesse verbale produite par les interactants primaires, afin de découvrir comment les interprètes la reproduisent, la trahissent, voire introduisent leur propre politesse.

2.1 L’expression des remerciements

En raison de sa présence dans toutes les interactions, ce champ conceptuel offre des éléments de réflexion intéressants. Les premiers exemples analysés proviennent de la traduction du même tour de parole du locuteur A examiné dans les séquences d’ouverture de trois dialogues axés sur le même sujet (G1, G2, G3). Dans G1, le tour de l’interprète contient un acte impositif menaçant la face négative du destinataire :

[1]

LOC A : Je voudrais déjà remercier Madame de me recevoir et de m’accorder de son temps pour me parler des activités touristiques de Grado puisque j’imagine qu’avec l’été qui approche elle doit être très occupée. [G1]

INT : La ringrazio per avermi ricevuta per concedermi il suo tempo e vorrei avere delle informazioni riguardanti il turismo e in particolare riguardanti il turismo a Grado visto che l’estate sta arrivando.

Cet acte est exprimé à travers la formulation, voire la mise en exergue d’une requête qui, dans le tour de A, est présente comme objet même du remerciement « remercier Madame de me recevoir et de m’accorder de son temps pour me parler des activités ». En d’autres termes, ce qui ressort du tour de A, c’est que la requête a été formulée dans un temps passé et qu’elle a été acceptée par l’interlocuteur (B) qui s’apprête à la satisfaire. Dans le tour consacré à l’interprétation, par contre, la requête est actualisée dans le temps présent et apparaît comme une requête supplémentaire de la part de A (« e vorrei avere delle informazioni »). L’interprète trahit donc le contenu des propos de A et augmente de surcroît le niveau d’impolitesse, en raison de la position réservée au FTA (Face Threatening Act) car, comme le dit KERBRAT-ORECCHIONI (1992 :259), « tout FTA fait particulièrement mauvais effet dans la séquence d’ouverture où il convient de redoubler la politesse ».

Il est également intéressant de remarquer dans cet exemple la présence de « j’imagine », qui pourrait être considéré comme un modalisateur d’approximation (KERBRAT-ORECCHIONI 2005 : 212). La généralisation de l’interprète fausse le contenu du commentaire du locuteur A, qui perd ainsi entièrement sa connotation personnelle, puisque le lien est fait entre « tourisme » et « été », ce qui efface complètement la relation entre « été » et l’idée de «supplément de travail » pour A. L’absence de l’expression d’obligeance banalise le contenu du message en ignorant complètement l’allusion au locuteur B, et ne reproduit aucunement le souhait de ne pas vouloir abuser de son temps.

Le deuxième exemple révèle une autre typologie de stratégie d’interprétation par rapport à celle de l’exemple susmentionné. A la différence du locuteur A, en effet, l’interprète développe son message en plusieurs segments consécutifs, qui séparent le remerciement de la disponibilité de l’interlocuteur à répondre aux questions de A. Il en résulte un ton catégorique de requête (FTA) dont l’intensité est augmentée par l’insertion des connecteurs « soprattutto » et « anche » qui produisent un effet contraire par rapport à celui des minimisateurs « un peu […] bon » :

[2]

LOC A : Je voudrais déjà vous remercier de m’accueillir et de m’accorder du temps pour répondre à mes questions qui vont évidemment concerner les activités touristiques de Grado et puis un petit peu eh bon vous interroger sur les prévisions qu’il est possible de faire sur cette année. [G2]

INT : La ringrazio di essere qua oggi e soprattutto di avermi dedicato del tempo. Vorrei porre alcune domande riguardo al turismo nella zona di Grado e vorrei anche discutere con lei di quelle che sono le previsioni per quest’anno.

Le troisième exemple fait ressortir que, dans l’interprétation, le remerciement est nettement séparé de la question, puisque la question formulée semble constituer une requête supplémentaire adressée à B. L’interprète ne respecte pas le choix du locuteur A (« et bien sûr mes questions vont porter sur ») qui avait choisi d’atténuer le FTA en l’annonçant, donc en ayant recours à ce que KERBRAT-ORECCHIONI (1992 : 215) appelle « le premier moyen d’amortir un acte menaçant ». Par contre, alors que le locuteur n’utilise aucun acte menaçant (« Je vous remercie de m’accorder du temps pour répondre ») et introduit un minimisateur (« des prévisions un petit peu pour cette année »), l’interprète a recours, après le remerciement, à deux autres FTA qui, malgré l’emploi du conditionnel (« vorrei che rispondesse » e «vorrei conoscere »), résonnent comme de véritables injonctions :

[3]

LOC A : Je vous remercie de m’accorder du temps pour répondre et bien sûr mes questions vont porter sur les activités touristiques de Grado et des prévisions un petit peu pour cette année. [G3]

INT : Voglio ringraziare innanzitutto la Signora per la sua disponibilità e per la sua accoglienza e vorrei che rispondesse a delle mie domande per quanto riguarda l’attività turistica di Grado e vorrei conoscere le sue previsioni per quanto riguarda il settore e per quest’anno.

La tendance de l’interprète à ne pas percevoir le poids de la politesse mise en place par le locuteur se dégage également d’un autre cas de remerciement (RS1), où A présente une requête qui contient une justification visant à adoucir le FTA. Cette justification n’est pas reproduite par l’interprète, qui passe directement à la formulation du FTA:

[4]

LOC A : Je voudrais déjà remercier Madame de me recevoir et de répondre à mes questions puisque je m’intéresse en particulier au tourisme à travers l’acquisition des résidences secondaires et en particulier je voudrais savoir si […]. [RS1] 

INT : Innanzitutto la ringrazio per il tempo che mi sta concedendo e vorrei avere qualche informazione su […].

Ce passage prouve que l’interprète ignore totalement le message exprimant l’intérêt spécifique du locuteur A (que le locuteur B aurait probablement eu plaisir à connaître). Si l’on avait analysé ce segment uniquement dans l’optique de la technique d’interprétation, il aurait été intéressant de questionner l’interprète ou, le cas échéant, de consulter ses notes, pour comprendre à quel niveau se situait la lacune. Si on s’en tient à la reformulation, il apparaît que le segment n’a été fort probablement pas noté ni mémorisé.

L’exemple qui suit présente une reformulation de l’interprète pénalisée par l’attribution du message au locuteur erroné. On peut avancer l’hypothèse d’une défaillance à l’origine dans la technique de prise de notes, plus que dans la capacité/incapacité de mémorisation4
:

[5]

LOC A : Je voudrais déjà remercier Madame de me recevoir et de me consacrer son temps pour me parler d’un projet qui me semble très intéressant et particulièrement dans l’air du temps puisqu’il concerne l’agence du tourisme du Frioul-Vénétie-Julienne pour laquelle elle travaille et les réseaux sociaux. [SN2]

INT : Per prima cosa la ringrazio di dedicarmi del tempo per rispondere alle mie domande e vorrei parlarle di un progetto molto interessante per il turismo che riguarda il turismo riguarda anche l’agenzia turismo Friuli Venezia Giulia per la quale lei lavora e i social networks e la mia prima domanda è se potrebbe presentarmi in qualche parola il senso di questo progetto.

LOC B : Molto molto volentieri rispondo a questa domanda e soprattutto vorrei innanzitutto precisare che mi fa molto piacere che la signora abbia dimostrato interesse per questo nuovo progetto.

Cet exemple fait ressortir un manque de politesse au niveau des relations interpersonnelles, qui découle directement du non-respect, voire de la substitution d’une information à une autre. En effet, c’est B qui va parler à A d’un projet spécifique et non le contraire. Cette confusion entre ce qu’A et B sont censés faire et dire ne se situe toutefois pas seulement au niveau informationnel, car elle a des implications au niveau de la politesse. Il est particulièrement gênant que A, accueilli par B, veuille lui présenter coûte que coûte un projet concernant la région de B et qu’il pense, de surcroit, le faire avec une certaine véhémence. Le tour de l’interprète, en effet, ne correspond pas à ce que le locuteur A voulait exprimer, et en même temps, c’est le rôle des connaissances partagées entre B et A qui est négligé (B sait que A lui rend visite pour approfondir la connaissance du tourisme dans la région FVJ). Il s’agit donc d’une requête impositive qui risque d’engendrer une confusion entre locuteurs. Il est également intéressant de remarquer que le locuteur A avait eu recours aussi à un hedge(« qui me semble très intéressant ») pour éviter, comme le soulignent MERLINI et FALBO (2011) de prendre sur soi la responsabilité du bien-fondé d’une information. L’introduction de ce hedge n’évite en tout cas pas à l’interprète la confusion des rôles.

Remarquons que, dans le tour successif, le locuteur B, tout au début de sa prise de parole, atténue la portée de l’acte impositif et évite de mettre en exergue la confusion engendrée par l’interprète. En effet, il intervient en déclarant que c’est avec un grand plaisir qu’il répond à la question «molto molto volentieri rispondo a questa domanda», en renforçant cette sensation et ajoutant immédiatement « e soprattutto vorrei innanzitutto precisare che mi fa molto piacere che la signora abbia dimostrato interesse per questo nuovo progetto ». La réaction de B révèle que ce locuteur est tout à fait conscient de l’erreur commise par l’interprète, et qu’il s’applique pour que l’interaction avance. Bref, c’est la face de l’interprète qui est en jeu. Toutefois, c’est l’interprète lui-même qui, par cette erreur, accomplit un FTA vis-à-vis de sa face, ce qui, en situation réelle, pourrait compromettre la confiance des interlocuteurs à son égard.

2.2 L’expression du plaisir

Pour évaluer la stratégie de politesse dans les interactions, nous avons examiné dans un deuxième temps les expressions de plaisir.

Le premier exemple analysé (RS1) présente chez l’interprète une atténuation de l’acte flatteur (Face Flattering Act, désormais FFA) formulé par A : en effet, dans l’interprétation le poids des considérations personnelles dans un rapport face à face est sous-évalué. L’intensité est également faussée par la présence d’hésitations, et les ratés d’élocution menacent la face positive du locuteur en blessant par ailleurs les oreilles des auditeurs, ce qui pénalise encore plus la transmission d’un message où l’appréciation n’est pas communiquée :

[6]

LOC B : Mi fa molto piacere che la signora abbia interesse per questo tema al quale noi attribuiamo una grande importanza. [RS1]

INT : Je suis contente que vous vous intéressiez à ce thème qui euh eh est euh pour nous est très important.

S’agissant toujours du sujet des résidences secondaires, mais dans le deuxième dialogue (RS2), le FFA n’est une nouvelle fois pas reproduit par l’interprète : la suppression tout au début de «soprattutto», qui semble annoncer l’acte, atténue la transmission de la sensation de plaisir, et la reformulation assez gauche de la deuxième partie, malgré l’effort d’auto-réparation, pénalise le bon maintien des relations interpersonnelles :

[7]

LOC B : E soprattutto mi fa piacere che sia interessata a questo tema, un tema al quale noi prestiamo particolare attenzione. [RS2]

INT : Je suis contente que vous vous intéressiez à ce sujet et euh et nous sommes très attentifs très attentifs à ce sujet.

Un autre exemple où la restitution est pénalisée par l’absence de FFA formulé par B, concerne le dialogue sur le plan de la mairie (PM1) : la progression dans le déroulement de la séquence d’ouverture et le degré d’intensité faussent les actes de la relation interpersonnelle : la notion d’autosatisfaction est diluée à cause de l’inversion des deux actes qui provoquent le plaisir. Si le locuteur B se réjouit de la nature de l’entretien et affirme :

[8]

LOC B : Benissimo, è un piacere poter rispondere alla Signora e soprattutto sono molto lieta che questo piano abbia suscitato il suo interesse. [PM1]

l’interprète ne peut inverser l’ordre des énoncés, comme s’il agissait d’une opération d’addition où, quand on change l’ordre des facteurs, le résultat final ne change pas :

INT : Oui je suis contente que vous vous intéressiez à notre plan et je suis contente aussi de pouvoir répondre à vos questions.

Il doit donc percevoir, mémoriser et noter (d’où, encore une fois, la nécessité d’un effort de prise de note précis, qui se manifeste de manière tout à fait évidente) l’ordre séquentiel pour le restituer en respectant l’ordre des idées et la politesse qui les accompagne. Or, ceci est totalement modifié par l’interprète.Observons également que l’introduction du deuxième énoncé par « aussi » laisse l’impression d’une tentative non réussie de remise en place de l’ordre des idées.

Dans l’exemple 9 l’interprète renverse l’ordre des informations et, plus grave encore, il ignore le commentaire transmettant le sentiment ressenti face à une prise de décision attendue, lequel était renforcé par un deuxième commentaire personnel où la sensation de joie de transmettre une information est rendue plus intensifiée par la présence de l’adverbe (« e siamo veramente felici di tutto questo »). Remarquons que cet exemple relève lui aussi de la catégorie des actions préalablement annoncées, qui sont donc perçues comme moins menaçantes (KERBRAT-ORECCHIONI 1992), alors que l’interprète ignore totalement cette fonction :

[9]

LOC B : Ci siamo mossi in attesa che TTP prenda una decisione, non possiamo rimanere immobili e quindi abbiamo cercato di consolarci in qualche modo eh e questo è per noi un elemento di consolazione e siamo veramente felici di tutto questo e quel che è stato fatto è stato quel restyling che abbiamo voluto per il nostro sito. [PTS 2]

INT : On a décidé donc avant tout de moderniser notre site et on en est en train d’attendre que TTP prenne une décision

Il arrive aussi que l’interprète fasse un ajout qui oblige le locuteur à réagir. Dans l’exemple suivant, le plaisir du locuteur B, qui se réjouit de donner des informations, est renforcé par un acte flatteur vis-à-vis de la face positive de A, qui se concentre sur l’espoir d’avoir l’occasion de visiter le lieu concerné par l’interview. L’interprète, en traduisant le tour de B, introduit un acte auto-flatteur (« je suis très heureuse […] de pouvoir vous donner des informations intéressantes » que le locuteur n’avait pas exprimé, quitte à le nuancer aussitôt en insérant l’atténuation : « je l’espère ». De plus, à la fin de la deuxième séquence, il insère en guise de conclusion un commentaire témoignant de l’introduction tout à fait arbitraire d’un acte auto-flatteur, qui pourrait susciter chez le locuteur A une réaction tout à fait inattendue pour le locuteur B :

[10]

LOC B : È un piacere per me poter dare delle informazioni alla Signora sulla nostra spiaggia di Grado che spero la Signora avrà anche occasione di visitare. [G2]

INT : Je suis très heureuse d’être avec vous aujourd’hui et de pouvoir vous donner des informations intéressantes j’espère. Et j’espère que comme on va parler aussi de la plage de Grado, que vous avez la possibilité d’aller la visiter, parce que ça vaut la peine.

Un autre exemple d’introduction d’un acte non voulu qui risque d’être menaçant se présente dans la première interaction sur les réseaux sociaux :

[11]

LOC B : Si è un piacere per me poterne parlare alla signora e soprattutto poter constatare il suo interesse per questo progetto. È un progetto molto recente per il quale la Regione […] [SN1]

INT : C’est un plaisir de vous avoir ici de vous recevoir ici et de voir votre intérêt et je vais vous parler de nos projets du projet de la région qui […] »

Le locuteur B, en répondant au locuteur A qui lui demandait de lui exposer le projet sur les réseaux sociaux, introduit sa présentation en confirmant le plaisir qu’il éprouve, lequel ne se limite pas seulement au fait d’en parler, mais est associé à une marque d’appréciation pour l’intérêt dont fait preuve son interlocuteur. L’interprète qui reproduit, bien que de façon généralisante, l’image de plaisir, introduit un acte impositif en ajoutant « et je vais vous parler de… ». Ce faisant il fausse l’origine de la prise de décision qui appartenait au locuteur A et non pas, comme le laisse entendre l’interprétation, au locuteur B.

2.3 L’expression du regret 

Le contexte des expressions de regret (toujours sous formes d’excuses) offre lui aussi des éléments dignes d’intérêt. Les formules analysées se concentrent sur deux tours de parole tirés de cinq dialogues abordant deux sujets différents : l’organisation de congrès par le Consortium Promotrieste (PTS1, PTS2) et la promotion touristique dans la localité balnéaire de Grado (G1, G2 et G3). Commençons par l’interaction sur l’organisation des congrès à Trieste :

[12]

LOC B : Per me è proprio un piacere ricevere la signora oggi qua da noi nella nostra sede ed anzi le trasmetto le scuse da parte dell’assessore S. con la quale io collaboro già da anni che avrebbe voluto conoscere la signora ma che oggi ha dovuto partire per Roma per una delle sue molteplici attività perché non so se la signora sa l’assessore S. è assessore regionale alle attività produttive ed il turismo fa parte delle attività produttive. [PTS 1]

INT : C’est un plaisir de vous avoir ici dans notre siège. Je pose des excuses parce que je sais que vous vouliez connaître Mme S. avec laquelle je collabore depuis des années. Elle aussi voulait vous rencontrer mais elle ne peut pas parce qu’elle est à Roma. Comme vous savez elle est adjoint au maire pour les activités productives. Elle a beaucoup de tâches. Aujourd’hui elle devait être à Rome pour des réunions et des colloques.

Alors que le locuteur a recours au conditionnel passé pour exprimer l’assertion d’un souhait (« che avrebbe voluto conoscere la signora »), l’interprète fausse le contenu par l’ajout d’une information sous forme d’acte impositif, comme s‘il voulait le lui faire remarquer avec insistance (« Je sais que vous vouliez connaître Madame »). Cet acte, compte tenu de la tentative deremise en place « elle aussi voulait vous rencontrer », pourrait aussi être considéré comme un FFA sous lequel se dissimule un FTA. De toute façon, il transforme le plan des relations interpersonnelles, même si l’emploi de l’imparfait pourrait faire penser à un acte flatteur. L’emploi ensuite d’un procédé accompagnateur, c’est-à-dire d’un désarmeur (« non so se la signora sa » ) par lequel un locuteur tend d’habitude à anticiper ou à désamorcer une éventuelle réaction négative du destinataire, n’est pas respecté par l’interprète, qui introduit un simple énoncé préliminaire, d’ailleurs extrêmement poli en français (« Comme vous savez »).

L’exemple suivant, qui concerne l’interaction du deuxième tour de parole du dialogue sur le même sujet (PTS2), présente d’autres éléments intéressants en termes de politesse, qui frôlent l’impolitesse, voire, pour le dire avec KERBRAT-ORECCHIONI (2011), se rapprochent de la polirudesse : les actes ont non seulement une fonction informationnelle mais presque de reproche.

Bien que les excuses, visant à réparer les offenses qui menacent le destinataire, ne soient pas exprimées à travers l’emploi de formules traditionnelles, le regret est perçu grâce à l’emploi du conditionnel (« che avrebbe voluto incontrare la signora »). Cet acte est complètement ignoré par l’interprète, qui se borne à transmettre l’information relative à l’absence de l’adjoint sous une forme ressemblant davantage à une note de service, supprimant ainsi toute expression de sens pathémique.

Observons également que le locuteur B introduit un FFA lorsqu’il met l’accent sur les facettes composites du mandat de l’adjoint : il fait précéder son message d’une explication associée à un modalisateur « come può ben immaginare » qui sous-entend une appréciation à l’égard des connaissances présumées de son interlocuteur. L’interprète par contre intervient avec un acte impositif qui transforme les connaissances « présumées » en connaissances presque « dues ».

[13]

LOC B : Innanzitutto ringrazio la Signora per il suo interesse mi fa molto piacere perché penso che la signora lo sappia già io collaboro da tanti anni con l’assessore S.che è l’assessore alle attività produttive che avrebbe voluto incontrare la signora oggi ma si trova a Roma per i suoi molteplici impegni perché come può ben immaginare l’assessorato alle attività produttive implica il coinvolgimento di tantissimi campi e non solo il turismo e l’assessore S. è molto spesso fuori sede per queste incombenze. [PTS2]

INT : Avant tout je veux vous remercier pour être ici et aujourd’hui Mme S. qui est l’adjoint aumaire pour les activités productives ne peut pas être présente parce qu’elle est à Rome comme et je suis moi je suis une collaboratrice de Mme S. depuis plusieurs années comme je disais Madame aujourd’hui est à Rome. Vous savez que l’assessorat des activités productives s’occupe de beaucoup de domaines, pas seulement du tourisme et donc elle doit participer à beaucoup d’événements.

La deuxième série d’exemples - tous tirés du dialogue entre une journaliste et le représentant de l’agence qui s’occupe des activités touristiques de la localité balnéaire de Grado (G1, G2, G3) – concerne la réponse à une question ponctuelle introduite après une très longue explication sur les aspects saillants de la politique adoptée par la Région-Frioul Vénétie-Julienne pour sélectionner sa participation aux foires et aux salons nationaux et internationaux. Le locuteur italien est conscient d’avoir abusé de la patience du locuteur français à cause de la longue description qu’il a faite. Il a donc recours à un procédé réparateur qui, de façon explicite (« mi scuso » [G2]) ou implicite (« rispondo appena adesso [G1] » o « rispondo subito » [G3]), se propose d’exprimer le regret pour cette longue attente. Nous reproduisons ci-après les tours de parole des trois locuteurs B dans les dialogues G1, G2 et G3 :

[14a]

LOC B : Dopo tutte questa introduzione rispondo appena adesso alla domanda della Signora. [G1]

INT : En ce qui concerne ma réponse en ce qui concerne les observations du tourisme une prévision concerne […]

[14b]

LOC B : Dopo questa introduzione un po’ lunga e mi scuso vorrei dire subito alla Signora […] [G2]

INT : Je m’excuse pour cette introduction qui a été un peu longue et donc la première donnée que je vais vous présenter […]

[14c]

LOC B : Ora dopo questa introduzione e mi scuso della lunghezza della descrizione rispondo subito alla Signora […] [G3]

INT : Le premier chiffre qui résulte de notre étude de notre analyse de secteur c’est […].

L’expression de regret est perçue uniquement par l’interprète de [14b], qui choisit à la place de l’incise, probablement dans un souci de clarté, la forme directe SVC pour annoncer l’acte (« Je m’excuse pour cette introduction qui a été un peu longue et[…] » [G 2].

Quant aux deux autres interprétations, l’exemple [14a] prouve que l’attention est concentrée uniquement sur l’action de répondre à la question, car le message, par ailleurs assez maladroit et hésitant, ne fait pas passer complètement le sentiment de regret que le locuteur voulait exprimer (« rispondo appena adesso »), mettant  l’accent sur l’acte qui s’impose à travers la répétition de la formulation (En ce qui concerne ma réponse en ce qui concerne les observations du tourisme une prévision concerne […] [G1])

Dans [14c] l’interprète ignore complètement le sens de « regret » exprimé explicitement par le locuteur italien, et il choisit une formulation empêchant le locuteur français de percevoir qu’il va enfin recevoir la réponse à la question posée, du fait de l’absence de tout enchaînement logique annonçant le regret. L’interprète, en effet, passe directement à la réponse : « Le premier chiffre qui résulte de notre étude de notre analyse de secteur c’est […] » [G3].

Dans un autre exemple tiré de la partie centrale du corpus, l’interprète ignore de nouveau le regret exprimé par le locuteur B à propos de la perte d’importance du rôle traditionnel de l’activité de promotion touristique réalisée par le Consortium Promotrieste :

[15]

LOC B : A noi dispiace, perché, ci tengo a dirlo alla signora e questo è un motivo di orgoglio per noi, siamo il più vecchio convention bureau d’Italia. [PTS1]

INT : Je vous dis, et je suis très orgueilleux de ça, que la Gare Maritime est le bureau le plus vieux d’Italie.

Le locuteur B, après avoir brièvement regretté la non-ouverture d’une structure dont la ville entière pourrait bénéficier (qui faisait l’objet du message précédent), introduit un acte qui semble impositif de prime abord, et qui donne l’impression d’empiéter sur le territoire de A (« perché ci tengo a dirlo alla Signora »). Mais avec le commentaire (« e questo è un motivo di orgoglio per noi »), il se métamorphose en un acte auto-flatteur renforçant le sens de regret exprimé au début du message. L’interprète n’introduit pas l’expression de regret, et il véhicule à travers deux phrases simples placées tout au début de son message un rythme qui n’est pas présent chez B et frôle l’apolitesse.

Quelques réflexions conclusives

L’analyse a mis en exergue la marge de manœuvre des interprètes au niveau de l’interaction, ainsi que les transformations subies par les actes de politesse. Pour ce qui est des expressions de remerciements, les requêtes du locuteur A ont presque toujours été amplifiées dans l’interprétation. Elles se sont transformées en véritables FTA, par exemple quand le locuteur A insère une justification pour adoucir son acte [4], ou bien quand elles sont accompagnées d’une requête supplémentaire [1], d’un ton catégorique [2], ou encore quand elles basculent vers une véritable injonction [3]. De plus, l’emploi par le locuteur A des minimisateurs, qui avaient été insérés pour atténuer la force de l’acte [2, 3], n’est pas respecté par l’interprète. Dans un cas [5], une simple demande s’est métamorphosée en un véritable acte impositif, qui fait ressortir le manque de politesse, ce qui a des répercussions immédiates sur les relations interpersonnelles.

Quant aux expressions de plaisir, les actes flatteurs présents chez le locuteur A sont atténués [6, 7], dilués [8] ou transformés en actes auto-flatteurs [10]. Dans ces deux derniers exemples, la transformation est encore plus pénalisée par le choix de l’interprète d’inverser l’ordre séquentiel de présentation des informations. Une information rendue sur un ton descriptif [11] est transformée en un acte impositif, ce qui fausse le plan des relations personnelles. De plus l’omission [9] ou l’ajout [10] de commentaires personnels contribue à fausser encore davantage la prise de contact, en risquant dans un cas [10] de susciter la réaction négative de l’un des locuteurs.

Pour ce qui est des expressions de regret, dans un seul exemple [14b] cette sensation est exprimée en respectant le vouloir dire du locuteur. Dans tous les autres exemples, le regret est soit ignoré [13, 14a, 14c, 15] – même là où le locuteur B l’introduit comme acte auto-flatteur assorti d’un commentaire [15] – soit transformé en un acte impositif [12], bien que susceptible de dissimuler un FFA. Encore une fois, le plan des relations personnelles est affecté et, dans certains cas [14a, 14c et 15], on pourrait parler d’une forme d’apolitesse.

En guise de conclusion et comme nous l’avions annoncé (cf. note 3), nous nous sommes aussi interrogée sur les causes des défaillances en analysant les stratégies utilisées par les interprètes, l’application des efforts en interprétation sur la base du modèle de GILE (1995), et surtout la capacité de maîtrise de la technique, y compris l’emploi d’une prise de note efficace. Quelques réflexions s’avèrent intéressantes, bien que nous n’ayons pas eu la possibilité de vérifier si les étudiants prenaient régulièrement des notes, cet aspect n’étant pas au centre de notre analyse. Notons un fait singulier : alors que le locuteur choisit de formuler sa prise de parole par le biais d’une série énumérative qui, en raison de sa structure, tend d’habitude à faciliter l’effort de mémorisation et de prise de notes - par exemple au moment de l’accueil dans les séquences d’ouverture –, les interprètes ont souvent introduit des FTA (1, 2, 3, 5, 12, 14a, 15), risquant même dans un cas (11) de confondre l’origine de la responsabilité de la prise de décision. Il est également intéressant de remarquer que, dans la transmission des expressions de plaisir, la reproduction des actes flatteurs a été atténuée ou diluée, mettant en exergue des lacunes probablement non seulement au niveau de la phase de prise de notes, mais surtout au niveau de l’attention dans la phase d’écoute et de sélection des informations. Mais l’exemple qui fait le mieux ressortir les défaillances au niveau de la politesse est l’exemple 5 : ici, le non-respect des relations interpersonnelles se métamorphose en substitution d’une information par une autre. La lacune dans l’attribution de l’action de prise de décision est évidente. Elle pourrait être due à une erreur de prise de notes, mais elle révèle en tout état de cause des défaillances dans l’effort d’écoute et d’analyse de l’interprète : ce dernier n’a pas su prendre conscience du rôle qu’il est en train de jouer, et de la responsabilité qui lui appartient car, comme le dit NIEMANTS (2012 : 182):

Contrariamente a una convinzione diffusa, non si è traduttori nella misura in cui si traduce la lingua e non si è mediatori nella misura in cui si mettono in campo delle competenze culturali. Si è traduttori e mediatori, in altre parole interpreti dialogici, nella misura in cui ci si assume la responsabilità della comunicazione rispetto alle diverse attività che vengono rese rilevanti nell’interazione […]

Nous évoquions au début de cet article la difficulté de créer une harmonie entre les multiples facettes qui composent la politesse sur le plan verbal. Il serait donc souhaitable de pouvoir sensibiliser davantage les étudiants sur le poids de la communication interpersonnelle, afin qu’il perçoivent davantage leur niveau de co-responsabilité dans la construction de ces rapports, car, comme le dit HELD (2011) en se référant à DHOQUOIS (1991) quand elle parle de «gymnastique de l’expression», la politesse verbale est un effort individuel, un effort qui restera toujours individuel, mais qui sera constamment soumis au poids des conditionnements interpersonnels et situationnels, ainsi qu’à l’approche sociale qui en découle.

BIBLIOGRAPHIE

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DHOQUOIS Régine, La politesse. Vertus des apparences, Paris, éditions Autrement, 1991.

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MASON, Ian, « Dialogue Interpreting », in Baker, Mona / Saldanha, Gabriela (eds), Routledge

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NIEMANTS Natasha, Traduzione e mediazione nell’interpretazione dialogica in ambito sanitario : ruolo o responsabilità? Una risposta interazionista, Tesi di dottorato di ricerca in Lingue e Culture Comparate, Scuola di Dottorato in Scienze Umane, ciclo XXIV ANNO, 2012.

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THIERY, Christophe, « L’enseignement de la prise de notes en interprétation consécutive : un faux problème? », in DELISLE, Jean (eds), L’enseignement de l’interprétation et de la traduction : de la théorie à la pédagogie, Ottawa, Editions de l’Université, 1981, p. 99-112.


WADENSJÖ, Cecilia, Interpreting as interaction, London/New York, Longman, 1998.




1
Pour une définition de l’interprétation de dialogue (dialogue interpreting), nous renvoyons à Mason (2009).

2
Ils seront appelés “interprètes” dans la suite du texte.

3
Les sigles entre parenthèses figurant dans la première colonne seront repris dans la suite du texte pour se référer aux 11 dialogues.

4
Nous reviendrons sur cet aspect dans les conclusions.

Per citare questo articolo:

Maria Cristina PALAZZI, L’interprétation de dialogue et les expressions de politesse : une expérience didactique, Repères DoRiF Traduction, médiation, interprétation - volet n.2 , DoRiF Università, Roma aot 2014, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=163

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